Transcription
[Musique] La mer. À force de sillonner sa surface, on en oublierait parfois ses profondeurs. Des territoires inaccessibles, invisibles et surtout mystérieux.
[Musique] Voilà pourquoi je suis venu ici dans le parc naturel marin du Capcorse et de la griat pour comprendre un mystère. J'ignorais alors que cette enquête allait durer 3 [Musique] ans. Un curieux phénomène apparut par hasard sur les écrans d'un sonard. Sur une quinzaine de kilomètres carrés, des centaines de formes circulaires dessinées sur une vaste plaine de sable à plus de 100 m de fond. Les paysages naturels offrent rarement un tel spectacle aussi géométrique et organisé. Mais quelle est l'origine de ces étranges anneaux ? De quoi sont-ils constitués ? Sont-ils vivants ? Comment on est arrivé à un tel paysage avec des anneaux qui soient aussi alignés, des formes qui soient aussi circulaires, aussi similaires les unes des autres. Je plonge quand même depuis que je suis gamin, mais ce que je voyais là, c'était la première fois. Un paysage sans équivalent. Plus que ça, c'était un paysage qui ne me paraissait pas naturel. Pour savoir, il fallait des plongeurs audacieux. Pour comprendre des scientifiques convaincus. Pour réussir des moyens conséquents. On était face à un phénomène dont on connaissait ni l'origine, ni l'âge, ni le mode de formation.
[Musique] Depuis quand se trouvent-ils là ? Quelle est leur nature ? Les questions sont simples. Le défi d'y répondre immense. Cette zone d'atto, elle est située dans la partie la plus longtempée de de France. Donc et peut-être même de Méditerranée. Donc l'objectif à atteindre, ça va pas être facile. Histoire, aller à chercher peut-être dans leur cœur. Plus de 30 scientifiques de toute discipline, biologistes, géologues, vont se mobiliser autour de Laurent Balesta pour relever ce défi, comprendre et expliquer l'origine du [Musique] phénomène. Une aventure collective à la découverte d'un site étrange et inexploré. Une enquête subaquatique pour percer le mystère des anneaux du Capcorse.
[Musique] [Musique] [Musique] Au nord de la Méditerranée, la Corse est une île connue pour la beauté de son littoral, de ses paysages sauvages entre terre et mer. Son cap tout en longueur est une péninsule montagneuse qui planche dans la mer. C'est ici en 2011 lors d'une campagne océanographique dans les eaux du parc naturel marin du Capcorse et de la Griate que les chercheurs Gérard et Christine Perjan de l'université de Corse ont aperçu pour la première fois d'étranges cercles sur l'écran de leur sonard.
[Musique] Spécialiste des plongées profondes, Laurent Balesta s'est fixé un objectif, descendre jusqu'aux anneaux, les étudier, décrypter leur origine et leur [Musique] nature. Et c'était deux de mes anciens professeurs de l'université de Corse qui avaient fait la la découverte des des cercles parfaits qui apparaissaient partout sur l'écran de leur sonard. Alors évidemment, ils ont vite publié une série d'hypothèses, mais ils n'avaient aucune certitude et puis surtout aucun plongeur n'était allé voir. Bon, faut dire que c'est quand même à 20 km d'écôt, à plus de 100 m de profondeur. Donc voilà, l'endroit était inaccessible et donc très attirant.
[Musique] En juillet 2021, une première plongée est organisée avec l'équipe d'Andromède Océanologie dont font partie Florian Aon et Julie Ders, spécialiste des réciifs profonds. On positionne par exemple ici là entre les deux là, l'idéal c'est d'essayer de tomber exactement là. On est dans des anneaux qui ont l'air bien dessinés et juste à côté, on a deux gros [Musique] reliefs. Aller voir les anneaux, ce n'est pas une plongée anodine. Cela exige de l'expérience. À 120 m sous la surface, les plongeurs ne peuvent rester qu'une vingtaine de minutes au fond. Ces 20 minutes leur coûteront 4 heures de remonter. Le temps nécessaire pour que s'évacue le gaz dissous dans leur organisme sans risque d'accident. C'est le temps de la décompression. Le prix à payer pour pouvoir s'approcher des anneaux et en rapporter les premières images. 10 ans. 10 ans que je les imaginais et je les vois enfin. Des anneaux à perte de vue. Je n'ai jamais vu un tel décor. Le paysage paraît organisé, presque artificiel, un peu comme un jardin à la [Musique] française. Tous les anneaux sont identiques et se composent de trois éléments : un noyau central rocheux, un disque de sable clair, puis une couronne sombre tout autour composé de petits cailloux colorés.
[Musique] D'habitude, les plaines de sable sont comme des déserts, trop instables pour le développement d'une vie sous-marine foisonnante. Voilà pourquoi je pensais trouver des choses inertes, des restes de petits cratères, mais sûrement pas quelque chose de vivant. Et pourtant, à mon grand étonnement, ces anneaux sont des récifs, une construction [Musique] biologique. Malgré la faible luminosité qui règne à ses profondeurs, la vie est bien là. Sur le noyau central, des algues calcaires trouvent suffisamment de lumière pour vivre et se développer. Elle forme des récifes qu'on appelle coralène, un écosystème typique de la [Musique] Méditerranée. Mais la plus grande surprise vient de ces grandes gorgones aux branches si régulières et symétriques. Ces colonies d'animaux fixés sur un squelette communent les noyaux des anneaux. Une espèce que je n'ai jamais vu [Musique] ailleurs. Cette première plongée me laisse perplexe. Comment la vie a-t-elle pu se développer à de telles profondeurs en formant ces structures circulaires ? Sommes-nous face à une exception biologique, un écosystème à part ?
[Musique] Tu es d'accord que c'est surnaturel ça ? Il y en a combien ? Mais c'est ça le truc. Bon, c'est profond, on voyait pas très bien mais il y là rien que sur la photo deux, on en distingue, on voit l'amorce d'un autre de ce côté. Et c'est Gorgon là, c'est quoi ? Mais c'est ça le tu la connais cette espèce. Regarde, regarde, regarde, regarde. Attends, on s'en approche, hein. H J'ai jamais vu ça. Calogorgia verticat. Exactement. C'est des trucs qui voient que avec les sous-marins, les roves quand ils vont dans les canons au-delà de 200 m et ça dépasse 1 m de haut et et en plus tu as un tout petit caillou mais avec toutes ces gorgones ultra concentrées et puis rien sur 10 m de rayon et puis cette couronne, c'est ça quand tu les éclaires de près, tu vois bien que c'est rouge, rose, violacé. Euh et le petit bout de coran là au milieu, il est comment ? Mais il est tout petit, il fait peut-être 2 m². Et regarde, en 20 minutes, j'ai vu trois espèces de poissons. Il m'a fallu des années pour les voir ailleurs. Antiasperroquet une fois, antiasperroquet une deuxième fois, le limbert affilament, les bécasses de mer. Bon, merde, tu as vu cette forme bien ronde et bien creusée quand même hein. Quel âge ça pourrait avoir un corrigène comme ça ? Cette profondeur là en plus ça m'a pas poussé vite hein. Moi je suis sûr que ça a des milliers d'années. J'ai envie d'y croire hein. Les trois biologistes connaissent bien les récifs coralènes de Méditerranée. Ils sont habituellement irréguliers et entremêlés. Alors qu'ici il semblent uniforme et ordonné. Mais le plus surprenant c'est qu'il se situe dans un désert de sable sans support de départ, sans point d'attache apparent. Comment cet oasis de vie a-t-elle pu se développer ? Et comment ces formes circulaires ont-elles pu se reproduire en plusieurs centaines d'exemplaires tous identiques [Musique] ? Leur forme circulaires, leur grand nombre, ce côté bien rangé et puis cette vie inattendue. Tout était nouveau, inédit pour moi. Résoudre ce mystère allait devenir mon obsession. Pour comprendre, il fallait mener l'enquête. Une enquête qui débute dans les bureaux d'Andromède où Laurent et son équipe organisent leur QG. On voit bien que les anneaux là par contre sont diffus, ils sont pas du tout joints. C'est super grand surtout. On a l'impression que le noyau, il est aussi gros que le plongeur. Il existe bien des formes circulaires étranges dans le monde comme les cercles de fé dans le désert namibien ou encore l'œil de l'Afrique dans le Sahara Mauritanien. Ces énigmes ont trouvé des explications rationnelles. C'est désormais au mystère des anneaux du Capcorse de faire l'objet d'une enquête scientifique. On était face à un problème complexe et donc on a tout de suite compris qu'il fallait faire appel à des disciplines différentes : géologie, écologie, [Musique] biologie.
[Musique] Une question que je me suis posée, c'était de me dire "Mais finalement, est-ce qu'il y a des données dans la littérature peut-être ailleurs dans les océans ?" Et en cherchant, on n'a pas de comparaison en fait aujourd'hui.
[Musique] Donc toi, tu imagines que ça pourrait être des nids. C'est tellement régulier ton truc. Ah oui, ça c'est c'est étonnant hein. Et je peux imaginer que au milieu de chacun de tes cercles, il y a un une bestiole. Poisson peut-être, crustacé peut-être. Le poisson globe et le crablou sont bien connus pour leur construction très singulière en forme circulaire. S'il y a pas une explication biologique comme ça, c'est le triangle des Bermudes. C'est c'est les aléliennes qui qui sont arrivés là. Pour moi, ça te fait penser à des cratères de bombe. Tu sais pendant la Seconde Guerre mondiale que les avions endommagés devaient larguer leur bombe avant d'atterrir. Je suis sûr que c'est des fus chériques passaient par-dessus. Et si c'était le trésor de Romel que les corps cherchent depuis des années ? De nombreux chercheurs se passionnent pour l'enquête. Pour avancer, il faut rassembler davantage de données sur les annonces. Sur quel étendue ? Et à quelle profondeur se sont-ils développés ? Quelle est leur taille exacte et combien sont-ils ? Pour répondre à ces questions, une mission est nécessaire pour établir une cartographie bâtimétrique. On descend un peu. Elle fournira une image précise des moindres reliefs du fond. Alors, vous en est où ? Ben Agat, elle vient de terminer la cartographie, de compter chaque anneau, un par un. Un par un. Tu les as printé ? Oh là là ! Et donc, elle en a compté 1417. Ah ouais, c'est pas rien quand même. 1417 réparti, regarde sur 15 km de les profondeurs. On est autour de 115 117 m de moyenne. La grande majorité est autour des 115 m. Ouais. Bon, on avance. Le sonard laissait présager une centaine d'anneaux. Ils sont en réalité plus d'un millier. 1417 anneaux rassemblés à l'extrémité nord du parc naturel marin du Capcorse et de la Griate à une profondeur moyenne de 115 m. Ce qui est intrigant, c'est le nombre et puis la profondeur. 120 m, c'est vraiment la limite possible pour la photosynthèse. Donc trouver une construction photosynthétique à 120 m de fond, forcément en tant qu'écologue, ça m'interroge. Le problème est à la fois un problème de biologiste, mais aussi un problème de géologue pour essayer de de comprendre leur mode de formation. On voit des structures très concentriques, extrêmement homogènes. Euh on on se pose bien sûr la question de savoir qu'est-ce qu'on a qu'est-ce qu'on a en dessous. Après avoir cartographié la partie visible, il faut passer à l'étape suivante : sonder le dessous des anneaux. Confirmer ou non l'existence d'une structure géologique souterraine qui expliquerait comment les récifes coraligènes ont pu s'encrer dans ce désert de sable. Pour cette nouvelle étape de l'enquête, l'équipe se tourne vers une technologie innovante.
[Musique] C'est avec ça qu'on va tout comprendre. C'est avec ça qu'on espère tout comprendre effectivement. Ouais. Là, ce qu'on voit, c'est la c'est la gondole du Drix qui est au-dessus. Le drone de surface Drix est capable de réaliser une échographie du sous-sol marin pour observer les couches de sédiments en profondeur. Est-ce qu'il va revenir ? On l'espère. Le géophysicien Guillaume Jouve a l'habitude d'osculter les fonds sous-marins. Ça c'est quasiment en surface. Ça va traverser les 115 m d'eau. Tout à fait. Et ensuite de plusieurs dizaines de mètres jusqu'à probablement plus de 50 m dans le ventre. Et le gris, il va faire ça tout seul en partant de la Siota. Il va aller jusqu'au Capcorse et il va revenir. Et il va revenir. Il y a même plus besoin d'aller en mer quoi. Non, il y a même plus besoin d'aller en mer. 100 pilotes et en totale autonomie, le drone de surface va parcourir plus de 300 km pour rejoindre le Capcorse. Son analyse du sous-sol marin lu en temps réel depuis le QG à Laota.
[Musique] Quelle est la bâtimétrie là ? Tu peux nous la rappeler là ? à peu près 115 m ici. 115 mation donc là on traverse vraiment la zone remplie d'anneau. Statistiquement s'il y a quelque chose on devrait le voir.
[Musique] [Musique] On voit au-dessus des anneaux des structures qui sont moins denses que les anneaux. Donc ça ça pourrait être soit les organismes qui vivent au sein des anneaux, soit le gaz qui arrive par-dessus et qui fait un petit panache diffus que l'on voit au-dessus des ans. Est-ce que tu es capable de dire la hauteur de ce panache que tu vois ? Ouais. Quelques décimètres à quelques petits mètres, je dirais euh de l'ordre du mètre. Si c'est à peine 1 m, ça peut être toute la faune fixée qui est dessus. Le truc, c'est que tu as l'impression qu'il y a rien ou que ça pénètre pas. Il y a pas grand-chose à quelques mètres sous les anneaux qui viendrait expliquer en terme de structure, je veux dire structural la création des anneaux. Pour moi, s'il y a une explication, elle est soit géochimique, géothermique, mais elle est pas structurale. Oh là là là là !
[Musique] Aucun élément géologique souterrain ne permet donc de comprendre sur quoi reposent les récifes coraligènes. Il semble poser sur le sable sans racine ni accroche. S'il n'y a rien en dessous, les chercheurs ont en revanche identifié des émanations au-dessus du noyau central. Pourrait-il s'agir d'un gaz ? Et si oui ? Aurait-il joué un rôle favorable au développement d'une vie biologique à de telles profondeurs ? Après plusieurs semaines d'enquête, c'est la meilleure piste qui se présente aux chercheurs. La présence de gaz, elle est relativement habituelle dans ce genre de sous-sol. Du moment qu'on fait sortir des fluides sur le le fond de la mer, et ben on peut avoir des communautés qui peuvent profiter de ces échappements pour essayer de se de se développer, de récupérer l'énergie de ces fluides pour par exemple fabriquer leur leur squelette. À ce moment-là, l'hypothèse des sorties de gaz, c'est la plus crédible pour expliquer la la formation de ces récifes circulaires. Pour avoir la preuve de cette théorie, il fallait arracher d'autres réponses à ces grandes profondeurs. Il fallait réussir toute une série de mesures de prélèvement complexes que que nous demandaient désormais les 30 chercheurs embarquaient avec nous dans l'aventure. Donc nous avions toutes les raisons de vouloir replonger là-bas. Mais je savais que la plongée traditionnelle, même pousser à l'extrême, ça ne suffirait pas. Il fallait pouvoir rester beaucoup plus longtemps au fond. Or, dans ce cas, la la remontée, elle devient interminable. Elle demanderait des jours entiers en fait. Donc si le problème c'est la remontée, la solution, elle est simple : faut plus remonter. Ouais. Tho, tho pionnier, tu me reçois ? Je te reçois sec sur sec. OK, parfait. Je voulais faire le point avec toi là. Comment ça se passe derrière là ? Parce que il y a encore pas mal de houle. On est travers la houle. C'est bon pour vous ? Pas de souci. OK. On va amarrer la barge et puis on va se mettre en position sur la zone de plongée. OK, la barge c'est bien une expédition de grande ampleur se met en place au large du Capcorse. Soutenue par la marine nationale et l'Institut national de la plongée professionnelle, l'équipe dispose des moyens de la plongée à grande profondeur. Ce type de plonger exige un dispositif complexe, un remorqueur tractant une barge où se situe une station sous pression dans laquelle vont s'enfermer les plongeurs. On est pas mal. Ouais. Attention.
[Musique] Les scientifiques ont élaboré plusieurs protocoles : l'installation de capteur pour la recherche de gaz, des prélèvements d'échantillons, mais aussi une opération jamais effectuée par des plongeurs à de telles profondeurs : le carotage du noyau, un procédé essentiel pour dater et analyser sa composition. Ser plus tu seras plus sur des bout de palme. Tu seras plus sur des bout de palme. Tu seras plus comme ça. Ouais.
[Musique] Les bras armés de cette opération sont quatre plongeurs expérimentés : Laurent, Thbo, Roberto et Antonin. Ciao. Allez, à tout. Ils vont devoir vivre en isolement pendant 21 jours dans cet habitacle d'acier, réglé à la même pression que celle qu'ils subiront à 120 m de [Musique] profondeur. Assurisation à 3. 1 2 3 pressurisation. Cet enfermement volontaire est aussi la promesse d'une grande liberté. En maintenant leur corps à la pression des profondeurs, les plongeurs n'auront pas à subir de palier de décompression. Ainsi, ils pourront observer minutieusement les anneaux pendant plusieurs heures chaque jour et réaliser les protocoles scientifiques.
[Musique] On attaque la descente. Au sein de la station, il respire un mélange gazeux à base d'hélium pour éviter l'ivresse des profondeurs et les convulsions épileptiques qui sont les principaux dangers de la plongée profonde. Mais ce gaz a quelques effets [Musique] secondaires. Nous on a de l'expérience. Pour chaque plonger, une tourelle descend les plongeurs vers les anneaux tel un ascenseur. La tourelle est à 100 m. OK. Reçu. On s'approche, on les éclaire. Sous l'eau, les plongeurs peuvent compter sur Uliss, un robot ange gardien qui est relié à l'équipe de surface grâce à une caméra. Il permet de suivre leur moindre déplacement et de coordonner à distance chaque étape des protocoles scientifiques. C'est déjà top de pouvoir voir ce qu'ils font quoi. Là, on peut vivre la plongée avec eux et ça c'est ça change tout pour la sécurité, pour la science.
[Musique] Ils sont pas des plongés anodines. Il ils évoluent par 120 m de fond. Ils peuvent rester peut-être 4h, 4h30, 5h et pendant 5h, ils peuvent faire de grandes distances. Ils peuvent s'éloigner de de la tourelle et nous, notre rôle va être de pouvoir les suivre, de pouvoir toujours savoir où est-ce qu'ils sont pour leur assurer une sécurité dans cette [Musique] mission. Pour cette première longue immersion, les plongeurs vont réaliser un repérage précis du site des Anneaux.
[Musique] Dans ces îs pleins de vie, le premier réflexe de Laurent est de débusquer les espèces qui peuplent les anneau pour faire l'inventaire de cet [Musique] écosystème. Je peux enfin prendre le temps d'observer le récif au centre de l'anneau et identifier patiemment la vie singulière qu'il [Musique] abrite. Autour des imposantes gorgones Calogorgia, toute une biodiversité est là discrète. Parmi leurs branches, la robe fuchia des barbiers est devenue rose pastel. Leur prédateur, le Saint-Pierre, a eu la même idée. Il est presque blanc, uniforme, lui qui d'ordinaire est jaune et parcouru de [Musique] dessins. La palme du camouflage revient aux porcelaines. Ces coquillages si exubérants ailleurs ici se fondent dans le décor. L'une d'elles pousse la perfection du déguisement à recréer l'épiderme de la gorgonne. Et il faut qu'elle rétracte son manteau pour qu'apparaisse sa coquille. Avec les heures que m'offre cette nouvelle méthode de plonger, je réalise que ces gorgones sont plus qu'une simple espèce à recenser. Elles sont un espace à explorer, un espace qui a sa propre communauté, qu'elle soit parasite, symbiotique ou simplement caché. Au pied des Gorgonnes, j'aperçois brièvement deux poissons mâle et femelle à coup sûr, mais dont j'ignore l'espèce. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit du dragonnet d'Alboran, connu jusque-là seulement dans les environs du D3 de Gibraltar. Mais la grande surprise vient non pas d'une rareté, mais d'une abondance. Une espèce minuscule mais omniprésente enroulée dans les branches couvertes d'épines. Les spécialistes vont mettre des mois à identifier cette fure, cousine des étoiles de mer.
[Musique] Laurent révèle une biodiversité surprenante au centre de l'anneau. La diversité des espèces et leur adaptation indique que l'écosystème est stable depuis [Musique] longtemps. Après 5 heures d'exploration, les plongeurs retrouvent la tourelle épuisée, frigorifiée. Cette première plongée d'observation leur a permis de découvrir les habitants des anneaux, mais aussi de repérer précisément où seront déployés les protocoles scientifiques à venir.
[Musique] La plongée à grande profondeur implique une logistique millimétrée. Sur la barge, chaque plongeur a son double. Une personne de confiance qui prend en charge, vérifie et prépare tout son équipement avant et après chaque plongée. Le rituel de préparation, c'est quand même quelque chose qu'on fait tout le temps pour nous à chaque fois qu'on plonge. J'ai pas plus le droit à l'erreur finalement quand c'est moi. J'ai pas envie que ça arrive qu'il y a un accident ni pour moi ni pour Roberto. On va pas le temps de la gueule. Ah c'est trop bizarre. Les portes ouvertes, elle peut transférer. Une fois la tourelle remontée à la surface, Laurent, Thbo, Roberto et Antonin rejoignent les 5 m carrés de leur nouvel habitacle. Leur organisme désormais saturé d'hélium ne doit surtout pas entrer en contact avec l'air de la surface sous peine d'accident mortel. Sur le pont du pionnier, Julie prépare les instruments que les plongeurs vont installer au fond de l'eau lors de leur prochaine sortie. Mon rôle en fait, c'est d'être les mains et les yeux de des 35 scientifiques avec qui on collaborait. On avait organisé ensemble tous les protocoles scientifiques et c'était à moi de les mettre en place, donc de préparer le matériel dans le panier science, de récupérer les échantillons une fois que les plongeurs les avaient fait remonter. On travaille un petit peu à la manière de de détective, donc on a besoin d'indice. On essaie de de trouver des preuves pour essayer de comprendre un peu comment fonctionnent ces systèmes d'anneau. L'enquête doit multiplier les pistes. Tout doit être mesuré, échantillonné et modélisé : détecteur de trace d'ADN, prélèvement de la Calogorgoria, prélèvement de sédiments sur le noyau central, dans le disque de sable et sur la couronne, taux de salinité et pH de [Musique] l'eau. Chaque indice permettra d'identifier les phénomènes ayant permis la vie et la formation de ces étranges récifs. Enfin, Thbo installe le courant au mètre sur le sommet d'un noyau pour détecter les éventuelles remontées de gaz qui pourraient avoir façonner ce paysage.
[Musique] L'équipe a réalisé une première récolte d'échantillons qui vont être envoyés pour analyse. Mais pour le moment, c'est la forme des anneaux qui intrigue les plongeurs. C'est des grandes dommes. En fait, il y a il y a le noyau qui est un peu éroné mais même ce noyau finalement, il est au sommet d'une au sommet d'une bosse et puis elle redescend la bosse jusqu'à la couronne. En fait, un des premiers sur lequel je me suis un peu attardé, c'était alors c'est sans doute qu'une coïncidence, mais c'était très singulier. Je donc il y avait la couronne puis le sable et puis ce ce noyau fait de gros cailloux et puis quand même au milieu petite dalle encore 1 m carré peut-être au milieu de la dalle un gros trou vraiment en plein milieu mais je crois que c'est juste une coïncidence mais ça donne l'impression ça y est a quelque chose qui va sortir du gaz de la lave [Musique]. Profitant de ces longues heures au fond, Antonin a pu faire une prise de vue photogrammétrique. Elle permet de modéliser les différents éléments de l'anneau et de confirmer certaines observations de Laurent. Étudié en trois dimensions, l'anneau apparaît clairement comme un dôme. Guillaume Mar, l'ingénieur de l'équipe, identifie un noyau central en relief, puis un disque de sable qui descend en pente douce vers la couronne [Musique] extérieure. Mais quel phénomène a pu déformer ainsi le plancher marin ? La simple croissance du récif, une accumulation de sédiments, la poussée d'une poche de gaz. Malheureusement, les premiers résultats ne permettent pas de valider l'existence d'un gaz à l'origine de la formation du noyau des anneaux. Le courantomètre nous a montré qu'il y avait des courants normaux, donc rien de d'extraordinaire et pas des fusions verticales, donc pas de sortie de fluide mesurable avec un courantomètre.
[Musique] Le courant au mètre n'a pas permis aux chercheurs de trouver du gaz. Pour autant, les chercheurs ne se découragent pas. Le professeur Édouard Bar est paléoclimatologue. Il étudie les climats du passé et leurs impacts sur l'environnement. Son expertise donne une nouvelle portée à l'enquête.
[Musique] Les résultats sont clairs. Il y a pas de sortie de métane actuellement, mais ça ne veut pas dire que la situation actuelle soit tout à fait représentative de ce qui s'est passé lors de la formation de ces anneaux. Euh donc ça ça laisse finalement l'hypothèse de des sorties de méthane euh toujours sur la table, en particulier euh pour des périodes peut-être plus reculées pendant lesquelles les conditions environnementales étaient différentes. Les anneaux étudiés sous tout leur contour ne racontent qu'une partie de l'histoire, celle que l'on observe aujourd'hui. Mais qu'en est-il de leurs conditions d'apparition, de leur chronologie, de leur croissance ? Toutes ces étapes échappent encore aux scientifiques pour expliquer comment la vie a pu se développer. Pour y répondre, les plongeurs doivent effectuer de nouveaux prélèvements et continuer leurs observations. Tandis que le noyau garde encore ses secrets, Laurent décide d'explorer la périphérie des anneaux. Aujourd'hui, cette plaine est faite de sables grossiers, de débris de coquillage. Elle est balayée par les courants. Elle semble plutôt lunaire et à l'inverse du noyau, peu propice à l'épanouissement de récifes coraligène. Mais en regardant de plus près, une vie discrète s'est adaptée au désert de sable : la réeilée et son œil masqué par une dentelle de peau et à l'inverse les yeux azurs captivants qui trahissent la présence d'une beau droit devenue sable. Le merlu, la crevette caramote, le serpenton berbe. Et si certaines se cachent, d'autres se dressent : les éponges oreilles d'éléphants, les pénatules arbres de Noël et trois espèces de cor noir quoique que blanc en apparence qui cohabite ici comme le corail noir de Larix. En le regardant de plus près, j'observe une crevette començale, elle-même hébergeant une saculine, un crustacé parasite dans son abdomen. Et comme les poupées russes, une espèce peut toujours en héberger une autre, même au cœur de ce qui semblait désertique.
[Musique] À la surface, les biologistes attendent avec impatience le moindre indice prélevé sur les anneaux. Par contre, ça c'est lourd. Line Legal découvre les précieux échantillons d'algue collectés sur la couronne. Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? Wouh ! Des coralines avec des éponges. Il y a un peu de ponellia aussi. C'est super beau. On a trouvé des algues rouges, des algues vertes et des algues brunes, c'est-à-dire les trois grandes boules d'algues qu'on connaît. Et en fait, je n'imaginais pas du tout que ces algues puissent se développer à telle profondeur. On est vraiment au limite à laquelle les algues vont pouvoir faire la photosynthèse. Lal identifie plus de 30 espèces d'algues différentes. Un chiffre très surprenant à une telle profondeur. Parmi elles, les rodolites, aussi appelées coralines. Elles composent la couronne et attirent particulièrement son attention. Les coralines, c'est vraiment un groupe qui me passionne parce que c'est le groupe d'algueux rouges qui est le plus diversifié à l'échelle de la planète. Elle se retrouve essentiellement sur le pourtour. C'est elle qui donne le côté sombre au pourtour des anneaux. Leur caractéristique principale, c'est d'avoir leur parois imprégné de calcaire, ce qui les rend complètement dur et en fait elles ressemblent davantage à des cailloux.
[Musique] Comme les plantes sont des organismes sexués, on oublie souvent que les végétaux ont aussi une vie sexuelle et donc une coraline naît d'une spore et bah cette spore va germer et devenir un petit [Musique] organisme. Cette spore a besoin de se fixer sur un substrat et les couches vont s'accumuler les unes au-dessus des autres et puis la couche vivante est toujours la couche la plus superficielle.
[Musique] Les coralines qu'on a trouvé sur les anneaux, elles sont toutes arrondies, toutes rondes et du fait que les anneaux ont une forme relativement bombée, on imagine que c'est juste la gravité qui quand elle tombe sur elle-même font qu'elle s'accumule en périphérie de l'anneau. Une première réponse au mystère. L'aspect bombé et la gravité expliqueraient donc la couronne des anneaux. Les rodolites, ces algues calcaires, auraient tout simplement roulé lentement jusqu'au pied des dômes au rythme de quelques dixièmes de millimètres par an. Mais sur quel lapse de temps [Musique] ? Une partie de ma spécialité, c'est ce que l'on appelle la géochronologie : essayer de dater des objets géologique pour les faire parler. Le fait de dater à la fois les brodolites, les calogorgia va nous indiquer en fait la diversité des différents constructeurs pour essayer de comprendre le mode de formation à la fois dans le passé et pour la partie actuelle. Les plongeurs continuent les minutieux prélèvements pour déterminer l'âge des éléments qui composent la structure des anneaux : les minuscules algues rodolites sur la couronne d'une part et les grandes gorgones calogorgia sur le noyau central d'autre part. Malgré leur forme végétale, les gorgones n'ont ni racines ni feuilles puisque ce sont des animaux installés sur un squelette commun. Couper une gorgonne ne la condamne donc pas. Une fois le tronçon prélevé, il suffit de le fixer avec un peu de ciment chimique pour qu'elle reprenne le cours de sa [Musique] croissance. L'intérêt de faire de la datation, c'était d'avoir accès à l'âge de ces formations. Est-ce que toutes les parties des anneaux avaient été formées en même temps ? Et puis savoir aussi la vitesse de croissance. Est-ce que ces anneaux, ils sont le résultat de quelque chose qui a pris 100 ans, 1000 ans, 10000 ans, plus de 20000 ans ?
[Musique] Ce que nous ont révélé les datations et bien c'est que ces grandes calogorgias sont au maximum d'une cinquantaine d'années. Elles ne remontent pas au-delà. Mais par contre en prenant les différentes couches des rodolites vers l'intérieur et on a pu découvrir et bien que elles ont commencé à pousser entre 8000 et 9000 ans avant le présent. C'est l'âge en fait qui va nous donner la relation finalement avec les changements climatiques au cours du temps qui sont bien répertoriés que l'on connaît. Et donc le début de la formation de ces rodolites correspond à une période assez récente pendant laquelle le niveau de la mer était pratiquement voisin du niveau actuel. Donc ça veut dire en fait que ces rodolites se sont formés effectivement à grande profondeur. On a un taux de pouce qui est finalement assez faible à cause d'une photosynthèse et un mode de croissance qui n'est pas très aisé à ses profondeurs. L'échelle du temps se précise. Sur le noyau, les grandes gorgonnes d'1,50 m de haut ont seulement 50 ans. Tandis que les rodolites de la couronne d'à peine 2 cm de diamètre sont-elles vieilles de 8000 ans ? Un temps suffisamment long pour expliquer leur lente accumulation au pied des dômes. Le travail de datation porte ses fruits et il reste maintenant à déterminer l'âge et le processus de formation du noyau central, la pièce maîtresse de la vie de [Musique] l'anneau. Pour cela, il faut réaliser un carotage en creusant à l'aide d'une foreuse pour accéder aux couches les plus profondes du noyau. Sans doute la manœuvre la plus compliquée pour les [Musique] [Musique] plongeurs. C'est un combat hein ce Capcore. Bah pour la barge quoi, je veux dire c'est pas non plus le caporne. Alors chers amis, des réjouissances, réjouissons-nous de ce qui a pu être fait. Euh bon, clairement, nous allons devoir affronter une tempête peut-être sans précédent effectivement pour la Corse au mois de juillet, mais des avec une houle de 6 m annoncé, bon large de Corse. Donc nous à 17h, il faut c'est sûr, faudra qu'on soit parti et donc on va organiser ce qui nous reste comme temps d'ici là pour essayer de faire un maximum de plonger. OK. Faudra vraiment se concentrer sur la carotte en premier. Ouais. Moi, je suis géologue donc j'ai besoin de travailler sur du sédiment, de la roche. Donc une des manières de pouvoir avancer, c'est de réaliser en fait en tout cas de tenter de réaliser des carottages dans ces structures. C'est comme si on avait une machine à remonter le temps, hein. C'est-à-dire que plus on va descendre profond dans une carotte, plus on va pouvoir s'intéresser à des temps anciens. Donc en fait l'histoire elle est à chercher peut-être dans leur [Musique] cœur. Vous partez avec une carotte de grosse section euh sur l'outil et à l'intérieur de la caisse, vous avez une carotte de grosse section en partie basse. Une fois que vous aurez utilisé celle-là, vous passerez sur la carotte plus la rallonge qui est déjà montée. Le même diamètre. Le même diamètre pour aller plus en profondeur. Avec le carotage, on savait qu'on avait une opération délicate et complexe à mener. Fallait un bateau suffisamment gros pour porter le matériel, capable de d'amener ce matériel de manière assez précise au droit d'un anneau dans les mains d'un plongeur à 120 m de fond. Euh tout ça accumulé euh ça faisait beaucoup de contrainte. Ultra vite. Ouais ouais. Ben écoute, c'est clair avec nous. On a la carotteuse. Tu as pas de frais.
[Musique] Le challenge, c'est de positionner l'outil, de le rendre le plus léger possible dans l'eau pour que les plongeurs puissent travailler sans risque d'essoufflement et on espère qu'ils puissent utiliser au moins 1 heure à 1h30 sur leur première phase de plongé, ce qui serait déjà en plongé à 120 m une prouesse [Musique] technologique. Les plongeurs avaient pour mission de réussir à caroter un noyau dans sa partie centrale et de faire la carotte la plus longue possible pour espérer arriver à avoir un échantillon de la création de ces noyaux et espérer comprendre comment ils se sont construits. Trop concentré à exécuter ce premier carotage, les plongeurs n'ont aucune conscience de la situation qui se complique en surface. Ça bouge beaucoup quand même hein. On est au Capcore. Ça c'est Je l'avais pas vu venir comme ça quand même he. Tu voyais pas aussi. C'est le problème c'est qu'on se le prend en contre [Musique]. Zodiaque Pionnier de Pionnier de Zodiaque. Essayie de venir sur babord là. Beaucoup plus sur babord là. Il faut que tu nous tires dans l'axe là. Ouais, comme ça là. Tire comme ça en route. Tout en bas, à 120 m, la tempête n'a aucune réalité. Thbo et Antonin tentent d'effectuer les carottages les plus profonds possibles. Laurent en profite pour compléter son inventaire de la [Musique] biodiversité. Une plongée buissonnière qui le mène hors de la zone connue sur la bordure extérieure de la vallée des anneaux. Les cartes le prédisaient. Les anneaux sont cernés de hauts reliefs rocheux qui pourraient les protéger des grands courants marins. Mais ce que j'ignorais encore, c'est leur richesse. Tout ici contraste avec la plaine sédimentaire des anneaux. Les sommets sont couverts de récifes coraligènes. Diversité, abondance, couleur. Les algues rouges dominent. Et curieusement, certaines ont même trouvé le moyen d'optimiser leur photosynthèse en transformant les ondes lumineuses. Pour le constater, il suffit d'éteindre mon éclairage pour contempler leur improbable fluorescence. Certains coraux font la même chose pour servir leurs algues [Musique] symbiotiques. Ici, tout est question de cohabitation. Dans l'éponge jaune, un petit escargot très discret, la tylodine perverse avec une simple ombrelle comme coquille. Il faut dire qu'elle mise tout sur son camouflage jaune fluo. Ailleurs, cette couleur signerait sa perte, mais dans cette éponge, elle passe inaperçue. Même sa ponte, un long ruban d'œufs en colimaçon, respecte la couleur des lieux. Dans l'éponge bleue. En revanche, la
Pagure sédentaire, une sorte de Bernard l'ermite mais qui a renoncé à sa vie vagabonde. Prisonnier volontaire dans un petit trou de l'éponge, il est ainsi condamné toute sa vie à [Musique] l'immobilité.
Cette escapade loin des anneaux offre un répit. Mais il ignore encore que ce pas de côté va dans la bonne direction. Ces grands massifs offriront bientôt une des clés de cette nébuleuse enquête.
Il faut absolument repasser une remorque vite vite là et tirer les gars là. Tu as vu là où là les trains qui arrivent là ? Ça commence à être compliqué là. Théo de pionnier. Je crois qu'il faut être raisonnable tout. Ben tu vois pas les éléments là ? Tu vois pas la houle comment elle rentre là [Musique] ?
C'est pas évident de positionner le curseur entre la sécurité et forcer pour réussir à faire la mission dans ces conditions de petites fenêtres météo tout minuscule où on peut réussir à travailler au Cap Corse. À quel moment on fait demi-tour, à quel moment on force un [Musique] peu ? Oui, Jean-Marc. Je suis pas sûr qu'il y ait une autre réponse. Si tu veux, tu peux faire envoyer quelques flashes lumineux arrière à Rose. OK, bien pris. Là, il faut faire un rappel plongeur. Théo, il est en train de caroter. Il se rend pas compte là. Il a pas le temps de lire les SMS. Faut qu'il revienne maintenant. Faut que Laurent il revienne. Ça coupe. OK, c'est c'est bon. C'est bon, je crois qu'il a compris là. Maintenant, on récupère les [Musique] [Applaudissements] autres. Vas-y, approche-toi doucement. Fais les appels de phare. [Musique] Allez Tibo ! Oui ! Coupe coupe coupe ! On dirait qu'il a pris OK. Je t'écoute plongeur arrive à commence à sortir ta tête. Ça veut dire quoi ça ? Il rentre dans le OK, c'est le premier plongeur qui rentre dans la tourelle.
Les quatre plongeurs remontent sains et saufs dans leur espace de vie. Un soulagement pour tout l'équipage. Malgré les contraintes et les éléments qui étaient contre nous, on avait réussi à avoir nos trois carottes. Donc trois carottes dans trois noyaux différents, dans des zones bien différentes. La plus grande fait 70 cm de long. Les trois carottes chèrement obtenues au fond de la mer sont immédiatement congelées afin d'être envoyées à terre pour analyse. [Musique]
Ouais, c'est Jean-Marc, comme ça s'arrange vraiment pas bien, il y aura pas de deuxième plongée. Oui oui, là c'est c'est définitif. Ouais ouais. Je vois je vois toute la déception dans tes yeux, nous aussi. Mais ouais. Surtout que après, comme les jours passent, on est obligé de commencer à remonter, ça veut dire que ça c'était la dernière plongée sur les anneaux. Je le crains. Oui, ça c'est vraiment con parce que je suis sûr qu'on est à il manque pas grand-chose. Mais là, c'était vraiment pas faisable. Oui, ça s'est encore levé. Là, c'est pas terrible. OK, c'est pas Voilà. Bah, écoutez, bon courage quand même. Ouais. Ouais, c'est à plus. [Musique]
Les mauvaises conditions météo mettent un terme à la mission scientifique. En 17 jours, les plongeurs n'ont fait que six plongées sur les anneaux. Il leur faut maintenant quatre longues journées de décompression avant de pouvoir quitter leur caisson de vie et retrouver l'air libre. [Musique]
Une double peine, ne pas pouvoir plonger, ne pas pouvoir sortir. La décompression est terminée, mais pas la tempête. Pour l'équipe, c'est l'heure du premier bilan. Elle a pu déterminer comment les algues cailloux se sont accumulées durant 8000 ans jusqu'à former une couronne. Elle a aussi recensé une biodiversité remarquable, mais elle n'arrive toujours pas à identifier précisément les facteurs qui ont permis l'éclosion et le développement de la vie au centre des 1417 anneaux. Tous les espoirs reposent maintenant sur l'analyse des trois carottes et sur leur [Musique] datation.
Un voyage dans le passé à la recherche des évolutions de l'environnement et leurs impacts sur le développement des anneaux. Au laboratoire de l'IFREMER à Brest, le géologue Stéphane Jori est le tout premier à les découvrir. Quand je reçois de ces carottes à Brest, donc moi, je découvre trois carottes. Ce qu'on a fait, c'est qu'on a sécurisé l'état des carottes en les plaçant dans des tubes, en injectant de la résine. C'est une étape très importante parce qu'au moment où on si la carotte, on peut l'ouvrir en fait. C'est un peu comme un livre. Donc on découvre l'intérieur en fait même et la composition de ces de ces sédiments et de ces roches quoi. [Musique] [Musique]
Ce que j'observe en fait, c'est beaucoup d'écosystèmes. Ils sont composés d'algues. On trouve des débris d'oursins, des débris de gastéropodes, donc des des escargots de mer, des débris de mollusques. Tout est biologique en fait. Même au plus profond des noyaux, il s'agit encore de récifs [Musique] coralligènes. Rien d'autre que des couches d'algues calcaires qui s'accumulant au fil du temps se sont fossilisées. Mais quand a commencé ce processus d'accumulation [Musique] ?
Les lames issues des carottes font le voyage de Brest à Aix-en-Provence. Dans son laboratoire, Edward Bar va tenter de dater les différentes strates de croissance des algues calcaires qui composent le noyau des anneaux. Les carottes, elles sont en fait échantillonnées. On a tout un protocole de pré-traitement et de et de chimie qui permet de pouvoir introduire en fait des échantillons à dater dans l'accélérateur de particules Aix-Marseille, ce qui permet de faire des datations au carbone 14 sur des objets tout petits, en particulier pour des objets marins. Ça nous a permis de faire pratiquement une centaine de datations dans ces [Musique] carottes. On a réussi à mettre en évidence que la partie la plus profonde en fait correspond à un âge très ancien, 21000 ans. C'était très émouvant parce que 21000 ans avant le présent, c'est un âge qui est un peu magique pour les paléoclimatologues. Cela correspond au dernier maximum glaciaire. À cette époque, le niveau de la mer était plus de 100 m plus bas que [Musique] l'actuel.
Lorsqu'on l'on regarde l'étagement des datations qui est très régulière, bien on voit que l'essentiel du noyau s'est constitué pendant une période qui va de 21000 ans jusqu'à 18000 ans. Donc il y a eu 3000 ans de fonctionnement dans une tranche d'eau beaucoup plus faible. donc avec une photosynthèse qui pouvait s'établir, je dirais, de façon beaucoup plus aisée que que à l'heure actuelle avec 100 m d'eau. Ensuite, ça s'est arrêté et cet arrêt de 10 millénaires correspond à une période climatique très tourmentée avec une hausse du niveau de la mer très importante. Et puis on repart avec justement la partie au sommet, le chapeau de la carotte constitué par des organismes qui sont très différents qui sont datés de 8000 ans avant le présent. Ces organismes ont poussé très clairement à une profondeur importante puisque ils sont situés à 100 m, 120 m de profondeur et donc on a une colonne d'eau qui elle est devenue très importante à cette époque.
Le résultat est stupéfiant. La croissance des récifs est directement liée au niveau de la mer, lui-même influencé par les fluctuations du climat. Il y a 21000 ans, le niveau de la mer était bien plus bas qu'aujourd'hui. Le noyau central s'est donc développé pendant 3000 ans dans quelques mètres d'eau, tout près de la surface. Ensuite, le climat s'est réchauffé, la mer est montée et la croissance des récifs s'est arrêtée. Nous comprenons enfin l'histoire de la formation des noyaux et de leur déclin. Mais cette découverte donne à l'enquête une portée bien plus grande. Les anneaux sont plus qu'une curiosité naturelle. Façonné par les bouleversements de l'environnement depuis la dernière ère glaciaire, ils deviennent un témoin précieux de l'histoire du [Musique] climat.
21000 ans, l'âge de glace, donc la la dernière période la plus froide sur terre. Donc ça c'est une date qui fascine les chercheurs car c'est c'est un moment clé dans l'histoire du climat de la terre et surtout c'est une période dont les traces physiques sont rares ben parce que ces traces elles sont au fond de la mer et du coup il y a à peine une dizaine de sites dans le monde qui peuvent témoigner de la vie et des paysages de cette époque. Et c'est la première fois en Méditerranée. On avait enfin une date, une idée de l'environnement dans lequel les premiers récifs au centre de l'anneau s'étaient formés. Mais comment expliquer pour autant leur quantité, leur formes bien ronde, bien régulières ? Ces questions-là, c'était encore un mystère. [Musique]
Le fait de montrer en fait que ces anneaux du Cap Corse ont été formés à relativement faible profondeur pendant le dernier maximum glaciaire est une chose importante. Mais en même temps, c'est pas ça qui va expliquer la singularité et le fait qu'on ne les retrouve ici et pas ailleurs. Il y a forcément un phénomène très particulier à grande échelle qui viendrait peut-être de la géologie du lieu spécifique au Cap Corse.
Il y a 21000 ans, ce paysage est tout autre. Le climat est glacial et la mer se situe bien plus bas. Les premiers récifs coralligènes commencent à pousser et forment le noyau des anneaux. Mais pourquoi précisément ici au Cap Corse ? Et comment expliquer leur nombre, leur taille, leur forme circulaire ? C'est au professeur André Charière que revient l'expertise géologique de toute la région. Il doit faire parler les cartes actuelles, en déduire un récit, celui d'un passé lointain, très lointain. Ces anneaux sont associés à la dernière remontée du niveau marin donc à 20000 ans. Mais les reliefs qui les portent, ils constituent un héritage d'une histoire qui se chiffre pas en milliers d'années, en dizaines de milliers d'années, mais qui se chiffre en millions d'années. En fait, ils sont tout simplement sur l'alignement de l'axe Sardaigne-Corse. Les alignements de failles de relief conditionnent des topographies qui ont été favorables et qui sont toujours favorables à l'implantation des anneaux.
La dérive de la plaque tectonique Corso-Sarde a façonné les reliefs terrestres et sous-marins du Cap Corse il y a 15 à 30 millions d'années. Mais elle a surtout entraîné vers la surface des roches magmatiques plus anciennes encore provenant des entrailles de la Terre. Comment ces bouleversements géologiques auraient-ils pu avoir un impact sur la formation des anneaux ? Le géologue Jérôme Gattacecca les a longuement étudiés non pas sous la mer mais sur les hauteurs du Cap Corse. On trouve au niveau du Cap Corse une roche particulière qu'on appelle la serpentinite qui est formée par l'altération de roches océaniques profondes et et la formation de cette serpentinite, elle s'accompagne d'un dégagement d'hydrogène qui peut se transformer en méthane et ce méthane pourrait avoir facilité la formation initiale des anneaux.
Dans les profondeurs des océans, lorsque du gaz s'échappe du plancher marin, il permet à des bactéries de se développer, entraînant la formation de supports solides qui peuvent servir de points d'ancrage pour les organismes [Musique] vivants. Pour valider cette hypothèse de gaz à l'origine de l'apparition de la vie au centre des anneaux, les scientifiques cherchent à prouver la présence de roches serpentinite sur le site. Un moyen facile de détecter cette serpentinite lorsqu'elle est en profondeur, c'est de mesurer les variations du champ magnétique terrestre parce que cette serpentinite est une des roches les plus magnétiques qu'on trouve sur Terre et donc elle va déformer le champ magnétique de la Terre. OK, ça il a un sens et donc avec Minor Ura, collègue du CNRS, ingénieur de recherche, on a étanchéifié notre système de mesure magnétique et puis on l'a finalement tracté avec un [Musique] bateau.
L'expérience consiste à faire une cartographie du champ magnétique en surface, donc à promener un magnétomètre à la plomb des zones à anneaux pour voir si on peut détecter de la serpentinite en profondeur. Détecter ce type de magnétisme depuis la surface de la mer est une expérience inédite et les chercheurs ont eu raison de la tenter. Les résultats ont été assez spectaculaires. On a vu tout de suite qu'on avait une anomalie très intense du champ magnétique terrestre avec des variations de l'ordre de 10 % de l'intensité de ce champ, ce qui est énorme. Et les seules roches que l'on connaisse dans le contexte géologique du Cap Corse qui permettent d'expliquer une telle anomalie, ce sont les serpentinites. Avec cette démonstration qu'on a bien des serpentinites en profondeur sous les anneaux, on a une source potentielle pour cet hydrogène et donc ce méthane qui aurait pu faciliter l'implantation des anneaux il y a 20000 [Musique] ans.
Grâce à cette découverte, une hypothèse semble faire consensus au sein de l'équipe. Ces anneaux seraient l'héritage d'un passé géologique très ancien. Leur histoire aurait suivi un scénario en deux temps. Dans un premier temps, des processus successifs permettent des productions de méthane séquestré dans le sous-sol marin. Puis au cours du temps, le niveau de la mer monte et descend. Selon les fluctuations du climat. La pression exercée sur le plancher marin change et le gaz s'échappe des sédiments. Au contact de l'eau de mer, des réactions biochimiques s'opèrent et permettent la formation de milliers de structures minérales solides, supports sur lesquels les premières algues calcaires ont pu se fixer. Ainsi est né un récif coralligène. Une étape cruciale dans notre enquête pour comprendre comment ces récifs coralligènes ont pu s'ancrer dans le sable et se développer ici au Cap Corse et en aussi grand [Musique] nombre.
Donc on était remonté jusqu'à l'âge de glace et maintenant à la dérive des continents. Mais il restait quand même à comprendre pourquoi ils avaient cette forme circulaire si particulière. On avait une petite piste. On savait que le noyau s'était formé donc tout près de la surface. Mais à quelle profondeur exactement ? 2 m ou 20 m ? Parce que ça ça pouvait tout changer à l'enquête. À 20 m, un récif, il peut grandir à la verticale un peu dans tous les sens. À 2 m, un récif, il est contraint par la surface. Du coup, il est obligé de se développer à l'horizontal. il pousse en en s'étalant comme un disque. Mais pour valider cette hypothèse, il fallait qu'on détermine à quelle profondeur exacte les anneaux étaient apparus il y a 21000 ans. Et donc, il est important en fait d'aller chercher d'autres évidences indépendantes des anneaux pour essayer de reconstituer cette profondeur pendant le dernier maximum glaciaire.
Pour reconstituer la profondeur des anneaux au moment de leur apparition. et expliquer leurs forme circulaires. Il faut connaître précisément le niveau de la mer il y a 21000 ans. Pour cela, les chercheurs doivent montrer à Laurent à quoi ressemblent les traces géologiques caractéristiques d'ancien niveau marin. Il y a des coquilles déjà. Ouais. Ouais. Premier coup d'œil. Ouais. Ouis. Gros morceau de coquille. Là, c'est une huître. C'est vraiment une coquille typique de ce niveau sirrénien en fait. Et il a repéré une petite huître. Hop. Les géologues identifient facilement ce coquillage fossilisé daté d'il y a 120000 ans. Il indique que le niveau de la mer se situait par le passé à un niveau plus haut que le niveau actuel. Durant cette période, les vagues ont creusé la roche sur un temps très long et formé une encoche sur le littoral. [Musique]
Allez 10 secondes. Impeccable. Sous le surplomb. On trouve en fait l'encoche qui correspond à une période ancienne de haut niveau marin et qui est bien connue que que l'on appelle le dernier interglaciaire qui a eu lieu il y a à peu près 120000 ans avant le présent et qui correspond à une période de stabilité du niveau de la mer. Donc finalement, les encoches du passé pourraient nous dire exactement à quelle profondeur nos anneaux se trouvaient il y a 21000 ans. Laurent identifie désormais à quoi ressemblent les traces d'érosion caractéristiques d'ancien niveau marin pour déterminer le niveau de la mer au Cap Corse il y a 21000 ans, il doit donc chercher des traces similaires autour du site des Anneaux. C'est au pied des falaises qu'il décide de s'aventurer à la recherche des vestiges d'une encoche qui permettrait de déduire la profondeur exacte des anneaux au moment de leur formation. Ma mission est précise et le temps m'est compté à de telles profondeurs. Mais pourtant encore une fois, je me laisse happer par une nouvelle découverte. À 135 m, un champ de gorgones fouillées. [Musique] S'il n'y avait pas les barbiers et les bécasses, je me sentirais bien loin de la Méditerranée, persuadé d'avoir rejoint de Loinenzo tropical. Au cœur des tresses jaunes, je retrouve les petites porcelaines. Ces délicats coquillages qui ont eu l'élégance une fois de plus d'harmoniser leur couleur avec celle de leur hôte. Décidément, cette Méditerranée, celle que parfois je prétends connaître, n'en finit jamais de me surprendre. Les profondeurs du Cap Corse m'offrent tant de surprises que j'en oublierai notre enquête. Heureusement, alors qu'il est temps pour nous de remonter, nous découvrons une grotte à 112 m de fond. Est-elle une trace du niveau de la mer il y a 21000 ans ? Pour le savoir, il faudrait trouver encore d'autres grottes à la même profondeur et donc trouver un moyen de longer ces falaises profondes sur plusieurs kilomètres. Pas évident, mais pas impossible. [Musique]
Au 3ème été passé au large du Cap Corse, c'est avec un sous-marin que Laurent décide d'explorer les falaises profondes. Une opportunité unique pour faire plonger Édouard Bar sans que son organisme ne souffre de la pression. Son regard d'expert permettra à Laurent de confirmer son intuition. La falaise qui est là, on la retrouve. Elle est mal dessinée. Elle est ici. Elle est là sur cet endroit-là. À partir du moment où tu entends que tu as des heures et des heures devant toi et des heures et des heures devant toi pendant lesquelles ton état ne se dégrade pas. Parce que à saturation, on reste 4 ou 5 heures, mais la dernière heure, on est des zombies, hein. Alors que là, tu sais que tu vas rester toute la longueur dans le même état de vigilance. Donc ça va payer, c'est sûr. Да, он включал его. [Musique]
Pour le paléoclimatologue, cette descente vers les profondeurs va devenir un voyage dans le [Musique] temps. Ah ! [Musique] [Musique] Là là quand même ça, tu tu crois que ça ça peut être ça c'est vraiment un surplomb quand même non ? On a peut-être retrouvé une encoche littorale du passé. S'il était linéaire sur les sur 1 km. Oui. Là, on se poserait pas la question. [Musique] C'est croisé un peu au pied là-bas. Et ceci dit, c'est la même hauteur que ça va être 100 m. On a peut-être retrouvé à une dizaine de kilomètres au nord la même marque littorale. Enfin, ce qui pourrait être une encoche littorale, mais en tout cas le même surplomb, la même petite grotte très étroite, exactement la même profondeur. 111 112, c'est exactement la même profondeur. Exactement. Ça ça a du sens quand même. Ouais. Non, [Musique] c'est pour moi c'est aussi assez émouvant. Je dire c'est le dernier glaciaire. Dessus pendant toute ma vie. Là, je viens de voir. Non, c'est c'est réalité parce que jamais en plongée, j'irai de voir. Ça montre la réalité littorale il y a 21000 ans et donc c'est vraiment très impressionnant. Tu imagines là que c'était une plage avec des vagues qui venaient au bord de cette grotte ? Exactement. [Musique]
Devant les yeux émerveillés d'Edouard Bar, la trace extrêmement rare du dernier maximum glaciaire. Mais le professeur reste lucide. Il lui faut des preuves, des échantillons qu'il pourra analyser et dater pour confirmer son intime conviction. Ce qui nous manquait dans notre étude, c'était effectivement d'aller échantillonner directement dans cette grotte pour pouvoir vérifier cette code du niveau de la mer pendant le dernier maximum glaciaire. Le sous-marin a atteint ses limites. Il peut rester des heures au fond, parcourir des kilomètres, mais il ne peut pas se faufiler à l'intérieur d'une grotte. Secrètement, je me réjouissais qu'ils reviennent au plongeur et à eux seuls d'achever la mission. [Musique]
OK. Voici donc l'heure de la dernière plongée pour le dernier indice. Aux contraintes de la plongée profonde viennent se rajouter celles de la plongée spéléo. Une porte étroite parfaite pour s'y coincer, suivie d'une vaste cavité parfaite pour s'y perdre. [Musique] Les motifs des parois m'intriguent. des circonvolutions plutôt ordonnées, souvent parallèles et verticales. Ces sillons seraient-ils les stigmates d'une période hors de l'eau ? La preuve que le niveau de la mer se situait ici à 112 m il y a 21000 [Musique] ans. Je prélève ces échantillons avec l'espoir qu'ils soient la dernière pièce du puzzle. À cette profondeur, chaque effort coûte à l'organisme du plongeur. Il est grand temps de remonter pour éviter tout accident de décompression. Je rentré. Ouais. OK. OK. [Musique] Je l'avais pressenti. Je suis bel et bien coincé. Mais nous l'avions [Musique] envisagé. Théo est là. Il va [Musique] m'aider et je ressors entier. Quoi qu'un peu débraillé. [Musique]
Des risques, des contraintes, des tempêtes, du matériel cassé, mais d'inoubliables compensations. Pour nous accueillir, à la sortie de la grotte, un ambassadeur apparaît. Le mérou à dent de chien, rarissime à l'âge adulte avec sa robe argentée, ses yeux maquillés, ses canines [Musique] brillantes. Ces grands individus ont disparu des côtes françaises depuis 50 ans. À croire qu'ils n'ont trouvé refuge qu'ici dans l'écrin des Anneaux. Un lieu qu'il aurait sans doute aimé garder secret mais que nous préserverons pour lui. Car si nous sommes venus avec la curiosité de comprendre un mystère, nous repartirons avec la volonté de protéger un patrimoine.
L'enquête touche à sa fin. 3 ans de recherche pour enfin dresser un scénario crédible. Les anneaux sont le fruit d'une succession d'événements géologiques et biologiques précis. D'abord, il y a 100 millions d'années, dans les entrailles de la future Méditerranée apparaît la serpentinite. En se formant, cette roche dégage du méthane séquestré dans le sous-sol marin. Au cours de la dernière ère glaciaire, le niveau de la mer baisse. La pression sur le fond est moins forte et ce gaz s'échappe des sédiments. Il engendre la formation de milliers de petites structures solides qui s'ancrent dans le plancher marin. Il y a 21000 ans, la Méditerranée connaît un climat glacial mais stable. Son niveau est à 112 m sous le niveau actuel. Les structures solides offrent un support aux algues calcaires qui forment alors des récifs coralligènes à l'origine des futurs noyaux des anneaux. Dans 3 à 6 m d'eau, ces récifs d'algues calcaires s'épanouissent pendant 3000 ans. Coincés par la surface, ils grandissent en s'aplatissant et forment des disques. Et puis tout bascule. Le climat se réchauffe. La mer remonte vite, trop vite pour que les récifs puissent s'adapter. Ils s'arrêtent de croître au même moment, ce qui leur donne une taille identique. Ils se désagrègent lentement. Pendant 10000 ans, leur érosion mêlée à la sédimentation du fond forment les dômes. Il y a 8000 ans, le climat et le niveau marin se stabilisent une dernière fois. Les vestiges des récifs coralligènes se retrouvent alors à 120 m avec juste assez de lumière pour que de nouvelles espèces d'algues calcaires se développent par-dessus et deviennent le noyau des anneaux. Au même moment, les algues cailloux, les rhodolithes apparaissent éparpillés sur le fond au hasard. Pendant 8000 ans, entraînés lentement par la gravité, elles roulent et s'accumulent au pied des dômes pour dessiner la couronne des anneaux d'aujourd'hui. Un paysage forgé par la terre, contraint par la mer mais perpétué. par la vie.
Trouver des indices du dernier maximum glaciaire en Méditerranée, il en existe très peu à l'échelle de la planète. Il en existe très peu également. Donc je pense que l'on a pu découvrir quelque chose d'extrêmement important, en tout cas un témoin des fluctuations du niveau marin passé et donc climatique. Il est clair que ce site du Cap Corse sera pris comme étant un site de référence pour la zone de la Méditerranée occidentale. L'intuition des uns, le savoir des autres, l'enthousiasme de tous. Un formidable collectif parti résoudre un mystère et revenu riche. Riche tout à la fois d'une archive précieuse des climats de la terre et d'un patrimoine naturel unique bientôt sanctuarisé. Pouvions-nous rêver mieux ? La mer est vaste et dans ces profondeurs repose bien d'autres mystères que nous ne saurons pas résoudre. Mais peu importe, mesurer son ignorance, c'est déjà apprendre. Et curieux du monde, même quand il nous échappe, c'est déjà lui rendre hommage. [Musique] [Musique] [Applaudissements]