📱

Get Our Mobile App

Take your business learning on the go!

Download on the App StoreGet it on Google Play

Comment rester centré dans un monde déshumanisé | Ne pas céder à la décadence

L'audace d'être soi15:20

Transcription

Comment garder son équilibre dans un monde qui perd la tête ? Ça, c'est le sujet que j'ai commencé à développer dans la première partie de cette mini-série, dans laquelle on a parlé de la difficulté à rester centré dans ce monde, sans besoin de sombrer dans le cynisme ou le défétisme. Et aujourd'hui, je vous propose de poursuivre cette réflexion.

Pour commencer, imaginez que vous êtes capitaine d'un navire. Durant votre traversée, il y a des passages où vous devez, euh, affronter la mer agitée. Vous devez être parfaitement conscient de cette agitation et surtout des risques potentiels, donc faire attention. Mais aussi, vous devez focaliser votre attention sur votre gouvernail pour diriger votre navire. Vous devez faire tout ça en même temps.

Les vagues représentent ici le chaos du monde, ses contradictions, ses excès. Et le navire, c'est votre intériorité, c'est vous, c'est vos émotions, c'est votre corps. Le gouvernail, c'est votre conscience profonde qui choisit et qui donne le cap, même dans les mers les plus agitées. Donc, si votre attention s'apporte uniquement sur les vagues, vous allez perdre votre direction. Et si vous regardez uniquement votre gouvernail, bah, vous allez oublier la mer agitée et donc vous finirez par chavirer.

Donc, pour garder son cap, on ne peut pas ignorer les vagues et on ne peut pas se focaliser uniquement sur son gouvernail. Il faut faire les deux. On a besoin d'apprendre à naviguer parmi les vagités, et c'est difficile. Je le sais, je ne suis pas en train de vous dire que c'est facile, parce que ça nécessite de rester présent au monde, mais sans lui remettre les clés de notre esprit.

Dans un monde qui perd la tête, on a d'abord besoin d'avoir un ancrage intérieur. Et je ne suis pas en train de vous parler d'une posture mystique ou bien d'une certaine discipline spirituelle, euh, à part, mais je vous parle plutôt d'un état d'esprit. Je vous parle d'une condition de survie psychique dans un monde qui a éliminé les rythmes naturels. Euh, il n'y a plus de silence aujourd'hui. Il n'y a plus de limite, en fait, dans ce monde. Tout est mélangé. On vit dans, dans ce monde saturé de bruit, d'opinion.

D'ailleurs, dans son ouvrage intitulé "La société de la fatigue", c'est un ouvrage que j'ai aussi cité dans la précédente vidéo, l'auteur, Byung-Chul Han, décrit la mutation de notre époque où l'individu est aujourd'hui beaucoup moins dominé par les injonctions extérieures, et il est, euh, beaucoup plus épuisé de l'intérieur. Ça vient de son intériorité, parce que, il est soumis à cette quête incessante de la performance. D'autres mots, on vit dans une société où l'individu se bat constamment contre lui-même.

L'idée de développer un ancrage intérieur, c'est surtout d'avoir une sorte de rempart invisible, refuser de se perdre dans l'action, dans le faire, réintroduire la mesure dans un monde qui nous pousse aux excès, réintroduire le silence dans un monde saturé de bruit, réintroduire du vide quand on s'est habitué à nous remplir constamment. En d'autres mots, c'est une forme de reconnexion à la lenteur.

Dans cet univers hyper connecté et surchargé, on est constamment soumis à une surcharge d'information et une pression constante à être visible, à être productif, performant. Notre attention est donc constamment fragmentée par le multitâche, les notifications, la succession d'émotions rapides. On a oublié l'importance de la lenteur, l'importance du silence, du temps. Et si on n'est pas attentif, si on n'a pas d'ancrage intérieur assez solide, on peut facilement se perdre dans l'anxiété de fond, notamment ce bruit de fond, cette peur de décrocher du rythme collectif, ou la peur de ne plus être dans le flux, ne plus être pertinent, ne plus être intelligible en société.

L'ancrage intérieur dont il est question ici, ce n'est pas un ensemble de rituels de surface qu'on coche pour se donner bonne conscience. C'est une façon de reprendre possession de notre temps, de notre attention, de la manière même d'exister au monde. Et ça, on ne peut pas y parvenir en appliquant quelques rituels de bien-être comme un pansement émotionnel. Ça ne marche pas. C'est plutôt un travail profond, parce que ça demande de l'humilité, ça demande du courage aussi, d'admettre qu'on s'est trompé quand il le faut, qu'on s'est même parfois menti à soi-même sans en avoir l'intention, mais on l'a fait quand même, qu'on a entretenu un narratif rassurant plutôt que de voir la réalité en face.

Et ce processus engendre forcément de la frustration. Et justement, on vit dans un monde qui nous pousse à fuir toute frustration, à éviter le frottement, à éviter toute aspérité. Il faut que tout soit fluide, rapide, instantané, sans aucune friction, aucune résistance. Il faut que ce soit parfaitement lisse. Mais le changement, ce n'est pas lisse, en fait. C'est l'inverse, notamment la capacité à tolérer, euh, euh, la friction, la lenteur, la frustration de ne pas savoir encore, de ne pas y arriver tout de suite, de ne pas tout maîtriser instantanément. Donc, cette période d'apprentissage, et de ne pas y arriver parfois, d'échouer, d'accepter en fait qu'on peut, qu'on peut échouer, qu'on peut se tromper. C'est une compétence qu'on n'a jamais vraiment apprise, ni à l'école, ni au travail, ni dans la culture du bien-être.

D'ailleurs, si ça vous intéresse, cette approche fait partie intégrante du travail que je propose dans mes stages. Apprendre à tolérer la frustration du changement, apprendre à poser les bases d'un ancrage mental solide pour créer cet espace. Pour ceux d'entre vous qui souhaitent en savoir plus, vous trouverez toutes les informations dans la barre de description.

Le manque d'ancrage intérieur, je le vois partout. On vit dans une société dispersée, incapable de contenir quoi que ce soit. Parfois, certains commentaires me laissent dans un état de contemplation sur le monde, parce que je me demande : qu'est-ce qui se passe dans la tête de cette personne pour dire ça ? Pour la petite anecdote, et juste à titre d'exemple, parmi des centaines, ce n'est pas l'unique en son genre, une personne a récemment commenté avec beaucoup d'hostilité, beaucoup de colère. Elle exprime son désaccord, et moi, je lis et je vois qu'en fait, ça n'a rien à voir avec le contenu de la vidéo. Et elle admet plus loin qu'en fait, elle n'a pas regardé la vidéo, mais elle se permet quand même de projeter sa vision complètement déformée, parce que, elle a été déclenchée par un titre. Elle ne peut même pas supporter l'idée de voir le titre.

Ça peut vous faire sourire, c'est une anecdote, mais moi personnellement, ça m'interroge, ça me fait sourire aussi. Mais je me dis : mais comment est-ce qu'on peut avoir un ancrage si le moindre mot nous dérange ? Si le moindre désaccord nous fait réagir de cette manière, de cette manière aussi violente ? Si on ne peut pas traverser un simple désaccord sans riposter, sans le besoin de riposter immédiatement ? La réactivité est devenue un réflexe pavlovien des gens qui s'opposent violemment à une idée qu'on n'a même pas pris la peine d'écouter, d'entendre. Le temps, la longueur, laisser infuser. Et forcément, quand tout devient impulsif, bah, il n'y a plus aucun ancrage intérieur, et c'est le signe d'un système nerveux saturé et conditionné à la réaction. On réagit au moindre signal.

Je me pose la question : peut-on encore réapprendre à exister en dehors de cette réactivité permanente ? Cette incapacité à contenir la réaction immédiate, parfois, ou même souvent, à des choses sans aucune importance. Ça, c'est devenu une norme sociale. Ça, c'est l'exact opposé de l'ancrage, parce que l'ancrage intérieur demande une latence. Ça demande une respiration entre le stimulus et la réponse. Et ça, il y a beaucoup de gens qui ne savent plus faire, ils ne peuvent plus se contenir. Mais comme nous vivons dans un monde qui a supprimé cette latence, où tout doit être instantané, comme une commande de sushi sur des livres, roues, bah, on réagit.

Si on veut réapprendre à construire une pensée lucide, on a d'abord besoin de réapprendre à intégrer une latence, un intervalle assez suffisant entre le stimulus et la réaction. Parce que la clarté ne peut pas émerger dans le bruit. Elle a besoin de silence. Ce n'est pas possible, ça ne marche pas. Tant qu'on est dans cette compulsion incessante de réaction à tout va, on est juste en train de refléter le chaos du monde.

Il ne s'agit ni de voir le mal partout, ni de sombrer dans le désespoir, et encore moins d'être dans le déni de la réalité. Mais plutôt d'être capable de voir le monde tel qu'il est, avec toutes ses nuances, avec sa complexité, sans se laisser contaminer. On peut ne pas être d'accord, mais on n'est pas obligé de réagir.

La pensée authentique et vivante, c'est déjà une façon de résister à la folie du monde. C'est déjà une façon de résister à la conformité, à la propagande, à la passivité morale, si vous voulez. D'ailleurs, dans son travail sur la banalité du mal, Hannah Arendt a montré que l'absence de, de la pensée, euh, le refus de réfléchir par soi-même, ça rend le mal possible. Le mal radical peut tout à fait naître de l'absence de réflexion.

Dans un monde qui nous pose constamment à la polarisation et l'extrémisme, nous avons besoin de réapprendre à penser. La pensée n'est ni un flux d'idées qui nous traverse l'esprit, ni ce bruit mental incessant. Et ce n'est pas non plus choisir son camp. Ce n'est pas du tout ça la pensée vivante. C'est plutôt rester vivant entre ses pôles et ses extrêmes. L'ancrage intérieur permet justement de créer un espace et de créer du silence, là où les racines d'une vraie pensée peuvent commencer à prendre naissance, là, on peut commencer à développer notre discernement.

En fait, le cynisme et la naïveté sont deux formes d'aveuglement, mais aussi de refus de pensée. Le cynisme refuse l'espérance et pour moi, c'est justement le contraire du vivant. La naïveté, c'est plutôt l'inverse. C'est une vision fantaisiste du monde qui refuse toute confrontation au réel. Le jugement lucide, en revanche, c'est un jugement qui admet la nuance et surtout qui est situé dans un contexte. Il admet des limites et le plus important, c'est qu'il est flexible et il nous permet de faire évoluer la réflexion, contrairement au positionnement rigide et surtout exprimé avec hostilité et aigreur.

Vous allez me dire : "Mais qu'est-ce qu'on est censé faire concrètement ?" Je vais vous répondre ceci : faites une pause, déjà, respirez, parce que la pensée n'est pas un fast-food. Je ne vais pas vous apprendre à penser dans une petite vidéo YouTube. Ce n'est pas un truc en plus à consommer. La pensée vivante et intelligente commence déjà par la discipline et l'attention.

Aujourd'hui, ben, on manque pas d'information. On n'a pas besoin de plus d'informations. Notre problème réside dans l'opposé. On est dans un excès. On souffre d'une, d'une surcharge et d'une indigestion d'information. On a plutôt besoin de cultiver une hygiène informationnelle, de filtrer le type de contenu qu'on consomme. C'est pour ça d'ailleurs qu'un, qu'un travail sérieux de recherche prend du temps. Lorsqu'on prépare un doctorat, par exemple, bah, ça prend des années, parce que c'est un processus de maturation intellectuelle qui nous oblige à vérifier les sources, à confronter des idées contradictoires, à trier, à faire preuve de transparence quant à notre posture épistémologique.

Et je sais, vous allez me dire : "Mais moi, dans la vie de tous les jours, j'ai, je ne suis pas en train de préparer un doctorat, je n'en ai pas besoin." Mais nous, en fait, vous vous trompez, parce qu'on a besoin justement de développer le même état d'esprit d'un chercheur en plein travail doctoral pour pouvoir trouver notre équilibre dans un monde qui perd la tête. On a besoin d'apprendre à relier les faits, à faire preuve de plus de maturité, à relier les causes, à comprendre les nuances, parce que sinon, on se fait avoir facilement, on se fait manipuler, on peut facilement devenir un pion sur les échecs, tout ce que vous voulez, dans votre famille, au travail, dans la société d'une manière générale. On peut se faire avoir. On peut se laisser à par le cynisme, par la négativité.

Notre attention est fragmentée, on est constamment sollicité. Donc oui, on a besoin, même dans la vie de tous les jours, parce que ça nous affecte, même dans les moindres petits aspects de notre vie, les aspects les plus banals. Et cette dimension a presque disparu de nos jours. Tout doit être réagi à chaud, résumé. On doit juger immédiatement à partir d'un short ou un reel, les les vidéos courtes de 59 secondes ou même une minute 30. Ben, en fait, un reel, c'est 250 mots maximum. Comment est-ce qu'on peut résumer une pensée en 250 mots ? Même l'abstract d'un article fait 500 mots.

Est-ce qu'on est capable de lire un chapitre d'ouvrage sans faire une pause pour scroller sur son téléphone, par exemple ? Je vous pose la question. Est-ce que vous êtes capable de lire un article non-stop ? Un article qui fait 1500 mots, par exemple, sans aller scroller sur votre téléphone ou chercher une micro-distraction ? Est-ce que vous êtes capable, si vous visionnez un reel, d'aller chercher la source de ce reel ? D'où il a été extrait ? Est-ce que vous êtes capable d'écouter un sujet jusqu'au bout, aller jusqu'au bout d'un raisonnement ? Parce qu'on a perdu cette capacité. Et je le vois très bien. Je publie du contenu depuis des années sur YouTube. Je vois les comportements des gens qui évoluent. Je vois que l'attention est en train de baisser significativement, même, et je trouve que c'est assez grave. Notre attention a significativement baissé, et c'est important d'en prendre conscience, et surtout de prendre conscience des conséquences possibles à long terme sur nous, mais aussi sur nos enfants.

Et on doit commencer par là, parce qu'on ne peut pas garder notre équilibre dans un monde désaxé sans commencer par nous, en fait, sans observer comment le monde agit sur nous. On ne peut pas changer le monde autour de nous. On ne peut pas changer le flux, la vitesse, les logiques. On ne peut pas agir directement sur les algorithmes, on ne peut pas agir directement sur cette décadence du monde. Mais on peut changer notre rapport à tout ça. On peut commencer par prendre du recul, réfléchir, changer la manière dont on choisit de se relier au monde.

Si on veut garder notre cap, on doit déjà apprendre à ralentir notre esprit, à reprendre possession de notre attention. C'est déjà une forme d'écologie mentale. Moins de bruit, plus de discernement. Moins de réaction, plus d'observation. Parce que sinon, c'est la mer qui dirige le navire. Et justement, pour reprendre cette métaphore, le capitaine ne peut pas maîtriser la tempête. Il ne peut pas ralentir les vagues, mais il peut tenir son gouvernail. Il peut choisir sa trajectoire, il peut maintenir le cap malgré la confusion. L'équilibre, c'est la compétence de naviguer justement avec conscience dans cette mer agitée sans perdre notre cap.

Et pour ça, il y a deux dérives à éviter. La première, c'est de se définir par la dénonciation. Et c'est une dérive assez fréquente, dans le sens où la lucidité devient une sorte d'identité morale. Le militantisme bruyant de l'ego, on finit par se construire contre quelque chose, et cette énergie finit par tourner à vide. La deuxième est de confondre clairvoyance et froideur. Être capable de voir les dysfonctionnements du monde ne nous empêche pas de faire preuve de compassion. Sans ouverture, la lucidité risque de devenir stérile. Être capable de voir le monde avec ses nuances de lumière et d'ombre n'a rien à voir avec le cynisme ou bien la coupure émotionnelle. C'est plutôt une clarté qui est tout à fait capable de vivre dans un cœur qui bat et incarné dans le vivant. Une intelligence qui est capable de nous permettre de voir sans nous fermer sur nous-même.

Le monde continuera d'être agité, imprévisible et contradictoire. Mais on peut choisir aujourd'hui de planter les premières graines. On peut choisir de ne pas nous laisser emporter. On peut choisir son cap et surtout, on peut apprendre aujourd'hui comment retrouver notre équilibre à chaque fois qu'on a tendance à le perdre. C'est ce que je propose d'ailleurs dans mes stages. Si vous êtes intéressé, vous pouvez trouver les informations dans la barre de description.

Enfin, je vous dis merci beaucoup pour votre écoute et à bientôt.