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La théorie de la stupidité de Bonhoeffer

Sprouts en Français5:45

Transcription

Au plus sombre de l'histoire de l’Allemagne, à une époque où des foules excitées jetaient des pierres dans les vitrines de commerçants innocents et où des femmes et des enfants étaient cruellement humiliés au grand jour, Dietrich Bonhoeffer, un jeune pasteur, a commencé à dénoncer publiquement les atrocités commises.

Après des années passées à essayer de transformer les mentalités, Bonhoeffer, rentrant chez lui un soir, a appris de son propre père que deux hommes l'attendaient dans sa chambre pour l'emmener.

En prison, Bonhoeffer se mit à réfléchir sur comment son pays de poètes et de penseurs s'était transformé en une collectivité de lâches, d'escrocs et de criminels. Il finit par conclure que la racine du problème était non pas la méchanceté, mais la stupidité.

Dans ses célèbres correspondances carcérales, Bonhoeffer affirme que la stupidité est un ennemi du bien plus dangereux que la malice, car si "on peut protester contre le mal ; on peut le dénoncer et l'empêcher par l'usage de la force, contre la stupidité nous sommes sans défense. Les protestations et l'usage de la force deviennent vains. Le raisonnement tombe dans l'oreille d'un sourd.”

Les faits qui contredisent les opinions d’une personne stupide ne sont tout simplement pas crus et, lorsqu’ils sont irréfutables, ils sont simplement mis de côté comme étant sans importance, comme étant accessoires. Ce faisant, la personne stupide est satisfaite d’elle-même et, étant facilement irritable, elle devient dangereuse et agressive. C’est pourquoi une plus grande prudence s’impose face à une personne stupide que face à une personne malveillante.

Si nous voulons savoir comment vaincre la stupidité, nous devons chercher à comprendre sa nature. Ce qui est certain, c’est que la stupidité n’est pas, par essence, un défaut intellectuel mais un défaut moral. Il y a des personnes qui sont remarquablement brillantes intellectuellement mais stupides, et d’autres qui sont moins brillantes mais loin d’être stupides. L’impression qui s’en dégage n’est pas tant que la stupidité est un défaut congénital, mais que, dans certaines circonstances, les gens sont rendus stupides ou plutôt qu’ils permettent que cela leur arrive.

Les personnes qui vivent dans la solitude manifestent moins souvent ce défaut que les individus en groupe. Il semblerait donc que la stupidité soit peut-être moins un problème psychologique que sociologique. Il apparaît que toutes les grandes ascensions de pouvoir, qu’elles soient de nature politique ou religieuse, infectent de stupidité une grande partie de l’humanité. Un peu comme s’il s’agissait d’une loi sociologico-psychologique où le pouvoir des uns a besoin de la stupidité des autres.

Le processus à l’œuvre ici n’est pas que des capacités humaines particulières, telles que l’intellect, disparaissent soudainement. Il semble plutôt que, sous l’impact écrasant d’un pouvoir en expansion, les humains soient privés de leur indépendance intérieure et renoncent, plus ou moins consciemment, à leur autonomie.

Le fait que la personne stupide soit souvent têtue ne doit pas nous faire oublier qu’elle n’est pas indépendante. En discutant avec elle, on a pratiquement l’impression de ne pas avoir affaire à elle en tant que personne, mais à des slogans, des mots d’ordre, des choses de même ordre qui se sont emparés d’elle. Elle est envoûtée, aveuglée, exploitée et abusée dans son for intérieur. Devenue un outil sans cervelle, la personne stupide sera également capable de faire n’importe quel mal - incapable de voir qu’il s’agit d’un mal.

Seul un acte de libération, et non une instruction, peut vaincre la stupidité. Il faut ici se rendre à l’évidence que, dans la plupart des cas, une véritable libération intérieure n’est possible que lorsqu’une libération extérieure l’a précédée. En attendant, nous devons abandonner toute tentative de convaincre la personne stupide.

Bonhoeffer est mort en raison de son implication dans un complot contre Adolf Hitler à l’aube du 9 avril 1945 au camp de concentration de Flossenbürg, deux semaines avant que des soldats américains ne libèrent le camp.

Selon Bonhoeffer "L’action ne naît pas de la pensée, mais de notre capacité à assumer nos responsabilités. En définitive, le test ultime d’une société morale est le genre de monde qu’elle laisse à ses enfants". Consultez la description ci-dessous pour lire le texte original de Bonhoeffer, "After Ten Years" (Après dix ans). Pour plus d’informations sur Bonhoeffer ou pour télécharger cette vidéo sans musique de fond, rendez-vous sur sproutsschools.com.