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Déclin du pétrole : une catastrophe pour l'industrie européenne ?

Greenletter Club1:03:59

Transcription

Les pétroliers ne trouvent plus de pétrole conventionnel. Les découvertes annuelles de pétrole conventionnel déclinent depuis plus d'un demi-siècle. Nous, Européens, on dépend à plus de la moitié de nos approvisionnements de sources qui sont soit en déclin avancé, soit qui vont entrer en déclin, et plutôt tôt que tard.

Cette vulnérabilité sur le gaz naturel, on n'a pas voulu l'avoir, et aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Et bien, l'industrie européenne est en récession depuis des mois. L'industrie allemande est en récession depuis 2 ans. Il y a des risques de contrainte dans l'accès au pétrole pour l'Europe dès cette décennie, et ce risque se transforme en probabilité très très élevée pour la décennie 2030. Bienvenue dans le Greenater Club, la chaîne qui décortique les grands sujets écologiques. Aujourd'hui, nous allons parler de l'approvisionnement pétrolier européen : déclin de la mer du Nord, déclin de l'Afrique ou déclin de la Russie. L'Union européenne voit ses fournisseurs historiques de pétrole s'effondrer. D'où cette question : l'Europe risque-t-elle un effondrement énergétique ? Pour y répondre, nous recevons Matthieu Auzanneau, journaliste spécialiste des questions énergétiques, auteur d'« Or noir » et de « Pétrole : le déclin est proche », et directeur du Shift Project, think tank qui cherche à décarboner nos économies. Matthieu Auzanneau, bonjour.

Bonjour.

Première question : alors, on se moque souvent de cette question de pic pétrolier, parce qu'il y a des gens qui disent : « Voilà, ça fait 20 ans qu'on en parle, on en a jamais vu le bout du nez. » Et pourtant, en 2008, il y a des gens qui disent qu'en fait, on a franchi un pic pétrolier, et qu'en fait, la crise de 2007-2008, c'est une crise aussi énergétique. Qu'est-ce que tu en penses ?

Alors, déjà, il faut peut-être rappeler de quoi on parle. Le pic pétrolier… un pic pétrolier, c'est le moment où une source de pétrole atteint son maximum de production, parce que c'est une ressource finie. Bien, quand tu développes un champ pétrolier, la production part de zéro, passe par un maximum, au moment grosso modo où tu as vidé la moitié des réserves – tu as vidé la moitié de l'entrepôt – et bien, euh, la production va décliner. OK. Donc ça, c'est le destin de toutes les ressources finies, en fait, pétrole compris. Mais c'est vrai pour une mine de charbon, pour une mine de ce que tu veux. L'Agence Internationale de l'Énergie, ce sont eux qui ont officialisé le fait qu'en 2008, on a franchi le pic du pétrole, de la production mondiale de pétrole conventionnel. C'est le pétrole liquide classique que l'on trouve dans les… dans… dans des roches réservoirs, et c'est encore aujourd'hui les 4/5e euh de la production mondiale de pétrole. Donc on parle pas de… on parle pas de cacahuète. OK. En 2008, il y avait quasiment que du pétrole conventionnel dans la production, dans l'offre mondiale, et puis un peu de pétrole lourd. Qu'est-ce qui s'est passé depuis ? Effectivement, on n'est jamais revenu au niveau de production de 2008 pour le pétrole conventionnel, le pétrole liquide classique, et ce qui a pris le relais, ce sont les… l'ensemble des pétroles dits non conventionnels, naturellement, en commençant par le pétrole de schiste. Ce qui différencie le conventionnel et les non conventionnels, c'est les modes de production : en fait, où est-ce qu'on va chercher le pétrole et comment on l'exploite. Donc il y a les pétroles lourds – on parle parfois des sables bitumineux du Canada, il y en a aussi au Venezuela notamment – et puis il y a ce pétrole de schiste. Alors, le pétrole de schiste… il y a un pétrolier qui avait trouvé cette expression qui expliquait que euh… en gros, on était comme… c'était comme si on avait mangé les cornflakes et que l'on attaquait le paquet de cornflakes. Pourquoi ? Parce que le pétrole de schiste, on va le chercher dans la roche-mère, à périphérie de la roche-mère qui produit le pétrole… qui… le pétrole conventionnel qui remonte dans les roches réservoirs. OK. Bon, pourquoi c'est important ? D'abord, peut-être pourquoi est-ce qu'on était sûr de franchir ce pic ? Et bien, parce qu'en fait, si… si tu veux, le pic… un pic de production et un début de tarissement de la production, bah ça suit le moment où on ne découvre plus assez de pétrole conventionnel. En gros, c'est simple : tu… tu vides la baignoire d'un côté, et tu dois la reremplir de l'autre avec des nouvelles sources. OK. Il se trouve que les pétroliers… c'est un ancien patron de l'exploration de Total dont je suis assez proche, qui, pour plaisanter, dit : « Bah, on est… on est nuls, les pétroliers, depuis quelques dizaines d'années par rapport à nos… à nos prédécesseurs. » La situation, qui est un fait de la vie, qui plus est ancien pour les pétroliers, c'est que les pétroliers ne trouvent plus de pétrole conventionnel, ou en tout cas, il ne trouve pas des volumes équivalents à ce qu'on trouvait dans les années 60, 70, 80. Grosso modo, les découvertes annuelles de pétrole conventionnel déclinent depuis plus d'un demi-siècle. Donc il faut pas être grand clerc pour se dire : si les découvertes déclinent, c'est-à-dire si je n'arrive pas à reremplir mon entrepôt ou à reremplir la baignoire, et que je continue à vider la baignoire au même rythme, voire si je… ce qui est le cas, j'accrois le rythme auquel je vide la baignoire ou je vide l'entrepôt, euh… bah, à un moment donné, ça va atteindre une limite. Cette limite a été franchie en 2008.

Tu dis « décline », mais quand on regarde les graphiques des rapports, effectivement, il y a énormément de découvertes dans les années 1900, 1920, puis après dans les années 1970, et puis depuis… plus rien, à part quelques exceptions près, au Kazakhstan… plus rien. Ça serait exagéré, mais si tu veux, il y a quasiment… enfin, c'est… c'est… c'est la loi des grands nombres. On cherche du pétrole, l'humanité cherche depuis l'époque de Rockefeller, depuis… depuis un siècle et demi du pétrole partout sur Terre. OK. L'horizon de l'industrie euh dans cette découverte aujourd'hui de pétrole conventionnel, ça s'appelle l'ultra deep offshore. Donc on va chercher, comme au large de Rio, le pétrole à 10 km sous la surface des flots. Ça va être l'Arctique, où beaucoup de pétroliers rechignent à aller parce que les risques industriels sont monstrueux, et on devine pourquoi. Ou c'est du pétrole… c'est un peu les… les fruits pourris qu'on avait pas envie de cueillir, on sait qu'ils étaient là. L'Ouganda, typiquement, le projet de Total en Ouganda… on sait qu'il y a du pétrole à cet endroit-là, mais les pétroliers sont pas super… tu es pas super pressé de l'exploiter, parce que tu es là… c'est pas que tu es très au fond de la mer, c'est que tu es très très loin de la mer. Donc il faut tirer un tube de 3000 km pour, grosso modo, pour amener le pétrole dans un… dans un terminal pétrolier. La situation, c'est donc… c'est la loi des grands nombres. Le… on a tout… comme il y a un pic de la production mondiale de pétrole en 2008, et le début d'un déclin qui s'est… qui se confirme depuis, on est toujours net… on reste nettement en dessous de ce pic pour le pétrole conventionnel. Euh, en fait, il succède à un pic des découvertes. Et donc on voit très bien, si on regarde sur un siècle, euh, les découvertes annuelles de pétrole : augmenté, augmenté, augmenté, passé par un maximum dans les années 60 – alors c'est la grande époque du Golfe Persique, des découvertes au Nigéria, autour du Golfe de Guinée, de manière générale – et puis décliner euh lentement mais sûrement, avec des millésimes de découvertes qui sont de plus en plus maigres euh année après année, alors que… un… les progrès en géophysique et en traitement du signal euh avec… grâce au numérique notamment, on fait des… tout progrès depuis les années 60, et qu'on a jamais mis autant d'argent pour chercher et développer des… des… des… qu'au cours des dernières décennies pour chercher et développer des ressources pétrolières. Donc on met de plus en plus d'engrais, mais la récolte est de plus en plus mauvaise. On est face à un problème qui est pas un problème de capital, qui est pas un problème de technique, autrement dit, qui n'est pas un problème économique strict, sinu… mais qui est un problème géophysique, c'est-à-dire un problème… une limite écologique. Donc cette limite, elle a été franchie maintenant il y a 17 ans euh pour le pétrole conventionnel, qui, encore une fois, constitue l'écrasante majorité de ce qui arrive dans les stations-services du monde entier. Et pour l'instant, on n'a pas tiré les conséquences. La conséquence étant qu'on est face à un phénomène inexorable, et que même si les pétroles non conventionnels devaient se développer massivement, la question est de savoir… il y a deux questions : ça… de savoir… c'est : est-ce que ces pétroles non conventionnels peuvent compenser le déclin du pétrole conventionnel ? Il y a des raisons d'en douter. Et est-ce qu'il y en aura pour tout le monde ? Et en particulier, pour dire par égoïsme, est-ce qu'il y en a pour les Européens ? Les Européens sont aujourd'hui les premiers importateurs mondiaux de pétrole, avec la Chine, et on y reviendra peut-être. Il y a beaucoup de raisons de douter que l'on puisse, dans le jeu géostratégique sur le contrôle des approvisionnements pétroliers, qu'on soit aujourd'hui les mieux armés – c'est le cas de le dire – pour continuer à étancher notre soif de pétrole, qui… qui… qui reste très très forte, même si on a un petit déclin comme ça de la production, avec une amorce de début de commencement d'éventuellement sortie effective des énergies fossiles, soit commencé à engager depuis un quart de siècle. Faut pas se leurrer, ce rythme de déclin est bien sûr pas du tout assez rapide pour le climat, 1 mais de… il n'est pas assez rapide non plus, vraisemblablement, pour nous épargner d'être rattrapé par ce que j'appelle la voiture-balai du… des politiques de décarbonation, c'est-à-dire le déclin d'un certain nombre de sources de pétrole… d'un certain nombre de sources de pétrole sur lesquelles on compte aujourd'hui massivement. Et peut-être… juste… peut-être… juste… tu parlais de la crise de 2008. Alors, je défends la thèse que le… la crise des subprimes a comme facteur déclencheur principal le franchissement de ce pic du pétrole conventionnel. Pourquoi ? Parce que je pense que il y a entre… il y a pas de solution de continuité entre l'éclatement de la bulle des… des subprimes – donc c'est le… le choc… la crise de 2008, c'est pour beaucoup l'éclatement des… des… des prêts hypothécaires américains – et l'augmentation des cours du baril sans précédent qu'on a connu entre 2002 et 2007-2008, qui a tout à voir… tout à voir avec l'approche d'une limite dans l'accès au pétrole conventionnel. En gros, les pétroliers ont du mal à aller chercher ce qui… ce qu'on appelle le baril marginal, c'est-à-dire le… le nouveau baril, justement… reremplir… voilà… c'est… ont du mal à aller le chercher. On voit des déclins s'amorcer : la mer du Nord – j'y reviens – un certain nombre de pays du Golfe de Guinée… l'Afrique de manière générale est passée par un pic et n'est pas revenue. En 2007, la production africaine de l'ensemble du continent africain – c'est des gros… gros producteurs : l'Algérie, le Nigéria, l'Angola… tous ces pays-là globalement sont… sont passés par un maximum juste avant la crise des subprimes. L'Arabie Saoudite a connu un trou d'air à ce moment-là où ils ont dû remettre beaucoup d'investissements parce que leur production commençait à… à marquer le pas. Autrement dit, ce phénomène écologique euh qui est le franchissement du pétrole… du pic du pétrole conventionnel a, pour moi, directement été le facteur principal qui a percé la bulle des subprimes et déclenché la crise qu'on connaît, avec les effets secondaires… on… on… on va revenir plus spécifiquement sur le cas européen, parce que vous avez fait une étude… ensuite on a fait un livre qui est absolument passionnant sur les risques d'approvisionnement européen en pétrole. Après, vous avez fait aussi sur le gaz. Simplement, juste pour mettre en perspective à quel point l'Europe est dépendante des hydrocarbures… ah, on est pas bien… on est pas bien. Alors, on est le premier importateur mondial, OK, à égalité avec la Chine. Grosso modo, on compte en millions de barils/jour… la production mondiale, c'est 100… c'est facile… la production mondiale, c'est 100 millions de barils/jour. OK. La consommation, c'est ça aussi, puisque qu'on consomme tout ce qu'on produit, malheureusement… euh… l'Europe importe 10, et la Chine importe 10. On importe plus de la moitié du brut euh qui nous permet de faire fonctionner… de… d'effectuer la puissance économique, sociale, politique européenne telle qu'elle est organisée aujourd'hui. On importe plus de la moitié de ce pétrole de sources qui sont soit déjà en déclin, en tarissement, en cours de tarissement avancé. J'ai parlé de la mer du Nord, j'ai parlé de l'Afrique, je pourrais ajouter euh… euh… l'Azerbaïdjan… ça fait déjà… donc ils sont soit en déclin avancé et irréversible – considéré comme irréversible – soit qui voisinent le déclin, qui sont des producteurs qu'on appelle « matures », c'est-à-dire qu'ils sont à peu près au maximum de leur capacité de production. Et là, vous avez le Gorille de 500 tonnes dans le destin qui bloque un peu le destin de l'Europe… ça s'appelle la Russie. C'est que la Russie, outre les turpitudes de Monsieur Poutine, si j'ose m'exprimer ainsi, est un producteur dont on sait, d'après le… d'après le Kremlin, et très modestement d'après le Shift Project, parce qu'on a précisé ces choses-là, est un producteur qui, sanction économique ou pas, est proche d'un déclin inexorable, comme l'ont connu les États-Unis en 1970, la mer du Nord au début des années 2000, l'Afrique en… en 2007. C'est plus d'un tiers des approvisionnements de l'Europe en brut qu'on consomme toujours, c'est-à-dire que aujourd'hui, ce pétrole… on consomme du pétrole russe… si on sait pas… on n'a pas trop touché au pétrole… on a mis les sanctions sur le gaz, mais encore… on importe beaucoup de gaz encore russe, mais le pétrole russe, il est toujours consommé. Euh, on est toujours au même niveau de consommation mondiale, et ce pétrole, simplement, au lieu de venir directement en Europe, il est blanchi, si j'ose dire, par des raffineurs, notamment des raffineurs… des raffineurs indiens qui se sont fait une spécialité de… voilà… de blanchir… de blanchir cet or noir russe. Donc on est vraiment dans le 6e système, et c'est pour nous… c'est un élément fondamental dans ce qu'on cherche à faire aujourd'hui au Shift Project. Il y a pas que pour des raisons éthiques et… et de la responsabilité qu'on a vis-à-vis des générations futures de sortir des énergies fossiles au nom du climat. Il y a pas que cette raison-là, il y a une seconde raison, qui est une voiture-balai des enjeux de décarbonation, qui est le fait que nous, Européens, on dépend à plus de la moitié de nos approvisionnements de sources qui sont soit en déclin avancé, soit qui vont entrer en déclin, et plutôt tôt que tard. Puisque les… les Russes non seulement ont une ressource qui est… qui est au bord du déclin pour des raisons géophysiques, qui en plus sont visés par un certain nombre de sanctions… juste pour préciser la dépendance qu'on a… j'ai plus des chiffres très précis en tête, mais en France, on dépend de l'ordre de… à peu près 60 % de notre énergie… l'énergie qui est consommée… des hydrocarbures. On a souvent en tête l'électricité nucléaire, mais pour l'in… pour l'instant, c'est une part… c'est 25 % en gros de l'énergie qu'on… qu'on consomme. C'est ça… on a… c'est un peu plus, mais… mais… mais disons que l'idée est là, c'est-à-dire que très souvent, il faut quand même le dire, même avec des gens qui, sans doute, sont… qui… qui n'… qui nous… qui prennent le temps de nous écouter… qui… qui ont… sont quelques rappeurs… faut jamais oublier que l'on a cette fâcheuse tendance à confondre électricité et énergie, et à focaliser le débat sur la transition énergétique sur un débat sur l'électricité, alors qu'en fait, dans la plupart des pays européens, les 2/3, voire plus, de ce qu'on consomme, c'est autre chose que de l'électricité, et c'est essentiellement du pétrole et du gaz fossile et du charbon. Voilà. Donc en fait, en se focalisant sur l'énergie… sur l'électricité pardon, on loupe plus de la moitié du problème. Voilà. Et… et… et du coup, on comprend mal la situation. Et si on regarde la question du gaz… pour moi, le lien est… pour moi, le lien est évident. Alors, le gaz est très important pour l'électricité, mais il est très important aussi pour un certain nombre de process… de process industriels. Il est très important pour le chauffage. Voilà. Et le gaz naturel, c'est le petit frère du pétrole. Donc, en général, quand vous trouvez du pétrole, il y a du gaz pas loin… c'est un peu les mêmes formations géologiques. La production européenne de gaz en Europe de l'Ouest décline depuis 2004. Ça, c'est à nouveau… c'est la mer du Nord. La mer du Nord… on… on l'a développée à partir des années 70, on est passé par un maximum au début des années 2000, ça a été prédit correctement, et on est passé par un maximum… on a atteint ce pic de la mer du Nord pour le pétrole en 2000, et pour le pétrole… pour le gaz naturel pardon, en 2004. OK. Donc, qu'est-ce qui s'est passé ? Quelle est la… la… la faute stratégique, l'erreur, l'aveuglement fatidique qu'… qu'a fait l'ensemble de l'Union européenne, et en particulier son industrie, c'est de se dire : « OK, on a une ressource qui est en train de… une ressource… on va pas dire domestique, mais locale, qui s'appelle la mer du Nord, qui est en train de se tarir de gaz naturel… on va miser… on va avoir une… donc on va… une production domestique qui décline… on va… une consommation domestique qui, elle, va augmenter, parce qu'on compte beaucoup sur le gaz naturel pour sortir du charbon, pour pallier l'intermittence du soleil euh… pour prendre le relais quand il y a pas assez de soleil ou pas assez de vent, et pour… notamment dans le cas de l'Allemagne… compenser la fermeture des centrales nucléaires. » Donc on va… on sait… on fait le choix, notamment après l'invasion de l'Ukraine… pardon… l'invasion de la Crimée en 2014, de… de… de… de doubler notre mise sur le gaz naturel, sachant que ça fait 10 ans, en 2014, que la production de gaz naturel décline, et on est sur une tendance où la consommation domestique de l'Union européenne va augmenter très fortement. À quel moment on s'est dit que ça allait bien se passer ? C'est-à-dire que tout le… tout le… le gap entre cette production qui décline et cette consommation qui augmente… au grosso modo, c'est Monsieur Poutine qui va nous la fournir. Bon, euh… qu'on ait oublié la Tchétchénie au début des années 2000, ça me paraît invraisemblable, mais passons… Monsieur Schröder est allé bosser chez Gazprom après que Monsieur Poutine ait organisé des viols de masse en Tchétchénie, entre autres… entre autres turpitudes, si j'ose dire à nouveau… voilà. Mais en 2014, l'invasion de la Crimée… vous savez de combien la consommation européenne de gaz naturel a augmenté entre la Crimée et l'Ukraine ? Non ? 20 % ! Dans le cas de l'Allemagne, 25 % ! C'est… c'est… c'est une erreur… c'est une faute géostratégique… éthique, parce qu'on avait… par ailleurs, on s'est quand même payé de mots sur le fait que : « Ah non, mais bon, c'est le gaz naturel, c'est un moindre mal du point de vue du climat. » Mais pour des raisons… pour une lecture basique des enjeux de puissance dans lesquels sont pris les États… les nations de l'Union européenne… cette vulnérabilité sur le gaz naturel, on n'a pas voulu l'avoir. Et aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Et bien, l'industrie européenne est en récession depuis des mois. L'industrie allemande est en récession depuis 2 ans. Les plus grands industriels, notamment en Allemagne – BASF par exemple – font leurs investissements… bah… où ? Bah… plus en Allemagne ! Ils vont là où l'énergie est pas chère. Ils vont notamment du côté du Texas. Bon, on s'est mis dans la main de Monsieur Poutine… on s'est mis dans la nasse tout seul. Non seulement on a fait un pacte faustien avec un monstre, mais en plus, on a été d'une… d'une inconséquence et d'un aveuglement tragique. Ce que je veux dire par là, c'est que… que ça soit pour le climat ou que ça soit pour assurer la souveraineté économique, c'est-à-dire politique, on doit maintenant compter sur nos propres ressources en énergie, et c'est… ces ressources en énergie… à part le… l'Allemagne avec son charbon… bah, ce sont des sources qui sont décarbonées. On a épuisé le charbon en France, on a épuisé le charbon au Royaume-Uni, on a épuisé le charbon en Wallonie… euh… la mer du Nord, je le disais, est un cas d'école d'un tarissement inexorable. Donc, que ça soit pour assurer notre… notre avenir en tant que… qu'Union de démocraties ou pour montrer la voie sur le climat, ben… souveraineté et décarbonation, c'est la même finalement. Pour nous, Européens, c'est largement… essentiellement la même chose.

Juste pour finir… pour finir là-dessus… c'est très intéressant et très important dans le rapport que vous avez publié sur les 16 plus gros fournisseurs qui représentent 96 % de nos importations de… de pétrole… vous dites que 14 sont en déclin, et ce qui est très intéressant aussi, c'est à quel rythme ça va aller. Est-ce que… bon… jusqu'à 2030, il va y avoir un léger déclin, et ça va aller… est-ce que ça va s'effondrer vite ? Est-ce que ça va s'effondrer vite d'ici 2050 ? La question du rythme, elle est importante aussi.

Oui, oui. Dans le cas de la Russie notamment, on pourrait avoir une évolution assez spectaculaire, et c'était… c'était avant-guerre notre premier fournisseur de brut. Je veux dire quelque chose par rapport à ça : on cherche pas à prédire l'avenir, on cherche à être raisonnablement pessimiste. On cherche à développer un discours de prudence. Qu'est-ce qui passe si les pétrologues que j'ai mobilisés pour ce travail, notamment l'ancien patron de la production et un ancien patron de l'exploration de Total – donc pas précisément des perdreurs de l'année ou des néophytes – Alain Lener et Marc Blzo pour les… pour les nommer, les remercier, et le… le… très… très… l'auteur… l'auteur principal qui a été le Monsieur Pétrole de la… Olivier Appert… Olivier Appert absolument, que je salue… si ces gars-là ont même en partie raison… on n'est pas bien du tout si on continue à se payer de mots sur nos objectifs de décarbonation. Donc il faut décarboner pour le climat, même… le rythme… le… le rythme qu'il faudrait tenir pour réussir à tenir nos objectifs de décarbonation, il est très rapide. Il suppose un effort… une mobilisation intégrale de la société… des forces productives. C'est l'équivalent d'un effort de guerre. Mais derrière ça, si on continue à tarder, et on continue à tarder en étant pas assez consistant, pas assez audacieux, pas assez cohérent, nous courons le risque d'être attrapé par la voiture-balai qui s'appelle la dépression des ressources pétrolières. Et on a déjà été rattrapé, en fait. J'ai même plus besoin de faire de la prospective… ce que je viens de raconter sur le gaz… déclin… déclin depuis 2004… on ignore pendant près de 20 ans ce déclin, on n'en tire pas les conséquences… et bien, je le redis, l'industrie allemande est en récession depuis maintenant 2 ans. Voilà. Donc on est déjà dans ce monde… on est déjà rentré… sans parler des… des causes de la crise de 2008… l'Europe s'enfonce dans un marécage qui… qui… qui est un marécage de… de… de… de fait… de limite physique dans notre accès à notre première source de puissance qui s'appelle l'énergie fossile aujourd'hui.

Juste pour mettre des chiffres là-dessus… alors, je… c'est des chiffres… chiffres qui… qui… qui sont tirés de votre étude, mais d'ici 2050… je vais citer quelques-uns des plus gros importateurs de… de pétrole de l'Union européenne… des plus gros fournisseurs pardon… le Kazakhstan : -40 % ; la Libye : -60 % ; l'Algérie : -65 % ; l'Angola : -93 % ; le Nigéria : -90 %. Et sachant qu'il y a des pays comme le Nigéria qui ont une croissance démographique exponentielle, on se dit que d'une part, ils sont en déclin, et qu'en plus, ils vont avoir des besoins domestiques de plus en plus… en plus importants… ça va être très compliqué d'aller trouver ne serait-ce qu'un peu de pétrole en 2050.

Absolument, absolument. Euh… encore une fois, on… on ne prétend pas prédire l'avenir… on… on… on décrit juste un risque… on documente un risque… on n'a pas travaillé comme ça… c'est… c'est pas du doigt mouillé… je… j'ai cité… enfin, j'ai dit le pédigré des gens qui ont… qui ont fait cette étude, mais on s'est… on s'est fondé sur euh… l'une des trois sources de référence mondiale sur le… l'intelligence économique, oil and gas, qu'utilise l'OPEP, qu'utilise Rystad Energy, une société norvégienne… pour pas… on a utilisé ces données-là, et… et le… et ce qu'on… la conclusion, c'est : il y a des risques de contrainte dans l'accès au pétrole pour l'Europe dès cette décennie, et ce risque se transforme en probabilité très très élevée pour la décennie 2030. Mais du coup, ça suppose de faire des choix audacieux et… et cohérents. Je donne un exemple à la fois de ce qu'il faudrait faire et puis de… de… de l'étroitesse de vue dominant aujourd'hui en Union européenne. Le rapport Draghi… Mario Draghi a publié en septembre dernier un rapport qui a fait beaucoup de bruit et qui est en train de donner le tempo de la nouvelle Commission européenne. Le premier élément de son diagnostic… que la figure 1 de son rapport… c'est montrer l'écart de compétitivité sur les prix de l'énergie entre l'industrie européenne d'une part et les industries américaines et chinoises d'autre part. Bon, Monsieur Draghi… mais… mais grosso modo… voilà… c'est le… c'est le tempo, encore une fois, qui est donné pour la… pour la Commission européenne… dit : « Donc il faut… il faut continuer à… il faut faire le marché unique… il faut déréguler, et puis il faut développer plein d'activités qui vont consommer beaucoup d'énergie, à commencer par le… par le numérique et… et le… et l'intelligence artificielle dont on avait pas… bon… bref… je… j'ai pas l'intérêt, mais en tout cas, ce qui est certain, c'est que l'Union européenne n'a pas les moyens de tout faire. Nous sommes contraints… alors je mets à côté, encore une fois, parce que manifestement malheureusement ce n'est pas une raison suffisante pour agir… je mets de côté les objectifs au nom du… de décarbonation, au nom du climat, mais… compte tenu de notre situation du point de vue de nos approvisionnements en pétrole et en gaz… dans le système tel qu'il est fait aujourd'hui… ou comme tu l'as rappelé… les 2/3 de ce qu'on consomme, c'est de l'énergie fossile… échapper à la nasse… à cette nasse-là… ça suppose de faire des choix ciblés et exclusifs… ciblés et exclusifs sur ce que l'on veut faire, ce que l'on veut développer comme… ou encourager comme industrie, et ce que l'on veut promouvoir comme mode de consommation. Tu peux prendre un exemple… bah… l'exemple le plus… le… peut-être le plus… le plus quotidien, c'est le… c'est la mobilité… les transports. C'est marrant… le… le… l'automobile… l'automobile un peu rêvée… ça reste… peut-être… je sais pas… dans mon imaginaire, ça reste la grosse Cadillac qui consommait peut-être 25 l au 100… les… les… les SUV qu'on sort aujourd'hui… alors certes, ils consomment plus de 25 l/100, mais ils sont très lourds… surpuissants, c'est-à-dire qu'on les… on les fabrique pour qu'ils puissent monter à 180 ou 200, alors qu'on limite à 130, et surtout… enfin… et aussi, ils sont vides ! C'est-à-dire que grosso modo, quand vous regardez le matin pour vos transports quotidiens, il y a une personne dans la caisse. Bon, euh… le Shift… on n'est pas les seuls, mais on est allé très loin dans cette démonstration… a montré que, moyennant un développement à nouveau cohérent, audacieux et exclusif de mode de… de mode de transport pour… au quotidien… faire les allez-retour de 15-20 bornes que la plupart d'entre nous, ou moins, faisons au quotidien, il est parfaitement possible, moyennant des investissements qui n'ont rien à voir avec l'argent qu'a pu mettre euh… la France par exemple pour développer ses lignes de TGV ou ses autoroutes… donc c'est-à-dire en développant une composition intelligente de covoiturage, vélo, train, bus intégré de façon… de façon pertinente… il est parfaitement possible de permettre à la majorité… une grande partie de la population de se déplacer au quotidien sans utiliser ces grosses bagnoles euh… vides, trop lourdes, trop puissantes, qui font le déficit commercial d'un pays comme la France… l'essentiel du déficit commercial qu'on a en France, c'est notre facture de pétrole et de gaz. Bon, là encore… décarbonation, souveraineté économique, c'est la même chose. Bon, ça suppose de changer… en fait, de changer d'objectif. C'est que grosso modo, on… on sent… on sent bien là que le système industriel, le système économique… un peu comme un canard tête… où est-ce qu'on va aujourd'hui ? On… on mésestime… on ignore… on met sous le tapis un certain nombre d'objectifs environnementaux… dans l'objectif climatique… on… on… on double down, comme on dit en anglais… on double la mise sur ce système euh… fondé sur les énergies fossiles qui nous… qui n'… qui nous conduit au précipice, qui nous conduit à la catastrophe climatique, et qui fait qu'aujourd'hui on a Trump d'un côté, Poutine de l'autre, et Mohamed Ben Salman derrière… euh… il faut qu'on se réveille, hein ! On est dans un moment équivalent à l'effort de… je n'ai pas envie de parler d'effort de guerre, mais l'effort de paix que la nation a fait en France par exemple, ou les nations européennes ont fait après la Seconde Guerre mondiale, quand il y avait plus un seul pont entre Le Havre et Paris, et que ne se posait pas la question de savoir comment… on allait… non… on s'est mobilisé collectivement face à quelque chose qui était peut-être plus tangible, qui était la destruction d'un certain nombre de… de… de villes… de poumons économiques en France, en Allemagne, en Belgique et ailleurs. Bon, bah aujourd'hui, c'est un… c'est un poison lent, peut-être plus diffus, plus discret… enfin… la perte d'emploi industriel qui fait qu'on perd notre destin aussi, parce qu'on perd notre savoir-faire, c'est quand même un phénomène ancien et qui, pour moi, tient à une première limite physique qui était les limites sur le charbon… le choc de 73… l'Europe s'en est jamais vraiment remise… il y a vraiment un moment… un avant… un après… euh… les crises européennes du début des années 2010 sont directement liées à la crise de 2008… bref… derrière tout ça, pour moi, il y a un sous-bassement physique qui est… qui a trait à notre situation d'humain avec une volonté de puissance délirante euh… misant sur des ressources finies, et puis à notre situation à nous, Européens, qui sommes les parangons

A, y a des hasards dans cette histoire-là. Il y a des, il y a des, y a des, a des, il y a des circonstances, mais on peut observer qu’un certain nombre d’évolutions, de progrès, euh, de la société, de de certaines sociétés occidentales sont concomitantes avec des sortes d’abondance matérielle qu’on doit au départ au charbon, puis au pétrole, puis à l’électricité.

Simplement, le camp de base, il est, il est en train, c’est-à-dire les énergies fossiles, le point d’origine de tout ça, il est en train de s’effondrer sous nos pieds, quoi. Par exemple, le divorce, il est permis parce qu’on a la capacité aujourd’hui de vivre, d’avoir 50 m² pour une seule personne, alors qu’il y a des siècles… TR ch ou très bien Jeancovissi dans sa dans sa béé, euh… On doit l’abondance énergétique et la démocratie moderne. Il y a quand même quelque chose, il y a un lien très très puissant entre les deux. Donc, se rendre compte que ce sous-bassement énergétique qui fait l’abondance et, dans une et à double, à double titre, à dépasser pour le climat et pour éviter les les limites physiques sur le pétrole et sur le gaz, tout ça, ça nous oblige, si on veut continuer à faire progresser le projet d’Union européenne, qui fait que ça fait 70 ans qu’on s’est pas, 80 ans qu’on s’est pas mis sur la gueule en Europe, en Europe de l’Ouest, euh, bah il faut qu’on soit cohérent et audacieux et lucide, surtout. La lucidité est tienne au fait d’accepter le fait que l’Europe est vulnérable dans le système énergétique dont elle est tributaire et immédiatement contrainte dans le système alternatif des énergies bas carbone.

Toutes les alternatives au pétrole et au gaz et au charbon, qu’on soit très pronucléaire ou très pro-renouvelable ou ce que vous voulez, on s’acquitte de convenir qu’elles sont plus compliquées à développer au même niveau de consommation que celui qu’on connaît aujourd’hui. C’est pour ça qu’il faut réfléchir partout où c’est possible et urgemment et de façon cohérente à, par exemple, des modes de déplacement pour le quotidien qui soient beaucoup plus sobres, qui soient organisés, qui des systèmes de mobilité quotidienne qui soient beaucoup plus sobres. Par à chaque fois que c’est possible, bah, tout simplement pour qu’on continue pouvoir aller bosser, chercher les gosses et partir en week-end quand on a envie, de manière à peu près, à peu près libre comme on l’a aujourd’hui.

Tu parlais du du Gori en parlant de Poutine, tu nommais en gros nos créanciers énergétiques que sont Poutine, Mohamed Ben Salman, le prince héritier d’Arabie Saoudite et Trump de l’autre côté, aux États-Unis. Ça, c’est un fait quand même majeur de ces dernières années, c’est, c’est l’arrivée du pétrole et des gaz de schiste. Ça a permis en quelques années aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial de pétrole. C’est un événement, je crois que dans un de vos rapports, tu dis que c’est toi ou ou quelqu’un d’autre dit que c’est un événement d’une ampleur similaire à celle de l’émergence de l’Arabie Saoudite dans les années 70. Le le le pétrole de schiste, ça a été un miracle énergétique mondial en dépit des conséquences sur le sur le climat. Euh, oui, oui, c’est la planche de salut inattendue. Quand je dis, on a commencé une conversation sur le… S’il y avait pas eu le pétrole de schiste, l’économie mondiale, à moins qu’elle se soit décidée à décarboner très vite, serait en dans une situation peu enviable. Il se trouve que les pétroles non conventionnels et en particulier le pétrole de schiste ont permis de prendre le relais, et permis de continuer à croître la production mondiale de pétrole, pour le malheur du climat, mais pour euh la satisfaction des des des des objectifs contradictoires avec ceux du climat, de perpétuation du business as usual pour faire de la croissance. Bon, oui, les États-Unis, en en une décennie ont réussi à développer, donc je disais à peu près l’équivalent de 1/10e de la production mondiale de pétrole, ce qui est absolument considérable, et euh euh en chemin faisant à euh redevenir exportateur net euh de pétrole et de gaz depuis euh la crise de 2008. Il y a eu un certain nombre de, notamment la baisse des taux d’intérêts a permis un essort absolument spectaculaire de cette industrie aux États-Unis, là où précisément cette industrie était extrêmement… Il y a pas un pays au monde où on a foré plus de puits euh que les États-Unis. C’est vraiment pour les tintinophiles, pour ceux qui aiment bien Tintin, c’est vraiment le pays de l’or noir, c’est vraiment les États-Unis.

Donc, toute cette industrie qui était qui était euh euh en train de en train de prendre la poussière du fait du déclin du pétrole conventionnel, du fait qu’on ne trouvait plus de, essentiellement, de pétrole conventionnel aux États-Unis, elle a pu être remobilisée. Tout euh les forreurs, les matériels de forage, les trains pour faire ce boom du pétrole de schiste, c’est c’est absolument impressionnant quand on regarde euh les régions où où il y a des forages justement, c’est des dizaines de milliers de de de de puits. C’est parti en vrai au Nouveau-Mexique, au Texas, dans le Dakota. On regarde même sur Google Earth, on voit des puits partout. C’est la question, dans des endroits désertiques, c’est vrai aussi dans le Dakota, il y a personne en fait. Est-ce que c’est un feu de paille ou est-ce que ce miracle économique, entre guillemets, du du du pétrole de schiste et des gaz de schiste peut durer ? Alors, à nouveau là, je vais mettre à côté la question du climat qui est le premier mobile pour moi, suffisant, mais malheureusement apparemment ça suffit pas, en tout cas à mes yeux, suffisant pour réussir la décarbonation. Bon, donc là, donc tout ce que je vais dire, je vais à nouveau, malgré moi, mettre l’enjeu climatique de côté, bien malgré moi. Bon, je disais tout à l’heure, on a franchi le pic du pétrole conventionnel. Donc, cette, plus ou moins rapidement, cette production mondiale va vraisemblablement continuer à s’effriter comme elle le fait depuis 2008. Et toute la question c’est de savoir à nouveau si, voilà, on a une baignoire qui se vide d’un côté et si avec les, côté conventionnel et si avec les non conventionnels dont le pétrole de schiste, on peut remplir et maintenir à niveau la baignoire, c’est-à-dire au niveau de 100 millions de barils par jour, consommé quotidiennement par par l’économie mondiale. J’en sais rien, j’en sais rien, mais je pense qu’il y a des raisons prudentes, en particulier pour nous Européens, de se dire : « les armes ne montent pas au ciel », et peut-être que l’arbre, cet arbre du boom du pétrole de schiste, va lui non plus pas monter au ciel. Je sais pas, peut-être qu’il va continuer à croître, croître, croître comme ça, mais pour nous importateurs, consommateurs, c’est intéressant de regarder le verre à moitié vide. Bon, et de fait, on observe depuis la crise du Covid que cette croissance, d’abord, qu’il y a pas de réplique significative ailleurs qu’aux États-Unis de ce boom du pétrole de schiste, à mon avis pour une raison très simple, c’est que l’industrie, je que j’ai, je viens de mentionner l’industrie américaine du pétrole et la a été la première du monde, donc il y avait les compétences, il y avait les capitaux, il y avait les infrastructures pour réussir un tel tour de force. Oui, parce qu’il y a des réserves importantes en Russie, en Chine, en Argentine. Il pourrait en avoir, il pourrait en Argentine, il y a un mini boom, mais qui est précisément tout petit, enfin comparé au boom qu’il y a au Texas, au Texas, en Oklahoma. Les Canadiens arrivent à faire un peu de pétrole de schiste, mais là non plus c’est pas des volumes aussi spectaculaires que ceux aux États-Unis. Les Russes, me semble-t-il, en Sibérie occidentale ont renoncé, et là encore pour des raisons écologiques, c’est-à-dire que c’est très très très, enfin géographique, on va dire, c’est très difficile de déployer une industrie aussi intensive en capitaux, c’est-à-dire en forage, comme vous l’avez dit, avec des forages très resserrés, beaucoup de réseaux, beaucoup de routes, beaucoup de… En Sibérie occidentale, la Sibérie occidentale, c’est le cœur de l’industrie du pétrole conventionnel russe. C’est précisément ce pétrole qui est menacé de tarissement, qui est au bord du déclin, d’après la, d’après Moscou, euh, avant la la la rechute euh du du rideau de fer, d’après nous euh à cet endroit-là.

Je disais, je parlais du paquet, du paquet de cornflakes là, de… On a fini les cornflakes. Bon bah, aux États-Unis, là où le, dans bien des endroits où le boom du pétrole de schiste a lieu, notamment le Permien, c’est-à-dire l’Ouest Texas et le et le Nouveau-Mexique, c’était du pétrole conventionnel qui a été épuisé. Euh, en Pennsylvanie, c’est la même chose. Donc en fait, on va chercher la la source du pétrole conventionnel qu’on a épuisé. Bon, aujourd’hui, là on voit l’administration Trump qui dit : « Allez, on va, on a, on a du liquid gold, liquid gold dans dans les mains, il faut y aller, etc. ». D’autre côté, on lit le Wall Street Journal, on lit le Financial Times et on écoute les les capitaines d’industrie pétroliers qui disent : « Ouais, enfin, moi ce que me dit Trump, il peut m’enlever des des restrictions… Je suis pas sûr qu’il y a beaucoup de restrictions pour forer aujourd’hui aux États-Unis, au Texas, au Nouveau-Mexique, mais bon, soit, qui nous enlève, qui nous facilite la tâche… Nous, notre choix c’est un choix d’investissement, et là c’est pas monsieur Trump qui décide, c’est mon actionnaire ou c’est mon créancier. » Et en fait, qu’est-ce qui se passe pour le pétrole de schiste, le pétrole, le boom, le gros du boom du pétrole de schiste, c’est-à-dire de la crise de 2008 jusqu’au Covid, grosso modo, a bénéficié de la situation euh incroyable, hors norme qu’on a mis en place précisément au lendemain de la crise de 2008, c’est-à-dire le quantitative easing et les taux d’intérêt extrêmement bas. C’est la planche à billets, la planche… Ouais, si on veut dire la planche à billets, c’est-à-dire que les la majorité, la grande majorité des des producteurs, des spécialistes du pétrole de schiste ont perdu de l’argent, ont été à cashflow négatif pendant l’essentiel du boom, en se refinançant avec de la dette et du de l’émission d’actions. À partir de 2018-2019, on a vu commencer à apparaître des papiers dans le Wall Street Journal disant : « Les créanciers, les fonds de pensions, etc., qui disent : « Bon, on aimerait bien avoir des dividendes à un moment donné quand même, c’est sympa votre truc, mais voilà. » Et depuis, la croissance euh, il y a toujours une croissance de la production de pétrole de schiste, mais elle a marqué nettement le pas. Et donc, se dire que c’est ça la planche de salut euh pour compenser le déclin plus ou moins rapide, mais néanmoins inexorable de la production mondiale conventionnelle, il y a des raisons d’en douter. J’en sais rien, il y a des raisons d’en douter, et en tout cas il y a des raisons d’être, il est prudent d’en douter, en particulier quand nous Européens, on est, on a, on n’a pas ça. Du reste, pour l’anecdote, il y avait un endroit en Europe où il y avait des ressources identifiées de pétrole de schiste, et pour des raisons industrielles, parce que c’est trop profond, parce que ça… C’est pas fait en Pologne également, au sud, au sud de l’Angleterre, et également il y avait quelques projets en France, mais à chaque fois on n’arrive pas à aligner les astres avant que ça soit même interdit en France de forer. S’il y avait des booms analogues euh au pétrole de schiste, je sais pas euh dans d’autres pays qui sont en dépression sur le conventionnel, au Mexique par exemple, ou au Royaume-Uni, ou bah c’est pas le cas, ça n’est pas le cas. Donc, ou au Niger peut-être, je sais pas. Donc il y a des raisons derrière ça, et donc il y a des raisons de douter que ceci soit la planche de salut du système, a du système initial dont on veut sortir pour le climat. Parce que pour expliquer en gros, pour forer du pétrole de schiste, enfin, est-ce que tu peux expliquer la différence en gros ? Est-ce que tu peux expliquer la différence entre un champ en Arabie Saoudite qu’on qu’on exploite pendant des décennies et le le le le forage qu’il faut faire dans le bassin du Permien ? C’est très simple en fait, euh, les marges sont pas les mêmes, faut beaucoup plus investir. En gros, un puits de pétrole conventionnel, et c’est bien pour ça qu’on appelle ça l’or noir, tu fores au début, tu investis au départ massivement pour faire le forage, éventuellement pour faire le pipeline, pour faire la raffinerie, et une fois que c’est fait, ce que les économistes appellent les les investissements marginaux sont très faibles. Donc, une fois que tu as fait ton investissement initial, tu es assis sur une rente, tu es assis sur du liquid gold, de l’or noir pour bah si tu es si tu as de la chance et que tu es Saoudien, pour des des décennies. Si tu as moins de chance, comme les Européens, pour quelques années, voilà, mais il y a pas ces investissements marginaux qui qui sont le le le le le le fait de la vie, vie pour toute industrie, pour toute autre industrie extractive, une usine, une mine de charbon, une mine de cuivre, que sais-je. Bah, si tu arrêtes de réparer, d’acheter des camions et de payer les ouvriers, la production s’arrête. Dans le pétrole, en tout cas à l’époque de l’âge d’or, c’était complètement différent, le pétrole remontait de sa propre pression euh donc tu faisais un trou, caricature, mais tu faisais un trou, était bon. Après ça c’est compliqué justement, qu’il a fallu investir beaucoup plus pour mettre davantage de paille dans le verre, mettre des pompes sur les pailles pour absorber ça. Ça commence dans les années 2000, précisément au moment où on franchit le pic du pétrole conventionnel. C’est ce moment-là, il y a un grand patron pétrolier américain en 98, il a dit : « C’est la fin, on est à la fin du pétrole facile. » OK, le pétrole de schiste, c’est pas un pétrole facile au sens où donc tu vas, ça ressemble presque, ça s’apparente presque, ça s’apparente beaucoup plus à une industrie extractive classique. Il faut, il te faut des des capitaux fixes, des machines euh qui vont percer la roche pour l’éclater et permettre de au liquide de remonter. Euh, si tu arrêtes de de forer constamment de nouveaux puits, la production s’effondre. Le le profil de production d’un d’un champ conventionnel, c’est une, grosso modo, une une longue courbe comme ça, symétrique. Euh, le profil de production d’un puits de pétrole conventionnel, c’est comme ça, c’est-à-dire tu as une production, tu lances, tu craques, tu fractures la roche, tu atteins pratiquement instantanément, c’est-à-dire en terme de jours, de semaines, ta production maximale, et la zone que tu as fracturée libère son pétrole, et puis donc il faut il faut que tu, tu ailles forer 100 m plus loin ou 1 km plus loin pour refaire une courbe comme ça. Gros, les puits, ils s’épuisent en un ou deux ans, quoi. Voilà, ils s’épuisent très rapidement, ils sont tout petits et ils s’épuisent très vite. Oui, sauf que les États-Unis ont réussi cette prouesse industrielle, ils ont fait tellement de forage que ils arrivent à faire avec toutes les que de production, ils arrivent à faire un matelas de production absolument considérable qui est quasiment de l’ordre du 1/10e de la production mondiale, ce qui est absolument gigantesque, mais euh en terme de rentabilité et en terme de, surtout de complexité, de de lourdeur industrielle, les pétroles conventionnels euh c’était c’était le vrai or noir. Les pétroles non conventionnels, en terme de volume de machin de d’infrastructure qu’il faut déployer pour arriver à avoir des niveaux de production significatifs, et encore une fois il y a que dans la première puissance économique mondiale qu’on est arrivé à faire ça, bah il fera jamais jeu égal. Donc c’est une autre raison de se dire ça va être compliqué pour les pétroles non conventionnels, parce que la situation pour le sable de pour les pour les pétroles lourds est similaire en terme d’intensité de capitaux, pour que toutes ces formes alternatives et et et et qui sont des des airats en fait du du pétrole de schiste, le du pardon du pétrole conventionnel, fassent jeu égal précisément et compensent le déclin du pétrole conventionnel. Donc là, aujourd’hui on s’est mis dans une nouvelle dépendance vis-à-vis des États-Unis, on est très très dépendant des États-Unis d’un point de vue énergétique. Oui, et puis on va l’être de plus en plus à mesure que la mer du Nord va continuer, ou va continuer en tout cas ne pas reprendre et poursuivre son sa queue de production, à mesure que le continent africain vraisemblablement va continuer à décliner en terme de production, c’est-à-dire nos sources premières, demain peut-être la Russie, bah ça veut dire que pour le pétrole et pour le gaz, va se retrouver mécaniquement, inexorablement, naturellement, si j’ose dire, de plus en plus dépendant des États-Unis et du golfe arabo-persique, à condition que Ben ces capacités de production des États-Unis en particulier puissent être maintenues, et ça il y a pas mal de, il y a pas mal de de responsables de de patrons du pétrole de schiste qui disent : « Ah, attention, à partir de 2030 ça va commencer à être vraiment compliqué, parce qu’en fait l’héritage, le le poids des des des des champs déclinants va être de plus en plus prépondérant vis-à-vis de nouveaux de de la capacité à développer de nouveaux puits. » Alors là en fait c’est l’inconnu, c’est-à-dire Marc Blzo qui a été le patron de la la production de Total, il continue à être très prudent, il fait partie de ces pétro-, pétrogéologues qui continue à être très très prudent sur l’avenir du pétrole de schiste, parce que précisément c’est une industrie nouvelle, on connaît pas bien encore les limites de, à la fois physiques et industrielles de cette ressource. Encore une fois, on cherche pas à prédire l’avenir, mais on dit juste : « Nous Européens, on a une excellente raison de se décarboner qui s’appelle le climat, mais on en a une seconde qui est : « Attention, on n’est pas maître de notre destin dans ce système-là, tributaire des énergies fossiles. » Donc, si on veut récupérer notre destin, il faut compter sur nos propres ressources énergétiques, et elles sont essentiellement décarbonées par la force des choses, que ça soit le vent, le soleil ou ou l’uranium qu’on arrive à importer ou peut-être demain l’uranium appauvri qu’on a et qu’on pourrait rendre fertile avec avec la surgénération. Bref, il faut miser sur nos propres ressources énergétiques en comprenant bien que même si on est très très bon sur le solaire, sur le sur l’éolien, sur le nucléaire et sur les énergies issues de la photosynthèse, il est peu probable, pour dire, pour pas dire il est industriellement invraisemblable qu’on puisse maintenir le niveau de consommation énergétique qu’on connaît aujourd’hui. Donc il faut très vite et de façon très construite et lucide reconfigurer un certain nombre d’organes vitaux de la société, organe vital des transports, organe vital de l’agriculture, de l’industrie, etc., de façon à ce qu’il soit aussi sobre que possible, que techniquement et et et en terme d’usage aussi sobre que possible en énergie, parce que ça sera d’abord le moyen le plus sûr de montrer le chemin de décarbonation pour le climat, et puis parce que pour nous Européens ça sera la façon la plus sûre de de récupérer notre destin.

Il y a un large consensus sur le fait que, il, pour réussir, pas un consensus absolu, mais une large convergence qui existait pas il y a encore 3-4 ans en France, pour dire : « Pour réussir la décarbonation, on a besoin de toutes, de développer aussi sainement que possible toutes les sources d’énergie décarbonées. » Ça sera loin, très très loin. En gros, on consomme 1600 TWh en France, l’ordre de grandeur c’est… Attendez, laissez tomber les « w », retenez 1600, et l’électricité c’est 500. OK, tout ce qui est entre ces 500 et ces 1600 bah c’est essentiellement du pétrole, du gaz. Donc, soit pour le climat, soit pour le P, pétrolier, il faut se débarrasser… Dans les 500, il y a aussi beaucoup, dans l’électricité il y a aussi beaucoup de gaz. C’est exact, ouais oui, donc c’est c’est un peu plus, c’est encore un peu plus, mais en en France on a le un mix électrique qui est disons largement euh essentiellement, enfin majoritairement bas carbone. Oui, mais c’est pas le cas en Pologne, c’est pas le cas en Allemagne, c’est pas le… On est d’accord, on est justement, c’est pour ça que nous au CHI on milite pour que la France montre le chemin, pas juste pour dire : « Faites des centrales nucléaires partout, trouvez les moyens industriels qui vont vous permettre de répondre aux besoins de votre société, » mais chemin faisant, et c’est là qu’on se retrouve profondément avec Negawatt, mais avec avec RTE, peu ou prou, avec la direction générale énergie climat aujourd’hui, avec les gens du secrétariat général à la planification écologique pour se dire : « Donc, il y a nucléaire, renouvelable, efficacité énergétique. » Alors ça c’est c’est heureux, c’est qu’un un moteur électrique est beaucoup plus efficace qu’un moteur thermique, mais il y a pas que ça, et je dirais clé de voûte, parce que c’est la, ou plutôt maillon faible, mais maillon indispensable. Les marins disent qu’une chaîne ne vaut que par son maillon le plus faible. Le plus difficile, en tout cas politiquement, où là il y a le plus de malentendus, c’est la sobriété structurelle, systémique. Comment est-ce qu’on s’organise ? C’est pas dire aux gens de serrer la ceinture, précisément, c’est le contraire, c’est comment est-ce qu’on peut s’organiser collectivement pour gaspiller moins d’énergie et précisément donner la capacité aux gens, et en particulier les plus modestes, de se déplacer, de manger ce qu’ils ont envie de faire et éventuellement de prendre plaisir à profiter de leur week-end à peu près de la manière… C’est récupérer la capacité, et ça, nucléaire, renouvelable, efficacité, sobriété, aujourd’hui en France, alors modulo cette histoire, les choix éthiques tout à fait respectables des gens qui sont antinucléaires, du coup ils sont encore plus pro-sobriété, et du coup c’est encore plus dur de convaincre les gens qui se sont pas plongés, qui ont pas eu, qui ont, qui ont pas eu la capacité ou le temps ou l’angoisse pour se plonger vraiment dans ce dans cette tragédie qu’il convient d’éviter. Tous les gens se rejoignent sur ces quatre piliers. Ça sera la dernière question, mais ce que tu suggères là, ça veut dire une forme de fort colbertisme économique, disons de la planification économique écologique et économique très forte. Je sais pas, je vais prendre un exemple, mais on a laissé l’industrie depuis, je sais pas, 30-40 ans, faire ce qu’elle voulait en terme… Je prends les voitures par exemple, faire les segments qu’il voulait, très peu imposer des cahiers des charges là… Ce que tu suggères c’est que en fait euh les états vont devoir dire : « Bah voilà, vous faites une voiture qui émet pas plus de 2 tonnes, pas plus de 2 litres au 100 km », ou des choses comme ça… On s’est engagé de bannir le thermique à partir de 2035 déjà, c’est déjà une, c’est-à-dire que l’État va devoir, les états vont devoir imposer un cahier des charges très strict au au au marché. Les états, je sais pas, les les nations peut-être, si elles reconnaissent, si les nations européennes reconnaissent à quel point elles sont en situation vulnérable, alors je… Il y a eu d’autres, il y a eu d’autres époques dans l’histoire récente de l’Europe où on sait démocratiquement, je pense à je pense à l’Angleterre de Churchill par exemple, où je pense à la France de Jean Monnet à l’époque, on a réinstitué, on a on a créé le le Commissariat au Plan, on a à côté ou ou malgré l’axiomatique capitaliste classique, on s’est dit : « On va se donner d’autres objectifs euh de construction, de reconstruction, d’un avenir, d’un avenir commun tout simplement, à côté, malgré les objectifs classiques de maximisation du profit. » L’objectif de décarbonation, lui, il l’oblige, ce soit pour le climat ou pour pour des raisons géostratégiques que j’ai développées, il oblige à prendre un virage fort par rapport aux aux règles du jeu classique, fort, et ça ça s’appelle des politiques industrielles, ça s’appelle des PO, ça s’appelle des politiques… Dans le cas de la décarbonation, c’est c’est c’est là où la comparaison avec la France de 1945 s’arrête. On était en 45 dans un monde exsangue et on on avait des perspectives de croissance. Aujourd’hui, i, c’est presque, c’est presque l’inverse, c’est-à-dire que on rentre dans un système qui est d’emblée contre la production d’énergie bas carbone. On peut pas la multiplier par 4 comme ça du jour au lendemain. Même arriver à l’augmenter de 10, 15, 20 %, ça suppose un effort industriel, c’est-à-dire des politiques industrielles extrêmement bien charpentées où le premier élément c’est que chacun au sein de des gens qui prennent la décision et si possible chaque chaque citoyen, citoyenne voit bien l’objectif, pourquoi on fait ça. Quand je dis : « Il faut il faut investir, il faut que la la France, l’Europe investisse dans le train dans pour les pour la mobilité longue distance et dans les alternatives au SUV avec une seule personne dedans pour la mobilité quotidienne, » c’est un investissement collectif, il y a de l’argent pour ça, il y a beaucoup d’épargne pour ça, mais s’il y a pas la compréhension du fait que on a tout à gagner à le faire et tout à perdre à continuer, à refuser l’obstacle, si on réalise ça, bah il y a plein de trucs qui deviennent, qui deviennent possibles. Euh, je suis pas sûr que l’effort, vous avez parlé de, tu as parlé d’effort de de de guerre, moi je préfère parler d’effort de paix, de reconstruction. Je pense pas qu’on soit face à un effort comparable pour le coup au quotidien avec l’effort que ont pu faire nos grands-parents, 47, 48, 49, 50, on continuant à avoir des petits cas, rationnement, on se privant de plein de trucs par la force des choses. Non, nous on doit juste se dire : « Ouais, développer massivement des data centers pour faire tourner des vidéos de petits chats ou autre, alors qu’on a du mal à pérenniser, à développer plutôt la la production d’électricité bas carbone. » Bon, est-ce que par exemple on pourrait faire des choix, je prends un exemple limite un peu, est-ce que par exemple on pourrait brider une partie de la consommation de vidéo sur Internet en terme de qualité ? Je parle même pas de censurer le porno, l’industrie du porno, parce que c’est un gros non, mais c’est un cas, c’est un quart du trafic ou quel… Ça c’est c’est une part énorme du trafic. On sait toujours pas… Dit : « Bon ben, ce truc-là… » En plus, l’œil fait… Je sais pas si vous savez, mais au-delà de 400, je sais pas combien là de pixels par image, l’œil fait même pas la différence en fait. Donc, on est… Et ça c’est, je prends l’exemple du numérique, des vidéos, mais je pourrais parler de ce qu’on mange, la manière dont on… De façon complètement inconséquente, on a un nombre de pratiques, de de habitudes de consommation que n’avaient pas nos parents, que n’avaient pas ceux qui, comme moi, ont pas mal de cheveux blancs. On arrivait à vivre sans avoir la 5G, la 6G, la 8G tout le temps maintenant, et ça… Ce que je veux dire par là, c’est que en prenant cet exemple un peu extrême du numérique, un peu limite du numérique, mais tout à fait emblématique, je pourrais prendre des exemples équivalents, encore une fois sur la… Ouais, mais sur la manière dont on se déplace, la manière dont on surconsomme du textile jetable, la tech, la technologie, c’est ce qui nous permet à nous humains post-modernes de faire société. Elle est jamais bonne ou mauvaise, elle est bonne en soi, elle est bonne ou mauvaise selon, éthiquement, ce qu’on lui, ce qu’on choisit de lui faire faire. Les règles du jeu capitaliste, dans leur version la moins réglementée, la moins la moins bridée, se se fiche de ça. Plus on produit, et plus on produit de profit, mieux c’est. Bon, on voit avec les questions de l’écologie que ça vient cogner contre euh les règles du jeu dominantes. Bah, si on est si on a la lucidité euh et la cohérence nécessaire, on peut parfaitement, je pense, j’espère, dépasser ça et et changer profondément ce nombre de règles du jeu, de façons à pérenniser ce qui est essentiel, c’est notre capacité à faire société et à pérenniser, à donner un avenir à cette démocratie occidentale qui aujourd’hui, je pense, pour des raisons essentiellement, finalement, au bout du bout, physiques, qui ont très, très limité la croissance, ce monde dans lequel on est rentré, pour moi dans les années 70, qui arrive en butée. Donc, il faut récupérer notre destin, il faut il faut se redonner des objectifs clairs, simples, sans prudents, et derrière nous organiser, côté côté force productive, côté citoyen et consommateur, faire en sorte que on puisse continuer à jouir du progrès technique, mais comme on dit dans le commerce, dans la limite des stocks disponibles, prudemment, en adulte. Pour moi, on est en train de… Je suis profondément convaincu que on vit une crise d’adolescence en fait, en tant que société moderne. On n’est pas très vieux, on a quoi, on a 4-5 générations depuis la machine à vapeur, 5-6, c’est c’est très jeune, un siècle c’est très petit, quel voyage quel… Et et et on est, pour moi, on est précisément, on est exactement au point d’un adolescent qui vient de faire une énorme poussée de croissance, qui est rentré deux ou trois fois euh bourré de boîte et s’est foutu dans le fossé, qui a fait quelques conneries, mais il est pas trop tard pour se dire : « Attends, on se pose, on réfléchit… Les règles du jeu qu’on a, qu’on a adopté aujourd’hui, ben peut-être qu’elles sont partiellement ou complètement déconnantes. » Et si on veut assurer un avenir pour nos gosses en Europe, dans une société raisonnablement libre et démocratique, alors il y a deux ou trois ajustements dans les dans les fondements physiques et techniques qui nous permettent de faire société, en… J’en suis profondément convaincu, en tout cas, et c’est ce qu’on cherche à faire valoir au Ifremer Project. Un grand merci d’être revenu au micro du Green Club. Merci beaucoup, à bientôt.