📱

Get Our Mobile App

Take your business learning on the go!

Download on the App StoreGet it on Google Play

Les mystérieux secrets des alchimistes dévoilés - La France des mystères - Documentaire complet - MG

Notre Histoire1:19:01

Transcription

Il y a la France que vous connaissez, avec ses monuments incontournables, ses paysages à couper le souffle et ses magnifiques villages. Mais derrière ces lieux se cache parfois une France plus secrète, plus étonnante et inquiétante. Et si nous découvrions l'envers du décor, la face cachée de notre pays ?

Partons aujourd'hui sur les traces des alchimistes. Nous découvrirons les lieux où ces hommes de l'ombre pratiquaient leur art : la transmutation du métal en or dans le plus grand secret. Nous visiterons Bourges, la ville qui fut au Moyen Âge la capitale de l'alchimie.

À Bourges, et bien, se trouvait quelque part une sorte de royaume occulte, en fait. Donc, c'est le centre, en fait, de la France, on peut dire, ésotérique.

À Paris, de mystérieux messages gravés depuis des siècles dans la pierre continuent de nous intriguer. Notre-Dame de Paris. C'est le vaisseau mère de l'alchimie. On a des alchimistes qui, depuis le Moyen Âge, vont chercher à décrypter ces inscriptions qu'on a ici.

Nous irons aussi en Vendée, où les forteresses de Gilles de Rais, le plus inquiétant de tous les alchimistes, renferment un terrible passé. Dans cette tour, il va commencer à faire des rituels un peu secrets et surtout à faire intervenir beaucoup de sang.

Dans le Lot, au château de Cénevières, on pratiquait aussi cet art obscur à l'abri des regards. Parmi les invités, il y en a quelques uns seulement qui auront reconnu différents signes dans la maison et qui se sont dits : "Dans ce château, quelques uns travaillent à cette science de l'alchimie. Tout le monde ne rentre pas dans cette pièce."

La France compte d'innombrables lieux liés à l'alchimie, témoins de l'histoire de cette science à travers les siècles. Vous serez surpris par le passé obscur de Versailles ou de Chambord et découvrirez d'autres lieux de cette discipline située aux quatre coins de l'hexagone. Sciences occultes par excellence, l'alchimie est riche en légendes, en histoires invraisemblables. Et dans tous les lieux associés à cette discipline règne une aura de mystère.

Partons maintenant pour un voyage unique en France alchimique.

Paris, symbole de la culture française. Des millions de visiteurs se pressent chaque année dans la capitale et se précipitent à l'assaut de ces monuments connus du monde entier. Mais ce que la plupart ignorent, c'est que dans certaines de ces ruelles, sur les demeures les plus anciennes, on peut observer les traces d'un Paris mystérieux, méconnu, bien loin de la carte postale prisée des touristes. Un Paris médiéval où l'on pratiquait l'alchimie.

Nous sommes dans le quartier du Marais. C'est ici, au Moyen Âge, qu'a vécu un certain Nicolas Flamel. Nicolas Flamel avait son échoppe juste ici, là où aujourd'hui est le trottoir de la rue de Rivoli. Elle était adossée à l'église qui était là, derrière moi, Saint-Jacques de la Boucherie, dont on a conservé la tour uniquement. Avant de devenir un personnage légendaire, Nicolas Flamel tenait une échoppe de livres en plein Paris. Flamel n'est pas un personnage de fiction, comme on pourrait le croire, puisqu'il est apparu il n'y a pas très longtemps, au détour de quelques pages de la saga Harry Potter. C'est vraiment un personnage historique, connu comme le plus célèbre des alchimistes. Flamel a réellement vécu à Paris au XIVᵉ siècle. Qui était-il vraiment ? Quelle trace a-t-il laissé dans Paris ? Entre mythes et réalité, nous allons suivre les indices qui mènent au véritable Nicolas Flamel.

D'origine modeste, il vivait en plein cœur de la ville avec sa compagne, Dame Pernelle. Dans son quartier, Flamel n'est rien d'autre qu'un libraire ordinaire, un individu au-dessus de tout soupçon qui, un beau jour de 1382, va devenir riche, très riche. C'est-à-dire que la vie de Flamel, finalement, bien qu'il s'entoure d'une certaine discrétion, devient assez mystérieuse, parce que d'un seul coup, il s'enrichit. Nicolas Flamel. Le couple Nicolas Flamel et Pernelle devient très riche. C'est une immense fortune. Oui, on peut le dire. On parle même d'une fortune qui s'approchait de celle du roi, et on ne sait pas d'où elle provient. Une immense fortune qui, à l'époque, suscite les interrogations : d'où vient-elle ?

Pour obtenir un début de réponse, nous nous sommes rendus devant l'une des 73 demeures que Nicolas Flamel a fait construire. Aujourd'hui, la seule encore visible est ici, au cœur du troisième arrondissement. Édifiée en 1407, il s'agit de la plus vieille maison de Paris, située au 51 rue de Montmorency. Une bâtisse unique qui, à l'époque, attire les regards. C'est une personne qui est riche, Nicolas Flamel, et sa richesse se voit. Détail intéressant, il construit en pierre calcaire. Ça veut dire qu'il a l'argent pour construire en pierre calcaire, parce que ça coûte beaucoup plus cher que de construire à colombage, comme étaient toutes les maisons à Paris à l'époque. Normalement, en calcaire, c'est les palais qu'on construit ou les églises. Mais comment un simple libraire a-t-il pu s'offrir tous ces immeubles ? D'où vient tout cet argent ?

À court d'explication logique, les fantasmes et les spéculations commencent à circuler. Dans la capitale, la rumeur va s'amplifier : Nicolas Flamel pratiquerait l'alchimie et aurait découvert le secret le plus convoité de l'humanité. Une formule qui lui permettrait de changer le plomb en or. Pour certains passionnés, Flamel aurait même laissé des preuves de sa découverte sur plusieurs édifices, comme sur la façade de sa demeure du Marais.

Ici, on a des inscriptions qui ont été faites, réalisées, pensées, voulues par Nicolas Flamel, et on a des alchimistes qui, depuis le Moyen Âge, vont chercher à décrypter ces inscriptions qu'on a ici en se disant : "Mais là est le secret, là je vais comprendre. Peut-être qu'il a été plus clair ici. Peut-être que ce détail-là a un sens. Peut-être que c'est là la clé." On va se dire : "Et oui, peut-être que derrière ces énigmes, derrière cet ange étonnant, peut-être se cache un secret." Donc, c'est un petit peu normal que cette légende se soit faite sur la personnalité de Nicolas Flamel.

Ces inscriptions mystérieuses vont contribuer à forger la légende de Flamel, l'Alchimiste. C'est dans son laboratoire parisien, dans une ruelle de l'actuel troisième arrondissement, qu'après des années de labeur, il aurait décodé un ouvrage jusque-là indéchiffrable : le Livre d'Abraham le Juif, qui explique notamment comment transformer la matière. Grâce à ce livre, le 17 janvier 1382, Flamel aurait donc fabriqué de l'or. La légende raconte qu'il aurait enfoui son secret dans son quartier parisien, sous la fameuse tour Saint-Jacques, encore visible aujourd'hui.

Sous cette tour Saint-Jacques, Nicolas Flamel a enterré un coffre de cèdre avec, dedans, un exemplaire de l'ouvrage d'Abraham le Juif et les explications de Nicolas Flamel de cet ouvrage, et puis aussi de la poudre de projection qui permettrait de transmuter l'océan en or si l'océan était du mercure. La poudre de projection, dans le jargon alchimique, c'est la mythique pierre philosophale, une matière capable de fabriquer de l'or, de prolonger la vie, mais aussi un remède à toutes les maladies. Mais sous la tour Saint-Jacques, nul n'a jamais trouvé le moindre coffre. Et pourtant, les passionnés sont persuadés que Nicolas Flamel a laissé des indices, des pistes pour les générations futures.

Et il ne serait pas le seul. À Paris, un autre endroit serait riche en messages alchimiques. C'est un des monuments les plus célèbres de France : la cathédrale Notre-Dame de Paris. Partout sur ses portails, ses vitraux, dans ses pierres, des symboles alchimiques seraient présents. Notre-Dame de Paris, c'est le vaisseau mère de l'alchimie. Notre-Dame reste un des endroits particuliers pour les alchimistes. Dès le Moyen Âge, l'évêque Guillaume de Paris, qui était à l'origine de ces décors, était un alchimiste. Il avait donc, sans doute, laissé là quelques symboles pouvant intéresser le grand art. Notre-Dame de Paris, c'est un endroit qui va attirer les alchimistes. On le sait, dès le XVIᵉ siècle, ils se réunissent là pour discuter, se retrouver ensemble. Et puis, il va y avoir un certain nombre d'ouvrages d'alchimistes qui vont détailler certaines sculptures en leur donnant des explications alchimiques très précises.

Sur le portail central, 24 médaillons représentant des scènes religieuses auraient, en fait, un double sens. À travers ses murs, la cathédrale Notre-Dame révélerait certains indices quant à la marche à suivre pour trouver la pierre philosophale.

Ce sont des livres de pierre. Bien sûr, ce livre se décode à deux niveaux. Il y a le niveau, je dirais, du livre ouvert, c'est-à-dire le livre religieux, comme il se doit, parce que c'est quand même un monument aussi pour pratiquer la religion. Par contre, il y a aussi une seconde lecture à un niveau, à un autre degré, c'est-à-dire ce que j'appellerais le livre fermé, le livre ésotérique. Et donc, on décode toujours les écrits bibliques, mais à un niveau alchimique. Ici, chaque symbole aurait un sens caché. Cet oiseau, par exemple, représente une des étapes, la première que les alchimistes doivent entreprendre pour trouver la pierre philosophale.

Des messages intrigants gravés dans la pierre, on en retrouve dans différents endroits de France. Pour les initiés, toutes les grandes cathédrales gothiques sont des repères sacrés. À Paris, mais aussi à Chartres, à Amiens, les cathédrales sont les gardiennes de secrets que seuls les plus avertis peuvent déchiffrer. Donc, on peut penser que les bâtisseurs, donc le maître d'ouvrage, était missionné pour faire passer ce double langage. Un double langage propre à cet art qui remonte à des temps immémoriaux.

L'alchimie serait née en Égypte, vers 200 avant Jésus-Christ. Mais c'est en pays arabe qu'elle mûrit dès le VIIᵉ siècle. Plus tard, ce sont les grandes croisades d'Orient qui vont rapporter cette science en Europe. Depuis toujours, les alchimistes ont pris l'habitude de cacher leurs savoirs derrière des symboles. C'est à l'étudiant de faire l'effort nécessaire pour acquérir la totalité du savoir qui est dispensé partiellement dans les symboles de pierre et de verre. En alchimie, utiliser un langage codé, compréhensible par les seuls adeptes, cela s'appelle l'hermétisme.

À l'origine de ces textes indéchiffrables par les profanes, un homme vénéré des alchimistes depuis l'Antiquité. Il y eut un personnage légendaire quant aux origines de l'alchimie en Égypte, qui tient une place très importante, c'est le fameux Hermès Trismégiste, qui serait le père, en fait, donc, au deuxième ou IIIᵉ siècle avant notre ère, de la fameuse Table d'Émeraude. C'est un petit texte assez bref, mais qui résume parfaitement les ingrédients, finalement, de l'alchimie.

Traduite en latin au VIᵉ siècle, la Table d'Émeraude est le pilier de l'art alchimique dont elle donne les principaux fondements. "Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre." C'est le message le plus connu de la Table d'Émeraude.

En France, c'est surtout au XVᵉ siècle que l'on découvre cette discipline. Au fil du temps, l'alchimie va séduire les bourgeois, les aventuriers, les religieux, les seigneurs, et même les rois. Au tout début de la Renaissance, une ville en particulier va s'enthousiasmer pour cette science nouvelle. Il s'agit de Bourges, une cité florissante qui accueille les intellectuels et notables du royaume. À cette époque, le duc de Berry, fils du roi de France, est installé ici, entouré d'une cour fastueuse. La ville va très vite devenir la capitale de l'alchimie.

Bourges, en fait, c'est le centre de la France, en fait. L'idée, c'est que à Bourges, et bien, se trouvait quelque part une sorte de royaume occulte, en fait. Voilà. Donc, c'est, c'est le centre, c'est le centre, en fait, de la France, on peut dire, ésotérique. Incontestablement, Bourges est bien la capitale de l'alchimie, capitale au 15ᵉ et début du XVIᵉ siècle. Et dans ces lieux, derrière ses murs, on trouvait un certain nombre d'alchimistes. Il y en avait, sans doute pas dans toutes les maisons, mais presque, puisque toutes les maisons possèdent des caves. Et dans ces caves, et bien, c'était l'art de l'alchimie.

On imagine sans mal les alchimistes réfugiés dans ces caves, multiplier les tentatives pour fabriquer la pierre philosophale. Pour fabriquer la pierre philosophale. C'est simple, c'est très compliqué. On part du principe que toute matière serait composée de deux grands principes : ce qu'on appelle le soufre et le mercure. Pour l'alchimiste, il faut séparer de la matière ces deux principes. Une fois qu'il a réussi à les séparer, il faut qu'il les épure. Et une fois qu'il aura épuré, il les remet ensemble dans ce qu'on appelle les noces chimiques. Et c'est de là que va naître un petit enfant qu'on appellera la pierre philosophale.

Mais en pratique, les alchimistes ont bien du mal à avancer dans leur quête. Ils testent des produits, des opérations. Ils tâtonnent et opèrent toujours discrètement. Ces souterrains étaient gardés. On ne pouvait pas, monsieur tout le monde ne pouvait pas aller dans ces souterrains. Les alchimistes, dans leur pratique, gardaient toujours une partie secrète, très secrète, c'est-à-dire qu'ils ne dévoilaient pas la manière dont ils opéraient. Et ils travaillaient très longtemps. Ils pouvaient travailler des jours et des jours. Et c'était connu comme quoi ils le faisaient, mais tout ce que la manière dont ils le faisaient était tenue très secrète.

Les noms de rue de Bourges portent aujourd'hui encore les traces de ce passé sulfureux : Rue du Mauvais Secret, Rue du Puits Noir, Rue de l'Alchimie. On imagine facilement, à l'époque, les alchimistes à l'œuvre.

Le monument le plus emblématique de cette période et l'un des plus remarquables de la ville, c'est le Palais Jacques Cœur. Ce nom, c'est celui d'un étrange personnage qui a marqué l'histoire de la ville. Jacques Cœur était un marchand qui possédait une fortune colossale, une richesse supérieure à celle de Charles VII, dont il était grand argentier. Pour en savoir plus sur ce génie des affaires incontournable dans le royaume, il faut visiter le palais, un chef-d'œuvre architectural, témoin de l'ampleur de la fortune de Jacques Cœur.

Donc, il a fait ce palais pour montrer à tous ce qu'il était. Donc, un grand financier de son temps, une puissance énorme. Il est mieux habillé, il porte mieux que le roi lui-même, que son roi. On disait d'ailleurs : "Jacques Cœur, le roi fait ce qu'il peut. Jacques Cœur fait ce qu'il veut." Sa dépense la plus folle, c'est certainement cet immense hôtel particulier, un joyau de pierre de style gothique qu'il s'est offert pour la somme astronomique de 100 000 écus d'or, soit plus de 40 millions d'euros.

Il a insisté surtout sur le fait qu'il n'y a aucune symétrie. C'est quelque chose d'unique et pas un autre monument en France qui a cette caractéristique. Et à l'intérieur, il a mis des sculptures en nombre considérable, des petites sculptures, des frises. Il a mis ces devises dans un certain nombre d'endroits : "À vaillans cœurs, riens d'impossible." Un intérieur richement orné où les cœurs qui représentent la signature du riche marchand sont omniprésents. Des scènes d'époque reproduites avec minutie. De grandes pièces aux décors luxueux. Jacques Cœur a voulu le meilleur pour son palais, une vitrine censée lui apporter de la respectabilité.

Pour s'offrir une telle demeure, ce surdoué des affaires a dû se faire beaucoup d'argent. Il fut le premier Français à établir et entretenir des relations commerciales avec les pays du Levant, l'actuel Moyen-Orient. C'est en tout cas la première explication sur l'origine de sa richesse. Jacques Cœur, lui, il ne faut pas oublier que c'était un financier, et que Jacques Cœur faisait avec le Levant, bien ce que l'on dirait aujourd'hui du trafic. C'est-à-dire que Jacques Cœur, ces lingots d'argent, il les emmenait à Beyrouth ou à Alexandrie. Il avait emprunté un tampon royal avec la fleur de lys et tamponné ces lingots d'argent pour montrer qu'il avait l'accord du roi, ce qu'il n'avait pas. Et là, il les échangeait contre des lingots d'or. Et à cette époque, l'argent, on en avait beaucoup en Occident, très peu au Levant. Par contre, eux avaient beaucoup d'or et ont échangé un lingot d'or contre un lingot d'argent. Quand ils revenaient, ils avaient fait ce que l'on appelle la culbute, c'est-à-dire qu'ils avaient multiplié leur chiffre d'affaires par dix. Voilà la version classique de l'origine de la fortune de Jacques Cœur.

Mais pour certains, l'explication est ailleurs. En même temps, est-ce qu'il ne se serait pas abandonné lui-même à l'alchimie ? C'était la seule manière d'expliquer pourquoi quelqu'un qui part de rien, c'est-à-dire qui n'est pas noble, devient aussi riche. D'autant que l'hypothèse d'un Jacques Cœur alchimiste est tout à fait crédible. Lui et son entourage était féru de ces sciences occultes, comme on peut dire, et donc de l'alchimie. Il y a aussi ces signes que l'on peut observer dans chaque pièce, sur chaque façade de sa fameuse demeure. Ils seraient des indices avérés de son intérêt pour cette science occulte.

Il a laissé, en fait, dans sa demeure qui est donc le Palais Jacques Cœur, des éléments symboliques extraordinaires. Parce qu'on va trouver dans la chapelle, on va trouver dans l'édifice lui-même, on va trouver vraiment foison, foison d'éléments symboliques. Et puis, on a un bandeau qui dit : "Dire, faire taire." Et là, c'est typiquement alchimique, c'est-à-dire dire peu. L'alchimie qui ne doit pas tout dévoiler, faire beaucoup, c'est du travail, surtout du travail, et taire à tous ceux qui ne sont pas des adeptes. Parce que l'alchimie, c'est quand même une, je dirais, c'est une pratique que l'on ne peut pas confier à tout le monde. Il y a beaucoup de gogos, il y a beaucoup d'escrocs. Et l'alchimie, c'est un art qui est très sérieux.

Jacques Cœur, l'Alchimiste, à force de recherches acharnées, aurait fait une découverte extraordinaire. Il aurait trouvé le moyen de fabriquer non pas de l'or, mais de l'argent à volonté grâce à l'alchimie. La rumeur arrive jusqu'aux oreilles du roi qui se sent menacé par ce personnage trop riche à son goût. L'ennui, c'est qu'il était tellement riche qu'il s'est retrouvé au milieu des intrigues politiques. Le roi n'a pas supporté d'avoir ce personnage qu'il aimait bien par ailleurs, mais au-dessus de lui, avec ce palais. D'autant plus que Charles VII ne vivait pas dans, je dirais, dans le luxe, n'était pas. Il suffit de le voir en portrait pour s'en assurer.

Charles VII, à l'époque surnommé le petit roi de Bourges, a donc tout intérêt à utiliser cet homme. Un intérêt financier. Comme Charles VII avait une guerre à mener contre les Anglais, quand même, c'était la fin de la guerre de 100 Ans. Il avait besoin d'argent et donc pour lever des armées, il fallait qu'il fasse appel à Jacques Cœur. Donc, Jacques Cœur, finalement, s'est retrouvé un peu piégé, parce qu'il avait beau avoir de l'argent, mais il fallait qu'il en donne énormément. Et s'il ne le donnait pas au souverain, il était un peu coincé. Non seulement il prête au roi, mais aussi à bon nombre de notables. Et donc, il s'était fait énormément d'ennemis au sein même de l'entourage de Charles VII. Ça a été le début de la fin.

En 1453, Jacques Cœur est jugé pour crime de lèse-majesté et commerce illégal. Le roi confisque ses biens et l'écarte définitivement. Finalement, la seule façon qu'a eue Charles VII pour le neutraliser, parce qu'il ne pouvait pas rembourser les prêts, ça a été de le jeter en prison. Il s'évada et décédera le 14 novembre 1456 sur la petite île grecque de Chios, loin de son laboratoire alchimique et de son palais.

Après Jacques Cœur, l'alchimie continuera de s'épanouir à Bourges, à quelques centaines de mètres du fameux Palais Jacques Cœur. Une autre demeure doit son prestige à l'alchimie. Il s'agit de l'hôtel Lallemant, construit quelques années plus tard.

Donc, dans cette cour haute de l'hôtel Lallemant, et bien, on s'aperçoit qu'il y a des sculptures tout à fait extraordinaires et qui montrent l'intérêt des frères Lallemant pour le symbolisme et même pour le symbolisme qui est propre à l'alchimie. Les frères Lallemant, deux maires de la ville de Bourges au XVIᵉ siècle, étaient passionnés d'ésotérisme et ils auraient couvert de symboles leur hôtel particulier. Mais les véritables joyaux de l'hôtel Lallemant, ce sont les caissons qui se trouvent à l'intérieur de l'oratoire. Les passionnés y voient des références aux expériences menées par les alchimistes.

À travers 30 caissons, les frères Lallemant ont voulu montrer la connaissance qu'ils avaient à cette époque de l'art alchimique. Donc, on part, par exemple, on part de la sphère armillaire, c'est-à-dire on récupère la matière première au fond de la terre, on la met dans cette sphère et puis après, on chauffe. Et à la fin, et bien, on a la colombe ignée, et bien sûr, la colombe en feu, qui aboutit à la rose, et la rose à cinq lobes, et cette rose à cinq lobes qui est aussi un trait des frères Lallemant. Et bien, ça, c'est la pierre philosophale.

À l'époque, les références à l'alchimie se répandent comme une traînée de poudre à Bourges, mais aussi dans toutes les régions de France. Dans le Lot, le château de Cénevières a longtemps été un repaire d'alchimistes. À la Renaissance, tout ce qui se passe entre ces murs fortifiés reste secret. Aujourd'hui, on vient ici pour admirer ce monument à l'architecture atypique, mais aussi pour pénétrer dans l'une des pièces les plus originales de France.

Au départ, on reste sur un modèle de château médiéval avec tout pour la défense, tout pour la défense. Et ce n'est qu'après, à la fin du XVᵉ siècle, qu'on commence à visiter l'Italie avec Charles VIII, Louis XII, François Iᵉʳ. On voit des belles choses, on prend goût aux belles choses. Et les dernières années, des seigneurs de Gourdon qui meurent ici en 1616 sont consacrés à la décoration, l'embellissement. On modifie la partie ancienne du Moyen Âge, on bouche des vieilles fenêtres et on fait un palais à l'italienne avec des grands escaliers, des grandes salles, plafonds peints et une salle avec des peintures mythologiques et un cabinet d'alchimie.

L'artisan de ce changement, c'est Flottard de Gourdon, le propriétaire du lieu au début du XVIᵉ siècle. Il fait du château de Cénevières un rendez-vous incontournable pour les érudits et les riches intellectuels, mais uniquement ceux qui ont un penchant pour l'ésotérisme.

Alors, nous voilà dans le grand salon. C'était la salle principale dans laquelle se réunissent les petites cours locales, les amis qui viennent, l'évêque, les intellectuels de la région. Alors, au centre du salon se trouve cette cheminée de type Quercy noir et le signe important à regarder ici se trouve être le Sceau de Salomon. Vous avez donc deux triangles inversés, l'un qui montre vers le nord toute la symbolique du feu, et l'autre tourné vers le sud qui montre la symbolique de l'eau. Le Sceau de Salomon, qui est un indicateur physique pour les personnes qui passent dans cette pièce et qui sont initiées à la science alchimique.

Ce château suspendu au-dessus du Lot est, en fait, à l'époque, un lieu où l'on pratique l'alchimie en secret. Encore une fois, des indices qui passent inaperçus pour le commun des mortels parlent ici aux initiés. Plus que des symboles dans ce château, une salle est entièrement dédiée à ces hommes de l'ombre. Un endroit unique en son genre : un cabinet d'alchimie.

Parmi les invités ou les gens qui passent ici la journée, il y en a quelques uns seulement qui auront reconnu différents signes dans la maison et qui se sont dits : "Dans ce château, quelques uns travaillent à cette science de l'alchimie." Donc, on va dire que ce serait un club d'initiés parmi des gens déjà un petit peu avertis, un public averti. Tout le monde ne rentre pas dans cette pièce.

Ici, on philosophe, on échange, on partage ses connaissances sur la physique et la chimie. Certains cherchent à percer les secrets de l'immortalité. D'autres se concentrent sur la transmutation des métaux. On est ici dans un cabinet qui représente deux thématiques à la fois. D'abord la philosophie, avec ici des peintures qui retracent l'ensemble d'une œuvre qui s'appelle Les Métamorphoses d'Ovide. On a ici une série de dessins et en même temps, on était dans le domaine un peu spirituel et philosophique, et en même temps un côté concret avec ce petit athanor, c'est le foyer, le nom qu'on donne au foyer qui permettait de travailler les éléments chimiques à l'époque.

Dans ce cabinet secret, on travaille donc la matière pour la transformer en s'imprégnant des scènes peintes sur les murs. 18 fresques et autant de messages pour les apprentis alchimistes. Parfois même des mises en garde, comme cette peinture représentant la chute de Phaéton, ce fils d'Hélios qui voulait conduire le char solaire de son père sans savoir vraiment le maîtriser. Le message, c'est : "Pas parce que l'homme sait faire quelque chose qu'il ne doit s'imposer aucune limite. Je dois m'assurer que ce que je fais va dans le bon ordre. Peut-être que je vais préparer quelque chose qui va exploser. Peut-être que je vais préparer quelque chose qui va tuer, qui va détruire. Est-ce qu'on se met des bornes en disant : 'Ça, c'est trop dangereux, finalement, je ne le fais pas' ?"

À cette époque, un peu partout dans le royaume, des alchimistes sont à pied d'œuvre, guidés par ce code moral. À l'abri des regards indiscrets, ils expérimentent, testent, travaillent la matière. Et leurs recherches les amènent parfois à faire des découvertes bien pratiques. Ils avaient chacun l'ambition de découvrir le mystère et, en tout cas, de développer cette science qui permettait, en dehors de la recherche de la pierre philosophale, de fabriquer aussi des métaux, des verres, des émaux, des choses comme ça, qui ont été fort utiles pour la vie quotidienne. La céramique, les peintures, tout ça, c'est de la chimie. Et on n'avait pas que le versant, on va dire, recherche de la pierre philosophale et de l'or.

L'alchimiste, dans l'histoire des sciences, sont connus pour avoir été à l'origine de certaines découvertes. L'urine, puisque l'urine a été une des matières sur lesquelles les alchimistes ont travaillé, l'urine va permettre à l'alchimiste Brandt de découvrir le phosphore. Mais beaucoup plus loin que ça, on a Roger Bacon, le moine, qui va découvrir, lui, la poudre à canon. On a Bernard de Palissy qui a découvert la faïence. L'alcool, par exemple, qui est né de la distillation et a été découvert par des gens qui s'occupaient d'un peu d'alchimie. On peut penser dès l'Antiquité à la mythique Marie la Juive, qui aurait inventé le bain-marie. Nous avons énormément de découvertes alchimiques qui continuent de nous aider dans nos travaux du XXIᵉ siècle. Les alchimistes ont donc contribué à améliorer nos vies.

Mais certaines de ces découvertes, fruit de plusieurs années de recherches, n'auraient sans doute pas vu le jour sans l'argent de riches mécènes. Les recherches alchimiques n'étaient pas à la portée de tout le monde, principalement parce que les ingrédients, les minéraux, les substances qui étaient utilisées étaient chères. Certains alchimistes recherchaient la protection de prélats ou de nobles ou de souverains pour justement pouvoir se faire financer leurs recherches. C'est une manière de sponsoriser les recherches alchimiques.

Ces sponsors, les alchimistes devaient les trouver eux-mêmes, parfois en faisant du porte-à-porte. Le passage obligatoire lorsqu'on est alchimiste, c'est de trouver des demeures et des mécènes qui soient intéressés par ces sujets-là. On a eu beaucoup d'alchimistes qui venaient, qui se baladaient de château en château. Les souverains en question étaient d'autant plus enclins à favoriser ces recherches qu'ils y voyaient un intérêt, puisque si jamais on pouvait obtenir de l'or et de l'argent à volonté, ça faisait bien leur affaire. Vous avez, par exemple, un roi comme Philippe le Bel qui avait, qui avait carrément à son service une équipe d'alchimistes. Tout le monde y trouve son compte.

De cette façon, les recherches avançaient pour le meilleur et pour le pire. On avait de cette façon-là une circulation des informations, même si chacun voulait garder son petit secret. C'était quand même intéressant d'en dire un petit morceau pour le voisin qui, en échange, vous donnait un petit bout de la formule ou de l'expérience qu'il avait faite avec succès. Ou aussi, on échangeait des échecs en disant : "Il ne faut pas faire cette route, il ne faut pas faire ça parce que telle ou telle conséquence." De temps en temps, on arrive à des dégâts physiques, des maisons qui brûlaient à cause de ça.

Mais le véritable danger pour les alchimistes vient d'ailleurs. À cette époque, gare à celui qui en sait trop. Là, on avait les deux versions : la version spontanée, le gars qui passe ou qui a été invité, qui vient et qui fait ça docilement. Et le plus souvent, c'était un peu violent, parce qu'on allait chercher de force tel ou tel dont on avait appris qu'il avait trouvé une formule intéressante. Ils les gardaient donc prisonniers afin qu'ils trouvent la pierre philosophale et qu'ils puissent renflouer leurs caisses qui étaient souvent dans un état désastreux.

Qu'il soit prisonnier ou libre, la situation est autant risquée pour les alchimistes, car les souverains qui les font travailler dans leurs châteaux attendent des résultats concrets. Plusieurs aventuriers se sont risqués sur cette voie. À ce petit jeu, un alchimiste a particulièrement marqué l'histoire de France : le comte de Saint-Germain, un personnage aussi trouble que brillant.

Au XVIIIᵉ siècle, il réussit non seulement à mettre à ses pieds la cour de France à Versailles, mais aussi à se faire prêter par le roi lui-même le château de Chambord. Le personnage est tellement extraordinaire qu'il avait suscité pas mal d'études et en particulier par Napoléon III, qui avait chargé quelqu'un de faire un dossier sur Saint-Germain. Enfin, assez complet, paraît-il. Je dis : "paraît-il", parce que ce dossier en question a brûlé lors de l'incendie des Tuileries en 1871.

Si Napoléon III lui-même a voulu enquêter sur Saint-Germain, c'est que ce personnage haut en couleur aux multiples facettes a toujours été une énigme qui a déchaîné les passions. Voltaire disait de lui : "C'est un homme qui ne meurt point et qui sait tout." L'histoire de cet homme qui se prétendait alchimiste et à qui l'on a prêté des pouvoirs extraordinaires, commence près du château de Versailles en 1758. Dans les salons qu'il fréquente, il se fait remarquer par son apparence et ses qualités hors du commun.

Saint-Germain excelle dans de nombreux arts. Il montre tout de suite qu'il est un être excessivement brillant, parce qu'on le dispose aujourd'hui de peintures qu'il a faites et également de morceaux de musique qu'il a écrits. Et c'était un très bon musicien. En plus, il excellait au violon. C'est quand même une personne qui doit parler à peu près une dizaine de langues. Il dispose d'une aura tout à fait exceptionnelle et il impressionne les personnes qui le rencontrent. Il porte sur lui beaucoup de pierres précieuses. C'est un peu son dada, d'ailleurs, les pierres précieuses : des rubis, des topazes, des saphirs, etc.

Saint-Germain, personnage extrêmement atypique, intrigue aussi par ses manières. Il consommait ce que l'on appelle de l'or potable. Et l'or potable, donc, on parle de l'or alchimique. Et l'or potable, c'est une substance que l'on prend en toute petite quantité, au niveau des gouttes que l'on met dans de l'eau et que l'on consomme, et qui permet de prolonger l'existence.

Qui est Saint-Germain ? Et surtout, que veut-il ? Qu'est-il venu faire à la cour de Louis XV ? La France est la première puissance du monde à l'époque. Toutes les cours d'Europe parlent français. En Angleterre, on parle le français, en Russie, on parle le français. Donc, la France rayonne. Aller en France, c'est être au sommet de la pyramide sociale, voire politique. Allez en France et surtout arpentez les couloirs et les jardins de Versailles. Dans les salons, il pouvait user de son charme pour se faire une place dans cet univers. Dans les jardins, ils pouvaient étudier les messages alchimiques qu'ils contiennent.

Le jardin a été fait dans un but initiatique, ésotérique essentiellement. Toutes les perspectives qui ont été faites dans son jardin renvoient à la lumière, renvoient à l'alchimie. Toute l'architecture des dessins renvoie à l'ésotérisme : triangle, cercle. Tout est entièrement pensé. Tous ces gens-là étaient initiés. Car si le maître d'œuvre ici fut bien André le Nôtre, ils travaillaient sous l'influence de conseillers initiés à l'alchimie, comme Colbert, Lully et Le Brun. Tous ont tenu à laisser des clins d'œil alchimiques au château, dans les jardins, mais aussi dans la Galerie des glaces, par exemple.

Des lieux extraordinaires où Saint-Germain se verrait bien s'épanouir. Cela ne saurait tarder, car le comte brille dans les salons par son éloquence et se fait des amis très puissants. Il va, par l'entremise, en fait, du marquis de Marigny, qui est le frère de la marquise de Pompadour, il va réussir à se rapprocher du roi Louis XV. Donc, il obtient une entrevue avec la marquise de Pompadour. Alors, imaginons. Il arrive à Versailles. C'est la lumière, l'apothéose, c'est ce qu'il voulait. Et il a. Il arrive et il est, bien sûr, face au bâtiment, face à la merveille, face au pouvoir, on va dire, de la terre. Maintenant, à lui d'être à la hauteur de l'événement.

Il rencontre la marquise qui tombe sous le charme. On peut presque parler d'un coup de foudre intellectuel, bien sûr. Ça se passe ici à Versailles. La marquise de Pompadour va très vite parler de Saint-Germain au roi Louis XV. Elle lui décrit un personnage fascinant qui pratiquerait l'alchimie et serait un spécialiste des pierres précieuses. Le roi le fait convoquer sur-le-champ. Il se fait remarquer par le roi en bien, parce que le roi avait un diamant dans une bague à la main, et que ce diamant avait un défaut. C'est dommage, parce que le diamant est énorme aussi, et le comte de Saint-Germain se met en quête, évidemment, de dissoudre cette tache. Un mois après, Saint-Germain reviendra avec ce diamant sans le défaut.

Tour de passe-passe ou fruit d'un véritable savoir-faire alchimique ? Le comte parvient, en tout cas, à séduire le roi Louis XV, dont il devient très proche. L'énorme sympathie, on peut dire amitié presque, va se faire entre les deux hommes, et Saint-Germain sera convié très souvent, mais très souvent, aux petits soupers du roi. Petits soupers du roi qui sont au Grand Trianon. Les petits soupers ont une particularité, c'est que c'est sans étiquette. C'est-à-dire, le tutoiement est de rigueur. Il n'y a plus de "Sire", etc. Il y a "Louis". À partir de ce moment-là, il est vrai que les relations entre Saint-Germain et Louis XV vont être au beau fixe.

Une intimité qui ne va pas plaire à tout le monde. Certaines personnes haut placées commencent à colporter des rumeurs et tentent de salir la réputation de Saint-Germain. Saint-Germain est un intrigant. Certains diront un charlatan. Il agace même. On colporte, bien sûr, beaucoup de choses sur lui. Imposteur ou alchimiste hors pair ? De tous les côtés, des histoires plus ou moins invraisemblables s'ébruite. Comme par exemple, cet échange qu'il aurait eu avec l'ambassadrice, Madame de Cergy.

La première fois où l'on rencontre le comte de Saint-Germain, elle lui dit : "Mais, monsieur, nous nous connaissons. Nous nous sommes déjà rencontrés il y a quelques années." Et le comte de Saint-Germain lui dit : "Oui, effectivement, madame, nous nous sommes déjà rencontrés à Venise." Mais la dame lui dit : "Ce qui est étonnant, c'est qu'il y a 50 ans de cela, moi, je suis très âgée, mais vous, si ma mémoire est bonne, vous aviez le même visage, vous aviez déjà une cinquantaine d'années."

Il se murmure également qu'il aurait plus de 3000 ans, qu'il aurait connu Jésus-Christ, qu'il saurait fabriquer des diamants et se rendre invisible.

Le comte de Saint-Germain s'amuse de tous ces propos. Il ne va jamais démentir tout ce qu'on peut dire sur lui. Loin de le discréditer, ces rumeurs vont renforcer son aura. On commence à penser que rien n'est impossible pour cet homme. Finalement, il pourrait bien être un véritable alchimiste aux pouvoirs surnaturels.

Fort de cette réputation, se protéger du roi n'en finit pas d'obtenir des privilèges. On sait que c'est Marigny, donc le frère de la marquise de Pompadour, qui va demander au roi et pour le compte du comte de Saint-Germain, si je puis dire, qui va lui demander de bénéficier en fait des appartements de certains appartements du château de Chambord. Le château de Chambord, un des plus prestigieux châteaux de France. C'est la consécration pour le conte qui a de quoi se faire envier. Et évidemment, son arrivée sur les lieux ne va pas passer inaperçue. Les habitants de la région étaient un peu surpris de voir quelqu'un arriver avec cette réputation dans un grand château qui était un des châteaux principaux de la région et surtout avec l'autorisation du roi. Et c'est vrai que cette réputation, à l'époque, on était encore pas loin du temps des sorcières qu'on brûlait vive, peut faire que ce personnage est assez remarqué, assez craint peut-être d'une certaine manière et surtout intriguent énormément la population.

Que trafique cet homme étrange entre les murs du château ? Officiellement, Saint Germain travaillerait sur des travaux de teinture, mais en coulisses, il promet à Louis XV, la plus riche et la plus rare découverte, qu'on ait faite la pierre philosophale. Quand on parle de teinture, on ne parle pas forcément que de teinture de vêtements. Certes, il y a la teinture de vêtements, c'est la partie visible de l'iceberg. Mais derrière, en alchimie, la teinture a un sens. C'est donc pour lui teinture, c'est œuvre alchimique. Le conte de Saint Germain a la réputation de se livrer à des travaux d'alchimiste, de pouvoir changer le plomb en or, de travailler sur le changement de matière des pierres précieuses, en créer de nouvelles. On nous parle aussi de travaux pour une manufacture. Alors est-ce qu'il a voulu lancer à grande échelle les travaux sur les pierres précieuses ? On reste dans un mystère plus ou moins épais.

Ces recherches n'ont jamais eu le temps d'aboutir car très vite, une autre rumeur va courir sur son compte. Saint Germain serait un espion. En 1766, il s'exile et se place sous la protection du roi de Prusse, Frédéric II.

Aujourd'hui encore, les avis sont partagés sur le comte de Saint-Germain. Ses talents d'alchimiste étaient-ils si extraordinaires ? Quelle était sa véritable identité et pourquoi la cachait-il ? Et surtout, était-il vraiment immortel ? Jamais Saint Germain dira "Je suis immortel". Jamais il dira le contraire. Par contre, quand on le questionne sur le Christ. Il racontera comme personne le dernier repas de la Cène. Comme s'il y était. Il est capable de raconter ce qui se passait à l'époque de François Iᵉʳ. Disant que François Iᵉʳ était un homme tout à fait aimable.

Après sa mort en 1784, le mystère du comte Saint-Germain continue de passionner les foules. Les siècles suivants, de nombreux témoins vont rapporter l'avoir vu. Et ce n'est pas tout. D'autres rumeurs vont raviver les doutes quant à son immortalité. Un siècle après la mort officielle du Comte de Saint Germain survenu le 27 février 1784 et après son enterrement à Chapelle Saint-Roch. Un siècle après, on fait rouvrir le tombeau. Et que constate-t-on avec stupeur ? Bien évidemment que le tombeau est vide. Une fois de plus, ces mystères font tout le charme de l'alchimie.

Une de ces autres légendes nous emmène au château du Plessis-Bourré dans le Maine et Loire. C'est Jean Bourré, ministre de Louis XI et alchimiste de renom vers la fin du XVᵉ siècle, qui fait construire le monument sans doute le plus énigmatique des châteaux de la Loire. La légende prétend qu'il renfermerait un trésor alchimique précieux. Pour le visiteur qui s'approche du Plessis et qui pénètre dans le Plessis, il s'en dégage incontestablement une aura qu'on attribue à la présence dans ce château de la pierre philosophale. Une pierre philosophale est-elle vraiment ici ? Chacun est libre de le croire.

Une fois dans le château, il existe un autre trésor, bien visible cette fois. D'immenses peintures sur un plafond, une énigme pensée et commandée par Jean Bourré lui-même. Dans ces fresques, comme pour les caissons de l'Allemand où les gravures de Notre-Dame se dissimulent des indices pour les alchimistes. Dans cette première partie du plafond, les seize premiers caissons sont plutôt composés d'animaux ou de créatures imaginaires, faisant appel beaucoup au bestiaire médiéval classique et en particulier peut-être le plus représentatif, c'est celui de la licorne que l'on a juste ici. C'est certainement l'animal le plus emblématique du Moyen Âge. Les animaux vont désigner des matières, vont désigner des opérations alchimiques. On appelle ça le bestiaire alchimique. Il va y avoir des allégories qui vont désigner les opérations, qui vont désigner le point particulier du grand œuvre, etc. Le grand œuvre, c'est la réalisation de la pierre philosophale en langage alchimique. La licorne symboliserait le mercure quand le lion représenterait le soufre. Les deux chiens, eux, seraient une indication de proportion entre les ingrédients. Le phénix symboliserait la couleur rouge.

Quant aux caissons placés au fond de la salle, il s'agirait de conseils destinés aux apprentis alchimistes. Alors il y en a un qui est assez amusant, qui illustre un homme au dessus d'un puits qui est en train de parler. Et toutes les choses qu'il dit sont symbolisées par des pierres tombant dans un puits. Et là, on constate qu'il y a une pierre qui n'est pas encore arrivée au fond du puits, qu'il y a déjà des gouttes d'eau qui l'éclaboussent. Dans la symbolique, en effet, la dernière chose est à peine dite et à peine prononcée que déjà les conséquences lui retombent dessus. En effet, l'alchimie est une science ésotérique et il fallait être très prudent dans ce que l'on disait, dans ce que l'on divulguait comme information. D'où ce langage justement codé qu'ils ont certainement instauré pour protéger leur savoir et également se protéger eux-mêmes du risque de terminer sur un bûcher comme peut-être certains l'ont fait.

Le Seigneur Jean Bourré comme un peu avant lui. Jacques Coeur aurait-il percé le mystère de la pierre philosophale ? Pour certains passionnés, ces étranges fresques le prouvent. Et à travers ces peintures, le Seigneur aurait voulu transmettre des indices aux générations futures.

Au fil des siècles, la France est devenue un terrain de jeu pour les alchimistes. A travers tous ces symboles, ils cherchent à reconstituer la recette qui les mènera à la pierre philosophale. Parmi ces lieux qui ont fasciné et fascinent encore les adeptes du monde entier, un autre château riche en indices alchimiques, celui de Dampierre sur Boutonne, en Charente-Maritime. Alors ce château est conçu comme un château fort d'abord. Une cour fermée est une cour de tournoi, mais commence en 1550 sous Henri II les huit guerres de religion protestants contre catholiques dans notre région. Donc ce château va être quasiment détruit. Là, les lucarnes ont été ajoutées au 17ᵉ. C'est beaucoup plus, je dirais Louis 14ᵉ que 16ᵉ. Et la galerie, eh bien, elle a été remaniée, bien sûr, avec la tour Nord qu'on a recréé au 18ᵉ pour équilibrer ce château. C'est un petit palais italien. Ce n'est pas un château français, c'est un palais italien. Tout le monde dit que c'est un petit bijou. La reine Margot. Henri IV. François Iᵉʳ. De nombreuses figures royales sont passées dans ce château. Connaissaient-elles les secrets que ces murs renferment ?

Pour le visiteur qui découvre le lieu. La première étape du parcours alchimique se fait en explorant les jardins. Un écrin de verdure, un labyrinthe où les mosaïques et les créations végétales participent au charme mystérieux du lieu. Pour comprendre pourquoi ce château est devenu un haut lieu de l'alchimie, il faut se pencher sur son histoire. Au XVIᵉ siècle, les propriétaires Claude Catherine de Clermont et Albert de Gondi sont friands d'ésotérisme. Pratique obscure, exercice alchimique. Ils font partie d'un cercle d'initiés. Parmi les adeptes de ces sciences ésotériques, Catherine de Médicis et Diane de Poitiers, la maîtresse d'Henri II. La reine comme la maîtresse Diane de Poitiers sont toutes les deux versées d'ésotérisme. Diane de Poitiers, cousine des propriétaires du château tous les matins, absorbe un philtre d'or pour essayer de devenir immortel.

Mais les adeptes de l'alchimie qui promet richesse et éternité, vont bientôt devoir pratiquer leur art en cachette. Gagner l'immortalité. L'Église n'apprécie pas l'idée. Elles ne voient pas d'un bon œil cette pseudo science qui lui fait de l'ombre. François Iᵉʳ poussé par l'Église, fais donc brûler tous les livres au contenu subversif. Alors, pour protéger les secrets des alchimistes et conserver leurs trouvailles, les propriétaires décident de graver leur savoir dans la pierre.

Vous êtes là dans un livre de pierre et chaque caisson est une page. Chaque groupe de neuf caissons, c'est un chapitre et chaque chapitre séparé par les initiales royales d'Henri II avec sa maîtresse Diane. C'est la clé de la connaissance. C'est la clé qui a été réservée aux initiés. Une clé qui, à travers 93 caissons, permettrait à qui peut les déchiffrer d'obtenir la fameuse pierre philosophale. Un rébus géant où chaque dessin possède son sens caché. On va retrouver l'Ouroboros, le serpent qui se mord la queue. Après deux anges souffleurs qui sont sur la montagne. Et puis après on va trouver enfin Lucifer. Lucifer qui est véritablement l'initié primordial, puisque c'était le porte lumière dans le ciel, le préféré de Dieu. Le combat l'a chassé du paradis et c'est lui qui a donné son émeraude aux initiés. Les initiés ont gravé sur cette émeraude les secrets de l'univers qu'il lui a transmis. Évidemment impossible pour le profane de saisir l'ensemble de ces messages codés. D'autant plus que cette recette taillée dans la pierre a été endommagée au fil des siècles. Il faut dire que cette galerie a subi trois sièges pendant les guerres de religion. A la fin de ces guerres de religion, la galerie était totalement désarticulée et la moitié seulement a résisté. Donc on ne peut pas lire le message complet.

Aujourd'hui, le château renferme une autre richesse qui livre un message cette fois bien complet. On l'appelle le Splendor Solis. C'est le livre référence dans le domaine, un ouvrage rarissime attribué aux légendaires Salomon Trismosin, une des pointures de l'alchimie. Les alchimistes prennent ce livre comme référence parce que c'est le plus complet. D'ailleurs, Nicolas Flamel a certainement pris aussi son inspiration là où on voit les différentes cornues qui symbolisent l'évolution de la matière, mais aussi des scènes des scènes paysannes autour des scènes agrestes allemandes d'ailleurs, on reconnaît les Allemands des scènes guerrières. Et ce livre, évidemment, est un livre clé pour tous les alchimistes du monde entier.

Si ce livre est autant apprécié des initiés, c'est qu'il est un des rares à évoquer les valeurs fondamentales de la discipline. A travers ces pages, l'alchimie se dévoile non pas comme une simple quête d'or, mais surtout comme une quête spirituelle. En transformant la matière l'Alchimiste cherche à se transformer lui-même et finalement, c'est un exercice de purification qui représente, qui n'est pas loin du bouddhisme zen.

Il y a eu beaucoup d'alchimistes qui se sont essayés à être des faiseurs d'or et qui ont, je dirais, sont devenus des des charlatans. Ces charlatans avides de pouvoir et de richesses méprisaient la philosophie essentielle à cet art mystique. Ces faux alchimistes, on les appelait les souffleurs, ceux qui agitent le soufflet. Non seulement il y a eu des faussaires, mais des puits de tout un tas de charlatans, mais les vrais figures de l'alchimie, c'est très, très peu de chose par rapport au nombre de faussaires, tellement ils ont été nombreux. Alors une des grandes techniques, c'était dans le creuset de mettre un peu d'or. Et puis de la recouvrir avec une pâte un peu conductrice comme on dirait aujourd'hui de métaux. Et puis en chauffant, bien entendu, ça faisait disparaître la pâte et puis l'or réapparaissait. Donc il y a de l'or. Bon, comme on était parti de l'or au départ, c'était sûr qu'on allait avoir de l'or. Le sort qui leur est réservé, quand c'est prouvé, est effroyable. Ça se passe très mal puisque ils sont pendus ou brûlés, ou ils sont étranglés dans leur cellule en général.

Chaque époque a eu son lot de souffleurs, parfois entraînant des dérives particulièrement sinistres. Pour s'en convaincre, il suffit de se rendre en Vendée, au château de Tiffauges. Une enceinte fortifiée qui a connu les pires affrontements pendant les guerres de religion. Si l'on vient aujourd'hui y admirer des reconstitutions historiques. C'est surtout l'histoire d'un de ses propriétaires qui a marqué à jamais cet endroit. Dans ce château a vécu un personnage illustre et terrifiant de l'histoire de France. Gilles de Rais, un homme qui a choisi d'explorer des voies beaucoup plus sombres en pratiquant une alchimie démoniaque proche de la magie noire. Un personnage qui, au nom de l'alchimie, va devenir le premier serial killer de l'histoire.

Au départ, pourtant, Gilles de Rais était un héros. Gilles de Rais est un personnage très important de la guerre de 100 Ans. Gilles de Rais, c'est le compagnon d'armes de Jeanne d'Arc. Maréchal de France à 25 ans. C'est quand même pas rien. Compagnon de Jeanne d'Arc avec qui il gagne la bataille d'Orléans. Ce personnage est au début un combattant féroce qui a contribué à renforcer la légitimité de Charles VII sur le royaume de France. S'illustra par des faits d'armes absolument extraordinaires, faisant preuve d'un courage absolument à toute épreuve. Et bien sûr, ça, c'est la période évidemment illustre. De Gilles de Rais. Au départ donc, rien ne prédisposait ce guerrier à adopter un comportement obscur.

Seulement voilà, en 1434, Gilles de Rais, le héros de la Guerre de 100 Ans, se retrouve à la retraite. A l'âge de 29 ans, il se retire sur ses terres au château de Tiffauges. Lorsque Gilles de Rais rentre sur son château, sur ses terres de Tiffauges, il est à la tête d'une immense fortune. Et c'est vrai que quand il va rentrer avec l'aide de ses domestiques, il va organiser de nombreux banquets. Donc avec des toutes sortes de mets les plus raffinés dans des vaisselier d'or d'argent. Ils organisent aussi de nombreuses représentations, dont les fameux Mystères d'Orléans en l'honneur de Jeanne d'Arc. Avec plus de 700 comédiens qui vont tous être vêtus de magnifiques costumes. A côté, on sait aussi que les dépenses qu'ils consacrent vont être énormes pour tout ce qui a trait aux livres, notamment à sa bibliothèque. On dit qu'il possède une bibliothèque digne de Crésus tellement les ouvrages qu'il a sont extrêmement cher. Il est très dépensier, extrêmement dépensier. On dirait que c'est un flambeur. Un flambeur qui peu à peu va changer de comportement. Gilles de Rais le Magnifique, va laisser place à un tout autre personnage. Un personnage qui aurait inspiré l'histoire de Barbe-Bleue. C'est vrai qu'au fur et à mesure, Gilles de Rais va dévoiler une face un peu obscure de sa personnalité. Il va commencer à boire et à sombrer de plus en plus dans la débauche. Et bien évidemment, au fur et à mesure de ses nombreuses dépenses, Gilles de Rais. Il va finir par par s'endetter et puis finalement ne plus avoir du tout d'argent. Il n'y aura plus rien.

Comment faire rentrer à nouveau ? Comment remplir à nouveau les caisses de Gilles de Rais ? Et c'est à ce moment-là. Qu'il a l'idée de se tourner vers l'alchimie. Gilles de Rais a besoin d'argent, de beaucoup d'argent. Il va donc tenter de fabriquer de l'or alchimique. Au château de Tiffauges, sur ses terres vendéennes. Dans une pièce à l'abri des regards, il fait aménager un espace entièrement dédié à ses recherches. C'est dans ce donjon surtout qu'il va commencer à s'intéresser à l'alchimie. Il a une vaste bibliothèque dans lesquelles il possède de nombreux grimoires. Il va consulter des ouvrages d'occultisme, des ouvrages de magie noire, de sorcellerie, toutes sortes de parchemins dans lesquels il va puiser. Alors ce donjon, ça va être un véritable laboratoire alchimique puisqu'on va y trouver des athanors. Ce sont des espèces de chaudrons. On va y trouver des cornues, des creusets, tout le matériel finalement, de l'Alchimiste. Et Gilles de Rais va commencer à tenter du moins de transformer du plomb en or pour obtenir des lingots et essayer de rembourser ces fameuses dettes.

Gilles de Rais se plonge avec ferveur dans les livres, s'imprègne des traités d'alchimie. Il expérimente, teste des procédés et travaille sans relâche les métaux. Mais rien n'y fait. Ses recherches piétinent. Alors évidemment, il n'y arrive pas et il va envoyer des émissaires dans toute la France pour trouver des maîtres en arts alchimiques. Et l'un de ses de ses domestiques, c'était un prêtre. Blanchet va trouver en Italie un dénommé Francesco Prelati, qui est un prêtre toscan, et qui lui est passé maître dans l'art de la magie, de la sorcellerie. Par ailleurs, il est extrêmement jeune et séduisant. C'est aussi ce qui va plaire à Gilles de Rais qui va se retrouver manipulé et vraiment influencé par Prelati. Et c'est ensemble dans ce donjon qu'ils vont s'adonner à l'alchimie.

En parallèle, Gilles de Rais tente de reprendre de force certaines de ses terres qu'il a pourtant déjà vendues. Quand Gilles de Rais avait un différend avec quelqu'un qui ne connaissait qu'une seule façon de le régler, c'était la force. A Saint-Étienne de Mer Morte, une ancienne possession. Il va jusqu'à menacer de mort le nouvel administrateur du lieu. En plein milieu d'une cérémonie religieuse. Poursuivre un ennemi pour des affaires privées jusque dans une église, c'est le geste de trop. Ce sacrilège, il va le payer très cher. Le fait que Gilles de Rais soit intervenu en pleine messe et qu'il ait mis la main sur un prêtre a quand même fortement déplu à l'Église qui a monté un dossier contre Gilles de Rais. Ce geste va déclencher une enquête qui va précipiter sa chute car les enquêteurs vont examiner à la loupe les agissements de Gilles de Rais et à force de chercher, il trouve.

Il passerait beaucoup de temps à Machecoul, une demeure aujourd'hui usée par le temps. Située dans l'actuelle Loire-Atlantique, c'est ici qu'il serait né. Dans la région on appelle cet édifice le château de Barbe-Bleue. A l'époque, des rumeurs courent sur le compte de Gilles de Rais. Que s'est-il passé dans ce lieu ? De quelle horreur aurait-il bien pu se rendre coupable au nom de ses recherches alchimiques ? A Tiffauges, Gilles de Rais vit dans des dans une demeure qui est une forteresse qui va plutôt s'apparenter à une forteresse seigneuriale. A Machecoul, vraiment là, c'est un endroit un peu plus secret, préservé, beaucoup plus à l'abri aussi des regards indiscrets. Et Gilles de Rais recherche en fait ce calme et cette discrétion pour pouvoir continuer ses activités. Il a commencé à Tiffauges à sombrer déjà dans une vie de débauche. Et finalement sa réputation commence aussi un peu à être connue. Une réputation assez sulfureuse, et il a besoin de se retirer un peu du monde extérieur pour pouvoir continuer un peu plus secrètement ses activités d'alchimiste. Et c'est vrai que dans cette tour, Gilles de Rais va commencer à faire des rituels un peu secrets, des cérémonies mystérieuses, invoquer les démons et surtout à faire intervenir beaucoup de sang. Du sang. Voilà le terrible secret de Gilles de Rais et Prelati. Les apprentis alchimistes, ça donnerait une alchimie teintée de satanisme.

Dans cette tour, ils vont commettre les pires abominations. Ils vont tous les deux commencer ces fameuses expériences. Le problème, c'est qu'ils vont utiliser certains ouvrages où il est question du sang de petits enfants. Et dans ce livre de recettes, on dit que pour arriver à la pierre philosophale, il faudrait utiliser du sang de petits enfants. Bien sûr, c'est une allégorie. Prelati lui interprète les écrits au pied de la lettre. Les murs de cette tour résonnent encore des cris des enfants sacrifiés. Car pour leurs travaux alchimiques, il va leur falloir du sang pur, du sang d'enfant en grande quantité. Prelati et Blanchet, les deux compères de Gilles de Rais faisaient un peu office de rabatteurs dans la campagne environnante. Ils étaient chargés un petit peu, missionné pour pour aller trouver des enfants dans les environs. Souvent, bien entendu, c'étaient des enfants de paysans et c'était très facile de les ramener ensuite au château en leur faisant croire que Gilles de Rais avait un message. Alors bien entendu, les enfants rentraient dans le château, mais ils n'en ressortaient pas. Au total, plusieurs centaines d'enfants auraient été victimes des expériences effroyables de Gilles de Rais.

Ils invoquent les esprits. Pour invoquer les esprits il a besoin de sang. Donc ils tuent les enfants, ils les égorgent, ils leur coupent les mains et ils recueillent le sang. Et c'est ce sang, en fait, qui va servir un peu de matériau premier pour invoquer les esprits. Et alors on a quelques descriptions de rituels. Tout ce qu'on sait, c'est que Gilles de Rais avait l'habitude, toujours avec son compère Prelati, de tracer des cercles avec des coutelas qui étaient trempés du sang des enfants sacrifiés, et qu'à travers ce cercle ils invoquaient les esprits, les démons, pour pouvoir obtenir de l'argent. Prelati va faire miroiter à Gilles de Rais monts et merveilles, mais n'obtiendra jamais aucun résultat. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que Gilles de Rais va quand même se découvrir une véritable passion pour la souffrance. Donc on considère en tout cas la plupart des psychologues qui ont analysé cette figure ambivalente de Gilles de Rais considère qu'au fond de lui-même, il a des pulsions de mort, de perversité qui vont resurgir à travers la vue du sang. Gilles de Rais le dit lors de son procès "La vue du sang l'excitait" donc, indépendamment des recherches alchimiques qui étaient vraiment son premier objectif, le second état d'esprit dans lequel il va se retrouver toujours sous l'influence de Prelati, c'est cette espèce de soif du sang, du sang pour le sang et pour le plaisir de tuer. Gilles de Rais est considéré comme le premier serial killer de l'histoire, puisqu'on considère. On estime à environ entre 800 et 1000 enfants le nombre d'enfants qui auraient été enlevés dans la campagne environnante et qui auraient été tués par Gilles de Rais.

Le 15 septembre 1440, Gilles de Rais est arrêté et jugé à Nantes. Le procès fait toute la lumière sur les crimes abominables de cet homme. Celui qui a inspiré le personnage légendaire de Barbe-Bleue. Le 26 octobre de cette même année, il finira pendu et brûlé pour ses crimes.

Magie noire. Richesse, vie éternelle. L'Alchimie a suscité tant de passion, tant de convoitise qu'elle en a façonné et marqué l'histoire de notre pays. Alors la prochaine fois que vous passez devant un monument, regardez-y à deux fois. Peut-être livre-t-il encore des secrets alchimiques. Peut-être donne-t-il des indices qui vous guideront vers la Pierre philosophale. Tous ces secrets qui ont traversé les siècles vous attendent encore gravés dans ces lieux qui ont fait l'alchimie en France depuis des siècles et qui le feront sûrement pour longtemps encore.