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Bonjour chers amis auditeurs de Merta, merci de nous retrouver pour ce nouveau grand entretien. Aujourd'hui, nous allons traiter de l'actualité de la nuit qui vient de s'achever, de la matinée : c'est la victoire de Donald Trump.
Aujourd'hui, pour m'accompagner dans cet entretien, j'ai le plaisir de recevoir madame Béatrice Rosen. Bonjour Béatrice.
Bonjour.
Vous avez un podcast qui s'appelle "La vie en Rosen". Vous avez également une chaîne Youtube. J'invite d'ailleurs tous nos auditeurs à s'abonner à cette chaîne Youtube parce que le contenu est excellent. Et comme sur Omerta, vous traitez de problématiques et de sujets interdits, sujets tabous dans la plupart des médias mainstream. Vous êtes actrice franco-américaine et vous avez longtemps vécu et travaillé aux États-Unis. Donc, on va analyser ensemble cette élection de Donald Trump.
Vous avez vécu cette nuit électorale puisque vous étiez invitée d'Éric Morillot. Est-ce que, quand les résultats sont tombés et qu'il a été évident que Donald Trump remportait cette élection, vous avez été surprise par ce résultat ?
Alors déjà, on a été surpris que les résultats tombent aussi vite parce qu'il y avait la menace, la possibilité, le risque que l'élection se passe sur plusieurs jours, que le décompte se passe sur plusieurs jours. En fait, la seule solution pour que ce soit rapide, c'était une avance d'un des deux candidats, une avance vraiment très tranchée et une grosse avance. Et ça a été le cas et on ne s'y attendait pas. Évidemment, qu'est-ce qui s'est passé ? Tous les médias, les experts, les sondages, j'ai envie de dire, comme d'habitude, se sont trompés. Je ne parle pas des médias alternatifs sur Internet, qui eux ont plus senti la tendance de la réalité, qui sont plus connectés à la réalité. Mais les médias mainstream, les sondages, que ce soit en France, aux États-Unis, partout, tout le monde s'est trompé. Les experts en expertise qu'on voit sur tous les plateaux racontent n'importe quoi. Et encore une fois, j'ai envie de dire, comme dans toutes les crises récentes, que ce soit sur l'économie, sur la crise sanitaire, sur la guerre, sur toutes les crises, ces gens se trompent tout le temps. Cela pose vraiment la question de leur crédibilité et donc de leur légitimité.
C'est la troisième campagne électorale de Donald Trump. La première, c'était en 2016, une victoire, mais finalement assez courte. La deuxième, en 2020, la défaite. Et finalement, ce retour, comme un peu le phénix qui renaît de ses cendres. Qu'est-ce qui fait que cette troisième campagne électorale est finalement la plus brillante et que cette victoire est éclatante, beaucoup plus large qu'en 2016 ?
Alors déjà, sur la forme, c'est vraiment la victoire à l'américaine. C'est, comme on dit en anglais, le underdog, celui sur lequel on ne parie rien, le paria qui revient. Ça fait penser un petit peu au film de Rocky : il perd, il s'entraîne, personne ne veut miser rien sur lui, et puis tout d'un coup, il revient et il défonce tout. Donc ça, c'est sur la forme. Sur le fond, il faut savoir qu'il a été président pendant 4 ans, donc il a eu un bilan, que ce soit en politique nationale ou en politique internationale. Les gens ne sont pas amnésiques, ils ont le bilan, ils se rappellent de comment ils ont vécu pendant 4 ans. Ensuite, il y a eu 4 ans de Joe Biden et là aussi, il y a un bilan, donc les gens ont pu concrètement faire la différence.
Et donc, si aujourd'hui l'Amérique vote massivement, parce que c'est donc une large victoire, la victoire a été annoncée aussi rapidement. On a eu la victoire finale annoncée officiellement, pas dans la nuit mais en fin de matinée, parce qu'il a dépassé les 270 grands électeurs sur 538. Donc ça prend un petit peu de temps, le dépouillement, surtout avec le décalage horaire entre la côte est et la côte ouest. Donc voilà, c’était une large victoire. Les gens ont voté sur les bilans, sur leur vie quotidienne.
Les gens en France critiquent le vote des Américains. Déjà, c'est un peuple souverain qui vote pour qui il veut, que ce soit pour les démocrates ou les républicains. C'est un peuple qui est libre. Voilà, les Français ou d'autres pays n'ont pas à juger le vote d'un pays souverain. Ils ont voté selon leur vie quotidienne, en faisant le bilan des deux expériences.
En fait, je pense qu'on se souvient qu'en 2020, il y avait déjà du Trump-bashing de la part des démocrates. Mais il y a eu beaucoup d'électeurs qui, traditionnellement, étaient républicains, qui n'ont pas voté. Et puis, de l'autre côté, il y avait vraiment une mobilisation du camp démocrate. Aujourd'hui, on a l'impression que les électeurs qui ont laissé Biden passer parce qu'ils ne se sont pas suffisamment mobilisés se sont remobilisés et qu'il y a une partie de l'électorat démocrate qui est passée, qui a voté Trump. Est-ce que c'est la réalité ?
Oui, c'est ça. Donc non seulement le champ politique a été complètement bouleversé, quand même, assez récemment, peut-être ces dix dernières années, où finalement on a vu Kamala Harris qui était soutenue par d'anciennes figures emblématiques républicaines comme George Bush, Dick Cheney, qui étaient à l'époque totalement diamétralement opposés aux démocrates. Et là, ils se sont ralliés à la candidate démocrate.
À l'inverse, on a vu des démocrates historiques comme Tulsi Gabbard ou Robert Kennedy, Robert Kennedy qui a été démocrate toute sa vie. Des figures entrepreneuriales comme Elon Musk de la Silicon Valley, alors que souvent la Silicon Valley est beaucoup plus démocrate que républicaine, soutiennent tous Trump. Donc, en fait, le champ politique s'est inversé.
Effectivement, il faut savoir que Kamala Harris, ça n'a pas été tellement dit dans les médias français, mais Kamala Harris n'était pas aimée du tout pendant le mandat de Joe Biden. On sait qu'elle a été totalement mise à l'écart. Elle avait une réputation d'être très mauvaise en interview, de raconter n'importe quoi. En plus, la présidence lui avait confié le dossier de l'immigration et de la frontière sud des États-Unis et ça a été un fiasco. L'immigration illégale a explosé pendant le mandat de Joe Biden. Donc non seulement elle-même n'était pas une personnalité populaire, mais elle était plutôt cachée, placardisée pendant 4 ans. Ils l'ont ressortie juste à la fin, en panique, pour remplacer Joe Biden.
Ils ont essayé de lancer une dynamique, mais finalement, la dynamique n'a pas vraiment pris. Elle n'était pas populaire et en plus, elle avait un bilan qui était assez compliqué. La campagne qu'elle a faite, finalement, a été faite parce que, moi, j'ai suivi vraiment les interviews qu'elle faisait, etc., et j'étais étonnée. Elle ne parlait absolument pas de son programme, elle était uniquement sur une attaque ad hominem de Donald Trump. Donc en fait, c'était creux.
Ça m'a fait penser un petit peu à la campagne du deuxième mandat d'Emmanuel Macron où finalement toute la campagne a été faite sur la diabolisation de l'adversaire et pas du tout sur un vrai programme et des vrais points. Donc voilà, je pense que c'est le bilan à tirer de cette campagne.
Il y a un autre bilan, c'est une autre analyse à faire : c'est celle du rôle des médias dans cette campagne électorale. Puisque Kamala Harris était soutenue quasiment par l'ensemble des médias mainstream américains, y compris aussi par des stars. On a vu Katy Perry ou Lady Gaga et d'autres venir dans une espèce de show assez vulgaire, d'ailleurs, essayer de sauver le soldat Harris. En face, Donald Trump, et vous l'avez dit, qui a certes pu compter sur l'appui d'Elon Musk, mais pas seulement.
Comment vous analysez le rôle des médias mainstream et des médias alternatifs dans la défaite de Harris et dans la victoire de Trump ?
Je pense qu'en fait, c'était totalement contreproductif ce qu'ils ont fait. Ils ont monopolisé des stars d'Hollywood qui sont par ailleurs très populaires, comme Taylor Swift, Jennifer Lopez. En plus, Jennifer Lopez, c'était un peu un faux pas parce qu'on sait très bien, avec l'affaire P Diddy qui est en train d'exploser, Jennifer Lopez a failli se marier avec P Diddy. Elle était même impliquée de près ou de loin dans une histoire de shooting dans une boîte de nuit. Enfin bon, avec lui, elle-même n'a pas prévenu ni l'entourage ni les États-Unis du danger potentiel que pouvait représenter son ex-petit ami.
Et tout d'un coup, on la voit sortant d'un jet privé sur Instagram et puis le lendemain, elle vient dire aux gens qui galèrent, qui ont trois jobs aux États-Unis et aucune aide sociale, comment voter. Donc, c'est contre-productif.
Au bout d'un moment, il y a une espèce de mépris quand Joe Biden a aussi dit à la télévision récemment, en fin de campagne, que les supporters de Trump étaient des ordures. Littéralement, il a dit ça. Tout cela prouve qu'en fait, ils méprisent la population, ils ne comprennent pas les problèmes des gens. Ils sont dans une posture condescendante, de mépris et de jugement, au lieu d'être dans une posture de rassemblement, d'être proactifs.
À l'inverse, Donald Trump a fait une campagne, évidemment, sur la communication, à mon avis, très habile. C'est-à-dire qu'il a récupéré tous les faux pas de l'adversaire pour en faire une force. Donc l'histoire des ordures, il a sorti le camion poubelle, et il était tout à fait relaxe, sans aucun mépris pour faire la tournée des poubelles avec des éboueurs, tout en étant sympathique avec eux.
Il est allé bosser au McDonald's, bon, une demi-journée, c'est pour communiquer. Mais il a repris le faux pas de Kamala Harris, qui avait dit qu'elle avait travaillé au McDonald's, puis finalement, il y a eu un petit rétropédalage, on ne sait pas trop si elle a vraiment travaillé là-bas ou pas. Donc, il a vraiment été habile dans sa communication.
Il y a eu l'histoire aussi, dans les derniers jours de l'écureuil qui a été euthanasié. Ça paraît aussi anecdotique, mais ça montrait vraiment les penchants des nouveaux démocrates, du nouveau courant démocrate, à rentrer chez les gens et à imposer et à retirer les libertés des gens. La propriété privée, la liberté pour les Américains, c'est vraiment ultra, ultra sacré. Donc ça aussi, ça a été un faux pas de la part des démocrates.
Est-ce que Kamala Harris ne paye pas aussi la radicalisation du Parti démocrate sur certaines thématiques ? On parle beaucoup du wokisme. Là, depuis 24 heures, le premier sénateur trans a été d'ailleurs élu dans l'État du Delaware, évidemment démocrate. Quelle est la part du wokisme dans cette élection, et est-ce que ce n'est pas ce qui a finalement fait perdre la candidate Harris ?
Bon, je pense qu'il y a deux choses. Je pense que d'abord, ce qui a fait gagner Donald Trump, à mon avis, c'est plus le volet économique que le volet sociétal. Les gens, l'inflation est terrible aux États-Unis. Et aux États-Unis, il faut comprendre, et ce que souvent les Français ne comprennent pas, c'est qu'il n'y a pas de plan B. Les gens travaillent, trimballent parfois, ils ont deux jobs, quand ce n'est pas trois, ils travaillent même parfois à un âge très avancé parce qu'il n'y a pas d'aide sociale.
Donc pour eux, l'économie, c'est tout. C'est vraiment leur vie, ils misent leur chemise dans leur travail. La non-augmentation des salaires, pour eux, c'est une catastrophe, l'inflation, c'est une catastrophe, pouvoir se soigner, etc. Ce n'est pas comme en France, il n'y a pas d'aide sociale. Quand on est au chômage, on n'a rien, on est à la rue si on ne peut pas payer ces factures. Ce n'est pas comme en France avec la trêve hivernale pour ne pas être expulsé de son logement. Là-bas, c'est du jour au lendemain, on peut perdre un job, on peut perdre sa maison.
Donc il y a cette urgence à survivre. Et donc, je pense que ça, vraiment, ce n'est pas assez expliqué. Sur la culture américaine, ce n'est pas parce qu'on voit trois séries américaines à la télé française que la culture est la même et que les gens vivent de la même façon et ont les mêmes problématiques. Il faut vraiment arrêter d'être dans le jugement des Américains et essayer de comprendre quelle est leur vie quotidienne. En tout cas, pas la vie quotidienne des riches, mais la vie quotidienne de la classe moyenne et des classes populaires.
Ensuite, sur le wokisme, effectivement, depuis que le courant W a commencé, il a un peu pris en otage le Parti démocrate. Il entraîne totalement vers l'extrême gauche. Avant, les démocrates étaient beaucoup plus centristes dans leur façon de penser. Et les démocrates traditionnels, dont Robert Kennedy faisait partie, c'était un parti qui était pour la justice sociale, mais qui était pour la liberté, qui était contre la censure. C'était typiquement beaucoup plus conservateur et puritain, c'était pour l'émancipation, contre la guerre, pour la diplomatie, enfin voilà, toutes ces valeurs-là.
Finalement, les démocrates ont abandonné ces valeurs-là, donc ils ont été récupérés par les wokes. Ils ont laissé le champ libre à quelqu'un comme Donald Trump qui est républicain et qui est, évidemment, issu du Parti républicain, mais qui est un ancien démocrate, qui n'a pas eu une vie typique de républicain.
Alors justement, Trump, on sait, il dénonce depuis longtemps l'État profond, qui lui a d'ailleurs en partie fait payer, je dirais, sa résistance. C'est en même temps quelqu'un qui a un parcours, vous venez de le dire, totalement atypique. Puis, il a là deux instruments, et c'est aussi une donnée de cette élection : c'est que le Congrès et le Sénat sont très largement, d'ailleurs pour le Sénat, républicains. Donc théoriquement, il peut faire strictement ce qu'il veut. Oui. Donc ça montre à quel point vraiment cette élection a été une victoire pour le camp républicain. Ça veut dire que non seulement le Sénat est passé républicain, et donc il a toutes les cartes en main maintenant.
Cela lui met une pression. C'est-à-dire que maintenant, il va falloir ne pas décevoir, il va falloir "deliver", comme on dit en anglais. Il va falloir maintenant montrer que ça valait la peine que les gens lui aient fait confiance une deuxième fois. Il y a du pain sur la planche, vraiment, parce que le monde a changé, la géopolitique a changé depuis son autre mandat, puisque entre-temps, il y a eu 4 ans de Joe Biden. Maintenant, il va falloir ne pas décevoir. Mais il a une équipe, une équipe quand même de choc.
Entre Robert Kennedy qui va travailler sur les questions de santé, parce qu'il y a un gros, gros problème de maladies chroniques aux États-Unis qui empiètent, évidemment, sur les problèmes économiques, parce que les gens doivent se soigner. Il y a une baisse de l'espérance de vie, enfin les maladies chroniques sont un vrai problème de santé publique et même de problème national là-bas, c'est terrible. Donc, il y a Elon Musk qui va probablement entrer au gouvernement, à qui Donald Trump doit beaucoup pour cette élection. Donc oui, il va falloir qu'il montre que maintenant, c'est le moment de l'action.
On sait qu'il avait contesté, en 2020, dans un premier temps, les résultats électoraux. Il y avait un aspect un peu revanche sur Joe Biden. Bon, maintenant, sur Kamala Harris, sur les démocrates, sur l'État profond, est-ce que vous pourriez expliquer aussi la dimension un peu au-delà de la revanche, la dimension positive ? C'est-à-dire quelles sont les priorités de Trump pour l'Amérique ?
Alors, sur le côté revanche, c'est vrai que c'est un argument qui a été beaucoup utilisé. Même, je regardais CNN hier par le camp démocrate en disant : "Il est dans la revanche, il n'est pas pour l'Amérique, en fait, il n'a pas de projet." Moi, je pense que c'est un faux procès. Dans son discours quand il a été élu, on peut l'aimer, ne pas l'aimer, ce n'est pas le problème. On veut un leader qui fasse du bien au pays au final.
Son discours, quand il a acté sa victoire, ça n'a pas été sur le ton de la revanche. Il n'a pas invectivé Kamala Harris, d'ailleurs, il ne l'a même pas mentionné, il me semble, et il a été dans un discours vraiment de rassemblement, d'unité et de redonner de l'espoir aux gens. C'est vraiment important.
Je pense que les gens ont vécu des temps au niveau international, partout, on a vécu des moments vraiment déprimants, durs économiquement, mais aussi à tous les niveaux. Le moral est bas et il a voulu, je pense, essayer de faire un discours pacificateur et d'unité et de rassemblement.
Surtout d'espoir en disant : "On va relever ce pays." On va se retrousser les manches, pardon, et on va relever ce pays. Là, vraiment, donner de l'espoir dans son discours.
Après, les gens lui font aussi beaucoup de procès sur la vulgarité. C'est vrai, c'est quelqu'un de tout à fait vulgaire, exactement. Mais j'ai envie de dire aux gens en France, chez nous, ils ne sont pas vulgaires à l'Assemblée nationale quand ils font des doigts d'honneur, certains des saluts nazis, même dans l'hémicycle. Ils s'invectivent, on dirait qu'ils font du buzz tous les jours.
On voit monsieur Macron qui emmène en délégation bling-bling avec quatre avions des repris de justice qui ont défoncé pour l'un la tête de son collègue à coup de casque. Est-ce que ce n'est pas vulgaire, ça ? Donc bon, le procès en vulgarité, on peut tous balayer devant notre porte.
Je pense qu'il y a des éléments très vulgaires et des façons de se comporter qui sont très, très vulgaires. Donc sur le programme, il va mettre en place tout ce qu'il a dit. J'espère, enfin, j'espère pour les Américains qu'il va vraiment agir et ne pas décevoir.
La victoire de Trump, c'est aussi la victoire de parias, on peut dire, du monde des affaires ou du monde médiatique. On pense évidemment à Elon Musk, mais aussi à Tucker Carlson qui s'est fait virer de Fox News et qui a rebondi sur X. Est-ce qu'il n'y a pas aussi derrière Trump, quand même, ce n'est pas aussi la victoire de gens qui avaient tout : la célébrité, l'argent, le pouvoir, etc. Et qui à un moment ont dit : "Là, ça va trop loin, il faut réagir" ?
C'est un renouveau un peu conservateur de gens qui étaient vraiment très intégrés, pendant des années, à l'establishment. C'est un petit peu ce que je disais tout à l'heure avec l'histoire de Rocky. Ce sont des gens, c'est un comeback, effectivement, de gens qui ont été totalement ostracisés, qui subissent un bashing des mainstream, mais qui est incessant.
Par exemple, je vois, enfin, BFM TV passe son temps à faire des articles anti-Elon Musk, par exemple. Alors que bon, peut-être qu'ils devraient regarder, eux-mêmes, dans leur groupe, certaines choses. Voilà, enfin, à un moment donné, c'est un petit peu la paille et la poutre. Et effectivement, c'est la victoire de gens qui ont été totalement ostracisés et qui ont tout misé, tout risqué : leur vie, leur carrière.
Parce qu'Elon Musk, c'est un entrepreneur. Tucker Carlson, c'était un présentateur, un journaliste de Fox News qui était très connu, avec beaucoup de succès. Donald Trump lui-même, enfin, il a 78 ans, il a failli mourir dans deux tentatives d'assassinat, dont une qui a été vraiment un miracle. Le type a fait fortune dix fois, a tout perdu dix fois, et s'est relevé dix fois.
Est-ce que vraiment il avait besoin, dans sa vie, de mettre toute son énergie pour une histoire personnelle ? Je n'en sais rien, je ne le connais pas personnellement, j'en doute fortement. Je pense qu'à un moment donné dans sa vie, quand on a réussi des choses et qu'on a tout connu, peut-être qu'on a envie de "give back", ça aussi, c'est très américain. La notion de "give back", c'est-à-dire de redonner aux autres un peu des chances qu'on a eues soi-même.
Une dimension un peu spirituelle aussi dans sa démarche, il a dit "sauver l'Amérique". Il est vraiment dans une démarche de mission, d'intérêts. On a l'impression qu'il donne, il fait don de sa personne à la patrie Amérique. Lui, il a dit qu'il voyait ça comme un signe, en fait, d'avoir été épargné par la balle à vraiment quelques millimètres.
Moi, j'aime pas trop quand les gens commencent à invoquer des missions divines, etc. Ça peut nous amener dans des endroits assez dangereux. Donc c'est très américain, la dimension spirituelle.
Il porte je crois qu'il porte la bible.
Ah, c'est sur la Bible, parce que voilà. Mais s'il était d'une autre confession, je pense que ce serait sur un autre livre de la confession en question. Mais effectivement, les États-Unis ne sont pas un pays laïque, donc ce n'est pas la France. Encore une fois, il y a une confusion culturelle. On pense encore une fois, parce qu'on a vu des films toute notre vie américaines ou des séries télé qu'on est comme les Américains ou que les Français, c'est la même chose, mais ce n'est pas vrai.
"In God We Trust" sur les dollars américains.
Est-ce que, pour finir, vous voyez... Bon, le wokisme vient des États-Unis, il a largement imprégné la société européenne, en particulier la société française. Est-ce qu'il y a des enseignements pour vous ? Et je le disais en introduction, vous êtes très engagée sur un certain nombre de questions sociétales. Vous avez démarré avec les gilets jaunes, vous avez poursuivi, approfondi avec le covid et depuis sur bien d'autres thématiques. Est-ce qu'il y a des enseignements à tirer pour les Français qui, je dirais, résistent à la doxa et au "kisp" par exemple de cette élection américaine et de la manière dont Trump et ses alliés, et ses amis, ont procédé, ont travaillé ?
Alors, je pense qu'une des enseignements, c'est une défaite totale, encore une fois, pour les pseudo-experts. Toujours les mêmes, ceux qu'on voit sur l'économie, sur la guerre en Ukraine, sur la crise sanitaire. Ce sont toujours les mêmes, ils sont experts en expertise, mais finalement, ils se trompent souvent. C'est effrayant et on les réinvite et c'est toujours les mêmes. À un moment, est-ce qu'on va apprendre ?
Est-ce qu'on peut avoir une méritocratie ? La méritocratie, c'est quoi ? C'est que tu te trompes une fois, on te donne une deuxième chance, mais tu te trompes dix fois. Au bout d'un moment, il faut chercher quelqu'un qui peut-être ne se trompera pas. Si ce sont ces gens-là qui conseillent nos politiciens, on est mal parce qu'en fait, ils se trompent surtout sur l'économie, sur le budget de la France. On voit que cela a été une catastrophe sur les simulations, que ce soit les simulations des morts du covid ou les annonces de sécheresse. Il n'a jamais autant plu, etc.
Évidemment, il ne faut pas nier le... je ne veux même pas rentrer là-dedans. Je veux dire juste que ce sont ceux qui nous annoncent toujours des choses qui sont complètement fausses. Déjà, un enseignement, c'est peut-être de faire appel à d'autres experts et de médiatiquement traiter les sujets différemment. Peut-être de revenir à la charte de Munich, c'est très important : la recherche de la vérité quoi qu'il en coûte pour le journaliste. Au lieu d'être dans la propagande et dans la manipulation de l'opinion, peut-être il faut être plus dans la recherche de la vérité et le débat d'idées argumentées, et pas dans l'invective.
Voilà, peut-être que ça va un peu remettre, enfin, ça devrait remettre un petit peu les compteurs à zéro et faire réfléchir les gens sur le fait qu'on est au bout d'un système. Il faut vraiment qu'on change tout là, parce qu'on est totalement asbine.
Est-ce qu'il y a pas un côté chez Vincent Bolloré, un peu ? Est-ce que ce n'est pas le Elon Musk français, puisqu'il a quand même contribué à déverrouiller le paysage ? On ne parle pas des médias alternatifs mais du paysage des médias mainstream avec sa création de C8, de Cnews à côté de Canal. Est-ce que ce n'est pas lui qui, en France, a impulsé un peu cette ouverture et cette liberté d'expression, puisqu'il y a quand même des débats qu'on entend pas ailleurs ? Est-ce que vous diriez qu'il y a une similitude à faire avec Elon Musk aux États-Unis ?
Alors, la similitude avec Elon, je ne sais pas. En plus, moi je ne connais pas Vincent Bolloré. J'ai travaillé chez TPMP, mais je n'étais pas non plus directement payée par Vincent Bolloré. Souvent, les gens vous font : "Oui, mais vous travaillez pour Vincent Bolloré". Non, je travaillais pour H2O, qui est la société de production de TPMP, de Cyril Hanouna. Donc voilà, moi je n'ai aucun lien, je ne le connais pas.
Ce qui est vrai, c'est que moi je suis tout à fait, évidemment, pour que le groupe Canal continue, pour que C8 continue. Je trouve que c'est un scandale et que c'est une décision politique de la part de l'ARCOM d'avoir voulu supprimer C8. Effectivement, ça contribue à une pluralité.
Mais je vous dis ça, moi je ne veux pas voir que des chaînes avec lesquelles je suis d'accord. Moi, j'aime la contradiction. C'est un challenge même de trouver des arguments et puis parfois on évolue ensemble, on fait un pas l'un vers l'autre. On n'a pas besoin d'avoir une pensée unique dans ce pays. Donc moi je suis pour qu'il y ait des médias qui aient toutes les opinions. Et donc oui, je trouve que c'est bien que Vincent Bolloré, quelque part, ait fait ce groupe Canal d'une autre façon que les autres chaînes.
Mais je dirais la même chose sur les autres. À l'inverse, la différence, c'est que si on prend le cas de cette campagne américaine, c'est que l'ensemble des chaînes et des radios, quasiment, à quelques exceptions près, des petites radios comme Radio Courtoisie ou des chaînes comme Cnews, étaient contre Donald Trump et ont fait campagne contre Donald Trump en expliquant que c'était un has-been.
Mais même ça, en fait, même dans votre phrase, comment est-ce possible qu'un média, finalement, prenne ouvertement parti, soit militant pour un candidat à l'élection ? Oui, il y a une presse d'opinion, on le sait, mais il y a quand même des informations qui doivent être factuelles et un petit peu de neutralité et de recherche d'informer sans dicter l'opinion.
C'est devenu un petit peu du junk info, c'est de la junk info, c'est du prêt-à-penser. Ils ne veulent pas donner des outils aux gens pour qu'ils aient un argumentaire, de l'esprit critique, etc., pour se faire leur propre opinion. Ils veulent leur dire quoi penser de façon déjà préparée. Et ça, c'est très gênant.
Je pense que les gens en ont marre et je pense que c'est totalement absurde. Ça fatigue et après, ces mêmes médias vont se plaindre que les gens ne leur font plus confiance, que les gens vont sur les réseaux sociaux pour s'informer, mais c'est de leur faute. C'est de leur faute. Ils ont antagonisé les gens, ils ont braqué les gens et ils ont désinformé. Ils crient à la désinformation toute la journée, mais eux-mêmes désinforment.
Il faudrait que ce soit un vrai réveil pour tout le monde.
Alors, le réveil, chers auditeurs, vous pouvez le trouver sur le podcast de Béatrice Rosen, "La vie en Rosen", et sur sa chaîne Youtube. Abonnez-vous à sa chaîne Youtube, c'est très important.
Béatrice, merci de cet entretien. À très bientôt pour analyser la suite, peut-être l'investiture de Donald Trump. N'oubliez pas aussi de vous procurer le magazine Omerta, qui était visionnaire comme d'habitude sur la campagne et la victoire de Donald Trump. Il est consacré au retour de Trump : L'Empire contre-attaque, magazine auquel vous avez contribué, chère Béatrice.
Chers auditeurs, merci de votre soutien et je vous dis à très bientôt.