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Budget 2026 : audition du Général Fabien Mandon (CEMA)

Sénat1:38:44

Transcription

Le général d'armée aérienne Fabien Mandon, chef d'état-major des armées. En général, vous êtes déjà venu devant notre commission il y a 3 semaines. Vous êtes donc désormais pleinement formé à cet exercice et je vous remercie évidemment de vous plier une nouvelle fois pour évoquer plus précisément cette fois le sujet, les sujets budgétaires.

Le projet de loi de finance pour 2026 ayant entre-temps été transmis aux assemblées. Ce projet de loi de finance traduit, je le crois, l'engagement de la nation envers les armées. La loi de programmation militaire est respectée et la surmarge de 3,5 milliards d'euros annoncé par le président de la République est bien intégrée. Vous pourrez d'ailleurs nous dire la manière dont vous avez affecté ces nouveaux crédits et à quel besoin ils correspondent.

Je rappelle néanmoins que madame la ministre des armées nous a indiqué lors de son audition que plus de 30 milliards d'euros de commandes seront passés d'ici la fin de l'année qui permettront de notifier d'importantes commandes attendues par les industriels. Je pense en particulier au porte-avion de nouvelle génération où SNL 3G a d'importantes commandes de missiles et au standard F5 du rafale avec son nouveau moteur T-Rex. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces, sur ces programmes structurants ? D'autant que pour l'instant le moteur T-Rex à ma connaissance n'est pas encore budgeté.

Ce n'est cependant que le début d'une bataille qu'il nous faut mener si j'ose dire à vos côtés dans le contexte budgétaire très tendu que connaît notre pays. La hausse de 13 % des crédits de la mission défense qui s'établirait ainsi à 57,1 milliards d'euros fait des envieux évidemment et elle suscite des interrogations.

Les armées, vous en particulier, ont d'une certaine manière pris les devants pour parler en terme militaire en préparant le terrain par des prises de parole publique destiné à informer, je ne dis pas alerter la classe politique et nos concitoyens sur l'état des menaces qui pèse sur notre continent. Vos propos devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale le 23 octobre ont d'ailleurs suscité une assez inhabituelle réaction officielle de l'ambassade de Russie en France. Preuve que vous êtes entendu au-delà de nos frontières.

Plus fondamentalement, il nous faut travailler à faire comprendre que l'état des menaces que nous, que vous nous avez rappelé le 15 octobre dernier, justifie et appelle chaque centime d'évoluer à la défense du territoire. À nous maintenant, en particulier dans cette commission, de convaincre nos collègues députés et sénateurs de l'absolue nécessité de conforter nos forces. Je le rappelais devant la ministre Catherine Vautrin que nous avons entendu le 22 octobre sur 1000 € de dépenses publiques, 31 € seulement sont consacrés à la défense contre 561 € au social. Et donc je crois qu'il y a de mémoire 25 € pour les forces de sécurité intérieure et 5 € pour la justice qui fait en gros 60 € sur les 1000 consacrés au sujet régalien.

Il ne s'agit bien évidemment pas d'opposer la solidarité à la défense, c'est évident, mais de prendre la mesure des ordres de grandeur. Ce qui se joue, c'est notre place sur la scène mondiale, mais surtout la sécurité des Français et notre capacité à défendre nos intérêts et notre liberté. Dans un monde de prédateur, nous courons le risque de devenir des proies faciles, livrées aux appétits des grands fauves.

Et dans les fonctions éminentes qui sont les vôtres, en général, votre mission est donc double. D'un côté, préparer le mieux possible nos armées au choc de la haute intensité et de l'autre, vous adresser en toute transparence à l'opinion publique. Je crois que nos compatriotes sont de plus en plus sensibles à, à la situation internationale, mais bien évidemment plus réticents à consentir à des sacrifices. Pourtant, sommes toutes modiques au regard euh de du budget du budget global.

En général, vous savez que vous disposez dans notre commission d'alliés précieux. Notre singularité par rapport à nos collègues députés est de réunir les analyses géopolitiques et l'expertise militaire rassemblées en une seule commission. Et je suis évidemment très attaché à cette singularité qui fait notre force car elle nous permet de mieux appréhender le cadre global dans lequel évoluent nos armées. Le rôle du Sénat est aussi d'évaluer les décisions qui ont été prises et de réinterroger les fondam, les fondements de certains choix lorsque les circonstances ont changé. C'est ainsi que nous souhaitons avoir savoir si l'augmentation des crédits de des armées permettra de réévaluer ou de réorienter certains dossiers à moins qu'il nous permettent de uniquement de financer la copie de la loi de programmation militaire, ce qui a été avancé par moi auprès de la ministre lors de la dernière audition. Nous étions en effet nombreux au Sénat à nous inquiéter en 2023 du euh sous-financement de la loi de programmation militaire. C'est un long débat avec le ministre à l'époque et cette surmarche peut aussi être lue comme une opération de vérité des prix rendue indispensable par l'augmentation inquiétante des reports de charge et la nécessité de financer l'activité.

En général, je vais maintenant vous laisser la parole pour un propos liminaire avant de vous laisser, de laisser s'exprimer les rapporteurs de la mission défense qui se sont, qui ont déjà entamé les cycles d'audition. Je rappelle que cette audition est captée et donc elle peut être vue sur les r, le réseau du Sénat et ensuite sur les réseaux sociaux, ce qui ne manquera pas, j'imagine, d'être le cas. En tout cas, je vous avez la parole et ensuite on passera aux questions. Je vous laisse mon général.

Monsieur le président, mesdames et messieurs les sénateurs, euh bon, c'est un plaisir pour moi de vous retrouver. Euh je dois vous dire que revenir quelques semaines après une première rencontre, je me demandais un petit peu ce que j'allais pouvoir euh vous, vous dire d'intéressant pour euh euh parler de l'évolution de notre défense euh sachant que vous aviez exprimé beaucoup d'interrogations et de questions et que je pense c'est important qu'on puisse y consacrer du temps. En tout cas, pour moi, c'est fondamental de pouvoir partager avec vous le regard que je continue de porter sur notre environnement dans un moment où effectivement on sollicite la nation pour qu'elle fasse un effort en faveur de notre défense qui du point de vue du chef militaire que je suis s'explique naturellement mais qui n'est pas forcément spontané. Et c'est là que les représentants euh des Français, de nos citoyens, euh ont un rôle clé de passerelle et de, de lien permanent entre la nation et ses armées et les choix qui sont faits pour notre défense.

Donc aujourd'hui, évoquer le projet de loi de finance de 2026, c'est peut-être revenir très rapidement sur les quelques priorités que j'avais donné, que j'avais exprimé lors de notre dernière rencontre, mais en actualisant avec ce qui s'est passé en 3 semaines. En fait, parce que je vous j'avais exprimé trois, trois grandes orientations. Un, se préparer à un choc d'ici 3, 4 ans. Un choc que j'expliquais par une séquence, notamment l'activité russe sur le 21e siècle, 2008 la Géorgie, 2014 la Crimée, 2022 l'Ukraine dans des nouveaux oblasts. Aujourd'hui, aucun signe de la part de Moscou d'une volonté de négocier ou de s'arrêter mais la poursuite d'une guerre très coûteuse à nos portes sur notre continent à quelques heures de chez nous. Et donc le devoir pour un responsable militaire qui doit anticiper les choses de dire le scénario d'un nouvel épisode d'attaque russe sur notre continent ne peut pas être écarté et il faut s'y préparer.

Le deuxième c'était d'avoir d'être à la bonne échelle pour faire face à ces défis. J'ai cité la Russie mais il y en a beaucoup d'autres. Défis de sécurité, le terrorisme qui n'est qui n'est pas absent et des crises à 360° autour de nous. et une bonne échelle pour être capable de gérer l'ensemble de ces crises, c'est le collectif et pour nous c'est l'Europe. Et le troisième c'était de que toute une nation qui a la chance, et c'est quelque chose qu'il faut absolument entretenir, qui a, je pense que c'est tout le mérite du projet européen, mais qui a la chance de vivre en paix depuis des décennies sur un continent où on s'est fait la guerre régulièrement pendant des siècles, et bien c'est d'être prêt et d'avoir cette force morale pour être capable de réagir si nos valeurs, ce que nous sommes est menacé dans les années à venir.

Alors cette activité récente pour illustrer ces ces trois axes, si je les reprends, le premier c'est euh et il n'y a pas d'ordre d'importance mais c'est des touches de peinture sur un tableau pour nous donner le paysage. C'est passé de manière quasiment inaperçue mais les Américains ont annoncé le retrait de leur force en Roumanie. Euh et ça en fait ça pour moi c'est c'est quelque chose on s'attendait peut-être à une copie plus dure euh d'un d'un retrait plus important des Américains sur notre continent. Donc les optimistes et verront finalement c'est pas si grave. Et ceux qui regardent le film sur du long terme disent "Mais en fait depuis plusieurs présidents américains, ils nous l'ont dit, ils se réorientent vers l'Asie et petit à petit, ils seront moins présents en Europe." Donc si on regarde sur du court terme, effectivement, il n'y a pas de rupture majeure. Sur du long terme, on doit anticiper un mouvement qui se poursuit de désengagement américain de notre continent parce que leurs priorités stratégiques sont aujourd'hui plus importantes en Asie qu'en Europe. Et d'ailleurs, on voit que malgré l'engagement du président américain, il n'y a pas de mouvement aussi ferme que sur d'autres crises pour arrêter les combats sur notre continent.

Le deuxième point, dans la dernière semaine d'octobre, donc il y a une semaine, les Russes ont quasiment coup sur coup à 2 jours d'écart testé deux des armes du manège. Alors, les armes de manège, ça fait référence à un discours que Vladimir Poutine avait prononcé à quelques semaines de l'élection présidentielle russe en 2018 en mars où il avait présenté des armes exceptionnelles que seule la Russie saurait maîtriser et qui feraient la différence. Et même si la Russie est en guerre, même si elle subit des sanctions, elle vient de réaliser un tir de missile à propulsion nucléaire. En pratique, c'est un missile qui a volé plus d'une dizaine d'heures de manière continue. Et donc, on imagine là, il est resté testé en Russie, mais 10h de vol pour un missile, ça permet d'atteindre des distances extraordinaires et c'est quelque chose qui met en œuvre des technologies, notamment nucléaires qui ont des raisons de préoccuper la planète. Puisqu'un cœur nucléaire qui vole dans une arme, c'est quand même absolument pas anodin. Deuxième, ça a été la mise à l'eau d'un nouveau sous-marin et un tir d'une d'une torpille, ce qui faisait partie des annonces également du président russe torpille dit Poséidon qui serait capable d'emporter une charge nucléaire et donc d'atteindre par les les fonds marins un continent et avoir une frappe nucléaire. D'ailleurs, le président américain l'a bien noté puisque dans la foulée, il a annoncé la reprise ou en tout cas, il a eu une expression qui laissait entendre que les États-Unis pourraient reprendre des essais nucléaires. Et la Russie a répondu immédiatement en disant que ces armes n'étaient pas du nucléaire. Enfin bon, donc il y a quand même une atmosphère sur le nucléaire qui est préoccupante avec en parallèle donc toujours dans notre actualité très récente l'Iran qui annonce qu'il va reconstruire ses installations nucléaires. Un ministre belge qui déclare Poutine sait que s'il largue un missile sur Bruxelles, nous rayerons Moscou de la carte. Donc on est quand même dans un niveau de discours et d'agressivité dans les actes et dans les paroles qui est assez exceptionnel euh qui ne touche pas que la Russie. D'accord ? C'est c'est aussi le proche Orient qui regarde l'arme nucléaire avec des enjeux de prolifération assez importants. Du côté français. Quelque chose que l'on n'a pas, on n'a pas fait de grands discours, mais une France qui reste totalement crédible sur le plan de la dissuasion, la survie et qui a déclaré l'entrée en service opérationnel de la 3e génération du missile M51 qui équipe nos sous-marins nucléaires lanceur d'engin. C'est l'effort de modernisation qui est poursuivi par la France que l'on va continuer dans les années à venir puisque pour avoir une dissuasion crédible, une assurance vie crédible et bien c'est des efforts sur des décennies d'anticipation et cet effort vous le retrouverez dans l'année 2026 et les années à suivre puisque les deux composantes de notre dissuasion, la partie sous-marine et la partie aérienne vont être modernisées. Sous-marine avec de nouveaux sous-marins, une nouvelle génération de sous-marins qui va être lancée prochainement. C'est l'objet de négociation en ce moment pour finaliser les contrats avec l'industrie et puis de de nouvelles armes qui seront capables de garantir à la France de provoquer des dommages inacceptables si jamais euh cela était nécessaire.

Je continue mon tour des éléments clés sur l'horizon. En Ukraine, vous voyez que les Ukrainiens ont toujours une résistance héroïque. Ils arrivent à tenir un front qui est très long, très large, mais sur lequel les Russes continuent de pousser, en particulier autour de la ville de Pokrovsk, sur laquelle il y a des avancées régulières euh et aujourd'hui euh il faut vraiment une résistance héroïque des Ukrainiens pour tenir. Cette ville, elle est réduite en cendre. On se bat pour un nom, pour une ville, pour une géographie, pour de la terre et là-dessus, il faut de mon point de vue aujourd'hui aider absolument les Ukrainiens qui sont soumis à une pression russe très importante, pression permise par des recrutements supérieurs aux pertes russes sur le front, même si elles sont extrêmement importantes, mais en tout cas la Russie arrive à recruter davantage de personnes qu'elle n'en perd tous les jours. au combat et son industrie est totalement mobilisée sur les forts de guerre, ce qui lui permet aujourd'hui de produire également plus d'armes que ce qu'elle ne consomme sur le front. et on voit les essais d'armes modernes. Donc la Russie n'est pas en difficulté au plan industriel, même si elle subit les conséquences de toutes les pressions qui sont réalisées, toutes les sanctions, elle arrive encore à soutenir son effort et elle bénéficie pour ça d'aide internationales importantes puisque même si nos sociétés condamnent ce qu'elle fait en Ukraine, d'autres d'autres pays, d'autres continents n'ont pas la même appréciation que nous. Je note que l'eau devient un enjeu majeur en Ukraine puisque aujourd'hui quand il n'y a plus d'électricité, il n'y a plus d'eau. Les Russes ciblent tous les sites énergétiques ukrainiens. C'est pas nouveau, mais les proportions sont plus importantes. Et donc la population commence à avoir du mal à avoir de l'eau en quantité suffisante alors qu'on approche de l'hiver avec tous les risques de gel et de conséquences très pratiques pour la population.

Donc pour moi euh pour revenir sur l'Ukraine, il y a forcément l'espoir d'arriver à un accord de paix. Ça c'est un une partie diplomatique que je ne maîtrise pas. Du côté français, on continue le travail de fond sur la manière de garantir la paix une fois qu'elle sera établie, ce qu'on appelle garantie de sécurité. Et là, la France et le Royaume-Uni ont réuni une coalition autour d'eux qui mène un travail de planification de quelque chose qui serait déployé une fois la paix acquise. Ce travail est prêt. On est prêt à garantir une forme de sécurité pour l'Ukraine et pour notre continent si la paix est acquise. Et dans l'immédiat, les Ukrainiens ont besoin d'être aidés et leurs besoins sont de la défense aérienne parce qu'ils subissent de très nombreux tirs chaque semaine. En une semaine, c'est à peu près 1700 drones qui sont tirés par les Russes sur l'Ukraine. Et au-delà des drones, c'est des missiles assez performants qu'il est difficile d'intercepter. Et je mentionnerai quand même, on a on a de très belles réussites françaises et je salue la qualité des travaux de des techniciens, des ingénieurs, des ouvriers qui mettent au point nos équipements. On a aidé l'Ukraine en déployant des systèmes d'interception des missiles et des drones qui s'appelle le système. Les Russes ont adapté les profils de vol de leurs missiles les plus perfectionnés parce qu'il constataient qu'ils étaient interceptés par la défense ukrainienne. Aujourd'hui, le Patriot a du mal à les intercepter, le SAMP/T les intercepte. Ça c'est des choses dans un monde où les gens ont donné à synonyme de protection égale Patriot en fait la solution qui a été développée par les Français, les Italiens et les Britanniques pour le missile marche et marche mieux que le Patriot. L'enjeu c'est maintenant de produire.

Les drones continuent la pression sur nos populations. C'est peut-être aussi un moyen pour les Russes de nous détourner du soutien à l'Ukraine pour nous préoccuper davantage sur nos problèmes. Mais en tout cas, je constate qu'après le Danemark, l'aéroport de Berlin a été fermé et hier soir, c'était Bruxelles. Donc cette pression des drones, action hybride qu'on a du mal à attribuer, reste présente et touche nos sociétés.

Sur je fais le tour, je beaucoup concentré sur l'est parce que c'est notre continent, c'est notre sécurité mais si je continue le panorama euh dans lequel il y a de très belles réussites comme le tir d'Arianne 6 hier, donc là aussi c'est des très belles réussites, il y a quand même des choses qui continuent de me préoccuper. Le Mali ou le rassemblement pour la victoire euh et la victoire de l'Islam et des musulmans, le RVIM ou NIM selon les appellations continue son blocus sur Bamako. Donc c'est une population qui n'a plus accès au carburant. Même si quelques camions sont passés récemment, c'est insuffisant et la situation est critique au Mali. Au-delà du au-delà du problème terroriste que j'ai déjà décrit. Euh à nos portes au sud, on a des pays qui sont aujourd'hui fragilisés par la pression terroriste et on a des ressortissants, on a des activités là-bas. Donc ça peut être un enjeu de sécurité. Le Soudan, elle fa cher et les combats qui durent entre les deux les deux clans soudanais avec énormément de puissance qui interviennent dans ce conflit qui est structurant pour l'Afrique, le continent et qui reste irrésolu sur le proche et Moyen-Orient, on a un cessez-le-feu fragile à Gaza, vous l'observez avec un Hamas qui reste dangereux, un Hezbollah qui est toujours tenté de se réarmer des milices animées par l'Iran qui sont également présentes dans différents pays de la zone, une Syrie qui est fragile et un Iran qui peut être tenté à nouveau par la course vers le nucléaire avec des missiles qui peuvent atteindre notre continent. Donc une instabilité qui reste forte. Voilà un peu le le paysage. Je suis désolé d'être assez sombre. Euh bon, je il y a il y a il y a d'énormes motifs de satisfaction par ailleurs, mais je suis là pour garantir au président de lui proposer des options si jamais nos ressortissants, notre pays, nos intérêts étaient menacés. Et donc ma fonction fait que je regarde les risques pour notre population, nos intérêts et notre pays. Tout ce qui marche bien, tant mieux. et j'espère qu'on en aura plus. Mais je constate quand même une dégradation rapide, accélérée de notre environnement et je pense que c'est pour ça que l'année 2026, et je vais rentrer un petit peu plus dans l'objet de cette audition, le l'année 2026 et les années à venir sont clés parce que il y a pour moi un sentiment d'urgence.

La défense est quelque chose qui se travaille naturellement sur du temps long. On le sait quand on on parlera du porte-avion de de nouvelle génération. En fait, il sera le pacha de ce de ce porte-avion. Il est aujourd'hui en train de rentrer à l'école de, à l'école navale, pardon. Donc on prépare des choses qui vont arriver dans 15, 20 ans. Mais là les efforts pour les prochaines années, c'est des efforts de court terme. Donc j'aimerais revenir.

Le premier c'est l'attention aux hommes et aux femmes de la défense civile comme militaire. Pour moi, c'est le moteur de notre défense. Euh et je je tiens encore à vous remercier pour l'action et la conviction que vous avez eu sur l'ensemble des mesures de fidélisation et les mesures catégorielles qui se sont appliquées successivement aux militaires du rang, aux sous-officiers et aujourd'hui aux officiers. C'est quelque chose de clé. Aujourd'hui, nos sous-officiers restent davantage dans les armées et et ce n'est pas c'est pas 1 ou 2 %. On est entre 15 et 20 %. Donc il y a eu un un réel effet euh de fidélisation. Et donc quand quand on gagne 20 %, c'est une personne sur 5 qu'on a pas à recruter, qu'on a pas à former et tout ça c'est c'est des dépenses pour pour notre nation et des efforts. Donc je je tiens à vous remercier et et les mesures pour les officiers étaient extrêmement attendues et je sais à quel point vous avez contribué à la réussite de ce dossier. On va consacrer 159 millions d'euros supplémentaires en 2026 pour les conditions de vie et de travail de de nos militaires. Donc c'est quelque chose de très conséquent. Ça va toucher notamment le et on l'a vu déjà les plateformes de mobilité qui accompagnent les familles dans les changements. Euh vous avez vu à Toulon et à Vars l'arrivée en 2025 de crèches. Aujourd'hui, l'effort sur les familles est déterminant dans la fidélisation des femmes et des hommes qui sont engagés dans les armées. Ils peuvent être attirés par les missions, l'engagement. Il y a beaucoup de jeunes qui ont envie de s'engager mais l'usure du temps s'applique sur des familles qui vivent la contrainte du statut qui est bon. Mais cette mobilité dans des dans des couples où les deux travaillent, les deux cherchent à s'épanouir, où on a envie de donner le meilleur à nos enfants et donc quand on apprend en à quelques mois de l'été qu'on change de de ville et que les écoles sont déjà assez saturées, tout ça pèse sur sur nos armées et donc toutes les efforts qui sont faits sont très utiles.

Deuxième point pour moi, j'ai parlé d'urgence très de manière très pratique. Pour moi, j'ai besoin d'activité et de munitions. Ce sont mes deux priorités aujourd'hui de l'activité et de munitions. Donc, on va consacrer 824 millions d'euros de plus que 2025 à ce secteur. C'est vraiment un effort important. Alors, ça touche à la fois la maintenance, mais pour moi, je le résume à deux éléments. Améliorer la qualité de l'entraînement. Il faut que nos soldats puissent s'entraîner dans des conditions réalistes, donc avec une opposition, avec une capacité à s'entraîner au tir, euh à dépasser la simulation qui est très positive, qu'on va développer, mais il faut que les gens soient mis en situation de combat. J'ai eu la chance d'aller euh rencontrer l'équipage de la frégate de type La Fayette, une frégate moderne en Méditerranée. Frégate qui a été engagée en mer Rouge en tirant des missiles contre les missiles Houthi qui ciblaient les cargos commerciaux qui circulaient en mer Rouge. Une grande partie de l'équipage n'avait jamais tiré avant d'être engagé dans ces opérations. Ça c'est pas normal. Ça c'est pas normal. Il faut que les gens ne découvrent pas l'action de feu le jour où ils sont engagés au combat. Imaginez le stress pour un une jeune femme ou un jeune un jeune homme qui a 22 ans qui va tirer pour la première fois un missile antichar sur un vrai char. S'il le rate, il passe un mauvais moment. Donc il faut qu'il les fasse à l'entraînement. C'est ce que l'on fait, ce qu'on essaie de faire et typiquement ce qu'on a pu observer en Roumanie où nos l'armée de Terre bénéficie de conditions d'entraînement remarquables que l'on n'a pas chez nous dans les camps de Champagne. En tout cas, moi je souhaite que les armées tirent davantage et on va commander des munitions d'exercice pour que nos artilleurs typiquement qui depuis quelques années ont été beaucoup moins entraînés puissent s'entraîner que les missiles complexes, une torpille, un missile air-air, un missile sol-air comme l'Aster, même s'il coûte très cher, il faut que les gens aient testé leur équipement de A à Z, qu'ils ne découvrent pas les choses le jour où ils sont engagés en opération.

On va continuer des exercices majeurs. Donc je je disais le cadre qualitatif c'est des munitions. C'est aussi le cadre. Et on va faire un exercice qui s'appelle Orion qui va solliciter l'ensemble des acteurs des armées sur un scénario que l'on appelle engagement exigeant de haute intensité face à un ennemi très sérieux. Et au-delà de ça, on va faire travailler la la résilience de la nation en lien avec le secrétariat général pour la défense, la sécurité nationale et des partenaires étrangers qui seront associés à cet exercice pour voir comment la France réagit dans des situations de crise. On teste nos procédures et ce qui compte, c'est de se préparer d'année en année pour être prêt à l'horizon des 3, 4 ans. L'armée de Terre, j'en reparle quand je il y a aussi un aspect quantitatif. Aujourd'hui, on n'est pas au niveau des niveaux des normes d'entraînement qui sont des règles à la fois des règles de grand-père d'expérience. On sait que un pilote d'hélicoptère ou un marin s'il passe plus de 100 jours en mer, bah il perd les réflexes parce que c'est des milieux où c'est pas comme à terre. Donc il faut que les gens opèrent dans le milieu de combat dans lequel ils évoluent. et on n'était pas au niveau maximum. Petit à petit sur les années à venir, on va le faire et en 2026, il y aura un effort dans ce domaine.

Les je vous ai dit entraînement munition, on va consacrer 2,4 milliards d'euros aux munitions en 2026. Pour moi, c'est fondamental. Là aussi, je ramène à mon objectif des 3, 4 ans les missiles les plus complexes, les armes les plus les plus difficiles à produire. Aujourd'hui, on met 3 ans à les produire. Donc l'année 2026, c'est le lancement de commandes importantes sur des armes qui mettent du temps à être construites. Donc, elles vont arriver sur le bon horizon pour moi. Euh, il faut pas qu'on tarde. Donc, cet effort est important. Alors, il y aura pas que des armes complexes comme des Scalp, des missiles de croisière navals, les MICA. Il y aura aussi des armes assez simples comme les obus de 155 mm. On sait très bien qu'on a des stocks qui sont aujourd'hui pas au niveau maximum, qu'il faut les consolider et que si notre armée de Terre est engagée, ça fait partie des armes sur lesquelles il faut prévoir des consommations importantes et donc anticiper du stock. On va le faire. Quand je parle de munition, c'est pas uniquement l'ancien monde, c'est aussi intégrer le potentiel des drones. Et ça, on le voit aujourd'hui sur toutes les opérations ouvertes dans le monde. Les drones sont présents dans tous les domaines. Donc moi, je souhaite qu'on on intègre et on va le faire. On va commander dès 2026 ce qu'on appelle des munitions téléopérées. En pratique, c'est un drone de type proche du commercial, quasiment ce qu'on pourrait trouver. euh dans dans la Fnac euh adaptée que les Ukrainiens ont adapté sommairement avec des griffes sur lesquelles on met des charges. Dans la logique de construction de cet effort, on va prioriser nos commandes et notre travail sur les charges qu'emporteraient les drones pour les standardiser pour développer réfléchir aux charges utiles. Les drones mêmes, ce sera moins complexe à produire le jour où on est en conflit. Donc on va en commander parce qu'il faut les tester. Il faut créer ces filières industrielles. Il faut que les forces s'entraînent à ça. Mais je pense que ce serait une erreur de commander des milliers de drones en 2026 qui vont être produits en quelques mois alors que dans 3 ans, on aura une nouvelle génération de drones. Donc en revanche, il faut il faut commencer. Il faut que les unités s'habituent à ces nouvelles munitions, s'habituent à l'intégrer dans leur façon d'agir et que l'on on travaille beaucoup sur les charges parce que ça en revanche les charges c'est plus complexe à réaliser et c'est le volet standardisé qu'on qu'on va développer. Euh sur les drones, on va droniser nos armées. On est en retard là-dessus. La France a toujours eu une, je pense, la volonté d'aller vers ça. Là, il y a une accélération par les conflits et donc on va lancer des drones dans tous les domaines. Le drone du combattant, je sais pas si vous avez vu des images, moi je j'ai la chance de d'avoir ces compte-rendus. Image prise sur le front en Ukraine. Vous avez des essaims de drones qui volent en permanence au-dessus de la ligne de contact. C'est quelque chose qui aujourd'hui est hors de portée des armées françaises. Donc on va rentrer dans ce monde-là. Il faut qu'on y aille. Il y a beaucoup d'initiatives, vous l'avez signalé monsieur le président dans les régiments. Pour l'instant c'est assez expérimental. On doit passer à c'est une expression peut-être galvodée, mais en tout cas, on doit augmenter largement la part des drones chez nous. C'est valable dans le domaine naval, sous-marin comme de surface. C'est dans le domaine aérien où là on s'oriente vers du low cost avec mise en compétition de nouveaux acteurs. Il faut que des nouveaux acteurs apparaissent euh proposant des solutions accessibles, rapides, low cost qu'on accepte de perdre. Les Reapers ou drones de niveau supérieur qui coûtent une fortune, les Américains en ont perdu près d'une vingtaine récemment sur les différentes opérations. C'est des outils qui les ont abattus. Ce n'est pas c'est pas une puissance euh de premier plan. Ce soit des groupes terroristes, même s'ils ont la taille d'une armée euh et beaucoup de résilience. Euh c'est quelque chose de vulnérable.

L'espace fait aussi partie de mes priorités. Il est impératif que l'on entretienne les capacités classiques de l'espace et qu'on se tourne vers la capacité d'action dans l'espace. Ça, c'est l'effort de réarmement. Ces ces fameuses surmarches, l'effort supplémentaire qui est demandé à la nation par rapport à la loi de programmation militaire, une bonne partie ira vers l'espace. La défense sol-air, c'est aujourd'hui un point critique pour les Ukrainiens et pourtant les Ukrainiens ont entamé la guerre avec des réserves comme aucun pays européen n'en a. On était trop faible. C'était une faiblesse acceptée face à une menace terroriste. Dans cet effort de réarmement, on va commander plus de systèmes SAMP/T pour qui protègent contre des menaces importantes type avion, missile de croisière, missile balistique. On va augmenter le nombre de systèmes qu'on a employé pour la protection des Jeux Olympiques qui s'appelle le MICA lanceur vertical. On va donner à l'armée de Terre davantage et à la marine davantage de moyens de courte portée, ce qu'on appelle les Mistral ou le d'autres noms pour le pour le système embarqué. Et puis on va poursuivre sur des canons parce que un canon bien guidé est très efficace et peu coûteux et quand on doit détruire de nombreux drones, c'est ce qu'on fait déjà en mer Rouge, et bien le canon est efficace. Et là, on a des adaptations proposées par le terrain. L'armée de Terre a proposé d'adapter de vieux canons de 20 mm avec un peu d'intelligence artificielle, des systèmes de visée rustique et ça peut protéger contre des drones et ça il faut qu'on l'encourage. On va développer à la fois des canons de 20 mm et de et de 40 mm. C'est plus de 900 millions d'euros supplémentaires qui vont être consacrés à la défense sol-air et à la lutte anti-drone.

Je passe rapidement sur les domaines classiques de combat. Le terrestre, l'effort que je souhaite, ce n'est pas d'augmenter le nombre de véhicules, d'augmenter le nombre de chars, d'augmenter le nombre d'hélicoptères, c'est de consolider les secteurs qui permettent à nos plateformes de combat d'opérer. C'est de la logistique. On va commander en 2026 des camions citernes, des camions de transport. Je je j'ai changé hier avec le responsable militaire qui qu'on appelle SACEUR, donc le le responsable opérationnel pour l'OTAN qui est un général américain. Son analyse c'est que la faiblesse aujourd'hui de l'OTAN, c'est la logistique. Donc il était ravi de voir que la France avait fait ce choix. Logistique, santé, dans les exercices les plus exigeants qu'on a fait avec des alliés, c'est la santé qui limite l'action de combat parce qu'on doit à nos soldats de les de les sauver, de les ramener à l'arrière, de faire le maximum pour eux. Le naval, on va durcir nos frégates, nos bâtiments de premier rang pour qu'ils puissent évoluer dans des environnements davantage brouillés euh avec davantage de menaces sur nos bâtiments. Dans le domaine aérien, les forces sera fait sur les commandes d'A400M et la commande de ce qu'on appelle des Global Hawk. C'est un système qui est fabriqué par la Suède et qui viendra succéder à nos avions AWACS. Ce sont des grands avions radar qui servent à toutes les opérations pour coordonner l'ensemble des moyens aériens qui évoluent dans une opération. L'alerte avancée. Point stratégique. Aujourd'hui, nous bénéficions de liens importants avec nos grands alliés, typiquement les Américains, pour partager la connaissance de tir de grands missiles, des missiles balistiques sur la planète. C'est quelque chose d'important puisque plusieurs puissances ont des missiles qui sont capables d'atteindre notre territoire. Ce système d'alerte, on va en renforcer la maîtrise en développant un programme qui s'appelle JADE avec l'Allemagne qui nous permettra nous européens de maîtriser de A à Z cette capacité de détection de départ de missile et d'anticiper la trajectoire pour savoir si nos populations sont menacées ou pas.

Vous m'avez posé quelques questions euh monsieur le président sur certains programmes clés. Le système de combat aérien du futur, donc c'est l'après-Rafale. C'est quelque chose que l'on veut construire avec les Européens, avec les Allemands au départ, puis les Espagnols nous ont rejoint. Les Belges ont demandé à être observateurs. C'est le cœur de l'aéronautique militaire de demain pour l'Europe. Ce que je peux dire là-dessus, c'est que les responsables militaires, français, allemands, espagnols sont tous d'accord sur le besoin. Ils ont tous la même vision de ce que l'on attend de ce système de combat futur. Une plateforme qui fait une quinzaine de tonnes. C'est une masse importante. C'est ce qui c'est ce que l'on sait propulser demain de manière autonome. C'est-à-dire, on n'a pas besoin d'un réacteur acheté aux États-Unis ou d'un réacteur acheté ailleurs dans le monde. Nos industries. Le savoir-faire européen, c'est propulser un avion d'une quinzaine de tonnes et ça les trois armées de l'air, notre marine pour l'aéronaval sont d'accord sur le profil de cette plateforme. C'est important, on partage le même besoin. Au-delà de la plateforme centrale, c'est tout un système connecté. C'est l'enjeu de cette évolution aéronautique, c'est d'être capable de dialoguer avec l'ensemble des moyens aériens, drones, certainement le spatial et toutes les plateformes navales et terrestres demain. Parce qu'on sait que la vitesse de circulation de l'information, c'est ce qui fait notre supériorité. Demain au combat, quand on y rajoute de l'intelligence artificielle, on gagne des minutes précieuses sur un adversaire. C'est ce qui nous permet toujours d'être supérieur.

Porte-avions nouvelle génération. Euh pour moi,

Il était absolument essentiel de réfléchir au moyen d'avoir une permanence. Au plan militaire, moi, j'ai besoin de permanence. Un outil de combat qui est disponible 50 % du temps, ça n'est pas l'idéal ou 65 % du temps. En tout cas, pour moi, c'est soit il est disponible quand j'en ai besoin, soit il n'est pas disponible. Pour qu'il soit disponible quand j'en ai besoin, c'est 100 %.

Donc la détermination du futur porte-avions dans sa géométrie, dans son volume, dans son coût était pour moi essentielle. On est en train de terminer ces travaux. C'est quelque chose qui va être présenté à notre ministre. Il y a eu une importante remise en question. Ce ne sera pas la reproduction du passé. Pour moi, c'était clé.

Le porte-avions a une vraie utilité au milieu du 20e siècle. On est au 21e siècle. Il y a de nouvelles menaces, de nouveaux environnements. Le porte-avions, on voit beaucoup le bâtiment. Moi, j'y vois beaucoup la puissance aérienne. Euh, et donc cette puissance aérienne qui sera mise en œuvre à bord rassemblera bien sûr des avions des générations qui viennent, mais aussi des drones de tout type. Euh, on doit réfléchir à l'évolution de ce système.

Donc là, on est en train de terminer le travail. C'est un travail qui est mené en lien étroit avec la délégation générale pour l'armement qui négocie un programme qui va s'étaler sur des dizaines d'années et qui est dimensionnant pour nous. Euh, moi, j'espère pouvoir avoir la permanence. Je suis tout de même préoccupé d'une manière générale par l'évolution des coûts de chaque système.

Le T-Rex, et donc T-Rex, c'est le petit nom d'un moteur qui pourrait équiper les futures versions du Rafale. Euh, bon, ça fait très agressif pour moi. Ce qui compte, c'est qu'on puisse garantir à la partie aérienne de notre dissuasion d'être crédible, c'est-à-dire de garantir dans les plans que je propose au président de la République de lui garantir que si la France avait à déclencher la dissuasion, l'effet serait obtenu. C'est donc une approche très militaire de capacité à emmener une arme jusqu'aux objectifs qui sont définis.

Pour emmener une arme moderne qui sera plus lourde que les précédentes, j'ai besoin d'un avion qui a plus de poussée, un moteur plus fort. Et donc il n'y a pas de négociation sur le profil de la dissuasion française. Si c'est un besoin, le moteur sera adapté pour que ça puisse être réalisé. Frappe dans la profondeur, c'est un point, c'est quelque chose qui sera intégré. Donc ce sera intégré dans le, c'est quelque chose qui sera intégré avec une poussée à 9 ou 10 tonnes. Alors là, les chiffres, je vais laisser les experts, mais c'est important parce que, enfin, la finalité, c'est 11 tonnes, sauf qu'aujourd'hui, le financement, c'est par celui-là.

Vous avez raison, ce sont des points importants sur l'aéronautique parce que je, qui n'est pas, qui est peut-être un débat d'expert, mais ce n'est pas évident à comprendre. Euh, la partie aujourd'hui la plus critique sur l'aviation de combat du futur, c'est le moteur. Parce que les moteurs aujourd'hui, pour avoir des niveaux de poussée suffisants, doivent atteindre des températures intérieures extrêmement élevées et il y a très peu de matériaux qui résistent à cette température.

On a la chance d'avoir en France une culture aéronautique de pionniers, jusqu'à aujourd'hui, le Rafale qui est une référence dans le monde. La difficulté, c'est que on est passé d'une aviation qui développait des modèles différents tous les 5 à 10 ans à une aviation qui s'est rationalisée sur un modèle d'appareil et un moteur. Ça veut dire que pendant des années, on n'a pas développé de nouveaux moteurs. Donc des ingénieurs, des techniciens, les gens qui réfléchissent à de nouveaux matériaux n'ont pas eu de projet pour travailler sur de nouvelles performances. Aujourd'hui, il y a un vrai défi pour savoir le faire.

Arrivé à cette propulsion, dont j'ai, quand j'ai évoqué le prochain système de combat, la masse de 15 tonnes qui est discutée entre nous, c'est la masse qui nous paraît nécessaire pour remporter des armements dans le contexte qu'on imagine. Pour propulser 15 tonnes, il faut des moteurs avec des poussées au-dessus des 10 tonnes. Et donc quand on parle de ce futur moteur du Rafale, en fait, on est en train d'atteindre des performances progressives qui nous permettront de propulser la prochaine génération d'avions de combat pour l'Europe. Les Chinois, les Américains sont sur ces niveaux de performance, on n'y est pas encore. Donc ce sera, ce, on vise du 11 tonnes sur le prochain système de combat. C'est la performance sur laquelle on est aujourd'hui. Et pourquoi je souligne ça ? Ce n'est pas pour le point de vue stratégique, c'est parce que d'un point de vue industriel, ça me semble fondamental.

Mon général, ici au Sénat, on a fait un rapport sur le porte-avions de nouvelles générations dont on a souhaité qu'il soit à propulsion nucléaire. Non pas parce qu'on considérait que c'était beaucoup plus efficient que la propulsion conventionnelle, mais parce que d'un point de vue industrialisation de notre pays et maintien des compétences en matière nucléaire, ça nous semblait fondamental pour pouvoir maintenir, auprès de la filière en tout cas, les compétences. Et sur la question de la propulsion du Rafale et de l'évolution du moteur en T-Rex, c'est là aussi fondamental parce que je rappelle, ce que vous dites est tout à fait exact. Ça fait plus de 40 ans maintenant qu'on n'a pas fait de recherche fondamentale sur les parties chaudes de la motorisation. Ce que les Américains continuent de faire et aujourd'hui, on atteint des températures qui vont bien au-delà des températures de fusion et on n'est pas capable de le faire si on ne met pas l'argent nécessaire. Donc je suis très heureux d'entendre qu'on va le mettre au budget, mais ça a aussi eu son importance dans la pérennisation de notre capacité à continuer à faire des moteurs dans le temps.

En tout cas, donc on est vraiment sur une, ce qu'on appelle dans notre langage, une feuille de route, puisqu'on travaille toujours sur le long terme où on veut porter la capacité de propulsion de nos moteurs à 9 tonnes. Ce projet qu'on appelle T-Rex pour le Rafale et d'aller vers une propulsion de 11 tonnes pour la nouvelle génération d'avions de combat. C'est ce qui définit la masse maximum sur laquelle on travaille aujourd'hui de la future plateforme d'aviation de combat.

Frappe dans la profondeur, monsieur le président. Vous m'aviez également interrogé sur ce projet important, et je sais qu'il a une forte sensibilité. Je vous ferai une réponse de responsable militaire que je suis. Sur cet horizon des 3-4 ans, je vais avoir la disparition de systèmes de lance-roquettes unitaires qui sont aujourd'hui des systèmes qui équipent l'armée de terre. Système qui a démontré sa pertinence au combat aujourd'hui en Ukraine, Ukraine et ailleurs. Donc c'est quelque chose qui est nécessaire au combat terrestre de demain. Et donc on va commander des systèmes pour que en 2029-2030, on ait cette capacité de frappe dans la profondeur. Euh, là, c'est mon besoin militaire. Euh, sur les aspects industriels, je laisserai le délégué répondre à ce point-là, même si bien sûr, je le suis. En tout cas, moi, j'ai un besoin de court terme, ce qui n'exclut pas du tout la possibilité d'avoir des approches de plus long terme.

Sur la frappe dans la profondeur, il y a également un débat important sur les frappes sur de plus grandes distances. C'est quelque chose qui est discuté d'ailleurs entre Européens avec des initiatives européennes, une initiative qu'on appelle Elsa. Euh, la France est moteur parce qu'elle a toujours suivi, notamment pour sa dissuasion nucléaire, elle a développé des missiles qui sont le point le plus abouti, sous-marins pour frapper dans la profondeur. Euh, là, mon regard de chef d'état-major des armées, c'est que nous avons besoin à l'avenir de capacité à frapper à quelques centaines de kilomètres depuis une position terrestre. Ça, c'est le combat sur le front, même s'il évolue vite, j'espère qu'on aura des combats moins statiques que ce qu'on observe aujourd'hui en Ukraine. Mais en tout cas, on a besoin de frappes sur quelques centaines de kilomètres. C'est ce qu'on appelle le tactique, les deux armées de terre qui combattent l'une face à l'autre.

J'ai besoin ensuite d'être capable d'atteindre les centres névralgiques d'un ennemi dans sa capacité à combattre. C'est ce que font en ce moment les Russes et les Ukrainiens en essayant de réduire toutes les usines qui produisent les drones, les munitions de l'un comme de l'autre, qui essaient de détruire les postes de commandement de l'armée adverse pour dégrader sa capacité à mener les combats. Donc ça, c'est ce qu'on appelle nous le champ opératif. Et là-dessus, je mise beaucoup sur les nouveaux missiles de croisière que l'on est en train de développer qui sont les nouvelles générations du SCALP, les nouvelles générations du missile de croisière naval. Je compte également beaucoup sur l'appui que procurera un missile capable de détruire les défenses ennemies et qui fait partie des efforts de programmation en cours, ce qu'on appelle dans un langage très technique, la suppression des défenses aériennes ennemies. C'est un missile dédié, complexe à réaliser. La France n'en avait pas et ça, c'est quelque chose de nouveau.

Et puis les drones. Le missile aujourd'hui, les missiles russes ont un taux de réussite allant de 50 à 100 % selon les zones et les objectifs, là où les drones sont abattus à peu près à 80-90 % des cas. Mais les drones, par l'usure et le côté "baku" à la fin, permettent de menacer, et on le voit, les Ukrainiens qui atteignent aujourd'hui des centres de production énergétique russe grâce à des drones. Donc ça, ça fera partie des choses pour moi.

La capacité stratégique, c'est-à-dire aller frapper le cœur des grandes villes, les centres de pouvoir, je n'y crois pas. Les bombardements de Londres, les bombardements de Dresde ont montré que atteindre le cœur d'une société a plutôt tendance à la souder qu'à la réduire à néant. Et les tirs répétés sur Kiev n'ont pas empêché les Ukrainiens aujourd'hui d'être vaillants au combat, d'être courageux et de continuer à se battre. Donc je pense que ce n'est pas un secteur d'investissement prioritaire.

Voilà, j'ai j'ai été déjà assez long. Je suis désolé, j'aurais pu continuer, mais je préfère donner du temps à la réponse aux questions. Merci beaucoup, mon général, pour toutes ces informations. Il y a un point sur lequel j'aimerais que vous puissiez revenir éventuellement, c'est nous expliquer qu'est-ce qui se passe en cas de non-vote du budget. Ça me semble important. On est capté. Donc ça peut être intéressant d'expliquer ce qui se passerait pour nos armées compte tenu de la nécessité de remonter en puissance que vous exprimez et que évidemment chacun ici appelle de ses vœux. Euh, s'il n'y avait pas de vote de budget, ça serait intéressant que vous nous expliquiez comment on fait, puisque ça voudrait dire qu'on est avec un budget en gros équivalent à celui de cette année. Donc il nous manquerait en gros 6 milliards et demi. Quelles conséquences ça a globalement ? Et puis, un point sur le FLPT rapidement, parce que je pense que c'est aussi le rôle du parlement que de, que d'alerter en tout cas sur un certain nombre de choses. Je vous l'ai dit, on a déposé un amendement à la loi de programmation militaire sur la demande de souveraineté sur ce sujet. Il y a un certain nombre de travaux qui se font et ils se font naturellement. Je comprends parfaitement.

En tout cas, nous comprenons parfaitement l'urgence de la situation et la nécessité de remplacer les rues. Je rappelle qu'il en reste deux ou trois maximum, mais je mets en garde aussi sur les choix que la DGA voudrait faire, puisque je rappelle que sur le choix qui serait fait, qui voudrait être fait, la cabine n'est pas blindée. Il n'y a pas de protection antimines, il n'y a pas de protection NRBC, il y a une conduite de tir qui n'est pas très efficace et puis une précision de la roquette qui est très mauvaise. Donc on veut avoir du matériel très vite, c'est très bien, mais il faut aussi mesurer les conséquences que ça aura si toutefois on faisait faire, on devait faire le choix, je ne citerai pas en particulier ici, on est calme, on est capté, mais que ça pourrait avoir. Voilà. Euh, et de la même manière, on est aussi ici assez chauvin et assez sur l'idée que même si certains sujets ne sont pas souverains, c'est aussi des emplois dans nos territoires, c'est aussi des emplois dans nos communes, dans nos départements, dans nos régions. Et quand, par exemple, sur le flotlog, on entend dire qu'on pourrait faire le choix de Mercedes au détriment de Renault, ça nous interroge quand même beaucoup. Voilà. Et donc, je le dis aussi parce que c'est derrière un certain nombre de, ça a beaucoup de conséquences. Voilà, je vous laisse répondre. J'ai posé quelques questions et ensuite je donne tout de suite la parole au rapporteur.

Merci beaucoup. Euh, sur le, sur la question du budget et du vote. Bon, premièrement, moi, je suis chef d'état-major des armées et je respecte les choix du parlement et donc je n'ai pas de, enfin, je ne, vous avez raison. En tout cas, c'est pour moi un débat important de notre nation et qui se fait au Parlement. Donc, c'est, je, j'écouterai et j'en tirerai les conséquences. Et à propos de ces conséquences, bien sûr, c'est les conséquences seraient très importantes et pour moi, totalement décalées par rapport au contexte. Très importante parce que on a initié depuis 2017, 2016-2017, un effort de réarmement important d'une défense qui était en piteuse état il y a une dizaine d'années. Les premières années ont permis de réparer énormément de choses. Là, on est dans un effort de réarmement qui se traduit de manière très concrète. Vous l'avez vu lors du dernier 14 juillet. Je pense que les Français l'ont vu, nos armées sont transformées. Euh, on doit poursuivre, on doit poursuivre cet effort parce qu'en fait, quand je traduis cette urgence, je donne un horizon à 3-4 ans. Ce n'est pas un horizon qui est construit d'une manière abstraite, qui serait sur des motivations d'urgence justement pour convaincre d'un budget. C'est vraiment ce calcul qui est assez mécanique. Je l'ai évoqué, 2008, première agression russe, 2014, nouvelle agression russe, 2022, nouvelle guerre. Si je reprends la série, j'arrive en 2030, 2029-2030.

Au-delà de la question des séries, euh, je pense que tout ce que je comprends des échanges que j'ai avec mes homologues nordiques ou des personnes qui sont des experts de la Russie, c'est que la Russie aujourd'hui nous considère comme faible. En Europe, elle nous considère comme faible. Et elle a un usage de la force qui est totalement débridé. Ça fait partie de l'action normale de l'État. S'il a besoin de quelque chose, il le prend par la force. Si en face de lui, il a une forme de faiblesse, et bien tant pis pour le faible. Et c'est ce que l'on voit, c'est ce qui se passe autour de nous. Donc je pense qu'un responsable russe peut se sentir lié par un accord qu'il aura passé avec des responsables politiques d'un moment et que le jour où ces responsables ne sont plus en place, le champ est libre. Et donc là, dans les horizons d'élections majeurs qui se présentent à nous dans nos sociétés à l'avenir, en 2029-2030, plus rien ne lie un responsable qui sentirait qu'il a une opportunité en Europe.

Donc, si je reprends les choses, un, je pense qu'il est important de faire l'effort de défense alors qu'on est à 3-4 ans d'un possible choc. Je pense qu'il est important de montrer que l'on fait cet effort parce que si on n'est pas capable de faire l'effort en ce moment, c'est un nouveau signal de faiblesse. Et ce signal de faiblesse, il est parfaitement compris par nos adversaires. Et il y a la détermination, la force morale de notre nation est mise à l'épreuve en ce moment. Moi, j'ai une grande confiance. Je vois des jeunes extraordinaires dans nos armées. Je vois des jeunes qui poussent la porte des centres de recrutement pour s'engager, pour nous aider parce qu'ils ont conscience de ce qui se passe. Et je pense que cet engagement doit être aidé et accompagné des choix. Et ces choix, c'est effectivement de faire un effort sur la défense en ce moment.

Les conséquences sur ce que l'on propose, c'est quand même un effort de plus de 6 milliards supplémentaires en 2026. 6 milliards, ce n'est pas quelque chose que vous épongez comme ça en faisant un petit peu moins d'entraînement dans les camps de manœuvre. Ça déstructure largement un plan de modernisation. Ce sont des munitions qui ne seront pas commandées. C'est un secteur industriel qui, on le sait, guette des commandes. Ils ont de l'activité, mais il y a quelque chose qui serait pas très cohérent entre la période et ce choix.

Merci beaucoup, mon général, pour le programme 144. Donc je laisse la parole à Pascal Alizard et puis ensuite à Gisèle Jourin. Merci, monsieur le président, mon général. Merci pour toutes vos explications et effectivement, même si le panorama peut sembler inquiétant, la peur n'évitant pas le danger, on est là pour y travailler et faire en sorte d'améliorer la situation. Pour ce qui concerne le programme 144 et la partie innovation, les moyens dédiés devraient atteindre un peu plus de 1,4 milliard d'euros sur l'innovation et une augmentation de 127 millions par rapport à 2025, modulo ce que le président et vous-même venez de préciser concernant le vote du budget. C'est un effort légèrement supérieur à ce qui est prévu en LPM. Et bien évidemment, l'innovation de défense n'est pas une option mais bien une nécessité stratégique. Pourriez-vous nous indiquer quelques-unes de vos priorités concernant les projets d'innovation lancés en 2026 ainsi que celles que vous souhaiteriez voir passer à l'échelle dès l'année prochaine ? Et quant à la stratégie d'innovation que vous souhaitez mettre en place, pourriez-vous nous en préciser quelques axes, s'il vous plaît ?

Général, ma question porte sur le volet renseignement du programme 144 qui finance la recherche et l'exploitation du renseignement intéressant la sécurité de la France par la DGE pour la sécurité extérieure et la DRSD pour la sécurité de défense, c'est-à-dire la sécurité de l'ensemble des emprises, mais aussi les quelque 4500 entreprises de la BITD. Globalement, les crédits de paiement prévus pour 2026 sont en augmentation de 13 % pour s'établir à 579 millions d'euros. Avec les crédits de personnel du programme 212, ce sont près de 1,3 milliard d'euros qui seront consacrés à la DGSE pour 1,141 milliard et la DRSD 174 millions d'euros. Il faut s'en féliciter puisque cette augmentation résulte de la LPM 2024-2030 que le Sénat, avec le soutien de mon groupe, avait adopté. C'est plus particulièrement sur les crédits de fonctionnement et de personnel de la DRSD et de la direction du renseignement militaire qui dépendent directement de votre autorité que je souhaite vous interpeller. Les moyens en personnel de la DRSD vont rester en 2026 en deçà de l'épure de la LPM et même baisser par rapport à 2025, alors que la sécurité des TPE, PME et ETI de l'industrie de défense française devient un enjeu de souveraineté crucial. Comme dans le cyber, ce ne sont pas les grands groupes qui sont les plus vulnérables aux attaques, mais toute la chaîne des entreprises sous-traitantes. Pourriez-vous nous dire si des moyens nouveaux de renseignement et de contre-ingérence vont être mis en œuvre pour sécuriser les PME de la BITD française au regard des menaces nouvelles, attaque cyber, sabotage, prise de participation hostile qui pèse sur nos entreprises ? S'agissant de la DRM, il faut constater que, comme on a l'habitude de le dire son directeur, le général de Mongrot, le besoin de renseignement militaire est infini, compte tenu de la multiplication des foyers de crise, alors que nos moyens de surveillance et nos capteurs ne sont pas infinis. J'ajoute que, comme l'a mis en évidence le rapport d'activité 2024 de la délégation parlementaire au renseignement sous la présidence de notre collègue Cédric Pin, le renseignement de contre-prolifération nucléaire redevient un enjeu de premier plan. Qu'il s'agisse naturellement de la Russie et de l'Iran, mais aussi de la Corée du Nord et de la Chine. Quels sont nos axes d'amélioration en 2026 et les années suivantes dans le domaine du renseignement aérien et spatial ? Je vous en prie, mon général.

Merci beaucoup. Je vais répondre aux deux questions sur l'innovation et nos axes. C'est effectivement un point sur lequel je suis extrêmement vigilant parce que la tentation dans cette période, ce serait de ne se concentrer que sur le très court terme et je vous ai donné mes priorités sur l'activité, les munitions, mais il y a un volet innovation qui reste important et sur lequel il faut effectivement toujours être présent. Sur l'innovation dans les secteurs qui sont clés pour moi, c'est le travail de dronisation que l'on va poursuivre. Alors, je vous ai dit que dans tous les domaines, dans tous les milieux, on allait le faire. Dans le domaine terrestre, on est dans de l'innovation vraiment intéressante qui bénéficie d'un éclairage permanent du comité d'éthique parce que là, on parle de robots, de robots mais conçus et sur lesquels nous garantissons que l'homme reste en contrôle des décisions et des lois qui s'appliquent. Mais on a un projet qui s'appelle "Pain Dragon" qui est une capacité à des drones terrestres d'opérer en meute. On est dans l'exploratoire, mais la France est en avant-garde là-dessus et même si les applications ne seront pas pour 2026-2027, en tout cas, on voit bien que c'est un secteur important aujourd'hui. Aujourd'hui, les Ukrainiens qui n'ont pas assez d'hommes et de femmes à former pour aller au combat compensent par des drones. S'ils n'avaient pas les drones, l'Ukraine aurait déjà perdu. Donc nous, il faut que l'on s'intéresse à ce domaine en ayant une attention vraiment très forte sur l'aspect éthique. Mais là-dessus, monsieur Pêcheur et ses équipes ont fait un travail vraiment extrêmement précieux. Euh, on va le faire.

Au-delà des drones, l'intelligence artificielle, c'est une réalité, elle est déjà là, mais il faut vraiment qu'on passe à une échelle supérieure. Ce qui pose d'autres questions et une évolution des critères que l'on pose aux industriels quand ils nous proposent de nouveaux programmes. Il faut qu'on ait des architectures ouvertes parce qu'en fait, il faut qu'on puisse récupérer les données des systèmes de combat, les agréger et ensuite faire des exploitations selon des applications grâce à de l'intelligence artificielle. Et comme ce sont des domaines qui évoluent très vite, il ne faut pas qu'on soit prisonnier d'un système conçu en 2030 et qui ne bénéficie pas des améliorations dans les années. C'est un point important et qui n'est pas dans la culture nationale pour certaines entreprises.

Le quantique. Le quantique, c'est un domaine qui peut paraître mystérieux, mais en tout cas, d'un point de vue pratique, ça permet de voir des choses qu'on n'arriverait pas à voir aujourd'hui. Donc les senseurs quantiques, on a des mathématiciens extraordinaires en France, on a des entreprises qui savent déjà explorer ces voies-là. Ce sont des domaines de rupture. C'est un petit peu le premier qui invente le téléphone portable quand il n'y avait que des téléphones à fil chez soi. Celui qui trouve les senseurs quantiques franchit une étape avec des applications militaires très fortes dans tous les domaines. Donc il faut investir dans le quantique.

Pour investir dans ces domaines du numérique, il faut des calculateurs. Donc là aussi, le ministère va faire un effort sur des super calculateurs. Et le centre numérique de défense va bénéficier d'efforts importants. C'est moins pour moi de l'innovation, c'est de l'innovation, mais c'est plus de la poursuite de recherche. Mais l'hypervélocité est naturellement un domaine peu accessible. L'hypervélocité, ça veut dire quoi ? Ça veut dire aller à plus de cinq fois la vitesse du son. Quand on va à ces vitesses-là, les échauffements sont terribles. Il y a très peu de matériaux et de systèmes qui résistent à ça. Et donc, il y a tout un tas de défis technologiques à franchir. Il y a très peu de nations qui maîtrisent ça. La France saura le faire.

Renseignement. Je ne vais pas être très loquace puisque nous sommes dans une session publique. En revanche, sur les grands principes, je peux naturellement vous en parler. Le renseignement est clé et donc l'effort dans les lois de programmation est important pour le poursuivre. Vous avez raison, madame la sénatrice. En terme d'effectifs, il y a des services de renseignement qui ont plus de mal à conserver les effectifs ou en tout cas sur lesquels on n'était pas aux objectifs que l'on souhaitait. Et on en a parlé au début de notre entretien. Le volet fidélisation, attention au personnel est clé. On met des années à former des experts de renseignement. Et quand ces personnes quittent, on ne peut pas les remplacer instantanément en prenant quelqu'un d'une unité quelconque et en lui disant "Tu vas être désormais l'expert de l'Iran et de la prolifération nucléaire." Donc, on a souffert de départs non maîtrisés dans ces domaines. L'effort, l'intention reste bien d'atteindre les objectifs qui ont été donnés dans la loi de programmation et je pense que les mesures que vous avez soutenues sont clés pour ça.

Sur les investissements et la capacité à suivre la contre-prolifération et le nucléaire, c'est naturellement la priorité des priorités. C'est la survie de notre nation. Et donc là-dessus, on s'adapte aux réalités humaines des, ça repose sur peu d'experts aujourd'hui. Mais en tout cas, il n'y aura pas d'abandon dans ce domaine et au contraire, plutôt des efforts. On va parler de l'espace, l'espace joue un rôle clé. Nos drones vont avoir des capteurs nouveaux pour être capables d'améliorer notre compréhension des situations. Donc tout ça va nous améliorer le renseignement et la DRM dès l'année 2026 a une priorité d'intelligence artificielle qui va augmenter notre capacité d'analyse.

Merci, mon général. Donc on passe au P146 avec Huxori et ensuite Hélène Conou Mray qui n'est pas là. Merci. Poser question. Merci président. Oui, je vais poser la question pour ma collègue qui est qui n'est pas là aujourd'hui, qui est souffrante. Général, merci pour ce tour d'horizon et notamment des conflits et guerres qui nous entourent. C'est toujours intéressant. J'ai deux questions. Je vais revenir à la fois sur la LPM et sur les drones. La ministre des armées a confirmé la prochaine actualisation de la LPM. Savez-vous quand le projet de loi sera prêt ? Quelles devraient être les principales dispositions du texte ? Si vous pouvez nous le dire, est-ce que celui-ci pourrait également contenir des dispositions nouvelles comme la mise en place d'un service national volontaire avec évidemment des conséquences en terme d'infrastructure pour accueillir de nouveaux personnels ? Et par ailleurs, à propos des drones, quels sont les enseignements, on en avait parlé tout à l'heure, retirés de la guerre en Ukraine en 2024 et 2025 ? Les avancées récentes des Russes semblent s'expliquer par un usage immodéré des drones filaires qui sont impossibles à brouiller, produits avec le soutien de la Chine. Comment analysez-vous cette évolution tactique ? Et est-ce que l'état-major considère pertinent de se doter de cette capacité de drone filaire ? Et par ailleurs, hier nous avions une audition avec le J4 qui nous rappelait des chiffres qui sont toujours impressionnants. La production de 4,5 millions de drones par l'Ukraine en 2025 et le stock de 2500 drones dans l'armée de terre. Alors, évidemment, ça serait de l'armée de terre française. Évidemment, ça serait une absurdité d'avoir de tels stocks compte tenu de l'obsolescence de ces matériels. Mais est-ce qu'aujourd'hui nous avons la garantie que des industriels, à la fois de la défense et des industriels civils, sont en capacité de monter à de tels niveaux de production de drones ? Je vous remercie.

Merci beaucoup. Alors sur le votre première question, monsieur le sénateur, je serai réservé puisque le tempo d'actualisation ressort de choix politiques et donc je resterai dans mon rôle de chef militaire. En tout cas, sur les axes de cette actualisation, dans le travail qui est mené par le ministère et dans les recommandations que j'ai faites, vous retrouverez tous les éléments de priorité pour nos armées que j'ai essayé de lister. J'en ai passé certains, mais vous retrouverez la volonté d'entraîner nos forces, de commander des munitions, du spatial, du drone, de la défense solaire, du volet terrestre conforté, domaine naval durci, voilà, aérien, alerte avancée, innovation, les réserves dans la résilience de la nation. Et puis, c'est quelque chose aussi sur lequel je ne peux pas m'engager aujourd'hui, mais je peux vous confirmer que le travail qui a été demandé par le président de la République lors de ses vœux à Rennes en janvier 2025 d'études de formes de service. Les options ont été travaillées, elles font l'objet d'un dialogue en ce moment avec le gouvernement et je ne peux pas préjuger des choix qui sont faits, mais en tout cas, ça rejoint le troisième point dans mes priorités qui est d'une nation solide qui a une force morale importante et je le lis beaucoup au travail sur la réserve où pour moi, l'objectif que l'on s'est fixé dans la loi de programmation de doublement de la réserve est un objectif qu'il faut absolument préserver. D'efforts que j'ai demandé qu'on soit davantage réactif quand des jeunes sollicitent une entrée dans la réserve, que les traitements des réservistes soient faits. Voilà sur les points sur lesquels je peux intervenir sur les drones. Pardon, je n'ai pas répondu sur vos drones.

Aujourd'hui, lorsque je discute avec mon homologue ukrainien, il partage le fait qu'en trois semaines, une technologie est dépassée. En fait, en trois semaines, quand les Ukrainiens prennent un avantage, les Russes réagissent et s'adaptent et trouvent une parade. Donc le fil a été la parade au brouillage et aujourd'hui le filaire est très présent. Il y a des zones sur lesquelles il y a plus de 30 à 40 % de drones utilisés qui sont des drones filaires avec des images vraiment impressionnantes de drones qui chassent les combattants dans les sous-bois. Euh, je ne sais pas ce que sera la capacité de brouillage et la capacité offensive d'un adversaire auquel on serait confronté. Mais en tout cas, l'effort de guerre électronique me semble également être un domaine de priorité dans les nouveaux efforts de défense qui seront réalisés. On a, on était fort en guerre électronique pendant la guerre froide. On a un savoir-faire, mais on l'a moins développé ces dernières décennies. Je pense que là, on est dans un moment où à nouveau, il faut faire un effort de guerre électronique et notamment dans les moyens offensifs. L'Europe a des forces quand on développe nos propres systèmes de positionnement, quand on développe le spatial avec de nouveaux satellites, des micro-constellations qui vont nous aider à opérer, je pense qu'on se consolide. Et sur les drones, effectivement, le niveau de production de drones en Ukraine est monumental. Si vous regardez la courbe dans laquelle ils sont inscrits en terme de production, c'est des multiplications par 10 d'année en année. Donc en fait, quand on regarde au début du conflit, leur capacité de production était forte, mais pas si importante que ça. Ils ont été très vite et je salue le travail qui est mené par le ministère et notamment sous l'impulsion du délégué général pour l'armement qui regarde, qui dialogue avec des entreprises qui ont des savoir-faire de production massive dans d'autres secteurs que la défense pour voir comment on devrait adapter nos productions si jamais on devait produire en très grande quantité. Et ça, c'est un travail sur lequel je vous propose d'interroger le délégué général pour l'armement. Je vous remercie.

Merci beaucoup, mon général. On passe ensuite au P178 avec Olivier Sigolotti et puis Michel Gré là. Merci, monsieur le président. Mon général, vous avez largement évoqué le conflit ukrainien et notamment les enseignements que vous tirez et la nécessité d'adapter nos forces au vu de l'évolution et de la situation qui est pratiquement quotidienne, mais aussi l'évolution des technologies. Vous avez évoqué le fait qu'une technologie en trois semaines était déjà dépassée. Moi, j'aurais deux questions qui concernent plus particulièrement le P178. De quel créneau bénéficiez-vous pour avoir ce retour d'expérience qui est très évolutif et pour permettre effectivement d'en tirer les conséquences et d'adapter nos forces à l'évolution des technologies et de la situation ? Et puis, sans vous parler d'actualisation, mon général, est-ce que vous pensez que la LPM, à l'heure où nous échangeons, est suffisamment souple pour vous permettre de réaliser toutes ces adaptations ? C'est peut-être une façon détournée de ne pas parler d'actualisation, mais est-ce que vous pensez que la LPM 24-30 vous permet d'intégrer tous les éléments que vous venez d'évoquer, notamment en matière de drone, de guerre électronique, de défense solaire, et cetera ? Merci, mon général. Et puis Michel Gréum. Merci, monsieur le président. Tout d'abord, général, je tenais à vous dire que je vous remercie pour tous les éléments que vous nous donnez qui sont franchement clairs et permettent une meilleure compréhension. Parmi les objectifs qui vous sont fixés figure la mise en place d'une division dite de bonne guerre, c'est-à-dire 19 000 hommes déployés sous 30 jours. Il s'agit là d'un défi logistique considérable. Pourriez-vous nous expliquer la manière dont se met en place cette organisation et les difficultés éventuelles qui sont liées ? Nos armées sont en plus en 2026 à participer à l'exercice Orion, vous en avez discuté tout à l'heure, qui a lieu tous les trois ans. Dans quelle mesure cet entraînement exigeant s'assert-il dans la mise en œuvre de cette division ? Je vous en prie.

Merci beaucoup. Euh, premier point sur les créneaux pour avoir disposé de ce retour d'expérience. La France aujourd'hui a une grande confiance auprès des Ukrainiens. Dans le dialogue que l'on a au niveau militaire, on a bien sûr un partenaire qui est prudent parce qu'il est en guerre et donc qui ne révèle pas tout, mais qui a vu que depuis le début, la France est aux côtés de l'Ukraine, que nos citoyens font des efforts pour l'Ukraine et que la France a toujours été à l'initiation de véritables ruptures dans le

Soutien. Euh, je pense à des choses qui euh qui ont marqué. On a été les premiers à proposer des chars à l'Ukraine, les AMX10, qu'ils ont baptisé le sniper, euh parce qu'il a d'excellents résultats, dans un moment où collectivement, on avait, il y avait plutôt des freins. Euh, et ça a créé un mouvement d'entraînement avec de nombreux pays qui ont apporté un soutien en char. On a apporté un soutien sur la défense solaire. Et quand récemment, on me rapporte que notre système santé a intercepté des missiles qui n'étaient pas interceptés par des Patriots, les Ukrainiens nous remercient. Et ils savent que même si les quantités sont celles que l'on peut donner à l'échelle de notre pays, l'effort est là. Et la France a toujours tenu parole et fait de la qualité.

Et donc, ça a permis de créer depuis plus de trois ans, bientôt quatre ans, un dialogue de grande confiance avec certains responsables ukrainiens. Nos autorités militaires, vous allez entendre le général Chill, s'est rendu, s'est rendu à plusieurs reprises en Ukraine. Il a rencontré son homologue à plusieurs reprises. Et à chaque fois, c'est l'occasion d'échanger sur des choses très pratiques pour comprendre la guerre qu'ils sont en train de mener, voir comment on peut les aider au mieux et nous tirer les enseignements de ce qu'ils vivent. Donc, les créneaux, ils sont plutôt réguliers. Euh, moi, j'ai échangé dès mes premiers jours avec le chef d'état-major des armées ukrainiennes. m'écrivait hier soir. Voilà, on continue d'échanger et je, on pose des questions des deux côtés, euh, pour céder au mieux sur euh euh l'actualisation euh de la loi de programmation euh et la et la rigidité ou en tout cas la capacité à introduire de nouveaux éléments dans la loi de programmation. J'ai pas d'image simple, mais c'est vrai, comme on achète des équipements qui sont produits sur des des périodes longues, l'accumulation des commandes fait que à la fin, euh, on a plus beaucoup d'espace pour ajouter des nouveaux achats. Mais parce qu'on, on travaille sur une planification de temps long, et c'est ce qui justifie des lois de programmation militaire. On a suffisamment aujourd'hui d'espace pour intégrer mes priorités et les le retour d'enseignement des conflits. J'ai beaucoup parlé de l'Ukraine, mais les frappes israéliennes ou américaines en Iran sont pour moi, militairement, quelque chose de majeur. Donc, l'enseignement, l'ensemble des enseignements pour moi, est quelque chose que j'arrive à intégrer dans la proposition que je fais à la ministre pour l'actualisation de la loi de programmation militaire.

Sur la division. Euh, on est dans un schéma euh important de d'évolution de notre armée de terre. Et vous avez tout à fait raison avec un objectif d'être capable de déployer euh ce qu'on appelle une division. Alors, terme assez technique, on a des petits groupes, des plus gros groupes et des très grands groupes. Donc, euh, euh, les, je pense que les Français sont habitués aux régiments, parce que c'est ce que l'on voit sur les panneaux de signalisation. Et on connaît les régiments, et c'est notre histoire, de très belles histoires des drapeaux et des forces qui sont présentes sur nos territoires. Quand on rassemble plusieurs régiments et plusieurs profils d'expertise, on arrive à constituer des brigades. On vient de faire un exercice en Roumanie de déploiement en faible effectif de plusieurs milliers d'hommes. C'est l'équivalent d'une brigade. On s'était engagé, les chefs d'État et de gouvernement s'étaient engagés à Madrid en 2022 d'être capable de déployer une brigade sur l'est de notre continent. On vient de le faire. La France vient de le démontrer. Et c'est principalement les hommes et les femmes que vous avez vu défiler lors du 14 juillet. On a une ambition en 2027 qui est d'aller sur un niveau encore supérieur qui s'appelle une division, la division rassemblant plusieurs brigades. Et pour constituer ce niveau, en fait, il faut des espèces d'agrégateurs. C'est-à-dire que pour faire fonctionner ces ensembles, il faut des éléments clés qui n'appartiennent qu'à chaque niveau. Dans l'effort d'actualisation de la loi de programmation militaire et dans l'effort de loi de programmation militaire, on va se donner des moyens de santé. Par exemple, la capacité d'avoir un hôpital très complet pour déployer des forces, c'est ce qu'on appelle un rôle 3. Donc, ça, ça fera partie des efforts. Euh, c'est la capacité à soutenir un effort de cette importance, d'où la commande de plus de camions logistiques, plus de camions citernes, d'être capable d'apporter des choses que peu de nations ont. Je pense au génie, très cher à la région de de Bfort, euh, où on a des capacités à déblayer un axe pour avancer, progresser. Ça, on va faire effort parce que on sera responsable de ça. La capacité également à installer un réseau de commandement pour que toutes les nations qui voudront participer avec une brigade à cette division, et bien, on puisse les recevoir. Ça, ça fait partie des plans de modernisation qui sont réalisés. Orion, l'exercice Orion 2026, donc la division, c'est un objectif en 2027. Orion en 2026, on se prépare, c'est-à-dire qu'on commence à roder nos procédures pour être capable de faire fonctionner cette division. On ne sera pas encore dans un modèle de division, mais on s'y prépare.

Merci mon général. Et ensuite, donc, pour le P212, soutien à la politique de défense, Jean-Pierre Grand et puis Marie Carlottier. Merci, monsieur le président. Mon mon général, ma question porte sur notre capacité à nous doter d'un modèle d'armée hybride active réserve doublé. À l'issue de la période couverte par LPM, le nombre de réservistes est un défi de recrutement et de gestion des ressources humaines. Ce sera aussi un défi en termes d'usage opérationnel. Pouvez-vous nous informer de l'évolution des doctrines d'emploi des réservistes et de leur intégration dans les unités d'actives ? Notre capacité à recruter, pour en outre, se heurter aux difficultés de gestion pointée par la haute autorité d'évaluation. C'est évaluation récente, processus trop complexe, difficultés budgétaires, incitation trop faible. Comment les surmonter ? Est-ce une priorité pour vous ? L'actualisation de LPM portera-t-elle des améliorations sur ce point ? Merci.

Merci président. Général, je ne vous questionnerai pas cette fois sur le service militaire volontaire, comme je l'ai fait la dernière fois, mais je vous cache pas que nous avons du mal à obtenir des informations et de savoir ce qui se prépare au niveau du gouvernement. On ne mesure pas bien leur intention. Aujourd'hui, je voulais vous interroger sur un autre sujet qui a fait l'objet d'une actualité il y a un an de ça. À propos d'une jeune femme marin qui a dû quitter l'armée contre contre son cœur, d'après ce qu'elle disait, parce qu'elle avait subi des violences sexistes et sexuelles. Et ces actes, nous le savons, ont des conséquences bien sûr sur les victimes, ça c'est évident, mais aussi sur la bonne conduite par les armées de leur mission et sur l'image qu'elle a dans la population. Entendons-nous bien, ma question ne veut absolument pas mettre en cause la moralité de la majorité de nos militaires, et certainement pas au moment où nous avons plus que jamais besoin d'eux au regard de la situation internationale que vous avez décrite. Donc, je, je veux caler ma ma question de façon ponctuelle, parce que l'inspection générale des armées a rendu euh récemment, non pas récemment, il y a un an en juin 2024, un rapport qui déclinait de nombreuses propositions pour mettre un terme à ce genre de comportement. Bon, ma question, c'est qu'en est-il de ce de cette situation, un an après ? Voilà, est-ce qu'aujourd'hui, vous avez des statistiques ? Vous pouvez me dire que les choses sont mieux traitées par la hiérarchie maintenant qu'elle ne l'était par le passé ? Bref, quelles recommandations ont été mises en œuvre et si elles n'ont pas toutes été mises en œuvre, ce que je comprendrai, qu'est-ce quels sont les efforts qui restent à faire ?

Non, c'était bien, c'était. Merci. Non, non, mais vous avez enfin les deux questions sont pour moi des questions essentielles. Première sur la réserve et modèle hybride. Je, je refais un parcours parce qu'en fait nos armées sont comme une vieille dame, c'est-à-dire qu'elles sont très solides, beaucoup d'expérience, mais elle, elle bouge lentement. Mais il faut y faire attention, il faut les soigner. Al ce que je veux dire, c'est que ça n'est pas les les armées françaises ne sont pas une start-up. Euh, quand je dis une vieille dame, c'est avec beaucoup de beaucoup de respect et euh beaucoup d'amitié. Mais non, non, je, non, mais je, c'est important de mesurer l'image. C'est important de mesurer l'image, euh, parce que ce n'est pas évident. On, on est dans un monde où on s'habitue à ce que la parole produise des effets immédiats. Euh, en fait, dans les armées, l'effet, il se fait sur une dizaine d'années. Et c'est pour ça qu'il faut du temps et qu'on ne peut pas violenter les armées. Euh, sinon, ça décroche. D'accord ? Et donc, le commandement peut vouloir quelque chose. Si les soldats ne comprennent pas ce que l'on veut et n'adhèrent pas, ça ne suit pas. Moi, je dois entraîner plus de 200 000 hommes et femmes derrière. Donc, je ne veux pas vendre du rêve. Euh, donc, je prends soin des armées comme je prendrai soin d'une vieille dame.

Sur la réserve. Pendant des années, c'est pour ça que je, je parle de ce tempo, pendant des années, on a réduit le budget de la défense et la France a fait le choix de garder des armées complètes, un modèle d'armée complet. On n'a rien abandonné. Pour ne rien abandonner, on a fait maigrir et réduire parfois à la portion la plus congrue les fonctions qui nous paraissaient pas vitales pour le combat. Dans les fonctions qui n'étaient pas vitales pour le combat, à ce moment-là, au moment où la menace principale était le terrorisme, la gestion des réserves a été amputée. Donc aujourd'hui, on relance les réserves, ce qui est extrêmement positif, ce qui est pour moi important. Mais il n'y avait pas d'équipe pour s'occuper de ça. Il n'y avait plus de gens qui suivaient individuellement tous ceux qui s'étaient inscrits pour rester dans la réserve, qui étaient capables de répondre aux jeunes ou moins jeunes qui voulaient rejoindre la réserve. Donc, on avait effectivement beaucoup de Français qui voulaient aider et qui voulaient rentrer dans la réserve, qui n'avaient même pas de réponse. C'était mal suivi. Le paiement des réservistes était aussi quelque chose de mal fait. Et la ministre s'est exprimée en audition à l'Assemblée sur ce point. Les délais de paiement sont tenus. Aujourd'hui, chaque personne, en tout cas, il peut y avoir des exceptions, mais chaque personne qui demande à rejoindre la réserve reçoit une réponse. On a un volume de 47 000 réservistes fin 25, on en aura 52 000 en 2026. Donc, on est toujours sur une augmentation de notre réserve, euh, et on aura 200 millions d'euros supplémentaires en 2026 consacrés à la réserve. Je, moi, je souhaite vraiment qu'on s'améliore. On est parti de loin, c'était pas le bon niveau. Je pense qu'il y aura encore des défauts. Et sur la manière de d'opérer, on a vraiment, je pense qu'il faut être très pragmatique et flexible. Aujourd'hui, les armées françaises fonctionnent grâce à des réservistes qui consacrent beaucoup de temps à des fonctions qui sont vitales pour nous. Donc, dans les unités, dans tous les niveaux, on a des réservistes qui permettent de fonctionner. Et puis, il y a aussi des unités de réservistes que je n'écarte pas, qui ont leur utilité, de gens qui ont envie de s'engager et qui partagent un moment ensemble pour produire un effet de défense. Moi, je souhaite qu'on développe l'ensemble. Sans si des choses ne marchent pas, il faudra les faire évoluer. Mais je suis assez pragmatique là-dessus.

Sur les violences sexuelles et sexistes. Euh, pour moi, c'est quelque chose de particulier parce qu'en fait, chaque victime euh mérite la considération, l'attention. Enfin, je veux dire, ce ne sont pas des chiffres, ce sont des personnes, ce ne sont pas des statistiques. Et à chaque fois, c'est quelque chose de condamnable. Et pour moi, il y a, il y a naturellement aucune tolérance possible là-dessus. Donc, effectivement, un plan a été mis en place euh avec 52 mesures aujourd'hui, euh avec des grands axes qui sont de naturellement de sanctionner toute violence sexuelle ou sexiste qui est réalisée, d'avoir de la transparence sur ce qui se passe et un travail important de prévention. Donc, 45 mesures, on a 87 % des mesures qui se déclinent de ce plan qui ont été mises en œuvre avec des des réunions ministérielles qui se sont faites. Il y a des dénonciations très importantes qui sont faites vers la justice, ce qui n'était pas une habitude dans les armées, des articles 40 qui sont prononcés. Euh, on a des référents et des formations qui ont été mises en place dans les armées. Je vois qu'il y a quand même un cocktail régulier alcool violence. Donc, l'alcool est aussi quelque chose qu'il faut absolument contre, enfin, c'est quelque chose qui entraîne des comportements inadmissibles. Donc, il faut être très prudent sur cette association. Et puis, ensuite, il y a une action de prévention qui dépasse largement les armées. Moi, je, je fais, on fera le maximum, les chefs d'armée font le maximum pour éviter, mais là encore, les armées sont un extrait de la société française. Cette violence qui est portée dans la société, il faut la traiter au plus le plus tôt possible pour que les jeunes qui qui rejoignent, qui grandissent, perdent ces ces façons d'être et cette façon de faire.

Merci mon général. Une toute dernière question très rapide d'Aclim Miloui, parce que le général Chill attend. Bon, bah sinon, je pourrais la poser à la suite. En fait, c'était juste parce que mon, c'est, enfin, vous savez que nous, les écologistes, on a un souci, c'est le, vous en avez parlé des enjeux climatiques et vous en avez parlé effectivement sur le territoire. Et donc le changement climatique qui modifie profondément l'environnement opérationnel, les canicules, les inondations, tempêtes et cetera, affectent à la fois les infrastructures, le matériel militaire et les hommes. Ces transformations déjà en cours, leurs conséquences se font déjà sentir et devraient s'aggraver dans un avenir. Est-ce que vous pouvez nous préciser quelle est l'ampleur de ces impacts sur nos armées, notre matériel et nos et nos soldats, et quelle mesure en vis-à-vis pour anticiper, adapter le matériel ainsi que la préparation, l'entraînement et l'équipement de nos forces afin de maintenir leur efficacité opérationnelle face à ces nouvelles contraintes environnementales ? Merci, j'ai fait vite, hein.

Parfait. Bon, monsieur monsieur le sénateur, c'est vrai qu'il y a de la conviction. Euh, elle est partagée à mon niveau. Euh, les enjeux de d'évolution climatique ou en tout cas de changement de notre environnement, c'est au cœur des crises du futur. Euh, ça demande des adaptations, ce que l'on fait, y compris dans les dans les choix d'investissement du ministère, puisqu'on a, par exemple, un nouveau contrat de performance énergétique sur la base de Solenzara en Corse, euh, pour réduire, on va, on va, on va investir quand même 26 millions d'euros pour réduire les émissions de CO2. Enfin, je veux dire, le ministère essaye. Et au sein des armées, moi, je souhaite qu'on poursuive cet effort pour participer à l'effort de prise en compte de l'environnement. Au plan militaire maintenant, très concrètement, euh, les, on a, on a en ce moment un bâtiment qui est en Jamaïque, qui est en train de livrer de l'aide humanitaire après le cyclone qui a ravagé cette région. Partout sur la planète, on intervient. On l'avait fait à Mayotte avec Shido, on intervient pour apporter des secours. J'ai évoqué le rôle de nos marins. Par exemple, après Shida en à Mayotte, on a des marins qui sont venus immédiatement cartographier, en tout cas mesurer l'état des fonds de l'approche du port à Mayotte, parce qu'il y avait beaucoup de bateaux qui avaient coulé, bateaux de plaisance, qui ne permettaient pas d'acheminer de grands navires logistiques pour venir avec de l'eau, de la nourriture. Donc, c'est nos, c'est nos marins qui ont assuré ce travail d'éclairage des approches pour pouvoir amener du secours humanitaire. C'est nos aviateurs qui ont immédiatement euh remis en place le fonctionnement de l'aéroport à Mayotte avec une tour de contrôle euh tactique, avec des experts en génie qui ont assuré que des avions pouvaient se poser sur la plateforme. Et c'est nos légionnaires et et soldats présents à la Réunion et à Mayotte qui ont été déblayé toutes les tôles, tous les arbres qui encombraient les axes pour que la France puisse agir très rapidement. La le niveau de d'intensité de l'aide s'est fait grâce à des moyens civils. Mais en tout cas, dans les premiers pas, les armées ont eu ce rôle. Donc ce rôle, on va l'entretenir. On va même dans les outre-mers qui sont souvent menacés, on va faire un investissement supplémentaire. Et en 2026, vous avez plusieurs millions d'euros qui vont concerner des infrastructures dans nos outre-mers. Et puis, après, il y a l'aspect très pratique de des questionnements sur comment un soldat français qui aujourd'hui porte un sac, des armes, une protection balistique, opère quand il fait 50 degrés. Et de la même manière, euh, comment nos bateaux qui souffrent de dégâts souvent par des tempêtes importantes sont protégés dans des mers qui qui peuvent devenir démontées dans des zones où normalement ou des périodes où normalement, ce n'était pas le cas. Donc, il y a une adaptation nécessaire parce qu'on vit nous-même euh l'agressivité supérieure des températures extrêmes ou des milieux qui euh qui sont vraiment hostiles. Donc, euh, ça fait partie des réflexions. Euh, je n'ai pas de réponse aujourd'hui typiquement pour nos soldats. On sait qu'il y avait une culture de soldat français qui était plutôt ce qu'on appelait des chats maigres. Euh, aujourd'hui, on est sur des soldats hyper très équipés, très protégés, mais donc qui doivent être souvent très musclés. Très musclé, très équipé, très chargé dans des conditions extrêmes, ça devient très dur. Alors que nos ennemis, dans ces cas-là, sont plutôt des gens euh très légers, très agiles. Donc, mais ça fait partie de la réflexion permanente des armées sur l'adaptation au milieu.

Merci beaucoup mon général. Merci pour la clarté des propos, la vision aussi, et puis l'importance que revêt ces revêtent ces auditions dans le dans le cadre du partage entre les élus et les militaires. C'est vraiment très important. Et je ne peux que qu'inciter à relire les rapports du Sénat, puisque ce que vous dites fait parfois écho à ce que nous avons écrit, parfois même il y a quelques années. Je rappelle que sur ce que vient de dire, il y a eu un rapport de 2015 de Laila Aïchi, qui à l'époque était membre du groupe écologiste, et moi-même, sur les conséquences géostratégiques du changement climatique, où ces questions étaient déjà abordées. Et puis sur les drones, je ne reviendrai pas sur le sujet, mais quand vous parlez de sacrifiables en quantité importante, ça a été écrit par le Sénat en 2017 déjà et en 2021. Voilà, merci en tout cas mon général pour cette audition. On peut se donner rendez-vous tous les 15 jours parce que c'est toujours passionnant et on sera très très heureux de vous accueillir régulièrement. Mais en tout cas, bon courage à vous et merci pour votre pour cette audition.