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De l'alchimie au magistère - Avec André Douzet

Rosaceae Films30:25

Transcription

Qu'est-ce que l'alchimie ? La première définition qu'on va avoir, c'est de dire : on prend du plomb et on en fait de l'or. Et le rêve démarre. On va s'apercevoir que tout au long de notre histoire, nous avons eu des personnages plus ou moins farfelus, plus ou moins magiques, qui vont prétendre avoir la maîtrise de l'alchimie.

Alors, l'alchimie est connue depuis l'antiquité. Certains prétendent que les Égyptiens avaient atteint une maîtrise parfaite de cet art. Et ainsi, les grandes civilisations orientales et européennes vont s'envoler du mystère de l'alchimie. Les princes se sont intéressés parce que faire de l'or, c'est remplir ses coffres. On n'a qu'à voir le comte ou le marquis de Perac, dans "La Marquise des Anges", qui a la recette du grand œuvre et qui fait des lingots d'or comme nous, on fera des éclairs au chocolat. Bien sûr, c'est du roman. Là, on est dans un très beau romanesque, mais ce roman est tiré de faits qui ont été entendus, qui ont été vus, qui ont été lus, qui sont peut-être avérés. Sans doute. Après, tout est discutable. Donc, tout sera discuté parce qu'il y a, en fin de compte, il y a beaucoup de candidats et il y a très peu d'élus.

On va trouver dans des ouvrages tels que "Le Grand Albert", des livres assez sulfureux et assez presque douteux, parce que la mariée est trop belle. Méthode pour faire de l'or ? Bah oui. Bon, ben si celui qui écrit le livre avait fait de l'or, il aurait, il aurait pas eu à écrire un livre. Il il serait allé se réfugier au fond du pays, assis sur son coffre plein d'or.

J'ai été partiellement élevé par mes grands-parents lorsque j'étais enfant, et j'ai eu la chance, parce que c'est une chance, d'avoir un grand-père qui était maître verrier. Et les pièces du musée qui sont là appartenaient à son atelier, à l'endroit où il travaillait. Et la seule chose qu'il pratiquait, c'était le grand œuvre, le magistère, ce qu'on va appeler d'une façon très populaire et assez réductrice, l'alchimie. Et mon grand-père arrivait à des produits qui, encore aujourd'hui, sont assez étonnants et défient d'assez loin les chimistes.

Et après son repas le soir, il descendait dans la cave qui avait été aménagée, et il me laissait descendre avec lui. Je pouvais regarder. Jamais poser de questions. Il me disait : "Si tu poses une question, tu sors." Et il estimait à quel moment il devait me donner des explications, et la façon dont il les donnait, à l'instant où il les donnait, effectivement, a été choisie et sont bien rentrés dans ma mémoire, et elles y sont toujours.

Il est mort trop tôt. Il n'a pas eu le temps de m'expliquer tous les coups de main, toutes les recettes qu'il pratiquait. Mais il a laissé des produits, et pour le peu que j'ai vu, j'ai pu très modestement aller un petit peu au fourneau, mais je n'aurais jamais lui. C'était sa passion, ça a été toute sa vie. Donc, je ne suis pas capable d'aller aussi loin que lui. Mais avec les produits qu'il m'a laissé, je peux faire des choses très intéressantes.

Mais ensuite, ce qu'on appelle l'alchimie, va se dire divisé immédiatement en deux visions. Alors, on a l'alchimie au fourneau, que j'appelle l'alchimie pratique d'atelier, et l'alchimie philosophique, spirituelle. Alors, mon grand-père me disait : "Oui, on peut nous dire qu'un homme a des pensées aussi lourdes que le plomb, et que grâce à une certaine approche, une certaine philosophie, on va lui donner une vision de la vie qui va être dorée, et il il va passer de l'homme de plomb à l'homme d'or." Et en fin de compte, l'opération alchimique va s'appliquer également à une vision intérieure de celui qui la pratique. Au départ, il est comme du plomb, il est lourd, malléable, sale, et on va en faire un métal imputrescible, toujours aussi lourd, mais lourd par sa densité et sa valeur, et surtout, il va être imputrescible. Il va pouvoir traverser les siècles.

Alors, évidemment, comment va-t-on pouvoir opérer ? Alors, on a quelques livres qui sont des livres de base, mais rien ne vaut l'expérience. Quand on veut travailler au fourneau, on peut s'initier en ces matières tout seul. Et parmi les les alchimistes qui ont laissé le plus de traces, on a par exemple Nicolas Flamel et son épouse. Nicolas Flamel est un des personnages qui s'est intéressé au plus près du grand œuvre, et il a vécu à Paris au Moyen Âge. Et on voit encore aujourd'hui une partie des des bâtiments qui lui appartenaient. C'était quelqu'un qui disposait de gros moyens. C'est un homme qui va entrer dans l'histoire après, nous dit-il, avoir fait un rêve. Dans ce rêve, il voyait un livre avec des pages qui étaient enlevées, des images, beaucoup d'images, et puis c'est fini. Le rêve va s'arrêter là.

Le temps va passer, et Nicolas Flamel va voir arriver un jour dans dans sa boutique. C'est c'est un boutiquier. Il va voir arriver un personnage qui va lui proposer des documents, des livres. Flamel regarde d'abord par curiosité, et non seulement il y a des images qui ont des bases chimiques, philosophiques, symboliques, mais tout à coup, il va reconnaître certaines de ces images qui apparaissaient dans le rêve qu'il avait fait plusieurs années auparavant. Donc, pour lui, c'est un signe prémonitoire. Il va acheter les documents, il va se mettre à travailler plus activement à l'alchimie avec son épouse, et on va voir Flamel devenir riche d'une façon quand même importante. Il va vivre largement. Donc, c'est parfaitement possible qu'il a réussi la transmutation. Après tout, pourquoi pas ? Et si certains disent : "Oui, c'est pas vrai, il a trouvé un trésor", parce qu'on ne fait pas d'or aussi facilement qu'on nous prouve le contraire. Quoi qu'il en soit, pour moi, Flamel est un maître, et et Flamel a accompli certains moments du grand œuvre, mais il va avoir cette prudence de partager et de faire le plus de bien qu'il pourra autour de lui. Peut-être la cause à effet d'accorder une une grande intention assez semblable va peut-être quelque part déclencher le fait que c'est un un homme bon, intelligent, cultivé, qui va pratiquer le grand œuvre, et qu'on va le favoriser. Peut-être tout ça est-il aussi simplement une action conduite par une société, on va dire une société secrète ? Il y a quelques détails quand même qui permettent de penser qu'à un moment ou à un autre, il a été téléguidé. Quoi qu'il en soit, Flamel va avoir réussi le grand œuvre. On pense qu'il est arrivé à la pierre philosophale.

Alors, après, la légende va laisser la porte ouverte pour nous dire : "Oui, mais il est devenu immortel, ou en tout cas, il a pu se prolonger dans le temps dans des dans des proportions qui dépassent l'entendement, c'est-à-dire un siècle, voire plusieurs siècles." Certaines personnes racontent que dans des des réunions où il était question d'alchimie, ce même homme aurait été reconnu. Donc, si Flamel a effectivement réussi la transmutation et réussi à faire une pierre philosophale, et ben pourquoi n'aurait-il pas pu accéder à la panacée universelle, limitée, mais quand même un procédé de ce genre ?

Alors, on sait pas où est la vérité dans tous ces personnages qui ont vu ou pas vu. Et parmi les personnages sensés avoir pratiqué de l'alchimie, on va essayer de toujours entretenir une une atmosphère autour de ces personnages. On a l'homme rouge des Tuileries, qui apparaîtrait et qui disparaîtrait, qui serait immortel. On a le comte de Saint-Germain. On a comme ça une une galerie de personnages, on en aurait des dizaines, voire plus, des centaines, qui vont émailler les siècles, et où on va même douter du nom qu'ils vont présenter comme étant leur état civil. Ils ne voulaient pas en faire trop, parce qu'en faire trop, ils se faisaient repérer, et à ce moment-là, on leur aurait brûlé les pieds pour leur faire dire ce qu'il savait. Donc, que des gens soient arrivés au grand œuvre, pour moi, c'est certain. Mais je pense que ceux qui l'ont fait ont su rester extrêmement discrets.

Après, il faut faire la part des choses, et il faut suivre ceux qui ont écrit sur le sujet. Je pense à des chanceliers, à des personnages. "Le Matin des Magiciens" qui va reprendre des éléments qui sont très intéressants.

Alors, un autre personnage avec une réputation tout aussi étrange, c'est Fulcanelli. C'est un un homme qui vit en France. C'est quelqu'un qui est du du siècle dernier, mais étrangement, on a de grosses difficultés à remonter dans les états civils et les registres de mairie. Donc, c'est un petit peu comme si on voulait mélanger les cartes, troubler le jeu. Et dans l'ensemble des travaux qu'on connaît de lui, on a des livres extraordinaires. "Le Mystère des Cathédrales", c'est c'est un ouvrage qui est connu, qui a été signé sous son nom, mais je je pense que pour notre époque, ça a été un des derniers dans le le genre, réussite d'un grand œuvre, et surtout d'une panacée universelle sur le plan humain, c'est-à-dire qui va lui permettre de ne pas ressentir les problèmes de la vieillesse, ni même les traits, ni la fatigue.

Donc, Fulcanelli, c'était un un chercheur en alchimie qui était connu et qui a disparu. On n'a jamais plus trouvé de trace de lui. Il n'a pas pu disparaître de mort violente, il n'a pas pu où se noyer ou glisser dans un faux. Non, il a disparu comme si lui-même avait effacé sa fin pour pouvoir avoir une suite. Et "Le Mystère des Cathédrales" nous dit que les médaillons qui sont aux porches des cathédrales représentent une partie du grand œuvre expliqué en images, et que la compréhension d'une cathédrale, considérée par exemple la cathédrale comme un creuset, comme un réceptacle, comme un vaisseau de sable. D'ailleurs, le ventre d'une église, c'est la nef. La nef peut être considérée comme un vaisseau. Donc, le fait d'appeler la cathédrale le vaisseau de sable, le vaisseau alchimique, pourquoi pas ? Fulcanelli va nous parler du trésor des cathédrales. Ce n'est pas une montagne de pièces d'or. Le trésor, c'est un savoir, c'est une connaissance qui est écrite aux porches. Mais pour celui qui sait lire ce genre d'images, d'iconographie, on va trouver pratiquement dans beaucoup de cathédrales des porches avec des médaillons. Celui de Saint-Jean est extraordinaire. On en a un exemplaire ici d'un moulage. Il y aurait pratiquement autant de jours en médaillon qu'il y a de jours dans l'année, et il y a effectivement des descriptions où on voit des êtres près d'un d'un fourneau ou près d'un d'un four, où on voit une coupelle à l'intérieur. Donc, c'est vrai que Fulcanelli nous invite à un voyage dans les cathédrales. Là, oui, on peut parler effectivement d'une alchimie spirituelle.

Donc, Fulcanelli a été très productif en textes, et ce qui est intéressant, c'est que on imagine que s'il a écrit lui-même tous ses ouvrages, exécuter les travaux dont il fait mention, il est impossible que Fulcanelli ait eu le temps matériel de réaliser tous ces travaux dans une vie. On va dire une vie moyenne, allez, mettons pour l'époque, 60 ans, plus la jeunesse, c'est difficile. Le nombre de pages, le nombre d'illustrations, et puis les travaux de recherche qui vont conduire à ces ouvrages, c'est une somme de travail continue. Et on estime que s'il avait fallu à cette époque réaliser ce travail, on aurait dû utiliser un ou deux hommes en plus de celui qui va servir de patronyme. Donc, on peut penser qu'on est bel et bien sur cet homme, mais que pour des raisons qui nous échappent, il a eu soit des ressources physiques exceptionnelles, soit la possibilité de d'avoir disposé non pas d'un ou deux hommes supplémentaires, mais d'une ou deux vies supplémentaires.

Bon, Fulcanelli était cet alchimiste que vous avez rencontré lorsque vous aviez 15 ans. C'est de Marseille, et vous dites quelque part que lorsque vous l'avez retrouvé en 1952, il avait 113 ans, et vous ajoutez même : "Il paraissait mon âge." Et à l'époque, vous aviez donc 53 ans, puisque vous êtes né en 1899. Oui. Il est mort ? Non, bien sûr que non. Mais le temps ne compte pas. Il vit dans le présent. L'adepte vit dans le présent. Le présent nous est refusé à nous. Nous n'avons que le passé pour nous et l'espoir, l'espérance, parce que seul le merveilleux est vrai dans cette affaire. Ah, ça, vous avez raison. C'est la vérité même. Il n'y a rien de plus vrai que le merveilleux.

On comprend vite qu'il y a tout de même un langage d'alchimiste. Il faudrait presque, si l'on veut bien conduire, bien se conduire, il faudrait presque faire l'analyse de tous les mots. C'est une initiation. Oui. À force d'effort, l'alchimie est un langage qui se veut secret. On a affaire là à un langage parfaitement codé, structuré, et seulement accessible par les initiés. Le grand œuvre se divulgue à partir de langage codé, chiffré, et puis ça rend opaque cette science, ce qui fait qu'on va décourager ceux qui ne sont là que parce qu'ils ont vu de la lumière et ils sont venus sans autre intérêt ni persévérance.

On va dire également que l'alchimie va disposer d'un langage qu'on appelle le langage des oiseaux, la langue verte. C'est une image qui est symbolique, encore une fois, et qui va nous renvoyer vers quelque chose de volatile, d'aérien. Donc, le langage des oiseaux va être un amplifiant qu'on va retrouver là dans des peut-être dans quelques cathédrales, mais aussi dans des cloîtres, comme par exemple à à Saint-Bertrand de Comminges, où là, on a de très très beaux exemples de l'homme des bois, de l'homme vert. Après, c'est très délicat d'entrer dans ces domaines-là sur quelques minutes.

Et puis, il y a d'autres dimensions qui permettent de faire passer un message. Notamment, prenons Charles Perrault et la description des contes de de Perrault, qui vont se diffuser sur trois étages de compréhension. Après, si on étudie la comptine de "La Souris Verte", c'est quelque chose de beaucoup plus hermétique qu'on ne le pense. C'est qu'une comptine pour enfant sage, pour l'endormir ou pour le le faire jouer à la marelle. Encore que ce serait très intéressant qu'on le fasse jouer à la marelle, qui est un jeu initiatique, s'il en est un.

Alors, la couleur verte méritera qu'on fasse une présentation uniquement sur elle, parce que c'est quelque chose d'extraordinaire. C'est le même son, mais qui veut dire beaucoup d'autres choses. Et puis, on va pouvoir s'exprimer en vert, en vert, et souvent parfois contre tous.

Alors, si on prend les représentations imagées, que ce soit d'ailleurs du grand œuvre ou de beaucoup d'autres choses en symbolique, pourquoi on représente les planètes avec sous la forme de personnages ? Pourquoi on va représenter des couleurs avec des dieux, des choses comme ça ? C'est parce que, on va avoir à une époque où on ne sait, c'est pas tout le monde qui sait lire, c'est pas tout le monde qui sait écrire, mais on sait regarder. Et puis, il y a des des créatures, des des dessins, des couleurs qui sont symboliques. Le serpent est un animal qui peut être dangereux, négatif. Il rampe, il est fourbe. Ce sont des images qui ne sont pas très flatteuses. En échange, si on regarde ce qu'on appelle le caducée, les pharmaciens ou des médecins, c'est deux serpents qui montent sur un bâton. Le bâton qui est l'emblème du maître, et serpent initiateur et initiatique, qui va apporter la connaissance. Donc, en terme de symbolisme du langage alchimique, une vie n'y suffirait pas si on voulait reprendre tout ce qu'on va trouver dans l'imagerie.

Et "Mutus Liber", le livre muet, est un livre extraordinaire où il y a très peu d'écriture. Il n'y a que dans la page d'ouverture où on a des textes. Et si on joue sur les mots, on va jouer également sur les chiffres, et on va retrouver de temps à autre dans des planches des noms de mois qui vont nous permettre de savoir à quel moment on peut entamer le grand œuvre et à quel moment il faut le finir. Donc, "Mutus Liber" est un des ouvrages des plus intéressants parce que précisément, c'est un livre qui va demander au lecteur beaucoup de réflexion, beaucoup d'interprétation, et un bon savoir sur le plan symbolique. Il va falloir qu'il comprenne le langage muet, bah comme les muets avec des signes, et peut-être des points sur un papier. C'est tout.

On dira : "Un point, c'est tout." Parce que le point, c'est tout. Mais d'abord, il faudrait savoir ce qui est une pierre philosophale. On arrive à une pierre qui va transmuter, c'est-à-dire une poudre de projection qu'on va mélanger à à des lamelles de plomb, par exemple, ou de cuivre, ou de bronze, et on va obtenir une coupellation, on va obtenir des températures de chauffe importantes, on va obtenir une modification profonde, là encore une fois, moléculaire. Et c'est cette pierre, d'abord, elle sera extrêmement lourde, un petit peu comme l'or alchimique. Il va y avoir une densité extraordinaire. Donc, on pourrait, et ça n'engage que ma vision du sujet, oui, je dirais que la pierre philosophale, c'est un bout de caillou, mais pas n'importe quel caillou. Les pierres en alchimie vont prendre la valeur que l'homme va leur donner, leur accorder cette richesse qu'il va leur apporter.

L'alchimiste, pour arriver au travail de ce qu'on va appeler sa pierre philosophale, ça va prendre, quand on voit les les ouvrages, les écrits de ceux qui se sont aventurés sur ce sentier extraordinaire, c'est des décennies, c'est parfois une vie. Et le grand œuvre n'est pas que de faire de l'or, mais d'arriver à ce qu'on appelle la panacée universelle, capable de modifier la structure humaine de façon à lui donner des armes pour combattre les atteintes, les maux, et puis peut-être en allant beaucoup plus loin, comme certains l'ont prétendu, je pense à à des Nostradamus et cetera et cetera, qui bizarrement semble avoir vécu extrêmement longtemps à l'aide de certains produits. C'est la panacée universelle.

Pour tout le monde, l'alchimie, c'était l'art de faire de l'or, mais ce n'est pas cela. La possibilité de fabriquer du métal précieux est donnée par surcroît. La pierre philosophale, pour beaucoup, c'est la chose, disons, la chose qui peut sauver tous les maux, et peut-être même pour chacun d'entre nous, c'est la chose qui nous permet de nous préserver. C'est celle qui assure une longévité extraordinaire à celui qui l'a reçu. C'est le don de Dieu.

Donc, mon ancêtre me disait : "Parler d'alchimie en parlant du grand œuvre, c'est le réduire à un tiers de ses explications et de ses manipulations." Théoriquement, si on va jusqu'au bout, on va s'intéresser aux trois règnes sur Terre. On a le règne minéral, qui est le plus lent, le plus lourd. Ensuite, on a le règne végétal, plus rapide et plus léger, qui va nous donner la spagyrie et toutes les quintessences. On va tomber ensuite vers ce qu'on appelle l'homéopathie, c'est-à-dire la dilution à partir d'une teinture mère. Et enfin, un troisième règne, c'est le règne animal. Donc, on a trois règnes. L'alchimie, l'aspagyrie, et le règne animal sont une approche de la nature dans ces trois règnes. Et mon ancêtre me disait : "Ce qu'on appelle tout ce travail, tout ce processus, c'est le magistère." Et le terme de magistère lui convenait bien, parce que qui dit magistère dit maître. Et ce qui avait intéressé mon grand-père, c'était d'avoir pu accéder à une troisième voie. Et cette troisième voie, on trouve très peu d'ouvrages là-dessus, à ma connaissance, juste deux ou trois auteurs inconnus. Mais on voit qu'ils sont pointus, parlent d'un procédé qui va utiliser la voie animale. Et il y a un ouvrage qui s'appelait "Le Procédé Bartolope". Et ce procédé Bartolope était dans une bibliothèque municipale, dans ce qu'on appelle un fond ancien. Comment l'a-t-il su, lui, avec le niveau de culture qu'il avait ? Si ce ne sont pas d'autres personnes qui sont venues lui glisser à l'oreille ? Il faudrait peut-être, au stade où vous en êtes, que vous alliez voir "Le Procédé Bartolope" dans telle bibliothèque. Il m'y avait emmené, et à partir de là, Bartolope pour moi avait pris une une aura, une dimension extraordinaire. C'était celui qui était arrivé à faire une panacée.

La panacée universelle, c'est le remède universel. On va avoir les mêmes procédés que la première étape, l'alchimiste, et ensuite le spagyriste. C'est-à-dire, on va sur un être humain, prendre une matière première simple, et cette matière première, on va utiliser la méthode alchimique dans un premier temps : pourriture, calcination, distillation. Et plus on reprend ce cycle, plus on obtient un produit raffiné. À partir de là, au bout d'un moment, on va passer sur la spagyrie avec des distillations et d'autres produits pour raffiner, et on va obtenir, ben tout simplement, au bout d'une quarantaine de jours, on va avoir non pas une teinture mère d'un minéral quelconque, ni une teinture mère d'un végétal comme l'arnica, par exemple. Non, on va obtenir une teinture mère d'être humain. Mais ce produit ne va pouvoir être utilisé que sur la personne qui a fourni les deux matières primordiales. Ce sont de matières primordiales qu'on soit homme ou femme, hein. Donc, on exclut la semence humaine. Ce sont deux produits que l'homme et la femme ont disponible dans leur cœur humain. Et lorsqu'on a terminé l'ouvrage en une quarantaine de jours, et bien, on obtient un produit qui va fonctionner en panacée universelle que sur le sujet qui a été donné. Et je pense notamment, oui, à des grands personnages qu'on a réputé immortels. Oui, pourquoi pas ?

Maintenant, arrivons à Bartolope. Qui était Bartolope ? On n'a jamais trouvé. Pour moi, c'était un patronyme, c'était le nom propre de celui qui avait mis au point ce procédé. Et en réalité, Bartolope était un un jeu de lettres. Si on gardait toutes les lettres, mais qu'on les dispose dans un autre sens, on obtenait un procédé qui va tout droit sur la chimie, l'or potable. Toutes les lettres, il est là. Bartolope = or potable = panacée universelle.

Donc, le magistère est une ouverture extraordinaire sur quelque chose d'extraordinaire, manipulé par des gens qui, à la sortie, deviennent extraordinaires. Et dans le domaine des des jeux de mots et des patronymes, on va simplement retenir, et peut-être terminer sur ce sujet, Hermès le Trismégiste. Alors, déjà, Hermès, hermétique, fermé, occulte. Trismégiste, trois fois grand. Et on va retomber dans le magistère, trois fois le magistère, puisque on a les trois règnes qui seront abordés : minéral, végétal, animal. Hermès le Trismégiste, à mon avis, si cet homme a existé et s'il a écrit ce qu'on lui prête, effectivement, il a exploré les trois étages des règnes terrestres. C'est un personnage qui est mythique, légendaire, et je dirais pourquoi historique.

Donc, mon grand-père me disait : "Le magistère, c'est une recette de tarte aux pommes. Selon les régions et les moments où on va le faire, on n'aura pas les mêmes pommes, on n'aura pas les mêmes farines, on n'aura pas le même four. Mais il est question de faire une pâte, d'y mettre des fruits et de passer au four." Et me disait : "Voilà la recette du grand œuvre. Elle est immuable. Elle peut varier de l'un à l'autre, on a une marge de manœuvre tout le long."

Ensuite, vous avez des gens de ce qu'on appelle la main verte. Puisqu'on parlait de la la couleur verte tout à l'heure, vous leur donnez un bout de bois, il le plante, hop, il prend, il prend racine, et il va faire des feuilles. Moi, personnellement, je n'ai pas la main verte. On peut bien me donner tous les bouts de bois qu'on veut, il se passera rien. Je n'ai pas la main verte. Et vous avez des gens qui, pour le grand œuvre, ont cette philosophie, cette vision qui va leur permettre de travailler non seulement très vite, mais avec des résultats. Donc, effectivement, je pense qu'il y a un état d'esprit, un état d'âme. Quelqu'un qui va se mettre en condition. Et puis, il faut aimer. Si on veut travailler au grand œuvre, il faut être amateur. Mais prendre amateur non pas au sens péjoratif. Il fait un travail d'amateur. Amateur, ça vient du mot aimer. Amateur, c'est celui qui aime faire un travail. D'amateur, c'est qu'on aime ce qu'on fait. Et je suis persuadé, effectivement, que si on prend quelqu'un avec du matériel moyen, qu'il a fabriqué, bidouillé dans un coin, ça va marcher parce que l'amateur, il a la foi dans ce qu'il fait. Et vous avez quelqu'un qui est immensément riche, qui sur un claquement de doigts va aller s'acheter un fourneau, des creusets, c'est simplement pour passer le temps, pour se donner une personnalité, pour se donner une contenance. Ça marchera pas. Ça vient de l'individu. Celui-là qui déjà est poussé par le désir d'œuvrer, de travailler au fourneau. Celui-là qui déjà le désir est est touché par la grâce, par une grâce particulière. Ce sont ceux qui ont l'âme d'un enfant.

L'alchimie demande attention, beaucoup de pureté. D'ailleurs, sans spiritualité, il n'y a pas possibilité de réussite au laboratoire. Ça, c'est certain. La chose pour accomplir le le grand œuvre, elle est tout, elle est forcément en soi. Ah oui, il faut cette nécessité d'harmonie, d'intimité avec la matière. Sinon, c'est vraiment le combat du chevalier du dragon, et c'est et c'est dangereux. Parce qu'il faut rendre la matière philosophique. Il faut avoir la foi pour entamer le grand œuvre, puisque c'est lui, le grand œuvre, qui va vous apporter la certitude que Dieu existe. L'alchimie, mais c'est l'accord de la science, l'accord réputé impossible de la science et de la religion.

Donc, pour ceux qui nous disent que le creuset est en nous, tout comme la tanor est en nous, et la matière première qui va permettre la transmutation est en nous, c'est vrai. Pour moi, c'est vrai. Mais il suffit pas d'avoir les moyens pour arriver. On s'aperçoit qu'autrefois, c'était souvent des gens relativement simples qui arrivaient. C'est un petit peu comme celui qui joue pour la première fois et qui va gagner. On dit : "Aux innocents les mains pleines."

Il y a beaucoup de personnes qui s'intéressent à ce sujet, à cette discipline. C'est une discipline, mais qui demande quand même un certain matériel. Ce n'est pas très coûteux. Donc, je pense que n'importe qui peut attaquer ce sujet, et n'importe qui peut évoluer. Donc, je ne pense pas que l'initiation vienne d'un monsieur qui va venir dans une limousine noire avec des verres teintés, et puis vous rencontrer dans un coin sombre, dans une grotte. Non, non, ce n'est pas ça du tout. Ça peut être le monsieur que vous allez croiser dans la rue en jean et en pull vert, et mal rasé. D'ailleurs, je pense précisément que si quelqu'un est arrivé à ce niveau-là, il va pas se promener avec un chapeau haut de forme et dans une limousine noire. Il va essayer de passer inaperçu, modeste, parce que ça ne sert plus à rien. L'orgueil, à ce niveau-là, c'est terminé. Au contraire, on va le combattre.

Fulcanelli, maintenant, il connaît tout. C'est bien, puisque l'adepte reçoit la science infuse, et il a le don. Il entre sur le plan divin. Si celui que nous ne pouvons pas percevoir, ni atteindre, surtout, ce sont les vrais Rose-Croix. Ils sont invisibles. Ils se qualifient d'invisibles parce qu'ils se communiquent sans se réunir. Ils communiquent entre eux sans avoir de réunion, puisqu'ils sont omniprésents. Ils ont l'ubiquité, l'ubiquité divine. Ils sont dans le présent. Ces gens-là, oui, ont une vie quelconque. C'est monsieur tout le monde, gris, transparent, translucide, et qui n'a aucun intérêt de dire : "Vous avez vu, je sais faire de l'alchimie quand même ? Vous avez vu comme je suis beau, comme je sens bon, et comme je suis grand ?" Non.

Mais pourquoi n'y en aurait-il pas ? C'est un peu comme les étoiles de midi. À midi, si on lève le nez en l'air, on voit pas d'étoiles. Mais à la fin de la journée, au moment où l'obscurité arrive, le crépuscule arrive, vous levez la tête, vous voyez les étoiles. Donc, le lendemain, vous savez qu'elles existent. Mais à midi, vous les voyez toujours pas. C'est ce que j'appelle le phénomène des étoiles de midi. Il ne suffit pas de ne pas les voir pour dire qu'elles n'existent pas.

Est-ce que ce ne serait pas, après, à partir de là, d'avoir une vision qu'on a modifié une partie du grand tout de l'univers, une partie universelle, et qu'il est temps, à partir de là, de se considérer soi-même, et de regarder cette pierre philosophale, cette pierre magique, disons, comme une vision de soi-même, comme un miroir, et que cette pierre nous renvoie notre propre image, et peut-être la tentative, ou peut-être l'avertissement de nous dire : "Et bien, voilà, tu es arrivé à un moment où maintenant, tu es toujours un être de plomb. Il est temps maintenant que tu travailles sur sur ton esprit, et que tu admettes qu'il y a une autre dimension que tu peux atteindre." Et à la fin, cette pierre universelle va permettre à l'homme de passer à un stade supérieur de son cerveau et d'une vision philosophique de l'univers.