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La véritable histoire du féminisme

Gaspard G35:48

Transcription

Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme. Je m'excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d'hommes.

On est en novembre 1974 à Paris. Une femme monte à la tribune de l'Assemblée nationale, cheveux bruns soigneusement ramenés en arrière, tailleur bleu impeccable. Elle a été nommée ministre de la Santé il y a à peine 6 mois. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes.

En ce 26 novembre, devant 482 députés hommes et seulement 7 femmes, elle présente un projet de loi qui va devenir historique. "C'est toujours un drame. Cela restera toujours un drame." Ce discours va donner lieu quelques mois plus tard à la loi Veil, une loi actant la dépénalisation de l'avortement.

Après des siècles de lutte pour obtenir le droit à l'éducation, le droit de vote ou encore la liberté de disposer de leur corps, dans de nombreux domaines, les femmes sont encore très loin d'être sur le même pied d'égalité que les hommes. Alors aujourd'hui, les amis, je voulais vous raconter l'incroyable histoire de ces mouvements qui se sont battus pour l'égalité femme-homme. L'histoire de ces militantes qui n'ont reculé devant rien.

Les amis, avant de commencer, cette vidéo existe grâce au soutien de Oli. Oli, c'est une marque de thé glacé et de boissons énergisantes plus saine que les sodas classiques. Leurs boissons sont sans sucre, sans taurine, et tous les arômes et colorants utilisés sont naturels. Aujourd'hui, il y a trois gammes : la gamme "Icy" qui est faite à partir de thé, la gamme "Energy" qui propose une alternative plus saine aux boissons énergétiques sans compromettre le goût ou l'effet de fatigue, et enfin la gamme "Hydratation" pensée pour les plus sportifs, enrichie en minéraux pour permettre une récupération optimale. Perso, mon goût préféré, c'est celui-là : mangue-fruit de la passion. Je précise quand même, c'est important, c'est à consommer avec modération. Pour être en bonne santé, c'est cinq fruits et légumes par jour et une activité physique régulière. En plus de ça, chez Oli, c'est la fin des canettes, puisque c'est vous qui préparez la boisson en mélangeant la poudre dans votre shaker. Il y a beaucoup moins d'emballage que les autres boissons du supermarché, et ça, ça fait plaisir. Si vous voulez tester, je vous conseille les "packs découvertes", c'est une box d'échantillons qui vous permet de tester la majorité des saveurs disponibles avant de trouver votre préféré. Avec ce code "Gaspar5", vous aurez 5€ de réduction sur votre première commande, et comme d'habitude, je vous laisse le lien en description pour que vous puissiez vous-même aller voir.

Petit disclaimer avant de rentrer dans le vif du sujet. J'ai conscience que, bah, je suis un mec qui va faire une vidéo sur l'histoire du féminisme. Et je crois que c'est important qu'en tant qu'homme, qui est suivi par principalement des mecs, je puisse profiter de cette large audience que m'offre ma chaîne YouTube pour sensibiliser sur le sujet. Raconter l'histoire de ces luttes, ça me tient particulièrement à cœur, surtout en cette veille de journée internationale des droits des femmes. Aussi, je prétends pas être un expert. L'objectif de cette vidéo, c'est de vulgariser, de rendre accessible ce très vaste sujet. Je vous recommande aussi la lecture de ce super bouquin, "Ne nous libérez pas, on s'en charge", qui nous a beaucoup aidé dans nos recherches. De toute façon, comme toujours, toutes les sources sont en description. Si vous êtes en désaccord, n'hésitez pas à vous plonger dedans et à ouvrir des débats dans les commentaires. Par ailleurs, cette vidéo aurait pu s'appeler "La véritable histoire des féminismes", tellement il y a de courants. Mais aujourd'hui, je vais me concentrer sur les principaux mouvements avec un tropisme très français. Fin du disclaimer. Bonne vidéo.

On est en 1789. La Révolution française éclate et provoque la chute de la monarchie de Louis XVI et la suppression des privilèges de l'Église et de la noblesse. Et un des concepts phares de l'époque, c'est l'égalité entre les citoyens. En gros, tous les citoyens doivent être soumis aux mêmes règles et aux mêmes principes. Enfin, quand je dis "tous les citoyens", à cette époque-là, je parle des hommes, des mecs.

La Révolution donne naissance à la célèbre Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, avec son premier article : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit." Pour l'époque, c'est une énorme avancée. Mais les femmes, elles, sont complètement exclues de ce texte. Elles n'ont pas de droits civiques, donc concrètement, bah, elles peuvent pas voter, et elles sont limitées au domaine du privé. En gros, s'occuper de la maison et des enfants, tandis que le domaine public, le travail, la politique, les débats, lui, est réservé aux hommes. Bon, maintenant, ça, c'est surtout valable pour les nobles et les bourgeoises, parce que les femmes des classes populaires, elles sont quand même souvent obligées de travailler pour aider leur mari, mais ce travail n'est pas officiellement reconnu.

Alors forcément, ces déséquilibres, bah, ils créent pas mal de tensions. Les femmes ont participé à renverser le régime de Louis XVI, alors pourquoi est-ce qu'elles pourraient pas profiter, elles aussi, des victoires de la Révolution ? Une femme en particulier va profiter de ce vent de liberté qui souffle sur le pays pour transformer la Déclaration des Droits de l'Homme en un véritable manifeste pour l'égalité des sexes. Cette femme, c'est Olympe de Gouges, de son vrai nom Marie Gouze. À l'époque, elle a 43 ans, elle a appris à lire toute seule, et elle commence à se faire connaître en participant à des débats sur la lutte contre l'esclavagisme, le droit au divorce ou encore la maternité. Tout ça, alors même que les femmes à l'époque ne sont pas reconnues comme citoyennes qui peuvent participer au débat public.

En 1791, Olympe de Gouges publie la "Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne". Le texte dénonce l'exclusion des femmes des sphères politique et sociale et revendique le droit à l'égalité devant la loi, à la représentation politique ou encore à la propriété. Le premier article commence avec cette phrase : "La femme n'est libre et demeure égale à l'homme en droit." Ça peut paraître banal aujourd'hui, mais à l'époque, cette petite phrase, elle remet en question tout un système. Malheureusement, cette déclaration, elle sera pas vraiment prise au sérieux, voire même complètement ignorée. Mais elle va quand même permettre à un petit miracle de se réaliser : en 1792, l'Assemblée nationale adopte une loi autorisant le divorce, qui était jusque-là illégal. Olympe de Gouges avait d'ailleurs milité pour le divorce en écrivant une pièce de théâtre sur le sujet qui s'appelle "La nécessité du divorce".

Bon, vous l'aurez compris, cette femme, c'est pas n'importe qui. Dans les années qui suivent, elle commence à critiquer les excès de la Révolution et notamment les violences du régime mis en place par un certain Robespierre, un régime marqué par une forte répression de ceux qu'il appelait les "ennemis de la révolution". Ces critiques répétées vaudront à Olympe de Gouges d'être arrêtée à cause de ses écrits, puis guillotinée en novembre 1793. Et la preuve que son engagement dérangeait : le lendemain de sa mort, la "Feuille du Salut Public", un journal révolutionnaire, va publier ça : "Olympe de Gouges, née avec une imagination exaltée, prit son délire pour une inspiration de la nature ; elle voulut être un homme d'État. Il semble que la loi a puni cette conspiratrice d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe." Olympe de Gouges est donc guillotinée, mais ses idées ne meurent pas pour autant.

L'idéal d'égalité qui était au cœur de la Révolution française se propage à travers toute l'Europe. Et de l'autre côté de la Manche, une autre plume s'élève, celle de Mary Wollstonecraft, une Londonienne qui est aussi l'une des mères fondatrices du féminisme. En 1792, elle publie un ouvrage majeur, "A Vindication of the Rights of Woman", en français "La Défense des droits des femmes". Dans ce pamphlet, elle dénonce la soumission des femmes à des rôles domestiques et revendique leur droit à une éducation égale à celle des hommes. Selon Wollstonecraft, l'instruction, c'est la clé pour que les femmes deviennent des citoyennes autonomes et responsables. Elle se contente pas de théoriser, elle met aussi tout ça en pratique dans sa vie personnelle. Elle refuse par exemple le mariage pendant longtemps, elle mène une vie indépendante. Ce mode de vie sera d'ailleurs souvent objet de critique à l'époque, parce qu'il correspond pas du tout aux normes.

Bon, j'avance un peu dans le temps. On est en 1848 à Paris, presque 60 ans après qu'on ait guillotiné Louis XVI, place de la Concorde. Et une autre révolution va naître : un nouveau régime républicain à la devise optimiste : Liberté, Égalité, Fraternité. De quoi redonner aux femmes l'espoir de gagner davantage de droits. En 1848, les féministes soutiennent sans faille la République et son gouvernement provisoire, en espérant qu'il entendra leurs revendications. Mais malgré cette nouvelle dynamique, la révolution de 1848-1849 sera encore une fois un échec pour les droits des femmes. Le pouvoir en place n'accède pas à leurs revendications, et encore moins à leur revendication suprême, qui à l'époque, est le droit de vote. Mais les féministes ne se savent pas vaincues et ne vont pas hésiter à employer des méthodes beaucoup plus radicales pour parvenir à leurs fins.

Avec la fin du 19e siècle arrive ce qu'on appelle la première vague du féminisme. En fait, beaucoup d'historiens, d'historiennes, de chercheurs, de chercheuses parlent de trois, voire quatre vagues du féminisme. Et à chaque fois, les femmes conquièrent de nouveaux droits. Évidemment, ça veut pas dire qu'entre ces vagues, il s'est rien passé, mais si on utilise cette découpe par vague, c'est parce qu'elle marque de grandes avancées et de nouvelles dynamiques dans le féminisme. Dans les pas d'Olympe de Gouges et de Mary Wollstonecraft, la première vague du féminisme lutte principalement pour les droits civiques et politiques des femmes, et notamment pour un droit : celui de voter. Plus largement, le mouvement veut inscrire l'égalité des sexes dans la loi. En gros, que les femmes aient, comme les hommes, le droit de travailler, de posséder des biens, de l'argent, et cetera. En gros, ce qui compte à l'époque, c'est de changer la loi.

Et parmi les militantes qui se battent pour le droit de vote des femmes à l'époque, il y a Hubertine Auclert. Après s'être retrouvée orpheline à 13 ans, elle choisit rapidement la voie de l'engagement politique. C'est d'ailleurs la première à revendiquer ce terme de "féministe", parce que oui, à l'époque, être féministe, c'est pas foufou. "Ceux qui utilisent le terme disent : 'Cela nous permettra de répondre aux féministes que ce qu'ils disent là n'a aucun sens. La preuve qu'elle n'est pas aussi forte que l'homme, c'est qu'elle se plaint toujours de ce que l'homme est plus fort qu'elle. Un des premiers usages que le masculin a fait de sa force a été d'enfermer et de subordonner le plus possible le féminin dont il a besoin, dans de certains cas, s'étant aperçu qu'il lui coûte cher à lui, le masculin, quand ce féminin est en liberté.'"

En 1876, Hubertine Auclert rejoint le journal "Le Droit des Femmes" qui milite pour l'égalité civique et politique. Elle se bat de manière générale pour les droits civiques des femmes : le droit au divorce, le droit à l'éducation. Alors oui, vous vous souvenez peut-être que le droit au divorce avait été adopté en 1792, mais entre-temps, il a de nouveau été supprimé en 1816. Hubertine Auclert comprend aussi l'importance de l'éducation. Elle écrit des articles pour encourager les femmes à s'instruire, en expliquant que l'émancipation intellectuelle, la liberté de penser, est le premier pas vers les libertés. "Nous proclamons, comme vous, citoyens, le principe de l'égalité humaine. Nous entendons par là non seulement l'égalité de tous les hommes entre eux, mais encore l'égalité des hommes et des femmes. Nous voulons pour elles comme pour vous l'instruction intégrale, les mêmes facilités de développement physique, moral, intellectuel, professionnel."

Et pour se faire remarquer, Hubertine Auclert n'a pas peur des coups d'éclat. Par exemple, elle refuse de payer ses impôts parce que, bah, elle a pas le droit de vote. "Je n'admets pas cette exclusion en masse des femmes qui n'ont été privées de leurs droits civiques par aucun jugement. En conséquence, je laisse aux hommes qui s'arrogent le privilège de gouverner, d'ordonner, de s'attribuer les budgets, le privilège de payer les impôts qu'ils votent et répartissent à leur gré." En 1885, elle organise la première manifestation purement féministe place de la Bastille à Paris. Et régulièrement, quand Hubertine Auclert a un peu de temps, elle se rend dans les cérémonies de mariage d'inconnus pour tenter d'interrompre leur mariage.

Bon, mais tout ça, elle le fait surtout pour militer contre le Code civil, qui est un ensemble de lois qui a été adopté en 1804 par Napoléon Bonaparte. Parce qu'en fait, c'est ce Code civil qui rassemble toutes les inégalités. Regardez par exemple ici, article 213 : "Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari." Autrement dit, après avoir été dépendante de son père, la femme dépend maintenant de son mari. Les femmes restent ainsi d'éternels mineures. Le Code civil leur interdit d'aller au lycée, de travailler ou même de voyager sans autorisation. Les seules femmes majeures sont les célibataires, les divorcées ou les veuves, mais ça reste très, très, très rare. Et même elles ont des droits limités.

Mais ces interdictions, certaines femmes ne vont pas hésiter à les briser. En 1902, une femme va créer un petit scandale. Elle souhaite passer un concours pour devenir psychiatre. Cette femme, c'est Madeleine Pelletier. Elle vient d'une famille pauvre, avec des parents maréchaux. Elle s'est éduquée seule et a passé le bac en candidate libre, dans l'espoir de devenir médecin. Et donc, en 1902, c'est la première femme à s'inscrire au concours pour devenir psychiatre. Mais problème : pour passer le concours, il faut disposer de droits politiques, c'est-à-dire pouvoir voter, ce à quoi elle n'a pas le droit puisque c'est une femme. Grâce au soutien du journal féministe "La Fronde" et de quelques membres du jury, elle finira par réussir à passer le concours et deviendra plus tard médecin généraliste.

Côté politique, Madeleine Pelletier s'engage avec les socialistes et remet en question les normes imposées aux femmes en s'habillant comme un homme et en se coupant les cheveux pour se mettre au niveau de l'homme. Pelletier considère que toutes les autres féministes de l'époque sont trop lentes et pas assez radicales dans leurs modes d'action, toutes sauf une qui trouve grâce à ses yeux : une certaine Hubertine Auclert. Les deux femmes deviennent amies, et c'est avec elle que Madeleine Pelletier va continuer le combat de manière plus radicale.

Au début des années 1900, les deux Françaises suivent avec beaucoup d'attention ce qui se passe de l'autre côté de la Manche avec les suffragettes britanniques. C'est un mouvement qui est créé en 1903 au Royaume-Uni par la militante et écrivaine Emmeline Pankhurst, et qui essaie de se faire entendre grâce à la provocation et des actes forts. Elles vont jusqu'à interrompre des meetings politiques, se faire incarcérer, brûler des bâtiments, organiser des grèves de la faim dans les prisons. Et en voyant ce mouvement depuis la France, Hubertine Auclert et Madeleine Pelletier décident de s'en inspirer. Elles passent alors à l'action.

Aux élections municipales de 1908, accompagnées de 50 militantes, elles partent à l'assaut des bureaux de vote, renversent une urne, brisent une fenêtre. Tant pis si elles sont arrêtées, au moins elles seront entendues. C'est comme ça que 2 ans plus tard, Madeleine Pelletier convainc les socialistes de présenter des femmes aux élections municipales de 1910, alors qu'à l'époque, c'est complètement illégal. Même si aucune d'entre elles ne va être élue, les femmes remporteront quand même des voix lors de cette élection. À ce moment-là, Madeleine Pelletier en est certaine : le droit de vote, c'est pour maintenant. Sauf que... une guerre va en décider autrement.

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate et la cause des femmes s'efface au profit de ce qu'on va appeler la "cause nationale". 3,5 millions d'hommes sont envoyés au front, et les femmes doivent les remplacer au pied levé. L'heure n'est plus au militantisme, mais à l'effort de guerre. Elles sont plus de 450 000 à travailler dans des usines pour fabriquer des munitions. Elles bossent dur, mais elles ne votent toujours pas. D'ailleurs, à cette époque, le gouvernement encourage aussi les femmes à faire des enfants pour être sûr que les Français se reproduisent. Et donc, après la guerre, les femmes sont gentiment invitées à rentrer chez elles et à retrouver leur place au sein du domicile familial.

Tout ça, pendant que les femmes françaises voient leurs homologues britanniques remporter une petite victoire. Dès 1918, les femmes en Grande-Bretagne ont désormais le droit de vote. Bon, mais je dis "petite victoire" parce qu'elles n'ont le droit de vote qu'à 30 ans, alors que les hommes britanniques, eux, l'ont dès 21 ans. En tout cas, en France, les féministes voient ça comme un énorme feu vert. Après l'effort qu'elles ont fait pendant la guerre, comment on pourrait refuser aux femmes le droit de vote ? C'est comme ça que le 20 mai 1919, la Chambre des députés, l'équivalent de notre Assemblée nationale aujourd'hui, vote en faveur du droit de vote des femmes. Sauf que la loi doit aussi être votée par le Sénat. Et là, les sénateurs, ils vont la laisser traîner jusqu'en 1922 pour au final refuser ce droit de vote.

Les années passent et les députés retentent leur chance, mais rien n'y fait. Le Sénat dit non, non et encore non. À ce moment-là, en Europe, la crise économique se fait sentir un peu partout. L'antisémitisme, la haine des Juifs donc, et l'extrême droite montent dangereusement et portent notamment Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933. Bref, les planètes semblent pas particulièrement alignées. Mais en 1936, en France, un événement vient changer considérablement la donne : le Front Populaire, une union de la gauche emmenée par le député socialiste Léon Blum, remporte les élections. Et une fois au gouvernement, Blum nomme ainsi trois femmes secrétaires d'État. La même année, la Chambre des députés adopte pour la 6e fois la loi pour le droit de vote des femmes. Mais encore une fois, le Sénat fait le sourd et n'inscrit même pas le texte à l'ordre du jour.

Pour ne rien arranger, en 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. Le régime de Vichy collabore avec l'Allemagne nazie, organise la déportation des Juifs et supprime les libertés fondamentales des Français. Les femmes perdent aussi plusieurs de leurs droits. Elles ne peuvent quasiment plus travailler, elles sont vues seulement comme des mères qui doivent assurer leur descendance et sont placées sous contrôle de leur mari. Ce n'est qu'à la fin de la guerre, après plus d'un siècle et demi de lutte, qu'est adoptée le 21 avril 1944 l'ordonnance donnant aux femmes le droit de vote. C'est une immense victoire. 2 ans plus tard, le 27 octobre 1946, l'égalité entre les femmes et les hommes est même inscrite dans le préambule de la Constitution française : "La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme."

Ça y est, aux yeux de la loi et même de la Constitution, les femmes sont égales aux hommes. Mais elles vont vite se rendre compte que la loi ne fait pas tout et que l'égalité est encore très loin d'être acquise.

On est en 1945. La Seconde Guerre mondiale vient de s'achever et la France observe une explosion des naissances, c'est le fameux baby-boom. Avec lui, réapparaît une figure que les féministes auraient préféré oublier : la ménagère. Et la télé est au rendez-vous pour en faire la pub. "Regardez un peu ce dégraissant, et les tâches s'en vont ! Allez mesdames, vous savez ce qu'il vous reste à faire !"

Au travail ! En plus des médias, l'État participe aussi fortement à encourager cette idée de femme domestique. Les aides versées par l'État aux familles qui ont des enfants à charge augmentent, et les congés maternités aussi. Bref, beaucoup de choses sont faites pour que les femmes restent à la maison et soient cantonnées à leur rôle de mère. La sexualité est taboue. Les femmes n'ont toujours pas le droit de disposer de leur corps. L'avortement est encore interdit. Tout ça, alors qu'il y a environ 120 000 avortements clandestins par an, dont certains pratiqués par Madeleine Pelletier, dont je vous parlais tout à l'heure. Bien qu'elles aient obtenu le droit de vote, la réalité des femmes est encore très loin à cette époque de ce qu'imaginent les premières féministes. Et en fait, c'est assez récurrent dans l'histoire des luttes sociales : entre chaque grande avancée, il y a un retour de bâton.

C'est dans ce contexte que paraît en 1949 un livre intitulé "Le Deuxième Sexe". Il a été écrit par Simone de Beauvoir, une intellectuelle et prof de philo, qui présente l'idée suivante : la féminité n'est pas une essence biologique, mais une construction sociale. Alors, c'est pas forcément évident dit comme ça, mais ce que dit Beauvoir en gros, c'est que les femmes ne sont pas femmes à leur naissance. Au contraire, c'est la société qui les détermine comme ça et leur donne un rôle inférieur. Tout ça, elle le résume en huit mots devenus célèbres : "On ne naît pas femme, on le devient."

Bon, à la sortie de ce bouquin, tout le monde passe un peu à côté et il est pas vraiment lu. C'est plus de 10 ans plus tard, dans les années 60, qu'il va revenir sur le devant de la scène avec la deuxième vague du féminisme. Les féministes de cette vague revendiquent une rupture avec leurs aînées. Si au début du 20e siècle, les féministes voulaient avoir les mêmes droits civiques que les hommes, à partir des années 60, elles revendiquent le droit à disposer de leur corps. Elles veulent mettre fin aux stéréotypes de genre, l'idée qu'une femme doit forcément faire la cuisine ou qu'un homme doit forcément savoir bricoler. Et elles veulent obtenir l'égalité professionnelle. "On empêche la femme d'être politisée si on l'empêche de travailler, parce que la vraie politique, c'est pas le bulletin de vote, qui le bulletin de vote qui sert au contraire à maintenir la dépolitisation, parce qu'on votera pour, mettons, le pouvoir personnel, c'est la participation à des syndicats, à des groupes de pression, c'est par le travail, seulement par la vie économique qu'un individu peut s'intégrer à la vie sociale."

Simone de Beauvoir milite aussi beaucoup pour le droit à l'avortement et la contraception. Et d'ailleurs, la manière dont elle-même, Simone de Beauvoir, mène sa vie personnelle, ça correspond pas du tout au mode de vie de l'époque. Elle refuse le mariage, la maternité, et préfère entretenir une relation libre avec Jean-Paul Sartre, un autre philosophe, tout en ayant aussi des relations avec des femmes. Ses détracteurs lui reprochent d'avoir raté sa vie, d'être une femme mutilée. Mais elle s'en fout un peu. "Si vous avez souhaité quelque chose et que vous ne l'avez pas, mais si vous ne le souhaitez pas que vous ne l'avez pas, il n'y a pas de mutilation, parce qu'un manque n'est jamais un manque en soi. Il n'y a de manque que lorsqu'il y a un désir. Il n'y a souviens, j'ai pas eu un désir d'enfant, ne pas avoir d'enfants, ce n'est pas une mutilation."

Et en fait, c'est là la grosse différence avec la première vague du féminisme : on passe d'une bataille pour les droits civiques, donc des droits publics, à une bataille pour des droits qui concernent la vie privée. Cette vie privée, elle n'est pour le moment pas régie par la loi. On considère que ça regarde la famille, mais dans la famille, à cette époque-là, c'est souvent l'homme qui prend les décisions. Et quand on en vient à des combats comme l'accès à la contraception ou à l'avortement, bah, ça bloque, parce que pour une femme, pouvoir contrôler si elle veut un enfant ou pas, quand est-ce qu'elle en veut un, bah, c'est essentiel pour son intégration au monde du travail. Et puis, à l'époque, de nombreuses femmes meurent ou sont gravement blessées lors d'avortements clandestins.

Alors bon, il y a quand même des progrès. En 1967, la contraception est autorisée. "Oui, les Français veulent pouvoir choisir. La régulation des naissances qui permet de choisir le moment où l'on veut avoir ses enfants a fait son entrée en France par la loi de décembre 1967." Bon, mais il faut une ordonnance du médecin, il y a la pression sociale. Donc, entre la loi et la réalité, il y a comme un gouffre.

Le 5 avril 1971, le magazine "Le Nouvel Observateur" publie une pétition avec ce titre : "La liste des 343 Françaises qui ont le courage de signer le manifeste : Je me suis fait avorter." Le texte appelle à la légalisation de l'avortement en mettant en avant les risques de l'avortement clandestin. Il est rédigé par Simone de Beauvoir et signé par 343 femmes. On l'appellera d'ailleurs le "Manifeste des 343". Et on retrouve dans la liste des signataires Simone de Beauvoir, bien sûr, mais aussi l'actrice Catherine Deneuve, l'écrivaine Marguerite Duras ou encore la cinéaste Agnès Varda.

Le 20 novembre de la même année, une grande manif féministe est organisée par le Mouvement de Libération des Femmes (MLF), fondé un an plus tôt. Plus de 2000 femmes défilent dans les rues pour le droit à la contraception libre et gratuite et pour l'avortement, bref, pour la libération de leur corps. C'est la première grande manifestation féministe qui se tient à Paris depuis 1936. Environ 2000 femmes, souvent jeunes, quelquefois plus âgées, défilent de la République à la Nation, à l'appel du MLF, le Mouvement de Libération de la Femme.

L'année suivante, on est en 1972, un procès a lieu au tribunal de Bobigny. Une jeune fille de 17 ans, Marie-Claire Chevalier, est jugée pour un avortement clandestin. Son avocate, une certaine Gisèle Halimi, réussira à l'innocenter en montrant l'injustice de la loi qui interdit l'avortement. "Il est certain que ce jugement est à l'image même du désarroi des juges devant cette loi sur l'avortement. Je l'ai lu dans les attendus, parce que Marie-Claire a déposé et a dit dans quelles conditions tout s'était passé pour elle et dans quelles conditions elle avait décidé son avortement. Les magistrats ont semblé ne pas l'avoir entendu." Le procès est extrêmement médiatisé et il deviendra historique.

C'est comme ça qu'en 1973, un premier projet de réforme de la loi sur l'avortement est présenté à l'Assemblée nationale, mais malheureusement, le projet échoue. Il est réétudié en 1974, sauf qu'en avril, le président de la République, Georges Pompidou, meurt, ce qui met fin aux discussions des parlementaires. Il faut alors organiser des élections en vitesse et c'est Valéry Giscard d'Estaing qui est élu président de la République. "J'adresse mon salut très cordial à mon concurrent, Monsieur Giscard." Il veut innover, il veut du renouveau dans les rangs de ses ministères et il décide alors de nommer Simone Veil ministre de la Santé.

Bon, je vais pas rentrer dans le détail parce que j'ai déjà raconté son histoire sur cette chaîne, mais ce qu'il faut retenir, c'est que Simone Veil, c'est une survivante de la Shoah, un terme qui désigne la persécution et l'extermination de près de 6 millions de Juifs par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, et qu'elle s'apprête à jouer un rôle clé dans la libération du corps des femmes. À peine nommée ministre de la Santé, Simone Veil veut montrer qu'elle est une femme d'action. Elle commence à lancer des négociations avec tous les partis politiques pour mettre en place la gratuité des contraceptifs pour les mineurs et elle reçoit comme ça, dans son ministère, plusieurs représentants de féministes, dont Gisèle Halimi. Bien que par honnêteté intellectuelle, je me dois de vous dire que Simone Veil refuse le nom de féministe. En fait, Veil associe ça aux mouvements les plus radicaux qui, pour elle, opposent trop violemment les femmes aux hommes.

En novembre 1974, tout juste 6 mois après sa nomination, elle présente devant l'Assemblée nationale un projet de loi visant à dépénaliser l'avortement, le tout dans un contexte où l'avortement est encore hyper polémique en France. "Écoutez, on doit pas tuer quelqu'un et c'est tout. On ne tue pas. Quand c'est fait, c'est fait. Vous pensez que c'est un crime d'avorter ? Oui, exactement. Si ça vous arrivait à vous, qu'est-ce que vous feriez ? Je le garderais. Je prends les risques, après tout, c'est un enfant. Ouai, ils l'ont eu, ils sont contentes de l'avoir, ils ont pris du plaisir en l'ayant. Pour moi, c'est honteux, celles qui veulent se faire avorter."

À l'époque, Simone Veil doit faire des concessions pour obtenir un certain soutien au texte. C'est bien la femme qui aura le droit de décider de recourir à l'IVG pour interruption volontaire de grossesse, mais elle doit être en situation de détresse et avoir plusieurs entretiens préalables avec des médecins. Et à l'époque, l'IVG n'est pas remboursé par la Sécurité sociale. Malgré les compromis, les débats sont houleux, d'autant plus que c'est une femme qui porte le projet de loi. Et il faut se rendre compte qu'en 1974, il y a que 7 femmes députées à l'Assemblée nationale sur 490 membres, et 8 femmes au Sénat sur 283 sénateurs.

"Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme. Je m'excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d'hommes. Aucune femme ne recours de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes." "C'est toujours un [Applaudissements] [Musique] [Applaudissements] [Musique] drame. C'est toujours un drame. Cela restera toujours un drame."

Ce discours, il est iconique, et le vote qui s'ensuit, encore plus. Le 20 décembre 1974, l'Assemblée nationale adopte la loi avec 277 voix pour et 192 voix contre. La loi Veil est ainsi promulguée le 17 janvier 1975 et permet à des dizaines de milliers de femmes d'éviter des grossesses non désirées. Au même moment, en décembre 1974 pour être précis, une autre loi est adoptée, toujours grâce à Simone Veil, qui met en place la gratuité des contraceptifs pour les mineurs. Et 7 ans plus tard, en 1982, l'IVG devient remboursé par la Sécurité sociale, permettant à toutes les femmes, peu importe leurs moyens financiers ou leur classe sociale, de disposer de leur corps.

Les féministes, à la fin de cette deuxième vague, ont réussi à obtenir des avancées majeures, et pas seulement sur l'IVG et la contraception. Elles ont aussi réussi à gagner l'égalité de rémunération entre les hommes et les femmes, instauré par une loi en 1972. Cette loi oblige les employeurs à garantir une rémunération identique pour des postes similaires, sans distinction de sexe. Alors bien sûr, il y a encore une grande différence avec la réalité, mais il y a un vrai espoir d'atteindre l'égalité avec les hommes. Et l'espoir grandit d'autant plus que, en 1981, François Mitterrand est élu président de la République française. C'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'un homme politique de gauche accède à l'Élysée. Mitterrand crée alors un ministère des Droits de la Femme, ce qui va en quelque sorte institutionnaliser la cause. Mais vous allez voir, le combat pour l'égalité va s'annoncer bien plus compliqué que prévu.

On est au début des années 90. Et grâce au combat des féministes, les femmes ont maintenant aussi bien des droits civiques que des droits relatifs à leur vie privée. Mais le combat contre le système, pour les féministes, n'est lui pas terminé. Et je parle de système, parce que les femmes, en réalité, continuent de subir des inégalités, des discriminations. Par exemple, il y a une loi sur l'égalité de rémunération qui est passée, mais dans les faits, les femmes occupent encore toujours des jobs moins payés et plus de jobs à temps partiel que les hommes. En plus de ça, ce sont elles qui s'occupent majoritairement des tâches domestiques, et statistiquement, elles subissent davantage de violences de la part des hommes. Et toutes ces inégalités paraissent justifiées par ce qu'on va appeler des stéréotypes de genre. En gros, les différences entre les hommes et les femmes seraient souvent considérées comme innées. Par exemple, les femmes seraient plus attirées par l'éducation de leurs enfants ou la cuisine, où elles auraient moins de capacités à être des dirigeantes. Et c'est vraiment compliqué de combattre ces inégalités quand elles semblent à ce point-là ancrées chez une grande partie de la population.

On parle de stéréotypes de genre et pas de sexe à ce moment-là, parce que il y a une différence entre les deux qui commence à émerger chez certains intellectuels. Ce qui met en avant, c'est que le sexe fait référence aux différences biologiques qui existent entre l'homme et la femme. Pas besoin de vous faire un dessin, je pense. Alors que le genre, lui, est décrit comme celui qui désigne les rôles, les comportements et les identités sociales construits culturellement, donc imposés par les autres, par la société. Et il y a une femme en particulier qui va remettre en question la construction du genre, c'est la philosophe américaine Judith Butler. En 1990, elle publie "Gender Trouble" (Trouble dans le genre), dans lequel elle dit que le genre ne serait pas quelque chose de biologique, pas quelque chose d'anatomique, contrairement au sexe, mais plutôt une construction sociale, un truc créé par la société. Pour Judith Butler, le genre ne serait pas inné, mais serait une performance : la performance du genre pour se conformer à ce qu'on attend d'un homme ou d'une femme. Ce qui fait d'ailleurs profondément écho à cette phrase de Simone de Beauvoir dont on parlait tout à l'heure : "On ne naît pas femme, on le devient."

Judith Butler, elle s'attaque aussi à l'idée qu'une femme qui aime un homme ou un homme qui aime une femme, ce soit la norme par défaut, ce qu'on appelle l'hétérosexualité normative, le fait qu'être hétéro, c'est la norme. Butler est d'ailleurs elle-même lesbienne. Et si elle veut inclure ces idées-là dans le féminisme, c'est parce qu'elles souhaite mieux y intégrer les personnes LGBT, donc les lesbiennes, les gays, les bis et les trans. D'ailleurs, je crois que c'est très important de dire que de nombreux féministes ne se sentent pas représentés par les mouvements précédents. Elles critiquent des approches trop homogènes qui ignorent le fait que chaque femme a son parcours de vie, avec son origine, sa sexualité et sa classe sociale. Par exemple, les féministes se divisent alors dans plein de courants différents les uns des autres. C'est d'ailleurs en partie pour ça que le terme de "troisième vague féministe" est encore débattu en France.

En tout cas, c'est dans ce contexte que certaines féministes se rendent compte que pour l'instant, leur combat a été principalement incarné par et donc pour des femmes blanches et hétérosexuelles. C'est le cas de Kimberlé Crenshaw, une juriste américaine engagée dans la lutte contre la discrimination raciale. Crenshaw, elle se pose la question suivante : comment représenter la situation des femmes noires qui sont elles au croisement de plusieurs discriminations ? "Le féminisme doit inclure une analyse de la race s'il espère exprimer les aspirations des femmes non blanches, ni la politique de libération des Noirs, ni la théorie féministe ne peuvent ignorer les expériences intersectionnelles de ceux que ces mouvements considèrent comme leurs membres respectifs."

À partir de ces réflexions, en 1991, Crenshaw va développer un concept qui va révolutionner leur manière de voir le féminisme. Ce concept, c'est l'intersectionnalité. En gros, ce...

terme. Il désigne la situation de personnes qui vivent plusieurs discriminations en même temps, ce qui produit des discriminations spécifiques à cette communauté. Par exemple, selon elle, les femmes blanches ne prennent pas en compte le racisme dans leurs revendications féministes, et les hommes noirs ne prennent pas en compte la misogynie dans leur lutte antiraciste. Pour elles, ces femmes doivent donc créer leur propre courant pour représenter la réalité de leur oppression.

En fait, cette idée de l'intersectionnalité, elle était déjà avancée par certaines féministes, par exemple Angela Davis, qui critiquait déjà depuis plusieurs années un féminisme blanc et bourgeois. En gros, un féminisme qui négligerait l'expérience des femmes noires, des femmes issues des minorités, des femmes ouvrières. Pour elles, il est même impossible de séparer les luttes contre le patriarcat de celles contre le racisme et le capitalisme. C'est ce que les militants appellent la convergence des luttes.

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Donc, en résumé, cette troisième vague du féminisme, elle voit apparaître plusieurs courants différents qui ont leurs points de rupture, mais aussi des points communs, dont le combat contre les violences sexistes et sexuelles.

On est en mai 2011, et la France s'apprête à vivre un scandale médiatique et politique sans précédent. Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds Monétaire International et favori du Parti socialiste pour l'élection présidentielle de 2012, est accusé de viol par une femme de chambre d'un hôtel à New York, le Sofitel. Ce séisme médiatique mettra fin à ses envies de candidature pour la présidentielle, mais surtout, cette affaire montre à quel point le chemin à parcourir est encore long pour les femmes dans la lutte contre les violences sexuelles. À l'époque, on est encore très loin d'imaginer qu'une autre affaire va faire trembler les États-Unis et entraîner une vague de libération de la parole qui va se répandre dans le monde entier.

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Six ans après l'affaire DSK, on est le 5 octobre 2017, et un séisme médiatique et politique est sur le point de s'abattre sur Hollywood. Après plusieurs semaines d'enquête, le New York Times publie une série de témoignages de femmes qui accusent le producteur américain Harvey Weinstein de harcèlement et d'agression sexuelle. Weinstein se met en retraite de sa société de production dans l'espoir de calmer le scandale, mais quelques jours plus tard, le magazine The New Yorker révèle lui aussi plusieurs agressions sexuelles. Les témoignages se multiplient contre Weinstein, mais aussi contre d'autres célébrités du cinéma, de la télévision, de la mode, en gros, du show-business.

Le 15 octobre 2017, l'actrice américaine Alyssa Milano tweete : "Si vous avez été harcelé ou agressé sexuellement, écrivez-moi aussi. En réponse à ce tweet, si toutes les femmes qui ont été harcelées ou agressées sexuellement écrivaient 'moi aussi', on pourrait peut-être faire comprendre au monde l'ampleur du problème. #MeToo".

"Moi aussi". Alyssa Milano veut montrer que les violences sexistes et sexuelles sont bien plus courantes que l'on ne le pense, ainsi libérer la parole des victimes. D'ailleurs, on le sait peu, mais le hashtag, il existait en fait déjà depuis 2007. Il a été créé par la militante Tarana Burke pour dénoncer les violences sexuelles. Dix ans plus tard, dans les 24 heures qui suivent le tweet d'Alyssa Milano, le hashtag est utilisé 500 000 fois sur Twitter et 12 millions de fois toutes plateformes confondues.

En France, le mouvement de réaction à cette affaire prend une forme similaire avec le hashtag #BalanceTonPorc, lancé sur Twitter par la journaliste Sandra Müller deux jours plus tôt. "#BalanceTonPorc, toi aussi, raconte en donnant le nom et les détails de l'agresseur que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends." Enfin, la différence importante avec #MeToo, c'est que #BalanceTonPorc incite les femmes à témoigner, mais aussi à dénoncer publiquement leur agresseur.

En tout cas, ces mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc sont le symbole de la libération progressive de la parole des femmes, et pas que sur les réseaux sociaux. Des milliers de manifestations sont organisées partout dans le monde pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes. La parole a priori, elle a envie de se libérer, mais encore faut-il oser passer le pas de son histoire.

En France, les cortèges #MeToo ont fait résonner encore plus fort deux rendez-vous annuels récurrents des féministes : la journée contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, et celle du 8 mars qui défend les droits des femmes à l'international. #MeToo inspire de nombreuses femmes de tous les pays, donnant naissance à de nouveaux mouvements, comme celui-là, par exemple.

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Cette manifestation, elle se passe au Chili en 2019, et elle devient le symbole d'un mouvement de contestation féministe. La chanson "Un violador en tu camino" (en français, "Un violeur sur ton chemin") et la performance qui l'accompagne deviennent virales sur les réseaux sociaux. La chanson est par ailleurs reprise en France.

"Ce n'est pas moi, ce n'est pas moi, ce n'est pas moi, c'est toi. C'est toi le violeur, c'est toi."

Ce mouvement #MeToo, contrairement aux autres hashtags, il ne va pas s'arrêter au bout de quelques semaines, mais perdurer au fil des années. Deux ans après son début, à l'automne 2019, l'actrice Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia de l'avoir harcelé et agressé sexuellement de ses 12 à ses 15 ans. Lui, à l'époque, il en avait presque 40. Il a d'ailleurs été condamné à quatre ans de prison, dont deux fermes, en février 2025.

Au même moment, le journal Le Parisien publie les révélations de la photographe Valentine Monnier qui accuse le très célèbre réalisateur Roman Polanski de viol alors qu'elle avait 18 ans. Polanski est à ce moment-là déjà condamné pour rapport sexuel illégal avec une mineure de 13 ans aux États-Unis et visé par un mandat d'arrêt international. Il a fui les États-Unis en 1978, donc depuis plus de 40 ans. Et pourtant, en février 2020, malgré le hashtag #BoycottPolanski et des manifestations organisées devant les cinémas, Roman Polanski est nommé dans 12 catégories à la cérémonie des César pour un film qui, paradoxalement, s'appelle "J'accuse".

Alors, Polanski ne viendra pas à la cérémonie, mais Adèle Haenel, elle, est bien présente. Et au moment où il est annoncé que Polanski remporte le César de la meilleure réalisation, elle se lève et quitte la salle.

"Madame la Présidente d'honneur, Madame Sandrine Kiberlain."

[Applaudissements]

La vidéo devient virale, fait l'objet d'une tribune de l'autrice Virginie Despentes dans Libération, dont le titre "On se lève et on se barre" sera très largement repris. Notamment avec l'arrivée des réseaux sociaux, #MeToo a permis de mettre en lumière des tas d'autres problématiques liées aux violences sexistes et sexuelles. Je pense par exemple à l'apparition du terme de féminicide pour parler des homicides à l'encontre des femmes.

Plus récemment, en 2024, le procès de Gislaine Maxwell, qui a été droguée par son propre mari et violée à son insu pendant plusieurs années par des dizaines d'hommes différents, a choqué le monde entier, à la fois par l'ampleur de l'affaire, mais aussi, peut-être surtout, parce qu'elle a permis de déconstruire le profil type des agresseurs, souvent des "monsieurs tout le monde" très proches de leurs victimes.

Ce qui est certain, c'est que même si aujourd'hui on n'a pas le recul pour mesurer l'ampleur de ce mouvement #MeToo, il a certainement transformé en profondeur notre société. L'histoire du féminisme, c'est l'histoire de combats politiques, de victoires historiques, mais aussi parfois de retours en arrière et de déceptions. C'est l'histoire de femmes qui se sont battues sans relâche pour faire avancer le combat de celles qu'on connaît : Olympe de Gouges, Simone Veil, Adèle Haenel, mais aussi de celles qu'on ne connaît pas : les militantes anonymes, les figures oubliées. C'est l'histoire d'une lutte de persévérance, d'union féminine, mais c'est aussi et surtout une histoire qui continue de s'écrire chaque jour pour protéger les droits acquis et faire avancer l'égalité.

Les amis, merci d'avoir regardé cette vidéo. J'espère qu'elle vous a plu. N'oubliez pas de vous abonner à ma chaîne YouTube, c'est encore le meilleur moyen de soutenir mon travail et celui de mon équipe au quotidien. Je vous donne rendez-vous sur Instagram. Et si cette histoire vous a plu, je pense que vous kifferez aussi l'histoire du droit à l'avortement juste ici, qui détaille beaucoup plus ce sujet que j'ai pu aborder dans cette vidéo, ou cette vidéo qui revient intégralement sur la fermeture.

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