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#101 - Pourquoi notre agriculture va s'effondrer ? Serge ZAKA

Greenletter Club57:33

Transcription

Bienvenue dans le Green Letter Club, la chaîne qui décortique les grands sujets écologiques. Aujourd’hui, nous allons parler des conséquences du dérèglement climatique sur l’agriculture en France. Sécheresse, canicule ou pluies diluviennes, le changement climatique va bouleverser la géographie agricole du pays. D’où cette question : à quoi pourrait ressembler l’agriculture française en 2050 ? Pour y répondre, nous recevons Serge Zacca, docteur en agroclimatologie, chercheur indépendant et conférencier qui explore l’impact du changement climatique sur l’agriculture. Bonjour Serge.

Bonjour à tous.

Première question : est-ce que tu peux nous dire ce qu’est l’agroclimatologie et quelle place elle a aujourd’hui en France ?

Alors, il va distinguer à gros la météorologie et l’agroclimatologie. La météorologie a un but décisionnel et d’action à court terme pour l’agriculteur. En gros, on regarde l’étude de la météorologie sur l’agriculture et la méthodologie, c’est le court terme. C’est par exemple un agriculteur qui veut irriguer : bah, combien de millimètres d’eau je dois apporter suivant les vapotranspirations, suivant la sécheresse de mon sol, s’il y a de la grêle qui est prévue, est-ce que je dois mettre mes filets anti-grêle au-dessus de ma vigne ? Donc, c’est vraiment le court terme, action, décision pour l’agriculteur. L’agroclimatologie, c’est autre chose. Bah, c’est plutôt socio-économique et politique, ça a des décisions plutôt long terme. Par exemple, quelle sera la place de l’abricot en France d’ici 2050 ? Quels sont les futures filières à développer, de la pistache ou d’autres cultures d’ici 2050 ? Quel est l’évolution du risque de gel après la floraison d’ici 2100 ? C’est vraiment des décisions plus politiques, sociales et économiques, long terme.

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Alors, on va parler du changement climatique et de ses impacts sur l’agriculture. La première chose qui vient à l’esprit quand on pense au changement climatique et à l’agriculture, c’est les sécheresses, et notamment les sécheresses agricoles. Quelles sont les plantes qui sont particulièrement touchées par les sécheresses agricoles ? À quel point la situation est préoccupante aujourd’hui ?

Alors, il y a en effet quatre phénomènes climatiques qui impactent l’agriculture. Le premier, c’est la grêle. Ce n’est pas forcément dû au changement climatique, il n’y a pas forcément d’évolution du nombre de chute de grêle en France. Ensuite, il y a le gel après la floraison, parce que la floraison est avancée parce qu’il fait trop chaud en hiver. Donc, il y a plus de risques de perdre de rendement à cause du gel. Après, il y a effectivement la sécheresse, et je vais le développer, et puis il y a les risques de température caniculaire, donc au-dessus des seuils de résistance. Donc, je développe la sécheresse. Déjà, pour faire un état des lieux en France : en France, on a une évolution Nord-Sud de la sécheresse. Dans le nord de la France, on n’a pas forcément plus de surface en sécheresse agricole. Par contre, dans le Sud et dans l’Est de la France, c’est plus 10 % de surface agricole en sécheresse en 60 ans. Du côté de Strasbourg, plus 11 %; du côté du Languedoc-Roussillon, un petit dégradé comme ça dans le nord vers l’ouest et vers vers l’est et vers le sud-est. Donc, les sécheresses agricoles ont tendance à progresser en France. Pourtant, ce qui est intéressant, c’est que on a la même quantité de pluie à peu près qui tombe sur l’année, voire même peut-être un petit peu plus de pluie sur l’année dans le nord de la France. L’exemple parfait, c’est Strasbourg. Je crois qu’il y a plus de 10 % de pluie, avec plus 10 % de sécheresse. Donc, on arrive à faire l’exploit d’avoir plus de pluie à l’année à Strasbourg et plus de sécheresse. C’est simplement que la répartition saisonnière des précipitations évolue : donc plus de pluie en hiver. Alors, on n’a pas trop de projection sur le changement climatique, de projection exacte sur son nom climatique, pas mal d’incertitude sur l’évolution. Il y en a par contre en été, on a moins plu, et sur les tendances du changement climatiques qu’on a également, au moins de pluie. Autre aspect, c’est quand on fait de l’agroclimato, ça se distingue de la climato, on regarde aussi l’évaporation et la transpiration. Et les plus efficaces, il fait plus chaud, plus d’évaporation, plus de transpiration, ça paraît logique. Donc, plus de perte en eau, et plus il fait chaud, plus les orages sont plus vieux, plus 7 % d’humidité dans l’air chaque degré, et donc les pluies moins efficaces, c’est-à-dire qu’elle rentre moins dans le sol. Il y a plein d’eau qui tombent, mais très peu depuis tout à ruisselait, très peu depuis rang dans le sol. Donc, quand on intègre tous ces éléments-là, on remarque avec le changement climatique, et ben on aura des sécheresses beaucoup plus importantes en termes de surface et d’intensité sur la France. Donc, c’est plusieurs centaines de millions, voire même des milliards de pertes comme en 2021, en 2022 pardon. Et du coup, quels sont les plantes les plus impactées justement par cette sécheresse agricole, c’est-à-dire la l’adresse des sols ?

Alors, toutes les plantes sont impactées par la sécheresse agricole, c’est juste que celles du Sud ne sont plus, c’est pas qu’elles sont plus sensibles, mais c’est qu’elle, il y a plus de sécheresse. Donc, par exemple, pour vous donner les chiffres de 2022, on va avoir le maïs qui a eu moins 54 % non irrigué. J’enlève les irrigués parce que pour garder vraiment l’aspect sécheresse, moins 54 % dans le nord de la France, c’était moins 15 % pour le blé, - 15 % dans le Sud et dans l’ordre de la France, c’était plus 5. Pourquoi plus 5 ? Parce que le blé est une culture d’hiver qu’on sème au printemps et qu’on récolte qu’on sème à l’automne et qu’on récolte au printemps suivants, et donc il y a assez d’eau dans les sols quand même en hiver pour faire vivre le blé. Et en plus de cela, avec le CO2 qui augmente, la photosynthèse est favorisée. Donc, il n’y a pas que des aspects négatifs sur le changement climatique. Donc, en global, pour faire vraiment deux poules d’espèces, j’ai pris le maïs et le blé, vraiment un exemple, ça fait exprès, ce sont les espèces d’été, celles qu’on va retrouver dans les champs en été : le tournesol, le sorgho, le maïs, les fruits, la vigne, qui vont être le plus impactés par les sécheresses, parce que c’est là où il y aura moins de pluie, on était comme je l’ai dit. Alors que les cultures d’hiver, le colza d’hiver, le blé d’hiver, semé en hiver, elles vont être moins impactées puisqu’elles ont, elles auront quand même de l’eau dans le sol en hiver.

Et à quel point c’est préoccupant sur les années qui viennent ? À quel point on voit justement les sécheresses empirer ?

Alors, à quel point c’est préoccupant, c’est que à terme, lorsque d’ici 2050, lorsque les sécheresses auront progressé, on risque de perdre des parts du marché, une souveraineté, une certaine souveraineté alimentaire en France. Je prends l’exemple du blé, par exemple. Le blé va être favorisé dans sa croissance et son développement dans le nord de l’Europe et en Russie et en Ukraine, c’est-à-dire qu’on va livrer en fait notre notre indépendance pour le blé, on va le livrer à d’autres pays, on va devoir importer. À part en Normandie, en Bretagne et dans le Nord-Pas-de-Calais, on pourra continuer à produire du blé, tandis que le maïs, lui, on va avoir une très forte baisse de la production de maïs du fait de sécheresse trop présente. Et ben, à terme, c’est ce qu’on risque de dépendre d’importation extérieure. Donc, c’est ça qui est plutôt préoccupant, c’est que les cartes géopolitiques internationales risquent d’être redistribuées. À condition d’anticiper. Si on anticipe, par exemple, de ne plus faire de maïs, ou moins de maïs, progressivement bien sûr, pour pas détruire la filière, c’est très progressif, de remplacer plutôt par du sorgho, du tournesol, éventuellement du colza qui se cultive sur une période progressivement, et bien là, en fait, on introduit de nouvelles cartes en jeu pour la géopolitique et pour notre tendance alimentaire. Sauf qu’on produira plus la même chose. Et la clé vraiment est le changement climatique. C’est pas qu’on va mourir de faim, c’est que si on anticipe suffisamment bien, avec 30 ans à l’avance, les filières et les cultures qu’on fera par territoire, et ben on pourra s’en sortir. Quand on regarde les cartes, il y a plusieurs études qui ont été faites par l’Union européenne, par la NASA, il y en a dans le chèque. Quand on regarde les cartes du maïs, on voit que le maïs non irrigué, il y a toujours la distinction entre maïs irrigué mais ils sont irrigué, on voit des baisses de rendement entre 80, environ moins 80 % à - 100 % dans toute l’Europe du Sud et la France comprise. Ça veut dire que dans l’Europe du Sud, jusqu’en France, le maïs sans irrigation, ça sera plus possible d’ici, j’ai en tête une étude qui date, enfin qui parle des années 2030, dans une décennie, ça sera plus possible de faire du maïs en France. Alors, d’ici 2030, peut-être pas, là je vais être un petit peu plus optimiste pour une fois, c’est rare en fait quand on regarde les données du changement thématique. L’année 2022, une année qui peut ressentir étant pic vers le haut, sera une année classique en 2050. Donc, ça veut dire que si on change rien aux variétés, au sol qu’on a présent dans les champs, on aura moins 50 % de perte tous les ans à partir de 2050 en moyenne dans le sud-ouest de la France. Donc, le maïs est possible, mais il n’est pas économiquement rentable. Il y a une différence, en fait. Le maïs, on peut le cultiver, mais économiquement parlant, il sort de sa zone de biogéographie, géographique de agricole, c’est-à-dire qu’il n’est plus rentable. On peut le cultiver, mais on aura des pertes de rendement tellement régulières qu’on se demande si ça sera utile et économiquement viable de le cultiver. Et donc là, on peut se poser la question, et c’est très légitime, de passer à d’autres cultures. Quand on voit que l’Espagne se désertifie progressivement, ça c’est inéluctable, le sud-ouest de la France pourrait remplacer les cultures espagnoles, c’est-à-dire qu’au lieu de s’entêter à faire du maïs sans prendre en compte les aspects hauts et écosystème sur les insectes et la biodiversité, je prends vraiment en compte le climat uniquement, et bien on réalise que on a des cartes à jouer sur les oliviers, sur la tomate, sur la figue, sur l’abricot également qui pourrait progresser du côté de Toulouse, voire même de Bordeaux. Et en fait, il faut pas se dire : je continue à m’entêter à faire du maïs, qu’il continue à faire du maïs, mais la rentabilité sera peut-être moindre progressivement par rapport à d’autres cultures, et donc il faudra songer simplement à changer d’espèce au lieu d’essayer de trouver une nouvelle variété plus résistante en gagnant peut-être deux trois pour cent de résistance à l’eau, alors que si on se passe à une espèce, on gagne d’un coup peut-être moins 20 - 30 % d’utilisation de l’eau. Alors vous allez me dire pourquoi pas irriguer, mais quand on regarde en fait dans la modélisation la quantité d’eau qu’il faut pour irriguer pour avoir les mêmes rendements qu’actuellement, bah bien sûr puis on avance plus, il faudra de l’eau puis puisque les vaporer transpiration augmentent et les précipitations diminuent, donc il faudra parfois 300, 400, 500, 600 mm de pluie pour finir le cycle du maïs, ce qui n’est pas possible au niveau des réservants. Donc, il y en a tout intérêt à changer de culture. Et si on continue à le faire, en tout cas, on va utiliser de plus en plus d’eau avec une ressource qui diminue. Par parenthèse, c’est ce que fait l’Espagne. Il y a des régions, je pense à la question à la Manche où le taux d’irrigation par exemple sur des espèces qui normalement comme la vigne atteint 40, 50 % des espèces qui traditionnellement sont pas irriguées comme le les oliviers le sont de plus en plus. On voit que les Espagnols, je crois qu’il y a plus d’un million de puits non contrôlés en Espagne par exemple, en train de vraiment détériorer leur ressources en eau. Là, on a créatifs par ce recours massif à l’irrigation. Le recours massif à l’irrigation, c’est pas quelque chose de d’envisageable pour avoir une agriculture durable. Alors, le recours massif à l’agrégation uniquement quand c’est pas entouré par d’autres évolutions variétales, le sol, les le paysage également, ou alors les espèces. Quand c’est uniquement, on travaille juste sur le stockage de l’eau, et puis épuisé dans les nappes, alors puiser dans l’autre surface, c’est une fuite à l’avant pour faire perdurer un système agricole qui était peut-être valable dans un climat passé en Espagne ou en France, mais qui ne sera plus valable climatiquement parlant. Donc, en fait, on le perf à l’eau pour le faire durer parce qu’on ne veut pas changer la suite, c’est-à-dire toute la filière animal, végétal ou humaine qui se déroule après la production. Donc, l’objectif en France est de tirer le meilleur parti de ce qui se passe en Espagne, parce qu’on aura les cultures espagnoles, donc sud-ouest de la France et le sud-est, d’en tirer le meilleur et de leur laisser le pire, c’est-à-dire une utilisation de l’eau, une agriculture basée sur l’utilisation de l’eau qui n’a pas forcément fait les efforts à côté d’utiliser moins d’eau comme on peut le faire en France, parce qu’on a moins moins de système d’irrigation. Donc, on a pu se réfléchi sur nos variétés, sur le respect du sol, sur les paysages, sur l’œil. Il y a les efforts à faire, mais en tout cas, on l’a fait plus que les Espagnols malheureusement. C’est encore un cas particulier l’Espagne, parce que eux ils sont plutôt en voie de désertification, donc c’est vraiment des solutions de dernier urgence qu’il développe. Nous en France, on n’a pas cette désertification, du moins dans les scénarios les plus viables, donc on aura quand même de l’agriculture en France, même s’il y a moins d’eau. Donc, le challenge n’est pas le même.

Voilà. Quand tu as énuméré tout à l’heure les menaces qui pèsent sur l’agriculture, tu as parlé du gel, et notamment des gels tardifs. Est-ce que tu peux expliquer ce que c’est que ce phénomène qui est très contre-intuitif, parce que on se dit le climat se réchauffe, et pourtant le les gels tardifs causent de plus en plus de dégâts sur les cultures ?

Effectivement, c’est très contre-intuitif, et j’ai été très étonné en 2021 quand j’en ai parlé sur les réseaux sociaux. J’avais prévenu 10 jours à l’avance de la catastrophe avec l’eau qui aurait, et on m’a dit : mais qu’est-ce que tu racontes, il y a moins de gel avec le genou climatique, donc il y aura moins de dégâts. Ça, c’est la proposition simpliste qu’on peut avoir en climatologie, mais en agroclimatologie, quand on intègre les plantes et le climat, on a autre chose, une autre vision, parce qu’on regarde la date de floraison. La date de floraison, elle dépend du froid en hiver et de la douceur après ce froid. Et là, en l’occurrence, il avait fait suffisamment froid en hiver pour induire la floraison, mais après il a fait très chaud. La chaleur, il est entre 25 et 30 degrés, on a en mars 2021, et donc la floraison s’est produite une tête de trois semaines plutôt qu’à l’accoutumée. Et c’est cette, c’est ce problème en fait qu’à l’origine de la catastrophe. C’est pas le gel en avril, parce qu’on a toujours eu du gel en avril, mais c’est simplement qu’avant, avant les années 2000, on avait du gel en avril sur des bourgeons fermés, donc on en parlait pas. Maintenant, de plus en plus, cette floraison se produit de façon précoce, donc on arrive à avoir des gels en avril, mais sur des fleurs, et donc là on en parle, même si les moins fort ce gel, puisque ça posait des dégâts dans 4 milliards d’euros de dégâts en 2021. Dans un pays développé comme la France, c’est la plus grande catastrophe agricole nationale depuis la Seconde Guerre mondiale. Donc, depuis l’agriculture moderne, moins 50 % pour les les prunes, moins 30 % pour la vigne, c’est pour ça qu’on en a parlé parce que ça touche le vin, moins 15 % pour la pomme. Donc, on retourne à des chiffres qu’on avait carrément à la sortie de la Seconde Guerre mondiale en termes de rendement. Je pense que c’est inacceptable en fait dans un pays développé de retourner à ce niveau-là, surtout quand les études scientifiques montraient que depuis en moins depuis 20 ans on était au courant que la floraison ça produite de plus en plus fréquente et qu’il y en avait des risques de gel sur fleurs qui étaient de plus en plus présent. Et d’ailleurs, et pour terminer, le World Weather Attribution qui a fait une étude pour étudier si c’est bien dû au changement climatique, ça s’appelle les études d’attribution, il y a une attribution à 100 %, c’est bien le changement climatique à cause des événements de douceur hivernaux en février et mars qui ont une floraison plus précoce.

D’ailleurs, est-ce qu’on sait précisément le mécanisme qui préside justement à l’arrivée de ces gels tardifs ?

Oui. Alors, je peux pas rentrer dans les détails physiologiques, ça serait trop compliqué, mais pour qu’il y ait une floraison sur des arbres fruitiers, il faut qu’il y ait un cumul de froid. En gros, il faut par exemple pour un pommier 700 heures en dessous de 9,2 degrés pour que le pommier ne fleurisse pas trop tôt non plus. Ça c’est pour se dire qu’il a un univers. Donc, suivant les variétés, ce cumul de froid est plus ou moins long. Donc, c’est les variétés précoces, tardives qu’on connaît, qu’on entend souvent, on se verra pas d’où ça vient, mais en fait c’est le cumul de froid qu’il faut. Donc, un pommier précoce va avoir besoin de à peu près peut-être 500 heures de froid, un moyen 700, interdit mille heures. À partir du moment où on attend le cumul de froid, le premier se dit : c’est bon, l’hiver est terminé, et donc il lui faut un cumul de chaleur derrière, et c’est là où c’est le problème, c’est qu’on fait encore suffisamment froid en hiver. Peut-être la question se posera à partir de 2050, on appelle ça la vernalisation d’ailleurs. Le cumul de froid fait encore suffisamment froid en hiver pour que la plante puisse fleurir, mais c’est ce qui se passe à partir de février, le printemps, et on a suffi de froid, mais il fait beaucoup plus chaud en février mars, et donc les floraisons arrivent deux semaines plus tôt. Et d’ailleurs, la floraison, c’est 10 jours d’avance sur les vignes depuis 50 ans. Ça la ridicule 10 jours, mais vu qu’on est sur une période cruciale de gel, 10 jours c’est énorme en termes de risque de perte de range. Mais une des choses qui frappe, c’est de voir des vagues de froid qui sont par ailleurs très violents. On voit par exemple, on a vu au Texas des - 22 degrés. Est-ce que il y a un phénomène climatique notamment lié à la déstabilisation des courants atmosphériques du jet stream qui qui font que bah on va avoir de plus en plus un climat chaotique avec des vagues de chaleur à des saisons où il devrait pas y en avoir, des vagues de froid pareil à des saisons où il ne devrait pas y en avoir ?

Alors, ce qui s’est produit en Amérique, on n’a pas le même climat. Ils ont plutôt un climat continental, donc quand l’air froid descend, il ne rencontre pas de mer pour se radoucir, contrairement à l’Europe où il y a la mer du Nord et la mer au-dessus de la mer du Nord. Alors, je reviens encore sur 2021, mais là ça a été, c’est très révélateur, on a eu une très forte remontée d’air chaud, puis celui d’une très forte remontée d’air froid qui était dû à une ondulation d’une jet stream. Et là, on a des études scientifiques, mais qui ont pas encore un consensus, donc je prends mes précautions le disant, il y a pas encore un consensus sur ce jet stream. En fait, le jet stream, il est très, c’est un courant de vent qui fait le tour de la planète comme cela, et il est rectiligne lorsque la différence entre le pôle nord et le et l’Équateur sont est importantes de température. Or, avec le changement climatique, le la température augmente beaucoup plus sur l’hémisphère, le pôle Nord. Donc, la différence entre l’équateur et le Pôle Nord est devient de plus en plus petite. Donc, j’ai inscrit m’avance à faire des ondulations dans ces ondulations. Lorsqu’il monte et qu’il redescend dans cette partie-là, il y a de l’air chaud qui remonte, donc des vagues de chaleur parfois incroyables qu’on a pu le voir. Et dans le sens inverse, dans les descentes, il y a des vagues de froid qui peuvent descendre. Cependant, il y a me laisser froids sont moins intenses puisque on est dans un climat qui se réchauffe, et les vagues de chaleur elles sont plus intenses. Pour donner un exemple, on a eu 20 vagues de chaleur depuis les années 2010, contre 3 vagues de froid en France. On a un déséquilibre qui se forme qui est due à ce changement climatique. En Amérique, c’est un peu différent, donc ils ont l’habitude d’avoir des descentes d’air froids, et effectivement faut pas regarder l’événement qu’il y a eu, il me semble l’an dernier, ou alors landavant, il y a eu plusieurs vagues de phrases, c’est spectaculaire, faut vraiment regarder leur fréquence, et cette fréquence-là a tendance à diminuer, alors qu’on peut avoir des événements de chaleur aussi, qui a montré ou comme les 52 degrés qu’on a eu à Little au Canada et qui ont d’ailleurs proposé beaucoup de problèmes sur la moutarde mondiale. C’est-à-dire, alors justement, c’est-à-dire, j’ai tendu une perche, c’est qu’en fait ces événements de chaleur extrême ou de froid font que les plantes qui sont plantées dans certaines localités, comme l’olivier en Espagne, comme le Canada avec la moutarde, on a hyper spécialisé les régions. En fait, avec le changement climatique, on sort de plus en plus de la gamme de viabilité de ces espèces-là. L’olivier par exemple a eu moins 50 % de paire de rendement parce qu’on a une très forte sécheresse en 2022 en Espagne, comment en France d’ailleurs, puisse suivre une sécheresse en 2023. Toujours sur le lit, oui, c’est pas anodin, parce qu’en Espagne c’est 50 % de la production de ville de livres hyper spécialisée l’Espagne là-dessus, ça fait des monocultures. On met tous les deux dans le même panier, dès qu’il y a un événement climatique, tout s’effondre mondialement et le localement, la même chose, on en parle moins, mais pour la moutarde, la moutarde a été délocalisée de Dijon en France et maintenant les produits du Canada et réimportés en France pour faire de la moutarde de Dijon. Je rappelle que c’est pas la moutarde qui est produite à Dijon pour qu’elle s’appelle de Dijon, c’est de la recette de Dijon, donc elle peut être produite n’importe où. Et donc quand il a fait 52 degrés, mais on a mis toute la moutarde à peu près dans une très grande partie du Canada et qui a une très forte canicule et une sécheresse, donc la moutarde c’était fondé, et c’est pour ça qu’on a eu des problèmes notamment de moutarde, comme on va avoir des problèmes d’huile d’olive, comme on peut avoir des problèmes aussi avec la guerre pour l’huile de tournesol, c’est qu’en fait on a vraiment spécialisé les éléments des, ça un des impacts du changement climatique, c’est qu’il pourrait avoir de très fort impact sur certaines régions très spécialisées, et donc il faut réapprendre à diversifier dans le monde les différents pôles de production, avec peut-être des spécialisations locales, mais pas en tout cas à grande échelle qui nourrissent pour une certaine culture la la plupart des marchés mondiaux.

Alors, c’est bien que tu parles des vagues de chaleur, parce que je voulais parler des des canicules. C’est une des caractères caractéristiques du changement climatique en Europe, c’est qu’on voit de plus en plus de canicules. Elles sont de plus en plus intenses, de plus en plus fréquentes, de plus en plus précoce et de plus en plus tardive. Là, on a eu une canicule au mois de septembre. Quels impacts ont

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ça ? Ça fatigue les écosystèmes, ça fatigue les arbres, et ça peut mener une mort au bout de généralement plusieurs années, voire plus de 10 ans, c’est très progressif. Par contre, pour l’agriculture, là c’est un impact direct, vu qu’on récolte les fruits, ça n’a pas été économique direct. Les les vagues de chaleur, cette température au-dessus des seuils physiologiques vont entraîner des brûlures sur les feuilles, des brûlures sur les fruits, donc ils sont soit déclassés, soit mis en compote, soit mieux aux fruits, mais il veut pas être vendu en étalage ou soit pas vendu, ou alors des pertes de rendement. La pomme tombe au sol, le grain tombe au sol, ou alors on peut avoir des incendies, et là c’est des pertes de rendement. S’agit donc, en fait, les les problématiques de température se voient vraiment ponctuellement d’un coup, c’est des stress thermiques parce qu’on dépasse la limite physiologique de résistance, c’est ça le dépasse de plus en plus fréquemment. Donc, on a ce qu’on appelle des stress thermiques qui apparaissent de plus en plus fréquemment en France, vous ne connaissiez pas avant. Et ce qui est marrant, enfin marrant c’est façon de dire, mais les agriculteurs réagissent en irrigant. Ce qu’on se connaît tellement pas le stress thermique qu’on a l’impression que c’est un stress hydrique, mais même en irrigant, quand une cellule d’une feuille est exposée à 43 degrés, même si elle est plein d’eau, elle explose parce qu’il fait trop chaud, c’est protéines à l’intérieur ne sont pas faites ces températures-là, donc elle meurt, et donc la feuille meurt, le fruit meurt, et donc on a de plus en plus cette fréquence de stress thermique qui vient s’ajouter au stress hydrique. Et j’ai pas parlé des animaux, parce que les animaux, des vaches comme les vaches laitières sont très sensibles à ces stress thermiques. On est historiquement un pays temporaire tempéré, donc on a beaucoup de production en Bretagne, Normandie, dans le Nord aussi de lait, c’est là historiquement, c’est là parce que c’est là où il y a de l’herbe, c’est là où il y a de l’eau, c’est là où je suis plus frais. Les vaches laitières sont très sensibles au vague de chaleur, et du coup lorsqu’il y a des vagues de chaleur, ça induit des stress thermiques sur les animaux, et donc une énergie plutôt redistribuée dans la ventilation, la respiration, plutôt dans la production de lait, un bien-être à un mal-être animal qui s’installe, et donc des pertes production d’acquis pourraient aller jusqu’à - 30 % du côté de la partie centrale de la France par jour par vache. Donc, quand on cumule moins 30 % par jour par vache pendant canicule, ça fait des pertes économiques importantes comme en 2022, on a 20 % de production laitière en été. S’ajoute de rendement du fourrage, c’est aussi toi tu as travaillé sur cette question-là, c’est aussi un sujet dont on parle assez peu, mais le fourrage a des baisses de rendement qui sont très importantes.

Tout à fait. Alors, il y a pas de baisse de rendement pour le fourrage, c’est ce qui est étalé différemment sur l’année. C’est vrai qu’on parle souvent du maïs, de la pêche, de l’abricot, parce que ça nourrit directement l’homme. Par contre, tout ce qui est fourrage et maïs fourrage aussi qui nourrit les animaux, on en parle beaucoup moins, ça nous concerne moi directement. C’est très bien de parler de cette question. En fait, j’ai fait ma thèse sur le fourrage. Est-ce qu’on ce qu’on remarque, c’est que à la sortie de l’hiver, donc au début du printemps, le fourrage qui est la prairie en général, c’est comme broute les animaux, et bien il va produire plus avec le changement climatique, parce qu’il y a de l’eau, du CO2 et des températures plus élevées. Donc, la pré commence à pousser plus tôt, elle fait un pic printanier beaucoup plus important par rapport aux avant les années 2000. Et c’est ce qui se passe après qui est important. En été, très rapidement le fourrage s’arrête, l’herbe quand il y a plus de production d’herbe verte, il fait trop chaud, malgré qu’il y a plus de CO2, mais il y a surtout plus d’eau, et donc ça rééquilibre, c’est-à-dire qu’on a un déséquilibre entre le printemps et l’été, plus de production en été, moins plus de production au printemps pardon, moins en été, et quand on somme sur l’année, ça fait à peu près stable, peut-être cependant une légère baisse dans le sud de la France et dans l’ordre. En tout cas, c’est stable sur l’année. Donc, il va falloir réapprendre, apprendre un petit peu plus à gérer les stocks de fourrage, de ce qui se prend en excès au printemps pour le redistribuer l’été, voire même de récolter certaines récoltes en automne pour les redistribuer l’état d’après. Ça c’est s’appelle le stock et à lisser cette production en utilisant des espèces qui sont plus productives en été avec des racines profondes comme la luzerne et peut-être un petit peu moins productif que la fétuque élevé au printemps. Voilà, on rééquille, on essaie de rééquilibrer ce pic et se déficit en changeant la composition des prés.

Tu parlais de la tout à l’heure de la limite physiologique des plantes justement à supporter la chaleur. Est-ce que tu peux prendre des exemples et qu’est-ce qui se passe sur le blé, sur certains fruits, sur certains légumes à partir du moment où on dépasse des températures de 30-35, voire 40 degrés ?

Alors, cette limite physiologique, elle est dépendante en fait de de la génétique des espèces. Quand on a des génétiques tempérées, des espèces qui viennent du nord de la France, c’est plutôt à partir des 30-35, 30 degrés. Par exemple, le Shun

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quand on atteindra ces 45 degrés de plus en plus régulièrement, on aura rien à mettre sur la table. Pour faire face à ça, c’est des pertes de rendement brutes sur lesquelles on n’a pas de solution. On a quand même pas mal de gamme de solutions avant ces 45 degrés, mais si le changement climatique continue en 2050, moi je ne

Pourrais-tu proposer plus de solutions aux agriculteurs, puisque on sera sur des conditions où les végétaux ne peuvent plus pousser? Alors, il y a un phénomène qui est assez récent, à partir des années 2010, on a commencé à en parler dans certaines études: ce sont les sécheresses éclair. Qu'est-ce que c'est que ce phénomène? Est-ce que tu peux nous expliquer et quels sont les conséquences justement sur les cultures?

Alors ouais, effectivement, c'est un terme scientifique. Moi, j'appelle ça les effets sèche-cheveux dans les médias, pour un petit peu mieux expliquer. C'est simplement quand on a un couplage de différents stress, par exemple le couplage entre la température, le vent ou la sécheresse. On peut avoir juste la température et le vent; c'est suffisant. Comme le 28 juin 2019, où il a fait 46 degrés en France, où les vignes ont brûlé parce qu'il faisait 46 degrés avec 40 km/h de Mistral. En fait, la sécheresse éclair est basée sur le principe de l'évaporation et de la transpiration, les vapo-transpirations. Quand il fait 46 degrés qu'il y a pas de vent, l'évaporation est forte, mais elle n'est pas mortelle. Quand il fait 46 degrés avec 40 km/h de vent, et bah là, les vapo-transpirations sont multipliées peut-être par 10, et donc la plante n'arrive plus à rattraper l'eau par les racines pour la rattraper aux feuilles. Donc les feuilles vont brûler très rapidement, surtout s'il y a une forte insolation, et surtout accentuée s'il y a pas d'eau dans le sol. Donc la sécheresse éclair, c'est un couplage entre différents paramètres météorologiques qui accentuent, et c'est pas additif, c'est multiplicatif, les stress. Et ça, c'est très très difficile à aborder, puisque dans les études du GIEC, on l'aborde pas. C'est très local, et on a encore du mal à multiplier les stress entre eux en agriculture pour comprendre les effets, mais ça reste très local. On a pu observer une sécheresse éclair modérée dans le nord de la France cette année en juin, où il avait fait 30, 31 degrés, mais avec 40 km/h de vent jour et nuit, et les indices des sols ont tellement baissé qu'on est retourné d'un excès à un déficit important. Et voilà, c'est vraiment la perte en eau extrêmement rapide; ça dure une, deux semaines, voire même quelques heures dans les cas les plus extrêmes. Ça, c'est pour les sécheresses éclair caniculaires. Après, il y a les sécheresses éclair de déficit d'eau, ou là ça dure plusieurs jours, plusieurs semaines. Si je reste avec la caniculaire, là c'est vraiment un effet sèche-cheveux qui souffre toutes les cultures. On a, en peine 4 heures, on a perdu 12% de la production de vin, surtout le département de l'Hérault, en 4 heures. C'est à peu près les mêmes figures qu'on peut observer, ou les mêmes chiffres pour un gel, mais là c'est la première fois en France, et même peut-être dans le monde, qu'on documentait un phénomène pareil. Donc le changement climatique a des problèmes de fond, à des mailles assez larges, régionales, mais ça a aussi des phénomènes locaux qu'on a encore du mal à analyser en agriculture: les fonds de vallées plus froid, par exemple pour le gel tardif, les effets caniculaires dans les fonds locaux et les sécheresses éclair, notamment en Méditerranée.

Alors justement, tu le dis bien, souvent quand on regarde dans les études, on fait toute chose également, on regarde un seul phénomène: le stress hydrique, la canicule, ce genre de phénomène. Il y a un phénomène qui est difficile à appréhender: ce sont les parasites. On sait qu'avec le changement climatique, ça va favoriser dans nos régions l'apparition de parasites. Qu'est-ce qu'on sait aujourd'hui? Est-ce qu'on a des exemples de parasites qui sont en train d'arriver? Voilà comment appréhender ce phénomène.

Alors, tout ce que je vais dire après, vu que c'est pas exactement mon domaine scientifique, il faut le prendre avec précaution et vérifier les mes sources et vérifier mes dires. N'hésitez pas à me contredire s'il le faut sur les réseaux sociaux. Alors cependant, j'ai quand même quelques bases intéressantes, parce que j'ai travaillé sur la rouille brûlée du blé, sur le mildiou, ou sur d'autres d'autres maladies. Et là, ça part dans tous les sens, parce que les maladies, il y en a qui réagissent plus ou moins à la sécheresse, il y en a qui réagissent plus ou moins à la température. C'est vraiment un autre champ. Il y a les virus, il y a les champignons; c'est vraiment un autre champ d'études complètement différents. Si je prends par exemple le mildiou, après je prendrai le plus… si je prends par exemple le mildiou de la pomme de terre, le mildiou de la tomate, et ben en général on aura plus de mildiou au printemps, parce qu'il fait doux, dans de bonnes températures, il y a plus d'eau, mais un gros déficit de mildiou en été, puisque il fait beaucoup plus sec, mais avec un écart type énorme en été, parce qu'il suffira juste d'une petite paire de rageuse, une semaine avec la douceur, ça va directement réveiller le mildiou. Donc il y a un écart type énorme.

Tu peux expliquer ce que c'est que le mildiou? Tout le monde est peut-être pas… Le mildiou, c'est un champignon qui fait des tâches blanches sur la tomate, sur la pomme de terre, et qui provoque des nécroses sur les feuilles. Donc moins de photosynthèse, donc moins de remplissage des des de ce qu'on va récolter. Donc ça fait des paires de rendement énorme, comme on peut le voir cette année dans le Bordelais pour la vigne. Oui, moi j'habite à Bordeaux, c'est… enfin c'est des quantités gigantesques qui deviennent qui sont concernés par le mildiou en ce moment.

Oui, en ce moment, oui, c'est particulièrement important, puisque on a eu un mois de juin exceptionnel au niveau des précipitations. Il y avait des prix tropicales parce que tous les jours, et donc pile pendant la période où le mildiou pouvait se sentir bien avec cette eau, donc il a explosé. Et ça a diminué un petit peu par la suite, parce qu'il y avait, il faisait plus sec, plus chaud, donc on est plus dans les bonnes conditions. Mais ceci dit, il était présent, il a provoqué de fortes baisses de rendement. Donc là c'est le mildiou, plus au printemps même puissant de tonnes parfois, et moins on était, mais ça c'est en moyenne, avec des années peut-être particulières comme en 2023. Ensuite, on a les insectes. Moi j'ai regardé les pucerons. Les pucerons, leur cycle de reproduction dépend de la température. Plus il fait chaud, plus le cycle… jusqu'à une certaine limite, mais le cycle va s'accélérer. Je crois qu'on est à 45 de reproduction par an, c'est énorme, ça va très rapide dans les pucerons. Et donc on a un cycle de de reproduction qui est accéléré. On a aussi une survie hivernale qui est meilleure, puisqu'il fait moins de gel, donc les œufs ou les pucerons meurent moins; ils peuvent attaquer directement la plante au printemps. On a aussi un petit peu plus de pluie au printemps, de la douceur, qu'il favorise le développement des pucerons. Par contre, en été, il fait au-dessus de 22 degrés, et les champignons, le puceron à ce moment-là, il limite son développement. Donc pour… c'est pas important pour les betteraves par rapport à la jaunisse, parce qu'on a une pression depuis son qui apparaît de plus en plus fréquemment. Et aussi dans les études, on montre que il y a de plus en plus de variétés, je sais pas si on divise ou espèce pour les pour les pucerons, mais je trouve que c'est espèce de plus en plus d'espèces de pucerons qui apparaissent, notamment par le sud. Et ce qui est intéressant, c'est que c'est pas que climatique, c'est dû notamment au transport. Et quand on voit par exemple les mouches pour les oliviers, le platane, où on a de plus en plus de maladies sur le platane, sur les mouches, et bah en fait ça a pas été apporté par le climat, c'est qu'à chaque fois ça a été apporté par les paquebots, les transports internationaux. Et si à un moment le climat le permet, parce qu'il a évolué, elles vont s'implanter. D'habitude, elle meurt parce que le climat le permet pas, mais là elles vont s'implanter. Donc en fait, le phénomène principal d'apport de nouvelles maladies, c'est pas le changement climatique, c'est les échanges de marchandises internationaux. Le plus intéressant, c'est le phylloxéra, notamment avec la vigne, qui a provoqué des dégâts énormes dans les vignes mondiales, et qui a dû faire un changement complet des porte-greffes pour qu'ils soient résistants au phylloxéra. Et c'était venu d'Amérique. L'IPBES dit que c'est la cinquième cause de destruction du vivant, les espèces invasives envahissantes, qui est pas du tout un sujet… Le frelon asiatique était un très bel exemple d'ailleurs.

Donc on a fait un petit panorama des menaces. On n'a pas parlé de la grêle. Qu'est-ce que tu peux nous dire sur la grêle? Est-ce qu'on sait si c'est… on voit une recrudescence des grêlons de grosses tailles? Est-ce que on sait s'il y a un rapport avec le changement climatique?

Alors, ce qui est intéressant pour la grêle, c'est que on n'a pas encore suffisamment de recul. Je crois que l'indice de grêle de France, qui reproduisent pas assez bien les phénomènes orageux, ne sont pas faits pour pour dire s'il y a une tendance, ou ça va dans tous les sens. Et on dit qu'il n'y a pas de tendance. Ça, ce sont les deux voix possibles. Mais en 2022, il y a une réussite assez récente d'ailleurs, qui montre que les situations météorologiques, donc le placement des anticyclones et des dépressions, sont de plus en plus corrélés, ou en moins peuvent provoquer de plus en plus de situations d'orages multi-super cellulaire et de grêlons. Mais on n'a pas écrit dans l'étude… c'est, il y en a pas encore assez de recul, pas encore assez d'observations. Donc voilà, on peut pas encore tirer de conclusion. Cependant, 2022, et même en 2023, depuis ces deux années-là, on observe des chutes de grêlons géants assez étonnantes en France, parfois plusieurs centaines de reports, alors que d'habitude on a peut-être… disparu là plusieurs centaines de reports. Donc c'est vraiment énorme. À savoir si c'est une tendance, une variabilité naturelle, peut-être quelques années, puis après on part sur un des orages peut-être un peu plus classiques. Oui, en France, on a vu des grêlons de 5 à 10 cm de manière régulière, c'est pas une fois, c'est arrivé. Et en Italie, je crois qu'il y a un grêlon de 19 cm, c'est vraiment des… c'est énorme en fait. Alors on n'a pas encore suffisamment de recul, vu que c'est que sur les dernières années, pour savoir si c'est une tendance du réchauffement climatique, ou alors une variabilité naturelle de quelques années.

Quelle incidence a sur les cultures? Est-ce qu'on voit quand même une incidence forte des épisodes de grêle sur les cultures?

Alors, il y a très peu d'études au niveau national qui regardent les incisions, parce qu'en fait les grêlons, c'est très aléatoire; ça peut passer dans une ville, sur une montagne, ou sur une culture. Donc c'est pas facile statistiquement parlant de déterminer s'il y a plus de pertes à cause de la grêle, sauf en 2022, et parfois même en 2023, ou là ça a été des cas particuliers. 2022, on a eu des dégâts très très importants. Et ensuite, il faut savoir que on a une corrélation des dégâts entre la taille des grêlons, aussi la maturité des fruits. Par exemple, une pomme ou un abricot qui sont très proches de la maturité, bien gorgés d'eau et assez mous, bah n'importe quel grêle, un pack de grêlon va impacter la pomme. Tandis que si la pomme est beaucoup plus verte, beaucoup plus dure, beaucoup moins gorgée d'eau, et que le grêlon est de la même taille, il va il va pas impacter la pomme. Donc on a une corrélation entre la taille des grêlons, la maturité, et aussi un espèce de hasard. Bon, il y a un couloir sud-ouest nord-est assez présent de la grêle, mais ça a toujours été un peu au hasard, donc ça peut tomber sur des forêts ou pas. Donc c'est très difficile de répondre à cette question, et je n'ai aucun élément scientifique à sous mes mains pour pouvoir dire si on a plus de dégâts, sauf en 2022, ou là c'est une année particulière.

Il y a un autre phénomène qui est préoccupant, c'est qu'on voit… alors si on a des difficultés à avoir des tendances claires sur les précipitations, sur leur évolutions, on voit en revanche que les précipitations, on a des épisodes beaucoup plus intenses. Est-ce que ça… ça a aidé, on l'a vu la récemment en Grèce par exemple? Est-ce que ça ça a une incidence justement sur les cultures?

Alors sur les précipitations, il y a deux choses qu'il faut retenir, et si on a repris ces deux choses, on a tout compris. Premièrement, on a des rivières atmosphériques, donc des arrivées massives d'humidité dans l'air, on va dire pour faire simple, des tropiques jusque sur les latitudes plus élevées, dont l'Europe. Ces échanges entre entre les tropiques et l'Europe sont plus violents, avec plus d'apport d'humidité, plus de chaleur, et donc plus de potentiel de pluie dans l'air. Premièrement, c'est ça. Deuxièmement, en globale sur la nuit, il fait un petit peu plus chaud, notamment en été, ou avec cette chaleur, chaque degré gagné, c'est plus 7% de vapeur d'eau dans l'atmosphère, donc un potentiel de précipitation plus important. Et on a pu observer, notamment par les études scientifiques, à peu près plus 20% de précipitations lors des orages cévenols, et ça a été relié notamment à la hausse des températures. Et on se retrouve du coup avec des épisodes orageux extrêmement violents, comme en Grèce, comme on les vit… simplement parce que il y a une corrélation aussi avec la politique locale, qui fait que peut-être les barrages n'ont pas été entretenus. C'est pas peut-être… c'est très sûrement les barrages n'ont pas été entretenus. Donc c'est une corrélation politique climat en Grèce, c'est plutôt climat avec un petit peu de gestion du territoire également. Mais ceci dit, l'élément déclencheur, c'est bien le climat. Et donc on observe donc des précipitations orageuses méditerranéennes qui sont plus violentes. On peut l'observer aussi dans le nord-ouest de la France, parfois des rivières atmosphériques qui apportent des quantités d'eau phénoménales. Et donc ces quantités d'eau en Méditerranée tombent sur un territoire qui est très vulnérable. Pourquoi la Méditerranée, un des spots du changement climatique, les zones les plus concernées notamment si agricole? Pourquoi c'est très vulnérable? Premièrement, on a un sol qui est parfois calcaire, et qui est moins luxuriant au niveau de la végétation que la forêt de Fontainebleau. La garrigue est plus basse, c'est donc la pluie, quand elle tombe, elle est pas ralentie par les végétaux, du moins moins ralentie. Donc ça fait plus de ruisseaux. En plus, ça dure relief, donc ça fait des effets d'accumulation, des effets de toboggan. En plus, on a beaucoup d'urbanisation, ça fait des effets toboggans et des effets d'accumulation en ville. En plus de cela, la mer est plus chaude, donc ça fait de l'énergie potentielle pour les orages plus fortes, et l'air est plus chaud, donc plus 7% de vapeur d'eau. Donc tout ça réuni fait que c'est très vulnérable au niveau social, économique, agronomique. Et donc on a des quantités pharaoniques qui tombent à la sortie de l'été, là où les sols sont les plus secs, qu'ils absorbent le moins d'eau. C'est ce qu'on a observé en Libye, c'est ce qu'on a observé en Grèce. Avec le fait que la Libye, on rajoute du politique par-dessus de l'urbanisation, là ils auraient avoir des canalisations de oueds, qui sont des oueds, les rivières sèches, qui peuvent déverser des de l'eau quand il pleut, et des et à deux barrages qui n'étaient pas du tout calibrés pour ça, ni entretenus, et qui ont cédé, qui ont détruit la ville, je me rappelle plus du nom de la ville, mais en tout cas il y a eu beaucoup de dégâts. Mais ça veut dire que ça concrètement, est plus particulièrement sur le bassin méditerranéen. On parle des épisodes de Méditerranée, épisode cévenol, c'est des choses qui vont affecter dans les années qui viennent les cultures de manière de plus en plus importante.

Tout à fait. En fait, on a les épisodes près de précipitations qui vont de plus en plus affecter les… par exemple les 23% des terres agricoles potentiellement été inondées pendant l'épisode grec. Donc juste l'inondation, ça provoque des dégâts sur plusieurs années, parce qu'en réalité une terrine, une partie de la terre est partie par les torrents, une partie de la terre aussi est polluée. Imagine, il y a une batterie et tombe une télévision, une voiture, la terre est évoluée pour plusieurs années. Et donc pour remettre ce sol, remettre de la vie dans le sol, il faut plusieurs mois, plusieurs années pour structurer la filière agricole, et encore il faut que les barrages qui ont été détruits en Grèce soient rétablis, pour que sinon l'eau va rester là perpétuellement. Donc premier point, oui ces inondations, à plus les phénomènes de sécheresse plus intenses. Je pense que surtout ce sont les sécheresses, ça concerne de plus grosses surfaces, c'est pas très ponctuel comme les précipitations, c'est sur ça qui est problématiques, mais les inondations sont plus destructrices localement, et plus local. Voilà, donc on a ce couplage température et inondations qui fait que les régions méditerranéennes sont de plus en plus soumises en automne à l'arrivée des orages, et l'agriculture empathie dans le sud de la France et par exemple des inondations dans les vignes qui étaient proches de la maturité, bientôt bientôt récolté, et qui se retrouvent inondés. Et lorsque l'innovation arrive sur les grappes en soi, les graves sont toujours présentes si c'est une inondation, c'est pas un torrent, c'est juste inondations de fond quoi, on va dire de d'accumulation. Par contre, lorsque l'eau s'en va, il y a un dépôt de poussière et de limon sur la grappe, qui fait que la qualité du vin va être totalement altérée, puisqu'on va avoir une qualité, un goût de terre en fait, et la grappe ne peut pas être récolté pour faire du vin. Donc c'est des pertes économiques importantes qu'on observe de plus en plus en région méditerranéenne.

Alors là, je vais te poser une question très large, mais à quoi va ressembler l'agriculture? À quoi pourrait ressembler l'agriculture en France en 2050? Est-ce que on va devoir adapter massivement les espèces qui sont cultivées? Tu as commencé à le dire, par exemple dans le sud de la France. Voilà, qu'est-ce qu'il y a… quoi pourrait ressembler l'agriculture dans 20, 30, 40 ans?

Alors, on va parler de biogéographie, c'est l'aire de répartition des espèces. Alors ce qu'il faut savoir, c'est que les biogéographies des arbres de l'agriculture remontent par le sud, c'est-à-dire que la biographie de l'olivier remonte jusqu'à Bordeaux d'ici 2070, 2100, jusqu'à Lyon aussi de 610-100. Donc accompagnant la vie, le romarin, le thym, les cigales etc, donc la garrigue. Tandis qu'en Méditerranée, on aura plutôt une spécification, donc des steppes. On aura de plus en plus de figues, de figues de barbarie, de nèfles, de pistache également, de la vigne supergola, de la vigne de table. En gros, ce qu'on retrouve un petit peu du côté du Maroc, du Liban, de la Grèce, du sud de l'Italie du Sud. En fait, on va pas mourir de faim avec le changement climatique en France. Il faut juste savoir adapter les cultures au contexte climatique local en amont de 30 ans, parce qu'un abricotier du Roussillon qui ne poussera plus dans le Roussillon, qui ne poussera plutôt vers Agen ou alors vers Toulouse, et ben il faut… il a 35 ans d'exploitation cet arbre. Donc si on plante maintenant, c'est juste qu'en 2050… il faut réfléchir en amont à cette adaptation des biographies des filières. Il faut 15 ans pour créer une filière, donc c'est des maintenant qu'il faut un chef que l'État investisse dans ses futures productions régionales. Donc il y a pas que les biogéographies par contre pour s'adapter. Il y a également plein d'autres solutions, et on a la chance en agriculture d'en avoir beaucoup. Les variétés, par exemple, peut-être pour le nord de la France, le blé, le maïs, ce sera pas suffisant pour le sud, mais pour le nord de la France, intéressant de le blé, le maïs et colza, tournesol, améliorer la résistance à la sécheresse, le port racinaire qui va se faire chez lourd profondeur, améliorer la résistance à la canicule, par exemple en limitant les vapo-transpirations sur la structure foliaire. Enfin, il y a plein de choses encore à explorer, qu'il faut explorer, et qu'ils ont déjà beaucoup été exploré depuis 70 ans. On a également les paysages, par exemple au lieu de mettre tous les œufs dans le même panier, de faire de la mode de culture, peut-être diversifier les paysages comme ça, si la culture en monoculture est impactée, elle peut économiquement en parlant que se rabattre sur une autre culture régionale. Sur les paysages, rajouter des arbres isolés des et pour couper le vent, pour limiter les vapo-transpirations. Sur l'agronomie maintenant, donc là c'est plus terre à terre, d'un travail un petit peu plus sur la vie du sol, parce qu'un sol vivant c'est un sol qui va stocker plus d'eau. S'ils stoppent plus d'eau, c'est 7 à 10 jours parfois supplémentaires dans le cadre d'une sécheresse de disponibilité en eau. Et pour stocker cette eau, il faut avoir moins de labour, voire pas de labour pour les puristes, des cultures intermédiaires. Ça c'est très important, c'est-à-dire au lieu d'avoir un sol nu entre du culture, pauvre de fleurs de de légumineuses, par des choses qui vont pourquoi pas récolter, mais qui vont faire de l'ombre pour éviter l'évaporation à transpiration. Ensuite on a le matériel, donc des systèmes d'irrigation plus performants, le goutte-à-goutte enterré ça peut être aussi intéressant aussi. On a le numérique, donc là ça dépend de la sensibilité de chaque agriculteur, mais les images satellites, les outils de la décision pour savoir quels il faut apporter, quand est la meilleure date. Donc toutes ces petites pièces de puzzle que je parle, bah ça fait la résistance au changement climatique. Il faut travailler sur tout et ne pas travailler seulement comme on le fait beaucoup actuellement en France sur l'avène, les variétés, il faut le faire, mais pas que sur ça, et mais également les retenues d'eau pour l'irrigation, on sera beaucoup là-dessus, et on travaille beaucoup moins par exemple sur l'évolution des biogéographiques, pour moi quand même sont essentielles. Mais par exemple, tu prenais l'exemple tout à l'heure des oliviers, si je dis pas de bêtises, alors c'est possible que ce soit, mais il me semble qu'il faut plusieurs dizaines d'années voire 20 ans pour qu'un olivier puisse donner des olives. Les oliviers, sa vie jusqu'à des milliers d'années, c'est très compliqué de d'établir des filières. Ou si on prend le cas du vin, voilà, on voit que dans le sud Bretagne ou jusqu'en Normandie, on pourrait faire du vin dans les années qui viennent, mais c'est un travail de titan d'établir une filière, de faire en sorte qu'il y ait des tonneliers, enfin toute une filière quoi.

Tout à fait. En fait, la filière, c'est pas que la production, c'est la formation, la production, c'est le stockage, c'est le transport, c'est la consommation, c'est la transformation, c'est vraiment de la fourche à l'assiette, la fourche à la fourchette commence. Et pour ça, il faut 15 ans minimum. Par exemple, on a une filière, la filière des pruneaux d'Agen n'est pas arrivé du jour au lendemain, elle s'est mise en place progressivement, et avec un effet d'émulation, de plus en plus de producteurs ont fait des pruneaux jusqu'à créer un IGP ou un AOC dans la région. On a les filières, par exemple des pistaches de France qui sont en train de se mettre en place du côté de Cavaillon ou d'Avignon, et là pour l'instant l'État n'investit pas trop dans ces filières-là, il va falloir qu'il le fasse, parce que ce sont des filières d'avenir, de résistance au gel tardif, puisque le fleurit plus tard, aux résistances à la sécheresse et aux canicules, puisque ce sont des espèces qui viennent des plateaux de série, ou diront plutôt dans le Moyen-Orient. Donc en réalité, c'est maintenant qu'on doit travailler sur nos futures filières. À ce titre, tu prenais l'exemple des olives, il faut 10 ans minimum pour avoir une rentabilité intéressante, et 150 ans jusqu'à 150 ans d'exploitation. Donc en fait, les oliviers de Bordeaux, les oliviers de Lyon, les oliviers de Toulouse, qu'on plante maintenant, c'est pour nos enfants qu'on le fait, c'est pour avoir une vision long terme de notre protection agricole nationale, de notre production agricole, de notre indépendance par rapport aux autres pays, voire même de l'exportation. Et c'est sur ça en fait que moi j'ai du mal à garder mon calme, on va dire, je hausse un peu le ton, c'est que il faut arrêter ce système où on veut mettre des petits pansements, une petite variété nouvelle, une réserve de substitution… nous ici, ça c'est intéressant, ces petits pansements s'ils sont accompagnés d'évolutions plus intenses de l'agriculture, et notamment ces nouvelles biographies, ces nouvelles espèces. Et mon objectif en tant que climatologue, c'est pas de dire on va détruire l'agriculture française, on va rien produire, on va mourir de faim. Moi, c'est de dire je veux que continuer à produire pour nos enfants en 2050, et pas qu'on se retrouve en face du mur avec des arbres qui vont pousser pendant 20 ans, mais qu'on n'a pas planté suffisamment en avance. C'est ça mon problème, et c'est ça que je voudrais qu'on résout en France, et je voudrais bien qu'on travaille dessus avec l'État, pour avancer à ce sujet.

Alors, on va parler d'une question politique, tu l'as dit, ça prend du temps, ça demande des efforts de la part des collectivités, de l'État, de construire des filières. Aujourd'hui, qu'est-ce qui est fait en ce sens? Est-ce que il y a des programmes, des tailles et des dans les régions, on travaille sur ces questions-là?

Alors, pour l'instant, c'est au niveau embryonnaire, et je sais que j'étais consulté récemment par des branches du ministère de l'Agriculture, il travaille sur des dossiers pour connaître l'aire de répartition des futures productions dans l'avenir, pour anticiper. Ça c'est plutôt un bon point. Alors, on a 30 ans de retard, ok, ceci dit, je vais pas trop critiquer, parce qu'on commence à prendre les devants. Après, il faut que ça soit mis en place sur le terrain. Moi, une nouvelle filière, je voudrais que c'est par exemple qu'elle arrive sur un territoire comme la pistache, qui remplace l'abricot, l'olive, et qu'on se dise ça c'est le rôle de l'État. En 2030, je voudrais 5% de pistaches sur le territoire à la place des abricots, en 2035 peut-être 15%, en 2040, je voudrais en vue de faire un IGP ou un AOC pistache de France, peut-être avoir 35% de la production régionale, et peut-être 50% à partir de 2050. Ça s'appelle une planification de transition de filière, pour éviter de détruire une filière d'un coup, d'avoir des problèmes économiques, et d'avoir suffisamment moyen d'en créer une autre. Et là, il faut plusieurs millions d'euros, en fait, même même des centaines des millions d'euros, parce qu'il faut faire le stockage, le transport, les liens internationaux pour les échanges, enfin ça, il faut vraiment une planification. C'est là où j'attends l'État, c'est une planification d'aide aux agriculteurs, qui ne soit pas que les agriculteurs qui prennent les décisions sur le terrain des inondations, et que et qu'après ils sont délaissés. Voilà, il y a pas que les réserves de substitution, la génétique qui permet de faire ça, il y a aussi de nouvelles filières qu'il faut absolument mettre en place. Et j'ai peut-être un espoir quand même que dans les prochaines années ça se développe pour l'État.

Toi, tu es peut-être l'agroclimatologue le plus célèbre de France. Est-ce que tu es très présent notamment sur les réseaux sociaux? Est-ce que du coup tu as été contacté par des des hommes et des femmes politiques, dans des collectivités? Est-ce que est-ce que tu vois des des initiatives dans ce sens?

Bien sûr, je viens de Normandie. Notre ancien ministre de l'agriculture m'a appelé toutes les semaines, il m'a appelé toutes mes scènes pour me demander des ressources scientifiques qui lui-même sur l'impact du changement climatique sur la sécheresse sur l'agriculture. Donc il y avait une demande en fait de la part de Julien Normandie. C'est vrai, je croyais que c'était ironique. Non, c'est vrai. Non, c'est vrai. Bon, maintenant le nouveau ministre de… je n'ai pas contacté avec lui, mais il y avait quand même une demande. On a fait un varen de l'eau et du changement climatique 1 à 14 sur les données météo et les données d'un gros… comment trouver des liens et pouvoir aller un peu plus loin. Il y a eu quand même quelques quelques études qui ont été faites. Après, ça dépend vraiment des ministères, des ministres, suivant leur sensibilité. Il y a également des hommes politiques ou des femmes d'influence qui m'ont appelé, Christiane Lambert notamment par rapport à la FNSEA. Alors c'était pas comme une pourrait penser pour du lobbying, mais c'est juste pour la compréhension des événements climatiques, parce qu'on a très peu d'éléments scientifiques qui arrivent jusque aux têtes des décideurs. Mon objectif, c'est vraiment, quel que soit le bord politique, de leur apporter cette connaissance-là, pour qu'il puisse prendre les meilleures décisions sur le terrain, parce que je considère que l'agriculture et le climat, quel que soit le bord politique, on doit s'habiller, manger. Voilà, il faut absolument que qu'il soit au courant de ces sujets-là. Bien sûr, il y a des morts politiques qui ne me contactent pas, notamment l'extrême droite. J'ai beaucoup moins de liens avec l'extrême droite que tout le reste des politiques.

Dernière question: est-ce que il y a un sujet qu'on aurait… enfin un sujet important qu'on aurait un peu oublié sur toutes ces questions, qui te semble vraiment tout à fait intéressant d'avoir? Parce qu'on a parlé beaucoup de la production, et le consommateur a un rôle à jouer essentiel aussi, par exemple dans la diminution de la quantité de viande, moins trois fois la quantité de viande actuelle.

Alors, mon objectif n'est pas de dire de tout devenir vegan. Ça, ce sera impossible. C'est chacun son choix. De manger ou non de la viande, ce qu'ils veulent. Manger moins de viande, c'est tout à leur honneur, puisque là, ils auront moins de gaz à effet de serre. Ceux qui veulent continuer de manger de la viande, il faut qu'ils fassent ce qu'ils veulent. Je n'ai pas alors à courir derrière, aller m'acharner et acheter de la viande française. Puisque notre viande française est produite essentiellement avec du fourrage, donc des prairies, des zones humides, du stockage du carbone. Au moins, on limite un minimum d'impact. Ça, c'est vrai pour le bœuf. C'est vrai pour le bœuf, parce que le bœuf, c'est quand même une très forte quantité de gaz à effet de serre, très très loin. Par contre, sur le poulet, sur les œufs et tout ça, là, je vais plus parler de bien-être animal, plutôt favoriser le poulet en extérieur.

Alors déjà, si on arrive à réduire par trois la quantité de bœuf, on enlève au moins 25 % des gaz à effet de serre de l'assiette. Après, dans un second temps, si on réduit les œufs, le lait, mais ça, on y arrivera pas, parce qu'on n'arrivera pas à rendre tout le monde végétarien en France, et c'est pas du tout l'objectif. Donc, en respectant le choix de chaque personne, je pense que la meilleure option pour l'instant pour diminuer, c'est de diminuer la consommation de viande rouge dans un premier temps. Et la viande rouge qu'on continue de consommer, qu'on l'achète française et pas dans des plats préparés qui viennent de l'extérieur de la France. Surtout dans des territoires donc on les nourrit essentiellement au fourrage, donc des territoires de qualité. Ça coûte plus cher. Il y a un moment, il faut peut-être se dire: est-ce que je veux un iPhone? Est-ce que je veux manger ou est-ce que je vais prendre un abonnement téléphonique ou d'autres abonnements Netflix? Il y a un moment, il faut aussi choisir. Est-ce qu'on peut pas manger mieux en achetant moins cher? Donc le consommateur a aussi le rôle d'acheter français pour pouvoir donner l'argent aux agriculteurs, aux instituts publics, pour faire une transition.

Donc la consommation que j'ai parlé de la viande rouge, il y a également des achats locaux dans les filières futures, c'est-à-dire de la pistache, de la nèfle, pour soutenir économiquement et le développement de ces filières-là. Et je terminerai sur [Musique] sur les protéines aussi. Les protéines végétales, on mange de moins en moins de protéines végétales. C'est plus du riz, des pâtes et de la viande. On oublie complètement les lentilles, le pois chiche. Il faudra apprendre à cuisiner ces éléments, réapprendre à cuisiner, et apprendre à l'école à nos enfants à cuisiner. Puisque quand on apprend à cuisiner la matière première, et ben, on est plus respectueux de cette matière première, plus respectueux des agriculteurs. Réapprendre comment on produit cette matière première pour éviter de critiquer les agriculteurs dès qu'ils irriguent, alors qu'il en a besoin dans certains cas. Voilà, ça serait approprié. La nourriture, la matière première, c'est dans la génération Uber Eats, c'est contre-courant, mais c'est nécessaire pour comprendre ce que produisent nos agriculteurs, pour comprendre comment consommer. Donc réintroduire ces légumineuses, donc les pois chiches, les lentilles. Donc les pois chiches, c'est une culture d'avenir par rapport à la biogéographie. Les réintroduire à la place de protéines animales ou de pâtes et de riz. Notre agriculture française, notre gastronomie très riche, ne la simplifions pas avec des sushis, des kebabs et des tacos et des pizzas sur Uber Eats. Il n'y a que ça. Ne la simplifions pas, s'il vous plaît. Gardons la richesse. Si on la garde, si on achète français, nos territoires seront à même de pouvoir s'adapter au changement climatique. Par contre, si on achète que des plats préparés de l'extérieur de la France, je suis désolé, mais on aura plus les moyens de faire une transition agricole. Un grand merci d'être venu au micro du Green Motor Club. Avec plaisir. À bientôt.