Transcription
96 400 € perdus dans une arnaque au forib. Les amis, c'est la somme qu'une société immobilière a viré sur le compte d'un escroc en croyant payer son notaire. Et tout ça reposait sur quoi ? Sur un seul mail intercepté, un seul numéro de compte modifié. Et quand une arnaque de ce genre, et bien, vous arrive, la question est de savoir qui est responsable. La justice a tranché.
L'arnaque au forib, définition. L'élément central, c'est le RIB. Vous avez compris, pas ce que vous mangez bien sûr. Le RIB, c'est le relevé d'identité bancaire. Le document qui contient vos coordonnées bancaires avec votre IBAN. Vous savez, ce petit truc qui a déjà fuité chez quasiment tous les opérateurs télécom ces deux dernières années. Et c'est aussi votre BIC, le nom de votre banque. Bref, c'est ce que vous envoyez à quelqu'un pour qu'il puisse vous virer de l'argent. Rien de bien compliqué, oui, mais beaucoup d'infos utiles pour les escrocs.
Une fois qu'on sait ça, qu'est-ce que c'est la fraude horrible ? Et bien, déjà, c'est une arnaque qui techniquement n'est pas ultra compliquée. Il va alors intercepter ou pirater la messagerie de l'une des parties, le créancier, en parlant, ou la victime. L'escroc ou le pirate va identifier une transaction qui est sur le point d'avoir lieu entre les deux parties. Ça peut être un achat immobilier, des travaux, une facture professionnelle, peu importe. Ce qui l'intéresse, c'est le moment où de l'argent va bouger. Les sous-sous, toujours les sous-sous.
Il va alors intercepter ou pirater la messagerie de l'une des parties, ça peut être le créancier ou la victime, et envoyer un message qui ressemble très fort à un message légitime. Vous avez, vous le voyez, hein, le même logo, la même mise en page, les mêmes montants, le même ton. La seule chose qui change, c'est le numéro IBAN sur le RIB joint. Un numéro qui pointe vers le compte bancaire du méchant de l'histoire. La victime vire de l'argent, la banque exécute l'ordre et l'argent disparaît, pouf, comme ça, comme par magie. Incroyable.
Et c'est d'autant plus redoutable qu'elle est quasi indétectable sur le moment. Vous ne recevez pas un message bizarre d'un inconnu, mais vous recevez ce qui ressemble exactement au message que vous attendiez, de la personne que vous attendiez. Le piège est parfait.
Alors, on parle de qui ? On parle de quoi ? Petit retour en arrière, les amis. On est à l'automne 2022. Marti enclenche la machine. On est parti. On a une société ici spécialisée, hein, dans l'achat-revente immobilier qui va acheter un bien à 320 000 €. Faut savoir que la majeure partie est financée par un prêt bancaire, mais il reste quand même 96 400 € assez précis, je sais, à régler en fonds propres, donc directement depuis la trésorerie de la société. La signature chez le notaire est calée au 4 novembre 2022 et jusque-là, bah, il y a franchement rien d'inhabituel. Mais attendez, attendez, attendez.
Le 27 octobre, quelques jours avant la signature, le notaire envoie par email à sa cliente un document qu'on appelle le décompte acquéreur. Le décompte acquéreur, c'est le récapitulatif de toutes les sommes à régler avant la signature. Avec ce document, il joint le RIB de son étude, donc les coordonnées bancaires sur lesquelles virer les fonds. Vous avez compris ce mail ? Et bien, il est intercepté par un pirate informatique. Le jugement ne précise pas comment, mais il y a une hypothèse très probable et logique, on l'a expliqué tout à l'heure, du piratage de la messagerie électronique.
Le lendemain matin, on est le 28 octobre à 10h12 très exactement. Si vous voulez, on peut négocier pour les secondes, mais ça va, c'est pas super important. Mais en tout cas, ce qui est important, c'est que la société reçoit un email qui est en apparence parfaitement identique. Alors là, même logo de la Caisse des dépôts et consignations, même nom et adresse de l'étude notariale, même montant, même référence de dossier. Un seul détail a changé, un seul, c'est le numéro IBAN sur le RIB. Vous l'avez compris, ce mail du 28 octobre, c'est l'escroc qui l'a envoyé.
Entre-temps, le 4 novembre, le jour prévu pour la signature, l'associé du notaire contacte la société pour lui annoncer que la date est repoussée à 2 semaines plus tard et qu'un nouveau décompte lui sera transmis prochainement. Attendez, vous allez voir. La société répond qu'elle attend des éléments pour effectuer le virement. Et pourtant, aïe aïe aïe aïe aïe les amis, 3 jours plus tard, sans attendre ce nouveau document, qu'est-ce qui se passe ? Et ben, la société effectue le virement de 96 400 € vers le compte de l'escroc. Sa banque confirme que tout s'est bien passé. La société envoie même un courrier à l'étude pour les prévenir.
Et du coup, on est 9 jours plus tard, le notaire, bah, il se dit "Bon, j'ai toujours pas reçu mon argent et cetera, qu'est-ce qui se passe ?" Bah du coup, il envoie un email à sa cliente. Il lui demande de vérifier auprès de sa banque et c'est là qu'on découvre le pot aux roses. Et donc là, gros vent de panique, des démarches qui sont engagées à tout va, en urgence bien sûr. Une partie des fonds est récupérée donc auprès de la banque le 30 novembre 2022 et tout le reste, 69 000 €, définitivement perdu. C'est une catastrophe.
Maintenant, direction le tribunal. Mais il faut régler les comptes évidemment à un moment ou un autre. On est en septembre 2023 et la société victime, qui pensait avoir acheté son fameux bien immobilier à 300 et quelques 1000 €, et bien porte l'affaire devant le tribunal judiciaire de Paris. Ça a été jugé il y a quelques petites semaines. La victime, elle assigne trois parties, les amis. Le notaire, sa propre banque qui a émis le virement et la banque qui l'a reçu. Et chacune d'entre elles va se défendre à sa manière. C'est normal, on veut pas perdre quand on est en justice, on veut gagner. Et vous allez voir que pour une fois, c'est pas forcément les banques qui sont dans la sauce, hein, mais le notaire. On en reparle.
D'abord, les deux banques. Alors, elles, elles invoquent, c'est classique, hein, dans cette affaire, je vous le dis, le code monétaire et financier qui nous dit et bien que dès lors qu'une banque exécute un virement en suivant exactement l'IBAN que son client lui a fourni, et bien elle n'est pas responsable de ce qui arrive après. Peu importe que le nom du destinataire soit bidon, c'est le numéro de compte qui fait foi, comme on dit dans le monde de la justice, pas l'identité. Et la jurisprudence va d'ailleurs dans ce sens et le tribunal leur donnera raison. Et c'est un point qui est vraiment important quand même que vous devez retenir parce qu'il explique pourquoi dans beaucoup d'affaires de foribes, la victime se retrouve sans recours face à sa banque.
Alors maintenant qu'on a parlé des banques, je vous parlais du fameux notaire, notre ami le notaire. Et ben, lui, il retourne complètement l'argument. Qu'est-ce qu'il dit le notaire ? Lui, il dit que c'est de la faute de sa cliente. Bien sûr. Il dit qu'elle a effectué le virement le 7 novembre sans attendre le nouveau décompte que l'associé du notaire lui avait pourtant annoncé. Il dit et bien qu'elle a agi pendant une période de vacances scolaires et de jours fériés sans chercher à joindre qui que ce soit pour vérifier. Et surtout, et c'est là que ça devient très intéressant, l'adresse email utilisée par l'escroc, et ben, elle comportait une anomalie visible, pas identique à celle du notaire, mais légèrement différente. Vous avez compris la nuance ? Et la différence était détectable selon le notaire.
Alors le tribunal va trancher en deux temps. D'abord, il retient la faute du notaire. Toujours lui. Il n'a pas tout réussi quand même là-dessus, le notaire. Imaginez que la chambre des notaires avait elle-même, dès le 11 mars 2022, donc bien avant les faits, elle avait publié une recommandation explicite à destination de la profession. Le message, c'était de ne plus transmettre de RIB par voie électronique. D'ailleurs, moi, il y a vraiment un truc qui m'énerve et je pense que ça a dû déjà vous arriver. Ça m'est arrivé en tout cas, par exemple, vous louez un appartement, vous avez l'agence immobilière qui vous dit "Bon ben, monsieur, envoyez-nous votre dossier avec le RIB et cetera." Par email ? Par email, madame, vous êtes sûr ? Mais quand c'est pas les passeports, carte d'identité, permis de conduire et cetera. Bref, la cata.
Et pour limiter les risques justement, je vous le demande solennellement, on est entre nous, privilégiez s'il vous plaît l'envoi postal ou alors la remise en main propre d'une photocopie, quelque chose comme ça. Et surtout, demandez confirmation téléphonique par pitié. Mais alors forcément, le notaire, qui est un professionnel du droit, investi d'une mission de service public, quoi, ça fait très sérieux, qui a le monopole, hein, en plus, sur la réalisation des ventes immobilières, bah, on considère, le juge considère qu'il ne pouvait pas ignorer ce risque. Il aurait dû au minimum demander à sa cliente de rappeler l'étude pour vérifier les coordonnées bancaires. Il aurait pu communiquer le code BIC, hein. Regardez sur cet exemple, c'est le petit code international qui identifie précisément la banque du destinataire. Ça aurait permis de détecter l'anomalie, mais finalement, il n'a rien fait. Alors, est-ce qu'il n'avait pas envie, la flemme ou un autre problème ? Ses patrons qu'on n'ait pas sa vie. Toujours est-il que le tribunal note, et vous allez voir l'ironie, que quelques jours après la découverte de l'escroquerie, le notaire a lui-même envoyé un courrier à sa cliente indiquant expressément, je cite, "Le code BIC de vos virements est exclusivement le suivant." Nanana nanana. Alors la précaution, ben, elle était là. Elle avait juste pas simplement été prise au bon moment. Dommage.
Mais quid de la société victime maintenant ? Parce que bah, il y a il y a quelqu'un qui a perdu beaucoup dans cette affaire. Et figurez-vous que le tribunal ne la blanchit pas totalement. Pourquoi ? Parmi les pièces qui ont été donc versées au dossier par la société elle-même, donc pour se défendre, on a notamment un procès-verbal du huissier. Et ben, il apparaît que l'adresse email du pirate était bel et bien différente de celle du notaire. On en parlait il y a quelques instants, et donc qu'elle était détectable avec un minimum d'attention. Ah, la société, ben, elle peut donc pas dire qu'elle a été trompée de manière absolument imparable.
Alors, faut savoir que dans certaines affaires, la banque est condamnée à rembourser l'intégralité. Ici à Paris, la responsabilité a été partagée. En fait, vous avez 30 % du préjudice qui reste à la charge de la société victime. Du coup, la condamnation du notaire a été fixée à 48 000 € et des brouettes. Et les deux banques, ça va vous étonner, et oui, sont mises hors cause.
Alors, cette affaire, vous allez le voir, c'est vraiment un cas d'école, mais il y a quelques petits trucs et astuces juste pour pas que ça vous arrive, hein, les amis. Alors, le premier truc, si vous recevez un RIB par email, vous faites quoi ? Vous ne vire jamais sans vérification téléphonique. D'abord, vous prenez votre téléphone, vous appelez votre interlocuteur sur un numéro que vous connaissez déjà, pas celui indiqué dans l'email, quand même. Poussez pas le truc un petit peu trop loin. Vérifiez que les coordonnées bancaires reçues sont bien les siennes. Bon, tout ça, ça prend quoi ? C'est une petite contrainte de quelques secondes, quelques dizaines de secondes, quelques minutes tout au plus. D'accord ?
Deuxième tips, vous regardez l'adresse email de l'expéditeur, pas juste le nom affiché, vous regardez l'adresse complète avec le domaine. Vous avez vu ce que c'est ? Parce qu'il faut savoir que les escrocs créent des adresses très proches de l'original. Vous connaissez le fameux truc, un Microsoft avec un I majuscule et Microsoft avec un L minuscule. Je fais référence notamment à l'excellent documentaire de "Go to the police". Je vous le conseille, il est pas mal, on en a déjà parlé sur Clubic. Des fois, bah, ça se joue à une lettre changée, un point déplacé, rien du tout, que dalle quoi.
Troisième truc, sécuriser votre messagerie s'il vous plaît. Utiliser des mots de passe différents pour chaque service. Vous utilisez aussi la double authentification partout où c'est possible. Ne faites pas comme certains de nos ministères, on les embrasse bien sûr. Faut pas oublier que cette deuxième vérification par SMS ou par application, et ben, elle rend beaucoup plus difficile à pirater votre messagerie pour le pirate. Donc faites aussi vos mises à jour, installez un antivirus, c'est les bases tout ça, mais quand même, ça reste les meilleures protections contre le piratage de messagerie qui est souvent, on le disait, le point de départ de ce type d'arnaque au RIB.
Et alors, je prends un temps un petit peu plus sérieux, mais si vous êtes victime, les amis, d'abord, je suis désolé pour vous, mais surtout, il y a des solutions, il y a des trucs à faire. Alertez votre banque immédiatement. Chaque heure compte pour tenter de bloquer, de récupérer les fonds. Vérifiez si votre messagerie a été compromise. Cherchez les règles de redirection inconnue. Ça vous les trouvez par exemple dans Gmail, dans vos paramètres, juste comme ça. Et puisqu'on parle de Gmail, si vous êtes dans un environnement Google, c'est facile aussi d'identifier les connexions suspectes. Conserver toutes les preuves également. Déposer plainte, c'est important. Et puis vous avez aussi un numéro, le numéro d'info escroquerie s'affiche juste ici. Il est complètement gratuit. C'est fait pour ça. Surtout n'hésitez pas. Faut vraiment pas se retenir.
En tout cas, cette affaire, bah, elle pose des questions que beaucoup de victimes se posent en silence. Qui paye jusqu'où ? Le notaire a été condamné, les banques ont été exonérées et la victime, malgré tout, repart avec 30 % du préjudice à sa charge. Pour s'éviter tout ça, le best, et bien, c'est de faire preuve d'un maximum de vigilance, presque de paranoïa, j'ai envie de dire. On n'a jamais trop de sécurité en cybersécurité.
Les amis, je voudrais vous remercier d'avoir regardé cette vidéo. J'espère qu'elle vous a plu. Si c'est le cas, bah, vous n'hésitez pas. Vous mettez un petit pouce, ça mange pas de pain et ça fait du bien. Vous mettez des commentaires également. Si vous avez des questions, et bien, on y répond avec plaisir. Et puis n'oubliez pas de vous abonner à la chaîne si ce n'est pas déjà fait. On vous accueille avec grand plaisir. Salut !