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Le Temple de Salomon - Du Mythe à la Réalité

Arcana les Mystères du Monde37:52

Transcription

Bonjour à tous et bienvenue pour cette nouvelle vidéo. Alors aujourd'hui, nous allons remonter le temps afin de nous intéresser à l'un des sanctuaires les plus mythiques de l'histoire. S'il est bien un lieu considéré comme sacré par les trois religions monothéistes, c'est bien le temple de Salomon. L'édifice aurait été édifié par le roi Salomon au 10e siècle avant Jésus-Christ et fut détruit 4 siècles plus tard par les Babyloniens. Mais malgré cela, le temple disparu s'est métamorphosé en symbole dans les cénacles ésotériques, à commencer par la franc-maçonnerie. Seulement voilà, le temple de Salomon a-t-il réellement existé sur le plan historique? Et bien, rien n'est moins sûr. Alors dans cette émission d'aujourd'hui, je vous propose de découvrir la légende biblique du Temple de Salomon, mais aussi l'histoire vraie du Temple de Jérusalem, ainsi que la symbolique ésotérique de ce temple mythique. [Musique]

D'après le récit biblique, le temple de Jérusalem fut édifié par le roi Salomon au 10e siècle avant notre ère. Le projet n'ayant pu être réalisé du temps du roi David, c'est son fils qui va édifier le sanctuaire du dieu des Hébreux. Voici tout d'abord l'extrait biblique qui concerne le projet: Salomon fit dire à Hiram: «Tu sais que David, mon père, n'a pas pu bâtir une maison à l'Éternel, son Dieu, à cause des guerres dont ses ennemis l'ont enveloppé jusqu'à ce que l'Éternel les ait mis sous la plante de ses pieds. Maintenant, l'Éternel, mon Dieu, m'a donné du repos de toutes parts, plus d'adversaires, plus de calamité. Voici, j'ai l'intention de bâtir une maison au nom de l'Éternel, mon Dieu, comme l'Éternel l'a déclaré à David, mon père, en disant: Ton fils que je mettrai à ta place sur ton trône, ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom.» Notons que dans ce récit, la création du temple émane de la volonté divine; ce n'est pas un simple caprice des hommes. Il est d'ailleurs stipulé dans le récit biblique, toujours, que le temple sera la maison de l'Éternel. Il faut comprendre par là que c'est le lieu où se produit la théophanie, ou encore la manifestation du divin, si vous préférez.

Pour accomplir sa tâche, Salomon sollicite l'aide du roi phénicien Hiram de Tyr, qui lui fournit des ouvriers qualifiés et le bois de cèdre nécessaire pour la construction du bâtiment, qui va s'étaler sur sept années. Toujours d'après le récit biblique, voici d'ailleurs un autre extrait afin de comprendre cette phase de la construction: «Lorsqu'il entendit les paroles de Salomon, Hiram eut une grande joie, et il dit: Béni soit aujourd'hui l'Éternel, qui a donné à David un fils sage pour chef de ce grand peuple! Hiram fit répondre à Salomon: J'ai entendu ce que tu m'as envoyé dire; je ferai tout ce qui te plaira au sujet des bois de cèdre et des bois de cyprès. Mes serviteurs les descendront du Liban à la mer, et je les expédierai par mer en radeau jusqu'au lieu que tu m'indiqueras; là je les ferai délier, et tu les prendras. Ce que je désire en retour, c'est que tu fournisses tes vivres à ma maison.»

Le plan de l'édifice, ou le projet architectural, fut préalablement donné par la divinité à David, qu'il avait transmis à son fils Salomon. Il y a donc ici une idée de plan divin avec cet édifice; ce n'est pas un simple bâtiment quelconque. Il doit forcément émaner d'une composition symbolique en rapport avec les lois divines et les rites religieux qui doivent y être célébrés. Voici l'extrait en question: «David donna à Salomon, son fils, le modèle du portique et des bâtiments, des chambres du trésor, des chambres hautes, des chambres intérieures et de la chambre du propitiatoire; il lui donna le plan de tout ce qu'il avait dans l'esprit touchant les parvis de la maison de l'Éternel et toutes les chambres à l'entour, pour les trésors de la maison de Dieu et les trésors du sanctuaire, et touchant les places des sacrificateurs et des Lévites, tout ce qui concernait le service de la maison de l'Éternel, et tous les ustensiles pour le service de la maison de l'Éternel.»

À ce stade, une symbolique importante mérite d'être notée. Dans la tradition biblique, David est le roi guerrier par excellence, qui établit le royaume mythique d'Israël dans ses frontières; mais à contrario, Salomon est le roi de la paix, celui qui doit assurer la prospérité et l'avenir du royaume. De ce fait, c'est à Salomon que revient la tâche d'édification du temple, qui devient un symbole d'unité entre le peuple d'Israël et la divinité: un seul temple, un seul Dieu, un seul peuple. Ainsi, toujours d'après le récit légendaire, le temple fut bâti sur le mont Moria, qui correspond à l'actuelle Mont du Temple à Jérusalem. Ce lieu éminemment symbolique dans le récit biblique correspond à l'endroit où Isaac faillit être sacrifié par son père Abraham; c'est un lieu qui marque l'obéissance et la soumission suprême à la divinité. Notons à ce stade que l'architecture sur les hauteurs est un classique de la religion antique, en réalité les cieux étant associés à la demeure de la ou les divinités, et les montagnes font office de lieux de contact ou de communication. Cette approche symbolique n'est pas réservée aux seuls Hébreux; on la retrouve dans la plupart des cultes antiques, mais également ultérieurs, la montagne étant une sorte d'axis mundi naturel, un escalier céleste qui permet de connecter le monde des hommes et le monde des dieux.

Pour le moment, revenons au récit biblique. La construction du temple va durer pendant 7 années, sans qu'aucune pierre ne soit taillée à l'intérieur de l'édifice. On notera l'importance du symbolisme dans les dimensions et le décorum du monument. Pour cela, voici un long passage biblique concernant la construction du temple et la démesure du projet: «La maison que le roi Salomon bâtit à l'Éternel avait 60 coudées de longueur, 20 de largeur et 30 de hauteur. Le portique devant le temple de la maison avait 20 coudées de longueur, répondant à la largeur de la maison, et 10 coudées de profondeur sur la face de la maison. Le roi fit à la maison des fenêtres solidement grillées. Il bâtit contre le mur de la maison des étages circulaires qui entouraient les murs de la maison, le temple et le sanctuaire, et il fit des chambres latérales tout autour. L'étage inférieur était large de cinq coudées, celui du milieu de six coudées, et le troisième de sept coudées; car il ménagea des retraites à la maison tout autour en dehors, afin que la charpente n'entrât pas dans les murs de la maison. Lorsqu'on bâtit la maison, on se servit de pierres tout taillées, et ni matériaux, ni hache, ni aucun instrument de fer ne furent entendus dans la maison pendant qu'on la construisait. L'entrée des chambres de l'étage inférieur était au côté droit de la maison. On montait à l'étage du milieu par un escalier tournant, et de l'étage du milieu au troisième. Après avoir achevé de bâtir la maison, Salomon la couvrit de planches et de poutres de cèdre. Il donna cinq coudées de hauteur à chacun des étages qui entouraient toute la maison, et il les lia à la maison par des bois de cèdre. L'Éternel adressa la parole à Salomon, et lui dit: Tu bâtis cette maison; si tu marches selon mes lois, si tu pratiques mes ordonnances, si tu observes et suis tous mes commandements, j'accomplirai à ton égard la promesse que j'ai faite à David, ton père; j'habiterai au milieu des enfants d'Israël, et je n'abandonnerai point mon peuple d'Israël.»

Après avoir achevé de bâtir la maison, Salomon en revêtit intérieurement les murs de planches de cèdre depuis le sol jusqu'au plafond. Il revêtit ainsi de bois l'intérieur. Il couvrit le sol de la maison de planches de cyprès. Il revêtit de planches de cèdre les vingt coudées du fond de la maison, depuis le sol jusqu'au haut des murs. Il réserva cet espace pour faire le sanctuaire, le lieu très saint. Les quarante coudées sur le devant formaient la maison, c'est-à-dire le temple. Le bois de cèdre à l'intérieur de la maison offrait des sculptures de coloquinte et de fleurs épanouies; tout était de cèdre, et on ne voyait aucune pierre. Salomon établit le sanctuaire intérieurement au milieu de la maison, pour y placer l'arche de l'alliance de l'Éternel. Le sanctuaire avait vingt coudées de longueur, vingt coudées de largeur et vingt coudées de hauteur. Salomon le couvrit d'or pur. Il fit devant le sanctuaire un hôtel de bois de cèdre, et le couvrit d'or. Il couvrit d'or pur l'intérieur de la maison, et il fit passer le voile dans des chaînettes d'or devant le sanctuaire, qu'il couvrit d'or. Il couvrit d'or toute la maison, la maison toute entière. Il couvrit d'or tout l'hôtel qui était devant le sanctuaire. Il fit dans le sanctuaire deux chérubins de bois d'olivier sauvage, ayant dix coudées de hauteur chacun. Les deux ailes de l'un des chérubins avaient cinq coudées, ce qui faisait dix coudées de l'extrémité d'une des ailes à l'extrémité de l'autre. Le second chérubin avait aussi dix coudées la mesure et la forme étaient les mêmes pour les deux chérubins. La hauteur de chacun des deux chérubins était de dix coudées. Salomon plaça les chérubins au milieu de la maison, dans l'intérieur; leurs ailes étaient déployées: l'aile du premier touchait à l'un des murs, et l'aile du second touchait à l'autre mur, et leurs autres ailes se rencontraient par l'extrémité au milieu de la maison. Salomon couvrit d'or les chérubins. Il fit sculpter sur tout le pourtour des murs de la maison, à l'intérieur et à l'extérieur, des chérubins, des palmes et des fleurs épanouies. Il couvrit d'or le sol de la maison, à l'intérieur et à l'extérieur. Il fit à l'entrée du sanctuaire une porte à deux battants de bois d'olivier sauvage, l'encadrement avec les poteaux, qui allait jusqu'à un cinquième du mur. Les battants étaient de bois d'olivier sauvage; il y fit sculpter des chérubins, des palmes et des fleurs épanouies, et il les couvrit d'or. Il étendit aussi l'or sur les chérubins et sur les palmes. Il fit de même pour la porte du temple: les poteaux de bois d'olivier sauvage ayant le quart de la dimension du mur, et deux battants de bois de cyprès. Chacun des battants était formé de deux planches brisées. Il fit sculpter des chérubins, des palmes et des fleurs épanouies, et il les couvrit d'or, qu'il étendit sur la sculpture. Il bâtit le parvis intérieur de trois rangées de pierres de taille et d'une rangée de poutres de cèdre. La quatorzième année, au mois de Ziv, les fondements de la maison de l'Éternel furent posés. La onzième année, au mois de Boul, qui est le huitième mois, la maison fut achevée dans toutes ses parties, et telle qu'elle devait être: Salomon la construisit dans l'espace de sept années.

Voici la fin de ce long récit sur l'édification du temple. Ce dernier devient le cœur ou l'épicentre de la religion des Hébreux, le seul et unique sanctuaire pour le Dieu unique. Le texte biblique nous fait le portrait d'un lieu majestueux, aux dimensions impressionnantes et répondant à des codes géométriques précis, voire même symboliques. Si l'édifice est le lieu central du culte, là où se manifeste la théophanie, c'est également en son sein que sont conservées les reliques les plus importantes de la religion des Hébreux, à commencer par l'Arche d'Alliance qui contient les tables de la Loi de Moïse, ou encore la Menorah, le chandelier à sept branches, ainsi que nombre d'autres trésors.

Par la suite, un autre événement du récit mythique doit attirer notre intérêt: c'est le pillage du Temple de Salomon lors du règne de son successeur Roboam. Et je vous cite un extrait du texte: «La cinquième année du règne de Roboam, Shishak, roi d'Égypte, monta contre Jérusalem; il prit les trésors de la maison de l'Éternel et les trésors de la maison du roi; il prit tout, il prit tous les boucliers d'or que Salomon avait faits.» Ici, on nous présente l'invasion du pharaon Shishak sur le royaume hébreux, ainsi que le pillage du temple par ce même pharaon. C'est ici que certains hypothèsent le déplacement de l'Arche d'Alliance en Égypte, ce qui fera d'ailleurs l'objet du film Indiana Jones à la recherche de l'arche perdue. Mais au-delà du récit mythique, ce qui nous intéresse c'est la contextualisation historique que nous offre cette histoire. Nous allons y revenir dans la partie suivante.

Dans la suite du récit biblique, le temple continue à prospérer pendant quelques siècles jusqu'à sa destruction par les armées de Nabuchodonosor II en 586 avant Jésus-Christ. Cet événement est présenté comme un fléau divin envoyé sur le peuple hébreu en raison de leur perte de foi. Ces derniers se sont détournés de l'enseignement de Moïse, et Yahvé envoie les Babyloniens sous forme d'un châtiment divin. C'est ici que se termine l'histoire des Hébreux avec leur déportation dans la cité de Babylone, mais c'est aussi ici que commence l'histoire des Juifs, lorsqu'ils retourneront dans la ville de Jérusalem pour y bâtir le second temple sur les ruines du précédent. Toute cette histoire est de l'ordre de la légende, bien entendu, et si certains événements historiques se retrouveront de façon romancée, une bonne part forme le mythe fondateur du Temple de Salomon. Alors maintenant, quittons le récit biblique et la mythologie pour étudier cette affaire sur le plan de l'histoire et de l'archéologie. [Musique]

Sur un aspect plus historique, il n'existe aucun élément archéologique qui permette de valider l'existence réelle du Temple de Salomon, et encore moins aux dates bibliques supposées, soit au 10e siècle avant Jésus-Christ. En premier lieu, aucun élément ne permet de penser que la monarchie unifiée d'Israël des règnes de David et Salomon a réellement existé. Même dans le cas où ceci fut réel, Israël ne représentait pas dans tous les cas une grande puissance, contrairement à ce qu'affirme le récit biblique. C'était au mieux un petit État sans réelle influence géopolitique de ce temps. Il semble donc peu probable qu'un édifice aussi majestueux ait existé à Jérusalem au 10e siècle avant notre ère. Vous pourriez me dire que la fameuse expédition du pharaon Shishak lors du règne de Roboam a pourtant bel et bien existé. Et bien c'est vrai, mais en réalité le pharaon porte le nom de Chechonq Ier et a régné sur l'Égypte entre 945 et 924 avant Jésus-Christ. Sur le plan des dates, cela est cohérent. Alors si l'expédition militaire du pharaon a bel et bien eu lieu, notons qu'à aucun moment il ne mentionne la ville de Jérusalem, ni même les hypothétiques trésors qu'il y aurait pillés. Pourtant, le pharaon n'est pas avare et ne manque pas de faire inscrire la liste de ses nombreux exploits, des villes conquises, etc., au Proche-Orient. Alors pourquoi ne cite-t-il pas la cité de Jérusalem? Et bien, en fait, la raison est relativement simple: les éléments archéologiques nous montrent que dans ce créneau de date, Jérusalem était plus proche du village que de la ville, n'avait donc aucune importance stratégique ni même économique pour le pharaon d'Égypte à cette période. Il ne s'agissait pas d'un centre important et ne pouvait de fait pas avoir des trésors aussi considérables, du moins pas ceux qu'on lui prête dans la Bible. De plus, le lieu semble avoir été occupé par un petit nombre d'habitants, proche des 3000 personnes, sensiblement toujours au 10e siècle avant notre ère. Ce ne sera qu'au 8e siècle avant notre ère que Jérusalem va commencer à prendre de l'importance dans la région. Alors de fait, si un temple d'importance fut édifié sur ce site, ce n'est probablement pas avant cette période.

Alors pour appuyer mon propos, je me base principalement sur les travaux de l'archéologue Israël Finkelstein. Il est probable que le premier Temple de Jérusalem fut édifié sous les règnes des rois Ézéchias ou éventuellement Josias, soit au 7e siècle avant Jésus-Christ. On pourrait rétorquer que le texte biblique est plus ancien, puisqu'il est censé dater de la période de Moïse et de ses successeurs directs: Josué, Samuel, etc. Mais la réponse est tout aussi simple: en premier lieu, l'existence de Moïse n'est pas prouvée sur le plan historique, pas plus que celle de Josias ou de Samuel et des premiers rois, et l'étude de la Bible présente plusieurs incohérences chronologiques mettant en doute sa date de composition, qui est de fait tout aussi légendaire. Alors cette fois-ci, en m'appuyant sur les travaux du professeur Thomas Römer, il me semble plus crédible que les textes bibliques ne furent pas composés avant le 7e siècle, soit la période de règne des rois Josias et Ézéchias, et donc de façon concomitante avec l'édification réelle du Temple de Jérusalem. Il est probable que les érudits de cette époque aient composé la Torah ainsi que les récits de David et de Salomon pour légitimer les désirs de conquête du roi Josias, en se référant à un passé mythique.

Pour le comprendre, il nous faut faire un petit point historique sur cette époque. Ce moment de l'histoire des Hébreux est particulièrement important. Au 8e siècle avant notre ère, il existait deux royaumes hébreux: celui de Samarie, ou le royaume du Nord, et celui de Juda, ou le royaume du Sud, où se situe Jérusalem. Si le royaume du Nord a rayonné, et ce depuis le 9e siècle avant J.-C., le petit royaume du Sud n'a pas vraiment fait parler de lui. Mais en 722 avant Jésus-Christ, le royaume du Nord est conquis par les armées assyriennes, et une bonne part de la population va migrer vers le petit royaume du Sud. Alors ce petit État enclavé va alors rapidement se développer, et c'est probablement ici que le temple de Jérusalem sera édifié. Il me semble important de noter que préalablement les Hébreux du royaume du Nord, ou de Samarie, possédaient déjà un sanctuaire d'importance dans la ville de Béthel, et pendant longtemps le royaume de Juda a vécu dans l'ombre du royaume du Nord, et le lieu le plus saint des Hébreux était naturellement celui de Béthel, et absolument pas Jérusalem. Mais avec la chute du royaume de Samarie et le développement du royaume de Juda au sud, le sanctuaire de Jérusalem va progressivement supplanter celui de Béthel. Alors lors du règne du roi Josias, soit entre 640 et 609 avant Jésus-Christ, ce dernier va souhaiter conquérir les anciennes terres de Samarie, ou le royaume du Nord. Pour cela, il s'appuie sur le mythe de la monarchie unifiée de David et de Salomon et sur l'ancien temple mythique qui aurait déjà été présent à Jérusalem afin de renforcer son pouvoir. On peut même supposer que ce soit en réalité le temple de Béthel qui ait servi de modèle pour le temple mythique de Salomon; les dates, du moins, seraient déjà beaucoup plus cohérentes.

Pour revenir à Jérusalem, quelle que soit la datation exacte du monument et son édificateur, le temple de Jérusalem sera bel et bien détruit par les armées babyloniennes de Nabuchodonosor II en 586 avant Jésus-Christ. Sur ce point, le récit biblique est fidèle à la réalité historique. Et comme vous l'aurez compris, c'est d'ailleurs toute la difficulté de ce texte, car il mélange les éléments historiques avec des récits légendaires. Alors dans la suite des événements, les Hébreux du royaume de Juda, le royaume du Sud, seront envoyés en captivité à Babylone, et ce n'est qu'une cinquantaine d'années plus tard qu'ils pourront retrouver leur terre ancestrale. Cela coïncide avec la chute de l'Empire babylonien et la naissance de l'Empire perse de Cyrus le Grand. Mais à ce stade, l'ancien royaume de Juda est devenu une province de l'Empire perse achéménide; ce n'est plus un État indépendant. C'est la naissance de la province de Judée, et ses habitants, les Juifs, sont les descendants des Hébreux du royaume de Juda de retour d'exil. L'architecte Zorobabel va entreprendre l'édification d'un nouveau temple sur les ruines du précédent, et ce lieu va devenir le cœur de la religion juive pour plusieurs siècles, malgré les occupations perses, grecques, romaines qui se succéderont au cours du temps.

Il me semble important à ce stade de vous rappeler qu'une bonne part des écrits bibliques seront également composés lors de cette période, à commencer par le livre de la Genèse, qui certes est le premier dans le texte, mais n'a pas été écrit en premier, car il reprend une bonne part des mythes mésopotamiens qui ont été collectés lors de la période de l'exil à Babylone. Au niveau du temple de Zorobabel, appelé couramment le second Temple, contrairement au temple de Salomon qui est probablement mythique, ou du moins édifié seulement au 7e siècle avant J.-C., celui de Zorobabel est bel et bien réel, mais il n'a rien de commun avec les descriptions bibliques du temple mythique. Il possède tout d'abord une architecture qui est en tout point cohérente avec les styles du Proche-Orient de la même époque. Quelques temps plus tard, au 1er siècle avant notre ère, suite aux guerres et aux tumultes de la région, le temple avait souffert des affres du temps, et c'est Hérode le Grand qui va entreprendre un grand chantier de restauration. Le temple de Jérusalem prendra alors le nom d'usage de temple d'Hérode, mais ce monument sera lui aussi détruit en l'an 70 de notre ère par les légions romaines de l'empereur Titus. Depuis lors, la littérature judaïque prophétise la création d'un troisième Temple lorsque le peuple juif aura retrouvé sa terre natale, ce qui est aujourd'hui partiellement le cas avec la création du pays d'Israël en l'année 1947. Néanmoins, le temple ne fut pas rebâti, en partie dû à la présence d'autres monuments religieux sur le mont du Temple, soit l'emplacement du temple d'Hérode et préalablement du temple de Zorobabel. Lorsque les musulmans ont conquis le Proche-Orient au 7e siècle de notre ère, face aux chrétiens byzantins, ils ont édifié plusieurs mosquées sur le Mont du Temple, lieu supposé du Temple de Salomon, mais bien réel du temple de Zorobabel, notamment la mosquée Al-Aqsa et le dôme du Rocher, vers, entre environ l'an 685 de notre ère. Plus tard, lors des croisades, ce sont les chrétiens qui s'emparent de Jérusalem en 1099 et prennent possession du Mont du Temple. Alors le dôme du Rocher sera alors provisoirement transformé en église, le Templum Domini, et la mosquée Al-Aqsa deviendra le siège de l'Ordre du Temple, d'où leur nom de Templiers. Le mont du Temple va repasser dans les mains des musulmans en 1187, puis finalement revenir aux Juifs après la guerre des Six Jours en 1967. En réalité, le mont du Temple est sur le territoire palestinien, mais l'État d'Israël possède un contrôle tacite sur le secteur. Bien que la chronologie historique soit plus complexe, elle nous montre l'importance symbolique attachée par les trois religions du livre au mont du Temple et à l'hypothétique temple de Salomon. De nos jours, le Mur des Lamentations est considéré comme un vestige du second Temple, celui de Zorobabel, et représente le lieu le plus saint du judaïsme. Dans les faits, le Mur des Lamentations ou Mur occidental est en réalité un vestige de l'estrade du Temple d'Hérode, mais à aucun moment il ne fait partie du Temple de Salomon, qui pour sa part se cache dans le royaume des mythes.

Alors je pense que vous commencez à comprendre la problématique: comment un temple qui n'a aucune validité historique a pu inspirer autant de mythes et stimuler l'imaginaire de plusieurs sociétés initiatiques? Comment un bâtiment imaginaire a pu devenir le symbole de la perfection architecturale? Et bien, c'est ce que nous allons tenter de voir dans la suite de cette vidéo. Au cœur de la période médiévale, l'Église et les rois se réfèrent toujours aux rois mythiques David et Salomon, ainsi qu'au fameux temple. Tel le concept du mythe de l'éternel retour cher à Mircea Eliade, le temple et la monarchie unifiée d'Israël représentent une sorte d'âge d'or aux yeux des croyants, aussi bien juifs que chrétiens. Ainsi, pour les juifs, ils attendent le retour du Messie et la reconstruction du Temple pour la troisième fois. De leur côté, les chrétiens prennent le modèle symbolique du Temple de Salomon pour édifier leurs cathédrales. Bien sûr, le style architectural est totalement différent, mais au vu des représentations artistiques du Temple de Salomon à l'époque médiévale, on peut clairement voir l'inspiration symbolique. La différence principale vient du fait que le temple de Salomon était censé être un lieu unique pour le culte de Yahvé, alors que les églises et cathédrales chrétiennes sont autant de maisons de la divinité disséminées sur tout le territoire. En réalité, l'unicité du Temple dans la culture hébraïque s'explique par la taille réduite du territoire, ce qui le rendait accessible pour chaque individu, ce qui n'est évidemment pas le cas du christianisme, qui nécessite de nombreux sanctuaires à travers tout le monde chrétien.

Pour illustrer mon propos et la portée symbolique du Temple de Salomon dans le cadre du christianisme, je vous cite un extrait issu d'un manuscrit appartenant à une confrérie de bâtisseurs, composé en 1410: «L'art y fut exercé et les instructions observées, ainsi que le prouve la construction du temple de Salomon que commença le roi David. Le roi David aimait bien les maçons et leur donna des instructions fort proches de ce qu'elles sont aujourd'hui. La construction du temple au temps de Salomon, comme il est dit dans la Bible, au premier livre des Rois, chapitre 5: Salomon avait 80 000 maçons sur son chantier, et le fils du roi de Tyr était son maître maçon. Il est dit chez d'autres chroniqueurs et en de vieux livres de maçonnerie que Salomon confirma les instructions que David, son père, avait donné aux maçons, et Salomon lui-même leur enseigna leur coutume, peu différente de celle en usage aujourd'hui. Et dès lors, cette noble science fut portée en France et en bien d'autres régions. Il y eut autrefois un noble roi de France qui s'appelait Carolus Magnus, c'est-à-dire Charles Ier, et ce Charles fut choisi roi de France par la grâce de Dieu et aussi de sa naissance. Certains disent qu'il fut choisi par suite des événements, ce qui est faux, puisque selon la chronique il était du sang des rois. Ce même roi Charles fut maçon avant d'être roi. Après être devenu roi, il accorda affection et protection aux maçons, et leur donna des instructions et coutumes de son invention qui sont encore en usage en France. Il leur ordonna, aux maîtres et compagnons, de tenir une assemblée une fois par an, d'y venir discuter et prendre des mesures concernant tout ce qui n'y irait pas.» Cet extrait que je viens de vous citer est issu du manuscrit Cooke, un document qui sera par la suite utilisé dans le cadre de la franc-maçonnerie. Ce document nous présente le temple de Salomon comme l'œuvre la plus parfaite, et que chaque chantier de cathédrale doit aspirer à la même perfection. Pour cela, la science de la maçonnerie fut transmise de génération en génération via une chaîne de transmission ininterrompue, bien que mythique, vous l'aurez tout à fait compris.

Alors maintenant, voyons plus en détail la légende du Temple de Salomon et surtout sa symbolique au sein de la franc-maçonnerie. Dans le cadre de la franc-maçonnerie, la légende du Temple de Salomon est omniprésente. On trouve tout d'abord plusieurs occurrences dans les rituels, notamment les Instructions Mor qui sont lues aux apprentis du Régime écossais rectifié. Voici un extrait: «Les trois coups sur le cœur vous désignent l'union presque inconcevable qui est en vous de l'esprit, de l'âme et du corps, qui est le grand mystère de l'homme et du maçon, figuré par le temple de Salomon. Le tapis que vous voyez devant vous représente le temple fameux qui fut élevé à Jérusalem par le grand roi Salomon à la gloire du Grand Architecte de l'Univers. Il est le type fondamental de la franc-maçonnerie et l'objet continuel des profondes méditations des maçons. Vous ne sauriez donc trop vous attacher à étudier le sens de tous les symboles qu'il vous offre.» Dans les instructions maçonniques de ce rite, le temple de Salomon est placé en analogie avec l'homme. Ce dernier doit se construire et se perfectionner grâce à tous les outils que lui propose la maçonnerie. L'homme serait lui-même un temple en construction, au sens microcosme, composé d'une double nature spirituelle et matérielle, et inversement le temple de Salomon représente le macrocosme et le modèle de perfection à atteindre. Alors bien sûr, le temple des récits bibliques n'a probablement jamais existé sur un plan historique, mais ce dernier devient un symbole et même un archétype pour les francs-maçons.

Voici un second extrait, toujours dans les instructions du grade d'apprenti au Régime rectifié: «Que représente la loge? Le temple de Salomon, mystiquement, par les francs-maçons. Pourquoi le temple de Salomon sert-il d'emblème aux francs-maçons? Pour leur rappeler qu'ils doivent bâtir dans leur cœur un temple à la vertu et tâcher de le rendre aussi parfait que celui qui fut achevé par Salomon à la gloire du Grand Architecte de l'Univers.» Si les francs-maçons travaillent à réédifier le temple, c'est en premier lieu que ce dernier est détruit. Mais ici, les francs-maçons ne nous parlent pas du temple au sens physique, mais de l'édifice au sens mystique. Si l'on reprend l'analogie entre l'homme et le temple, cela voudrait dire que c'est l'homme qui est brisé en réalité, et sur ce plan, ce récit devient une allégorie de la chute de l'homme après l'épisode du jardin d'Éden. Alors, toujours avec une double lecture: sur le plan, tout d'abord, du microcosme, l'homme aurait perdu le lien avec le divin ou sa nature spirituelle et se trouverait ainsi piégé dans la matière. Le travail du franc-maçon consisterait de fait à reconstruire ce lien d'union, mais à l'échelle individuelle. Le temple de Salomon étant le lieu de la théophanie pour les Hébreux, si l'homme est un temple, cela illustre l'union du corps et de l'esprit, et donc de la nature divine. Mais en deuxième lecture, sur le plan du macrocosme, les frères d'une loge forment l'égrégore qui réédifie le temple lors de chaque tenue, chaque individu devenant l'une des pierres de l'édifice, et le temple de Salomon y devient alors l'humanité dans sa forme la plus parfaite. Mais la question qui se pose, c'est pourquoi les francs-maçons prennent le temple de Salomon spécifiquement en référence. Après tout, le grand temple des Hébreux n'est pas le seul à représenter la fonction théophanique d'union des hommes avec le divin. Pour prendre quelques exemples, le Parthénon d'Athènes ou le temple de la Magna Mater à Rome, et bien d'autres sanctuaires de l'antiquité illustrent les mêmes concepts. De plus, ils ont réellement existé. Mais la raison, en fait, est relativement simple: les précurseurs de la franc-maçonnerie aux 17e et 18e siècles étaient tous de tradition chrétienne, catholique ou protestante. Ils ont utilisé l'édifice le plus admirable de leur religion, qu'il soit réel ou mythique. Ensuite, l'élément suivant est l'aspect du rite: les francs-maçons se réunissent dans une loge, mais pas dans le temple, puisque celui-ci est techniquement ou symboliquement détruit et qu'il doit justement être reconstruit. C'est donc à chaque cérémonie que les francs-maçons entrent dans la loge et réédifient ou reconstruisent le temple via une cérémonie théophanique ou un égrégore. Encore une fois, nous sommes clairement ici face au mythe de l'éternel retour tel que défini par Mircea Eliade. Dans toutes les traditions rituelles de l'humanité, les cérémonies ont toujours pour but de revenir mystiquement au temps parfait des origines via un jeu sacrificiel. C'est l'Eucharistie chrétienne qui rejoue le dernier repas du Christ, c'est la fête des Panathénées qui rejoue la recherche de Perséphone par Déméter, ou encore les Aborigènes Arunta qui célèbrent chaque année la création du monde autour du totem sacré. C'est le retour de l'âge d'or, le moment parfait où le sacré est connecté à la matière, où l'homme est connecté au divin.

Mais bien au-delà de la franc-maçonnerie, vous aurez bien compris que le temple de Salomon pourra être utilisé comme symbole par toutes les traditions ésotériques qui se revendiquent de la Bible: judaïsme, christianisme, islam, portent ces éléments en commun, soit l'idée du Saint des Saints, le lieu de communication avec le divin. Bien sûr, le symbole du Temple de Salomon n'aurait aucune puissance évocatoire pour les personnes qui se placent hors de la tradition biblique. D'ailleurs, les autres religions de la planète ou les traditions ésotériques possèdent aussi leur propre lieu, réel ou imaginaire, qui véhiculent les mêmes concepts. Alors pour ma part, je pense que le temple de Salomon n'est qu'un nom pour désigner un concept symbolique, et certains lui en préféreront d'autres, plus adaptés à leur cadre religieux et leur référent culturel. Et justement, dans la dernière partie de cette vidéo, nous allons sortir du cadre limitatif des religions abrahamiques pour nous intéresser au concept du temple de la haute science tel que défini par l'occultiste Pierre-Auger [Musique] Venchenpiob.

Dans un cadre ésotérique, l'individu qui entreprend la quête des mystères va toujours chercher à