Transcription
[Musique] Merci, monsieur le ministre. Je vous laisse la scène. Merci beaucoup.
Je vais pas vous faire de longs discours, j’ai pris quelques notes et, sans faire la synthèse, j’aimerais revenir sur cinq points pour conclure cette journée de travail, notamment suite à la déclaration, au speech de Bruno Benel et au panel que nous venons d’entendre. Déjà un mot pour remercier les organisateurs pour cette journée et ce débat. Patrice Ken l’a dit tout à l’heure : si on aime la rupture que représente l’intelligence artificielle, il va falloir s’accrocher, parce que ce que va signifier le quantique, en général et en matière militaire en particulier, va sérieusement secouer. Et il y a un décalage énorme, au fond, entre la rupture, la brutalité de la rupture telle qu’elle se dessine sous nos yeux dans les années qui viennent. Compliqué de la marquer sur le terrain calendaire. Ça explique aussi peut-être cela et ce que nous vivons sur l’IA. Et là, on le voit bien, le débat politique, le débat industriel, dans les élites, au fond, parle très très peu de quantique. Et donc bravo pour les organisateurs, parce que prendre le temps de le faire, c’est aussi mettre de la visibilité. Alors, on ne le fait pas dans n’importe quel cadre, n’importe quel lieu. Évidemment, c’est aussi pour ça que cet endroit a été inventé. Mais je commence par là.
Je vois déjà plusieurs risques sur notre affaire. Ils ont été un peu détaillés, en tout cas évoqués. Je pense que cette discrétion, euh, le fait qu’au fond beaucoup d’acteurs n’ont pas intérêt à ce que l’on parle du quantique en matière militaire, tient au fait que, malheureusement, tous les mauvais pays, si j’ose dire, tous les pays présentant un défi de sécurité pour le monde développent un programme quantique. Pour être très clair, tous les pays proliférants sur le terrain nucléaire développent un programme quantique. Pour être très clair, tous les pays proliférants et étant en phase d’y arriver, Corée du Nord déjà fait, Iran en cours de prolifération, développent des programmes qui sont tout à fait, euh, nous semble-t-il, en tout cas de là où nous sommes, de ce que nous observons, euh, tout à fait préoccupants pour la suite. Pareil pour les vieilles puissances nucléaires dotées, au sens du droit international, mais qui entendent bien perturber fondamentalement une partie de l’ordre international. C’est vrai évidemment de la Russie qui développe aussi un programme. Je ne reviens pas sur les usages, ça a été remarquablement dit par les différents intervenants, mais enfin, on voit bien : on parle beaucoup d’ordinateur et plus on fait du kaki, plus on fait du militaire, plus on parle quand même de communication un peu et de capteur beaucoup. Et Patrice l’a fait dans des mots prudents. Mais quand vous commencez à parler de détection sous-marine de masse métallique, je ne vous fais pas de dessin sur ce que ça peut vouloir dire en matière de remise en cause d’un certain nombre d’opérations ou en tout cas même de postures que nous pouvons avoir, y compris sur les choses les plus sensibles et les plus délicates. Qu’en fait, il y a peu de pays qui ne développent pas un programme quantique militaire et plus les pays, plus ces pays sont sources de déstabilisation internationale ou de défis sécuritaires, plus évidemment les choses se font de manière, encore de manière plus brutale.
J’ajoute que si on regarde de près ces dernières années les différents brevets qui ont pu être déposés, vous avez des pays qui ont complètement disparu. Alors, j’ai du mal à croire que la Chine ne fasse plus rien, voyez-vous, en matière quantique. Je pense que s’il n’y a plus de brevet déposé, c’est tout simplement parce que nous sommes dans des choix stratégiques qui ont été faits de repasser quasiment, quasiment uniquement par la tuyauterie militaire et donc de faire des programmes souverains qui, au fond, s’adosent une fois de plus sur les sujets liés au nucléaire, il ne faut pas s’y tromper, ou à la militarisation de l’espace ou au cyber, pour faire très vite, qui sont des cas d’usage évidemment militaires tout à fait préoccupants. Donc ça, c’est le premier point, c’est comment nous, au milieu de tout ça, puissance nucléaire, respectant le droit international, membre permanent du conseil de sécurité, bah au fond, on est capable de développer nos propres capacités sans pour autant s’appuyer sur une forme de jungle que le quantique pourrait ouvrir sur le terrain tactique et sur le terrain militaire.
La deuxième des choses, bah c’est lié, c’est la surprise stratégique. On voit bien que c’est la bonne image effectivement sur le rapport à certaines avancées technologiques pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est que l’on voit bien que ce silence, il cache évidemment des choses qui sont déjà en cours. Et ça pose la question, nous Européens, compris vis-à-vis de nos amis américains, de comment on veut se positionner. C’était dit par vous, madame la directrice, le mot souveraineté. Et c’est jamais simple, au fond, sur les sujets militaires. Qu’est-ce qu’il faut partager ? Qu’est-ce qu’il faut travailler en open data, en se méfiant pas des collaborations, des coopérations, en ayant le plus de passerelles possible, parce que ça serait complètement absurde de ne pas le faire, et en même temps, qu’est-ce qui doit être traité très jalousement, soit parce que secret industriel, soit même parce que secret beaucoup plus redoutable qu’un secret industriel, c’est-à-dire un secret qui peut toucher à celui de la défense nationale. Et donc ça pose au fond la question : qu’est-ce que nous Français on veut ? Qu’est-ce qu’on veut faire seul ? Qu’est-ce qu’on veut faire à plusieurs ? Et il y a un impensé, c’est : qu’est-ce qu’on veut faire entre partenaires européens ? Vous n’avez pas une ministérielle à l’Union européenne à Bruxelles. Vous n’avez pas une ministérielle à l’OTAN dans lequel on traite, on prononce le mot quantique. Parce que même les élites militaires et politiques ont dû attendre Chat GPT pour découvrir l’intelligence artificielle. Et c’est ainsi que, au fond, il y a un décalage entre ce que la communauté scientifique traite, est-ce qu’une part des élites politiques, budgétaires, économiques, que sais-je, sont amenées à traiter, et c’est vrai également des sujets stratégiques. Et donc le débat sur la souveraineté, bah vous voyez bien déjà qu’il part de travers, parce qu’au fond, on n’est déjà pas au clair sur ce qu’on veut faire soi-même et ce qu’on est prêt à faire à plusieurs. En vous disant ça, évidemment, comme je ne suis pas spectateur complètement, c’est que nous commençons évidemment, enfin pas complètement, en tout cas nous commençons évidemment à réfléchir très sérieusement à la part de risque, et je vais y revenir, c’est un des fils conducteurs, en tout cas c’est un des mots pour moi, fil conducteur de ce que je souhaite vous dire, qu’est la part de risque qu’on doit faire.
Puis le dernier risque me semble-t-il, c’est le cloisonnement, et je crois que là l’œuvre d’aujourd’hui permet de casser un tout petit peu ce système de couloir de nage dans lequel chacun se trouve, et dans un pays au fond où parfois on oppose tout quoi, le privé, le public, le militaire, le civil. Et c’est très rafraîchissant de vous avoir entendu les uns et les autres en se disant : bah voilà, on peut être directeur de recherche au CNRS et à la tête d’une start-up. Et ça, pour le coup, je crois qu’il n’y a pas beaucoup de schémas dans lequel on va pas s’en sortir si on ne fait pas comme ça. Et donc c’est évidemment, j’y reviendrai, aussi la question de comment on organise ce décloisonnement, notamment au sein de l’État, mais aussi entre le privé et le public.
Puis dernier point, le monde militaire, je le dis pour celles et ceux qui ne sont pas forcément familiers de ces sujets dans l’amphithéâtre, au fond, il est, il est secoué sur le terrain de l’innovation, parce que pendant longtemps la culture était essentiellement étatique. Vous mettez 1 € ou 1 franc d’argent de dépenses publiques militaires sur la table, souvent adossé d’ailleurs à la recherche fondamentale de l’État, le CNRS. Et donc ça donnait un programme nucléaire, au hasard dans les années 60, et le nucléaire militaire permettait ensuite d’envisager un programme électronucléaire pour EDF. Voilà comment 1 € d’argent public crée ensuite une innovation privée. Euh, les États-Unis, les années 90. Bon, et en fait on a, on vit désormais dans un monde qui est complètement différent, puisque la plupart des grandes innovations récentes sont plutôt des innovations qui viennent du monde du civil et qui trouvent ensuite un usage militarisé. Et évidemment, c’est la question des drones et tout le retour d’expérience que, loin de la guerre en Ukraine et sous le contrôle de Patrick Sken qui représente ici euh une énorme boîte, des neuf boîtes de la base industrielle et technologique de défense. Bah c’est sûr que ça impose d’avoir une réflexion et une appropriation de la question de l’innovation qui soit autrement plus duale, mais dans un système, une fois de plus, soit on fait du kaki, on fait du militaire, soit on fait du civil. Mais passer de l’un à l’autre, à part l’aéronautique globalement, bah c’était pas forcément complètement instinctif. Et ça, au fond, ça doit nous amener pour avancer à repartir des besoins opérationnels. Alors, qu’est-ce que la communauté défense, pas que le ministère, je parle autant au nom des industriels, des grands, des petits, de la DGA, de nos structures de recherche, de l’École polytechnique, cher Laurent, euh, qu’est-ce qu’on peut essayer de faire pour avancer ? La première, je le dis, c’est décloisonner. En 3 ans de temps, ce que nous avons réussi à faire sur l’intelligence artificielle tient au fait que l’on a remis de l’ordre sans abîmer la créativité. C’est la construction de cette agence qu’on appelle la MIA, qui est une agence ministérielle dédiée. Dans les années 60, Pierre Mesmer avait créé la direction des applications militaires du CEA pour suivre lui-même le programme nucléaire. J’ai fait pareil sur l’intelligence artificielle. Une autre voie est en train d’être prise pour le quantique. Mais au fond, sur l’IA, on en avait partout. On avait des marins qui faisaient des trucs sympas à Toulon. On avait des terriens qui faisaient des trucs sympas à Satory. On avait des gens de la DGA qui faisaient des trucs sympas. On avait des industriels qui faisaient des trucs sympas. Tout le monde faisait des trucs sympas. Enfin, moyennement en quoi, on avait quand même un sérieux problème d’organisation symphonique. Et ça, on a réussi cette remise en ordre là qui permet quand même d’éviter les doublons, qui permet d’avoir une puissance de frappe et qui permet surtout, je reviendrai, d’avoir un effet d’entraînement, parce qu’au fond, ce à quoi sert l’État et singulièrement historiquement le monde militaire, industriel, privé compris, c’est l’effet de levier, la capacité à créer la confiance et à entraîner. Donc ça c’est évidemment un sujet qui est clé, et ce décloisonnement il va passer par un campus quantique de défense dédié, dans lequel là justement on va essayer de créer un cercle de confiance, parce que ça n’a pas été assez dit depuis tout à l’heure, mais on a un sujet qui est le secret sur l’intelligence artificielle : notre principale difficulté c’est qui a le droit de toucher à la bête, qui a le droit de toucher au savoir-faire et surtout qui a le droit de toucher à la data, et comment vous faites travailler sur un serveur non sécurisé, non homologué, secret défense, du calcul sur de la matière première qui elle fondamentalement est souveraine et est classifiée secret défense. Le quantique n’est peut-être pas à prendre de la, complètement de la même manière, mais il est clair que dans ce que vous avez entendu là en source ouverte sur les applications telles qu’elles ont été évoquées par Emmanuel Kiva et par Patrice Ken, bah vous voyez bien qu’à un moment donné, on a un sujet quand même de confiance, de classification, d’agrément, de label, mais pas le label pour faire bien, le vrai label où on se dit : bon ben voilà, on peut faire rentrer dans cette communauté de savoir, d’accès, de connaissance, d’en connaître au sens strict du terme, un certain nombre d’individus, peu importe qu’ils viennent du privé, du public, etc., mieux qu’ils soient de nationalité française. En tout cas, pour ceux qui sont de nationalités russe ou iranienne, il vaut mieux oublier.
Bon, ensuite, au-delà de ce campus quantique de défense, on veut avancer sur un laboratoire quantique de défense et hébergé par la DGA. Je crois d’ailleurs que la fiche de poste du nouveau directeur est en train d’être diffusée, si c’est aujourd’hui, en tout cas c’est cette semaine. Bon, là, si vous voulez, c’est clé. Le ministère des armées, il n’a pas vocation à dupliquer ce que le ministère de la recherche peut faire ou ce que les industries peuvent faire. Quelle est la force d’un ministère comme le mien ? C’est de rapprocher l’usager final de celui qui maîtrise la technologie. Et l’usager final, parfois, c’est le combattant. Je vous parle d’IA, je fais des allers-retours entre les technologies, mais ça me semble utile parce que le propos au fond est transversal et il est contagieux. Euh, il n’y a pas mieux qu’un artilleur ukrainien qui, comment dire, combat avec le canon César depuis 3 ans pour améliorer le système d’armes en matière d’acquisition de cibles par de l’IR. Et à la fin des fins, bah deux retours d’expérience de quatre ou cinq soldats ukrainiens ont permis d’améliorer le canon César comme jamais notre système naturel n’aurait permis de le faire. C’est aussi pour ça qu’on fait attention sur les drones, parce qu’au fond si, en étant proche de la ligne de front en Ukraine, qu’on a un retour d’expérience tactique, opérationnelle et technologique sur le drone, et ben on a le même enjeu évidemment sur le quantique en matière de défense et comment, sur le même plateau, on est capable de raccourcir les choses, en partie fait avec vous, mais évidemment il nous faut pouvoir continuer.
Je ne veux pas être trop long, je rajoute quand même pour avancer quelques points sur lesquels je pense qu’il ne faut pas se dérober. Le décloisonnement doit embarquer la question des ressources humaines. On ne peut pas ne pas apprendre de ce qui s’est passé déjà sur le cyber, sur le nucléaire, sur le spatial et un peu sur l’IA. Quand on commence à avoir des cerveaux formés ou quand on commence à avoir des gens de qualité, comment on arrive à les fidéliser ? Comment on arrive à leur faire un parcours professionnel qui d’ailleurs peut alterner entre le public et le privé tout au long d’une carrière ? Qui d’ailleurs peut alterner entre euh le service de l’État en France et pourquoi pas contribuer avec d’autres pays si c’est faisable. Aujourd’hui, on bricole encore trop à la main. Il y a des choses qui sont faites grâce d’ailleurs à l’École polytechnique et je remercie la générale, la générale, virgule, directrice générale de l’école, parce qu’au fond on voit bien que ces parcours-là, bah on a su le faire jadis pour l’atome, parce que toute petite communauté, puis au fond qui pouvait globalement piquer un marin atomicien à part EDF ou Framatome, on avait vite fait le tour. Donc c’était assez facile d’appeler le PDG de Framatome et d’EDF en disant : maintenant vous arrêtez de me piquer mes sous-mariniers atomiciens. Bon, vous voyez bien que sur le cyber, sur le spatial, sur l’IA, sur le quantique, ça ne sera pas possible. Donc comment, dans la souveraineté, on est capable aussi de manière incrémentale de réfléchir aux carrières ? Et ça, c’est quelque chose sur lequel à mon avis il faut qu’on se dépêche, parce que c’est de là, à mon avis, où un certain nombre de nos difficultés peuvent jaillir à l’avenir.
Pour avancer, il faut de l’argent. Je crois que là les choses sont claires. On peut stresser le modèle autant qu’on veut. On peut demander aux gens la plus grande des ingéniosités. On peut faire des trucs absolument incroyables dans son garage le week-end, mais enfin, à un moment donné, euh, la manière dont on porte tout ça est clé. Est-ce qu’on est capable de mettre autant de milliards d’euros ou de dollars que les États-Unis d’Amérique ou que d’ailleurs ce que la République populaire de Chine est en train de faire ? En l’état, je ne le crois pas. Est-ce qu’on est capable de faire mieux que ce que nous faisons jusqu’à présent ? Je le crois sincèrement. Ça passe par plusieurs choses. Un, assumer la dualité. Et je remercie vraiment Bruno Bonel parce que depuis qu’il pilote l’ensemble de nos investissements France 2030, y compris avec tout ce que vous avez connu, la censure, le budget pas voté dans les temps, etc. Si vous regardez bien, à chaque fois il y a une secousse sur France 2030, mais si vous y regardez attentivement, à chaque fois France 2030 est préservé d’une manière ou d’une autre, et sur l’essentiel, dont le quantique, c’est le cas. Et ça veut dire qu’il faut continuer de réfléchir à la dualité et d’être capable d’être ingénieux dans la manière de construire les plans de financement. Ça c’est le premier point. La deuxième des choses, il faut évidemment aller chercher l’argent privé, soit parce que des boîtes prennent les devants, et là aussi hommage rendu à Thalès, parce que sur les quelques grandes applications, il n’y a pas eu de commande de l’État. Si vous, la DGA n’a pas appelé Thalès en disant : tiens, ça serait bien d’avancer sur tel ou tel truc. C’est Thalès qui a commencé justement ses plans de développement et après évidemment la DGA qui est allé rattraper Thalès en lui disant : maintenant il faut aller plus vite. Bon, mais et moins cher, ce qui m’amène donc aux contributions des grandes entreprises pour se faire. Il y a parfois des sauts technologiques sur lesquels on investit pour rien. Non, mais il ne faut pas se raconter d’histoires. Il y a, c’est sûr que investir dans des trucs qui ressemblent à des Minitel ou des fax aujourd’hui, ça peut être un peu curieux. Bon, je ne vois pas très bien comment une grande boîte qui investit dans le quantique perd son temps si cette grande boîte entend encore être une grande boîte dans 20 ans. Donc on revient là à une conversation qu’il faut avoir dans les bords, c’est la part de prise de risque et comment on la prend à plusieurs pour les boîtes françaises. Et c’est pour ça je remercie Thalès, parce que de loin, Patrice, c’est ta boîte qui a pris les devants sur cette affaire et qui a assumé de prendre des risques, et ça il faut qu’on continue à le faire. Troisième chose : la plupart, il n’y a pas, j’imagine, beaucoup de patrons de PME dans cette salle. Il y a évidemment des fonds à aller chercher chez les investisseurs et au fond, dans un moment où on y revient, c’est mon point de départ. Comme le quantique peut porter de manière grand public et que par définition l’investissement privé est avant tout un cycle de confiance du grand public en général pour investir sur des technologies, bah là, on a un petit sujet de l’offre et de la demande qui a du mal à se rencontrer. Ce qui du reste n’est pas propre au quantique, parce que sur l’ensemble des sujets militaires, nous avons cette difficulté, mais qui est plus lié d’ailleurs au fait que pendant longtemps investir sur des armements était considéré comme étant sale. Servent cet exemple, le nombre de petites PME, sous-traitant de notre dissuasion nucléaire, qui se sont retrouvées ennuyées avec leurs banques de proximité, leurs banques de détail en France en disant : bah non, vous participez à un programme d’armes controversées, ce sont des armes de destruction massive, etc., et donc ils ont des difficultés avec leur banque pour la trésorerie du quotidien. C’est moins vrai maintenant, mais globalement ça a quand même existé pendant de nombreuses années. Sur le quantique et singulièrement le quantique en matière militaire, on démarre pratiquement de zéro. Ça veut donc dire que tous les grands fonds d’investissement qui sont en train notamment de se monter méritent une éducation ou une rééducation rapide au sujet quantique. Et ça, il va falloir qu’on s’y mette. C’est là où je pense d’ailleurs que et le labo et le campus ont un rôle à jouer, parce que ça permet de labelliser. L’investisseur est rarement courageux. Donc par définition, il est frileux. Quelqu’un de frileux a besoin d’être réchauffé. Et c’est ce à quoi peuvent servir l’État justement dans ce cadre-là, c’est comment on réchauffe aussi des tuyauteries de financement avec de l’argent privé qui, j’y crois énormément, donnera forcément de la rentabilité économique à un moment donné. Ou alors c’est qu’on est devenu complètement communiste et qu’on croit à un col-cause et il n’y a que l’argent public qui permet d’avancer. Je n’y crois pas en la matière et je pense véritablement que l’on peut avancer.
Enfin, il faut de l’argent public quand même. Euh, et ça évidemment c’est là où euh euh la complémentarité entre les investissements civils, vous avez parlé du fait qu’il ne fallait pas déshabiller la recherche fondamentale. C’est absolument clé. Il faut venir voir comment nous, précisément, ministère des armées, on peut accélérer les choses en repartant de nos besoins opérationnels. Je ne vais pas vous assommer de chiffres, mais enfin, ayant en tête qu’entre 2024 et 2030, c’est quand même déjà 250 millions d’euros que mon ministère injecte uniquement dans le quantique. Quantique pur, pas les à côté, uniquement dans le quantique. Je ne devrais pas le dire, mais je le dis quand même. Globalement, pour 200 millions d’euros de plus, on change complètement d’échelle. Vous avez parlé de mise à l’échelle, et ben si on passe de 250 millions d’euros à 450 millions d’euros sur 2024-25, on est déjà en 25 parce que nos affaires sont plus annuelles, pardonnez-moi, vous voyez bien qu’on parle quand même de sommes qui, au fond, assez petites, elles sont importantes pour le contribuable, mais à la marge de ce qu’est le budget des armées aujourd’hui, de ce qui doit être demain dans le cadre de notre réarmement, faire 200 millions d’euros de plus permettra complètement de changer d’échelle. Changer d’échelle, c’est évidemment passer des commandes, commencer à prendre des risques sur certaines technologies. Ça permet de fidéliser justement euh des…
Parcours RH, ça permet de commencer à des boîtes de rentrer dans un dialogue avec leurs banquiers ou leurs investisseurs, parce que, bah, par définition, on commence à euh donner une perspective de moyen terme, à défaut de long terme, qui est complètement différente. En vous disant qu’on la chiffrait, je veux pas faire d’annonce, mais enfin, on est en train d’y travailler pour arriver justement à aligner un peu plus de moyens pour faire en sorte que ça que ça que ça décolle plus vite.
Conclusion, je pense que maintenant, il faut prendre plus de risque et que, pour nous en tout cas, il faut commencer de manière très incrémentale à tester des choses. La DGA a commencé à prendre ça à sa main et le DGA, singulièrement personnellement, avec l’idée cher Patrick notamment sur la question des capteurs, vous l’avez entendu tout à l’heure, notamment sur ces affaires de taille d’antenne, notamment en matière de guerre électronique, on le voit bien sur les champs électromagnétiques. La miniaturisation de ces capteurs quantiques peut créer quelque chose qui peut, d’une brutalité absolue, sur un champ de bataille. Et je veux même plus loin, on est dans un moment où l’ensemble de nos technologies sont réinterrogées.
Enfin, c’est en ce moment qu’on est en train de définir ce à quoi ressemblera le successeur du porte-avions Charles de Gaulle. C’est en ce moment qu’on est en train de se poser les bonnes questions sur le design de ce que seront le newspace de demain en matière militaire. C’est en ce moment qu’on est en train de définir à quoi ressemblera le successeur du Rafale. Bah, vous voyez bien, notre problème, c’est que si on prend trop de retard sur les capteurs quantiques, on va développer des plateformes de combat pour les années 2040, 2050 et 2060 qui, de manière incrémentale, n’auront pas forcément embarqué les capteurs qui vont avec. Je parle même pas de la crypto des communications. Et là, on a un sujet de synchronisation. C’est comme si on voulait faire un sous-marin propulsé nucléaire sans maîtriser l’atome. Très ennuyeux.
Donc là, on a un défi devant nous qui est majeur de resynchronisation euh de l’ensemble de de cette affaire, tant sur le volet souveraineté que sur euh les questions euh de recherche, que sur les questions d’investissement et au fond sur quelles sont les premières commandes opérationnelles que nous sommes prêts à passer sur tel ou tel type d’usage ou c ou sur tel ou tel type, comment dire, de cas pratique en quelque sorte, sur lequel il faut prendre son risque dans un environnement plutôt classifié, plutôt secret, nous aussi, dans lequel on réussira, on ratera, mais peu importe, on aura débuté, et c’est pour ça que je voulais venir conclure la journée, parce que pour moi maintenant ce qui compte, c’est qu’on accélère. Merci à toutes et à tous. [Applaudissements]