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"GENS DU VOYAGE" : UN GÉNOCIDE OCCULTÉ, DES PERSÉCUTIONS QUI PERDURENT

BLAST, Le souffle de l'info16:14

Transcription

Dès 1940, avant même l'arrivée des Allemands, la France concentre ce qu'elle appelle les nomades. "On savait qu'on allait mourir. Ma mère le disait souvent : 'On va mourir'. Bon, on aurait dû nous tuer tous, on n'aurait pas tant souffert." Chacun a au moins un ancêtre qui a été interné ou assigné à résidence pendant la guerre. Promiscuité, froid, malnutrition, maladie sont le quotidien des quelques 668 nomades et forains qui seront internés dans les 30 cabanes que compte le camp. L'assignation à résidence appauvrit les nomades, les priva de moyens de subsistance et les plongea dans la famine. "Il jetai les les plus chir de porau et ils étaient un peu pourris. On les lvait, on on les colit sur le poil et puis on se faisait des ch."

François Hollande a reconnu la responsabilité de la France dans l'internement de milliers de zigan pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce discours tant attendu ne qualifia pas la nature de la souffrance et évita soigneusement de parler du génocide. "La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été interné et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame. La France ne reconnaî pas le génocide de ce que certains appellent les [Musique] tiganes."

"Je m'appelle l swano, je suis chargée de recherche en anthropologie avec le soutien du CNRS et plusieurs associations de défense de voyageurs, en particulier avec l'association Descendants d'internés de ma vie. Nous venons de lancer un site internet collaboratif qui a pour but d'établir la liste des victimes françaises de la persécution des nomades pendant la Seconde Guerre mondiale. Aussi surprenant que cela puisse paraître, 80 ans après la libération des camps français, l'on ne sait toujours pas combien de manouches, Rome, cy, yenich, voyageurs ont été assignés à résidence, internés, des portés et assassiné en tant que nomade en France entre 1939 et 1946. Il n'existe ni liste mémorial, ni livre mémorial, aucun compte des victimes, aucun recensement des lieux de persécution."

[Musique] Français en France, au début du 20e siècle, il y a une très grande diversité de groupes romaniie et voyageurs dont les langues, les histoires et les façons d'habiter le monde sont très varié. L'État n'a eu de cesse de vouloir amalgamer ces personnes sous des catégories angl englobante comme Tigan, bohémien, romanichel. En 1912, la classification administrative de nomade est cré. Les députés de la 3e République votèrent une loi sur les professions ambulantes et la circulation des nomades. Cette loi définissait les nomades comme des personnes, je cite, "présentant le caractère ethnique particulier au romanichel, bohémien, Tigan, ritanos". Les députés français choisirent le critère de la mobilité, donc le nomadisme, pour les identifier et masquer tout caractère racial. Dès 13 ans, les personnes nomades devaient être munie d'un carnet anthropométrique qu'elles avaient l'obligation de faire contrôler à chaque fois qu'elles arrivaient et qu'elles quittaient un lieu. En 1939, le ministère de l'Intérieur, qui avait constitué au fil du temps un fichier centr des nomades, déclara détenir les fiches de 36000 personnes, en regroupant et en classant ainsi dans la catégorie nomades des Romes, des manouches, des CTIS, des gitans, des Yéniches et des voyageurs qui voyageaient en France. La 3ème République a exercé sur eux un contrôle permanent et centralisé. Celui-ci a facilité les persécutions raciales et génocidaires de la Seconde Guerre mondiale.

Quelques mois après l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne Nazi, mais avant que la France ne soit occupée, la 3e République décréta le 6 avril 1940 l'interdiction de circulation des nomades et leur assignation à résidence ou leur internement. Elle se saisit alors d'un argument militaire : la circulation des Nomad en temps de guerre aurait représenté un danger pour la sûreté nationale et leur assignation à résidence aurait été nécessaire pour la sécurité du pays. Pour donner une idée euh du du contexte historique européen de cette décision, il faut savoir qu'en Allemagne nazi, les personnes classées comme tiginer, Tigan, étai assigné à résidence et pour certaines interné depuis 1935, et le monde politique français avait connaissance de cette information. Donc ce décret français d'avril 1940 a été la matrice d'une législation anti-sigane au sens strict. Pour le dire simplement, la persécution des nomades en France commence par ce décret républicain qui interdit la circulation et assigne à résidence.

Puis, quelques mois après l'invasion nazie, le commandement militaire allemand ordonne le 4 octobre 1940 que les tiginers, les tiganes soient regroupés dans des camps d'internement surveillés par des gendarmes français. L'administration française de la collaboration traduisit alors siamment igoiner Tigan par la catégorie administrative nomade et appliqua aux nomades les ordres ratio allemands concernant les te goiners. Et le gouvernement de la collaboration quant à lui renchéri par la circulaire du 20 janvier 1941 qui rappelle l'obligation d'interner et d'assigner à résidence les [Musique] nomades.

En France, pendant la Seconde Guerre mondiale, les personnes classées comme nomades ont été assignées à résidence, ce qui veut dire qu'elle n'avaient pas le droit de sortir de la commune qui leur avait été désigné, ni pour se ravitailler, ni pour travailler. Euh certains logeaient dans des roulottes, d'autres dans des bâtiments réquisitionnés, d'autres encore dans des tentes ou dans des abris de fortune. L'assignation à résidence appauvrit les nomades, les privates moyens de subsistance et euh les plongeat dans dans la famine.

Parallèlement à l'assignation à résidence a été mis en place un système d'enfermement. Entre 1939 et 1946, les nomades ont été internés dans plus d'une soixantaine de camps sur le territoire métropolitain. Dans certains cas, ils étaient regroupés avec d'autres persécutés dans des camps qui ne leur étit pas euh exclusivement dédiés. Il y avait donc des nomades dans le camp de Rif salt ou dans celui de Poitier. Euh certains sont passé par Compigne ou fortbreau. D'autres lieux leur été plus directement réservés comme le camp de Montreuil Bellé ou celui de saint-maaurice au richesom, respectivement dans le manéloir et dans Lyonne.

Dans chacun de ces camps, les internés ont été soumis à du travail forcé. À l'intérieur, ils avaient en charge la gestion matérielle du camp ou la préparation des repas sous la supervision des gardes. À l'extérieur, les nomades ont été contraints de travailler dans des chantiers forestiers, à la construction de bâtiments et de barrages, dans des usines d'armement. Certains ont travaillé pour l'organisation tot à la construction du Mur de l'Atlantique, d'autres encore ont travaillé dans les usines Renault.

Les camps français ont aussi été le théâtre de transfert forcés d'enfants. Les internés nomades se faisaient retirer leurs enfants qui étaient placés dans des œuvres à l'extérieur du camp. Ce fut le cas assez systématiquement dans le camp de Sallier près d'Arles et dans le camp des Alliés près d'angoulem. Des déportations vers les camps naasis eurent également lieu, environ un million de personnes euh entre 1943 et 1944, si l'on prend en compte les déportations depuis le nord et euh le pas de calé.

Ce système d'enfermement a perduré euh après la la fin de la guerre. Les derniers internés quittèrent le camp des Alliés le 1er juin 1946 et les assignés à résidence eurent le droit de reprendre la route seulement en juillet 1946. Pour donner une idée de l'état d'esprit politique de de ce moment, qui est bien loin de de l'euphorie de la libération, je peux citer le Télégramme que le ministre de l'Intérieur envoie au préfet pour annoncer la levée des mesures d'enfermement des nomades en 46. Il est écrit que il faut profiter de certains résultats heureux du décret du 6 avril 40, qui avait donc assigné à résidence les nomades. Il écrit ensuite qu'il est important de conserver la stabilisation acquise de certains nomades, c'est-à-dire la sédentarisation forcée, que les mairres ont la possibilité de interdire d'interdire le stationnement des nomades sur le territoire de leur commune. Et pour finir, le ministre de l'Intérieur rappelle qu'il faut appliquer de nouveau avec sévérité la loi 1912, donc que les nomades ont le droit de reprendre la route, mais seulement munis de leur carnet anthropométrique. On saurait donc parler d'une libération à proprement parler, mais seulement de la fin d'un cadre juridique du temps de guerre qui permettait de prendre des mesures d'exception.

Pourtant, la le le gouvernement de la Libération aurait pu être reconnaissant aux nomades. Ils furent nombreux à rejoindre la résistance et à participer à la libération de la France. Il y a un fait historique en particulier qui est largement ignoré : certains groupes de maizar mobilisèrent des nomades assignés à résidence, les convaincant de rejoindre leur rang. Pourquoi ? Parce que les maquisars savaient qu'ils avaient besoin de personnes habitué à la débrouillardise et que les voyageurs étaient plus démerdards que les autres, si vous me permettez le le terme. Et aussi que les voyageurs avaient des raisons puissantes de s'opposer au maréchal Pétin et au naz. Cette participation à la résistance fut complètement ignoré par les autorités et les personnes classées comme nomades euh qui demandèrent après guerre la reconnaissance de leurs actions, virire leur demande presque systématiquement rejeté. Le ministère des Anciens Combattants répondait que les nomades était prêt à raconter n'importe quoi pour de [Musique] l'argent.

L'une des conséquences principales des persécutions et qu'il a été très difficile, sinon impossible, pour les anciennes internées à assigner à résidence de reprendre le fil de leur métier et de retrouver des activités rémunératrices. Donc non seulement les nomades survivants sortent des camps français dans un état de santé pitoyable, ils ont eu faim et froid pendant 6 ans, ils ont été humiliés et détruits psychologiquement, mais en plus, ils ont perdu les moyens de vivre décemment. Beaucoup d'ailleurs n'arrivèrent pas à reprendre la route et se trouvèrent ainsi sédentarisé de faites. Donc on assiste à un processus double : la destruction physique, mais aussi l'élimination d'un monde. En conséquence, les personnes qui ont été internées et assignées en tant que Nomad en France pendant la guerre sont nombreuses à mourir dans les années 1950 et 1960. C'est pourquoi, pour caractériser ces persécution, je parle d'un d'un génocide lent dont les effets perdurent bien après 1946.

Les Romes, les Manouches, les gitans, les CTIS, les voyageurs et les Yéniches qui voyageaient encore ont continuer à être classé dans la catégorie nomade et soumis au contrôle incessant du carnet anthropométrique jusqu'en 1969. La loi 1912 fut ensuite remplacée par une autre, également discriminante, qui imposait un carnet de circulation devant être visé par les forces de l'ordre tous les 3 mois. Ce fut le début de l'usage par la administration française de la catégorie qui a encore court aujourd'hui : celle des gens du voyage. La catégorie des gens du voyage regroupe là encore des personnes aux origines, aux langues, aux histoires très différentes. À vrai dire, ce qu'il est réuni le plus évidemment, et une histoire traumatique commune, soit plus de 100 ans de persécution étatique. Chacun a au moins un ancêtre qui a été interné ou assigné à résidence pendant la guerre.

Si euh les gouvernement français avait souhaité reconnaître et réparer les violences génocidaires qui ont eu lieu en France pendant la Seconde Guerre mondiale, la première chose qui qu'il aurait fallu faire aurait été de constituer la liste des victimes afin de mesurer l'ampleur de la persécution. L'absence de liste exhaustive des victimes françaises de la persécution des nomades est en fait intimement liée au fait que l'immense majorité des survivants n'a jamais pu obtenir réparation des svic sub, ni d'indemnisation des biens qui leur ont été pris. Donc je donnerai juste un exemple pour pour illustrer l'occultation délibéré des persécutions des nomades par les autorités politiques. Dans les années 1960, le père Fleury, un prêtre qui avait été homonié dans le camp de Poitier pendant la guerre, proposa de mettre en en place une équipe qui aurait dû recenser partout en France les victimes et les lieux de persécution. Le président de la commission interministérielle pour les l'étude des populations d'origine nomade, donc la personne qui avait en charge toutes les questions relatives au Nomad, s'opposa à l'entreprise. Et à la même période, cette personne répondit également à l'ambassadeur d'Allemagne fédérale qu'il n'y avait pas lieu d'indemniser les tiganes Français. La position française officielle était donc on ne peut plus claire : aucune persécution raciale n'avait eu lieu en France.

Il a fallu attendre 2016 pour qu'un président de la République, en l'occurrence François Hollande, se rend enfin sur l'ancien camp de Nomad de montreil Bellé, où il déclara : "La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce dans ce drame." Ce discours tant attendu ne qualifia pas la nature de la souffrance et évita soigneusement de parler du génocide. Pourtant, 70 ans plus tôt, lorsque le concept de G cide fut forgé par le juriste Raphael lkim en 1943, il avait en tête le sort réservé aux juifs et aux Polonais, mais aussi aux Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale. On l'oublie parfois, mais l'histoire du mot génocide est liée factuellement aux persécutions antisiganes. Ce n'est qu'en 2015 que le Parlement européen a reconnu le génocide des Rome et desciny, invitant les États-membres à faire de même. En 2024, la France n'a toujours pas suivi cette recommandation. La France ne reconnaît pas le génocide de ce que certains appellent les tiganes.

C'est pourquoi le le mur des noms des assignés à résidence et des internés en tant que Nomad en France entre 1939 et 1946, que nous lançons cette semaine, est devenu indispensable. Aujourd'hui, les derniers survivants de ces persécutions n'ont plus le temps de patienter jusqu'à la reconnaissance officielle du génocide par l'État, même si celle-ci est évidemment très attendu. L'auto-organisation des survivants, des descendants d'internés et des chercheurs et finalement la façon que nous avons trouvé pour rendre hommage dès à présent à tous ces enfants, ces vieillards, ces femmes et ces hommes dont les vies ont été détruites il y a 80 ans.

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