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Pierre-Yves Rougeyron : "Trump, le peuple américain l'a voulu !"

Frontières • Livre Noir1:30:23

Transcription

Combien même Donald Trump serait l'homme le plus haïssable au monde, s'il est élu, c'est que le peuple américain l'a voulu. Si vous pointez un meeting de Kamala Harris et que vous tendez le micro, vous allez entendre des énormités du genre "On va faire payer les Blancs", etc.

Alors que tous les médias français étaient persuadés d'une défaite de Donald Trump, nous avons su voir l'ampleur du phénomène Trump. Nous en avons fait un magazine, un documentaire, nous nous sommes rendus sur place et hier, jour de l'élection, nous avons clôturé un live de plus de 24 heures en direct, que ce soit sur Twitter, sur YouTube ou sur notre application mobile. Commandez notre magazine, téléchargez l'application mobile et surtout, abonnez-vous à Frontière pour tout comprendre.

L'élection en elle-même ne va pas inverser un phénomène de division sociale comme un bouton électrique, ça c'est certain. Par contre, de mettre les deux candidats face à cet état de fait en équivalence, à titre personnel, je ne le ferai pas. Je vais m'en expliquer, parce que ce qui va se passer dans les prochaines 48 heures appartient à la souveraineté du peuple américain et nous n'avons rien à souhaiter.

Il faut quand même le rappeler : la seule chose, c'est que les conséquences de cette élection, nous allons les prendre très facilement en pleine figure, comme nous avons pris les conséquences de la dernière. Donner un exemple très simple, certainement. Et là, pour le coup, je tiens le pari avec n'importe qui : 300 à 400 000 jeunes Ukrainiens seraient encore en vie si Donald Trump avait été président des États-Unis à la place de Joe Biden, c'est à peu près certain.

Et les conséquences énergétiques, entre autres pour nous, n'auraient pas été les mêmes. Donc, si vous voulez, nous allons, nous devons nous intéresser à cette élection. Nous n'avons pas le choix. Vis-à-vis de l'intérieur du territoire américain, il y a une différence d'angle entre ce que représente Donald Trump et ce que représente Kamala Harris. Peu importe d'ailleurs ce qu'elle en pense personnellement, parce qu'elle est, malheureusement pour elle, l'héritière du bloc démocrate, c'est-à-dire un bloc qui est dominé par la figure de ce qu'on a appelé les nouveaux démocrates.

Les nouveaux démocrates, c'est-à-dire la chape de plomb que Joe Biden et Hillary Clinton, personnellement, créent le mouvement et vont imprimer dans la vie politique américaine côté gauche. Donc, ça va être une sorte de gauche californienne impérialiste 2.0 qui commence sous le mandat de Bill Clinton et surtout qui va épurer la gauche américaine de ses éléments les plus unitaires par rapport au peuple américain. C'est-à-dire, si on pouvait éviter une politique des minorités trop agressives, si on pouvait arrêter de s'en prendre à l'Amérique encore majoritaire, l'Amérique WOSP, si vous voulez.

Tous ceux qui voulaient l'intégrité de la fédération et tous ceux qui remettaient en cause la manière dont les démocrates ont pensé ont été éliminés ces 20 dernières années. Ça arrive à Kamala Harris. Kamala Harris est la résultante de ce phénomène-là, parce que beaucoup de gens se disent : "Elle a quand même, a-t-elle l'étoffe d'une candidate ? Comment est-elle arrivée là ?" C'est la question. Vous l'avez, en tant que journaliste, entendu plusieurs fois. Comment est-elle arrivée là ? Elle est arrivée là à cause de ça. Parce qu'à la fin, dès qu'il y a une tête qui dépasse, on la coupe.

Eh bien, c'est la personne qui a la tête dans les herbes pour ne pas se la faire couper qui reste en vie. C'est aussi simple que ça. Si elle passe, quoi qu'elle en pense elle-même, ce n'est certainement pas une accusation personnelle. Je ne sens pas le cœur. Elle va être l'héritière d'un système démocrate dont l'incidence est de fragmenter la société américaine et, à terme, de fragmenter la Fédération. Ça se voit.

Si vous voyez des travaux universitaires, comme ce que David Touchet par exemple, ça se voit à la montée féroce des partis autonomistes régionaux. C'est-à-dire qu'il y a aujourd'hui un risque que certains états, groupés sous forme de grandes régions, à un moment -- c'est les théories de Kaloun -- sortent de la fédération, et après, c'est les États désunis, c'est terminé. Les démocrates ont déjà prévenu qu'ils réagiront par la violence, vu qu'ils ont imprimé des Barack Obama, des exercices militaires pour mater des révoltes de ce type, qui ont déjà eu lieu. Donc, le pouvoir washingtonien s'y est préparé. C'est le pire des scénarios, parce qu'il faut voir ce que c'est, le poids de l'Amérique, qui tombe et qui, malheureusement, va nous tomber en partie dessus.

Donald Trump, quoi qu'on pense du personnage, est encore un homme qui pense à l'intégrité de la Fédération. C'est quelqu'un pour qui les États-Unis ne doivent pas se défaire plus qu'ils ne le font. Ça en fait pas un ange, mais ce sont deux dynamiques totalement différentes. Alors, nous, nous sommes plus habitués à la dynamique de Kamala Harris parce que ça ressemble, vous l'avez, et vous le voyez, furieusement aux classes politiques décadentes d'Europe de l'Ouest.

La seule chose, c'est qu'on ne se rend pas compte. Alors, certaines personnes, parce qu'elles en veulent à l'Amérique pour des raisons légitimes ou illégitimes, peuvent se dire : "Il y a bon, enfin débarrassons-nous." Je le dis tout de suite, c'est un raisonnement, et ce sens d'affection pour le personnage que j'aime beaucoup, c'est un raisonnement toudien. Vous voyez, si l'Amérique tombe, nous, on s'en sort. Je crains que ce soit plus compliqué que ça. Je crains vraiment que ce soit plus compliqué que ça.

Donc, si nous voulons un monde pacifié, nous n'avons pas intérêt à ce que l'Amérique entre dans un processus de désagrégation intérieure, ce qui sera l'incidence mécanique, quoi qu'ils en veulent. Et pour certains d'ailleurs, je pense que ça leur fait ni chaud ni froid, mais pas tous. Mais une incidence mécanique de la politique du Parti démocrate... Vous avez parlé des nouveaux démocrates, mais il faut savoir qu'il y a eu plusieurs branches dans le Parti démocrate au cours de son histoire. D'abord les libéraux, incarnés par exemple par Kennedy, les nouveaux démocrates incarnés par Clinton, et maintenant, depuis quelques années, il y a le développement d'une troisième branche qui est donc les élus démocrates socialistes, par exemple par Alexandria Ocasio-Cortez ou encore Bernie Sanders, même s'il n'a jamais dit appartenir à cette branche, mais c'est tout comme.

Est-ce que vous pensez que cette branche, qui est extrêmement minoritaire pourtant à l'intérieur du Parti démocrate (je crois que c'est à peu près 6 élus), impose son agenda à Joe Biden et Kamala Harris, qui a dû marcher sur des œufs tout au long de sa campagne, en envoyant un peu des gages aux idées de la grande déraison, au wokisme, au progressisme, mais en même temps a dû attirer une partie d'un électorat républicain plus modéré ?

Je pense qu'ils ont eu l'intelligence de s'autoproclamer porte-parole des W. Comme je pense qu'ils ont compris... Alors, comme vous le savez, il y a des tas de théories sur la naissance du wokisme. Je vais dire celle qui me paraît la plus crédible, c'est celle de Jean-François Braunstein. C'est, je pense que nous sommes face à une décomposition par la gauche, mais une décomposition du protestantisme majoritaire.

Je pense que les nouveaux démocrates, les démocrates les plus à gauche, les socialisants se sont rendus compte du phénomène très tôt, tout simplement parce qu'une partie de cette jeunesse légèrement en décervelée est venue les voir instinctivement, ce qui est le cas d'Ocasio-Cortez. Elle existe par ça. Bon, ils se sont dit : "Nous ne pions rien dans le Parti démocrate." Surtout, il faut voir ce qu'il y a en face. En face, vous avez les anciens états-majors Clinton-Obama, qui sont beaucoup moins doux que ce qu'on peut imaginer comme personnage, et vous avez Joe Biden, dont les crocs en jambes dans les couloirs du Congrès sont une spécialité depuis la guerre du Vietnam.

Je n'étais pas né, vous non plus, mon cher. Donc c'est un homme redoutable dans les jeux d'appareil, Joe Biden. Je sais qu'il n'en a pas l'air, mais aujourd'hui c'est sûr que les dents du Lion sont limées, ça je vous l'accorde bien volontiers. Mais par contre, pendant 40 ans, il a quand même triomphé de tous les adversaires intérieurs qu'il a eus. Donc, si vous voulez, il est un peu comme François Hollande. C'est-à-dire qu'on le prend pour plus bête qu'il est et pour beaucoup plus gentil qu'il n'est. Je pense que c'est l'âge aussi qui fait ça. En fait, aujourd'hui c'est presque confortable cette situation pour lui, de sous prétexte, presque de sénilité, on peut le dire, que ça le rend presque attendrissant aux yeux de certains.

Certains Américains, certains Français même, qui voient et qui ont presque de la peine pour le personnage, alors qu'on oublie tout le passé. On oublie tout le passé, puis on oublie ce que l'Amérique lui doit. Parce que Joe Biden, c'est quand même un homme qui a été faucon dans la totalité des conflits de l'Amérique depuis la guerre du Vietnam et qui a toujours eu l'intelligence de dire : "Bon, ça n'a pas marché, on s'en va." Mais par contre, entre-temps, vous avez eu quand même beaucoup de petits gamins du Kansas qui sont revenus dans des sacs à viande froide. Enfin, faut quand même se voir ce que c'est, Joe Biden.

Cette minorité futile radicale ne peut pas retourner ces gens-là, parce qu'ils ont à faire à ce que la gauche californienne a créé de pire comme homme d'appareil. Donc ils vont les menacer par quoi ? Les éléments coagulateurs des W et des W les plus radicaux. Par exemple, la cause palestinienne.

Résultat : rappelez-vous, il y a quelques semaines, lors d'une réunion publique, Kamala Harris est "bunkerisée" parce qu'à l'extérieur on scandait son nom, pas tout à fait de manière méliorative, au nom de la cause palestinienne. Donc cette partie socialisante va avoir l'intelligence de prendre une partie de gens qui sont en rupture avec le Parti démocrate qui, aujourd'hui, sont visibles, parce que c'est une sorte de révolte élitaire.

C'est la révolte des fils de prof, pour beaucoup. C'est la révolte des universitaires et le Parti démocrate en vit structurellement. Et ça leur a permis de faire la grenouille plus grosse que le bœuf. Pour eux, le meilleur calcul – faut être honnête – c'est la défaite de Kamala Harris, parce que la montée de tension avec la société américaine, ils sont capables de la faire tout seuls.

Kamala Harris, d'ailleurs, a participé. Il ne faut pas oublier que sa charge de vice-présidente, elle a mis de l'huile sur le feu dès qu'elle a pu, et avec l'accord de son boss, Joe Biden, en profitant d'ailleurs pour la corneriser de cette manière-là. Vous voyez, c'est quelque chose d'ailleurs qu'on retrouve un peu...

J'aime bien à chaque fois faire un rapprochement avec la France, avec la France insoumise notamment, qui a sa part de responsabilité. Et je pèse mes mots sur certains mouvements, certaines manifestations, certains cris d'alarme dans les rues, des appels à l'Intifada. Ça ne sort pas de nulle part. C'est quelque chose que l'on retrouve aux États-Unis comme en France, comme ailleurs, et qui sont toujours poussés par les mêmes personnalités politiques. Parce que vous êtes en face du même phénomène. Vous êtes en face de l'effondrement de certaines grandes catégories progressistes des années 60-70. Vous êtes en phase de l'effacement des mouvements religieux.

Ça, nous, Français, la laïcité culturelle fait qu'on ne le voit pas, parce que nous, on est habitués à ne plus voir le fait religieux. Mais la disparition du christianisme de gauche, qui a été structurant en France, vous explique largement une part de la radicalisation de la gauche française. Le protestantisme majoritaire, quand il s'est décomposé, il a sécrété des gazes de décomposition, comme tout corps, même intellectuel, qui se qui disparaît. Et ce gaz de décomposition, c'est le wokisme.

Et malheureusement, tout comme nous, c'est la décomposition du socialisme français, de Mélenchon, totalement. Et malheureusement, quand une grande idée meurt... Si vous voulez, je crois que c'est Kundera qui disait : "Quand un grand rêve meurt, il coule beaucoup de sang." Quand une grande idée meurt, vous avez ce genre de gens qui sont les faussoyeurs de leurs propres idées. Mais à la fin, comme ils ont perdu, mieux vaut voir le monde brûler. Et ils se font avoir à leur propre jeu.

Moi, je pense notamment à ce déplacement de Jean-Luc Mélenchon. Je ne sais plus où c'était exactement, mais c'était en Afrique. Il y a quelques temps, où justement, eux, n'ont pas la même vision que celle qu'on a, on peut avoir en France. Notamment, là, je suis devant cet article : "Le Mali qui adopte une loi pénalisant l'homosexualité." Je me souviens de cet extrait vidéo. Je ne sais pas si tu vas te souvenir, Julien, de Mélenchon. Comment l'oublier ? Il a vraiment été "mangé" en public, mangé en direct par la réalité qui lui est revenue en pleine face d'une culture qui n'est pas la même que la nôtre. Et ce n'est pas un drame. Chaque pays a sa culture. Même en France, on a différentes cultures régionales. Ce n'est pas un drame.

Il faut aussi assumer, ce n'est pas un gros mot que d'être proche de sa propre culture. C'est le même constat qu'on peut faire aux États-Unis avec Kamala Harris qui se fait manger par les mêmes personnes qu'elle aurait invité à sa table volontiers quelques temps avant. Je pense que l'une des grandes erreurs que le Parti démocrate a fait et que une partie de la gauche française fait également, c'est de penser que la totalité des Américains récents ou des Français récents sont impoliticisables. C'est faux dans les deux cas.

Parce que la plupart des immigrants, des deux côtés de l'Atlantique, ils sont là pour des raisons le plus souvent matérielles. Et la politique du pays, c'est pas le cadet de leur souci. Mais on y pensera beaucoup, beaucoup, beaucoup plus tard. Donc, déjà, première erreur, tout le monde n'est pas politisable. Et ça, je sais où Jean-Luc Mélenchon a pris ça et où d'ailleurs cette part de gauche a pris ça aux États-Unis également. C'est, disons, dans certaines théories populistes.

Pour Jean-Luc Mélenchon, c'est Chantal Mouffe, très nettement. C'est-à-dire : "Il faut s'opposer à tout pour fractionner le corps politique et le rendre opposable; et donc politisable." C'est pour ça la bordellisation. C'est ça, Cortez, aux États-Unis, elle le fait, je pense, de manière beaucoup plus maline, mais ce n'est pas totalement loin.

Or, premier échec : le corps des immigrés récents ou des gens issus de l'immigration n'est pas politisable entièrement et même pas majoritairement.

Deuxième erreur : dire à cette part récente des pays en question qu'ils vont pouvoir tirer des échecs sur le dos de la population majoritaire, coupable par essence. Ça marche pas avec toutes les minorités. Et ça, c'est par contre une différence côté américain : c'est qu'une de ces immigrés sont aussi là pour le grand récit que l'Amérique leur offre. Donc, ils ont aussi, quelque part, des anticorps.

Quand le Parti démocrate s'en est rendu compte, beaucoup trop tard. Rappelez-vous quand, exactement au dernier choc avec BLM ? Oui, quand ils ont vu les votes conservatives et les latino conservatives. C'est des pures créatures de l'air Trump. L'explosion, enfin, la fragmentation par exemple aussi du vote asiatique qui était majoritairement démocrate, quel que soit l'extract.

Et aujourd'hui, qui se différencie par nationalité d'envoi les Vietnamiens plus proches des républicains, les ascendants vietnamiens plus proches des républicains, les ascendants en japonais proches des républicains, les ascendants chinois proches du Parti démocrate. Alors qu'avant, vous avez un vote asiatique univoque démocrate. Ça a explosé. Ça a explosé par minorité. C'est la naissance de noyaux durs non majoritaires, mais dont on n'aurait pas supposé l'existence, en tout cas que jamais l'état-major démocrate n'y aurait cru.

Il faut savoir que l'afro-américain moyen père de famille ou que le mexicano-américain moyen père de famille n'a pas une tendresse débordante pour les cheveux bleus. Ça prouve surtout qu'ils n'ont jamais fréquenté leur oile. Là aussi, même problème, des deux côtés de l'Atlantique. Et ça, une part de l'immigration aux États-Unis, en tout cas, c'est moins le cas en France, malheureusement. Et dans une dynamique d'allégeance, ce qui vous explique les scores de Trump relativement délirants pour un candidat républicain, dans ces minorités.

Quoique l'on pense de lui, je n'ai pas dit qu'il avait rendu les républicains majoritaires dans ces tranches. Ce n'est pas ça que je dis. Je dis qu'il a attiré plus de votes afro-américains et plus de votes latino que les autres candidats républicains ces 30 dernières années. Parce que son style, qu'on pourrait appeler viril, plaît à ces populations. Parce qu'elles sont au premières loges de la bordélisation de la société. Elles sont en première loge des zombies au fentanyl. Et qui c'est dans leur quartier ? C'est où l'état-major démocrate a encore du temps avant que le zombie crackeur vienne s'allonger sur son paillasson.

Ils ont encore du temps. Ça me fait penser, juste avant de prendre une courte pause de publicité, à cette vidéo. Je ne sais pas si vous l'avez vue passer, où ils vont justement toquer aux portes et proposent aux électeurs de Cal Harris d'accueillir des migrants chez eux. On devrait faire la même chose en France. Ceux qui prônent le fait d'accueillir tout le monde, c'est opération d'agite propre à pas cher. C'est génial. Moi, je signe. C'est comment. En fait, aujourd'hui, comment est-ce qu'on peut, une fois de plus, ne pas rire devant ces images de personnes qui prônent l'accueil total et sans frontières à des personnes, et en fait, sans les... Sans frontières à l'extérieur de celle de leur appartement ?

Oui, c'est ça. En fait, ça s'arrête à leur porte. C'est la frontière la plus importante à sauvegarder, croyez-moi. Celle-là est bien gardée, pour le coup. Non, mais c'est impressionnant. On va réaccueillir rapidement Guillaume Fourto pour un flash pour vous rappeler le programme de ce grand live de 24 heures, ce marathon. Le flash, c'est tout de suite.

Frontière, le flash. Guillaume Fourto.

Et oui, c'est le grand jour. Plusieurs mois de couverture de l'élection présidentielle américaine, Frontière vous propose un live exceptionnel de 24 heures consacré à l'événement. L'ensemble du média est mobilisé pour vous accompagner tout au long de la journée, surtout pendant la nuit électorale, après l'interview frontale de Pierre Rougeron, qui est là, qui conclura notre matinale. Nous accueillerons Nicolas Dupont-Aignan, puis à 14h le directeur adjoint de la rédaction de Causeur, Jérémy Stub, sera avec nous. Ensuite, tout va s'accélérer dans l'après-midi. Alexandre Delva, Laurent Berton, André Berkov, Lucien Rabouille se succéderont à partir de 20h. Nicolas Conquer et Emmanuel Dupuis seront à nos côtés. Puis à 20h30, la députée européenne Sarah Knafo sera avec nous en duplex depuis New York. Dès 22h, Nicolas Mirkovic rejoindra notre live exceptionnel. Il sera suivi de Charles-Henri Galois à partir de 23h. À partir de minuit, nous rentrons dans la dernière ligne droite. Plusieurs duplex de prévus, Charles Pratz, Anthony Aguero, Sarah Knafo seront avec nous depuis les États-Unis. Lors de cette nuit électorale, vous serez au plus près de l'information. Nous vous donnerons les résultats des différents états en temps réel, vous ne louperez rien. À 5h du matin, Nicolas Conquer sera de retour. Nous serons potentiellement en mesure de vous donner les premières tendances. Puis à 7h du matin, lors de l'accueil de Pierre Rougeron et André Berkov, nous connaîtrons peut-être le vainqueur de la 47e élection présidentielle américaine. Nous pourrons commenter les résultats et ce jusqu'à l'arrivée d'Alexis Poulin à 9h30. Nous sommes sur la ligne de départ. Restez avec nous pour ce live exceptionnel de 24 heures.

Surtout n'hésitez pas à ajouter un pouce bleu sur YouTube. Plus que jamais, make Frontière great again. Merci Guillaume, et on te retrouve un peu plus tard pour un nouveau flash.

Il est 10h. On reprend cet entretien dans un instant. Pensez à mettre un pouce bleu, effectivement, à relayer, partager, commenter. Et je vous dis à tout de suite après le CCIF, une organisation dissoute pour islamisme.

Après l'UNEF, le groupe Antifa, la jeune garde et d'autres personnalités d'extrême gauche, c'est au tour d'SOS Racisme de nous intenter un procès le 11 décembre prochain. Notre directeur de la rédaction, Eric Tegner, sera convoqué devant la 17e chambre correctionnelle pour un juré public en fonction de la race et de l'origine ethnique pour des propos tenus par la féministe Marguerite Stern lors d'un grand entretien chez Frontière.

Cette procédure, comme toutes les autres, a pour but précis de nous faire taire. Dans ce cas, l'association subventionnée SOS Racisme reproche le fait que notre invité a affirmé que les agressions contre les femmes sont sur-représentées chez les étrangers. Pour nous aider à combattre et tenir face à cette extrême gauche, rejoignez notre appel et participez à notre campagne de dons défiscalisés à 66 % pour couvrir nos nombreux frais de justice. Rendez-vous dès maintenant sur www.frontieremedia.fr, faites un don et rejoignez la lutte à nos côtés.

Nous sommes de retour dans Frontière et nous sommes toujours avec Pierre Rougeron. Julien, je te laisse la parole.

Alors, j'avais une question à vous poser, parce que c'est une sorte de problématique que se pose souvent la droite française : de quoi émane vraiment le wokisme ? Est-ce que c'est l'héritier du marxisme ou est-ce que ça serait plutôt l'héritier du libéralisme ? Moi, j'aurais plutôt tendance à dire que c'est l'héritier du libéralisme, parce que le wokisme intrinsèquement, c'est toujours la volonté de l'individu qui prime sur le reste de la société, tandis que le marxisme a plus une dimension collective.

Vous avez parlé tout à l'heure de la fragmentation des valeurs traditionnelles au sein de la société américaine, ce que Christopher Lasch d'ailleurs avait très bien souligné dans son ouvrage "La culture du narcissisme". Pour lui, sans le nommer, puisque à l'époque, les idées de la grande décadration n'existaient pas, la fragmentation de ces idées conservatrices, le recul de la religion, de l'intérêt pour l'armée, pour l'État, ça viendrait justement du néolibéralisme. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Alors, sur un sujet comme ça, il faut, pour ne pas perdre nos auditeurs, être un peu méthodique. Il y a des hypothèses que je vais écarter d'entrée de jeu, et je vais vous dire pourquoi. Alors, parce que ça plaît au côté doloriste des Français, c'est encore notre faute, c'est la déconstruction française. Non, je vous le dis tout de suite, non. Les cheveux bleus ne sont pas les enfants de Derrida. Derrida les aurait certainement beaucoup aimés, mais non, non, non. La déconstruction est une hypothèse intellectuelle problématique, mais qui s'est stérilisée d'elle-même. La déconstruction, telle qu'on l'entend en France, parce que le terme n'a pas été écrit par Derrida, il a été écrit bien avant.

Ces gens-là sont innocents, même s'ils auraient aimé être coupables. Donc, c'est un phénomène strictement, à mes yeux, je pense sincèrement que Braunstein tient quelque chose quand il voit ce qu'est le wokisme. Le wokisme, c'est trois théories et une méthode. L'intersectionnalité, la convergence des luttes, grosso modo : question sociale, question raciale, la théorie du genre, question de genre. Les trois additionnées et la définition empathique de la connaissance.

Qu'est-ce que c'est, l'empathie dans la connaissance ? C'est ce que nous avons entendu de la part d'un jeune philosophe que j'aime bien, qui s'appelle Rodolph Vantane, qui, lui, en tant que Franco-vietnamien, dit : "Les libertés, il les prend." De dire ces choses que parfois nous n'avons pas le courage de dire nous-mêmes. L'empathie de la connaissance, c'est très simple. C'est de dire que de Parménide à Emmanuel Macron équivaut à Judith Butler aux cheveux bleus. D'accord ?

C'est-à-dire que votre connaissance, tout ça, c'est très bien. Vos théories politiques, votre physique, vos mathématiques, tout ça, c'est de l'oppression du patriarcat. Nous allons refaire la science de manière empathique. Vous rendez-vous compte que ça tue toute tentative de discussion rationnelle, puisque la raison elle-même devient un privilège blanc dans cette vision-là du monde ? Donc, résultat : vous ne pouvez plus avoir un échange fécond de quelque manière que ce soit. Parce que, en réalité, c'est horrible à dire, mais on revient aux théories des années 30.

C'est Vane qui parle, quoi, point barre. Or, ces mouvements se sont coagulés sur la décomposition, excusez-moi, la décomposition religieuse. Et si on parle de décomposition politique, ils ont utilisé la décomposition des deux grands mouvements que vous avez nommés. Ils ont peu utilisé le marxisme, parce que le marxisme, vous avez raison, est une hélisse et de certaines exceptions communautaires, et ça, c'est problématique. C'est pour ça que le terme de marxisme culturel a fait énormément de mal à l'analyse droite. Je vous le dis tout de suite, c'est un terme facile qui ne recouvre rien, mis à part le fait que l'on parle d'auteurs que l'on n'a pas lus.

Non. Par contre, ils ont pris quelque chose. Non pas du marxisme, mais du stalinisme ou, dans le cas présent, du maoïsme. C'est-à-dire qu'ils ont pris le fait d'être ce que Roger Garody appelait des "fonctionnaires de l'absolu". C'est-à-dire que nous avons raison par essence, nous avons donc tous les droits par essence. Nous sommes le bien, nous sommes des fonctionnaires de l'absolu. Nous sommes irresponsables, et le Mal doit être traqué, éradiqué. D'où par exemple cette habitude très maoïste de l'auto-accusation.

Vous avez vu ces cérémonies ridicules où une pimbêche bourgeoise démocrate embrasse les baskets d'une racaille en disant "Pardon" alors que l'autre, il n'est pas descendant d'esclave, il est vendeur de chichas. Vous voyez, non mais, en fait, je pense qu'ils y croient vraiment, le côté descendant d'esclaves. En fait, quand on regarde et moi, à chaque fois, je suis très impacté par ce qui se passe sur les réseaux sociaux et les paroles qui sont déversées. Ce sont des fausses informations. Malheureusement, le tri n'est pas aussi efficace que si c'était un média, un journal qui le mettait.

Aujourd'hui, si on écoute la plupart des personnes racisées, elles sont toutes descendantes d'esclaves. Elles ont beaucoup souffert. Croyez-moi, le prix de leur larmement, vous n'avez pas fini de payer. N'oubliez pas que c'est ce que j'avais appelé dans différentes... Ça m'a d'ailleurs été un peu reproché. C'est ce que j'avais appelé la propagande double, sensible et solvable. C'est-à-dire que, pour que ça marche, il faut que la cible soit sensible et solvable.

Nous allons prendre deux peuples impérialistes. Les Mongols et les Turcs, qui ont été deux grands impérialistes et deux très grands peuples. Le peuple mongol est toujours un très grand peuple. C'est un peuple aujourd'hui plus sensible, mais qui n'est pas solvable. En revanche, le peuple turc est solvable, mais il est moyennement sensible. Vous comprenez pourquoi cette entreprise de culpabilisation n'a pas lieu. S'ils avaient vraiment souffert, ils essaieraient, parce qu'être esclave de l'Empire ottoman, c'est quand même pas un projet.

Pourquoi ils essaient même pas ? Tout simplement parce qu'ils savent qu'ils sont sensibles et solvables. Tant qu'ils ne sortiront pas de là. Et le problème, c'est qu'en face... Pourquoi ils se mettraient à quatre pattes et embrasseraient les baskets de la shame pride ? C'est-à-dire, c'est l'autocritique de ceux-là. C'est tout à fait l'autocritique maoïste, plus le sentiment d'être le parti de la vérité, qui est intrinsèquement une vieille lubie stalinienne.

Pour ce qui est de la décomposition libérale, c'est un libéralisme très particulier qui s'est décomposé. C'est-à-dire qu'ils ont pris de la décomposition du grand continent intellectuel, mais malheureusement anti-politique, qui est le libéralisme. C'est le libéralisme occidental.

Ils en ont pris une seule chose : la neutralité axiologique. Ils n'ont pris que ça. Mais pourquoi ? L'individualisme, c'est un mode de socialisation. Ce n'est pas propre uniquement au libéralisme, mais ils l'ont pris pour nous neutraliser. S'il n'y a ni beau ni bien ni vrai, et là, pour le coup, ils ne font que chanter une berceuse que nous nous sommes trop chantés à nous-mêmes pendant longtemps.

Là, ils l'inventent ; vous n'avez pas le droit de le décréter contre nous. Ils utilisent nos propres tard intellectuels, et je ne leur en veux pas, c'est de bonne guerre. Mais en soi, ce que vous mentionnez, c'est le développement du relativisme. C'est ce qu'Allen Bloom avait souligné dans son ouvrage "L'âme des armées", quand il expliquait que dans les universités américaines, ils avaient repris des philosophes, donc occidentaux, ils les avaient remixés à l'américaine, et ils avaient distillé dans les campus américains un discours extrêmement relativiste.

Pour moi, Allen Bloom est un grand génie, qui heureusement n'a été connu en France que grâce à l'influence de Pierre Manan. Allen Bloom, par "L'âme des armées", j'en profite, je n'ai aucun intérêt chez les belles lettres, mais ils ont enfin publié la version définitive de l'ouvrage, parce que nous n'en avions que la moitié. Donc pour ceux qui le veulent, prenez l'édition complète.

Dans "L'âme des armées", Allen Bloom prouve qu'il était certainement l'un des esprits les plus pénétrants de sa génération, malheureusement parti beaucoup trop tôt, et il a vu 20 ans avant les autres ce que l'Amérique allait devenir. Parce qu'une part de l'âme de l'Amérique est en train de sécher sur pied. Elle a été en partie remplacée dans les années 60 par le progressisme, qui est grosso modo la version de gauche de la destinée manifeste. C'est aussi simple que ça.

Malheureusement, c'est-à-dire que l'on est toujours péché par qui on est toujours trahi par qui nous sommes. Ils ne vont pas s'opposer à nous de manière radicale pour ne pas éveiller nos anti. Ils ne sont pas stupides. Une guerre cognitive est une guerre de proximité et silencieuse. C'est une guerre d'infusion, c'est-à-dire qu'ils nous dénaturent, et surtout, ils nous dévitalisent. C'est ça le but.

Et à la fin, la forteresse tombe d'elle-même, et elle tombe de l'intérieur. Ils savent très bien que, à chaque fois, et ça, tous les peuples sont pareils : les Russes, les Américains, les Français. Quand vous leur tapez dessus de l'extérieur, ils se redressent. Le plus simple, c'est d'attendre qu'ils tombent d'eux-mêmes. De l'autre côté, l'Amérique a ça dans son cœur. C'est ce qu'elle a fait aux peuples amérindiens. Il ne fallait pas les combattre ; elle les a saoulés, puis après, elle les a finis. C'est le principe de la subversion idéologique.

Bien sûr, et ça, ils l'ont gardé. Ils ont réussi, parce que c'est la seule originalité du wokisme. C'est que c'est une vraie sécession élitaire. C'est une religion. On est dans les facs. C'est une grande assemblée collective. Vous avez vu, je suis sûr qu'à Frontière, vous avez tous vu le grand reportage sur Green, oui. Quand même, ça a été un choc pour beaucoup, je pense, beaucoup de personnes qui l'ont regardé.

Ah bah oui, quand même ! Moi, je ne supporte pas. Moi, j'aimais bien Aram avant, mais que dans Batman…

Alors, selon certains analystes, on assisterait aujourd'hui à la mort programmée du wokisme. On voit que certains grands groupes américains ont décidé d'abandonner ces idées-là parce qu'ils ont vu que c'était pas vendeur, tout simplement. Jack Daniel, Harley Davidson, etc.

Je ne pense pas que de toute façon, les consommateurs de Jack Daniel et d'Harley Davidson étaient très sensibles à l'univers wok. Mais croyez-vous qu'on assiste vraiment à cette fin programmée, ou c'est une chimère ?

Alors, là encore, ça dépend de l'hypothèse de départ. Si, comme j'ai la faiblesse de le croire, c'est lié à un waking protestant, ils n'ont jamais duré. Ça a été violent à chaque fois. Dès que le protestantisme majoritaire est en phase de rétractation, il fait un réveil waking. Mais par contre, ça laisse des traces.

Ça ne dure pas très longtemps. Donc, je pense que le mouvement va se tarir aussi, parce qu'un, ils sont allés trop loin. Et deuxièmement, vous êtes un mouvement antivitaliste. Donc, à un moment, vous allez crever. C'est logique, hein. Vous êtes quand même une idéologie de mort, donc à la fin, vous mourrez.

C'est comment dire ? C'est horrible à dire, mais regardez-les, ils ne feront pas de belles ruines et ils ne feront pas de petits. Donc, ça va aller vite. D'un point de vue de psychologie évolutionniste, ils vont... ça va se terminer en secte gnostique. Au pire, ça va donner Waco. Au pire, c'est Waco.

Et au mieux, ça va devenir des surdiplômés alcoolodépendants qui vont s'autoterminer par leur propre style de vie. Par contre, ils ont défiguré une part de la culture américaine. Une partie du business est en train de les lâcher, mais par strict opportunisme.

Par strict opportunisme. Donc, si vous voulez, quand on me dit que c'est peut-être vrai à titre individuel de certains grands entrepreneurs américains. Mais quand on me parle d'un grand revival patriotique dans le milieu financier et des transnationaux américains, pardonnez-moi de regarder ça avec le dernier scepticisme. Or, là, la question pour voir la réalité de leur patriotisme, ce sera justement l'immigration.

Là, pour le coup, parce que c'est quand même majoritairement eux qui les veulent. Donc, ça, nous verrons. Et là, pour le coup, je pense qu'on aura des surprises.

Par contre, le wokisme va se rétracter de toute évidence. Il peut se payer, s'il est élu, un petit tour de piste, un petit répit. Mais objectivement, si vous voulez, le feu est... enfin, le souffle est retombé. Par contre, ce qui m'effraie, c'est les conséquences à long terme sur l'Amérique, parce qu'ils vont... je ne veux pas qu'on me prenne pour plus dur que je ne suis, mais je vais vous donner un exemple.

Quelque chose qui m'effraie, c'est la marque qu'ils vont laisser sur toute une génération de jeunes femmes, par exemple. Parce que je crains que ça ait, exactement comme la gauche californienne l'a eu dans les années 60, une très lourde marque, à la fois démographique. Deuxièmement, sur, si vous voulez, le plus simple pour avilir une société, c'est d'avilir le rôle des mères. C'est ce qui est encore le plus simple, parce que là, vous avez la main sur les enfants.

Je ne veux pas paraître pour... Pour très loin de moi, très loin de moi de l'idée que la place de la femme, c'est la cuisine. Ce n'est pas de moi, ce n'est pas de moi, c'est très loin de moi. Mais je crains que là-dessus, ils laissent des marques. Ils nous attendent aussi au tournant, parce qu'on peut se dire, et ça, c'est le genre de victoire facile que la droite adore.

On les a eus, et heureusement, ils sont tombés tout seuls, mais on les a eus quand même. Donc c'est bibi. Alors, non, ce n'est pas nous. Ils sont en train de se dessécher eux-mêmes. Parce que, pourquoi ? C'est pas nous. Et pourquoi ce n'est pas nos homologues aux États-Unis qui se posent cette question-là. C'est-à-dire, comment se fait-il que nous n'ayons pas, à partir du fait national, un projet de société qui soit capable de leur opposer, mais d'être opposé, mais de susciter un enthousiasme, un enthousiasme certes fanatique, dans le cadre que je vous l'accorde.

Le problème, c'est que, mine de rien, ils sont arrivés à ça. Nous, est-ce que nous arrivons à créer le même type d'enthousiasme pour un grand projet collectif ? J'ai bien peur que non.

Or, n'oublions pas que Donald Trump est dans une optique, ce serait moins le cas si on parlait de V. Parce que V a un câblage idéologique qui est différent. Mais Donald Trump protège l'Amérique. Mais est-ce qu'il a le sursaut pour l'Amérique ? Ce n'est pas et nous, on fait la même chose. On a des tas d'idées, très bonnes par ailleurs pour protéger ce qui reste de nos pays. Mais sommes-nous capables de regarder les nôtres les yeux dans les yeux en leur disant : "La France du 21e siècle, ce sera ça, si vous nous accordez votre confiance et votre énergie" ? Ça, nous n'en sommes pas capables.

Résultat, eux, ils vont se rétracter. Mais si nous, on ne fait que de la gestion et qu'on se plante, ils nous auront. Parce qu'ils parient sur les forces de décomposition. Or, c'est beaucoup plus facile de laisser un peuple se décomposer lui-même que de le redresser. Regardez l'état psychique des Français. Voyez l'état psychique des Américains. Ils peuvent tout à fait dire : "Rendez-vous dans 10 ans." Parce que nous, on vous aura. Parce que la société va continuer à tomber et que qu'est-ce que vous faites ? Vous gérez la pénurie.

Et d'ailleurs, on va vous faire une telle guerre institutionnelle que vous n'aurez le temps que de ça. Moi, j'entends tous les mecs qui me disent : "Ouais, enfin, Donald Trump, ce qu'il a fait dans son premier mandat, je trouve qu'il en a fait beaucoup pour ce qu'on lui a laissé faire." Parce que déjà, il n'a pas fait la guerre. Et deuxièmement, il a fait le protectionnisme, etc.

Il a fait quand même pas mal de choses, alors qu'il était gêné, exactement de la même manière dont nous le serons. Voyez, ils vont se rétracter. Mais la décomposition dont ils sont issus continue, et elle nous créera un autre golem qui ne sera pas eux, qui sera autre chose, mais qui sera peut-être pas plus sympathique.

Julien, il est 10h20, et tu ne vas pas tarder à prendre ma place, à prendre la relève pour poursuivre ce live exceptionnel jusqu'à la nuit électorale. Il y aura de nombreux invités. On en a une trentaine au total, donc on est vraiment très contents. Vous avez tout bien organisé. Moi, j'ai plutôt été spectatrice hier et les jours précédents, plutôt que vraiment actrice, en tout cas de trouver les invités.

Mais c'est vrai qu'on est très contents, parce que vraiment, on a un très beau programme. Guillaume ne manquera pas de vous le rappeler au cours de son flash pour vous présenter tout ce programme. Quant à moi, je vous retrouve à 13h avec notre invité Nicolas Dupont-Aignan, juste après la publicité.

Retrouvez la suite de cette interview frontale avec Pierre Rougeron. Merci beaucoup, en tout cas, j'étais contente de vous rencontrer. Vous restez ici, je vais vous laisser continuer toute cette interview. On prend une pause désormais dans Frontière, la matinale.

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Alors, nous sommes de retour sur le live spécial USA d'une durée de 24 heures. Je suis avec Pierre Rougeron. On va reprendre la discussion là où on s'était arrêtés. J'invite ceux qui nous écoutent à mettre un petit pouce bleu sur YouTube et à partager massivement. C'est ce qui nous aide. Ça permet d'aider le référencement, et on va vous suivre jusqu'au bout de la nuit, et même au-delà, pour suivre cette élection présidentielle américaine.

Monsieur Rougeron, on parlait tout à l'heure du wokisme et de l'aspect messianique qu'il a dans le wokisme. J'ai beaucoup été marqué, à l'époque, par un ouvrage que je conseille à ceux qui nous écoutent, qui s'appelle "Fantasyland" de Kurt Anderson. Malheureusement, il n'est disponible qu'en anglais, dans lequel il explique qu'en fait, aujourd'hui, les dérives que l'on peut retrouver dans la société américaine, sur tout un tas de plans, même leur côté un peu excessif, leur rapport à l'image, viennent à la base du protestantisme et de la liberté d'interprétation des textes.

Est-ce que vous partagez cette vision ? Est-ce que c'est le protestantisme qui a fait que, aujourd'hui, il y a le wokisme qui a pu se développer ?

Alors là, pour le coup, j'y reviens. Je suis assez proche. Je trouve qu'il a fait un travail remarquable dans l'interprétation de Jean-François Braunstein. Parce que nous avons, en France, un protestantisme qui n'a pas toujours été, mais qui est aujourd'hui très sage. Moi qui ai vécu en Alsace, je peux vous assurer que la phrase que j'entendais le plus, c'est : "Les protestants alsaciens rasent les murs." Donc, ce n'est pas au-delà, vous voyez.

Ce que vous voyez à 372, ils ont de la fièvre. Mais pas au-delà, vous voyez. Ce qu'on n'est pas habitué au protestantisme messianique. On n'est pas habitué, par exemple, à la force du mouvement évangélique, dont le wokisme est en réalité une sorte de mouvement inverse. C'est-à-dire que c'est la décomposition d'un certain protestantisme dans un autre et l'aspect conquérant d'une secte protestante.

Parce que l'évangélisme est une secte, comme la plupart des dérivés du protestantisme américain, plus disons droitière. Ce serait beaucoup dire, mais en tout cas millénariste, de l'autre, vous voyez. Ce sont deux millénarismes religieux face à face dans la société américaine qui sont d'accord sur une seule chose, même s'ils ne le définissent pas de la même manière : c'est la destinée manifeste.

Le problème, c'est que vous avez un désaccord profond au sein de la société américaine sur la destinée manifeste aujourd'hui. C'est quand même quelque chose, pas unique, mais de très important pour comprendre les États-Unis d'aujourd'hui. C'est-à-dire que vous avez des gens pour qui le message que l'Amérique doit donner au monde doit se faire, même au prix de la destruction de l'Amérique. C'est toute une part des W. C'est ça, c'est-à-dire que nous avons apporté le mal sur Terre.

Nous l'extirperons, parce que le mal, je rappelle, c'est l'homme blanc hétérosexuel et son histoire. Voilà. Comme disait un jeune fonctionnaire français qui passe : "Définissez-moi la France en deux mots : colonisation et collaboration." Vous voyez ? Donc, nous avons apporté le mal et nous l'extirperons.

Et là, vous voyez ce que c'est. C'est une idée religieuse. Quand on n'a plus le mental religieux, vous savez, quand Joseph de Maistre disait "En dehors de l'église, l'Évangile est un poison", mais là vous l'avez devant vous. Quand vous n'avez plus le mental pour la religion, à la fois horizontale et verticale, la conscience religieuse devient autodestructrice parce qu'elle devient miasme pur.

Aujourd'hui, qu'est-ce que c'est que le wokisme ? C'est le millénarisme à la portée des caniches, pour paraphraser Céline. Vous voyez ? C'est le fanatisme, dans la version qu'en donnait Nietzsche. La seule volonté accessible au faible. Malheureusement, quand vous avez la jonction d'une dégénérescence anthropologique, d'une décomposition religieuse qui se fixe, les deux sur une classe élitaire, donc une classe qui a les moyens d'imposer ses délires, parce que si vous voulez, le délire d'une secte protestante au fin fond du Kansas, il est malheureux. Il va gêner les gens qui sont dedans et, à la rigueur, le shérif du comté, pas beaucoup plus.

Là, vous avez ces deux phénomènes qui s'accrochent à une classe élitaire et donc une classe qui a les moyens justement de faire entrer tout le monde dans Fantasyland. Degré deux forces, c'est ça qui est terrifiant, c'est que ce soit une idéologie de la bourgeoisie. Les bourgeoisies occidentales ont eu des tas d'idéologies. Elles en changent tous les 20 ans, tous les 20 à 30 ans historiquement. Ça, à la rigueur, c'est grave, parce que c'est quand même la force de production, mais ce n'est pas irrémédiable.

Par contre, quand vous avez un socle idéologique qui a pris tout le moule de création, c'est malheureusement le cas aux États-Unis. Ce qui a expliqué les problèmes de Donald Trump à créer sa première administration, ce qui explique le mal que nous aurons demain, ça c'est terrible. Parce que ça, c'est 30 ans de travail.

Et le problème, c'est qu'un renouveau religieux positif, ça se sécrète, mais ça ne se décrète pas. Et je vois peu comment l'Amérique va... L'Amérique n'a qu'une seule alternative spirituelle, comme nous d'ailleurs. Je ne dis pas que je serais contre la réchristianisation de tous ces trucs, je dis juste que là encore, si vous laissez pas abrcadabra. Voyez, politiquement, c'est pour ça que Donald Trump existe.

Il n'y a que cette forme de spiritualité, accessible à tous, qu'est le patriotisme. Puisque c'est la terre et les morts de base, hein, qui peut permettre de dire qu'il y aura un demain commun. Parce qu'il y a déjà un commun. C'est la seule chose qui peut replâtrer la société. Ça ne lui donnera pas un sens, ça ne lui donnera pas un but. On est d'accord. Mais au moins, ça permet de refaire un tout commun, pour qu'on évite soit de se décomposer ensemble, soit de se foutre sur la gueule, ce qui sont quand même les deux alternatives qui sont en France comme aux États-Unis.

Parce que malheureusement, je crains que... On ne peut pas décréter que la religion catholique se relève. On ne peut pas décréter que le protestantisme se relève. L'Amérique n'a comme seule religion qu'elle-même, tout comme nous, nous n'avons que la France. J'aimerais qu'il en fût autrement.

Le problème, c'est que, un, l'Église catholique pour la France ne le veut pas. Et deux, redresser, vu l'état dans lequel ils sont. Si vous voulez, le seul protestantisme qui est capable de se redresser, c'est le protestantisme évangélique. Il n'est pas exempt de problèmes non plus. Vous voyez, c'est malheureux. Nous sommes face aux conséquences d'une crise religieuse, dont la réponse ne peut, dont la réponse ne sera pas religieuse.

Je voulais aborder un sujet avec vous, c'est le traitement de l'information médiatique par les médias, aussi bien français qu'américains. Une étude est sortie aux États-Unis, a démontré que 85 % de la couverture à propos de Donald Trump était négative. C'est juste énorme dans la plupart des principaux médias du pays. Je vous propose qu'on écoute un extrait d'une journaliste française qui fait le parallèle entre Donald Trump et le fascisme.

On écoute.

Alors, pas la définition du fascisme originel de 1922, marche de Rome. Ce n'est pas le cas, même si certains considèrent la marche sur le Capitole comme étant quelque chose qui ressemble à ça. Non, en revanche, quand on lit Umberto Eco et sa définition du fascisme au milieu des années 90, on a quelques points communs. Le culte du chef, l'anticommunisme, la haine des ennemis, la haine de la presse, la haine du pluralisme, la haine de l'alternance. Parce que qu'est-ce qui va se jouer demain, en fait ? Parmi les grandes définitions de la démocratie, il y en a une qui est à mon avis la plus claire : quand on perd une élection, on reconnaît sa défaite et on quitte le pouvoir.

Il n'a toujours pas reconnu la défaite de 2020 et il a déjà annoncé que s'il perdait, c'était parce que l'élection a été truquée. Donc ça, c'est un signe d'une démocratie qui fonctionne très mal et de quelqu'un qui ne veut pas jouer le jeu de cette démocratie.

Après l'accusation en fascisme, je ne suis pas sûr qu'elle soit efficace politiquement, mais elle a eu le mérite, à un moment donné, de poser les deux pieds dans un plat.

Brun.

Alors, je n'ai pas terminé, j'ai un autre extrait à vous proposer pour rester sur ce florilège.

Vous êtes courageux. Courageux. Je vais prendre quelques jours de congé après. On écoute de suite.

C'est extrêmement difficile pour nous, Européens, de regarder un débat comme ça. Non, mais c'est vrai, parce que quand on regarde ce débat, qu'on soit démocrate ou républicain, moi je ne suis pas électeur américain. Je ne suis ni démocrate ni républicain, je me trouve en permanence face à, au contraire, de tout ce que j'ai appris sur les États-Unis depuis des dizaines d'années, que je travaille sur le sujet. C'est parce que je me retrouve face à quelqu'un qui tient des propos erratiques, irrationnels. On dit toujours que débattre avec Donald Trump, c'est comme débattre avec un pigeon. Il arrive fièrement, il fait tomber toutes les pièces par terre, il défèque sur les chiquets et il s'en va fièrement.

Votre avis sur les propos qui ont été partagés ? C'est une apothéose, c'est une gerbe. C'est fabuleux, c'est Gano. Il avait écrit un bouquin, il s'appelait "Dans la tête de Poutine", que je ne vous recommande pas d'ailleurs, parce que lui, ce qui aime bien, c'est s'écrire dans la tête de... Parce qu'il est un peu perdu. D'ailleurs, ça se voit.

Enfin, je ne sais pas s'il est vraiment perdu, mais les heures sont vraiment perdues pour le coup. Alors, le bon, alors, je ne sais pas... À un moment, faut... Je pense qu'il faut arrêter avec les vieilles obsessions, parce qu'en ce moment, on a des plats bruns, des renflements bruns. Enfin, tout est brun. Mais on va se calmer.

Alors, la définition d'Umberto Eco du fascisme, je le dis, j'ai énormément de respect pour le grand Édouard Umberto Eco, mais aucun historien spécialiste des années 30, manque de bol, ce fut une de mes spécialités universitaires, aucun historien ne reposera sa définition du fascisme là-dessus. Le fascisme, c'est quelque chose de dater. Donald Trump n'a strictement rien à voir là-dedans. Mais alors, strictement rien. C'est comme cette affaire ridicule de... Vous savez, Trump a loué le Madison Square Garden. Le parti nazi américain avait loué le Madison Square Garden. Oui, mais Michael Jordan aussi.

Est-ce que Michael Jordan fait partie du parti nazi américain ? Enfin, si vous voulez, ça nous met dans des abîmes de circonspection.

Or, le tout ceci est une débilité mentale profonde. À un moment, et je le dis d'autant plus gravement, c'est un sujet qui me touche beaucoup personnellement, parce qu'on ne joue pas impunément avec la mémoire des morts. Moi, le véritable antifascisme, je sais, par tradition familiale, ce que ça coûte. Ça nous a coûté un aller gratuit à Buchenwald, merci bien.

Donc, à un moment, on va peut-être arrêter de ressortir ces trucs-là, dès qu'il y a quelqu'un qui ne vous plaît pas, parce que ça, par exemple, ce n'est pas de l'analyse. Un parti qui est vertical, avec une fonction du chef ? Oui, notion du leader charismatique dans la psychologie politique, ça peut donner le pire comme le meilleur.

Si vous voulez, ça a donné Mussolini, c'est vrai. Ça a donné De Gaulle aussi, parce qu'au lieu de dire que De Gaulle n'est pas un chef, là, pour le coup, il faut faire un effort d'imagination. Le culte de Churchill dans l'Amérique d'après-guerre, enfin, que les grands hommes importent, c'est un phénomène historique courant.

Donald Trump a-t-il un lourd bilan en termes de surveillance des populations et de fin des libertés publiques, et particulièrement des libertés constitutionnelles qui sont aux États-Unis ? Liberté de penser, liberté de partager ses pensées, liberté de réunion, liberté de détention d'armes. Est-ce qu'il a touché à ça ? Non. Donc à un moment, moi je veux bien que...

Ou alors on parle du fascisme libertaire de Fukuyama. Bon, ok, d'accord. On parle de D'Annunzio. Bon, tout ceci n'a pas de sens. Voyez ? Quand on efface, par exemple, l'hitlérisme, l'hitlérisme, c'est des gens qui arrivent un beau matin chez vous et qui vous disent : "Maintenant, ça va se passer comme on a dit, sinon on vous règle votre compte." À aucun moment il n'y a eu de la part des hommes de Donald Trump ça, de faire de l'affaire foireuse du Capitole qui a été, c'est là où il y a un problème. Ça a été documenté doctrinalement, l'affaire du Capitole. On sait aujourd'hui tout ce qu'il y avait derrière, en part de manipulation.

Donc, soit il ne le sait pas. Si c'est le cas, fallait pas lui demander. Soit il le sait, c'est pire. Donc, à un moment, je ne dis pas, moi, je ne suis pas Américain non plus. J'ai pas d'affection particulière pour Donald Trump. Moi, je vois qu'on hitlérise des gens depuis que je suis gosse. À un moment, il va falloir justement... Vous voyez, c'est l'une des parts de la décadence de l'Occident. C'est-à-dire que nous sommes tellement bloqués sur ces époques-là que nous ne voulons pas voir des phénomènes qui n'ont rien à voir.

Si vous voulez, Donald Trump, qu'est-ce que c'est ? C'est une part de patronat conservateur typiquement américain qui a cru au serment à l'Amérique qu'on fait faire à tous les petits garçons et à toutes les petites filles. D'ailleurs, sa naïveté constitutionnelle, lors de son premier mandat, vient de là. C'est lui, il a cru aux institutions jeffersoniennes. Il a oublié qu'il y avait des institutions non jeffersoniennes aux États-Unis. D'où le début très dur de son premier mandat. Ça n'a rien à voir avec les tentations fascistes qui ont eu lieu aux États-Unis, des soi-disant partis américains. Ça n'a rien à voir.

Rappelez-vous, lors de son premier mandat, on avait trouvé un clampin dans un de ses meetings, qui aurait, par une nuit sans lune, au fond, derrière un trou au fond d'un puits, eu un mec dont la cousine par la mer du chat aurait été sympathisante du Ku Klux Klan. À un moment, ce n'est pas du journalisme. Il y a, si vous voulez, je parle uniquement à titre français, c'est à titre stratégique. Est-ce que vous vous rendez compte que ce genre de commentaire importe la cécité que nous avons vis-à-vis du monde ? Parce qu'à la fin, soit on parle de la réalité telle qu'elle est pour la partager à nos concitoyens, soit on décrète une émission : Le monde selon WAM.

Parce que ça, c'est le monde selon WAM. C'est-à-dire une part de la classe intellectuelle française qui a besoin, pour se sentir exister, de se faire une sorte de shoot d'adrénaline, de se dire que non, elle n'est pas dans son 11e arrondissement, dans son loft gracieux du 11e arrondissement. Elle est en 1933. Il y a des fascistes plein les rues. Faut se calmer.

Vous voyez, je ne suis pas méchant. Enfin, je ne vais pas entrer dans ce débat-là. Si vous voulez, je souhaite du mal à personne, mais ça me ferait marrer qu'à la fin de la nuit, l'autre passe rien que pour voir sa tête et celle de Yan Barthet le lendemain. Si vous voulez, parce qu'à la fin, il faut bien comprendre.

Nous, nous sommes isolés du monde avec ce genre de commentaire.

Combien même Donald Trump est l'homme le plus haïssable au monde, s'il est élu, c'est que le peuple américain l'a voulu. Ça ne nous regarde pas. Une décision comme celle-là, ça se respecte. Moi, à titre personnel, je ne vais pas me rouler par terre si Kamala Harris est élue. Je dis : "Les Américains l'ont voulu, ils en auront aussi les conséquences." Dans les deux cas, je n'ai pas d'avis moral ou personnel à avoir là-dessus.

Il y a une analyse à avoir là-dessus, et l'analyse ce n'est pas : "Vous vous rendez compte, Trump a fait deux building dans le quartier italien à New York, ça prouve bien quand même qu'il est mussolinien sur les bords."

Il faut quand même arrêter ! Moi, ce qui me préoccupe le plus par rapport à ce type de discours, c'est qu'en fait, à force de toujours comparer, de faire du Ad Hitlerum, il y a un peu une logique de vider de sa substance ce qui était l'horreur du nazisme, du fascisme, et c'est vite l'oublier en faisant des parallèles avec des individus qui n'ont strictement rien fait de comparable avec des régimes tels. Ça veut dire que, en substance, ces régimes étaient moins pires que... Premièrement, il y a une édulcoration de ce que le nazisme a été.

Il faut quand même savoir que c'est 50 millions de morts. À un moment, il faut savoir raison garder. Deuxièmement, quand vous êtes en face, parce que je ne me rappelle pas que Monsieur Seanov ait hurlé sur le bataillon AOF. Ou je ne lui fais pas le procès, je ne suis pas à toute sa production. Mais ça, m'aura échappé, mais parce que là, pour le coup, s'il veut des vrais nazis, on peut lui en présenter, parce que là, il y a des vrais nostalgiques.

Ça ne doit pas le choquer, hein, parce que là, pour le coup, enfin moi, le Freedom Fighters avec un symbole sur le bras, j'ai quand même des doutes.

Je me permets d'être sceptique. Or, qu'on le veuille ou non, une partie de l'honneur de l'Occident au sortir de la guerre a été le plus jamais ça. Non, le plus jamais ça obsessionnel de voir du nazisme partout. Mais se dire que cette horreur ne reviendra pas. Nous ferons en sorte qu'elle ne revienne pas.

Et à tout et n'importe qui, c'est oublier ce serment qui a été une part de l'éthique de l'Occident à l'époque où elle a eu lieu. À titre personnel, ces dernières années, les restes d'honneur que nous avions se sont évaporés sur cette question. Moi, quand j'ai vu, parce que moi, je les ai vus à l'époque où ils s'appelaient Pravda, dans les couloirs du Parlement européen, quand j'ai vu qu'on a fait confiance à ces gens-là...

Vraiment, on a tout perdu. Parce que le "plus jamais ça" avait bien des défauts, mais au moins, ça nous donnait une éthique supérieure. Et de voir ça fouler aux pieds par l'éclair, par des gens qui... C'est le boulot de garder ça.

Si vous voulez, il n'est pas dans l'appareil de production, lui. Moi non plus, notre charge, c'est justement de veiller à cet ordre symbolique. C'est notre seule utilité dans le corps social. Et de le fouler aux pieds de cette manière-là, d'illusionner les Français, de dire ce qu'ils veulent entendre à une part dégénérée de la bourgeoisie française, tout ça pourquoi ? Pour qu'à la fin, on se dise : "Ouais, enfin, si le nazisme, c'est que Orban et Trump, ça devait pas être si terrible que ça."

Vous voyez ? À la fin, parce que ça, ce n'est pas la petite bourgeoisie qui l'écoute qui va entendre ça, mais c'est tous ceux qu'ils sont en train d'abrutir dans certaines parts de notre territoire.

C'est tous ceux... Vous imaginez ce que c'est pour des gamins en école défavorisée qui entendent un prof idéologisé leur dire que Trump, c'est Hitler ?

Hitler, était dans le BTP. Le Trump, c'est Hitler ?

Ouais ? Eh bien alors, Hitler, ça ne doit pas être si terrible que ça. Et résultat, vous avez aujourd'hui des gamins en banlieue qui vous disent finalement "Vous en faites beaucoup pour pas grand-chose." Vrai ou faux ? Ça a commencé comme ça dans les années 80 avec le même type de discours. Pas lui, mais ses prédécesseurs.

Mais au-delà de ça, ça souligne aussi une grande méconnaissance du système américain. Puisque le président des États-Unis, comme on l'a dit ce matin, un petit peu plus tôt dans la matinale, n'a pas un pouvoir exécutif fort et a une marge de manœuvre très faible, puisqu'il y a beaucoup de garde-fous. Ils y connaissent strictement rien. Donc vous leur expliquez le système de checks and balances, ils ne pigent que dalle. Pour eux, les États-Unis, c'est très simple.

Pour eux, c'est la CIA parce qu'ils ont vaguement lu Tom Clancy. Si un jour, c'est le FBI parce qu'à l'agent Mulder, et c'est le NCIS à cause de Gibbs. C'est le peu qu'ils connaissent du président des États-Unis. Ils l'ont vu chez Martin Sheen dans la Maison Blanche. Voilà.

Point. Ils s'en connaissent que dalle. Ah si, maintenant, ils ont découvert le Congrès, grâce à aux sauvegardes. Ok, d'accord. Donc, d'ici 2-3 ans, on aura un truc sur une Mexicaine unibambiste qui deviendra juge à la Cour suprême, et ça y est, on aura enfin la base du droit constitutionnel US. Non, faut arrêter. On atteint que Netflix se lin dans le projet.

Alors non mais, voilà, c'est la culture Netflix, c'est-à-dire que c'est la culture Netflix. Ils ne se rendent pas compte que le président des États-Unis, sur un plan constitutionnel strict, est moins à l'aise que le président de la Cinquième République française en état de souveraineté.

Là, le problème, si vous voulez, c'est qu'il n'y a plus de présidence en France, parce qu'il n'y a plus d'État. Mais quand l'État existe en France, le président est beaucoup plus fort constitutionnellement que ne l'est le président américain. Ce qui n'est pas grave. Nous n'avons pas la même définition d'un État fort avec les États-Unis. Comme disait Thierry Moinin, un État fort, pour nous, c'est l'État qui est capable de supporter le maximum de liberté en son sein. Les États-Unis ont une autre définition aussi, parce qu'ils viennent des idées européennes de l'époque de leur indépendance. Simple hein ? Ils ont reproduit le système anglais, en fait. Un roi demi impuissant face à un parlement demi impuissant, et au milieu, un juge demi impuissant.

Vous voyez, c'était déjà le système de la cour anglaise, enfin, surtout entre le roi et le Parlement. Donc, si vous voulez, ça se retrouve chez Montesquieu, qui ne fait que regarder l'Angleterre de son temps. Or, eux, ils ont eu ça. Nous, on a une autre tradition, qui est un dialogue entre souverain et peuple, parce que chez nous, les corps intermédiaires peuvent être très problématiques.

Mais chez eux, il n'y a pas la présidence impériale. Elle a lieu, pour l'extérieur, elle a lieu par quand le président des États-Unis est un fourrier de l'impérialisme américain. Mais ça, ça ne concerne pas l'Amérique de l'intérieur et, objectivement, si c'est ça son propos, et je crois pas que ce fut ça, il ne peut pas en accuser Donald Trump.

C'est le seul président américain depuis la guerre qui n'a pas débuté une guerre majeure sous son mandat. Donc il ne peut pas l'en accuser. La présidence impériale interne aux États-Unis, non, si vous voulez, de voir le président américain comme un Deus Ex Machina, ça marque juste une chose. C'est qu'il faut généraliser l'introduction du droit constitutionnel comparé dans les cours d'éducation civique.

Comme disait Samuel et Jackson : "Si on avait plus de profs, on aurait moins de rap de merde." Et bien, on aurait plus d'introduction au droit. On aurait moins d'analystes foireux.

Je voulais vous faire réagir à un autre extrait vidéo par rapport au mépris qui peut y avoir à l'encontre des électeurs de Donald Trump. On sait que Joe Biden les a insultés d'ordures. Cette fois-ci, l'extrait vidéo vient de Gérard Harrow. On écoute ça de suite.

Est-ce que vous êtes étonné par les arguments, les phrases à l'emporte-pièce de Donald Trump ? Je disais, nous, en Europe, on a du mal à comprendre ça.

On a du mal à comprendre une certaine naïveté, même des électeurs républicains qui prennent ça pour une vérité. Écoutez Donald Trump, par exemple, qui n'hésite pas à dire dans un de ses meetings : "Si on tire sur les journalistes, ça ne me gênera pas trop. J'ai une vitre ici. Ici, j'en ai pas. J'ai encore une vitre ici." Et tout ce qu'on voit là-bas, ce sont des médias qui publient des fake news, pas vrai ? Donc, pour me tirer dessus, quelqu'un devra viser à travers ces fake news.

Et ça, ça ne me dérange pas tellement. Ça ne me dérange pas. Voilà, il peut sortir des énormités comme ça. Ça rigole. Bon, c'est peut-être de l'humour, mais nous, on en reste quand même confondus.

Non, d'abord, les Américains n'élisent pas un Narc, ils n'élisent pas quelqu'un qui peut vous donner les taux d'imposition ou qui peut rentrer dans le détail des dossiers. Ronald Reagan ne savait rien sur le fond des dossiers et est considéré comme un grand président américain.

Les Américains élisent un commander in chief, c'est-à-dire quelqu'un qui est capable de donner une direction au pays. Et ça, Donald Trump l'a prouvé entre 2017 et 2021. Les Américains n'ont pas de mauvais souvenir de cette époque. L'économie en particulier, elle marchait très bien.

Et en ce qui concerne les plaisanteries assez mauvaises de Donald Trump, je dirais que les Américains, vous vous diront, les électeurs de Trump, qui ne se font pas d'illusion sur le personnage, ils ne sont pas naïfs. Moi, j'ai vu des électeurs de Trump me dire : "Bah oui, on sait bien, c'est un escroc. On ne lui confierait pas notre fille. Mais il a été un bon président." Au fond, je dirais que l'électeur américain est peut-être moins naïf que le Français.

Il veut, et il nous dit : "Je n'élis pas mon meilleur ami. Je n'élis pas quelqu'un pour passer des vacances avec. J'ai élu un président." Eh bien, ce président a peut-être des défauts, et les électeurs de Trump connaissent les défauts de Trump, mais pensent qu'il a été un bon président.

Est-ce que vous pouvez réagir par rapport aux propos de... C'est moins pire que ce à quoi je m'attendais du personnage. Ce que je me rappelle de la première élection de Donald Trump avec les scepticismes. Il a quand même couvert de ridicule une partie de nos services. Je le remercie. Donc, à un moment, quand on est diplomate, faut savoir, comme disait le Général de Gaulle, faire perdurer les carrières.

Or, il y a des points, juste, dans ce qui est dit. Les Américains, vis-à-vis particulièrement de Donald Trump, savent, connaissent son côté ableur. Ensuite, est-ce qu'on se rend compte ? Est-ce qu'on se rend compte que des journalistes français, avec un travail journalistique derrière, donc de traduction, de visionnage, de flicage, là où il devrait renseigner les Français sur des choses importantes que disent Donald Trump ? Non, on en est à l'anecdote, on en est à la blague.

Donald Trump déteste les journalistes. Oui. Et alors ? Je peux vous présenter 6 Français sur 10 qui les détestent tous les ans. Donc, et les journalistes, ils aiment bien Donald Trump ? Depuis quand ? C'est même pas ça, non, mais un moment, la caste journalistique se parle à elle-même. Je n'ai pas vu sur quelle chaîne, pardonnez-moi, il était, il c'était sur LCI, il me semble, donc ça aurait pu être sur des canaux plus publics.

Vous rendez compte que par service public ou par dotation à la presse, nous payons les journaux pour que les journaux se parlent à eux-mêmes ? C'est incroyable. Je connais des bulletins paroissiaux qui ont plus d'impact que la une de Libération. Donc, à un moment, il faut se calmer.

Nous, les journalistes, ce n'est pas parce que je suis journaliste qu'il m'aime pas. Oui, oui, mais il n'est pas le seul. Nous aussi, on peut pas vous sentir. Et on peut pas vous sentir à cause de ce type de qualité de travail. Parce que vous, vous pointeriez, si on est au niveau de l'anecdote, si vous pointez un meeting de Kamala Harris et que vous tendez le micro, vous allez entendre des énormités du genre : "On va faire payer les Blancs", etc.

Ça, c'est tout à fait possible dans un meeting démocrate. Ça, vous choque moins ? Ça ne vous choque pas du tout ? Parce que ces images-là, vous pourriez aller les chercher

Que avoir une information fiable aujourd'hui, c'est comme avant un calibre qui marche. C'est c'est c'est une perle rare.

Moi, de ce que je pense voir, il y a une avance, une avance républicaine. Ensuite, le statut très particulier de l'élection américaine, en terme de contrôle des modalités de vote, fait que ce n'est pas une élection qui est intrucable.