Transcription
[Musique] Connaître moins de gens que ma mère qui m’a élevé et mes frères, c’est impossible. Même dans notre immeuble, personne ne me connaissait. J’ai aucune relation. Je suis né sur le bord d’une petite rivière, avec une petite canne à pêche où il passait des petits poissons rouges, et moi je n’avais dans la tête que de pêcher des grands requins blancs. Donc ça, c’étaient les données du problème, et l’angoisse que j’avais, c’est de m’ennuyer. J’ai bien vu que la vie qui m’était promise, elle était trop petite, que le cadre était trop fermé, et et donc j’avais pas le rêve d’être président de la République tout de suite, mais j’avais la volonté de monter le plus haut possible. Et je peux vous donner ma parole d’honneur qu’il y en a pas un qui était capable de me dire non. Toute ma vie, toute ma vie, on m’a dit : « Tu vas trop vite, reste tranquille, c’est pas pour toi. » Et tous ceux qui m’ont dit « c’est trop tôt », c’est les mêmes que ceux qui m’ont dit « c’est trop tard ». Ne jamais écouter les conseils de ceux qui vous disent « c’est trop grand ». La vie se chargera de limer vos ambitions, vous ne les limez pas vous-même. À fond, on part à fond, et on accélère. C’est pas sûr que ça marche, mais si vous ne faites pas ça, c’est certain que ça ne marchera pas. Et les conseils, je vais vous dire, les conseils souvent les pires, c’est les conseils de ceux qui vous aiment, parce que ceux qui vous aiment veulent vous protéger, et pour vous protéger, ils appuient toujours sur le frein.
Moi, j’adorais ma mère, qui est plus là, qui était vraiment merveilleuse, qui travaillait beaucoup, qui était seule. Elle pensait toujours que ça allait trop vite. Quand je suis devenu maire, elle m’a dit : « Voilà, tu te calmes. » Je suis devenu député, « Tu es content là ? » Je suis devenu ministre, je l’ai invitée – c’est la première fois que je l’ai invitée à déjeuner, Nicolas – « Là, tranquille. » Et quand je suis arrivé à l’Élysée, elle me dit : « Enfin là, maman, il y a l’Europe, il y a le monde. » Et ce sont les gens qui vous aiment qui, avec tout leur cœur, souvent vous donnent pas un bon conseil. Vous avez la force en vous, et si vous ne l’avez pas, personne ne l’aura pour vous. Si vous n’avez pas d’ambition pour vous, c’est pas le voisin qui aura. Voilà ce que je pense. Non, c’est ma vie. Après, on peut tout à fait, heureusement, monter au sommet de l’Himalaya par la face nord en hiver, mais il faut avoir des rêves. Il faut des rêves quand on est jeune, et quand on est adulte, il faut transformer ses rêves en réalité. Et la dernière chose que je vais dire, c’est qu’il faut aimer passionnément l’échec, parce que si vous n’aimez pas l’échec, vous ne connaîtrez jamais le succès. Les grands échecs préparent les grands succès. Sans échec, c’est qu’il n’y a pas d’ambition, il n’y a pas de prise de risque, il n’y a pas de décision. J’ai beaucoup échoué dans ma vie. Je me souviens de tous mes échecs, mes succès, j’ai complètement oublié. Mais ce sont les échecs qui ont construit les succès, et ça, ça vaut pour un président de la République comme pour toute autre personne. Il ne faut pas craindre l’échec, ce que vous devez craindre, c’est de ne pas jouer votre carte, c’est de ne pas y aller, c’est d’avoir des regrets. Si vous avez envie de quelque chose, vous y allez. Ça marche, ça marche pas, vous tombez, vous vous relevez. Là, il y a quelque chose de fantastique. Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends. Il n’y a rien de plus juste. Je vous souhaite d’apprendre jusqu’à la dernière seconde de votre vie.
J’ai pris de tous les patrons avec qui j’ai travaillé, je leur ai pris tout. Je suis une éponge. Je me disais : « À ta place, toi, » mais je n’avais pas un modèle avec une photo dans la chambre. J’ai travaillé avec Chirac, j’ai travaillé avec Juppé, j’ai travaillé avec Sarkozy, j’ai travaillé avec Balladur, de tous j’ai pris, et je me suis dit : « Je veux être mieux que toi. » C’est pas de l’arrogance, mais il faut de la confiance. Il ne faut pas regarder comme le cobra charmé par le charmeur de serpent. Il faut apprendre, et ça m’a beaucoup aidé. De tout j’ai appris, y compris de ce que j’aime pas chez eux. J’ai appris de Chirac l’énergie, j’ai appris de Balladur les dossiers, j’ai appris de Giscard la précision, j’ai appris de Mitterrand la royauté. Mais je n’avais pas de modèle, mais j’avais une soif d’apprendre inextinguible. Je voulais progresser, je voulais monter, je voulais avoir la haut le meilleur. Et quand j’ai été élu, c’est comme une enclume que j’avais en moi que j’ai pu poser enfin sur la table. Je l’ai fait. C’est pourquoi on dit : « La jeunesse, c’est le plus bel âge. » Ça veut rien dire. D’abord, la vie n’est qu’une succession de renaissances. La vie n’est pas une succession de petites morts, c’est une succession de renaissances. On renaît après un échec, on renaît après une trahison, on renaît après une maladie, on renaît après une déception. C’est jamais fini jusqu’à la dernière seconde, et il faut la vivre à fond. Nos vies durent le temps d’un timbre-poste, mais on fait comme si on était éternel. C’est la seule façon de vivre. Tout le reste, c’est bullshit, tout le reste, c’est rien. Aimer la vie, en profiter à fond, jouer à fond ses cartes. Et ça, c’est pas des… Alors vous aurez des épreuves, des divorces, des échecs, des déceptions, des humiliations. Faites-en une énergie, tout au service de l’énergie, et on renaît. Vous savez, c’est la fin du livre merveilleux « Crime et Châtiment » de Dostoïevski. Le héros, Raskolnikov, dit ainsi : « Commença la lente mais certaine renaissance de Raskolnikov. » On renaît jusqu’au bout. [Musique] Renaître.
D’abord, on ne change pas les rayures du zèbre. Quand j’avais 10 ans, 12 ans, j’ai tout de suite vu que j’avais des pieds carrés, que je serais pas un grand joueur de football. J’ai tout de suite vu que faire chanteur, eh non, pas ça. Mais je voulais quand même, je voulais aimer, je voulais partager. Et j’ai compris vraiment très très jeune que quand je parlais dans ma classe, on m’écoutait. Un truc, une impression… Moi, j’étais un élève très moyen. Si vous saviez comme je me suis ennuyé à l’école. Je me suis réveillé qu’après. Moi, et ce qu’il faut, c’est chacun de vous a une inclinaison, un talent, quelque chose qu’il sait mieux faire que les autres. Il faut le développer à mort. Moi, vous pouvez me mettre un entraînement 8h par jour pour faire champion olympique d’athlétisme, laissez tomber. Ce n’est pas le travail qui donne du talent, c’est le talent qui donne envie de travailler. Quand vous avez 4 ans et dans la cour de l’école vous mettez vos copains 10 mètres derrière vous, vous pouvez devenir Usain Bolt. Quand vous avez les premiers, vous savez, qui apprennent la guitare, l’oreille parfaite, vous allez travailler comme un malade la guitare, parce que vous avez vu. Et donc il faut bien réfléchir à ce que vous aimez, ce que vous savez mieux faire que les autres, et valoriser ça à fond.
À 14 ans, j’étais dans la rue, je parlais tout seul. Les gens me prenaient pour un fou. Je faisais un discours devant deux millions de spectateurs. Les mauvais jours, les bons jours, il y en avait plus. Et donc après j’ai appris à parler. J’ai la chance de faire toutes les salles de France et même d’Europe, et parler devant 100 000 personnes. Et longtemps, j’ai mis très longtemps à apprendre à prendre le risque du silence. Quand vous avez 100 000 personnes devant vous et tout d’un coup vous arrêtez… Parce que je voulais être dans la salle, il n’y ait pas un éternuement. J’ai compris que c’était plus difficile de gagner l’attention que de susciter l’applaudissement. Ça, c’est du travail. Moi, je sculpte la salle et l’audience, je les mène à l’intérêt. Ça, c’est du travail. Mais à l’origine, pourquoi ? J’en sais rien. J’avais cette énergie, et j’avais cette appétence pour parler. Et longtemps, j’ai défoncé les portes, même quand elles étaient ouvertes. « Pourquoi tu as cassé la porte ? » Un réflexe, c’est moi. Si j’étais pas invité, j’amenais les couverts, la nappe, la boisson, la nourriture. S’il fallait que je serve, je servais. Je vous les rentre donc, ne mettez pas votre orgueil au mauvais endroit. L’orgueil, il n’est pas dans le moyen, il est dans la fin. Faut faire. Après, d’où ça vient tout ça ? Pourquoi on l’a… Pourquoi on a… Tout le monde a des atouts. Pour l’un, c’est la tête, pour l’autre une physique, pour le troisième c’est la parole, pour le quatrième c’est la sensibilité. Tout le monde a un atout, allez chercher et développez-le. Vous êtes votre propre diamant, allez chercher ça et façonnez-le. Voilà ce que… ce que je… je pense. Moi, j’ai pas eu d’exemple, j’ai pas eu de mentor, j’ai pas eu un prof qui m’a charmé, mais j’avais en moi quelque chose. C’est une maladie. Quand j’ai décidé de me présenter à la mairie, j’avais pas 28 ans. Toute ma famille s’est réunie : « N’y va pas, ils vont te tuer. » J’ai quitté la table, je leur ai réadressé la parole qu’une fois élu. Ils m’aimaient.
Je veux dire quelque chose de très personnel : quand j’ai divorcé avec Cécilia en octobre 2007, moi j’étais… je l’ai subi. Et ma pauvre mère m’a dit : « Je t’ai présé dans la République, l’amour c’est fini. » Mais je dis : « Tu sais à qui tu parles. » Un mois après, je rencontrais Carla que je n’avais jamais vue. Deux mois et demi après, on était marié. Je suis un type qui prend les décisions. Rien ne m’a jamais perdu, rien. Et ben moi, je vous dis une chose : vous allez tous avoir des déceptions personnelles et amoureuses. Alors si vous n’en avez pas, moi je veux pas être votre copain. Mais vous apprenez de ça, vous vous relevez de ça, et vous construisez autre chose, mieux, plus fort, plus grand, plus intense. Ce n’est pas la fin, c’est le début. En matière de mariage, moi je suis… [Musique] Et vous voyez ce que j’ai appris de Mitterrand comme de Chirac, d’ailleurs. En les voyant, que moi j’étais ministre aussi de Mitterrand pour la cohabitation, cohabitation à l’époque de Malraux. En les voyant, je me disais : « Si un jour je suis président, je vais être un homme vivant, je vais pas être une statue de bronze, et être sentimental. » Mais c’est un atout. Des cœurs froids, des personnalités froides… vous en rencontrerez. Les pauvres. Quand ça fait mal, il faut le dire. Quand ça fait du bien, il faut le dire. Il faut vivre, vivre. Il y a deux choses importantes dans la vie, il y en a pas trois : aimer et travailler. Travailler et aimer. On est fait, nous les êtres humains, pour ça : travailler et aimer, aimer et travailler, rien d’autre. Il ne faut pas opposer l’un à l’autre, parce que qu’est-ce que vaut votre vie professionnelle s’il n’y a pas d’amour, s’il n’y a pas de sentiment ? Si vous n’aimez pas les gens avec qui vous bossez. Et qu’est-ce qui vaut votre amour si c’est 40 ans à se regarder dans le blanc des yeux, enfermés dans une chambre ? Même avec des performances physiques importantes, on peut s’habituer. Aimer et travailler. Freud a dit quelque chose de très intelligent : « Si tu n’as pas de problème pour travailler et si tu n’as pas de problème pour aimer, tu n’as pas besoin de psychanalyse. » Je n’ai pas besoin de psychanalyse. Donc oui, il faut des sentiments. Vous n’avez pas une vie au travail, une vie à la maison, vous avez une vie. Vous êtes à la fois une professionnelle et une amoureuse, enfin pardon, une mère de famille, ou une fiancée, ou un petit ami, ou ce que vous voulez. Les deux. Ah oui, vraiment, non. Les sentiments, c’est très important. Moi, on m’a beaucoup moqué pour ça, quand j’ai dit de Carla : « Moi, c’est du sérieux. » Truc comme ça. Moi, je dis un truc, je préfère qu’on me moque parce que Carla et moi c’est du sérieux que d’être piqué à la rue du cirque. Les sentiments. Arthur Rimbaud. Le lien, il est résumé en un mot que vous allez comprendre : c’est le mot émotion. Un artiste sur scène doit partager des émotions avec son public. Un responsable politique, s’il n’est pas capable de donner des émotions, faut trouver un autre boulot, à la sécurité sociale, il y a sûrement un boulot de chef de service ou de sous-chef de service qui t’attend, tu seras parfait. Ici, quel que soit ce que vous êtes, mon ambition, c’est que vous passiez une heure avec des émotions, des choses sentimentales, un intérêt. Vous disiez : « Ce que j’ai entendu là, je ne l’ai pas entendu. » Ren, c’est le lien. Quand je parlais, j’ai fait quatre fois Bercy, six fois l’Olympia, dix fois le Palais des Sports, j’ai fait le Parc des Princes. Mais les gens, ils venaient pour partager des émotions. Si vous ne partagez pas d’émotion, on n’est pas dans le coup. Donc le lien, il est émotion. Et dire qu’un homme politique doit être capable de faire le spectacle, pour certains c’est une critique, mais pour moi c’est une qualité. Tout le monde n’est pas capable de faire le spectacle, de faire le show. Et vous savez pourquoi ? Parce que dans la vie, il faut être généreux. J’ai dit à votre école : « J’étais d’accord pour venir, je viens, je donne tout. » Si je ne veux pas donner tout, je reste chez moi. Donc ce que vous appelez émotion, moi je dis généreux. Vous savez que celle avec qui je suis marié, il y a quatre ou cinq ans, m’a dit : « C’était dur, le public qui était pas bon. » J’ai dit : « Non, c’est toi. » Comment ? Parce que c’est le showman ou le show, ce que vous voulez, qui fait le public. Ce n’est pas le public qui fait la personne en scène. C’est parce que tu donnes tout que le public te rendra tout. Si tu donnes à moitié, il donnera rien. Et dans la vie, c’est jamais désavantageux d’être généreux. Vous allez rencontrer des gens qui sont gripés là, comment ? Gripés, qui sont avares, avares… mais vous devez être généreux, parce que ce sont les généreux qui gagnent, parce que la générosité, toujours, ça rapporte beaucoup. Donc tu vois, émotion, générosité, c’est la même chose, et c’est un point commun de tous ceux qui veulent être en scène. Vous n’êtes pas obligé de vouloir monter sur scène, mais si vous montez sur scène, il faut tout donner. Si vous ne donnez pas tout, c’est la légitimité, votre légitimité d’être en scène qui est mise en cause. Je comprends très bien que… je reconnais que ce n’est pas normal de vouloir être sur scène, et tout le monde ne veut pas être sur scène. On peut parfaitement être heureux sans être sur scène. Mais ce qu’on ne peut pas faire, c’est monter sur scène et ne pas tout donner. Et il ne faut pas avoir peur d’être ridicule, parce qu’entre le sublime et le ridicule, il y a un demi-millimètre. Et parfois, j’ai tutoyer l’abîme. Ça, c’est difficile. Si vous ne prenez pas le risque de tout donner, vous ne serez pas… parfois on peut dépasser la barrière et on roule, OK ?
Donc quand j’ai été investi à la porte de Versailles le 14 janvier 2007, il y avait 8000 personnes dans la salle. Moi, j’avais écrit mon discours, et j’ai scander… d’abord j’ai commencé : « Moi, petit Français de souche… » Ça pouvait être ridicule. Puis j’ai scander… j’ai changé, j’ai changé un certain nombre d’événements. Ça aurait pu être ridicule. C’est passé, tant mieux. Mais ça aurait pu être ridicule. Ça s’appelle la prise de risque. Là, c’est un problème de travail, de réglage de tir. Mais c’est plus facile de maîtriser une générosité que de la créer artificiellement. Le Botox, ça marche pas. La fausse générosité, non plus. Moi, je ne crois pas que la société est horizontale, je pense qu’elle est verticale. Je pense que la vie est une verticalité. Rien ne peut fonctionner sans quelqu’un qui fait le leader : une famille, une équipe, une école, une classe, c’est indispensable. Après, il faut que tu comprennes : la difficulté n’est pas dans la prise de décision, si c’est ton métier. Moi, j’ai toujours aimé prendre des décisions. Qu’est-ce que c’est ? Des informations rentrent dans mon bureau, elles sortent sous forme de décision. Mon boulot, c’est transformer des informations en décision. C’est facile. Ce qui est extrêmement difficile, et on n’en parle jamais, c’est le filtre que tu dois mettre à l’entrée du bureau pour savoir quelles informations doivent rentrer et quelles ne doivent pas rentrer. S’il y a trop d’informations, tu ne connais plus rien, et tu ne comprends plus rien. Parfois, trop savoir, c’est une mauvaise chose, parce que immédiatement, devant toutes les routes à prendre, on voit les avantages et les inconvénients de tout, on décide de faire sur place. Si tu ne laisses pas rentrer assez d’informations, tes décisions sont bancales, puisque tu transformes une matière insuffisante. Donc la vraie décision difficile, quand tu es président de la République où toutes les informations arrivent à tout instant, c’est : qu’est-ce que je refuse de voir, et qu’est-ce que… quelle information j’ai besoin d’avoir ? Ça, c’est complexe, parce que le filtre est très difficile, il doit être très ferme. Et les gens qui vont faire le tri des informations autour de toi, c’est capital. C’est que quand tu es président de la République, tu peux avoir toutes les informations sur tout, tout le temps. Mais qu’est-ce que tu en fais ? Tu es noyé. Donc le secret n’est pas dans la prise de décision, il est dans la sélection des informations qu’on va traiter et transformer en décision. Ça passe par l’expérience, pour savoir ce dont on a besoin comme information, et naturellement, dans l’équipe des gens qui vont t’entourer, d’avoir les meilleurs professionnels possibles, même si on se trompe forcément. Mais tu vois, on parle toujours de la décision difficile, moi je parle de l’amont, du choix de l’information. C’est ça qui est difficile, c’est ça qui est complexe. Bon, peut-être que ça va choquer, mais le mot que je déteste le plus dans la langue française, c’est le mot égalité. Et le mot que je préfère le plus dans la langue française, c’est le mot différence. J’aime la différence, j’aime les gens différents. Je suis différent. Je n’ai pas fait les mêmes études, je n’ai répondu à aucun des critères des élites françaises. Je les ai digérés… digérés et dirigés. Donc je préfère la différence, je préfère la différence à tout, et j’affirme qu’on ne peut pas chérir la différence et chérir l’égalité. Je m’explique : j’ai cinq enfants, je les aime vraiment autant, mais ma façon de les aimer, c’est de les traiter en fonction de leur différence. Si j’ai une heure dans la journée à leur donner, je ne divise pas l’heure en cinq, parce qu’il y en a un qui a beaucoup plus besoin de moi, et un autre qui est comme un chat de gouttière qui m’aime et dont je n’ai pas besoin de m’occuper. Tout le monde a des opportunités de rencontres professionnelles, de bonheur, de… il faut les saisir, et pas demain, tout de suite. Alors après, ça marche pas, ça marche pas, mais qui a essayé, c’est ça qui compte. Tant que tu n’es pas dans la pièce, tu ne peux pas faire valoir…
L’égalité, et je n’ai pas de souvenir de… Bon, peut-être le premier discours à Nice devant 5000 personnes en 1975. J’ai jamais parlé, et on me dit que j’aurais deux minutes pour parler, Chirac qui était Premier ministre. Je vais à Nice, j’ai jamais foutu les pieds à Matignon. Moi, j’ai découvert le paradis, je ne savais pas que ça existait. Moi, un truc pareil… J’arrive sur la scène, il y a 5000 personnes. On me dit : « Sarkozy, Sarkozy, là, c’est toi ? » « Oui, oui, monsieur. » « Je vais te donner la parole, deux minutes. » À deux minutes, je coupe le micro. Il fallait faire presque 40 mètres pour aller au micro. J’étais tellement paralysé que j’ai pensé que j’avais perdu ma voix. J’arrive au micro, je me souviens encore, je ne vois rien parce que je suis ébloui par les projecteurs. Je me dis : « Waouh, il fait chaud ici. » Je suis resté dix-huit minutes, et même Chirac qui ne pouvait pas couper le micro… Dix-huit minutes. C’était un dimanche. À l’époque, je travaillais comme jardinier pour payer mes études, j’étais chez Truffaut. Le lundi, je vais travailler comme jardinier, je mets ma blouse, et ça… ma mère arrive affolée : « Mais qu’est-ce que tu as fait ? La secrétaire du Premier ministre a téléphoné, il veut te voir à 18h. » Je ne savais même pas où était Matignon. J’ai pris la Coccinelle de ma mère, qui était défoncée de tous les côtés. Vous savez, c’étaient des voitures avec les grosses… Je cherche sur un plan, j’arrive à Matignon, et je veux rentrer avec la Coccinelle… La Coccinelle ne va pas. J’ai fait une grande publicité. Les gendarmes ne voulaient pas me laisser rentrer. Finalement, on me fait rentrer. J’arrive là-dedans, je vois des huissiers avec des chaînes en archant… Je me dis : « Ça existe, un truc pareil ? » On me conduit… je prends un escalier, on me conduit dans l’appartement du Premier ministre. Je te jure, il y a une table avec des feuilles en or, une chaise avec des feuilles en or. J’ose même pas m’asseoir. J’attends vingt minutes. Tout d’un coup, la porte… elle ne s’ouvre pas, elle explose. Chirac : « Toi, tu es fait pour faire de la politique comme ça. » Donc saisissez les chances, saisissez la chance, parce que vous aurez tous une chance, vous aurez tous des problèmes, et vous aurez tous une chance. Mais regardez là… si toi tu ne la vois pas… les gens qui ne voient rien, rien… il faut tout voir, tout regarder, tout observer, toujours concentré. J’ai réfléchi à ce que je vous dis, j’ai cinquante ans de vie professionnelle derrière moi à bosser tout le temps. Ce n’est pas un catéchisme que je récite, c’est une expérience de vie que je partage avec vous. Et ce qui compte, c’est… pardon… ce que je dis, parce que je peux dire de la même façon rien, il ne restera rien. Donc ce qui compte, c’est l’adéquation entre ce que tu dis et ce que tu penses et ce que tu es. Alors, qu’est-ce qui est sous-estimé ? Si ça fait bien rire… J’ai une fille de treize ans, et tu n’es pas une championne du monde à l’école, je le reconnais, mais tu as tant d’autres qualités. Bon. Et j’ai été convoqué par sa prof… m’a…
Dit Julia, est très intelligente. Bon, on va au problème, que si tu es premier, tu es premier. Moi, je t'ai dit tout à l'heure : personne, intelligence, je m'en fous, mais c'est un fait. Peu importe, parce que quand tu gagnes, le succès, il y a un tel problème en France, que le succès est détesté en vérité. Donc, ce n'est pas le plus intelligent qui gagne. Il faut s'excuser d'avoir gagné. Chez les trucs de fous quoi. Il faut s'excuser en permanence d'avoir gagné de l'argent, d'avoir de l'ambition, d'avoir une grande vie. C'est insupportable pour moi, c'est insupportable, tu comprends ça ? C'est insupportable. Moi, je crois qu'on mérite au travail, au sentiments. Je ne crois pas au nivellement, et le mérite, c'est que chacun d'entre vous aille aussi haut qu'il souhaite, qu'il peut. Et donc, tu vois, dans notre pays, tu gagnes, il faut t'abattre. Tu es un leader, il faut te détruire.
Moi, j'admire Bernard Arnault. Il a fait un truc que je n'ai pas fait. Bernard Arnault, il y a 35 ans, il a racheté Boussac pour 50 millions de francs, il en a fait LVMH, 400 milliards. Tout le monde n'est pas capable de faire ça. J'admire Bernard Arnault. Le problème de la France, c'est d'avoir plein de Bernard Arnault. La différence entre François Hollande et moi, elle est très simple : il voulait moins de riches, moi je veux moins de pauvres. Ce n'est pas la même chose, ce n'est pas pareil. Mais vous réfléchissez : Bernard Arnault quand même, le type, il voit Boussac qui est en faillite, il y a dedans Dior qui est vraiment totalement démodé, et 35 ans ou 40 ans après, ça vaut LVMH. Mais c'est pas rien de faire ça, quoi. À ce niveau-là, c'est un travail d'artiste, c'est un génie. Tout le monde n'est pas comme ça. C'est c'est c'est monumental, et on a même l'audace de le critiquer. Et ce que je souhaite, c'est qu'il y ait plein de Bernard Arnault dans la salle.
Pas que Bernard Arnault. Gagne la même chose que Monsieur, du bon Monsieur Durand. Bon, c'est vraiment un plaisir d'être là. Merci, hein, et bonne chance, hein. Mais je dis une chose : quand j'avais votre âge, j'aurais tellement aimé qu'on m'invite, et qu'on invite un type comme moi, qui remplisse mon réservoir d'énergie. Je serais rentré chez moi, j'habitais dans une toute petite chambre, 7e sans ascenseur, je me serais dit : il a raison, ce qui est important, c'est les rencontres. Et moi, je garderai un très beau souvenir de cette rencontre. Et vous, vous devez vous souvenir d'une chose : tout est possible si vous le souhaitez. Tout est possible.