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Science & pseudoscience : les différencier, pas gagné !

Chat Sceptique10:24

Transcription

Voici mon chat Bamboo, et voici sa grande sœur qui a joué. Savez-vous ce que sont les châteaux ?

C'est quoi la différence entre une science et une pseudo-science ? Si on en croit les fondateurs de la science moderne comme Descartes, Galilée ou Newton, et bien ça n'a rien de compliqué. Pour eux, sont scientifiques les énoncés qui se révèlent certains. Les affirmations incertaines, qu'elle soit religieuse, morale ou politique, sont quant à elles reléguées au rang d'opinion simple.

Non, aujourd'hui encore, si vous demandez à un scientifique croisé sur un campus universitaire ce qui distingue une science d'une pseudo-science, et bien lui aussi dira que ça n'a rien de compliqué. Moi-même, en fait, je dois être honnête, c'est ce que je pensais encore il y a peu. Malheureusement, les chercheurs ont des siècles de recherche d'un critère de démarcation claire n'ont en fait rien donné. Une réalité qui, comme l'a expliqué le philosophe des sciences Olivier Sarrat, peine étrangement à être intégrée par le scientifique contemporain. Grâce à Olivier, toutefois, nous allons aujourd'hui prendre un peu de hauteur sur cet épineux sujet et proposer une possible solution au problème.

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Le malaise avec le critère de démarcation suggérée par Descartes, Galilée ou Newton, à savoir que seuls les énoncés certains seraient scientifiques, c'est que ça n'a aucun sens du point de vue de l'épistémologie, la science de la connaissance. Pour faire simple, la connaissance infaillible, à tout jamais à l'abri de la révision, c'est du fantasme. Ce qui est dénoncé au 19ème siècle, en capitalisant entre autres sur les travaux du philosophe David Hume.

Un exemple classique de cette faillibilité de la connaissance est le géocentrisme. Historiquement, les chercheurs étaient certains que tout tournait autour de la Terre, jusqu'à ce que Galilée observe des astres en orbite autour de Jupiter, ce qui a foutu un sacré bordel et poussé au remplacement du géocentrisme par un meilleur modèle, l'héliocentrisme, qui place le Soleil plutôt que la Terre au centre de l'univers. Heureusement, la fiabilité de la connaissance en général, de nos jours, est largement reconnue et intégrée par la communauté scientifique. Le scientifique contemporain le sait très bien, ce qu'il croit n'est considéré vrai que jusqu'à preuve du contraire.

Cela dit, au 19ème siècle, ça a secoué pas mal de gens. Certains déclarant avec défaitisme que puisque la certitude n'existe pas, bah, rien ne peut être connu. D'autres, faisant preuve d'un relativisme à deux balles, déclarant que puisque la certitude n'existe pas, tout n'est qu'opinion.

Bon, mais du coup, si ce n'est pas la certitude qui différencie science et opinions, c'est quoi la différence ? Très vite, des savants comme le Français Auguste Comte ou encore Herman et le Run and Rights and Rolls font une proposition. Ce qui fait la science, c'est sa méthode. Plus spécifiquement, la méthode scientifique serait cette démarche qui délivre les connaissances les plus fiables qui soient. Pas de bol, et c'est contesté dès le début du 20ème siècle.

Le malaise, cette fois, c'est que chaque discipline scientifique a en réalité ses propres méthodes, méthodes qui, en plus, ont évolué avec le temps. En médecine, par exemple, le fait d'évaluer l'efficacité d'un traitement par comparaison d'un groupe traité à un groupe placebo semble aujourd'hui évident. Pourtant, c'est encore relativement nouveau, il y a de ça quelques décennies à peine, et qui sait, ce sera peut-être vu comme archaïque au 22ème siècle.

Alors bien sûr, si on insiste, il est tout à fait possible de définir une sorte de socle méthodologique commun à toutes les disciplines scientifiques. Mais ce socle est tellement vague et général qu'on se rend vite compte qu'il n'est pas juste commun aux sciences, mais aussi à des disciplines comme le journalisme ou l'enquête policière, qu'il est pourtant inhabituel de classer au côté de la chimie ou de l'économie. Plus grave, ce socle est aussi commun à des trucs clairement pas scientifiques, comme les enquêtes paranormales menées par certains dans les maisons hantées et concluant presque invariablement à l'existence des fantômes. Bref, ce qui fait la science n'est pas la méthode, même si ça reste une conviction solidement ancrée dans la tête de nombreux scientifiques aujourd'hui.

Ok, essayons autre chose. Ici, ce qui faisait la science, c'est le fait d'émettre des hypothèses qui sont testables par l'expérience. Cette proposition est appelée le revirement néo-positiviste, qui ne fera pas long feu. Ben oui, avec ce critère de démarcation, un astrologue sera considéré comme scientifique dès lors qu'il passe son temps à émettre des hypothèses testables par l'expérience, et ce, peu importe le degré d'absurdité des hypothèses qu'il émet. Pire, avec ce critère de démarcation, des trucs comme la théorie des cordes, qui est impossible à tester de façon empirique, sont étiquetés pseudo-scientifiques. Cela reviendrait donc à dire que le travail de générations de chercheurs à avoir développé avec le plus grand sérieux la théorie des cordes n'aurait rien de scientifique. Selon ce critère de démarcation, si moi, je me mettais à faire une vidéo de vulgarisation sur la théorie des cordes, je serais carrément en tort.

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Après le néo-positivisme, la seconde moitié du 20ème siècle est marquée par une véritable cacophonie. Les propositions de critères de démarcation se succédant sans jamais faire consensus. Karl Popper, un épistémologue américain très influent, plombera définitivement l'ambiance en déclarant que, en gros, trouver un critère de démarcation net n'est, en définitive, pas si intéressant et qu'il est temps de passer à autre chose. Et durant les années qui suivront, c'est exactement ce qui va se passer. La première décennie du 21ème siècle étant marquée par une période de quasi silence sur le sujet dans la littérature scientifique.

Aujourd'hui, certains chercheurs, dont Olivier Sarrat, commencent timidement à retoucher le sujet, proposant un début de sortie de l'impasse actuelle.

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Dans cette approche, on considère qu'il existe une certaine zone grise entre, d'un côté, la science pure comme l'astronomie et, de l'autre, la pseudo-science avérée comme, par exemple, la radiesthésie. Vous savez, cette discipline où on utilise des pendules et où on fait des mesures en bovis. Dans l'approche contemporaine, l'idée devient d'attribuer un score de scientificité à chaque pratique ou discipline. Sans avoir atteint le score maximum, on aurait ainsi de très bons élèves comme la physique des particules, la chimie organique ou la biologie évolutive. Des élèves moins doués, sans être mauvais, seraient la théorie des cordes, l'astrobiologie ou encore la sociologie. Certaines disciplines seraient caractérisées par un score de scientificité très faible. On va retrouver ici le platisme, le vaccin-scepticisme ou l'homéopathie. À noter, bien sûr, qu'aucun score n'est définitif, une discipline pouvant bien sûr s'améliorer à travers les siècles ou, au contraire, plonger.

Et si je parle au conditionnel, c'est parce qu'il n'est pas encore clair de comment concrètement calculer ce score pour chaque discipline. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut capitaliser sur les discussions des siècles précédents. D'accord, ce qui fait la science, ce n'est pas, par exemple, la testabilité par l'expérience. Mais avant de jeter à la poubelle, notons que la testabilité par l'expérience est quand même vachement plus fréquente du côté des sciences que du côté des pseudo-sciences. Il en est de même pour toute une série d'autres critères.

Du coup, pour chaque discipline, faisons une liste avec des cases à cocher. La discipline est-elle testable par l'expérience ? Si on coche, ça fait un point. La discipline s'est-elle déjà fondamentalement remise en question ou reste-t-elle dogmatiquement sur les mêmes prémisses depuis qu'elle existe ? Si on coche, ça fait un point de plus. On continue comme ça et à la fin de ce petit jeu, on additionne les points pour obtenir un score.

En 2013, des chercheurs ont tenté de classer selon deux critères une douzaine de disciplines. L'axe vertical indique le degré d'accumulation de données par la discipline. L'axe horizontal indique le degré de compréhension théorique de ces données par la discipline, c'est-à-dire à quel point on arrive à expliquer pourquoi ces données sont ce qu'elles sont. Plus généralement, l'axe horizontal indique à quel point les affirmations de la discipline sont étayées par des modèles théoriques cohérents qui respectent les règles de la logique.

Sur le graphique à l'écran, on repère tout de suite les bons élèves comme la physique des particules ou la climatologie, et les mauvais élèves comme l'astrologie ou le négationnisme de l'origine virale du sida. La théorie des cordes, dont la cohérence théorique est énorme, se retrouve projetée sur la droite, mais la difficulté de la discipline à accumuler des données la plombe sur le bas du graphique. De son côté, la psychologie, qui est fondée sur des tas de données concordantes patiemment rassemblées au terme de milliers d'enquêtes, se retrouve projetée sur le haut du graphique. Mais l'échec actuel des psychologues à construire un grand modèle cohérent capable d'expliquer toutes ces données et ce qui les lie condamne la discipline, reste plutôt sur la gauche du graphique.

Alors, les chercheurs, que pensez-vous de l'approche contemporaine ? Va-t-elle se développer et s'imposer, ou va-t-elle vite tomber dans l'oubli ? Eh bien, ça, le futur nous le dira.

Cette vidéo n'aurait pas été possible sans l'aide d'Olivier Sarrat, qui est chercheur à l'UNamur, l'une des universités du réseau universitaire belge. Merci de tout cœur à lui pour son travail et ses précieux conseils. À tous, grand merci également à Romain Duceumano, qui depuis deux vidéos déjà, m'apporte un précieux soutien d'ordre infographique. Merci aussi à tous les internautes qui soutiennent les aventures de Cajou et Bon Gout, que ce soit via un petit type sur Utip, un partage sur les réseaux sociaux ou un petit pouce bleu. C'est tout pour aujourd'hui. Bravo à ceux qui auront regardé jusqu'au bout et rendez-vous dans quelques semaines pour la suite.

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