Transcription
[Musique] Comme vous le savez peut-être, la France et l’Allemagne n’ont pas toujours été les meilleurs amis du monde. Ce soir, Laure Godineau nous guide à travers l’histoire tumultueuse de la guerre franco-prussienne de 1870.
Nous sommes donc en 1870. En France, l’empereur Napoléon III règne depuis 1852. Mais ce neveu de l’empereur Napoléon Ier n’est pas un monarque absolu comme son oncle. Il est à la tête d’un système semi-parlementaire dans lequel les députés ont leur mot à dire. Alors, en juillet, se croyant invincible, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse. Mais l’ordre d’envoyer les troupes françaises à la frontière arrive trop tard; les Prussiens sont déjà là. Les combats se déroulent en France et, après six semaines et deux défaites consécutives, l’empereur est fait prisonnier à Sedan le 2 septembre 1870.
Donc, profitant de la débandade de Napoléon III, les députés républicains déclarent la République et forment un gouvernement. Mais n’allez pas croire que la guerre soit finie pour autant. Mi-septembre, les Prussiens sont aux portes de Paris et c’est carrément à Versailles, oui à Versailles, que s’installe leur état-major. D’ailleurs, le fameux château, symbole de ce que fut le rayonnement de la France sur l’Europe, est transformé en hôpital de campagne prussien. Une humiliation totale pour la France.
Les troupes prussiennes se positionnent alors autour des fortifications de Paris et bloquent les entrées et les sorties de la ville. Autrement dit, Paris est assiégé. Dans la capitale, les réserves de nourriture s’épuisent rapidement. On rationne la viande et le pain; on abat les chevaux et même les animaux du Jardin des Plantes: les éléphants, les chameaux, les kangourous, les ours. Enfin, ça, c’est pour les nantis; le reste de la population attrape ce qu’il peut dans la rue: des chiens, des chats, des rats. Et pour communiquer avec l’extérieur, on utilise des pigeons voyageurs, qui sont d’ailleurs attaqués par les faucons que les Prussiens font venir d’Allemagne.
Cet hiver-là s’annonce très rude. Dès fin novembre, il fait moins 15 degrés. Pour se chauffer, on brûle les arbres des boulevards et même les bancs publics. Chaque semaine, des centaines de Parisiens meurent de pneumonie, de bronchite, de fièvre typhoïde.
Alors, quelques 250 000 Parisiens sont armés pour aider les soldats à défendre leur ville contre les Prussiens et essayer de forcer le blocus. Mais à chaque tentative, cette Garde nationale perd des milliers d’hommes. Il faut absolument des renforts. Léon Gambetta, ministre de l’intérieur, quitte Paris en ballon pour rejoindre Tours, où une partie du gouvernement s’est réfugiée. Il veut rassembler de nouvelles troupes.
Pendant ce temps-là, les Prussiens assènent un coup fatal. Le 18 janvier 1871, dans la Galerie des Glaces du château de Versailles, le chancelier Bismarck concrétise l’unité allemande en faisant proclamer Guillaume Ier, en bon français, Empereur allemand. Au même moment, les canons prussiens pilonnent Paris; les obus pleuvent. Bombardements, froid, famine… c’en est trop. Le 28 janvier, les Français se résolvent finalement à signer l’armistice.
La France doit accepter des conditions de paix imposées par l’Allemagne. Elles sont drastiques: 5 milliards de francs or d’indemnités de guerre et occupation de la France jusqu’au paiement intégral. C’est une occupation qui va durer deux ans et, surtout, surtout, cession de l’Alsace et de la Lorraine à l’Allemagne.
Le 1er mars, les Prussiens paradent avec leurs casques à pointes sur les Champs-Élysées. Imaginez. En signe de protestation, les Parisiens suspendent des drapeaux noirs aux fenêtres et voilent les statues sur le trajet du défilé. Les rues sont totalement désertes. Le peuple de Paris, qui a résisté pendant 138 jours au siège, ne se sent pas seulement vaincu, il se sent humilié par l’ennemi allemand; surtout, il se sent trahi par les Français qui ont accepté cette défaite. Et c’est cette rancœur qui va provoquer très rapidement une guerre civile. Mais ça, c’est une autre histoire, celle de la Commune de Paris. On vous en parlera la semaine prochaine.