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Une ère nouvelle - La Renaissance (1-2)

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Transcription

[Musique] Sur une vaste esplanade de Rome se dresse la basilique Saint-Pierre, un édifice colossal surmonté d'immenses statues du Christ et des apôtres aux allures de dieux antiques.

[Musique] C'est le monument le plus imposant de la Renaissance, mais aussi l'une des plus grandes églises du monde. Encore de nos jours, ses colonnes et ses arcades évoquent les temples de l'Antiquité.

Quelques décennies avant sa construction, un tel ouvrage aurait pourtant été irréalisable. Personne n'aurait su planifier et coordonner les travaux, et personne n'avait les connaissances nécessaires en mathématiques ou en physique, notamment en mécanique statique.

Mais au XVIe siècle, une multitude de savants et d'artistes viennent changer la donne. La Renaissance est en marche. Les Européens accomplissent des prouesses qui paraissaient jusque-là irréalisables. En quelques générations, ils acquièrent le savoir-faire nécessaire à la concrétisation de projets titanesques comme la basilique Saint-Pierre.

Cette impulsion sans précédent, l'Europe, elle la doit à des personnalités d'exception dont elle garde l'empreinte aujourd'hui encore, comme Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange, et de grands esprits capables de trouver des solutions aux problèmes les plus complexes et de repousser les limites du possible.

Quel est leur secret ? Qu'est-ce donc que cette Renaissance qui fait basculer le monde dans une ère nouvelle ?

Rome, 1547. Parmi les brillants esprits de la Renaissance, Michel-Ange occupe une place à part. Cette année-là, il prend la direction du gigantesque chantier de la basilique Saint-Pierre. Il est âgé de 72 ans, mais il a toujours de grandes ambitions. Michel-Ange est un géant, maître d'œuvre, architecte et artiste, à la fois peintre et sculpteur, mais aussi érudit et polémiste. C'est un vrai génie universel. Il devient l'archétype de l'homme moderne qui fait alors son apparition.

L'une de ses œuvres est emblématique du XVIe siècle. [Musique] Tout simplement, son David est l'une des sculptures les plus célèbres de l'histoire de l'art. Dans cette période où l'art et la culture, le savoir et la technologie font un formidable bond en avant, ce sont des figures comme Michel-Ange qui sont à la manœuvre.

Florence, 1501. Michel-Ange crée la surprise. Il va réaliser sa sculpture de David dans un bloc de marbre de 6 tonnes. Cela tient du miracle. Deux autres sculpteurs ont tenté avant lui de s'attaquer à cette masse de roche avant de jeter l'éponge. Pour Michel-Ange, c'est une obsession qui va durer trois ans. Il travaille sans relâche pour réaliser une œuvre de 5 mètres de haut, la première statue monumentale de la Haute Renaissance.

Ce David est une affirmation forte. Michel-Ange le représente en effet dans la posture d'un dieu, l'humain et le divin mis sur le même plan. C'est dans l'air du temps. [Musique]

La représentation de l'homme change du tout au tout à la Renaissance. À la fin du XIIe siècle, celui qui allait devenir le pape Innocent III avait comparé ses semblables à des excréments, des déjections gluantes, bref, à des êtres méprisables. Selon la conception médiévale, il suffisait de regarder l'homme pour voir que c'était fondamentalement un pécheur.

À la Renaissance, on en a assez de cette image négative. On considère au contraire que l'homme est quasi divin, car il a été créé par Dieu, qui l'a doté de raison et de force. Puisqu'il est à son image, il est presque l'égal de Dieu.

Neuf ans après avoir achevé son David, Michel-Ange réalise une statue de Moïse pour le tombeau du pape Jules II. Haute de plus de 2 mètres, elle montre un prophète courroucé, aux veines saillantes et à l'allure terrifiante, une représentation qui rappelle les dieux de l'Antiquité. [Musique]

Michel-Ange a beaucoup appris des Anciens, mais il ne se contente pas de les copier. La Renaissance est bien plus qu'une répétition de l'Antiquité. Si l'on perfectionne les arts et les techniques des Grecs et des Romains, c'est pour créer quelque chose de nouveau. Vous ne trouverez pas une seule œuvre de la Renaissance qui se contente de ça.

L'art antique, il ne s'agit pas seulement de redécouvrir l'esprit critique des Grecs, par exemple, ou de se réapproprier la science et l'érudition de l'Antiquité. Les hommes de la Renaissance vont plus loin. Ils imaginent des inventions radicales et surpassent les maîtres qu'ils ont pris pour modèles.

Pendant la Première Renaissance, le Printemps de Botticelli est l'un des tableaux européens les plus célèbres. L'École d'Athènes de Raphaël glorifie la pensée des Anciens. Quant à la Joconde de Léonard de Vinci, elle est emblématique de toute une époque.

Pendant des siècles, l'art de représenter l'espace sur une surface plane est tombé dans l'oubli. La Renaissance découvre la perspective centrale et affectionne la symétrie. L'architecture, discipline phare du XVe et du XVIe siècle, connaît des progrès fulgurants. [Musique]

Ainsi, les coupoles monumentales, abandonnées au Moyen Âge, refont elles aussi leur apparition. Et les arts ne sont pas les seuls à bénéficier d'innovations. Grâce à la codification de la comptabilité en partie double, les entrepreneurs maîtrisent mieux leur trésorerie. Les nouvelles fortunes peuvent investir leurs richesses pour promouvoir les savants ou les artistes de leur choix.

Les inventions et les découvertes se succèdent à un rythme effréné. On construit de nouvelles machines, mais on étudie aussi la mécanique du corps humain. L'anatomie connaît un grand développement. Les premières horloges portatives font leur apparition, elles tiennent dans la poche. On apprend à mesurer les orbites des planètes. En mer, les navigateurs se repèrent aux astres. Les explorateurs découvrent de nouvelles voies commerciales, et la surface du monde connu se trouve bientôt multipliée par trois.

À l'époque, c'est sans doute la seule région du monde où l'on débat à ce point et où l'on enchaîne autant de découvertes en si peu de temps. L'invention de l'imprimerie permet de nombreux échanges entre différents groupes de population, entre les élites, les érudits et bien sûr les ecclésiastiques. Et de cette manière, des idées novatrices voient le jour.

À quoi tient cet essor exceptionnel ? Quels sont les ingrédients de cette explosion de talent et comment expliquer la réapparition de savoirs et techniques oubliés depuis des siècles ? [Musique]

Retour aux premiers siècles de notre ère. Pour les Romains, la construction d'un édifice tel que la basilique Saint-Pierre n'aurait sans doute pas été impossible. En témoigne le Forum de Rome, centre du pouvoir d'un empire qui règne alors sur tout le monde occidental et qui exporte son mode de vie jusque dans ses plus lointaines provinces. Rome donne le ton en matière d'art, de culture et d'architecture. [Applaudissements] [Musique]

On estime que la ville compte alors près d'un million d'habitants, c'est 20 fois plus que Londres à l'aube de la Renaissance. [Musique] La grandeur de la Rome antique repose notamment sur l'oppression de 2 millions d'esclaves et l'asservissement de peuples entiers. [Musique]

Pendant des siècles, l'Empire parvient à maintenir sa cohésion grâce à sa puissance militaire. Mais au IIIe et IVe siècle, les grandes invasions des Germains, des Goths et des Vandales déstabilisent son pouvoir. En 476, l'Empire romain d'Occident cesse d'exister. Rome, caput mundi, la capitale du monde, est sur le déclin. Et l'Antiquité tardive est parfois même qualifiée d'âge sombre. Aujourd'hui oublié, le savoir des Anciens dans tous les domaines, mais surtout en matière d'ingénierie, d'architecture, de mathématiques et de physique. On récupère les pierres des monuments de l'Antiquité laissés à l'abandon.

Quelques générations après la chute de l'Empire, les Européens ne semblent plus en mesure d'égaler leurs prédécesseurs. En 330, l'empereur romain Constantin a installé sa propre capitale sur le Bosphore. Constantinople devient le nouveau cœur de l'Empire, mais de l'Empire romain d'Orient, officiellement séparée de la partie occidentale dès la fin du IVe siècle. [Musique]

Cet empire, appelé byzantin, va se maintenir jusqu'au XVe siècle. Constantinople compte alors sans doute plus d'un demi-million d'habitants qui se baptisent "Romaioi", Romains. Leur empereur se veut l'héritier de César, d'Auguste. Constantinople est une nouvelle Rome, et son patriarche prend la tête de l'Église orthodoxe. C'est aussi un pôle de savoir, avec des érudits à la pointe de la connaissance dans tous les domaines. [Musique]

La Rome de l'Orient demeure un bastion de l'Antiquité dans un monde médiéval, une métropole imprenable pendant des siècles. Un septième environ de sa population est constituée de marchands venus de Gênes, de Pise et de la République de Venise. Les Latins, comme on les appelle, sont une minorité prospère mais peu appréciée, qui a la réputation d'être arrogante et belliqueuse.

Pâques, au début de l'année 1171. Des incidents ont eu lieu dans le quartier des Génois. L'empereur Manuel Ier Comnène rejette la faute sur les marchands vénitiens. Ils sont arrêtés et incarcérés, leurs biens confisqués. Allé, Venise prend la défense de ses ressortissants, en vain. C'est le point de départ d'un conflit qui va s'éterniser et tourner au drame pour Constantinople.

En 1200, Venise finit par lever une croisade. La quatrième, initialement destinée à reconquérir les Lieux Saints, est détournée et aboutit à une guerre entre chrétiens d'Orient et d'Occident. L'incroyable se produit : les croisés et les Vénitiens pénètrent dans Constantinople. [Musique]

Dans la nuit du 12 au 13 avril 1204, ils ont raison des troupes de l'empereur byzantin Alexis V Doukas. Pendant trois jours, ils se livrent à un pillage en règle de la cité et multiplient les violences envers les habitants. L'empereur prend la fuite. Il aura une triste fin : après s'être fait arracher les yeux, il est hué par les Latins. [Musique]

La chute de Constantinople joue un rôle important dans l'avènement de la Renaissance. Le sac de la ville au cours de la quatrième croisade, puis sa prise par les Ottomans deux siècles et demi plus tard, pousse beaucoup d'érudits à émigrer en Italie. De là, important des manuscrits. Là, dans cette culture qui leur paraît barbare, ils s'efforcent d'introduire des idées et des valeurs nouvelles et de faire circuler leurs écrits. Ils vont donner une impulsion majeure à l'innovation.

Les bibliothèques de Constantinople recèlent alors des trésors inestimables : la totalité du savoir de l'Antiquité. Par centaines, les érudits et les artistes fuient la ville meurtrie et prennent le chemin de l'Occident, chargés d'ouvrages précieux. L'humaniste Manuel Chrysoloras est l'un d'eux. Il devient professeur à l'université de Florence, sur invitation du chancelier de la ville qui lui adresse une liste de manuscrits qu'il aimerait consulter. [Musique]

Voilà comment l'Europe de l'Ouest redécouvre peu à peu la richesse de l'Antiquité. Par exemple, l'art de sculpter dans le marbre, un mouvement vivant et réaliste, un savoir-faire oublié au Moyen Âge. Où les fresques antiques qui inspirent les peintres, mais aussi les chefs-d'œuvre de l'ingénierie antique, ce qui entraîne une vague d'innovation. Les savants étudient les représentations des déplacements des astres par les Anciens. Les sciences, notamment les mathématiques et la physique, connaissent un regain d'intérêt.

Les Européens puisent leur savoir auprès de différentes civilisations : les Grecs et les Romains, mais aussi les Arabes, les Byzantins ou encore les Indiens, puisque les chiffres dits "arabes" sont en fait empruntés à l'Inde. Et il en résulte un bouillonnement inédit, car ils ne se contentent pas de recopier les sources anciennes, ils enrichissent leurs connaissances, ils les diffusent grâce à l'imprimerie, et ils en débattent avec une énergie incomparable.

En 1410, Florence est une cité-État de cinquante mille habitants, sorte de Silicon Valley de la Renaissance. Elle affiche une réussite insolente. C'est un pôle de savoir où enseigne l'élite des érudits venus d'Orient et où se côtoient artistes et savants. [Musique]

À la fin du XIIIe siècle, la décision de construire la cathédrale Santa Maria del Fiore est prise. Le projet est ambitieux : il s'agit alors de bâtir la plus grande église du monde chrétien, plus vaste et plus belle que les cathédrales de Pise ou de Sienne. Pari réussi ! Avec ses 153 mètres de long, la cathédrale de Florence reste aujourd'hui encore l'une des premières au monde. À l'époque de son achèvement, elle est sans égale. Son dôme de 45 mètres de diamètre est le plus vaste jamais construit. Près de 4000 mètres carrés de fresques ornent la coupole. Elles sont notamment l'œuvre de Giorgio Vasari, peintre et biographe des artistes en son temps. À la fin du XVIe siècle, il veut surpasser le Jugement dernier, peint quelques décennies plus tôt par Michel-Ange à la Chapelle Sixtine. Ces personnages semblent cependant un peu perdus dans cet immense coupole et difficiles à identifier pour le visiteur.

Mais revenons en 1418. Plus d'un siècle après le début du chantier, la cathédrale n'a toujours pas de dôme. [Musique] Filippo Brunelleschi va résoudre les obstacles techniques et statiques qui paraissaient insurmontables encore quelques décennies plus tôt. [Musique]

Architecte et sculpteur, il s'inspire des coupoles du Panthéon de Rome et de la basilique Sainte-Sophie de Constantinople pour réaliser ce projet ambitieux. Car il est également ingénieur et inventeur. Il met au point son propre système de grues et de palans, révolutionnaire pour l'époque.

À l'université technique de Darmstadt, des étudiants en architecture ont reproduit virtuellement la cathédrale de Florence. Ils analysent, grâce à des modèles numériques, chaque composante de l'édifice. Les travaux de Filippo Brunelleschi ont beau dater du début de la Renaissance, ils marquent une apogée en matière architecturale. La grande nouveauté réside dans la conception de la coupole à double coque autoportante. Après la tour, structure emblématique du Moyen Âge, le dôme devient à la Renaissance un symbole de pouvoir.

Marc Keller dirige le projet. C'est un spécialiste réputé de la reconstitution virtuelle d'édifices historiques. Brunelleschi n'est pas seulement un bâtisseur de génie, c'est aussi un ingénieur exceptionnel. Il imagine des engins de construction complètement novateurs, par exemple un palan actionné par des bœufs pour hisser les blocs de pierre jusqu'à la coupole. Il invente un système d'engrenages très astucieux qui permet de faire monter ou descendre une charge sans délai, sans les animaux. Ces machines font sensation. Le cordage qui supporte les blocs de pierre, pesant une demi-tonne, mesure 7 cm d'épaisseur et 180 mètres de long.

Quelques années plus tard, Filippo Brunelleschi obtient le droit exclusif d'utiliser l'un de ses systèmes de levage pour le transport du marbre sur l'eau. C'est le premier brevet de l'histoire de l'industrie. [Musique]

Il est aussi connu pour la rationalisation de ses méthodes de travail. Il s'arrange pour que les ouvriers travaillant sur la coupole puissent rester en haut le temps de leur pause déjeuner. Cela évite de perdre du temps à la montée et à la descente. [Musique]

Les nouvelles machines posent les bases des systèmes de levage actuels et révolutionnent les chantiers de la Renaissance. On s'éloigne déjà des méthodes de l'architecture gothique. Les architectes des siècles précédents ne disposaient pas des connaissances d'un Brunelleschi en matière technique et statique. Ils procédaient par expérience et par tâtonnements pour bâtir des édifices vertigineux, véritables dentelles de pierre, mais ils ne savaient pas calculer mathématiquement les limites de charge de leurs constructions. [Musique]

C'est pourquoi l'histoire de l'architecture gothique est aussi celle des projets inaboutis. Les dessins architecturaux n'en sont qu'à leurs balbutiements. Bien souvent, il n'existe qu'un plan d'ensemble représentant les contours du futur édifice. Toute la planification repose sur les épaules du maître d'œuvre, inimaginable de nos jours. [Musique]

À l'époque gothique, trois générations de bâtisseurs pouvaient se succéder sur le chantier d'un même monument. Tout se passait dans leur tête : l'idée de départ, la conception et la réalisation. La construction de l'édifice dépendait exclusivement de la Renaissance. Les choses changent. La conception et la construction sont bien différentes.

C'est encore Filippo Brunelleschi qui remet au goût du jour les travaux sur la perspective, une méthode de tracé et de construction géométrique qui permet d'élaborer des vues réalistes. Le concepteur peut ainsi dessiner les volumes de l'édifice qu'il a imaginé, ce qui offre une base de discussion visuelle. [Musique]

La perspective centrale inspire aussi la peinture. Désormais, les artistes immergent le spectateur dans le décor, le projettent dans un nouvel espace. Les tableaux de la Renaissance atteignent un degré de réalisme inédit. La redécouverte de la perspective, puissant moteur de progrès, est aussi à la base d'un outil incontournable pour les architectes d'aujourd'hui : la conception assistée par ordinateur, ou CAO. Elle permet d'élaborer une vue en 3D et à 360° d'un bâtiment bien avant la pose de la première pierre. Les travaux peuvent commencer virtuellement. La CAO offre une représentation fidèle de la réalité et calcule les données nécessaires au bon fonctionnement de systèmes robotisés pilotés par ordinateur. Un jour, peut-être, les machines seront à même de construire des édifices en complète autonomie. Tout cela grâce à un homme né il y a plus de 600 ans.

On allait brûler ce qui n'avance pas, la perspective à proprement parler, mais ses travaux représentent une étape importante dans l'évolution de la représentation de l'espace. De l'Antiquité à la Renaissance, il met au point une méthode qui permet à tout un chacun de créer une perspective juste d'un point de vue géométrique. Tout le monde peut donc inventer des architectures et des univers picturaux. Du jour au lendemain, les architectes peuvent concevoir 10 ou 20 édifices de leur vivant, alors que les bâtisseurs de l'art gothique consacraient souvent leur vie entière à un seul chantier.

Dans les petits États rivaux qui composent l'Italie, principalement Venise, Milan, Florence et Pise, les architectes réputés de la Renaissance gagnent très bien leur vie. Ils ne sont plus anonymes comme au Moyen Âge, mais sont acclamés et font partie de l'élite. Les aristocrates vénitiens s'offrent ainsi des palais au goût du jour. L'architecte italo-suisse Antonio Puntin a conçu et réalisé le Pont des Soupirs, l'un des sites les plus photographiés au monde aujourd'hui.

Le nouveau style architectural s'exporte bien. L'Hôtel de Ville de Zurich est ainsi un chef-d'œuvre inspiré de la Renaissance tardive. Dans les premières années du XVIIe siècle, Anton Isenmann, maître tailleur de pierre et bâtisseur, choisit lui aussi le style Renaissance pour réaliser le superbe Hôtel de Ville de Lucerne. Quant à la Forteresse du Munot, dans le nord de la Suisse, elle suit les recommandations d'un traité d'Albrecht Dürer sur les fortifications. Partout, on retrouve la même symétrie séduisante et un agencement bien réfléchi des colonnes, arcs et autres coupoles sur le modèle antique.

Architecture, jardin, sculptures, formes, tantôt artistiques, conçues pour le plaisir des yeux. Il s'agit désormais d'égayer le quotidien des hommes, non plus d'en faire l'offrande d'yeux. L'art médiéval est fondamentalement un art religieux. D'ailleurs, ces artistes sont souvent anonymes. Il n'est pas rare qu'il y ait certaines de leurs œuvres, mais on parle plus souvent du "maître de tel endroit", car beaucoup de noms sont tombés dans l'oubli.

À la Renaissance, on assiste à une prise d'autonomie. L'art se libère des thèmes exclusivement religieux. Il s'intéresse aussi à la vie quotidienne et il en propose des représentations beaucoup plus précises, par exemple grâce à la perspective centrale. Dans ce contexte qu'émergent des artistes hors du commun et très influents. Ils s'affirment, ils peuvent se mesurer aux puissants et dicter leurs conditions. La noblesse les courtise, comme dans le cas de Michel-Ange, un artiste qui imposera même certains de ses choix au Pape.

En 1347, la peste se déclare sur le continent européen. Elle emporte environ 45% de la population anglaise en sept mois seulement et fait des centaines de milliers de victimes au total. Après son passage, plus rien n'est comme avant. C'est une catastrophe sans précédent. [Musique] [Musique]

La peste bouleverse le monde et les hommes. Ce traumatisme trouve sa traduction dans la production artistique. Cela peut paraître cynique, mais la peste n'a pas que des effets négatifs sur la culture et les arts. La fortune des victimes atterrit entre les mains des survivants. Ceux qui en ont réchappé portent un autre regard sur l'existence. Certains en retirent un désir de profiter de la vie et de se faire plaisir. Par exemple, on s'entoure d'œuvres d'art. D'autres décident de régler leurs comptes avec Dieu et de solder leurs péchés, et de prier pour le salut de leur âme. Ceux-là peuvent aussi investir dans l'art, financer la décoration d'une chapelle ou la réalisation d'un retable, voire la construction d'une église entière, comme le fera Cosme de Médicis. En tout cas, la peste les bouleverse complètement le rapport des gens à la vie. Vivre au présent et profiter de l'existence, tel est le mot d'ordre de la Renaissance.

Au Moyen Âge, il n'était pas question de représenter des décors harmonieux et dénudés, ou des scènes de séduction ouvertement érotiques dans des décors paradisiaques. Le Jugement dernier de Michel-Ange compte plus de 400 personnages, dont beaucoup dans leur plus simple appareil. Une révolution !

À Florence, la peste a fait des ravages. Seul un cinquième de la population a survécu à la "mort noire". L'épidémie a également modifié la répartition des richesses. Deux grandes familles fortunées font leur apparition, parmi elles les Médicis. C'est la société féodale du Moyen Âge. Mépriser les marchands et les banquiers, ce sont eux désormais qui sont aux commandes. [Musique]

Nous sommes en 1425. Cosme de Médicis est le premier grand mécène de son temps. Banquier puissant, homme discret et fin stratège, il emploie des méthodes quasi mafieuses, vu d'aujourd'hui. C'est l'un des personnages les plus riches de son époque. Ses largesses vont permettre à l'architecture de s'épanouir à Florence et favoriser l'essor de la Renaissance italienne. [Musique]

Sa réussite n'aurait pas été possible sans une invention apparemment anodine qui vient révolutionner la pratique bancaire. C'est un simple instrument financier qui joue ce rôle de catalyseur : la comptabilité en double partie se généralise, c'est-à-dire que chaque écriture est portée simultanément au crédit et au débit de deux comptes différents. Les premiers comptes tenus intégralement selon ce principe dateraient de 1340. [Musique]

Il s'agit d'un grand livre retrouvé à Gênes qui détaille les recettes et les dépenses du gouvernement. Avantage : on peut suivre à tout moment les ressources disponibles et comparer l'évolution passée des comptes à la situation du moment. Conrad Kölbl, entrepreneur suisse, mécène et ancien banquier privé, sait toute l'importance que revêt cette méthode. Imaginez qu'un homme fortuné vienne vous voir avec une bourse bien garnie. Est-il si riche que ça ? Les écrits des têtes sous revue de ses liquidités. Oui, mais ma bourse pâle, mais si ça se trouve, problème : il a des dettes. Ses fonds propres sont négatifs, autrement dit, il est endetté. La comptabilité en partie double permet donc d'abord de mieux évaluer une situation économique. Ensuite, il y a les flux financiers. Ce mode de comptabilité est le seul qui permette de suivre en temps réel les opérations économiques, qui tient compte de l'élément temporel, c'est ce qui se passe à telle ou telle date.

Comme la comptabilité en partie double offre une bien meilleure visibilité sur l'économie, les Médicis sont des banquiers, des acteurs internationaux. Ils accordent des prêts et garantissent la fiabilité des lettres de crédit qu'ils signent. Elles peuvent ainsi être encaissées dans différents pays, à la façon des "travellers chèques" du XXe siècle. Cosme de Médicis gagne des sommes faramineuses qu'il réinvestit. Au cours de sa vie, il dépensera 600 000 florins, soit plus de 250 millions d'euros, en taxes, dons, construction et en œuvres d'art. [Musique]

De très nombreux artistes et architectes dépendent de ces générosités et embellissent en retour le quotidien des mécènes. Le Palais des Médicis à Florence est un écrin somptueux qui accueille les plus belles œuvres d'art de la Renaissance. Pourtant, Cosme avait demandé à son architecte de ne pas réaliser un monument trop fastueux, afin de ne pas susciter la jalousie des autres familles patriciennes. Les Médicis investissent également dans le salut de leur âme en finançant la reconstruction de la basilique San Lorenzo. Par son mécénat, Cosme soutient les artistes dans leur carrière, mais aussi dans leur notoriété, un phénomène nouveau. [Musique]

Star dans ce bouillonnement intellectuel, les artistes vedettes font leur apparition sur un marché très concurrentiel. On y trouve des humanistes, des penseurs en tous genres, des artistes et des artisans. Ils sont financés par des mécènes ou des protecteurs, souvent très généreux, qui espèrent bénéficier par ricochet de la célébrité de ces personnalités et accroître le prestige de leurs cours. On fait la part belle à l'imagination, qui est alors vue comme l'apanage des poètes, des sculpteurs et des architectes. C'est dans ce contexte de rivalités qu'émergent de grandes figures, des créateurs réputés de leur vivant et encore très connus aujourd'hui.

À l'époque, il n'y a pratiquement pas d'artistes pauvres ou de génies inconnus. Donatello est l'un des premiers grands artistes à se faire un nom à la Renaissance, mais il a près de 60 ans lorsqu'il présente à Cosme de Médicis son projet de David. Sa sculpture de bronze représentant le vainqueur de Goliath est peut-être son œuvre la plus importante. Elle ne manque pas d'audace, car le personnage est nu. Quelques générations plus tôt, on détruisait encore certaines statues antiques jugées obscènes.

Le David de Donatello est la première statue grandeur nature d'un homme nu depuis l'Antiquité. Le commanditaire et l'artiste n'ignorent certainement pas son caractère révolutionnaire. Contrairement à d'autres cultures, celle de la Renaissance n'a pas honte de représenter des corps nus ou pratiquement nus. C'était très important pour la médecine, car on ne peut pas étudier l'anatomie sans côtoyer la nudité. Et donc crucial dans l'émergence d'une nouvelle conception de l'homme, qui n'est plus simplement un être soumis à l'influence d'esprits ou de désastres, mais aussi une machine, un organisme qui fonctionne.

L'interprétation que donne le sculpteur de ce personnage biblique est particulière. Ce David n'est pas un fier à bras musculeux, mais un jeune homme à la beauté presque féminine, d'un réalisme fascinant. À l'école supérieure de sports de Cologne, un étudiant reproduit avec précision la pose de David. Comme lui, il déporte son poids sur sa jambe de support et libère l'autre. Cette expérience a lieu au laboratoire d'analyse du mouvement, qui met les œuvres et les artistes au banc d'essai. Des caméras enregistrent les mouvements qu'un logiciel traduit ensuite en données informatiques. [Musique]

Denis Stemmer, professeur de danse et de culture du mouvement, supervise le projet. Il veut savoir à quel point Donatello connaissait l'anatomie et l'appareil locomoteur humain. Il est quasi impossible d'avoir les muscles aussi relâchés quand on est debout comme ça. David se tient en contrapposto. Son poids repose entièrement sur une jambe, il s'appuie sur la structure de la hanche, sur l'articulation de la hanche et sur les ligaments. Ses omoplates sont saillantes. Il ne fait aucun effort dans cette posture. Son ventre tombe un peu vers l'avant. Bref, il est très détendu. Et comme il n'a pas les jambes très écartées, il pourrait se mouvoir dans n'importe quelle direction. Il s'appuie sur une jambe et pourrait très vite déporter son poids pour se mettre en marche.

Les sculpteurs grecs connaissaient déjà le principe du contrapposto. En chemin, les artistes de la Renaissance, et surtout Donatello, se le réapproprient et donnent vie à des personnages aux postures de plus en plus réalistes. [Musique]

Ainsi, les Esclaves de Michel-Ange associent une impression de naturel grâce au contrapposto et d'énergie du désespoir. Ils sont eux aussi le témoignage d'une connaissance très fine de l'anatomie humaine. Entre nous, Donatello a certainement étudié le mouvement pour parvenir à le représenter aussi bien. Il sculpte à la perfection certains détails auxquels nous n'avions même pas pensé en voulant reproduire sa démarche, par exemple la forme du muscle fessier qui semble complètement détendu, les plis dans lesquels se loge le muscle, ou les membres qui paraissent très mobiles justement parce que les muscles sont relâchés. On a eu beaucoup de mal à reproduire la position de l'articulation de la hanche droite, même en faisant appel à un étudiant en sport expérimenté, parce qu'elle présente une mobilité hors du commun. C'est une articulation extrêmement mobile, sculptée avec un degré de détail incroyable.

D'où viennent les connaissances de Donatello sur le corps humain ? Avec l'engouement de la Première Renaissance pour l'Antiquité, l'intérêt pour l'anatomie va croissant. Presque tous les peintres et sculpteurs se penchent sur le fonctionnement de l'homme-machine, au moins de façon théorique. Le trafic de cadavres connaît un essor. Il a beau être sévèrement réprimé, la curiosité est plus forte que la crainte des sanctions. Tout comme Albrecht Dürer, Michel-Ange ou Léonard de Vinci, quelques décennies plus tard, Donatello dissèque sans doute occasionnellement des cadavres. De son époque, les artistes connaissent bien la constitution humaine. Grâce à ce savoir, ils sont en mesure de peindre et de sculpter des représentations extrêmement vivantes. Donatello et ses semblables sont autant des savants artistes que des artistes savants.

L'étude effectuée à l'école supérieure de sports de Cologne indique que les connaissances de Donatello sur le système locomoteur étaient encore plus étendues qu'on le pensait. L'artiste immortalise son personnage dans une posture idéale. Selon l'état actuel de la recherche, on n'est pas tendu, il n'a pas besoin de se raidir pour être droit ou pour se grandir. Du point de vue de l'économie gestuelle, c'est remarquable. Donatello illustre à merveille les principes de l'économie gestuelle. Le personnage n'a pas besoin de mobiliser ses muscles, or être bien redressé. Il se trouve qu'une autre représentation sculptée du héros de l'Ancien Testament, également réalisée à Florence, va surpasser en popularité celle de Donatello : le David de Michel-Ange. Une statue haute de cinq mètres à la prestance imposante. Près d'un demi-siècle après la mort de Donatello, ce chef-d'œuvre est emblématique de l'image que l'homme a de lui-même à la Renaissance. [Musique] [Musique]

Le grand bouleversement à cette époque, c'est la prise de conscience des forces et des capacités humaines. On consacre une énergie extraordinaire à la réflexion, mais aussi à des réalisations concrètes, techniques et scientifiques. L'homme s'affirme considérablement.

Au Moyen Âge, le taux d'analphabétisme dépassait 90%. Les hommes d'église étaient pratiquement les seuls à savoir lire et écrire. Ils produisaient eux-mêmes les manuscrits qu'ils protégeaient comme des trésors. [Musique]

Un copiste réalisait 10 à 15 livres au cours de son existence. La masse de travail nécessaire rendait ses ouvrages extrêmement précieux. Un seul d'entre eux pouvait coûter l'équivalent d'une ferme. Un codex en parchemin d'une certaine taille, par exemple une Bible, nécessitait l'abattage d'un troupeau de moutons entier pour sa fabrication et revenait donc très cher.

Petit à petit, on peut acquérir des livres imprimés à un prix bien moindre. La lecture se démocratise. L'écrit devient plus accessible. Autrement dit, une part croissante de la population peut participer au débat et suivre les progrès de la science. C'est comme ça que l'Europe devient le continent de l'innovation, plus que toute autre région du monde. [Musique]

Les ecclésiastiques ne se contentaient pas de recopier des manuscrits, il les modifiaient, falsifiant ainsi les textes. Leur interprétation passait pour être la parole de Dieu, ce qui leur conférait un grand pouvoir. La Renaissance marque aussi la chute de ce monopole du savoir, apanage de l'Église. La population devient plus sensible à la vérité et à la qualité des sources, tout simplement parce que les textes sont plus accessibles. On commence à les étudier en appliquant les méthodes d'analyse classiques, et certains se sentent suffisamment confiants pour remettre en question certaines légendes entretenues par l'Église.

Mayence, 1450. Un certain Johannes Gutenberg a l'idée de rassembler en un seul système les méthodes déjà connues de reproduction et d'impression. Son invention est sans doute la plus importante du millénaire. Pourtant, on ne connaît même pas les traits de l'imprimeur. [Musique]

Au cœur de son procédé, le moule permettant de fondre rapidement et avec précision des caractères en plomb. [Musique] C'est l'invention de l'imprimerie moderne et la naissance de la communication de masse. Le principe n'a guère changé aujourd'hui. Il s'agit de démultiplier une opinion au fil des relais humains. La valeur accordée aux informations imprimées s'accroît à la Renaissance. Les idées que l'on peut lire noir sur blanc ont davantage de valeur.

Pour trop croire, l'invention de l'imprimerie marque un véritable tournant. Aucune autre n'a joué un rôle aussi important dans l'histoire mondiale au cours du millénaire. L'accès à la lecture progresse. Sans l'imprimerie, les innovations scientifiques, mais aussi la Réforme qui s'annonce, et beaucoup d'autres avancées n'auraient pas été possibles. Au cours des 60 années qui suivent, 400 éditions de la Bible en langue vernaculaire voient le jour. Le nombre de laïcs capables de lire et d'écrire ne cesse d'augmenter. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir un accès direct, sans médiation, au texte biblique et à la parole divine.

Mais l'homme de la Renaissance se sent proche de Dieu. Il se sent même devenir divin. Personne n'aurait osé dire une chose pareille au Moyen Âge, ça aurait passé pour un blasphème. Les gens invoquent la Bible pour rappeler qu'ils sont des créatures divines, que Dieu les a créés à son image, et qu'ils sont donc pratiquement des dieux miniatures. À la Renaissance, Dieu paraît plus proche de l'homme qu'au Moyen Âge.

Toutefois, ce ne sont pas les livres, mais plutôt les feuilles volantes, tracts et pamphlets divers qui font vivre les imprimeurs. Elles sont abordables et ne représentent que 2 ou 3 heures de travail. Tout un chacun peut ainsi diffuser ses idées, ses poèmes ou ses dessins. Trois grands thèmes dominent : les histoires insolites et sensationnelles, les enseignements religieux, et enfin la propagande politique et militaire. Les feuilles illustrées voient aussi apparaître les premières caricatures qui servent à interpeller, à prendre position ou à mettre en garde, un peu à la façon de nos réseaux sociaux. Elles répondent à un besoin fondamental : diffuser son opinion auprès du grand public. [Musique]

Son Renaissance, ces feuilles volantes sont indissociables de la Renaissance. Ce sont des textes qui sont imprimés et diffusés rapidement. Ils peuvent être mis sous presse un matin à Nuremberg et distribués à Zurich deux jours plus tard. L'information circule donc beaucoup plus vite et devient difficile à contrôler. L'Église, qui avait l'habitude de définir le bien ou le mal, ne peut plus censurer un pamphlet déjà en circulation. Pour comprendre l'essor extraordinaire de la pensée libre à la Renaissance, il faut s'intéresser à ces vecteurs, c'est-à-dire à l'histoire de l'imprimerie et des feuilles volantes.

Cette forme de communication de masse amplifie aussi le vedettariat des artistes. À l'origine du phénomène, on retrouve Giorgio Vasari, qui publie en 1550 un recueil biographique consacré aux meilleurs peintres, sculpteurs et architectes de son temps. Il dresse entre autres le portrait de Raphaël ou de Michel-Ange, mais il est particulièrement fasciné par Léonard de Vinci, un génie atypique à la créativité exceptionnelle, une vanité frisant le ridicule et qui assume son homosexualité. Giorgio Vasari est le premier à employer le terme de "Rinascita", Renaissance.

Les artistes qui figurent dans son recueil en retirent une aura particulière. Ils voient la star, figure phare de la société, se construire. L'image de l'artiste qu'il construit est complètement en porte-à-faux avec les réalités de l'époque. La plupart des artistes sont en réalité des artisans, c'est comme ça qu'on les voit et qu'ils se perçoivent. Mais Vasari dépeint des artistes qui sont des génies un peu fous et bizarres, en proie à des inspirations soudaines. C'est une représentation qui nous paraît très familière aujourd'hui. En somme, il invente la vision moderne de l'artiste.

Le peintre allemand Hans Holbein le Jeune est l'un des premiers à représenter sa propre famille. Sandro Botticelli et Albrecht Dürer vont plus loin avec leurs autoportraits. C'est l'expression d'une nouvelle conscience de soi. Une étape de plus est franchie avec Raphaël et Le Titien, qui apposent leur signature directement sur leurs tableaux. Tous ces grands artistes sont des célébrités de leur vivant, ce qui aurait été impensable un siècle plus tôt. Les géants tels que Léonard de Vinci et Michel-Ange sont célébrés, courtisés et rémunérés généreusement.

Au cours de la Renaissance, les artisans de Murano perfectionnent le miroir en verre, un progrès plus important qu'il n'y paraît. Comparé à ses prédécesseurs, celui-ci offre un reflet lumineux et beaucoup moins déformé. [Musique]

Au Moyen Âge, la plupart des hommes ne pouvaient voir de leur visage qu'une image un peu floue dans l'eau. Le miroir en verre apporte la netteté. C'est peut-être aussi pour cette raison que les contemporains de la Renaissance ont davantage conscience d'eux-mêmes que leurs prédécesseurs. Être confiant ou se montrer fier de ses réalisations n'est plus un péché. L'humilité n'est plus de mise. [Musique]

C'est un homme qui relève la tête et qui marche debout, parce que Dieu le lui permet. Un homme qui utilise sa raison, parce que Dieu lui en a fait don. Voilà que sont ces nouvelles valeurs. L'humilité ne disparaît pas complètement, mais elle passe à l'arrière-plan. On sait désormais que l'homme est capable d'accomplir de grandes choses, et que cela répond à la volonté de Dieu. [Musique]

Mais quel est le secret de ces titans de la Renaissance ? Leur créativité peut-elle se résumer à une formule magique ? En tout état de cause, leur rayonnement a perduré jusqu'à nos jours. [Musique]