Transcription
[Musique] [Applaudissements] [Musique] bonjour.
[Musique] alors je m'appelle Lilian Thuram. aujourd'hui j'ai 50 ans. aujourd'hui je suis président d'une fondation qui s'appelle éducation contre le racisme. j'ai fondé cette fondation lorsque j'étais joueur de foot à Barcelone en 2008. et je dois avouer que j'ai eu beaucoup beaucoup de chance de jouer à Barcelone. parce que dès que j'ai voulu faire cette fondation, essayer de discuter avec la société pour faire comprendre qu'effectivement le racisme, c'est pas quelque chose de naturel, c'est avant tout une construction politique. et très souvent parler de racisme a fait un peu peur. et je dois avouer que le club de Barcelone m'a accompagné. et aujourd'hui, depuis 2008, j'essaye de discuter pour essayer de faire changer les choses, essayer de dire aux enfants notamment, on peut grandir en ayant des idées positives.
mais avant d'être président d'une fondation, j'ai été joueur de foot professionnel pendant plus de peut-être une quinzaine d'années. mon premier club professionnel, ça a été l'AS Monaco. j'ai signé professionnel à l'âge de 19, 20 ans. après Monaco, je suis parti en Italie. à Parme, mes deux enfants sont nés, parce que j'ai deux garçons. à Parme, j'ai joué à la Juventus de Turin. j'ai dû jouer à la Juventus de Turin peut-être 5 ans. et je suis arrivé après le Mondial 2006 à Barcelone, où j'ai joué pendant deux ans.
pendant ma carrière, j'ai eu la chance de jouer en équipe de France. et j'ai eu beaucoup de chance, parce que j'ai gagné la Coupe du Monde 98 avec l'équipe de France. et en plus, c'était juste incroyable, parce que la Coupe du Monde était en France. donc j'ai pu gagner la Coupe du Monde devant mes amis, devant ma famille qui était dans les tribunes. c'est quelque chose d'extraordinaire. avec l'équipe de France, j'ai eu aussi la chance de gagner le championnat d'Europe en 2000.
et je dois avouer que j'ai eu beaucoup beaucoup de chance d'avoir été joueur de foot. pourquoi je dis que j'ai eu beaucoup de chance ? tout d'abord, je suis né aux Antilles, dans un petit village qui s'appelle Anse-Bertrand, qui est pour moi le centre de l'univers. je pense que chacun de nous, on a un centre de l'univers où on se sent bien. alors, je suis né dans une famille où nous sommes cinq enfants. et nous avons grandi sans papa. donc il y avait ma maman qui nous élevait. et je dois avouer que ma première étoile, mon idole dans l'absolu, c'est ma maman.
je vous explique pourquoi. parce qu'un jour, ma maman nous a réunis autour d'une table et elle nous a dit : "les enfants, je vais partir à Paris." et ce qui est très intéressant, c'est que nous avons entendu, en tout cas moi, j'ai entendu : "nous allons partir à Paris." et donc moi, j'étais très content. et ma maman dit : "non, en fait, je vais partir à Paris." et donc elle est partie travailler à Paris. et mes frères et sœurs, nous sommes restés seuls à la maison. parce que je vous ai dit qu'il n'y avait pas de papa. et ma maman est partie travailler. pourquoi ? parce qu'aux Antilles, elle avait deux métiers. très tôt le matin, elle partait couper la canne à sucre dans les champs. et l'après-midi, elle partait à Pointe-à-Pitre faire les ménages chez les personnes. et donc elle, elle se disait : "il faut vraiment que j'essaye de donner plus de chances à mes enfants pour qu'ils puissent réussir." et donc elle a pris son courage. alors que tout le monde disait : "mais c'est pas possible, tu vas pas laisser tes 5 enfants à la maison tout seul." d'ailleurs, ce qui est très intéressant, c'est que lorsque ma maman est partie, elle nous a laissé seuls. en fait, il y a des personnes qui ont voulu nous placer dans des familles. parce qu'en fait, à l'époque, en tout cas, on disait qu'elle était irresponsable. mon grand frère avait 14, 15 ans et moi j'avais 8 ans. et ce qui est très intéressant, elle est partie, elle a travaillé, elle a mis de l'argent de côté. et puis elle est venue nous chercher. et nous avons déménagé à Paris. et donc vous comprenez pourquoi en fait, c'est pour moi ma maman, c'est juste c'est super.
plus Batman, plus tous les autres. je pense qu'elle est même plus forte. et donc, et donc c'est ce qui m'a permis d'arriver en France. et si aujourd'hui je suis, comme je vous ai dit, président d'une fondation qui parle du racisme, c'est parce que je suis arrivé à l'âge de 9 ans en Guadeloupe. et à l'âge de 9 ans, j'ai subi un traumatisme. et le traumatisme, c'est quoi ? je suis dans une classe de CM2. et dans cette classe de CM2, on m'insulte, on me dit "sale noir". et je dois avouer qu'en fait, je ne comprenais pas. parce que comme je vous ai dit, je suis né aux Antilles. la grande majorité des enfants, nous avons plus ou moins la même couleur de peau. la grande majorité des enfants, nous nous appelons par nos prénoms. d'ailleurs, ma maman m'a appelé Nico. ça reste entre nous, vous ne le répétez à personne. et donc, dans cette classe de CM2, lorsqu'on m'appelle "sale noir", en fait, je comprends pas. je sens qu'il y a un problème. je rentre à la maison, je dis à ma maman : "il y a des enfants qui m'ont insulté de sale noir." et ma maman me donne une réponse en me disant : "tu sais mon chéri, c'est comme ça, les gens sont racistes et ça va pas changer." mais pour un enfant de 9 ans, ça ne veut rien dire. ça veut dire qu'en fait, tout le monde est raciste, ça va pas changer. et donc, c'est extrêmement violent. et donc, depuis l'âge de 9 ans, j'essayais de comprendre en fait pourquoi ces enfants m'avaient insulté de sale noir. pourquoi il disait qu'être noir, c'était sale. pourquoi il disait que noir, c'était être inférieur. et si eux disaient que j'étais un sale noir, eux, ils étaient quoi ? donc ça veut dire qu'ils étaient pas noirs. ça veut dire qu'ils étaient blancs et qu'ils étaient mieux que moi. et donc, dans ma tête, il y a plein plein de questionnements. et donc, tout au long de mon adolescence, j'ai essayé de comprendre d'où venait le racisme et pourquoi ces enfants effectivement avaient intégré l'idée que j'étais inférieur et qu'ils avaient intégré l'idée que eux étaient supérieurs.
et donc, aujourd'hui, c'est ce que j'essaie de faire. encore une fois, de me poser des questions, de rencontrer des gens, de rencontrer des étudiants, peu importe l'âge, de discuter de ces sujets-là pour voir comment on peut questionner ce que nous avons dans la tête pour changer nos imaginaires. parce que malheureusement, le racisme a une histoire et chacun de nous, nous sommes le fruit de cette histoire. et nous pouvons grandir ensemble. voilà. qu'est-ce que je pourrais vous raconter sur moi ? peut-être que, en fait, pas grand chose. peut-être que je vais essayer d'écouter vos questions. voilà. je pense que ça, c'est quelque chose de bien. et à travers les questions, peut-être que je vais pouvoir me raconter un peu plus.
[Musique] voilà. les liens, c'est Emmanuel et Auster des croquettes à la sorcière à traverser. moi, je pense que le message que on doit donner aux jeunes générations, c'est toujours questionner le point de vue. chacun de nous, nous sommes éduqués à travers un point de vue. donc, il faut questionner ce point de vue. pour cela, je vais vous montrer une une carte. gracias. c'est-à-dire que, il faut questionner le point de vue. est-ce que vous voyez cette carte ? comment ? je comprends pas. est-ce que vous pouvez me traduire ce que les enfants disent ? est-ce que vous pouvez me traduire ce que les enfants disent ? est-ce que vous pouvez me traduire ce que les enfants disent ? ah, la carte est à l'envers. ah, ok. donc, c'est comme ça. maintenant, ok.
en fait, ce qui est très intéressant, les enfants, est-ce que vous avez déjà vu un ballon de foot ? est-ce que vous avez déjà vu un ballon de foot ? est-ce qu'on peut dire qu'un ballon de foot est à l'envers ? non. pourquoi ? parce que le foot, c'est rond. ok. mais la Terre, c'est pareil. donc, ça veut dire qu'en fait, vous vous dites que la carte est à l'envers parce qu'on a changé de point de vue. ok. on peut regarder la carte, on pourrait regarder la carte dans toutes les directions. mais vous, comme vous avez l'habitude de garder, de regarder la carte du monde dans une direction, vous oubliez qu'effectivement, il y a plusieurs façons de regarder les choses. en fait, c'est ça, questionner son point de vue. parce que son point de vue semble toujours être le bon. d'ailleurs, je vous expliquer quelque chose, peut-être que vous ne connaissez pas sur les cartes traditionnelles que vous connaissez. en fait, il n'y a pas les vraies proportions selon les continents. sur les cartes traditionnelles, l'Europe est placée au centre. donc, il faut se poser déjà la question : pourquoi l'Europe est placée au centre du monde ? après, l'Europe est agrandie, l'Amérique du Nord est agrandie, et l'Afrique est rétrécie sur les cartes traditionnelles. sachant que l'Afrique est le plus grand continent. et sur les cartes traditionnelles, la Russie paraît plus grande que l'Afrique. et sur cette carte, il y a les vraies proportions selon les continents. et donc, c'est pour cela, les enfants, il faut toujours questionner en fait d'où je parle, pourquoi je dis ce que je dis, pourquoi je pense ce que je pense. et est-ce qu'il y a une autre façon de penser des choses ? et est-ce qu'il y a une autre façon de dire les choses ? et donc, il faut avoir le courage de se décentrer, de ne pas se placer au centre, et ne pas avoir peur de faire un pas de côté pour regarder les choses différemment. et donc, pour se décentrer, la première des choses, c'est être à l'écoute des autres. parce que peut-être que l'autre a été éduqué à travers une autre religion, une autre culture. donc, pour le comprendre, et pour ne pas penser que c'est potentiellement vous qui avez toujours raison, c'est prendre le temps d'écouter l'autre, d'apprendre de l'autre, de grandir avec l'autre. et peut-être l'autre va vous amener à mieux vous connaître. et donc, je pense que ça, c'est le vrai, le vrai cadeau qu'on puisse donner aux enfants, la capacité de se décentrer. les personnes les plus dangereuses, ce sont les personnes qui pensent qu'ils ont toujours raison et qui ne se remettent jamais en question. et si vous avez des amis comme ça, peut-être qu'il faut s'éloigner d'eux. parce que les personnes intelligentes, au contraire, ont cette capacité de regarder les choses de plusieurs points de vue. comme ça, c'est les meilleurs façons de comprendre la complexité du monde.
faut qu'elle est jeune. voilà. tout d'abord, l'éducation, c'est la chose la plus importante. pourquoi ? parce que chacun de nous, nous sommes le résultat d'une éducation. nous sommes le résultat d'histoires que on nous raconte. ça veut dire que nos parents nous racontent des histoires, l'école nous raconte des histoires, les films que nous regardons nous racontent des histoires, les livres qu'on lit nous racontent des histoires et nous emmène à penser dans une certaine direction. mais par exemple, combien d'entre nous nous posons la question : pourquoi je pense ce que je pense ? pourquoi je dis ce que je dis ? et donc, en fait, il faut se poser la question. et c'est l'éducation qui te permet justement à comprendre pourquoi tu dis certaines choses, pourquoi tu penses certaines choses. et à partir du moment où tu as compris qu'effectivement que chacun de nous, nous sommes le fruit d'une histoire, qu'on le veuille ou non. et donc, à partir du moment où on a compris. et donc, ça veut dire que on va emmener une éducation qui va te permettre de ne pas être raciste, de ne pas être sexiste, de ne pas être homophobe. parce que beaucoup de gens pensent qu'effectivement que le racisme, ce serait quelque chose de naturel, ou le sexisme, ou l'homophobie. non, en fait, c'est le résultat d'histoires qu'on nous a raconté. et voilà pourquoi il est important de comprendre le mécanisme du racisme, ou du sexisme, de l'homophobie. parce qu'en fait, ce sont des constructions idéologiques. ce sont des constructions politiques. c'est-à-dire que pour comprendre la problématique du racisme qui existe dans la société, en fait, il faut savoir que dans le passé, il y avait des lois racistes. donc, ça veut dire, s'il y a des lois racistes, c'est qu'on vous demande à être assistant. parce que très souvent, les gens connaissent l'histoire du racisme envers les personnes noires. lorsqu'on parle des États-Unis, c'est-à-dire que la grande majorité d'entre vous, vous avez déjà entendu parler de la ségrégation aux États-Unis. il faut savoir que la ségrégation, elle ne, c'était pas simplement aux États-Unis. c'est-à-dire que le monde moderne, le monde que nous connaissons tous, en fait, ce monde, donc ce monde-là, s'est construit sur les hiérarchies selon la couleur de la peau. comme ce monde moderne s'est construit si hiérarchie selon le genre. c'est-à-dire que depuis très très longtemps, les hommes ont construit l'idée qu'ils étaient supérieurs aux femmes. et encore aujourd'hui, cela existe. et sur le racisme lié à la couleur de la peau, depuis des siècles, on a construit l'idée qu'il y aurait des races supérieures, que la race blanche serait la race supérieure, et que la race inférieure serait la race noire. et donc, comme ça a duré des siècles, comme c'est inscrit dans les lois, c'est tout à fait compréhensible qu'aujourd'hui encore, il y a ces a priori. et donc, il faut avoir le courage de se dire que oui, cela existe, c'est vrai, nous le savons. et donc, qu'est-ce qu'on va faire pour changer les choses ? et très souvent, les choses n'avancent pas parce qu'en fait, il y a beaucoup de gens qui nient la réalité. je suis persuadé que déjà à vos âges, vous savez que cela existe. vous savez déjà que selon vos origines, selon votre couleur de peau, en fait, il y en a qui sont moins bien vus ou mieux vus selon leur couleur de peau. il y a déjà à vos âges des enfants qui ont déjà subi le racisme. et pour moi, l'éducation commence à parler des choses, dire les choses tranquillement, sereinement. par exemple, là, je suis persuadé qu'effectivement, en parlant de ces sujets, ça vous fait réfléchir. vous avez déjà été confronté, vous avez déjà été confronté à des réflexions racistes, à des attitudes racistes. et pourquoi il faut parler du racisme, les enfants ? parce que le racisme, c'est une violence. c'est-à-dire que le racisme dit que certaines personnes peuvent être violentées pour ce qu'elles sont, en fait, ce qu'il paraît être par rapport à leur couleur de peau. mais la pire des violences, vous savez, c'est quoi ? la pire des violences dans le racisme, c'est qu'en fait, les personnes qui potentiellement pourraient subir le racisme finissent par avoir une mauvaise estime d'elles-mêmes. la pire des violences, c'est ça, les enfants, c'est en fait avoir une mauvaise estime de soi. mais cette mauvaise estime de soi est liée à l'éducation que nous avons reçue sur le racisme. parce qu'en fait, il y a une éducation depuis des siècles qui vous emmène, qui vous conditionne à devenir raciste. et le racisme perdure dans la société aussi, pourquoi ? parce que si vous stigmatisez négativement certaines personnes, par exemple, lorsque j'étais enfant dans cette classe de CM2, les enfants qui me disent que je suis sale, comme noir, je suis un noir, je suis sale. mais en fait, il ne parle pas de moi, il parle d'eux. ça veut dire que être blanc, c'est mieux. et donc, si jamais tu penses être mieux, en fait, c'est très intéressant d'insulter les autres. parce qu'à chaque fois que tu vas insulter l'autre, tu finis par te dire : "moi, je suis mieux." et moi, je pense qu'effectivement, par l'éducation, nous pouvons aborder ces sujets. et quand je parle du racisme lié à la couleur de la peau, c'est exactement la même chose pour le sexisme ou pour l'homophobie. si nous voulons aborder ces sujets, nous devons questionner l'éducation. par exemple, un sujet très intéressant lorsqu'on parle d'éducation, en fait, très souvent, c'est comment nous avons été éduqués, comment on nous a éduqué à devenir ce que nous sommes, comment nous sommes éduqués à penser ce que nous pensons. et donc, voilà pourquoi l'éducation permet de questionner. parce que c'est ça, en fait, l'éducation permet de questionner l'existant pour essayer de voir, est-ce que l'existant peut être changé ? ou est-ce que l'existant peut emmener à plus d'égalité ? et donc, si on détecte effectivement l'éducation que nous recevons, elle fait perdurer les inégalités, en fait, on va intervenir pour construire un autre discours.
alors, lever la main, ceux qui sont blancs ici. ok. lui. au cas. bah, très bien. alors, lui. si tu m'as dit que tu étais blanc, tu m'as dit que tu étais blanc, tu as levé la main. est-ce que je peux avoir la carte ? la carte. lui, ce n'est pas peur, on va discuter. lui, est-ce que tu connais les couleurs ? est-ce que si je te montre quelque chose de vert, tu sais que c'est vert ? est-ce que si je te montre quelque chose de rouge, tu sais que c'est rouge ? tu n'es pas daltonien ? ok. cette feuille est de quelle couleur ? blanc. et là ? ok. est-ce que tu es de la même couleur que cette feuille ? tu es de quelle couleur ? alors, si tu n'es pas blanc, quand ? alors, non, mais c'est très, non, mais c'est très intéressant. c'est-à-dire que, il est passé de blanc à cappuccino. en fait, les enfants, ce qui est très intéressant, c'est juste pour vous dire que nous sommes conditionnés, d'accord, à répéter des choses, mais on réfléchit pas à ces choses-là. j'ai levé la main, j'ai demandé qui est blanc. il y a certaines personnes qui ont levé la main. mais est-ce qu'ils sont blancs comme là, cette feuille blanche ? non. donc, pourquoi on dit qu'on est blanc ou noir ? en fait, ça vient justement de l'histoire. les identités de couleur de peau que nous utilisons, est lié à une histoire et liée à la racialisation du monde. où on a construit l'idée qu'il y aurait plusieurs races. par exemple, il y a des personnes encore aujourd'hui qui pensent que les personnes asiatiques sont jaunes. et donc, en fait, nous sommes le fruit de cette histoire. quand on dit "je suis blanc", "tu es noir", ce n'est pas anodin. les enfants, et derrière le fait d'être blanc ou noir, il y a toute une construction idéologique. par exemple, lorsque on insulte les joueurs noirs dans les stades, d'accord, très souvent, ce sont des joueurs noirs. qu'est-ce qu'on fait comme bruit ? lui, ce qu'on fait comme bruit lorsqu'on insulte les joueurs noirs ? ok, ok. on pourrait faire le bruit du perroquet ou du chat. pourquoi on fait le pourquoi, pourquoi on fait le bruit d'un singe ? ok. mais vous savez que, il y a pas si longtemps, les enfants, dans les livres scolaires, c'était écrit parce que les gens qui font le bruit du singe, ils savent pas. mais il y a pas si longtemps, dans les livres scolaires, il y avait une hiérarchie selon les prétendues races. et la race noire était tout en bas, près des singes. c'est faisait le chaînon manquant entre le singe et l'homme. et donc, c'est pour ça que je dis que lorsqu'on parle du racisme, il faut essayer de comprendre d'où cela vient. ça veut dire s'éduquer, comprendre le fait de dire "blanc", ce n'est pas anodin. le fait de dire "noir", ce n'est pas anodin. et donc, il faut réfléchir à savoir comment nous allons enlever ces masques identitaires de couleur de peau pour se percevoir comme des êtres humains avant tout.
la réalité des enfants, c'est qu'en fait, historiquement, les personnes qui sont qui ont été mises dans tes catégories comme étant supérieur, en fait, ils veulent rester dans ce sentiment de supériorité. c'est ça le vrai problème. ils veulent rester dans ce sentiment de supériorité. ça veut dire, moi, je ne suis pas comme lui, je suis mieux que lui. et ce qui est très intéressant, c'est que vous pouvez être mieux que l'autre sans rien faire. et donc, c'est pour cela que lorsqu'on parle du racisme, il faut toujours essayer de se dire : "qu'est-ce que j'ai au fond de moi-même ? est-ce que je ne participe pas au fait que les choses perdurent ?" et la façon de laisser les choses perdurer, c'est en fait rester dans le silence. donc, voilà pourquoi je vous invite, les enfants, toujours dénoncer le racisme. toujours. c'est très important. et c'est comme ça qu'on va pouvoir avancer.
bien évidemment, vous savez, j'ai pris beaucoup de temps à comprendre que lorsqu'il y avait une œuvre d'art devant vous, en fait, ça pouvait raconter beaucoup d'histoires. et ça, j'ai eu la chance de rencontrer un professeur de français lorsque j'avais 15 ans, qui m'a donné à comprendre qu'un tableau pouvait raconter plein plein de choses. tout d'abord, il faut savoir à quelle période le peintre a exécuté l'œuvre. et ça raconte en règle générale la période historique où se situe le tableau. et lorsque, il y avait l'exposition "Le modèle noir à Paris", j'ai eu la chance de pouvoir emmener des élèves visiter cette exposition. et il y avait un tableau effectivement qui dénonçait l'esclavage. c'est-à-dire que, il y avait un esclave qui fouettait un autre qui était attaché à quatre piquets. et ce tableau-là était fait pour dénoncer la violence de l'esclavage. pour que les gens puissent comprendre qu'effectivement, vous être à Paris, mais dans les îles françaises, il y a des gens qui sont violentés parce que ce sont des esclaves. il y a des gens qui sont rabaissés parce que ce sont des esclaves. et nous, en utilisant le sucre, en utilisant le café, nous participons à ce système injuste. et donc, je pense qu'effectivement, il est important de de voir que de tout temps, il y a toujours eu des hommes et des femmes qui ont dénoncé les injustices. parce que lorsque vous vivez dans une société injuste, où est-ce qu'il y a des violences, chacun de nous, nous pouvons aussi être éduqué à accepter ou à ne plus voir les violences. moi, je suis persuadé que peut-être que lorsque vous vous baladez avec vous vos parents, lorsque vous allez à l'école, vous voyez des personnes qui n'ont rien, qui dorment dans la rue. mais peut-être que vous vous êtes habitué à cette violence. mais lorsqu'on est enfant, très jeune, tout au début, lorsqu'on voit ça, on ne comprend pas. on se dit : "mais il y a des enfants qui dorment dehors, il y a des familles qui dorment dehors." et donc, moi, je pense que regarder les œuvres qui dénoncent le racisme, c'est regarder les œuvres qui dénoncent les violences de la société. s'intéresser au racisme, c'est s'intéresser au système qui légitime les violences dans la société. ça veut dire que lorsque vous analysez la colonisation, le racisme, l'esclavage, en fait, qu'est-ce qui fait qu'à l'époque, la grande majorité des gens ont accepté cela ? donc, ça doit nous poser la question : qu'est-ce que nous acceptons aujourd'hui comme violence ? et donc, ça veut dire que nous devons grandir, vous devez grandir en ayant les yeux assez ouverts pour voir ces violences-là et les dénoncer. et donc, ça veut dire qu'en grandissant, il va falloir s'intéresser à la politique. parce qu'en fait, ce sont les lois qui en fait autorisent ou dénoncent les violences. pour moi, c'est très important. c'est-à-dire que lorsqu'on regarde des œuvres du passé, cela doit nous emmener à questionner la société dans laquelle nous vivons. parce que bien évidemment, sur le passé, on ne peut pas faire grand-chose. mais sur l'actualité, on peut faire beaucoup. et si on fait beaucoup sur l'actualité, on peut changer le futur. et l'idée, c'est vraiment qu'on puisse rendre la société beaucoup plus juste. que ce soit les problématiques de couleur de peau, que ce soit le genre, l'homosexualité, que ce soit le rapport entre riche et pauvre. ça veut dire qu'il y a des choses qu'on ne peut pas accepter. mais pour ne pas accepter certaines choses, il faut encore les voir. parce qu'il y a des fois, on ne voit pas, puisque nous sommes habitués à ces violences-là.
ok, mademoiselle, ta question était fantastique. et voilà. les liens. la société n'accepte pas ces données-là. parce que je pense que la grande majorité des gens n'ont pas été éduqués dans ce sens. aujourd'hui, toi, tu me dis ça, mais il y a plein de gens qui ne sont pas au courant que nous faisons partie de la même famille. c'est-à-dire qu'effectivement, nous venons, peu importe notre couleur de peau, du continent africain. comme la grande majorité des gens ne savent d'ailleurs pas pourquoi il y a des couleurs de peau différentes. il y a des couleurs de peau différentes parce qu'en fait, c'est une adaptation au climat où vos ancêtres ancêtres ont vécu. c'est-à-dire que lorsque vous vivez en Afrique, c'est un continent très très ensoleillé. et ben, vous allez avoir la peau foncée parce que c'est une protection. lorsque, par exemple, les hommes et les femmes sont sortis d'Afrique, ont migré dans des endroits où il y avait moins de soleil. donc, tout à fait normalement, ben la peau s'est éclaircie de génération en génération. c'est-à-dire que nous, nous avons besoin du soleil. le soleil, c'est très important pour l'individu. mais par contre, si vous avez une peau très claire dans un endroit très très ensoleillé, ben, en fait, la peau va faire quoi ? elle va bronzer pour se protéger. vous avez remarqué ça ou pas ? c'est une protection. parce qu'en fait, sinon, vous avez des problèmes de santé. et pour les cheveux, c'est exactement la même chose. et donc, je pense que très tôt, on devrait éduquer les enfants dans ce sens. et les enfants comprendraient effectivement que derrière la couleur de peau, derrière la texture des cheveux, en fait, il n'y a que l'adaptation au climat. et il n'y a pas de qualité ou de défaut d'intelligence ou pas lié à la couleur de la peau. et donc, ouais, je pense que la plupart des gens ne sont pas éduqués à connaître cela. et d'ailleurs, tu sais, lorsque tu lis les journaux, lorsque tu lis certains livres, ou tu écoutes même des personnes d'un certain âge, en fait, il y en a qui parlent encore de race. ou d'ailleurs, parfois, ils utilisent pas le mot, ils vont parler d'ethnies en disant : "il y a des ethnies différentes." mais en fait, dans la tête des gens, ça revient à penser qu'effectivement, il y a des races différentes. mais encore une fois, pour comprendre pourquoi il y a encore cette conception de race dans notre société, il faut savoir que le racisme a une profondeur historique très très longue. et il n'y a pas si longtemps que ça que nous avons au niveau scientifique construit et accepté l'idée qu'il y aurait qu'une race. les enfants, tout cela, vraiment, il faut, il faut vraiment comprendre qu'il y a une vraie longueur historique. par exemple, moi, je suis français. il y a eu des lois racistes pendant plus de 250 ans en France. et la grande majorité des Français ne le savent pas. les lois racistes se terminent dans les années 90. 90 avec l'apartheid en Afrique du Sud. 1990. c'est-à-dire que, bah, il n'y a pas si longtemps que ça. moi, je suis né en 1972. en fait, il y avait des lois racistes en Afrique du Sud. mon grand-père, par exemple, est né 60 ans après l'abolition de l'esclavage aux Antilles. l'abolition de l'esclavage, c'est 1848. mon grand-père est né en 1908. je parle de mon grand-père. donc, on voit bien que c'est très, très proche de nous, cette idéologie où est-ce qu'il y a l'acceptation pour tout un chacun qui viendrait des races différentes, des races supérieures. et donc, c'est tout à fait compréhensible qu'aujourd'hui, il y a ces problématiques de racisme. mais pour gagner du temps, effectivement, il faut éduquer les jeunes générations à changer leur façon de penser. donc, il faut vraiment insister sur le fait de dire : "oui, ça paraît incroyable, mais nous sommes ici tous, que nous le voulions ou pas, de la même famille, d'un petit noyau qui a pris vie en Afrique et qui s'est dispersé sur toute la planète." voilà. voilà.
les liens. Sailer. il y a quelques années de cela, au musée du quai Branly, avec Pascal Blanchard et Nanette Snoep, on a monté une exposition qui s'appelait "Les zoos humains". chacun de vous ici, peut-être, vous avez eu l'occasion d'aller au zoo ou voir des documentaires sur les zoos. c'est-à-dire qu'en fait, nous nous promenons dans un zoo et on voit des animaux qui sont en cage. en fait, ce que vous ne savez pas, les enfants, c'est qu'à une époque, il y avait des zoos humains. ça veut dire qu'en fait, d'autres humains du monde normalement occidental, européen, allaient voir des gens dans des cages qu'on présentait comme des gens sous-développés. imaginez-vous un instant que vous vous allez là, vous sortez et il y a des zoos et vous voyez d'autres personnes. et ces personnes venaient d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, d'Amérique du Sud. et on les présentait comme étant des gens inférieurs. mais si on vous présente ces gens-là comme des personnes inférieures, vous finissez par croire que c'est vrai. si ces gens-là sont payés à faire le sauvage, vous finissez par penser que ce sont des sauvages. et donc, c'est ça qui s'est passé. c'est pour cela que le racisme s'est diffusé. parce qu'il y a eu des millions de visiteurs qui ont vu ces spectacles et qui sont rentrés en pensant qu'effectivement, ils avaient vu des sauvages, ils avaient vu des êtres inférieurs. et parfois, il y avait des villages, des villages où est-ce qu'il y avait des personnes noires. et on disait : "oh là là, naissance, naissance dans le village africain." et les gens achetaient les billets pour voir les naissances. est-ce que vous vous imaginez ça ? c'est comme ça qu'on construit le racisme et l'infériorité de certains et la supériorité d'autres. parce que les visiteurs finissent par penser qu'ils sont supérieurs. c'est pour ça que je dis que les enfants, très attention. la première des choses, nous sommes le fruit de discours qu'on nous a raconté. et si vous ne faites pas attention au discours qu'on vous raconte, vous finissez par penser dans un sens. donc, ces personnes-là, en fait, ont intériorisé qu'ils étaient supérieurs. mais les zoos humains, ça aussi, c'est très intéressant. c'est à une période historique où on a construit l'idée qu'effectivement l'Europe pouvait coloniser le monde. et coloniser le monde pourquoi ? sous quel argument idéologique ? l'argument idéologique, c'était : les races supérieures. donc, les Blancs ont le droit et on le devoir d'éduquer les races inférieures. c'est-à-dire que les races inférieures doivent devenir comme nous. c'est-à-dire que nous, les Blancs, nous avons la responsabilité de les tirer vers la modernité. ça veut dire que nous, étant Saint-Pierre, nous, je, parce que nous, non, à l'époque, moi, j'aurais été dans le temps vu comme inférieur parce que vu comme noir. en fait, c'est ça qui est très intéressant. mais combien de gens aujourd'hui, d'accord, aujourd'hui, pensent encore la même chose ? qu'en fait, que les Africains devraient vivre comme les Européens parce que leur façon de vivre, en fait, n'est pas moderne. mais je pense qu'il y en a beaucoup qui le pensent encore aujourd'hui. ça veut dire que, on va envahir ces pays et ces personnes vont être à notre disposition pour travailler. et les terres et les richesses qu'il y a sur leur sol vont nous appartenir. mais les enfants, aujourd'hui, cela existe encore. c'est-à-dire que, par exemple, chacun de nous, nous avons des téléphones, nous avons des ordinateurs. mais il faut savoir que la grande majorité des minerais rares qui se trouvent dans le téléphone viennent d'exploitation d'autres personnes, par exemple, en Afrique. c'est pour cela que je dis que lorsqu'on parle de la violence, lorsqu'on parle du racisme, lorsqu'on parle des inégalités du passé, c'est pour éclairer ce qui se passe aujourd'hui. pendant des siècles, des hommes, des femmes comme vous, ont cautionné l'esclavage. pendant des siècles, des hommes et des femmes comme nous, à cautionner la colonisation. l'idée, c'est : qu'est-ce que nous cautionnons aujourd'hui comme type de violence ? qu'est-ce que nous cautionnons ? est-ce que aujourd'hui, nous ne cautionnons pas, en fait, la destruction de notre planète dans l'autre façon de manger, de ce vêtir, de s'amuser ? est-ce que nous ne participons pas tous au fait que notre planète se détruit de plus en plus ? il y a des gens qui nous alertent en nous disant : "bon, il faudrait changer d'autres façons de faire." mais peut-être que pour notre bien, pour notre nos loisirs, mais on veut pas changer de façon de faire. et donc, je pense que ce n'est pas pour vous culpabiliser, c'est pour qu'on puisse réfléchir. ça veut dire que la violence du passé doit nous emmener à réfléchir sur nos attitudes aujourd'hui vis-à-vis des problématiques du monde. et c'est pour cela que pour moi, les zoos humains, c'était faire le parallèle entre le passé et le présent. c'est-à-dire, qu'est-ce que nous cautionnons ? est-ce que nous n'avons pas des complexes de supériorité parce que nous vivons en Europe sur ces personnes qui ne vivraient pas en Europe et qui auraient une autre façon de faire ? est-ce que leur façon de faire est moindre que notre façon à nous de faire ici en Europe ? et très souvent, nous sommes persuadés, ou en tout cas, on nous persuade sur les discours que, on entend, qu'en fait, notre façon de faire est mieux. donc, il faut se poser la question : est-ce que c'est juste ? ok. mais l'exposition, en tout cas, chaque fois, c'est faire le lien entre le passé et le présent. pour moi, c'est très important qu'on puisse réfléchir sur ce que nous faisons, comment se comporte entre nous aujourd'hui, et ce qui peut nous éclairer sur la façon dont nous nous comportons, c'est le passé.
hola. alors, tout d'abord, oui, les choses, les choses ont changé. parce que je pense qu'aujourd'hui, effectivement, les lois racistes inscrites dans les lois des pays, il n'en existe pas. par exemple, aux États-Unis, il y avait des lois racistes qui disaient que lorsque vous étiez blanc, vous aviez plus de droits que les personnes non blanches. en France, il y a eu ces lois, en Espagne, il y a eu ces lois, en Europe, il y a eu ces lois. et donc, aujourd'hui, il n'y a plus les lois. et ces lois n'existent pas parce qu'il y a eu des hommes et des femmes qui ont dénoncé la violence du racisme. aujourd'hui, le racisme existe, je dirais plutôt de façon structurelle. c'est-à-dire que, après les lois, il y a des façons de penser qui sont restées, qui sont encore ancrées dans nos sociétés. et la meilleure façon.
De changer les choses, des actes, c'est d'accepter le fait qu'il y a du racisme. Parce que très souvent, lorsque je parle du racisme en France, c'est que je dis qu'en France, effectivement, le racisme existe et qu'il faut le combattre. Les gens ont tendance à nier le racisme en disant : "Non, mais attendez, vous ne pouvez pas dire ça, vous n'aimez pas la France. Il y a quelques racistes, certes, mais la France ne serait pas raciste."
Lorsque je suis en Italie, c'est exactement la même chose, et je pense qu'en Espagne, c'est la même chose. Les gens ne veulent pas dire qu'en fait, que ben oui, en Espagne, il y a du racisme. Et donc, ça veut dire qu'il y a un travail à faire. Mais très souvent, c'est comme dans les, vous savez, quand il y a du racisme dans un stade de foot, en fait, les clubs disent toujours : "Ah non, ce n'est pas des supporters, ce ne sont pas de vrais supporters." Bah si, ce sont des supporters, et en fait, ce sont des supporters de votre équipe. Et effectivement, ça veut dire qu'il y a des supporters racistes dans vos clubs. Et donc, il faut le dénoncer. En fait, ils veulent toujours minimiser en disant : "Ce sont des individus, un ou deux ou trois." Mais non, ce n'est pas la réalité. La réalité, c'est que le racisme est culturel et structurel et existe vraiment.
Et dire qu'il y a du racisme, c'est dire aux gens qui subissent le racisme, en fait, que ce que vous êtes en train de vivre, en fait, c'est vrai. Et donc, si c'est vrai, ça veut dire qu'on va pouvoir changer les choses. Mais si je me fais insulter de "sale noir" et les gens, ils me disent : "Ah bon, je n'ai pas entendu. Ah, tu penses vraiment ? Je ne crois pas ce qu'il a dit." Donc, ça veut dire que je me sens comment moi ? Je suis méprisé. Et vous, vous renoncez à dire que je suis victime de cette violence-là. Mais ça veut dire que peut-être que cette personne va tomber dans la folie.
Et donc, je pense qu'effectivement, la première des choses, c'est vraiment comprendre qu'effectivement, il y a une histoire. Il y a toujours eu des luttes, notamment des personnes qui subissent le racisme. Toujours, ils ont toujours lutté pour justement dénoncer cette violence-là et revendiquer leur humanité. Et donc, je pense que si vous voulez que les choses changent, la jeune génération, en fait, ne doit pas penser que les choses ont changé comme ça, parce que les choses ne changent jamais comme ça. L'égalité des enfants, en fait, elle ne se donne pas, elle se gagne. S'il y a plus d'égalité, par exemple, entre les femmes et les hommes, c'est parce que les femmes ont revendiqué, ce n'est pas les hommes qui ont donné l'égalité. Et donc, je, vraiment, vous devez comprendre ça : l'égalité se gagne et ne se donne pas.
Parce que ceux qui ont le pouvoir, parce que c'est ça la réalité, c'est-à-dire que lorsqu'on parle du racisme, du sexisme, de l'homophobie, ça veut dire qu'il y a des gens qui sont discriminés. Ça veut dire qu'il y a des gens qui profitent de ces discriminations. Si vous êtes une femme et vous êtes discriminée dans la société, ça veut dire que les hommes profitent de cette discrimination. Si vous êtes noir et vous êtes discriminé dans la société, ça veut dire que les personnes non noires profitent du fait que vous soyez discriminé. Mais les personnes qui profitent des discriminations, parfois, elles veulent rester dans ces schémas pour avoir justement plus d'avantages. C'est pour ça que ça perdure dans la société.
Et donc, il faut avoir le courage de se regarder et de vouloir que les choses changent. Les personnes qui sont discriminées doivent avoir le courage de savoir que, en fait, ils sont du côté de la vérité. Et donc, comme ils sont du côté de la vérité, en fait, ils vont dénoncer les injustices. Et dans toute société, dans toute société, il faut écouter les personnes les plus démunies. Il faut écouter les personnes les plus victimes dans la société, parce qu'en fait, ce sont ces personnes qui connaissent la violence de la société. Et ce sont ces personnes, par leur lutte, qui rendent la société meilleure, qui rendent la société plus humaine. Toujours, regardez historiquement, vous allez voir, les personnes discriminées, les personnes violentées, c'est eux, par leur lutte, qui rendent la société meilleure. Et donc, il faut dénoncer les injustices pour rendre cette société meilleure, sachant qu'en face, il y aura des personnes qui ne voudront pas le changement.
Alors, les aspects du sport, je dirais plus, plus que dans la société. Le sport, et notamment le sport de haut niveau, m'a appris quelque chose d'essentiel. Je pense que chacun de vous, notamment les plus jeunes, mais c'est valable pour même les adultes, c'est avoir la capacité à être lucide sur soi-même. C'est la capacité à se regarder dans un miroir et d'être lucide, de se regarder, d'accepter le fait qu'on ne sache pas tout faire, ce qui est normal. Mais se dire que ce n'est pas parce que je ne sais pas aujourd'hui que je ne saurais pas demain. Et pour cela, avoir le courage de lever la main et de dire : "Je ne sais pas." Et de demander aux gens autour de toi qui vont pouvoir t'accompagner à la connaissance. Et la plus grande des connaissances doit être à prendre à se connaître soi-même, parce que ça, c'est le vrai cadeau pour quelqu'un.
Avoir à se connaître, et surtout à comprendre que chacun de vous, vous avez beaucoup plus de potentiels que vous le croyez en vous. Parce que très souvent, autour de nous, il y a toujours des gens qui vont nous éduquer à ne pas avoir confiance en nous. Et le sport de haut niveau apprend que il faut avoir confiance en soi. Il faut avoir des grands rêves pour essayer de les atteindre. Mais vous ne pouvez pas les atteindre seul. Des gens qui vont te permettre de donner le meilleur de toi-même. Et il faut faire très attention de ne pas avoir quelque chose qui te bloque en te disant : "Ouais, c'est impossible pour moi." Parce que très souvent, tout commence par une pensée. Une pensée, ça veut dire que les gens qui réussissent, en règle générale, ce n'est pas par hasard. C'est parce que effectivement, ils se sont projetés à la réussite.
Mais il faut savoir que c'est dur. Parce que bien évidemment, se réaliser, mais ça peut, ce n'est pas devenir joueur de foot, ça peut être de venir pâtissier, électricien. En fait, c'est essayer de se dire : "Je rêve de ça, je vais travailler dur, ça va être compliqué, mais il y a des gens autour de moi qui vont m'aider." Et pour moi, le plus beau cadeau qu'on puisse faire à quelqu'un, c'est avoir une bonne estime de lui-même. Quand vous avez une bonne estime de vous-même, en fait, vous n'avez pas besoin d'écraser les autres. Vous n'avez pas besoin d'insulter les autres, parce que très souvent, les gens qui insultent l'autre, c'est pour réparer leur mauvaise estime. Ça veut dire : "Tu es moins que moi, et ça te valorise en méprisant l'autre." Alors que quand tu as une bonne estime de toi-même, mais justement, tu n'as pas besoin de l'écraser l'autre, tu vas plus facilement vers l'autre.
Et c'est pour cela que je pense, encore une fois, lorsque, en fait, on va prendre l'histoire de Vénus, d'accord, ce qui s'est passé dernièrement, les gens qui l'insultent, ils ont la haine. En fait, c'est de l'envie, c'est de l'envie. Parce qu'en fait, il est joueur de foot professionnel, il joue à Madrid, c'est l'un des meilleurs joueurs du monde. Mais toi, tu l'envies quelque part, tu aimerais être à sa place. Et donc, ça devient de la haine. Et c'est ça qui est très intéressant. La haine, très souvent, ce sont les gens qui ont une très mauvaise estime d'eux-mêmes. Donc, ils ont besoin de rabaisser l'autre pour penser être bien.
Et moi, je pense que si effectivement, on éduquait les jeunes garçons, les jeunes filles, à comprendre qu'effectivement, la chose la plus importante pour un individu, c'est avoir une bonne estime de soi-même. Et cette bonne estime de soi-même commence par déjà recevoir de l'amour. Parce que c'est devenu un gros mot, mais l'amour, c'est essentiel. Chacun de nous ici, vous savez quoi ? On demande de l'amour. Chacun de nous ici, en fait, ce qui nous fait avancer, c'est de l'amour. Et c'est pour cela que d'ailleurs, entre vous, il faut faire très attention à ne pas faire en sorte de blesser l'autre, de blesser l'autre par des attitudes, par des mots, parce que vous allez blesser l'estime de cette personne. Et c'est ça qu'il faut soigner.
Et moi, franchement, je pense que le sport de haut niveau, vraiment, pourrait apprendre ça sur le plan éducatif. Ça veut dire que moi, je viens d'un petit village dans le Bertrand, je rêve de quelque chose, mais j'y suis arrivé. Mais parce qu'en fait, il y a des gens qui m'ont dit : "Tu sais, si tu te trompes, ce n'est pas grave, recommence. Si tu te trompes, ce n'est pas grave, recommence. Essaie de faire comme ça, réfléchis comme ça, tu devrais faire ça, c'est mieux." Et moi, tout au long de ma vie, j'ai reçu plein, plein, plein de personnes qui m'ont donné ces cadeaux et qui ont permis qu'effectivement, je puisse croire en moi.
Et donc, croyez en vous. Ayez confiance en vous. N'ayez pas peur de dire : "Je ne sais pas." N'ayez pas peur d'être lucide sur vous-même, d'être lucide sur la société dans laquelle vous vivez. Et ayez le courage de dire : "Moi, je veux devenir meilleur. Moi, je veux que la société devienne meilleure. Et je vais participer au fait que la société devienne meilleure." Et en tout cas, je vais faire en sorte de devenir la meilleure version de moi. Mais la meilleure version de moi n'a pas besoin d'être meilleure que celle de ma copine, parce que je ne me compare pas à ma copine. Je veux devenir la meilleure version de moi. Et je ne pourrai devenir la meilleure version de moi qu'avec les autres. Et les autres vont m'aider. Et moi aussi, je vais participer aussi à faire que les autres soient meilleurs.
Et je pense que, ouais, en fait, c'est pour moi, l'amour est essentiel et central dans tout. À quel point vous vous aimez, à quel point vous êtes en capacité d'aimer les autres. Pour aimer les autres, il faut s'aimer. Il faut vraiment s'aimer.
La télévision, très souvent, effectivement, on culpabilise les plus pauvres. Ça veut dire que les plus pauvres seraient un danger dans la société. Mais ça, ce n'est pas nouveau, c'est historiquement, c'est toujours la faute des plus pauvres. Et lorsqu'il y a effectivement cette idée de crise, d'accord, une crise, ça veut dire qu'il n'y a pas assez pour tout le monde, d'accord. Ça veut dire qu'on va dire qu'il y a un nombre fini de travail, un nombre fini de nourriture. Donc, ça veut dire qu'il n'y aura pas pour tout le monde. Donc, ça veut dire qu'on ne peut pas accueillir tout le monde. Donc, ça va créer de la tension. Si on nous dit qu'il n'y a pas pour tout le monde et que tout le monde n'aura pas assez, donc obligatoirement, ça crée une tension.
Mais ce qu'on ne dit jamais, c'est qu'il y en a qui en ont beaucoup trop. Donc, en fait, le problème, c'est comment on partage les richesses. Et très souvent, on analyse jamais les choses en disant qu'en fait, les riches, les très, très riches, on trouve, on parle jamais des très, très, très riches. Tu aurais trop. On dit qu'il n'y a pas assez pour nous, les plus démunis. Et donc, ça veut dire que s'il n'y a pas assez pour l'épidémie, ceux qui vont venir de l'extérieur, alors là, non, mais c'est trop, c'est trop. Parce que, ok, donc, c'est ce discours-là. Et historiquement, effectivement, on ne parle pas de redistribution des richesses. C'est-à-dire que nous vivons dans un monde où il y a peut-être une minorité de gens qui détiennent la grande majorité des richesses du monde. C'est ça la réalité. Mais la plupart des gens ne le savent pas. La plupart des gens ne sont pas conscients de cela. Et donc, on ne réfléchit pas dans ce sens.
Si tous les jours à la télé, on disait : "Bon, écoutez, il y a peut-être un pourcentage minime des gens qui ont la grande majorité des richesses du monde, et c'est ça le problème." Et ben, je pense que les gens, en fait, ne diraient pas que le problème vient des migrants ou des gens qui veulent venir en Europe. Mais non, puisqu'ils diraient que, en fait, le problème, c'est une minorité des riches qui détiennent la richesse du monde et qu'en fait, il faut mettre en place des politiques où, en fait, il va y avoir une redistribution des richesses.
Et moi, je reste persuadé qu'effectivement, ben, il faut changer de discours. Mais très souvent, aussi, qui construit le discours dans une société ? Parce que ce n'est pas les pauvres qui construisent le discours. Et lorsqu'il y a, lorsqu'il y a une crise, effectivement, les plus riches, en fait, vont construire un discours disant que, en fait, il y a un problème de redistribution. Mais ils ne vont pas dire qu'en fait, que eux captent la majorité des richesses, parce que historiquement, c'est qui construit le discours et dans quel but on construit le discours.
Si vous dites, par exemple, que les personnes noires sont différentes des personnes blanches et sont inférieures et qu'elles ne sont pas comme les personnes blanches, mais en fait, c'est pour mieux les exploiter. Et c'est ce qui s'est passé pendant l'esclavage. Quand vous voulez construire l'idée qu'on peut exploiter certaines personnes, il faut déjà dire qu'elles ne sont pas comme vous, qu'elles sont inférieures à vous. C'est pour ça qu'il faut faire très attention lorsqu'on construit des discours en disant : "Il y a eux, il y a nous. Il y a eux, il y a nous. Nous, c'est normal que nous ayons plus de droits que parce que eux, ils ne sont pas comme nous." Et donc, en fait, c'est ce qui se passe dans les moments de crise. Il y a nous, ça veut dire que nous, c'est nous, ça veut dire qu'on se protège contre eux. Et eux, on ne peut pas les accepter parce qu'ils ne sont pas comme nous. Et surtout, qu'ils viennent, en fait, ils vont vouloir prendre ce que nous avons. Et là aussi, c'est une question de discours.
Et la réalité, depuis très, très longtemps, c'est qu'en fait, mais il y a des personnes qui jouent de ces discours pour ne pas être vues comme étant ce qui exploite. Je ne sais pas si je me fais comprendre. Les enfants, très important. Tout est une question de discours. Si on vous dit que certains sont des dangers pour vous, vous allez finir par croire que ce sont des dangers pour vous. Vous n'allez pas voir ces personnes-là, mais vous allez finir par croire que c'est vrai. Peut-être que vos parents vont finir par croire que c'est vrai. La société va finir par croire que c'est vrai. Et si ça finit par être quelque chose de partagé pour la grande majorité, la grande majorité va finir par violenter les autres. Et ça vous paraîtra normal parce qu'on a construit l'idée qu'ils ne sont pas comme vous, ils sont différents, et ce sont des dangers, et ils veulent prendre notre place.
Donc, effectivement, c'est un discours. Ce n'est pas le fait qu'il y ait la crise, c'est parce que c'est le discours qu'on porte sur la crise. Et voilà pourquoi je pense qu'il est très intéressant de toujours se poser la question : qui parle ? Qui dit les choses ? Et pourquoi ? Pourquoi on dit certaines choses ? Pourquoi on construit certains discours ? Et moi, je reste persuadé qu'effectivement, la première des choses, c'est qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de richesses et qu'en fait, le problème, c'est qu'en fait, il y a une mauvaise redistribution des richesses. Et donc, il faut construire des politiques de solidarité.
Mais il y a ce côté égoïste qui est en chacun de nous, nous persuadant que effectivement, si les autres n'ont pas, en fait, c'est de leur faute. Et qui profitent du système ? Ça aussi, c'est un discours. Voilà. Mais moi, je dis ça aussi pourquoi ? Parce que je vous ai dit, ma maman est partie travailler en France seule, donc elle a migré. Moi, je suis arrivé à Paris, ma maman était femme de ménage, on était cinq. Et ça veut dire tous les discours dégradants disant que "il ne faut pas être là, c'est de votre faute", je les ai reçus. C'est pour cela que ça explique aussi ma mentalité. J'ai été du côté des gens qu'on méprisait et qu'on disait qu'effectivement, ils n'avaient pas leur place ici. Et donc, Serge était joueur de foot, mais je n'ai pas oublié lorsque j'étais en France quand je disais sur, par exemple, ma maman. Donc, voilà pourquoi je dis qu'effectivement, je pense que nous devons choisir des politiques de solidarité dans une société.
Voilà. Et nous vivons dans des sociétés où on vous éduque, chacun, notamment les plus jeunes, à penser que vous n'existez qu'à travers vous-même et que vous n'avez pas besoin de l'autre. Et que si vous voulez, vous pouvez. Et si certaines ne réussissent pas, c'est de leur faute. C'est pas vrai. Je pense que chacun de nous, nous sommes le résultat de connexions. Déjà, dans sa propre famille. Déjà, un enfant ne peut pas survivre seul. Un enfant qui est seul finit par mourir lorsqu'il est petit. Donc, on a besoin les uns des autres. On doit faire ensemble les uns des autres.
Et moi, j'ai l'impression, peut-être que je me fais vieux, que nous vivons dans une société où effectivement, on éduque, on vous éduque à penser que vous n'avez pas besoin de l'autre. Et par exemple, quelque chose qui me choque, lorsque j'étais plus jeune, quand on voulait faire une photo, on demandait à l'autre : "Tiens, tu peux me faire une photo ?" Aujourd'hui, les gens ne demandent même plus parce qu'il y a le selfie. Ça veut dire que l'autre n'existe pas. On peut faire sans l'autre. On peut rentrer dans un magasin et parler à personne pour aller dans des caisses faire. Et donc, on finit par être seul. Là, c'est un discours de vieux, mais je suis vieux. Donc, voilà. Ça veut dire, prenez soin de l'autre. Et on n'existe pas sans l'autre. On n'existe pas sans l'autre. Peu importe ce que vous, ce que vous faites, vous avez besoin des autres autour de vous, parce que nous sommes des êtres de relations, nous sommes des êtres d'émotions. Et c'est très, très important.
Bon, en tout cas, sincèrement, ça a été un moment très, très, très, très agréable. Franchement, prenez soin de vous, prenez soin de ce que vous aimez. Et en rentrant à la maison, n'oubliez pas de dire à vos parents que vous les aimez fort, fort, parce que parfois, vous n'êtes pas conscient de ce qu'ils sont en capacité de faire pour vous, et ça vous paraît tout à fait normal. Et je peux vous dire à vous dire que si vous dites à vos parents que vous les aimez fort, fort, fort, vous pouvez gagner quelques points. OK.
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En tout cas, merci beaucoup. [Musique] [Applaudissements] [Musique]