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Voyage de Katy Perry dans l'espace : quel impact du tourisme spatial ? • FRANCE 24

FRANCE 2413:32

Transcription

Toute autre chose maintenant. Elle a décroché les étoiles, mais du même coup, elle a déclenché une tempête. La superstar Katy Perry, qui s'est envolée dans l'espace en début de semaine. Un vol de 10 minutes pour promouvoir les intérêts de Jeff Bezos. Une escapade dont le coût écologique est exorbitant. Alors, face au scandale, une question s'impose désormais. Faut-il encore rêver de conquête spatiale à l'heure de la crise climatique ? Quel est l'impact environnemental de ce tourisme spatial ? On en parle avec Loï Mirot, ingénieur aérospatial, chercheur sur les impacts environnementaux des activités spatiales. Bonsoir à vous. Merci d'être avec nous.

Alors, d'abord, quel a été l'impact de ce vol sur le climat, le vol de Katy Perry ? Oui. Alors, Katy Perry a fait un vol suborbital, c'est-à-dire qu'elle a été propulsée par la fusée, elle a dépassé la ligne de Kármán qui a 100 km d'altitude, qui définit de manière conventionnelle le début de l'espace. Et ensuite, elle est retombée, donc elle n'est pas allée vraiment en orbite. Euh, et je dis ça parce que il y a eu un vol de SpaceX au tout début du mois, euh, qui est passé complètement inaperçu d'ailleurs par rapport au vol de Katy Perry, et en réalité, l'impact environnemental de ce vol était beaucoup plus important. Donc, on, on, je vais, je vais détailler ça. Donc, il y a beaucoup de chiffres qui ont été cités, hein, suite à ce vol de Katy Perry, avec un peu de confusion. Donc, pour comprendre, je pense que pour l'impact climatique, il va être associé à à trois, trois grandes phases, on va dire. Il y a ce qui se passe avant le lancement, ce qui se passe pendant, et ensuite ce qui se passe dans la tête des gens qui ont observé ce vol. Donc, je, je vais m'expliquer. Donc, ce qui se passe avant, alors c'est assez compliqué de faire des estimations étant donné que il y a peu de données disponibles, vu que c'est une industrie, voilà, très protectrice, protectrice de ces données, pardon. Euh, mais j'ai fait une analyse avec deux chercheurs, euh, sur un périmètre limité à la fabrication, euh, du lanceur, de la fusée, euh, et à la production des carburants. Et, euh, donc, on a estimé ce vol, l'impact de ce vol suborbital à une entre une dizaine et une centaine de tonnes de CO2 pour un vol, ce qui revient par passager à quelques dizaines. Donc, pour Katy Perry, en l'occurrence, là, avec cette fusée spécifique, c'était une trentaine de tonnes. Et pour comparer, donc, pour comparer exactement, un Français sur une année, pour se loger, se nourrir, se déplacer, c'est de l'ordre de 10 tonnes de CO2 en moyenne. On considère que l'objectif en 2050, pour simplifier, ce serait de l'ordre de 2 tonnes par personne. Donc, 30 tonnes, on est déjà bien au-delà de ce qu'il faudrait. Et le vol orbital qu'a fait SpaceX en début de mois, là, on a besoin de mettre en œuvre des quantités d'énergie bien plus importantes, et donc forcément, ça se retrouve dans les impacts sur le climat, et donc on serait plutôt 2600 tonnes, euh, par vol, et ça représenterait 650 tonnes par passager, ce qui est, ce qui est énorme. Euh, mais pourtant, l'essentiel, il est ailleurs. Donc, ça, c'était avant la phase de lancement. Et pendant la phase de lancement, en fait, on va voir des émissions dans les hautes couches de l'atmosphère. Et, euh, ces émissions, elles ont un effet qui est décuplé parce que chaque composé qu'on émet va pouvoir exercer son pouvoir réchauffant sur l'atmosphère beaucoup plus longtemps.

Donc là, vous parlez de SpaceX ou du, à la fois de, de toutes les fusées qui vont émettre dans l'atmosphère ? Alors, SpaceX va émettre, brûle du kérosène, donc émet des suies. Ça, c'est les pires composés qui qui sont émis pour le climat. Donc, c'est un scandale écologique pour vous, ces deux vols ? C'est exactement. Si on compare ces empreintes là, en fait, les 650 tonnes par personne de SpaceX, ça n'est que la partie émergée de l'iceberg, puisque ça, ça ne tient pas compte de cette phase de lancement qui démultiplierait en réalité le bilan. Pour vous, il faut renoncer à ces escapades dans l'espace ? Alors, le, le choix de renoncer, finalement, c'est un choix de, de société qui, en théorie, il faudrait faire démocratiquement. Le problème, c'est que, voilà, les, les citoyens sont complètement écartés de ces choix parce qu'on comprend que ça va se rêver aussi quand on voit ces images derrière vous de Katy Perry dans l'espace. C'est sûr que, on a l'impression que l'espace, c'est hors champ, c'est hors des considérations terrestres, donc écologiques. Mais en fait, pas du tout. C'est ça qu'il faut comprendre.

Tout à fait. Pourtant, ça a bien des impacts très, très matériels, très concrets. Et, et justement, c'est ce que, ce que vous soulignez, c'est que ça fait rêver, mais en même temps, ça a provoqué aussi un tollé. Et c'est ce que je voulais dire tout à l'heure quand j'ai dit que c'est important ce qui se passe aussi dans la tête des gens, c'est que, euh, le, le GIEC nous le dit, l'aspect fondamental de la justice climatique, il est très important pour l'acceptation large des politiques de lutte contre le changement climatique. C'est-à-dire que quand on voit une personne comme Katy Perry ou des, des personnes très riches et très influentes faire des, des vols comme ça avec des, des empreintes environnementales exorbitantes, et bien, forcément, c'est démotivant, c'est décourageant pour des gens. Probablement beaucoup de gens qui nous regardent font, essaient de faire des efforts, de changer leur mode de vie, leurs habitudes alimentaires, se chauffer moins, et cetera. Donc, bien sûr que ça décourage de voir ça.

Alors, j'appelle les gens à ne pas se décourager à cause de ce vol. Finalement, c'est une bonne chose. C'est ça que vous voulez dire, c'est que ça permet à l'ensemble de la population de prendre conscience qu'il faut arrêter ces choses-là ? Que malheureusement, c'est, c'est l'inverse qui se passe, c'est que, en fait, on Oui, mais on peut se saisir du scandale pour essayer de réfléchir éventuellement à, voilà, à, à réfléchir à une convergence climatique de l'espace. C'est possible, ça, selon vous ? Alors, je pense que là, euh, dans le cas précis du tourisme spatial qui relève purement du, du loisir, euh, la question qui se poserait, c'est plutôt est-ce qu'on en a besoin ? Pour d'autres applications du secteur spatial, la question qui se pose, c'est, euh, bah, comment est-ce qu'on peut faire pour réduire, euh, les impacts parce que on a besoin de ces services-là. C'est sûr qu'il faut différencier le tourisme spatial qui a, qui a une visée de divertissement purement et simplement, à toutes les missions scientifiques qui, qui elles aussi créent de la pollution.

Tout à fait. Alors, elles ont aussi du travail à faire pour essayer de, de réduire leurs impacts. Mais voilà, dans le contexte de la transition, il faut essayer de faire le bilan à chaque fois, dès qu'on a un projet, dès qu'on a une mission spatiale, quel est le bénéfice apporté à la société et quels sont les impacts environnementaux qui sont, qui sont mis en œuvre. Et donc, après, le choix finalement, comme je l'ai dit, c'est une fois qu'on a posé le constat scientifique, c'est un choix démocratique qu'il faudrait faire.

Pardon ? Vous disiez, vous disiez que les données étaient, enfin, que c'était assez difficile d'établir des données puisque c'est un secteur assez confidentiel qui est privé, bien sûr. Est-ce qu'on peut malgré tout mesurer la pression écologique que génère le tourisme spatial par rapport aux missions scientifiques ? Alors, le tourisme spatial aujourd'hui, c'est quelques vols par an seulement. Donc, c'est, ça reste anecdotique si on regarde vraiment, comment dire, l'empreinte qui est générée au total. Ce qui est important, c'est l'empreinte qui est générée par personne et le message qui est envoyé à la population. Et donc, si on le compare aux missions scientifiques, on va voir plus de missions scientifiques chaque année. Donc, le bilan, il sera plus lourd pour les missions scientifiques. Mais c'est sans commune mesure en terme de bénéfice pour la société. Alors, qu'est-ce qu'il faut mettre en avant ? L'écologie ou la poursuite de ces explorations scientifiques qui elles aussi servent l'humanité ? Eh bien, j'ai pas de réponse à apporter, c'est encore une fois, c'est un débat qu'on, qu'on doit avoir et malheureusement, ce débat, ce débat, on l'a pas en fait. Euh, les citoyens sont quand même relativement, ne sont pas impliqués dans les, les grands choix technologiques qu'on fait et les missions spatiales qui, qui sont réalisées.

Dans les cercles justement d'astrophysiciens, on en parle pas du tout de cette empreinte écologique des missions dans l'espace ? Si. Alors, vous parlez de du cercle des astrophysiciens, ils ont, je sais pas si ça existe. Si, si, bien sûr. Euh, c'est, voilà, un domaine où ils ont un enjeu environnemental qui est particulier, c'est que les satellites qui sont envoyés dans l'espace, euh, perturbent leurs observations astronomiques puisque les satellites, ils vont réfléchir la lumière du soleil. Et on a aujourd'hui, notamment avec la constellation Starlink d'Elon Musk, on envoie, on a aujourd'hui 7000 satellites Starlink, alors que avant, on en a, on avait au total, toute application confondue, seulement 2000 satellites. Et le fait d'avoir cette quantité de satellites, ça fait qu'on a plein de points lumineux qui vont perturber les observations astronomiques et on estime que, on a des pertes d'observation de 0 à 30 % selon les instruments. C'est-à-dire que, voilà, sur une année, les astronomes vont perdre 30 % de leurs observations parce que leurs images vont être striées par des satellites. Donc, si vous voyez pas de quoi je parle, je vous invite à à chercher. Vous tapez Starlink et Astronomie, et vous trouverez des images qui illustrent ça très bien.

Mais justement, il y a, il y a certains, certains scientifiques aussi qui avancent que, que l'espace peut aussi nous aider à observer notre planète, mais aussi pour, pour mieux la protéger, euh, euh, avec l'observation du climat, des, de l'impact des télécommunications, sur le climat. Vous, que leur répondre ? Bien, je dirais qu'ils ont raison. En fait, le, voilà, les satellites servent à un nombre d'applications très, très diverses, très, très important. On a la météo, on a l'étude du climat que vous avez cité, on a les, l'exploration, l'observation des océans. Tout à fait. Euh, et donc ça, c'est absolument essentiel, euh, par ailleurs, pour lutter contre le changement climatique, protéger l'environnement. Et donc, on va avoir, euh, quand on va lancer un satellite de ce type, euh, la même pollution que quand on va envoyer, euh, des touristes en orbite. Sauf que le bénéfice pour la société, euh, voilà, il est sans commune mesure, et donc je suis totalement en faveur de, de ces missions-là. Donc, voilà, c'est toujours la mesure de, de la balance coût-bénéfice qui doit, qui doit dicter la décision de lancer ou pas ces, ces missions.

Est-ce qu'on peut imaginer une, une écologie de, de l'espace ? Euh, j'espère qu'on, qu'on peut l'imaginer. En tout cas, je, je pousse, je pousse pour. Pour l'instant, ça n'existe pas. Alors, il y a des efforts qui, qui, qui sont faits. Alors, ça, ça reste très parcellaire aujourd'hui. Alors, on a, à proprement, une écologie de l'espace. On pourrait dire qu'elle a commencé dans les années 80, lorsqu'on a commencé à s'intéresser à la problématique des débris spatiaux, qui pour le coup, est vraiment propre à l'espace.

Expliquer ce que, ce que sont ces débris spatiaux. Alors, les débris spatiaux, ce sont donc tout simplement des, soit des satellites ou des étages de fusée qui sont inactifs, qui ne servent plus, ou alors des, des, des morceaux, euh, de, de ces compos, de ces systèmes-là, euh, qui, donc, euh, qui se sont transformés, voilà, en petits morceaux suite à des explosions, des collisions entre deux satellites, et, et donc tout ça, aujourd'hui, ça pose une menace. Promène dans l'espace hors de contrôle. C'est ça, exactement. On ne peut pas les, les contrôler, hein, par définition, puisque ce sont des objets. On, on considère qu'il y a à peu près 40 000 gros débris dans l'espace. Donc, les gros, ce sont ceux qui font plus de 10 centimètres. Et dans la gamme des plus petits, ceux qui font moins d'un centimètre, on considère qu'il y en a 130 millions. Donc, ça, c'est tout ce que l'humain a envoyé dans l'espace et qu'il n'arrive pas à récupérer. C'est les déchets, c'est l'équivalent de nos déchets, mais des déchets spatiaux. C'est ça. Ils ont un fonctionnement très particulier, c'est-à-dire qu'une fois qu'on le laisse en, on laisse un déchet en orbite, il peut mettre des centaines d'années, voire des, des millénaires avant de retomber. Et, et donc ça pose une menace pour dès qu'on envoie un satellite, puisque il peut être percuté par un débris et donc, voilà, ça peut mener à la fin de la mission et générer en plus d'autres débris.

Sur la gouvernance, qui décide aujourd'hui concrètement de, de ce qu'on fait dans l'espace ? Alors, personne ne décide de ce qui se passe exactement. Ça se passe à l'échelle des États. Ce sont les États qui décident qu'est-ce que, qu'est-ce qui peut être envoyé par chaque, par chaque État, mais il n'y a pas de gouvernance internationale. Ce qui pose, il n'y a pas de droit spatial international. Euh, il y a du droit spatial international, mais ce n'est pas des lois contraignantes. C'est-à-dire que, il y a par exemple, les agences spatiales qui sont mises d'accord pour un certain nombre de, de lignes de bonne conduite, notamment pour réduire le nombre de débris spatiaux, leur prolifération, mais ce n'est pas contraignant. C'est-à-dire que si, demain, n'importe quelle entreprise décide de ne pas en tenir compte, elle peut le faire.

Pour terminer très rapidement, l'idée d'une colonisation de Mars comme solution de survie de l'humanité, est-ce pourquoi, pourquoi cette idée est complètement farfelue, selon vous ? Alors, je pense qu'elle n'est pas du tout réaliste dans la temporalité qui nous importe pour, la transition écologique, c'est-à-dire le 21e siècle. Et que de toute façon, même si on le faisait, ça ne ferait que repousser les problèmes fondamentaux qui sont, la surconsommation, le fait qu'on ne recycle pas, euh, euh, voilà, tous nos déchets. Et donc, euh, pour moi, c'est une distraction dangereuse et coûteuse dans le contexte de ressources et de temps limité. Parce que le temps qu'on, qu'on trouve une solution pour aller habiter sur Mars, la planète sera déjà plus habitable depuis longtemps. C'est ça, exactement. Quelque part, si on arrive à résoudre le réchauffement climatique et tous les autres problèmes environnementaux, alors, résoudre avec plein de guillemets, hein, bah, finalement, on n'aura plus vraiment besoin d'aller sur Mars.

Loï Mirot, ingénieur aérospatial, merci beaucoup de nous avoir exposé les, les impacts environnementaux des activités spatiales. C'est vrai qu'on, qu'on en parle très peu. On revient dans moins de 3 minutes dans Au cœur de l'info. Restez avec nous.