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Hantavirus : on est parti pour un 2e confinement ? Avec le professeur Gilles Pialoux

Quotidien13:28

Transcription

Bonsoir Gill Pialou. Bienvenue sur le plateau de quotidien. Voici une partie de l'équipe et le public. Vous êtes donc chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon à Paris.

Alors, ça vous manquait des plateaux télé ? Oh, c'est pas oui, un peu. Mais je suis, je suis allé pour d'autres choses plus gay, des livres, des choses comme ça. Mais non, c'est je, je, enfin, je veux dire, c'est intéressant pour un infectiologue, même si on n'est pas concerné directement par les caps, comme on l'a dit, c'est chouette de rentrer dans un dans un sujet comme ça, de lire en direct, avoir les informations. Et puis moi, je travaille sur les fake news, donc j'ai bien aimé votre première partie. Et c'est vrai qu'évidemment, là, ça va être une sur la partie du, vous parlez de la partie du sur ou une usine fake news quoi.

Euh, les deux. Voilà.

Alors, il y a un véritable emballement médiatique. Comment on doit gérer tout ça ? Euh, sans faire peur, tout en informant. Bah, l'objectif pour moi, c'est pas de me retrouver dans le bêtisier de demain. Donc, je peux pas.

Oui, dans les archives. Oui.

Attends, parce que tout simplement, ce qu'il faut accepter, journaliste et moi en tant que médecin, de dire que il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas. Et je trouve que là, dans dans les séquences que vous avez passées, il y a beaucoup de gens qui s'expriment sur des choses dont on ne sait pas la réalité. Pourquoi ? Parce que c'est très peu de cas. Il y a eu peu d'épidémies. Vous avez montré le papier d'Union Glor qui est très, très intéressant, le papier de de de l'épidémie effectivement 2018-2019, 34 morts et tout ça, très bien montré. Il est très bien décortiqué. Mais de là, en tirer sur 34 personnes quelque chose qui permettrait de gérer ce ce cas. Voilà, on peut, il y a des choses qu'on ne sait pas. Vous l'avez dit vous-même, je crois, dans un sujet, euh, on ne sait pas si les personnes sont asymptomatiques. On ne sait pas.

On revient au sujet d'avant, hein, et même aux autres sujets d'avant, parce que pour moi, le référentiel, c'est pas tellement le Covid, le référentiel, c'est les épidémies. Alors que nous, oui, on voit, on voit, ça fait, je, alors, je, c'est pas pour défendre Antoine Flao qui a comparé Kbola. C'est, c'est parce que je pense que les, ça, c'est les épidémies, c'était la phrase du jour, hein.

Oui, oui.

Bah oui, c'est un peu fort. Ouais, parce que Ebola, on est plutôt, Ebola non traité dans un pays endémique, on est plutôt à 80 % de mortalité, quoi.

C'est sur le taux de mortalité qu'il évoquait.

Oui, oui, voilà. Tu beaucoup et l'entirus tue beaucoup. Je pense qu'il a voulu, je sais ce qu'il pense et je partage sa pensée, c'est que arrêtons de comparer avec le Covid. Il faut comparer à à des épidémies qui ont causé pas mal de morts aussi. Je pense au SRAS en 2003. On peut même comparer avec la variole du singe, puisque donc vous voulez comparer à quelque chose de pire ?

Non, pas du tout. La variole du singe, il y a eu très peu de morts et cetera. Il y a eu 73 000 cas et une quelques dizaines de décès. Donc, on n'est pas du tout dans ce même registre là, mais on est dans le même registre du questionnement. C'est-à-dire qu'à la fois, c'est quelque chose qui est sorti du monde animal. C'est quelque chose qu'on sait pas très bien analyser chez chez chez l'homme en transmission terre humaine, et on a des petites épidémies, et ça peut mettre à mal le système de santé sans faire une pandémie. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est-à-dire que les gens disent "Ah bah oui, c'est pas une pandémie, c'est bon." Bah non, si vous avez, voilà, si vous avez 20 ou 40 cas contacts dans des hôpitaux publics, c'est compliqué à gérer.

Et alors, vous connaissez si si. Non, mais moi je je comprends. Donc je sais pas si vous ne comprenez pas.

Comprends, docteur, pardon. Il y a ce qui est surprenant, c'est que vous posez beaucoup de questions, mais on nous dit depuis plusieurs jours qu'on le connaît hyper bien ce virus. La ministre a dit, on connaît ce virus sur les mots. C'est que il a à peu près mon âge, personnellement.

Alors moi, il se trouve que je fais pas le malin, mais je travaille sur à la fois sur le fake news et je travaille aussi sur quelque chose qui s'appelle One Health, qui est un truc très important, qui est si qui a émergé avec le Covid, qui est un concept où il faut prendre la santé animale, vétérinaire, la santé environnementale et la santé humaine. Et il se trouve que les antavirus, c'est une caricature. Je vous donne un exemple. En Chine, ils ont énormément de cas. Ils ont des dizaines de milliers de cas et de décès qui ne sont pas les virus qu'on a en Amérique. Donc plutôt une mortalité autour de 1 %. Vous voyez ce que je veux dire ? On est dans les virus d'Europe, Chine, mais ils ont un vrai problème avec la déforestation, l'urbanisation des villes, les rats qui changent, enfin, on change de rat, enfin le virus change de rat. C'est, c'est passionnant, hein. C'est pour ça que je pense que j'ai pas de conseil à donner aux politiques. Mais surtout, ne faites pas les réunions qu'avec des médecins. Il faut faire des réunions avec des spécialistes de santé publique, avec des vétérinaires et avec des spécialistes de la santé environnementale.

Plus large que ça.

C'est plus large que ça.

C'est ce que je dire. Et c'est un médecin qui nous le dit.

Ex, oui, oui, c'est ça. Surtout pas que des infectiologues. Vous voyez ce que je veux dire ? Parce que le le problème, par exemple, dans la la Guyane, le Brésil, on fait par exemple des expériences pour essayer de de diversifier les les cultures justement pour que à la fois les prédateurs et que ça soit pas sur l'un de ces rongeurs, parce qu'il y a plein de rongeurs, il y a des dizaines, des dizaines de rongeurs qui peuvent porter des dizaines et des dizaines d'antivirus. Et ben, donc, il faut que tous ces gens-là se mettent autour d'une table pour réfléchir au concept One Health. Et pour l'instant, ça part pas sur ce couple là parce que on est dans la gestion de crise.

Non, mais par exemple, sur la transmission, qu'est-ce qu'on sait ? Sachant qu'hier sur France 2, en l'espace de 6 minutes, il y a qui êtes interviewé euh dans un sujet et quelqu'un en plateau et la ministre en plateau qui vous dit exactement le contraire. Regardez, sympa. Cette souche-là peut se transmettre par aérosol. C'est pas euh la personne à qui il a acheté une bouteille d'eau, vous voyez ce que je veux dire ? On n'est pas, on n'est pas dans un quelque chose d'explosif, transmissible par aérosol.

Alors, on m'a, on m'a coupé ma phrase. Ce que j'ai expliqué, c'est que par exemple, dans dans la petite, la petite épidémie qui s'est revenue en Patagonie en 2018-2019, à peu près 75 % des cas, c'était comme ça a été dit dans les sujets, par des contacts rapprochés dans une proximité. C'est l'histoire du R0. C'est-à-dire que dans un avion, c'est une personne qui est contaminée, elle en contamine, peut-être deux, ça a déjà été dit et cetera. Donc, et quand, et ce que je disais dans le sujet, mais qui a été coupé, c'est qu'on n'est pas dans la pulvérisation d'air comme on l'a vu avec le Covid, où les gens étaient contaminés, qu'il y avait même pas de personnes, et par exemple, on savait que le le virus du Covid allait rester sur les surfaces, euh, les surfaces comme ça. Euh, là, c'est pas le cas. Bah, là, j'ai mis les mains, mais euh, c'est pas le cas pour l'antravirus. Ça que je veux dire.

D'accord. C'est pas. Et donc sur la transmission, mais mais alors, mais effectivement, dans dans l'étude qui a été bien faite que vous avez montré de de Patagonie, il y a eu 18 % qui a été transmissible par les gouttelettes. C'est pour ça d'ailleurs que les gens portent des FFP2. Donc, c'est voilà, c'est pas la rougeole, pas le le le Covid, et il y a une transmission plutôt par contact longtemps. Le type qui est rentré dans son. Ce qui est important dans l'histoire de la Patagonie, c'est que il y a le mot de l'article, c'est super spreader. C'est-à-dire qu'on l'a vu dans le Covid, c'est que c'est pas n'importe quelle personne contaminée, c'est une personne contaminée avec énormément de virus. Et on a vu dans le Covid des super spreaders. Nous à Tenon, on en a un qui a contaminé du personnel. On a publié ça du tout début en 2020. Donc, il est possible que on ait la la conjugaison de deux phénomènes rares. Un, la le phénomène interhumain. De un bateau. Et qui sait que si on a compris de votre sujet, que le bateau, c'est pratique, surtout quand il y a, ils mettent du temps à réagir, parce que quand même un décès brutal d'un mec de 69 ans d'une maladie a priori infectieuse, parce qu'il y a de la fièvre, il toussait, il est mort en 6 jours. C'est vrai que il y a un principe d'alerte qui aurait voulu que on se pose des questions. Est-ce que c'est une méningite à méningocoque qui est très contaminant ? Enfin, je suis pas en train de jeter la pierre à ce médecin, il a fait ce qu'il a pu, mais manifestement, on voit bien qu'il y a eu un un retard à l'allumage.

Euh, sur les cas contacts, donc le Premier ministre a réagi tout à l'heure, il a dit que la réponse du gouvernement, la réponse sanitaire était claire pour tous les cas contacts sans exception, quarantaine renforcée en milieu hospitalier. C'est-à-dire que les 22 rejoignent les cinq dans des hôpitaux. C'était pas le cas jusqu'à maintenant. C'est, c'est en Espagne, ça a été le cas, me semble-t-il. Tout le monde dans l'univers hospitalier. États-Unis, comme d'habitude, ça a changé en 3-4 jours. Ça devait aller dans les brancards, puis finalement, ils vont chez eux. Euh, oui, je crois, je crois que c'est une mesure qui était très utile et qui a été bien sûr modifiée grâce au décret par le fait qu'il y a une personne contaminée à Bicha. L'état de la patiente française rapatriée s'est dégradé rapidement cette nuit. Quel est elle se quel est le taux de létalité de.

Alors, j'ai vu qu'il y a quelqu'un, enfin, j'ai vu une collègue qui disait que le taux de létalité chez nous est peut-être inférieur. On n'en sait rien, puisque par définition, on n'a pas eu le cas dans des des services comme les comme les nôtres. Et c'est vrai que Bicha est totalement équipé. Ils ont les pressions, les chambres à pression négative, ils ont la réanimation infectieuse qui est une des meilleures réanimations de de France et cetera. Donc, euh, quand vous dites qu'on connaît pas, enfin, qu'on a jamais eu, il y a jamais eu de personnes infectées par, à ma connaissance, il y a jamais eu de. Il y a jamais eu à ma connaissance, alors on pourra après vérifier, checker, il y a jamais eu à ma connaissance en France de personnes euh hospitalisées avec un virus venu des Amériques.

D'accord. C'est inquiétant.

Bah, c'est inquiétant comme tout phénomène nouveau, c'est. Oui, c'est inquiétant parce que est-ce que c'est quelque chose qui est totalement ponctuel et on en reparlera dans 3 ans comme étant un truc quand même triste puisqu'il y a quand même eu des décès ? Est-ce complètement refermé ou est-ce quelque chose qui annonce la possibilité qu'il y ait des gens qui vont faire des voyages. Voilà, ce que j'ai compris du couple, c'est qu'ils étaient très zoologiques, si je puis dire. C'est, ils étaient là pour les oiseaux. En l'occurrence, ils ont dû voir aussi des des rongeurs. Et que peut-être que ces pays-là, mais peut-on faire confiance à l'Argentine et peut-on faire confiance aux États-Unis, vu que ces deux pays viennent de quitter l'OMS par exemple, à un moment où précisément on a besoin d'eux pour faire de la de la vigilance épidémiologique. Donc là, c'est le patient zéro qui est derrière moi. Mais donc je vous ai coupé sur la létalité. Vous m'avez dit qu'une collègue à vous a.

Oui.

Disait que probablement que la létalité était moins forte dans nos pays. On en sait rien puisqu'on n'a pas eu de cas à prendre en charge. Les cas qu'on a à prendre en charge, c'est ceux des antavirus qui circulent dans ce qu'on appelle l'ancien monde, donc l'Europe, la Chine et cetera, et qui a un taux de létalité inférieur à 1 %, ce qui n'a rien à voir avec ces virus américains.

Est-ce qu'à ce stade, il faut euh donner des conseils ? Est-ce que vous avez des conseils à nous donner ? Est-ce qu'il par exemple ce matin dans le métro, il y avait des gens avec des masques ? C'est très bien. Ils attraperont pas autre chose.

Non, c'est bien. Non, mais je peux pas vous dire que moi qui a été quand même considéré comme un ayatollah du masque et de la vaccination, ça m'a valu d'ailleurs bien des soucis sur les réseaux sociaux. Je veux pas vous dire c'est les cons qui mettent des masques. Voilà. Mais c'est inutile par rapport au sujet.

Donc par contre, vous êtes d'accord.

L'OMS a perdu 18 % de ses financements depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Est-ce que ça peut avoir un impact ?

Bah, c'est un impact énorme parce que le le l'OMS, alors dit souvent vos confrères me disent "Mais oui, mais pourquoi l'OMS n'a pas dépêché un bateau médical avec une équipe et tout ça ?" Mais l'OMS n'a pas ces moyens-là. Budget de l'OMS, il doit être à 5,6 milliards. C'est presque, oui, c'est presque la, un peu plus la moitié du budget de l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris, qui est mon employeur principal. Donc vous voyez, qui qui gère 39 hôpitaux certes, mais donc c'est quand même une petite structure qui a de moins en moins d'argent. Euh, le compte n'est pas bon, il y a quand même des pays qui donnent moins et les États-Unis, effectivement, comme vous l'avez dit, 18 % en moins. Et qui plus est, c'est sur la filière, il y a une filière d'aide internationale de l'OMS qui gère les crises. Alors ça peut être Ebola, ça peut être les fièvres de Marbourg et tout ça, ça peut être aussi la guerre à Gaza et cetera. Et ben cette filière-là, elle est aussi euh pénalisée par le retrait américain, qui en plus a fermé l'USAID, c'est-à-dire l'agence d'aide euh multi multilatérale. Donc ça, effectivement, ils peuvent pas regarder ça comme des spectateurs, les Américains, enfin, en tout cas, les responsables américains.

Et dernière chose, parce que si je jamais vous me posez pas la question, est-ce qu'on va avoir un vaccin ? Il y a déjà les Américains qu'il va y avoir un vaccin ?

Non, c'est pas ce que je voulais dire, mais oui, les Américains sont depuis euh parce que justement, ils ont peur que ça touche leurs soldats qui vont en milieu forestier euh dans dans les Amériques, par exemple, prenons le Venezuela comme exemple politique.

Oui. Oui.

Par exemple. Et et donc, ils ont fait depuis maintenant, ils ont déjà fait des essais de phase 1, c'est-à-dire sur des volontaires sains avec un modèle vaccinal contre les les les antavirus précisément qui qui sont qui sont mortels les Amériques. Et ils ont déjà des des données qui sont assez intéressantes. Donc eux, ça les intéresse. Et ils ont aux États-Unis, vous savez qu'un ministre qui s'appelle Kennedy, qui lui a déjà dit antivax, qui a dit lui qu'il fallait arrêter la recherche sur les ARN. C'est probablement une très bonne piste, les ARN, pour faire un vaccin contre ces virus qui mutent tout le temps. Donc, c'est à nous d'y aller du coup.

Bah, c'est l'Europe qui va se bouger, qui va devoir se bouger, mais bon, l'Europe est moins concernée et moins dans l'urgence que les Amériques.

Juste une dernière question. Euh, est-ce qu'il y a d'autres pandémies qui éclatent comme ça dans le monde ? Ou alors ou alors celle-ci, on en parle parce qu'elle nous touche, mais est-ce qu'il y en a d'autres partout ailleurs en Afrique, en Asie ?

Ben, là, l'histoire de la transmission interhumaine, on sait ça depuis euh, alors c'est en ce sens que le ministre dit, on sait, parce qu'effectivement, c'était euh déjà au milieu des années 90, et ça a été 96, et puis après, il y a eu des petites épidémies comme ça dans les Amériques, au Chili, et cetera, dont personne parlait parce que c'était très peu de cas. Mais en fait, c'est souvent l'histoire est comme ça. Je reprends l'exemple de la variole du singe, qui s'appelle plus comme ça, le NPOX. Il y avait des épidémies en RDC et cetera. Tout le monde s'en foutait. Il y a une épidémie en petite épidémie aux États-Unis par des rongeurs importés illégalement. Déjà, on a une petite histoire qui revient. En 2003, il y a eu quand même un certain nombre de cas, 17 cas si je me souviens bien. Et puis après, il y a eu ce qui s'est passé en 2022, essentiellement chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, mais pas que. Et donc avec 79 000 cas et quelques dizaines de décès, et là, tout du coup, tout le monde s'est intéressé au pox. Donc, ça répond un peu à votre question. Oui, les épidémies, mais quand elles concernent pas notre champ de vision, bah, on en parle pas beaucoup.

Juste un dernier conseil, Julien le Nézbouché, docteur, comment faire ?

C'est pas dans les symptômes. Donc, c'est pas ça. Ouf !

Merci professeur Gill Pialou d'être venu plateau quotidien.