Transcription
De la paix est-il un prix politique ? La question se pose, puisque les trois lauréats annoncés aujourd'hui sont tous des opposants résolus à Vladimir Poutine : l'ONG russe Mémorial, le Centre pour les libertés ukrainien et l'opposant biélorusse, pardon, Ales Bialiatski.
Un Centre pour les libertés ukrainien qui appelle au jugement de Poutine en tant que criminel de guerre. Sa porte-parole a d'ailleurs déclaré : "Il est nécessaire de créer un tribunal international et de traduire en justice Poutine, Loukachenko, c'est le président biélorusse, et d'autres criminels de guerre." D'où notre question pour ce concours de projecteur : le prix Nobel de la paix est-il un prix politique ? Et le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est clair : 93% d'entre vous, avec notre invité Philippe Bilger, auteur du livre "Ce que les Nobels ont à nous dire" aux éditions, on n'a pas les éditions, avec Mathilde Aubinon. Bonsoir.
Alors justement, c'est la première fois qu'il y a trois prix Nobel de la paix, et les trois sont des opposants à Poutine : un Russe, un Biélorusse, un Ukrainien. C'est bien un message politique qui a été délivré ?
Oui, ça, je suis bien d'accord et je rejoins les 93% des des sondés. C'est vraiment un message politique à différents égards. Alors bien sûr, on peut voir l'opposition à Poutine, ça c'est, on va dire, le premier message. Mais il y a aussi un message, et trois pays donc, à la fois l'Ukraine, la Biélorussie et aussi donc la Russie. Donc on voit bien que c'est un conflit qui est, on va dire, global. Et deuxième point, justement, qui est intéressant, c'est que c'est politique, mais c'est ce qu'on essaie de dire par ce prix Nobel, c'est que la Russie, ce n'est pas que Poutine. C'est peut-être ça qui est intéressant. Et en ça, c'est aussi un prix Nobel politique, c'est qu'on a aussi des prix à la Russie. Donc ça, il faut peut-être pas, voilà, parce qu'en gros, ce qu'on essaie de dire de façon indirecte, c'est que le peuple russe, il ne faut pas associer seulement le peuple russe à Poutine, et qu'il y a des gens à l'intérieur de la Russie qui se battent aussi pour les droits de l'homme.
Philippe Bilger, les motivations politiques, d'autres leurres du Nobel, par exemple, on parlait à l'instant du foie d'Assange, nous plutôt que de Michel Houellebecq. De mon point de vue, autant ma question est la suivante : est-ce que vous pensez que le prix Nobel de la paix peut être délivré sans motif politique ? Et dans ma tête, politique n'est pas un gros mot, vous voyez. Est-ce qu'on n'est pas d'une certaine manière contraint à délivrer un prix Nobel de la paix pour des orientations politiques, et qui sont différentes finalement, selon les gens qui appréhendent le monde ? Est-ce que ça n'est pas normal ?
Je pense que c'est, je pense que c'est une excellente, une excellente remarque. Je pense qu'il faut faire déjà une distinction entre le prix Nobel de la paix et les autres prix Nobels, les prix scientifiques. Donc les prix Nobels scientifiques ne relèvent pas, en tout cas, d'une dimension trop politique. Ça, c'est le premier point qu'on peut souligner. Deuxième point, on peut, on peut remarquer aussi quand même, et faire une comparaison avec un autre prix Nobel aussi très connu, par exemple, Mandela en 1993, et De Klerk. Lui aussi, en sortant de, qui avait reçu son prix Nobel, la sortie de la prison. Alors que là, le prix Nobel actuel, biélorusse, est encore, si je ne me trompe pas, en prison. Donc quand on, là, on voit le fait d'avoir décerné ce prix alors que la personne est encore en prisonnier, c'est comme si le prix Nobel était un petit peu d'écrire l'histoire ou de faire de la politique. Alors que, à l'opposé, en fait, dans le passé, il était là pour un petit peu consacrer ou pour un petit peu récompenser une action.
Vous avez cité Nelson Mandela, je crois me rappeler qu'il avait obtenu ce prix Nobel avec Frederik De Klerk, qu'on oublie, dont on oublie souvent de citer, alors qu'il a été fondamental dans la sortie pacifique de l'apartheid. Moi, j'étais en Afrique du Sud à ce moment-là, et il a eu, c'est quelqu'un qui a eu beaucoup de courage et une grande vision. Alors évidemment, il n'a pas passé 40 ans en prison, où je veux dire, donc ce n'est pas la même chose. Mais, et je me rappelle aussi qu'il a été décerné à Yasser Arafat et à Shimon Peres, après les accords qui malheureusement n'ont pas abouti à la paix qu'on aurait voulu. Mais il y avait là l'idée de consacrer une œuvre de paix. Maintenant, je dirais juste, il me semble qu'en revanche, dans le prix Nobel de littérature, dans ceux qui sont récompensés, dans ce qui ne le sont pas, il y a une réelle dimension idéologique. J'aurais été fort étonnée par exemple, hier, qu'on sorte un homme du chapeau, si vous voulez, parce que maintenant, c'est très à la mode, il faut des femmes partout, il faut nommer des femmes absolument. Et par ailleurs, on constate avec Philippe Bilger.
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300 Renault est avec nous de Seine-Saint-Denis. Bonjour Renault.
Bonjour. Oui, bonjour à toute l'équipe des vraies voix. Cette nouvelle session 2022, magnifiques avec, avec les styles de Binius qu'on a récupéré. Donc voilà.
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Isabelle, là, c'est pas possible. On vous écoute.
Moi, j'aurais remis le prix Nobel de la Paix à Philippe David parce que voilà, il est formidable. Mais bon, après, sur la question du jour, nous justement, c'est politique. Là-dessus, effectivement, parmi tous les, les chroniqueurs de cette, de ce vendredi, oui, c'est un prix qui est évidemment éminemment politique. Donc je ne sais pas trop surpris de retrouver des opposants à Vladimir Poutine. Effectivement, 240 ans, 246 sur 246 ans de l'existence des États-Unis. Je vous laisse compter le nombre de guerres qui ont été qui ont été faites par les Américains ou d'opérations militaires extérieures. Donc si vous voulez, comparateur du livre "Ce que les Nobels ont à nous dire", publié chez Va Éditions.
Qu'est-ce que vous voulez répondre à Renault ?
Oui, je suis assez d'accord. Il y a eu quelques décisions qui ont été prises récemment qui ont été incontestées. Donc notamment Obama, c'était en début de mandat, je crois que c'était en 2009, et il a été élu en 2008. Et en fait, c'est ça, en fait, on est passé en fait d'un prix Nobel de la paix qui consacrait un petit peu une œuvre, à une dimension tout à fait symbolique. Un autre prix Nobel, par exemple, de la paix, c'est Malala. Qu'on peut penser. Et en fait, on a récompensé en fait une horreur, c'est quelqu'un en fait, elle a reçu le prix pour, enfin, elle a vécu des des traumatismes énormes. Et là, on n'a pas récompensé une action, mais on en a fait tout un symbole en fait. Mais une chose qui reste et qui est quand même importante et qui pose unique, c'est que c'est quand même le premier prix international qui a été vraiment reconnu comme tel, qui a été décerné pour tous les pays. Et donc on joue encore de le prestige qui est considérable. Avec Mathilde Aubinon, on a eu la chance donc d'interviewer 11 prix Nobel dans dans cet ouvrage. Et justement, chacun nous ont dit : "Un prix Nobel, c'est un métier." Ça, c'était assez intéressant. Quand on reçoit le prix Nobel, notre vie change radicalement. Peut-être pas pour Obama, qui était déjà une personnalité exceptionnelle. Mais quand on est économiste, quand on est écrivain, et qu'on reçoit le prix Nobel, et bien en fait, la vie, on est vraiment transformé. Donc je pense que le le prix Nobel, pour pour répondre un peu à la question, a encore un bel avenir devant lui. En tout cas, il jouit encore d'un prestige qui est incontestable.
Quels sont les autres grands prix ? Ça, c'est peut-être une question pour pour vous. Quels sont les autres grands prix ?
À un moment donné, que le prix Nobel, quel qu'il soit, devienne un étendard en fait, c'est ça, c'est ça le problème. Ah, bah, c'est une chance mondiale, forcément politique. Peut-être pas en fait, c'est ça, c'est ça la question. Une dimension politique. La paix, ce n'est pas un concept éthéré, c'est un concept qui est très à la guerre, me semble-t-il, aux relations internationales, aux questions de pouvoir. Donc qu'il y ait une dimension politique, mais simplement ce que ce qu'on pourrait dire, c'est que forcément, par définition, le prix Nobel, ça va être disons le prix du consensus mou, c'est-à-dire la chose pour laquelle on est tous spontanément, en gros, voilà.
Est-ce que rapidement, combien Philippe ? 30 secondes.
31. Question : Est-ce que l'ambiguïté aussi du prix Nobel de la paix, ça n'est pas qu'on est de plus en plus condamné, en quelque sorte, à donner le prix Nobel de la paix à des personnalités qui ont eu un moment dans leur vie politique qui favorable à la cause de la paix, mais qu'on trouve difficilement des personnalités irriguées toutes leurs vies par une inspiration à la paix ?
En 20 secondes. Parce qu'il en a pris. Alors, on va secondes. Alors, je répondrai avec Mathilde Aubinon. On a eu la chance d'interviewer Merita Anderson, qui est la présidente donc du comité Nobel de la paix. Et en fait, ça, on lui avait demandé : "Est-ce que vous pouvez faire des erreurs ?" Et elle avait répondu avec une très forte humilité : "Oui, le prix Nobel de la paix peut faire des erreurs, a fait des erreurs. Et en fait, ce sont des hommes qui jugent des hommes. Donc l'erreur peut être double, à la fois dans la nomination, mais à la fois après dans de la personne qui a été choisie, parce que la personne peut décider après de d'agir, de mal agir." Voilà. Ça, c'est une belle réponse.
Ça, pardon. La dernière question, très rapide. On se porte candidat pour ce prix Nobel ?
Non, c'est une nomination. C'est une nomination par les parlementaires, en fait. C'est des parlementaires des différents pays. Et pour l'anecdote, ça, c'est assez intéressant. Adolf Hitler avait été nominé au prix Nobel de la paix. Alors ça, si vous voulez regarder dans l'histoire, sur le site internet officiel, vous allez regarder sur le site officiel à Oslo, vous avez, vous pouvez regarder. Adolf Hitler a été, a été nominé. Donc voilà. Alors pour la petite histoire, et en fait, c'était pour justement, on va dire, un petit peu dévoyé le prix. Et c'était quelqu'un qui était contre Hitler. Mais pour montrer que voilà, c'était oui, Hitler avait été nommé homme de l'année par le magazine Time, je crois, en 1937.
Merci Mathilde Aubinon d'avoir écrit ce livre. Je le rappelle, "Ce que les Nobels ont à nous dire". En tout cas, reste avec nous. Dans quelques instants, c'est le quiz de l'actu avec les bébés.