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Comment rallonger sa vie

CroustiJu10:06

Transcription

On ne peut pas rajouter des jours à la vie. Cette phrase peut sembler toute bête, mais si on regarde bien, elle est crayante de vérité, et c’est d’ailleurs un constat assez déprimant : se dire que notre existence a une fin, qu’un jour ou l’autre quelque chose nous rattrapera forcément. Cette chose, c’est le temps.

Il y a un discours qu’on entend souvent de la part des personnes plus âgées : « profite, ça passe tellement vite ». Et moi, quand j’étais plus jeune, je croyais que c’était simplement une forme de regret du passé qui ressortait sous cette forme, comme si ces personnes se parlaient à elles-mêmes et s’adressaient à leur jeunesse. Et je ne sais pas vous, mais plus j’avance, plus je me rends compte que ce ressenti existe bel et bien. Mais pourquoi ? Elle est toute bête, cette question, et il y a plusieurs explications possibles. Mais pourquoi plus on vieillit, plus le temps semble passer vite ? Je vous laisse le temps d’y réfléchir, mais je pense que la réponse se cache dans l’un de ces mots.

Avant de commencer à y répondre, j’aimerais qu’on se penche sur ces cases. Vous avez probablement déjà vu un schéma de ce genre, mais si ce n’est pas le cas, et bien ça, c’est notre vie. Chaque case représente une semaine, et il y en a 52 par ligne. Donc vous l’aurez compris, chaque ligne est une année. Et ici, on va partir du principe que tout va bien et qu’on va vivre jusqu’à 80 ans. Donc chacun de ces carrés représente 7 jours entiers, et évidemment le même constat tout à l’heure : il y a une fin, un moment où après un bloc, aucun ne suit. Et on ne peut pas rajouter des cases, car on ne peut pas rajouter des jours à la vie. Cette représentation est plutôt démoralisante, mais je vous promets que la fin de cette vidéo sera beaucoup plus positive. On va voir qu’en fait, oui, on peut rallonger sa vie.

Quand on commence à remplir les blocs, on se rend compte qu’en fait, bah mine de rien, ça passe vite. Regardez, ça, c’est le temps qu’on passe à dormir durant notre existence. On dort environ 8h par jour, donc ça prend un tiers du schéma. Ça, c’est le temps qu’on passe aux toilettes, à manger, à se doucher, à étudier, à travailler, à faire le ménage. Et donc les cases qu’il nous reste, ce sont celles de notre temps libre, où on peut vraiment profiter de la vie. Et on est d’accord, ça fait peu. Pour en rajouter une couche, ici j’ai pas pris en compte des tâches comme la cuisine, les papiers administratifs, les imprévus, les trajets. Je vais pas tous les énumérer, mais vous avez compris qu’ici on surestime grandement le nombre de cellules. Alors évidemment, le nombre de celles-ci varie énormément en fonction de chaque personne, tout dépend de votre parcours de vie. Ici, je ne fais qu’une généralité. On peut aussi voir avec cette représentation le temps qu’a pris notre enfance, l’école, le collège, le lycée, les études supérieures. Et maintenant on a 20 ans, et on a notre vie devant nous. Hypothétiquement, il nous reste donc 60 Noël, et plus que 25 avec nos parents. La même chose pour les étés : on a encore 60 grandes vacances pendant lesquelles on profite du soleil, ou encore 60 hivers et 14 Jeux Olympiques. Et si on s’amuse à compléter le reste du tableau, on rajoute notre futur travail, il nous reste que ces quelques semaines de retraite où on peut profiter de la vie. Mais évidemment, on n’est pas dupes, et on sait que dans ces deux schémas, on oublie quelque chose d’essentiel. Dans le second, notre temps libre ne prend pas en compte tout ce qu’il y a dans une case. Celle-ci n’est pas juste nous au travail, il y a les moments où on rentre chez nous, où on dort, où nous sommes en week-end. Le premier schéma se rapproche un peu plus de la réalité, car il prend bien en compte ce temps libre. Mais pourquoi ça devrait être uniquement pendant ces instants que nous profitons de la vie ? Quand on fait toutes ces choses, est-ce qu’on passe un mauvais moment ? Bon ok, c’est pas les plus fun, et les premiers auxquels on pense, mais on serait des menteurs de dire que ça n’a jamais été agréable. La vérité, c’est que même ces épisodes simples peuvent être précieux, surtout si on change notre regard sur eux. Parce qu’au fond, ce sont eux qui remplissent nos cases et construisent nos vies.

Mais même en sachant ça, le temps semble s’accélérer à mesure qu’on vieillit. En avançant en âge, les carrés défilent à une vitesse toujours plus rapide. Donc avant d’essayer de rajouter des cases, on peut d’abord tenter de réduire ce ressenti. Et là, on va répondre à la question : pourquoi plus on vieillit, plus le temps semble passer vite ? D’après moi, le mot le plus important dans cette phrase, c’est « semble ». Car évidemment, le temps ne passe pas plus vite au fur et à mesure de notre vie, mais notre perception de celui-ci, oui. Le temps est une notion très complexe que notre cerveau a du mal à appréhender. C’est un sujet vraiment passionnant, et on en parlera peut-être un jour dans une autre vidéo. Ma première réponse à la question, c’était quelque chose de tout bête : une année pour un enfant de 10 ans, c’est l’équivalent de 10% de sa vie, alors que pour une personne de 50 ans, ça représente 5 fois moins. Donc évidemment, on a tous une vision différente du temps en fonction de notre âge, mais il nous manque quelque chose. Cette explication est imprécise, mais elle nous permet de basculer sur celle où les scientifiques se mettent d’accord, et elle se résume en un seul mot : découverte. Dans notre petite tête, on retient beaucoup plus les nouvelles choses que celles déjà connues. La première semaine de cours ou de boulot nous paraîtra bien plus longue que les autres, ou encore la première fois qu’on fait notre trajet quotidien. On ne sait pas trop où aller, on voit des rues nouvelles avec des bâtiments inconnus. Mais chaque jour, on apprend un peu plus à le connaître, jusqu’à que cela devienne un trajet banal qui passe beaucoup plus vite. L’habitude a une influence sur la perception du temps. Je ne sais pas vous, mais ce ressenti des semaines plus longues que les autres, je l’ai tout le temps quand je pars en vacances. Pas forcément sur l’instant, car comme on dit, quand on passe un bon moment, le temps semble passer plus vite, mais surtout quand elles sont passées et que j’essaie de m’en rappeler. Il se passe tellement de choses que je n’ai jamais vécues : des nouvelles rencontres, sensations ou encore saveurs que ma semaine paraît beaucoup plus longue que celle habituelle. La cellule « vacances » passe moins vite, ou semble plus longue que les autres. On a, d’une certaine manière, agrandi la case, et donc notre vie. Pour moi, elle est là, la solution pour rallonger son existence. À part avec les potentiels progrès de la médecine, on ne peut pas se rajouter des jours. On peut essayer de ne pas en perdre avec une bonne hygiène de vie, ou faire en sorte d’avoir souvent des plus grandes cases. Mais vous le savez tout autant que moi, c’est impossible de partir constamment en vacances ou de se ruiner pour essayer de le faire le plus possible.

Et donc vous l’aurez deviné, durant quelle période de notre vie faisons-nous le plus de découverte ? L’enfance. C’est quand on est jeune qu’on découvre le monde, chaque jour est source de nouvelles choses. Évidemment, plus on vieillit, moins elles sont récurrentes. C’est vrai qu’on rencontre encore des choses jamais vues auparavant, mais je pense qu’on serait tous d’accord pour dire que ça se rarifie. Au lieu d’étirer certains carrés au maximum, on pourrait tous les agrandir un peu au quotidien grâce à de nouvelles expériences. À la place de prendre ce chemin pour arriver au lycée ou au taf, essayons ce raccourci qui risque de nous faire arriver 5 minutes en retard. Écoutons de nouveaux artistes, essayons d’apprendre cette nouvelle langue, parlons à cette personne qu’on a jamais osé approcher, goûtons ce resto indien qui nous intrigue à chaque fois qu’on passe devant, tentons une énième fois de nous mettre au piano, même si ce n’est qu’un morceau. Bref, découvrons. D’ailleurs, c’est assez ironique : quand on est jeune, on attend qu’une chose, c’est de grandir, devenir adulte. Et là, je suis en train de sous-entendre qu’il faut retourner à ce stade qu’on a tout suivi. Je pense qu’on a, pour la plupart, enterré l’enfant rêveur en nous, celui qui s’émerveille de chaque découverte. On pourrait accuser la culture, la nature ou encore la société d’être la cause de cette disparition, mais peu importe. Essayons de voir la vie comme lui, cet enfant qui a vécu il y a de nombreuses années. En appliquant cette vision, on rallonge la perception de notre séjour sur terre.

Mais je pense qu’il nous manque une dernière chose d’essentielle, qui est en lien avec la nature même du temps. En tant qu’être humain limité, nous avons trois dimensions temporelles : le passé, le présent et le futur. Le premier est une collection d’échos, souvent chargée de regret et de nostalgie ; il n’existe plus. Le dernier est un mirage, source d’angoisse et d’attente ; il n’existe pas encore. Seul le présent est concret, et être dans celui-ci, c’est exister. Une case à quatre côtés, quatre murs. Vivre en dehors de celle-ci, en dehors de son temps, reviendrait à ne pas voir ce qu’il y a dedans, à ne pas voir le présent, et donc à ne pas vivre. Ce qui est en dehors du carré n’existe pas. Ce discours sur le moment présent, vous avez dû l’entendre des dizaines de fois. Je ne vous apprends rien en vous disant tout ça, mais c’est tout bête et tellement important. Le secret pour avoir plus de temps, pour rallonger notre vie, c’est ce qui se passe en ce moment, c’est maintenant. C’est la seule chose qui existe réellement, et à laquelle on doit s’attacher. Je ne pense pas que ce soit une bonne solution d’attendre ces super grandes cases, elles arriveront, mais pendant ce temps, lui, il passe. Profitons des choses simples et découvrons-en des milliers d’autres, comme manger un plat qu’on a jamais goûté ou prendre une douche avec de la musique. Mais profitons aussi de ce qu’on a : si on a la chance de ne pas avoir le nez bouché, prenons une grande inspiration et apprécions l’air frais. Si nous n’avons aucun problème de santé, profitons de notre corps et de ce qu’il peut faire. Peu importe ce qu’on fera, le temps passe et tout s’en va, et nous aussi, on partira. La seule chose qu’on peut faire, c’est apprécier chacun des jours que l’on a, même les plus sombres, les cases qu’on aimerait oublier. Car je vous rappelle qu’on ne peut pas en rajouter. Acceptons-les, elles sont là, il y en a eu et il y en aura forcément d’autres. Mais gardons en tête que même si leurs côtés sont si épais qu’elles ne laissent pas entrer la lumière, tout passe, et qu’après elle, il y en a une autre.

Ça fait toujours bizarre de se rendre compte qu’on est seulement de passage, et que nos proches le sont aussi. Il nous reste peut-être 60, 40 ou 20 années pour faire ce qu’on s’est dit de faire, mais avec cette personne, il nous reste peut-être 10 lignes, et avec une autre, peut-être qu’une seule. Et nous savons tous très bien qu’en une seule année, on perd un temps fou, et c’est normal, on en perd tous. Il est impossible de tout optimiser parfaitement, mais chacune de ces 52 cases mérite d’être vécue pleinement, d’être utilisée pour aimer, créer, découvrir. Que ce soit des grandes choses ou même les plus petites, peu importe ce qu’on fait. Un jour, il y aura une semaine sans aucune qui la suit, la fin du schéma, la fin de notre vie. Et on espère tous qu’à ce moment-là, on n’aura aucun regret, qu’on puisse être vu par lui qui était là des décennies auparavant, et le voir heureux et fier de ce qu’il est devenu. On souhaite tous avoir une existence remplie où on aura vécu un tas d’expériences différentes, que chacune des cases ait servi à quelque chose. Mais on sait aussi qu’elles ne sont pas infinies, car comme on l’a déjà dit, on ne peut pas rajouter des jours à la vie, mais on peut rajouter de la vie au jour. [Musique]