Transcription
Mettez le monde sur pause.
En 2005, deux chercheurs suédois ont réussi quelque chose qui devrait tous nous inquiéter. Ils ont pris des gens ordinaires, des étudiants, des passant et ils ont changé leur choix. Imaginez, vous choisissez quelque chose comme quand vous vous dites euh "Je préfère cette direction-là, j'ai envie de ça." Et ce truc-là, les chercheurs l'ont modifié et 75 % des gens ne se sont pas rendus compte de cette modification. Pire, ils se sont mis à défendre un choix qu'ils n'avaient pas fait, qu'on avait arbitrairement mis à la place du leur et ils l'ont fait avec des arguments, avec des émotions. En fait, ils l'ont fait avec conviction.
Quelques années plus tard, ces mêmes chercheurs ont fait la même expérience avec des bulletins de vote et les gens ont défendu des positions qui n'étaient pas les leurs sans jamais se rendre compte. Mais ça, on y reviendra plus tard parce que pour bien comprendre comment une telle manipulation est possible, il faut remonter un petit peu dans le temps.
Tout commence en 2005 dans un couloir d'université avec deux photos et un tour de magie. L'expérience, elle est d'une simplicité redoutable. On s'installe face à quelqu'un et on lui montre deux photos, des photos [musique] de visage. Ce sont des visages très différents. Et on demande à la personne lequel vous trouvez le plus attirant. La personne va pointer une photo et on fait glisser les deux photos face contre table et là il y a une petite manipulation, un tour de pass-pass, un geste simple. On échange les deux photos et on tend à la [musique] personne la photo qu'elle n'a pas choisie. Puis après, on lui demande pourquoi avez-vous choisi celle-là ? Et c'est là que ça devient fascinant. Parce que la question c'est pas est-ce qu'ils vont se tromper ? La question c'est est-ce qu'ils vont se rendre compte de la manipulation ? Et la réponse [musique] est non. Il y a juste 13 % des personnes, seulement 13 % qui détectent l'échange immédiatement. Ça veut dire que si on était dans une pièce là sur 10 personnes, une seule lève la main et dit "Attendez, c'est pas le choix que j'ai fait." Et les autres, ils inventent, ils expliquent le choix qu'ils n'ont pas fait. Ils mettent des détails. Ils vont dire par exemple, "J'aime son sourire, cette personne a un regard plus doux, je préfère cette coupe de cheveux." Ils vont donner des raisons précises personnelles et émotionnelles exactement comme s'ils avaient vraiment choisi ce visage. Et le détail qui m'a le plus marqué dans cette étude, c'est que quand on a demandé après coup aux participants, "Est-ce que vous pensiez que vous auriez détecté si on avait échangé votre choix ?" Et ben, la majorité a répondu "Oui, bien sûr, je l'aurais vu." On leur tendait la perche. Ils auraient pu dire à ce moment-là qu'ils avaient trouvé quelque chose d'un peu étrange dans l'expérience, mais même pas.
Alors, je sais ce que vous vous dites là. Là, vous dites que vous, vous l'auriez vu. Vous auriez sans doute fait partie des 13 %. Mais il y a un paradoxe, c'est que à mon avis, vous êtes à peu près 100 % des gens qui regardent cette vidéo à penser faire partie des 13 %. Et vous voyez bien que ça pose un petit problème. D'ailleurs, d'ici quelques minutes, je vais vous montrer que votre cerveau, il fait exactement la même chose. C'est pas dans un laboratoire que ça fonctionne, c'est dans la réalité, dans des situations que vous avez vécu. Et je suis à peu près certain que vous allez vous reconnaître dans au moins une des situations que je vais vous expliquer.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là parce que ces deux chercheurs, Peter Joanson et Lars Hall, ils ne se sont pas simplement dit c'est amusant en fait, ils se sont posé une autre question. et se demander jusqu'où ça [musique] va, jusqu'où on peut aller. 5 années plus tard, ils vont faire une expérience dans un supermarché avec un [musique] stand de dégustation. Les clients s'arrêtent et ils goûtent deux confitures. Ils doivent dire laquelle [musique] ils préfèrent. Sauf que les pots de confiture sont truqués. Imaginez un pot avec deux compartiments et un couvercle de chaque côté, une cloison au milieu. D'un [musique] côté, on a pomme-cannelle, d'un autre côté, pamplemousse amer. Donc, deux goûts qui n'ont absolument rien à voir l'un avec l'autre. L'expérimentateur [musique] fait goûter les deux pots et demande à la personne de choisir son goût préféré. [musique] Puis il revisse le couvercle, retourne discrètement le pot et dit "Tenez, regoûtez cette confiture que vous préférez." Et là, le client qui en goûte et il commence à expliquer pourquoi il adore cette confiture. [musique] Sauf que c'est plus la sienne. Pomme cannelle contre pamplemousse amer. Résultat, moins d'un tiers des personnes détectent l'échange. Bon, là, on ne parle plus de photos, on parle de quelque chose qu'on ressent dans la bouche. Ça paraît encore plus étrange, non ? Parce que même là, le cerveau invente une explication. On va tenter après de comprendre pourquoi et surtout on va tenter de savoir si on peut échapper à ce fonctionnement cérébral qui est un énorme piège.
Mais il y a un détail encore plus troublant dans cette recherche. Pour la moitié des participants, on leur avait dit que ils repartaient avec le pot qu'ils allaient choisir. C'était [musique] un cadeau qu'on leur faisait. Et là, je sais pas vous, mais moi j'aurais tendance à me dire que si les gens savent qu'ils repartent avec un pot, ils vont faire un peu plus attention à leur choix. Ils vont être un peu plus certains de ce qu'ils décident. Mais en fait, c'est l'inverse qui se passe. Le groupe qui recevait le cadeau détectait encore moins la manipulation. en fait presque deux fois moins. Comme si le fait de s'être dit "c'est mon pot" rendait le cerveau encore plus déterminé à défendre ce choix. La règle en fait, c'est que plus on est investi dans un choix, moins on le remet en question. Gardez ça [musique] en tête parce qu'on va y revenir un peu plus tard.
À peu près à la même époque, il y a une autre équipe de chercheurs qui va faire une étude un peu similaire, mais cette fois avec du vin et [musique] un scanner cérébral. Le protocole est simple. On fait goûter le même vin à des participants leur disant que d'un côté on a une bouteille à 5 dollars et puis [musique] l'autre à 45 dollars. Bon, évidemment vous connaissez le truc. Ils vont dire que le vin cher est meilleur. Ça, on peut s'y attendre. C'est l'effet de l'étiquette. Sauf que les chercheurs cette fois ont les moyens de regarder ce qui se passe dans le cerveau. Et là, il y a une surprise. La zone du [musique] plaisir, le cortex préfrontal médian, s'active davantage quand les participants croient boire le vin cher. En fait, ce n'est pas qu'il ment pour paraître plus raffiné comme on pourrait l'imaginer, ils ne jouent pas un rôle. [musique] Leur cerveau ressent véritablement plus de plaisir. L'étiquette, elle ne change pas juste l'expérience, l'opinion, elle réécrit le vécu. On a vu les visages, les goûts et même les ressentis physiques.
Mais on revient avec Johanson et Hall parce qu'ils ne s'arrêtent pas là. En [musique] 2012, ils passent à un sujet beaucoup plus sensible et dérangeant. Cette fois, c'est un questionnaire d'opinion morale. Il y a 12 affirmations. Chaque participant lit les affirmations [musique] et coche sa réponse, une évaluation sur une échelle de 1 à 9. Sauf que le questionnaire est fixé [musique] sur un support truqué avec un patch autocollant qui recouvre deux des affirmations. Quand le participant tourne la page, le patch reste collé au dos et en dessous, bah il y a une version inversée de leur affirmation. Ça veut dire qu'ils se retrouvent à avoir coché une phrase qui est l'inverse de celle qu'ils ont cochée. Le truc, c'est que cette fois ça questionne des choses qui sont très personnelles et très sensibles. Les sujets manipulés ne sont pas dupes. Un exemple, une des premières phrases manipulées, c'est "Il n'est jamais justifiable de faire du mal à une personne innocente." Et donc la proposition inversée, il peut être justifiable de faire du mal à une personne innocente dans certaines circonstances. [musique] Et la deuxième phrase modifiée, elle porte sur l'opinion sur la surveillance en masse des communications. Là, on pourrait se dire qu'on touche à des convictions personnelles, qu'on devrait être sûr de nos convictions. Mais pourtant, [musique] 69 % des participants ne détectent pas au moins un des deux changements. Ils se retrouvent devant la phrase inversée, ils la lisent et ils la défendent en pensant qu'ils l'ont vraiment choisie. Et là encore, ils la défendent avec des arguments fluides, des arguments aussi élaborés que si c'était une véritable opinion. On ne parle plus de goût là, on ne parle plus de sensation, on parle de ce à quoi on croit. On croit au plus profond de nous-même et même là notre cerveau est capable de retourner sa veste en 30 secondes.
Vous vous souvenez des bulletins de vote dont je vous parlais au tout début de la vidéo ? Voilà ce qui s'est passé à ce sujet. Élection générale en Suède, Johanson et Hall recrutent des électeurs et leur demandent pour qui ils vont voter. Puis les font se positionner sur des sujets politiques clivants et par un même type de manipulation, ils inversent leur réponse. 22 % des manipulations sont détectées, seulement 22 %. Près de 90 % des participants acceptent la réponse modifiée comme si c'était la leur et certains vont même jusqu'à changer leur intention de vote après avoir défendu la position inverse. Le plus vertigineux dans tout ça, c'est ce que la même équipe a montré dans une autre étude similaire. Quand on défend un choix, même un choix qui n'est pas le nôtre, nos préférences changent. Et pour de vrai, vous vous rappelez l'expérience des visages quand les participants regardent les visages qu'ils avaient initialement rejetés après les avoir défendu par erreur, mais en fait, ils les [musique] trouvent plus attirants. Leur cerveau, il a réécrit l'histoire. Le cerveau ne se contente pas d'inventer une justification telle qu'on pensait [musique] au début et il réécrit le passé pour le rendre cohérent avec le présent. Et une fois que c'est fait, bah vous, vous ne pouvez plus faire la différence entre ce que vous avez vraiment choisi et ce qu'on a mis à la place.
La question c'est pourquoi ? Pourquoi notre cerveau fait ça ? Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas simplement à se dire "Bah, il n'y a pas de raison" ou pourquoi on n'arrive pas à remettre en cause le choix qu'on a fait ? [musique] La réponse, on commence à la comprendre, c'est que le cerveau a besoin de cohérence. Il n'a pas besoin de vérité comme nous on le croit. Il a juste besoin de cohérence. [musique] C'est une pulsion en nous. Et il y a un psychologue, Léon Festinger, qui a montré ça dès 1957. Il a montré que le besoin de cohérence interne fonctionne comme la faim ou comme la soif. Quand le cerveau détecte une contradiction entre ce que vous faites et ce que vous croyez, il ne la tolère pas. Il doit la résoudre. C'est une pulsion. [musique] Et la façon la plus rapide de la résoudre, c'est pas de changer ce que vous faites, c'est de changer l'histoire que vous vous racontez. En fait, c'est un mécanisme [musique] de survie. Un cerveau qui doute en permanence de ses choix, bah dans la nature, ça ne fonctionne pas. On ne peut pas rester paralysé devant chaque décision se demandant est-ce que c'est vraiment ce que je veux, est-ce que c'est vraiment ce que je décide ? Le cerveau, il a besoin d'avancer parce que dans la nature, on n'avait pas [musique] le temps de faire autre chose qu'avancer. Alors, il fait quelque chose de très malin. Il fabrique une explication cohérente. Il la colle sur le choix et il passe [musique] à la suite. Et cette explication, elle n'a pas besoin d'être vraie. Elle a juste besoin d'être convaincante. [musique] Convaincante pour nous. On s'est raconté une histoire et on y croit. Le neuroscientifique Michael Gazzaniga appelle ça l'interprète. Un module du cerveau dont le travail à plein temps, c'est de prendre tout ce qui nous arrive et d'en faire une histoire qui tient debout, [musique] même quand l'histoire ne correspond pas vraiment à ce qui s'est passé. Et c'est pour ça que les participants de toutes ces expériences ne disent jamais "Je ne sais pas." Ils ne restent jamais silencieux face au faux choix parce que ce module interprète qu'on a dans le cerveau, il [musique] ne sait pas se taire. Son travail, c'est de raconter, de fabriquer du sens. Il est très, très bon pour ça.
Tout ça nous amène à une question. Qu'est-ce que ça donne quand ce mécanisme tourne en permanence ? pas juste dans un laboratoire pour des expériences telles que je vous ai raconté, mais dans notre vie de tous les jours. Je ne vous ai pas raconté tout ça pour que vous vous disiez [musique] "Dingue, ces pauvres participants." Je vous ai raconté tout ça parce que notre cerveau à tous fait exactement la même chose, pas seulement dans des expériences mais dans notre vie. Et je vais vous donner trois exemples [musique] que vous allez probablement reconnaître.
Imaginez, vous postulez pour un job, le job que vous voulez vraiment. Vous l'imaginez [musique] déjà les collègues, la situation, mais on vous dit non. Surprise ! On vous prend ! On vous prend pour un poste que vous avez mis en deuxième choix, presque par sécurité. Et là, [musique] regardez ce qui se passe. Quelques mois plus tard, un ami vous demande "Pourquoi tu as choisi ce poste ?" Et vous l'entendez ? Votre réponse ? "Parce que l'équipe est géniale. Parce que c'est beaucoup plus aligné avec ce que je veux vraiment. Honnêtement, c'est le meilleur choix que j'ai fait." Vous répondez ce genre de choses et en fait, [musique] vous en êtes convaincu et vous êtes convaincant. Vous pourriez presque écrire un article sur pourquoi ce poste est parfait pour vous, sauf que vous n'avez pas choisi. C'est le refus qui a choisi [musique] pour vous. On fait tous ça et c'est presque attendrissant quand on y pense. Notre cerveau face à un choix qu'il n'a pas fait, il ne dit pas "Bon bah, c'est pas ce que je voulais mais ça ira." Non, il se retrousse les [musique] manches et il vous construit un argumentaire 5 étoiles. Plus le temps passe, plus ça se renforce. On connaît tous ces gens qui disaient "Arrès coup, [musique] hein, je le savais." "C'est comme ça que ça devait se passer." "Ah, ça c'était écrit." Ce n'est pas de la sagesse, ça. C'est juste notre module interprète qui est au travail. Le cerveau [musique] ne se contente pas de défendre le nouveau choix. Il réécrit le passé pour le rendre inévitable. Il construit une histoire où tout nous menait [musique] là depuis le début. Et souvenez-vous du cadeau au supermarché. Ce qui s'était investi dans le choix détectait encore moins la manipulation. Plus vous allez passer de temps dans ce poste, [musique] plus vous construisez votre vie autour et moins vous êtes capable de vous dire "En fait, c'était pas vraiment mon premier choix."
Et c'est pareil avec la vie où vous vivez. Combien de gens ont choisi d'habiter quelque part ? Alors qu'en réalité, c'est peut-être le travail qui est décidé ou leur conjoint ou le [musique] budget. Mais demandez-leur pourquoi ils vivent là. Ils vous donneront des raisons passionnées comme les participants de l'expérience.
Prenons une autre situation. Cet exemple-là, il est peut-être encore un peu plus troublant. Quand vous étiez [musique] petit, il y a des personnes qui ont dit des choses sur vous, des parents, des profs. Vous savez ce genre de mots ? "Lui, il est sensible." "Elle, elle est un peu timide." "Il n'est pas très [musique] sportif" ou même dans l'autre sens. "Elle est douée pour les maths, elle est douée pour l'écriture." "Il a ça dans le sang." Bon, ça c'était [musique] pas votre choix. C'était leur interprétation. C'est l'étiquette qu'ils vous ont posé. Mais ce qu'a fait votre cerveau, c'est qu'il a adopté, surtout s'il a entendu ça pas mal de fois. Exactement comme un participant qui regarde un visage qui n'a pas choisi et qui dit "J'aime son [musique] sourire." Votre cerveau a pris cette étiquette et il a commencé à construire des preuves. "J'aime pas les fêtes, je préfère [musique] les petits groupes." "J'ai toujours été comme ça, je suis sensible." Votre cerveau va donner des raisons précises, détaillées, émotionnelles, exactement comme dans l'expérience. [musique] Mais ce choix initial, c'était pas le vôtre. Quelqu'un d'autre a défini qui vous êtes. Et depuis, bah vous avez passé des années à accumuler des preuves par-dessus. Chaque situation où vous vous [musique] êtes comporté en accord avec l'étiquette a renforcé l'histoire. Exactement comme dans l'étude de 2013. Défendre un choix même faux finit par le rendre vrai.
Alors, je [musique] vous propose quelque chose. Pensez à un trait de caractère que vous considérez comme fondamental chez vous. Quelque chose dont vous diriez "Ah, ça c'est [musique] moi" et ça a toujours été comme ça. Mais maintenant, essayez de vous souvenir d'où ça vient ça. Qui c'est qui vous l'a dit en premier ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez découvert ou [musique] est-ce que c'est quelqu'un qui l'a montré du doigt, quelqu'un qui vous l'a dit, qui l'a décidé pour vous ? Si cette question vous trouble, c'est normal parce que la vraie question derrière, c'est qu'est-ce qui dans ce que je crois être vient [musique] vraiment de moi ? Et puis qu'est-ce qui vient des autres ? Évidemment, la réponse, elle est probablement entre les deux. Il y a [musique] un peu des deux dans chacun d'entre nous. On est tous une construction entre quelque chose qui vient de nous et puis quelque chose qui vient des autres. [musique] C'est comme ça qu'on se fabrique en tant qu'humain. Et ce n'est pas un problème en soi. Ça devient juste un problème quand on porte une étiquette [musique] qui nous fait souffrir, qui nous limite, qui nous contraint. Et peut-être que ça, on en a tous aussi. On ne se rend pas compte à ce moment-là qu'on peut la remettre en question parce qu'on croit que ça fait partie de notre nature alors que ce n'est peut-être simplement qu'une construction et que toute construction, on peut la remettre en cause.
Dernière situation. Et [musique] celle-là, je pense que beaucoup d'entre vous l'ont vécu. Une rupture, quelqu'un nous quitte, un partenaire, un ami proche, un associé, un conjoint. Le choix, ce n'est pas le vôtre. [musique] Je n'ai pas fait ce choix et pourtant en quelques semaines, écoutez ce qui se passe. On commence à raconter, à se raconter. "En fait, moi non plus, je n'étais pas vraiment heureux dans cette relation." "Oh, ça fait un moment que je sentais que ce n'était pas la bonne personne." "Quelque part, c'est mieux comme ça." On va commencer à trouver des souvenirs qui confirment ce qu'on commence à se raconter, des signaux que vous aviez déjà vu avant. On se construit argument après argument un récit où cette rupture était écrite, inévitable, [musique] voire c'est nous qui l'avions souhaité. Quelqu'un d'autre a fait le choix mais notre cerveau le défend maintenant comme si c'était le nôtre. C'est l'expérience dont je vous parlais tout à l'heure mais en direct dans notre vie. Défendre un choix qu'on n'a pas fait, bah ça modifie rétroactivement ce qu'on ressent et plus le temps passe, plus le récit se solidifie jusqu'à ce qu'il soit impossible de se souvenir de ce qu'on ressentait vraiment avant.
Dans tout ce que je vous dis, vous commencez peut-être à voir un schéma, un poste qu'on n'a pas choisi, une étiquette qu'on n'a pas demandée, une rupture qu'on n'a pas décidée. À chaque fois, le cerveau fait [musique] la même chose. Il prend ce qui lui est donné, il invente une explication et il la défend jusqu'à ce qu'elle devienne la vérité, celle qu'on ressent. On vient donc de voir un schéma : un choix qu'on n'a pas fait, un récit qu'on construit par-dessus et un interprète qui rend le tout convaincant. Maintenant, imaginez ce même mécanisme sur quelque chose de plus profond. pas juste un job, une étiquette ou une peur, non, un blocage, quelque chose qui vous empêche d'avancer depuis [musique] des années. Un récit d'origine fabriqué. Quelqu'un par exemple qui a peur de parler en public, demandez-lui pourquoi. La réponse arrive toujours immédiatement. "Oh, parce que je me rappelle en CE2, j'ai bégayé devant toute la classe et puis tout le monde arrive, tout le monde s'est moqué de moi." [musique] L'histoire est nette, structurée et cette personne la raconte à qui veut l'entendre depuis 20 ans ou 30 ans. Elle y croit, elle y croit profondément. [musique] C'est ça le travail de l'interprète. Il a pris un événement, il en a fait une cause. Il a construit un récit cohérent autour. Exactement comme un participant qui regarde un visage qui n'a pas choisi et qui explique [musique] avec conviction pourquoi il le préfère. Mais quand on va chercher vraiment ce qui s'est imprimé dans le cerveau à ce moment-là, et c'est quelque chose que j'observe régulièrement quand j'accompagne des gens dans des états hypnotiques, on découvre souvent que ce n'est pas exactement ce que la personne croit. Ce n'est pas du tout ce bégaiement là qui a marqué. C'est peut-être le regard d'un parent dans la salle, c'est peut-être une sensation de solitude. C'est quelque chose qui n'a même peut-être aucun rapport avec cette prétendue scène d'origine. En fait, ce qui s'est passé, c'est que le cerveau conscient, il avait besoin d'une explication. Il avait besoin de quelque chose de clair, de logique, de racontable. Alors, il a sélectionné dans l'histoire de vie un événement le plus plausible. Il en [musique] a fait l'histoire officielle. Et depuis, à chaque fois que cette personne raconte son histoire, elle en rajoute peut-être même une couche. 20 ans de répétition, c'est 20 ans de confabulation qui se solidifie.
Maintenant, est-ce qu'en hypnose, on peut retrouver la vraie cause ? Bah, honnêtement, on en est jamais vraiment sûr parce que le cerveau a cette capacité de modifier les souvenirs. D'ailleurs, cette question de la fiabilité de nos souvenirs, c'est un sujet tellement vaste que j'aimerais vous proposer une vidéo entière à ce sujet. Dites-moi en commentaire si c'est un sujet qui vous [musique] intéresse. L'idée pour l'instant, c'est qu'on ne recherche pas une vérité objective cachée quelque part dans la mémoire. Ce qu'on recherche, c'est à comprendre l'histoire que le cerveau s'est tricoté, c'est raconté et surtout à réaliser que cette histoire, on peut la transformer. En fait, elle est déjà transformée depuis le début. Ce n'est pas une réalité. Comment il réécrit le passé à chaque fois qu'on s'en souvient ? C'est fascinant en fait. C'est directement lié à ce qu'on vient de voir aujourd'hui.
Et puis il y a un autre cas, celui qui est peut-être le plus répandu. Quelqu'un vit une [musique] situation qui ne lui convient pas, une relation difficile, un travail qui l'épuise, un mode de vie qui le rend malheureux. Quand on lui demande pourquoi il reste, il [musique] va dire "C'est mon choix." Il le défend avec des arguments. "Ah, c'est mieux, c'est mieux pour les enfants. Ce n'est pas le bon moment pour changer. Au fond, ce n'est pas si mal." Ça, ce sont des raisons fluides, construites, convaincantes, exactement comme le participant du questionnaire moral [musique] qui défend une position qu'il venait de rejeter. Sauf que si on regarde bien, le choix initial n'était souvent pas un choix. Ah, c'était peut-être de la peur en fait. C'est souvent de l'habitude. Puis il y a une contrainte financière, une pression familiale, le cerveau a pris une décision, une décision qu'on subit et la transforme en choix défendu. C'est un peu comme le cadeau du supermarché. Plus on est investi et dans une relation, on est très investi surtout quand ça dure des années, quand plus il y a un contexte, des enfants, une identité construite autour de la relation, plus le cerveau s'accroche [musique] et moins il remet en question. C'est ça qui est intéressant parce que si le problème, c'est l'histoire construite par le cerveau conscient, alors la solution, c'est d'aller chercher ce qui se passe en dessous. C'est exactement ce qu'on fait quand on fait de l'hypnose. Au lieu de discuter avec [musique] l'histoire consciente, celle que se racontent les gens, et on l'a vu, c'est une histoire qu'on se raconte et qu'on fabrique, et ben en hypnose [musique] on va directement parler avec la partie de la personne qui est concernée par l'événement. On ne demande pas au cerveau de nous raconter son histoire officielle. On va chercher un peu plus loin, on va chercher quelque chose d'un peu plus brut, pas la vérité parce que peut-être qu'il n'y en a pas à l'intérieur, mais on va chercher le besoin réel qui est derrière l'émotion d'origine, ce que cette part de nous essaie vraiment de nous dire derrière [musique] toutes les histoires qu'elle a empilé par-dessus. Et quand on retrouve ce besoin, ce besoin plus brut, on accède à ce qu'il y a vraiment en dessous avant les explications, avant les justifications. C'est là que le récit commence à se désagréger un peu. L'explication logique qui tenait depuis 20 ans peut-être et le blocage qu'allait avec. Tout ça, ça commence à se remettre [musique] en cause. Non pas parce qu'on le combat, mais parce qu'on a enfin écouté ce qu'il y avait derrière.
On vient de parcourir [musique] tout un chemin ensemble dans les fonctionnements de notre cerveau. Mais avant de terminer, j'aimerais vous proposer une dernière chose. Quelque chose que vous pouvez emporter avec vous. Choisissez une croyance que vous portez sur vous-même. Quelque chose dont vous diriez "Ça, c'est [musique] moi". Un trait de [musique] caractère, une peur, une limitation, quelque chose que vous n'avez jamais vraiment remis en question. Et posez-vous cette question : est-ce que c'est moi qui ai choisi de croire ça ou est-ce que quelqu'un ou quelque chose a fait ce choix à ma place ? Vous n'avez pas besoin de trouver la réponse maintenant, juste de poser la question. Parce que poser la question, c'est déjà arrêter de défendre un choix qu'on a peut-être jamais fait.
La question au fond, ce n'est pas de savoir si notre cerveau nous manipule. C'est comme ça qu'il fonctionne. Il choisit, il justifie, il réécrit et il nous convainc. Ça a toujours été comme ça. Ce n'est pas un défaut, c'est son fonctionnement normal et on ne pourra rien y faire. La question, c'est est-ce qu'on va continuer à le laisser écrire l'histoire tout seul ou est-ce qu'on va commencer à l'écouter et peut-être à réécrire l'histoire avec lui ?
Si ce sujet vous parle, je vous invite à vous abonner à la chaîne, à liker la vidéo parce qu'on a à peine effleuré ce dont le cerveau est capable et on va continuer à l'explorer ensemble dans plein d'autres vidéos qui vont arriver. Et si vous avez reconnu quelque chose de vous dans ce qu'on a déjà vu aujourd'hui, dites-le [musique] en commentaire. C'est quoi le faux choix ? Le truc dont vous n'êtes plus tout à fait sûr qu'il était vraiment le vôtre. C'est quoi l'étiquette que vous portez et qui peut-être n'est pas une réalité mais simplement une projection d'autres personnes sur vous ? Je suis curieux de vous lire et puis on se retrouve très très vite pour des prochaines vidéos. En attendant, [musique] explorez.