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SON FILS MINEUR A VI0LÉ ET T.UÉ UNE FILLE DE 14 ANS: SEUL MINEUR CONDAMNÉ À PERPÉTUITÉ (Agnès Marin)

LEGEND1:29:54

Transcription

J'ai tout gâché. Voilà. Il me dit ça. J'ai tout gâché. J'ai tout gâché. J'ai tout gâché. Et il me dit : "Rentre, maman." Et les excuses.

Bonjour tout le monde et bienvenue sur Légendees. Ça me fait plaisir de vous retrouver comme tous les mercredis, vendredis et dimanches. On fait trois émissions par semaine. Aujourd'hui, notre invité, c'est Dominique Molinas, qui a écrit un livre qui s'appelle "Parents à perpétuité".

Bonjour Dominique. Bonjour. Vous écrivez un livre avec votre femme, qui s'appelle Sophie, qui n'est pas là aujourd'hui, qui n'avait pas envie de de parler parce que ce n'est pas facile. Ouais. Euh, parce que votre fils, votre fils qui s'appelle Mathieu Molinas, c'est en prison. C'est le premier mineur à avoir pris la perpétuité parce qu'il a violé, torturé et tué une fille qui s'appelle Agathe Marin en 2011. Merci de venir nous raconter votre histoire. Vous avez sorti un un livre et il y a aussi un un film qui s'appelle pareil, "Parents à perpétuité", diffusé sur sur France 2. Je vous mets le lien d'ailleurs, cliquable, en dessous de la vidéo si vous allez le voir pour voir votre vie aussi, ce que vous avez vécu en tant que père, en tant que maman pour pour Sophie, votre femme.

On va repartir de de du début, si vous voulez bien, pour comprendre. Je vais rappeler les faits, puis après on va reprendre votre vie pour comprendre comment tout ça s'est passé. En fait, c'est le 16 novembre 2011. Agathe Marin, donc torturée, violée, puis tuée par un camarade de son école. Donc, c'est votre fils. Il avait 14 ans à l'époque. L'affaire a pris une grosse ampleur parce qu'en fait, un an plus tôt, votre fils avait déjà violé une fille mineure. Il n'a pas été condamné, il a pu ressortir, reprendre une scolarité normale, pour finalement récidiver et et tuer quelqu'un. Il avait 17 ans au moment où il a tué Agathe Marin.

Aujourd'hui, ça ça fait plus de 13 ans à peu près qu'il a fait ça. C'est c'est toujours difficile de réaliser ce que Mathieu a fait là ? Oui, c'est oui, c'est toujours très difficile. Les les faits sont sont tellement horribles, ignobles et incompréhensibles que oui, c'est toujours très difficile à réaliser tout ça quoi. Ouais.

Est-ce qu'on se sent coupable ? On va revenir après. Est-ce qu'on se sent coupable en tant que papa ? C'est une vraie question que je pense tous les parents vont se poser. Si votre fille, votre fils, c'est ça un jour, qu'est-ce que... Oui, oui, oui, on se sent coupable. Et on se sent toujours coupable. C'est notre fils. C'est on se sent coupable de ne pas avoir décelé chez Mathieu quoi que ce soit qui nous aurait mis sur la voie, sur la voie d'une compréhension, vous voyez. On se sent coupable.

[Musique]

De Ben, de tout ce qu'on a fait. Et on l'a fait, me concernant, avec beaucoup d'énergie entre les deux affaires, justement pour que Mathieu puisse puisse reprendre après après ces faits horribles de de de de viol, qu'il puisse reprendre une vie une vie normale.

En attendant, alors vous avez dit qu'il n'a pas été condamné pour la première affaire ? Non, il n'a pas eu le temps d'être condamné, puisque il a récidivé juste un an après quoi. Donc, il a fait 4 mois de prison préventive, il a été libéré sous conditions. Et et et et malgré tout, pareil, vous avez évoqué, voilà, il sort de prison et il reprend une vie normale ? Non, ce n'était pas une vie normale pour Mathieu. Sa vie d'avant, c'était auprès de ses parents, auprès de ses sœurs. La vie qu'il a reprise, c'était en internat, c'était avec un contrôle judiciaire. Vie en liberté, en tout cas. Une vie en liberté, oui.

J'ai une pensée évidemment pour la famille d'Agathe Marin. Voilà, que ça soit clair. Ça m'a vachement touché cette affaire et cetera. J'ai beaucoup travaillé pour préparer l'émission, évidemment. On a lu le livre, on a regardé le film avant, avec un lien et cetera, pour pour travailler. Mais voilà, grosse pensée évidemment. Là, c'est le sujet, c'est votre livre. Donc, c'est pour se mettre à la votre place, entre guillemets, essayer de comprendre aussi la peine des deux côtés. Ça n'a rien à voir avec la peine que eux subissent, euh, parce que faut faut se rendre compte de ça. Mais c'est une peine aussi de votre côté, de ne pas l'avoir vu, de se sentir coupable, peut-être, d'avoir de vous être battu pour qu'il ressorte après la première fois et tout ça. Donc, on va reparler de tout ça, euh, pour essayer de comprendre comment on en est arrivé là, en fait.

On va reprendre la la jeunesse de de Mathieu. Il est né le 30 décembre 93 à à Nîmes. Premier enfant. C'était un bébé comme les autres ? C'était un enfant comme les autres ? Non, c'était notre enfant. Il était Mathieu. On l'a voulu, on l'a souhaité avec Sophie. On voulait, on avait un but, c'était voilà, c'était vraiment fonder une famille et cetera. Puis on avait fini nos études, on bossait tous les deux, et et Mathieu est arrivé quoi. Et c'était c'était une joie extraordinaire. En plus, Mathieu, il avait... Ça a été un bébé et un petit garçon extra, extra, parce que parce qu'il était, alors, il a vu, on se l'explique pas, mais il a parlé très, très tôt. Euh, donc, c'était un gamin avec qui on on dialoguait. Et puis et puis tout petit, il était, il était avec une imagination. Aujourd'hui, on dit débordante, mais non, il avait une capacité à s'inventer plein d'histoires et cetera. C'était un gamin curieux, c'était un gamin, oui, plein de vie quoi. C'était, il était plutôt intelligent quoi. C'est ça qui... Très intelligent. Trois ? Oui, je crois qu'il est plutôt intelligent. Oui, oui, il est toujours plutôt intelligent, Mathieu. Et la motricité ? Il a des problèmes de motricité ? Un rapport avec l'après ? On en reparlera, mais qu'est-ce qui était compliqué pour lui ? Mathieu, ça a été compliqué dès qu'il est rentré à l'école. Alors, compliqué scolairement parlant, hein. C'est il a jamais posé de problème, ni de comportement, ni rien. Mais très rapidement, on s'est aperçu que qu'il y avait des gestes, notamment écrire et cetera, où où il avait des difficultés. Alors lui, à l'époque, les difficultés, c'est qu'il n'écrivait pas, vous voyez. J'ai ce souvenir de son instituteur de de CP qui nous dit : "Mathieu, il a toutes les compétences et cetera, mais il écrit pas." C'est pas... Ouais, il n'écrit pas. Il a passé, voyez. Et c'est vrai que très rapidement, pour nous, ça a été ça a été une inquiétude quoi, parce qu'il était, oui, scolairement parlant, il était en souffrance quoi. Euh, donc, il a redoublé une classe du du primaire, je crois que c'était le CE1. Mais après, effectivement, nous, on a mis en place, ben, tout un tas de suivis, orthophonie et tout. Et même, il était suivi par une pédopsychiatre, euh, pour ses problèmes de motricité. Et je crois, vers l'âge de de 8 ans, il a été diagnostiqué, vous savez, avec l'ensemble des dis... dis orthographiques, dyslexique. Et il était aussi dyspraxique. C'est c'est-à-dire qu'il y a des gestes qu'il est, qu'il est encore aujourd'hui, incapable de de faire, voyez. Souligner un mot avec une règle et cetera, faire s'attacher, faire s'attacher.

Dans le film, le dit à un moment donné le père, ou il y a une photo de de Mathieu là qui apparaît à l'image. Photo de photo de classe que nous a donné. Quel métier vous faites ? Vous ? Moi, je suis enseignant formateur. Vous êtes enseignant ? Ouais, je forme des travailleurs sociaux. D'accord. Vous l'avez donné quoi comme éducation à lui ? Vous étiez sévère ? Vous étiez plutôt dans l'écoute ? Mais on est pour nos trois enfants, on a toujours été dans l'écoute. Sévère, je pense pas. Souvent, je dis, voilà, on nous a pas appris à nous à être parents quoi. Donc, on a été les parents qu'on a été. Et effectivement, oui, on était plutôt dans l'écoute, plutôt dans l'éveil de nos enfants. Euh, ou euh, ou on les a tous les trois, hein, les deux sœurs de Mathieu ont eu la même éducation. On les a sollicités pour qu'ils puissent s'intéresser à à ce qui les entoure. Mais après, non, on n'était pas d'une sévérité, mais mais parce qu'on n'a pas eu d'enfants, non plus, qui est nécessité, oui, il y a un besoin de fessée, pas de fessée, des enfin, un peu comme tout le monde. Comme tout le monde, je crois que Mathieu, oui, Mathieu et ses sœurs ont dû prendre, oui, quelques tapes. J'ai un souvenir de sa sœur qui avait pris un coup de pied au cul. Mais mais voilà quoi. Non, on est, non, que ce soit de ma part ou de la sienne, pas plus que normal quoi. Ouais, je, oui, et pas plus que que les parents que je côtoie et que j'ai que je côtoyais, qui avaient des enfants du du même âge quoi. Mais en même temps, voilà, je vous répète, et Mathieu et ses sœurs ne nous ont jamais, jamais obligé à faire preuve de. Après, effectivement, vous voyez, Mathieu grandissant, on me l'a reproché lors des procès. Voyez, voilà, Mathieu a 16 ans, il fume un joint, on le, on le sait. Non, voilà. Je, voilà, Mathieu fume un joint. Pour moi, ça n'a pas été une catastrophe quoi. Je, il a une jeunesse heureuse quoi. Ouais, je crois. Rien de, il a pas manqué de, je t'aime ? Non, non, ça c'est sûr qu'il a pas manqué de je t'aime. Il a pas manqué de de loisirs, il a pas manqué d'affection, il a pas manqué, je crois qu'il a manqué de rien quoi.

Et à 16 ans, votre fils va violer une fille qu'on appellera Julie. C'est un nom d'emprunt. Comment vous allez l'apprendre ? Qui c'était ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer déjà cette première affaire qui va enchaîner après une autre ? Alors, on habite dans un petit village. Il y a, on habitait, pardon, dans un petit village, il y a 1000 habitants. Julie, c'était, c'était une jeune fille de de l'âge de Mathieu, que Mathieu connaissait, je crois, depuis la maternelle. C'était une copine de Mathieu quoi. Mais c'était la, une copine parmi, parmi une petite bande de de de gamins du même âge dans un village, voilà. Ouais, une bande ou une copine de village quoi. Une copine de village, oui.

Comment vous l'apprenez ? Ben, on l'apprend par les gendarmes qui débarquent à qui débarquent à la maison, nombreux. Alors, moi, il me semble qu'ils étaient nombreux, mais après, vous savez, ça a été tellement violent que une fois, le gendarme a dit : "Non, on était cinq." Moi, il me semblait qu'ils étaient, qu'ils étaient très, très, très nombreux. Ils vous disent pourquoi ils sont là tout de suite ? Ouais, il sonne à la porte. Non, il sonne pas à la porte. On était, on était dans le jardin, devant le portail, en train de charger la voiture, parce que le lendemain, on on partait en vacances. Vous voyez les gendarmes arriver et vous dire : "Bonjour Monsieur Molinas. Où est votre fils ?" Oui, en fait, Mathieu était avec moi. On était en train d'accrocher des des VTT à la voiture, et Mathieu me donnait un coup de main pour charger la voiture. Oui, Mathieu est là quand les gendarmes arrivent. Bon, je me dis, vous savez, c'est, c'est, ça va vite. Je me dis : "Tiens, oui, il y a quelque chose, mais ça doit pas être pour nous." Si, mais puisqu'ils sont à la maison quand même. Oui, mais je me dis, ça doit pas être si grave. Je, je pense au cannabis, je pense à, vous pensez à une connerie. Voilà, ils ont dû faire une une bêtise dans le village et cetera. Et là, de suite, Mathieu dit rien. Des gendarmes éloignent Mathieu, et il y en a un qui me dit : "Voilà, on vient perquisitionner parce que votre fils aujourd'hui a a violé, a violé Julie." Donc, vous savez, l'expression, "recevoir un coup de massue", quoi. C'est, c'est là, vous êtes ass... Oui, il y avait, voyez, ces deux mots : "violer Julie". C'était, ouais. Vous êtes à... Est-ce que vous la connaissiez, Julie ? Oui, alors je la connais sans la connaître, quoi. Voilà. J'ai un souvenir où ils avaient fait, ils avaient joué aux cartes à la maison, il y avait un orage. Donc, oui, Julie, elle habite dans le village. Nous, on est un peu à l'extérieur. C'est pas que je connais pas ses parents et cetera, mais oui, je, oui, je la connais. Là, il vous dit ça, le gendarme, vous dites : "C'est pas possible." Oui, je dis : "C'est pas possible." C'est, qu'est-ce que... Voilà. Après, c'est tellement, vous vous dites pas grand-chose, quoi. Vous êtes là. Donc, et et puis après, vous savez, il y a, c'est une espèce de tourment. Il y a, il y a Sophie, il y a, il y a, il y a Zélie. Oui, Sophie, ma femme, il y a nos deux filles, Zélie et Margot. Zélie, elle a 5 ans, quoi. Vous voyez. Donc, là aussi, il y a une gendarme qui éloigne les filles dans le jardin. Et et moi, je vois que Mathieu ne ne dit rien, ne réagit pas. Quoi. Donc, intuitivement, je, je me dis pas, je me dis pas : "C'est une erreur." Parce que si c'était une erreur, il serait là, en train de se, de se débattre, de se débattre, de de de de crier ou quoi que ce soit. Il dit rien. Quoi. Il dit rien. Il dit rien. Il vous regarde ? Je sais même plus. Vous voyez, là, il l'emmène. Non, il perquisitionne. D'abord. Il fouille la maison et cetera. Voilà. Vous faites quoi pendant ce temps ? Ben, moi, j'insiste auprès de Mathieu, en lui disant : "Mathieu, ce que m'a dit le gendarme, c'est grave. C'est très, très grave. Donc, tu, là, ce n'est pas, on rigole plus, quoi. Voilà. Donc, tu, tu réponds à à ce qu'on te demande, et surtout, tu pipotes rien, quoi, parce que parce que c'est grave." Et puis et puis après, voilà, ils emmènent Mathieu. Donc, là, ils font preuve quand même de, de, ils lui mettent pas les menottes. Donc, c'est quand même fait, parce que ils les ont sortis. Et c'est vrai que, vous voyez, ça paraît tellement, mais la vue des menottes, c'était, c'était violent. Ou ouais, visuellement, ouais. Parce que parce que Mathieu, c'est un mineur, hein. Il a 16 ans. Mathieu, Mathieu, il joue au Warhammer et il fait du yoyo, quoi. C'est, c'est. Et donc, là, les les gendarmes voient bien qu'on est quand même un peu. Et donc, il y en a un qui me dit, qui me dit : "Trouvez-vous vite un avocat." "Trouvez-vous vite un avocat, parce que c'est très grave." J'ai dit : "Je connais pas d'avocat, moi. Je sais pas ce que c'est qu'un avocat, quoi." Et puis, il emmène. Mais mais voilà, on n'a pas d'info. Et puis et puis c'est vrai que, on est tellement, on est tellement abasourdi et cetera, je sais même plus qui j'appelle et cetera. Vous restez avec vos deux filles ? Vous avez deux autres filles ? Ou vous leur dites quoi sur le coup ? Je crois qu'on leur dit pas grand-chose. On leur dit : "Mathieu a fait une bêtise et c'est pour ça que les gendarmes sont venus le chercher." Plus petite ? Ah bah oui, oui, oui, oui. Zélie avait avait 5 ans, Margot avait avait 12 ans. Compliqué à expliquer. Une fille de... Oui. Et puis là, vous voyez, et et et puis les gendarmes l'emmènent, mais on n'a pas d'explication, vous voyez. Et puis on est, on est tellement pas préparé à ça, quoi. Vous voyez, de depuis que Mathieu est né, et voilà, on avait tout imaginé, quoi. Tout. Vous savez, la question, là, "Et si, et si mon fils est malade ? Et si mon fils est agressé ? Et si et cetera ?" Mais on n'avait, on s'était jamais, on s'était jamais mis dans cette situation. Et si Mathieu est, et si mon fils violait quelqu'un, quoi. Voyez, cette, cette, cette phrase-là, on l'avait jamais prononcée. Il vous explique ce qu'il a fait après ? Lui ? Non, parce qu'en fait, on le voit pas, Mathieu. On le voit pas. On... Combien de temps ? Ben, en fait, moi, le soir, bêtement, je me dis : "Je vais aller à la gendarmerie, quoi." Parce que peut-être que je vais, vous imaginez le... Voilà, moi, je vais à la gendarmerie pour chercher Mathieu. Je me dis : "Il a dû dire ce qu'il avait." Voilà. Et donc, je me pointe à la gendarmerie, et on me dit : "Ah ben non, monsieur. Non, non, là, il est en garde à vue, et vous le voyez pas." Et et et moi, comme un comme un con, voyez, je me dis : "Mais je, je peux lui apporter un sandwich ? Je peux peut-être qu'il faudrait qu'il se change ?" Voyez, le, le, vous, vous... Je conçois que c'est que qu'il y a un décalage énorme, quoi, entre ce que j'ai appris et ma réaction, mais c'était tout ce que j'étais capable de faire, quoi. Vous voyez. Et la gendarmerie vous dit : "Rentrez chez vous. Il rentrera pas tout de suite." La gendarmerie me dit : "Non." Oui, oui. Pour le moment, vous rentrez chez vous, et on vous appellera, et on verra, on verra. Voilà. On vous tient informé de la suite, quoi. Voilà. Donc, moi, je vois Mathieu le lendemain, parce que je suis convoqué. Ils veulent m'entendre. Et puis, comme, alors, en fait, je leur dis de suite : "Sophie, elle est pas en état." Votre femme ? Ouais. Je crois que je leur dis quoi. Voilà, vous laissez, laissez Sophie tranquille, parce que là, le. Et donc, je crois que le lendemain matin, je suis, je suis auditionné, quoi. On me pose plein de questions et cetera, et surtout, on me lit, on me lit ce que Mathieu a déclaré la veille. Voilà, sur le déroulement des faits, ce qu'il a fait, sur ce qu'il a fait. Et et qu'est-ce qui, en gros, qu'est-ce qu'il dit ? Ben, il raconte. Il raconte, voilà, il amène Julie dans un bois, il la menace, il la tâe, il la VI, enfin, voilà, truc. Et là aussi, et Mathieu est là quand on me lit ça. Et en fait, il accepte. Ou en gros, il avoue ça ? Ah oui, oui. Mais il a, oui, oui. Pas cherché à dire. Il a pas, il a pas cherché à dire quoi que ce soit. Et là, il le lit devant vous ? Là, il... Vous devez prendre un... Ben ouais, vous reprenez. Parce que là, c'est fait. Il y a une forme de, mais ça, je l'ai compris plus tard, parce que vous savez, c'est, c'est d'un sang-froid, c'est, c'est, et puis c'est tellement éloigné du, du, du Mathieu que moi je connais, quoi. Vous voyez. Euh, Mathieu, c'est quelqu'un qui se fait du souci pour ses sœurs. On avait des chats, il était très attentionné pour ses chats. C'était tellement, il était pas solitaire. C'est un ado normal ? Ou ouais, un ado normal, quoi. Il avait aucun signe ? Non, non, aucun signe. Non, il, il va, il va en boîte, il boit des coups, il, ou il boit des coups, il a des copains, il va voir des concerts, il joue à la console, il joue. Il prend la drogue ? Non, il fume quelques joints. Il fume quelques joints, et généralement, on arrive toujours à le gauler. Et puis et puis voilà. Et on a toujours vérifié que c'était, voilà. Il est à une soirée d'anniversaire, il a 16 ans, il y a un joint. Bon. Et et puis en même temps, on connaît tous les parents des des gens des gamins qui fréquentent, quoi. Donc, on n'est pas, non, non. Et au collège, il a des bonnes notes ? Ben, vu ses difficultés scolaires, oui, il a des notes qui sont satisfaisantes. Là, là, Mathieu à 16 ans, il venait d'obtenir son brevet des collèges, mention assez bien. Nous, c'était. Et lui aussi, il était. Il a une petite amie ? Avec qui il avait une copine ? En plus, il a violé Julie, une copine ? Oui, qui n'a rien vu ? Enfin, qui ne voyait pas de problème entre guillemets dans leur couple ? Non, ça, oui, c'est fou. C'est fou. Mais mais mais personne n'a rien vu ? Si, vous préférez. Il y a jamais un prof qui nous a dit : "Euh, si, il a les profs qui nous ont dit : "Ça, ça va pas. Ça, ça va pas." Voilà. "Voyez, c'est pas possible d'écrire aussi mal et cetera et cetera." Vous voyez, mais mais jamais personne nous a dit : "Est-ce que vous trouvez pas que Mathieu ?" Non. Quand ils lisent la déposition devant vous, vous vous le regardez ? Il vous regarde ? Il est gêné ou c'est froid ? Je crois qu'il est gêné, mais c'est froid, quoi. Et puis et puis ça, je l'ai compris après. Moi, je lui avais dit : "J'avais dit : 'Tu dis tout. Tu dis tout et tu, voilà, parce que c'est grave.'" Donc, il a tout dit, puisque je lui avais demandé de le faire, et j'avais insisté pour qu'il le fasse, quoi. Vous vous énervez sur lui, là, ou vous lui dites : "Non, là, fais..." Et puis et puis après, pareil, vous êtes dans un petit bureau dans une gendarmerie, je sais plus comme lien, il y a deux gendarmes autour de vous, et puis et puis je suis pas d'un tempérament, là, si il m'arrive de m'énerver pour pour certainement pas grand-chose, mais là, non. Il est attaché devant vous ? Non, je crois pas. Ils vous lisent la déposition, et qu'est-ce qui se passe après ? Ben, après, ben, après, on me dit : "On vous tient au courant." Et puis, juste après ça, nous, on avait trouvé une avocate, puisqu'il nous l'avait conseillé. Et juste après ça, on est à Limoges, dans le bureau de Maître Mimeran, où voilà, heureusement, elle nous met un petit peu aussi, voilà, c'est, c'est, voilà. "Mathieu risque pour viol avec une menace, menace d'une arme, il risque 20 ans de prison. Et si ce soir, il est pas en prison, c'est que vraiment, c'est que vraiment j'aurais fait." Et et là, vous voyez, on est, ils sont venus le chercher, je crois que c'était un dimanche. On est le lundi, quoi. Vous voyez, le le le dimanche matin, on partait en vacances, quoi. Vous voyez. Et là, on nous dit : "Mathieu, si ce soir, il est pas en prison." Ça aussi, ça peut paraître ridicule, mais moi, je, je savais pas qu'on mettait des gamins en prison, quoi. Si, je savais, mais pas chez nous, quoi. Vous voyez. Et effectivement, après, on a rendez-vous au au palais de justice, où là, on on voit Mathieu. On voit, on n'est pas avec lui, on voit Mathieu en parce qu'il reçoit, enfin, parce qu'il y a une éducatrice de la PJJ qui le qui le reçoit, et qui et qui elle, elle le pourrit, le pourrit. Et puis et puis après, pareil, vous savez, ce système judiciaire, vous êtes sans arrêt là, en train de poiroter, quoi. Donc, vous savez pas, vous comprenez rien et cetera. Et Maître Mimeran vient nous voir, je sais plus à quelle heure, et elle nous dit : "Ce soir, il sera incarcéré à Avignon, au quartier des mineurs." Voilà. Et quand vous parlez avec lui, il vous explique pourquoi il a fait ça ? Pendant, mais pendant tout, pendant tout ce, pendant ces 24 heures, là, on parle pas avec Mathieu, quoi. Soit il est encadré par des gendarmes, soit il est devant une éducatrice. Non, mais vous auriez pu avoir 5 minutes à la gendarmerie, côte à côte, pour qu'il vous dise : "Voilà, j'ai pété un..." Et non, ça, on n'a pas eu ça. On n'a pas eu. Il vous explique pas ? Vous avez pas de... Il explique à la police pourquoi il a fait ça ? Si c'était une pulsion, si c'était prémédité ? C'était, je crois, à ce stade-là, non. Il explique que rien. Il dit que c'est lui. Il dit : "Je crois qu'il, je crois qu'il comprend pas." Voilà. Et après, nous, on voit Mathieu. Alors, je vois Mathieu, parce que parce que le lendemain, je crois, le mardi, je vais, je vais à la maison d'arrêt d'Avignon pour lui apporter des vêtements, parce qu'il était parti. Et et là aussi, quoi. Donc, vous êtes devant une tôle, on vous ouvre, vous donnez un sac, et sans humiliation, là, d'en prison, voir son fils humilié, c'est pas ça ? Non, moi, j'étais terrifié, quoi. Et et et puis, pareil, moi, je m'étais jamais approché d'une prison, quoi. Vous voyez, j'avais 40 ans à l'époque, et je, non, je m'étais, je m'étais jamais approché de de la porte d'une prison. Et quand vous voyez ça, et et que vous dites que le fils que vous aimez est là, derrière, vous êtes d'une impuissance. Voilà, c'est vous filez votre sac, et puis et puis c'est tout, quoi. Vous demandez comment il va ? La personne qui prend le sac ne l'a pas vu, quoi. Vous voyez, c'est, voilà. Donc, là, vous le voyez pas. Et donc, je crois que je le vois deux ou trois jours après, le temps d'avoir le permis de visite et cetera. Ouais. Qu'est-ce qu'il vous dit ? Il me dit qu'il comprend rien. Là, au début, Mathieu, il nous dit : "Je comprends pas. Je comprends pas. Je me suis fait un film." Et voilà. Je, mais voyez, enfin, oui, on insiste, mais comment ça, enfin, pourquoi et cetera. Et et on le sent, il nous pipote pas, quoi. Je crois qu'il ne comprend rien, lui non plus, quoi. Il se doutait bien qu'il allait être arrêté quand il fait ça ? Je sais pas que la fille va le dire ? Heureusement ? Sais rien ? Ça, je, non, je sais pas. Je sais même pas s'il avait conscience de la suite de ses actes. Il s'excuse auprès de vous ? Auprès d'elle ? Auprès d'elle ? Non. Auprès de nous ? Pas pour le moment, quoi. Il, après, pareil, on le sent quand même, il est, il est lui aussi, ben, il est bon, oui, il est, voilà. C'est un gamin qui sort d'un milieu classique et qui se retrouve là, dans une tôle, enfermé 23h sur 24. C'est mérité aussi ? Ah, mais oui, oui, oui, oui, oui. Ouais, c'est violent pour vous, mais c'est mérité quand c'est ça. Ouais. C'est le tout le paradoxe et tout ce qui doit vous faire en même temps être entre deux eaux, c'est que c'est votre fils, vous l'aimez, puis en même temps, ben, il a fait quelque chose de grave. Ah oui, oui, mais ça, on a jamais remis. Non, non, mais c'est ça qui doit être compliqué dans vos sentiments, entre guillemets, toujours entre deux eaux, quoi. Votre seul et unique but, après, va être de sauver votre fils, là, de faire sortir ? Ce que vous dites ? Oui. La seule solution pour qu'il puisse éviter une grosse peine de prison, ce qui vous explique l'avocat de Mathieu, enfin, l'avocate. C'est une femme ou un homme, pardon ? Maître Mimeran, c'est une femme, hein. C'est ça, comme dans le film. C'est, c'est qui prouve qu'il a un projet scolaire et d'éducation construit pour le futur, en gros ? Oui. Maître Mimeran nous dit ça, en nous disant : "De toute façon, euh, si Mathieu est incarcéré, voilà, Mathieu sera jugé, ça sera les assises. Mais entre entre aujourd'hui et ce procès, il faut que Mathieu, et vous avec lui, construisiez un projet. Et ce projet, bien évidemment, il inclura, il inclura, ben, une scolarisation, parce que voilà, il inclura un suivi, un suivi psychologique, psychiatrique, et bien évidemment, la libération de Mathieu." Mais ça, Maître Mimeran nous le dit de suite, quoi. Sera conditionné à des expertises. Voilà. On va, on va le découper en quatre pour voir et comprendre. Malgré ces difficultés à expliquer, il faut que l'on comprenne, vous voyez. Et donc, nous, notre préoccupation, c'est : "Voilà, mais quand est-ce qu'il va voir ses experts ?" Et cetera. Ben, oui, ben, là, vous savez, c'est ça, on en sait rien. On verra. La juge d'instruction doit choisir des experts et cetera. Et et et comme Maître Mimeran. Mais après, en même temps, c'était, vous savez, on était surtout moi. He, Sophie, elle était, enfin, voilà, Sophie, de suite, elle a, elle a sombré dans, ouais, dans un épisode dépressif, mais mais profond, quoi. Euh, et et et moi, à l'inverse, ben, en même temps, j'étais, mais ça, je l'ai compris après, j'étais contraint aussi par par nos filles, quoi. Nos filles étaient là, vous voyez. Et et le passé de Sophie et cetera, moi, je m'interdisais de de craquer, de sombrer, parce que je me disais : "Je me disais, je me disais : 'Si toi aussi, tu tu craques, c'est la zizanie pour nos deux filles.'" Vous pose des questions, les deux filles ? Oui, oui, oui. Bah, oui, oui, oui. Nous pose des questions. Et très rapidement, surtout à Margot, qui avait qui avait 12 ans, on lui explique. Donc, on attend les rapports. Et moi aussi, parce que je suis aussi dans un, voilà, c'est, c'est vrai que je m'active. Voilà. Maître Mimeran nous a dit de construire un projet. Et ben, voilà, il faut, il faut que Mathieu soit scolarisé à sa sortie. Il faut qu'il soit pas scolarisé dans le Gard, puisque voilà. Donc, je cherche, je cherche, je cherche loin de chez moi, loin de chez nous. Je cherche un lycée qui serait OK pour scolariser Mathieu. Voilà. Je, je, je m'active en me disant. Et et et entre-temps, aussi, dans ce laps de temps-là, on est, on est rencontré par un psychologue, une éducatrice, une assistante sociale de la PJJ, et qui, ben, qui nous disent à peu près la même chose que Maître Mimeran, en nous disant : "Oui, si Mathieu est libéré, il sera libéré à la condition." Vous leur dites quoi au lycée ? Au lycée, quand vous cherchez un lycée pour lui ? Alors, c'est, c'est, c'est, c'est, j'avais essayé de construire une forme de stratégie. Je me disais : "Si j'appelle, on va me raccrocher au nez." Donc, j'ai envoyé un courrier expliquant que Mathieu était incarcéré. Donc, je me dis que si je dis dans le courrier que Mathieu est incarcéré pour viol, on me répondra jamais. Donc, j'évoque des faits graves dans le dans le courrier. Euh, certains lycées me répondent en disant que c'est pas possible. D'autres, je crois qu'il y en a quatre où on m'a dit : "Mais oui, on veut, on veut bien vous rencontrer." Donc, donc, j'ai rencontré un proviseur à Aix-en-Provence, j'ai rencontré un proviseur en Lozère, deux proviseurs en Lozère, et j'ai rencontré le proviseur du lycée Sévigné. Où vous lui expliquez en face de lui ? Oui, je lui explique. Et chaque fois, je l'ai expliqué. Chaque fois, j'ai expliqué que que Mathieu avait été incarcéré pour, alors ça aussi, on me l'a reproché. Alors c'est vrai que j'ai j'ai évoqué moi une agression sexuelle. Après, au procès de Mathieu, on m'a dit : "Ça n'a rien à voir avec un viol." Mais pour moi, moi, je faisais, je, je faisais pas la différence entre une agression sexuelle et et un viol. Donc, j'ai évoqué une une agression sexuelle. Et en même temps, j'allais vous dire, vous savez, vous avez affaire à des proviseurs. Sincèrement, il se doute bien que si un gamin de 16 ans est incarcéré, c'est pour des faits très graves, très grave. Et et la preuve à Aix, à Aix, je me souviens même de son visage, il m'a dit : "Non, mais, pas de loup dans ma bergerie." Voilà. En Lozère, ils ont été plus plus conciliants, plus sympas avec moi, parce qu'ils devaient voir aussi un peu mon état. Et ils m'ont répondu gentiment que c'était pas possible, du par manque de place et cetera. Et puis, j'ai rencontré Monsieur Bowens au Sévigné, qui m'a dit que c'était tout à fait possible. Donc, il l'accepte. Vous avez un dossier ? Vous faites des études psychologiques à côté pour pouvoir essayer de le faire sortir ? C'est pas moi, c'est la juge. Je dis : "Vous, c'est l'ensemble." Et le rapport psychologique, il est clair : "Nous considérons que cette personne n'est pas dangereuse. Il n'y a pas de trouble de dimension à dimension perverse, pardon. Nous excluons la psychopathie." Donc, donne un truc plutôt propre, là, sur le sur le papier. Vous dites : "Bon bah, il a pas, voilà, il est pas psychopathe, machin." Et qui donc, il est pas incompatible avec une libération. Vous déposez le dossier ? Vous y allez ? Vous mettez tout ce que vous pouvez pour essayer de le faire sortir ? Ça fonctionne tout de suite ? Qu'est-ce qui se passe ? Ah, non, attendez. Mais quand votre fils est en prison, vous ne faites rien, quoi. C'est-à-dire, c'est pas moi qui dépose le dossier, c'est pas, c'est pas les parents qui s'adressent aux experts psychiatres. C'est la juge d'instruction qui mandate un expert psychiatre. Cet expert psychiatre rencontre Mathieu. Elle mandate une expert psychologue, psychologue, qui rencontre Mathieu. Ils remettent le rapport à la juge. La juge informe l'avocat de Mathieu de ses rapports, qui nous, qui nous informe. Il y a tout un procédé ? Oui, il y a tout un procédé. Mais je, je veux pas que l'on croie que moi, je vais voir l'expert. Non, non, je, voilà. Nous, le notre lien, entre le système judiciaire et et c'est, c'est, c'est notre avocate, quoi. C'est. Qu'est-ce qui se passe après, quand vous faites tout ça ? Ben, écoutez, quand nous, on reçoit, et après, je crois qu'il avait pas trop le droit de le faire, l'expert psychiatre, euh, le docteur Grive m'a appelé, mais il m'a appelé dans la démarche de de me rassurer, quoi. "Ne vous inquiétez pas, votre fils, votre fils n'est pas, n'est pas bargeot." Hein. Euh, et et il me donne même, mais ce qu'il fait dans dans son rapport, il me donne des explications sur la toxicomanie, sur un excès de jeu violent. Ah, il vous dit que c'est ça les causes ? Oui, possiblement. Mais il me le dit à moi. Mais il écrit quoi dans le rapport ? Que les les ce qui peut pousser un enfant qui n'a pas l'air dangereux, prime à bord, comment il en arrive à violer quelqu'un ? Ouais. Et et et et la psychologue aussi, hein. La psychologue va aussi dans ce sens-là. Si vous, donc, donc, si vous préférez, nous les parents, Mathieu, on est rassurés en se disant : "Tiens, notre fils, il est pas comme je vous disais, il est pas barjot." Euh, et on est rassurés en se disant, en se disant : "Ben, la juge..."

D'instruction face à ça et et avec le projet qu'on a construit pour Mathieu, vraisemblablement elle va libérer Mathieu quoi. Eu, c'est ce qu'elle décide de faire. Ouais. Au bout, il fait combien de temps de prison là ? Il a 16 ans. Il fait 4 mois. 4 mois ? Ouais. 4 mois, il sort. Et il il sort sous contrôle judiciaire aussi. Il sort pas. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que Mathieu ne peut pas séjourner chez nous. Ça veut dire que Mathieu ne peut pas aller dans le gare. Ça veut dire que Mathieu doit rencontrer une éducatrice de la de la PJJ quand quand quand elle le sollicite. Ça veut dire que Mathieu a l'obligation d'être scolarisé au Sevenol et pas ailleurs. Et que Mathieu a l'obligation de mettre en place urgemment un accompagnement psychiatrique ou psychologique. Et et bien évidemment, et Maître Mimerant et la juge d'instruction et la PJJ lui dit au premier encart du contrôle judiciaire, c'est retour au Pontet quoi. C'est la moindre connerie, tu dégages. Oui, tu retournes en prison. Oui. Ben oui, comme oui, comme du sursis. Ouais.

Parce que vous savez, pendant que Mathieu était incarcéré aussi à Avignon, on a rencontré les éducateurs qui étaient avec lui dans le dans le centre de détention. Et euh, il y a un éducateur qui très rapidement, hein, mais ça faisait, ça faisait pas un mois que Mathieu était incarcéré quoi, qui nous a dit, euh, mais rien à faire là, votre fils quoi. Là, il est en train de se carcéraliser, vous voyez, c'était le, c'est le verbe qu'il a employé. Il est en train de se carcéraliser, qu'il n'a rien à faire ici, euh, que de toute façon, euh, on ne pourrait pas lui proposer de de de de scolarité dans les dans les murs, euh, parce que si ce n'est le Knet quoi. Et que et qu'il fallait qu'on se bouge pour le faire sortir de là quoi. Donc vous voyez, il y avait aussi ce signal là quoi. Ce le signal de la PJJ qui côtoyait Mathieu, j'allais vous dire 24h/24 au sein de la prison, qui nous disent Mathieu, oui, Mathieu n'a rien à faire ici.

Et en même temps, quand quand quand vous voyez qu'il a fait ça, 4 mois, c'est pas beaucoup. Ça serait votre fille ? Oui. La de la Vic. 4 mois pour violeur, c'est pas beaucoup. Oui. Mathieu attendait son jugement, hein, vous savez. Oui, c'est ça. C'est ça. Non, mais sortir au bout de 4 mois, c'est c'est peu. J'en sais rien moi, ça, je, c'est à la juge d'instruction qu'il faut poser ces questions là. C'est pas moi qui ai libéré Mathieu. Et ça aussi, il faut, il faut qu'on arrive à le à le faire passer quoi. C'est c'est c'est c'est pas les parents, c'est pas c'est pas la famille qui libère quoi, c'est un juge d'instruction. Ou mais c'est pas pour ça que c'est bien. Ah oui, mais mais mais si vous préférez, euh, non, c'est ça le problème, c'est que parfois la justice est trop gentille. Mais ça, moi, je peux pas. Et et mais après, c'est tout le paradoxe de votre venue, de votre livre, c'est que il y a l'amour pour un fils, tout faire pour, et puis en même temps, le faire libérer pour qu'il fasse, c'est c'est c'est c'est ça qui est très compliqué. Mais on peut pas, on l'a pas fait libérer, on a œuvré pour sa libération. Mais c'est ce que ferait tout parent. C'est ce que ferait, je pense, je sais pas, c'est ce que nous on a fait. Il y a pas de jugement de valeur, c'est histoire de se mettre dans les toujours. J'essaie juste. Ouais. C'est ce qu'on ne voit plus en fait dans les médias. On entend des clashes, des jugements, chacun a son opinion, personne n'écoute les autres. J'essaie toujours de d'écouter les deux, enfin d'essayer de comprendre des deux côtés. Et en se mettant effectivement de l'autre côté, on se dit que 4 mois, tu subis un viol, 4 mois après, ils sortent. Tu dis, bon, c'est quand même peu, même si c'est votre fils. Ouais. C'est, c'est, vous avez des filles ? Vous imaginez ? J'imagine. 4 mois, c'est pas grand chose quoi. Pour nous, ça a été une éternité. Et pour les parents ? Oui, mais pour les parents de la fille. Oui, si vous préférez, c'est ça. C'est ça. Non, mais c'est pour ça, c'est c'est là où est tout le. J'ai, j'ai, j'ai, je sais pas, voyez, j'ai, je suis pas le parent d'une victime. Et alors, certainement, je, je, j'imagine avec avec facilité que effectivement, ça peut paraître peu. Mais moi, je, et c'est déjà suffisamment compliqué comme ça, vous voyez. Euh, non, vous n'êtes pas parent d'une victime, mais du coup, il y a, il y a, il y a un côté déraisonnable, euh, comme comme vous êtes d'un côté et pas de la victime. C'est, c'est déraisonné dans le sens, mais vous, vous savez, la la la justice instruction, elle a été largement entendue là-dessus quoi. Et et effectivement, à la fin des fins, l'État a été condamné. Pour l'État, pas les parents de Mathieu. Nous, on a été condamné à rien, hein, parce qu'on a jugé que effectivement, on n'était pas, on n'était pas responsable de. Donc plein d'affaires comme ça, malheureusement. C'est pas parce qu'il libère que c'est pas dangereux ou que c'est pas trop tôt. Ou il y a eu l'affaire avec Matthis, jeune Matthis, 15 ans, tu vois, par quelqu'un qui habitait à côté de chez lui, pareil, qui a été libéré juste avant parce que le juge d'instruction pensait que tout allait bien. Et si vous préférez, moi, je suis rien, ni personne pour pouvoir statuer de la qualité du travail d'un juge d'instruction, d'un expert psychiatre. Vous savez, le docteur Grive, c'est une sommité quoi. C'est pas, excusez-moi l'expression, c'est pas un pimpim. Euh, c'est, c'est la juge d'instruction, elle l'a sélectionné quoi, parce que elle l'a sélectionné pour ses qualités en tant que pédopsychiatre, en tant qu'expert, et cetera. Donc effectivement. Mais là, on parle parce que c'est facile. Euh, maintenant, on a toutes les infos avec le recul, on a vu qu'il a réitéré. Donc on va dire, c'est inacceptable de le de l'avoir fait sortir trop tôt. Euh, mais en réalité, à l'époque, vous le saviez pas qu'il a réitéré. Non, mais juste, même, on se met dans à la place des victimes, c'est le but. Là, c'est vrai que c'est tôt quand même. Mais après, je, je comprends quand vous dites, on pouvait pas savoir ce qui est arrivé. On pensait qu'il était récupérable entre guillemets. Mais parce que tout le monde nous disait qu'il était récupérable en plus. Si vous préférez, s'il y avait, s'il y avait une personne, un expert, qui que ce soit, euh, qui nous aurait dit, attention, attention, bien évidemment, avec Sophie, on était les, on était certainement, on aurait été les les premiers à à réclamer qu'il reste enfermé. Mais la PJJ nous a ouvert un grand feu vert, les experts nous ont mis un grand feu vert, la juge d'instruction nous met un grand feu vert. Si vous préférez, au bout d'un moment, on se dit, et et puis on est aussi effectivement, on se place toujours d'aujourd'hui. Et mais nous, on est là, peut-être que ça se passe comme ça quoi. Vous voyez, on n'est pas là en se disant, c'est peu, c'est pas beaucoup. Bien sûr, bien sûr. Non, mais on parle avec du recul maintenant. C'est pour ça que je vous dis, avec du recul, effectivement, Mathieu aurait dû rester en prison.

Il est comment quand il sort après ce viol de cette jeune fille ? Ça, il est comment ? Il sort, il reprend une vie, il a une copine, il est, il se bat terre, il a des amis, il est comment ? Et ben, sa vie, sa vie change, puisque il est interné à 4h30 de chez nous, dans un lycée. Euh, il est euh, et il est aussi, malgré tout, angoissé, parce que nous, on est là pour lui dire, tu sais, on attend le procès. Voilà, il y aura un procès. Euh, et il faut pas se leurrer, tu retourneras en prison, parce que voilà, peut-être pas pour 20 ans, mais tu retourneras en prison, ça, c'est sûr. Euh, et donc, il est là, oui, avec ce changement de vie, et il est, oui, il est perturbé. Puisque là, il y a des signaux comme quoi il pouvait recommencer. Ben non, alors là, pareil, avec avec tout, voilà, quand vous connaissez la fin de l'histoire, tout devient un signal quoi. Mais mais quand vous êtes en train de vivre les choses, il a, il recommence sa vie d'ado classique au au lycée Sevenol, il a des copains, il a une nouvelle copine qu'on rencontre, qui est adorable, et cetera. Elle sait qu'il a violé une fille avant ? Qu'il était ? Je pense pas. Elle sait que Mathieu a été incarcéré, mais Mathieu ne lui a pas dit, et nous non plus. Il disait pas sa vie à ses amis, non plus, et cetera. Non, il dit, oui, il dit à ses amis qu'il a été qu'il a été incarcéré, et je crois qu'il est pipote en le racontant, je ne sais trop quoi quoi. Mais non, il évoque pas, il évoque pas l'effet. Et il est, oui, il est. Et puis après, en même temps, voilà, un weekend sur deux, il rentre, il rentre pas à la maison parce qu'il y a pas le droit. Donc on loue des gîtes. Voyez, c'est, c'est, c'est, c'est, c'est une année compliquée, compliquée, compliquée. Ouais.

C'est combien de temps après la deuxième affaire ? 17 novembre 2011. C'est combien de temps ? C'est euh, 14, 15 mois. 14, 15 mois. Donc ça, c'est le 17 novembre 2011. La gendarmerie vous appelle pour vous dire que Mathieu est en garde à vue depuis 12h. Vous aviez pas de nouvelles de lui. Il était où à ce moment-là ? Mais en fait, c'était, si, on avait des nouvelles. Enfin, Mathieu, il nous appelait, j'ai envie de vous dire tous les jours, peut-être pas, mais il nous appelait souvent quoi. On prenait des nouvelles. Voilà. Euh, je, je suis sûr de l'avoir eu la veille, ça, c'est sûr. Ce jour-là, je sais pas si je l'avais eu. Mais Mathieu, non, quand je l'avais eu la veille, il il était censé être au lycée. Je veux dire, ou il était pas avec vous ? Non, il était, il était au lycée. En garde à vue depuis 12h. Donc depuis une demi-journée. Ils vous disent pourquoi les gendarmes quand ils vous appellent pour vous prévenir ? Ils nous disent que c'est dans, c'est pour une affaire d'une disparition d'une d'une jeune fille. C'est tout ce qu'ils me disent. Et puis après, de suite, les médias interviennent et j'en sais plus par la radio. Ah, c'est vrai ? Oui. Oui, de suite, on évoqua, on évoquait la disparition d'Agnès au lycée Sevenol et cetera. Donc, c'est, c'est tout. Je, je crois que, je crois que j'ai Melina, sa sa sa sa petite amie, et qui me dit, oui, oui, je connais très bien Agnès. Alors Melina, l'année d'avant était au lycée Sevenol, et cette année-là, elle était plus au Sevenol. Elle me dit, oui, les seules nouvelles que j'ai, c'est que Agnès ne donne plus signe de vie, c'est tout quoi. Voilà. Donc, il avait une, une copine en plus à ce moment-là. Qu'il était, il avait un couple normal quoi. Ouais, à 17 ans, on parle pas de couple, mais oui, oui, il avait une, il avait une relation épanouie avec. Oui, il semblait pas solidaire, seul. Non, non, non. Et puis, quand, quand je l'accompagnais au Sevenol, j'avais l'occasion de rencontrer ses copains, ses copines, voilà, de de de de de d'internat de lycée quoi. Là, là, on vous dit qu'il est en en garde à vue, vous avez pas vraiment d'information à part sur la disparition. Vous êtes au téléphone, qu'est-ce qui se passe ? Moi, je dis aux gendarmes que j'avais au téléphone, ne me dites pas ça, ne me dites pas ça. Et vous comprenez tout de suite ou pas ? Mais je, pareil, je, oui, je comprends, je comprends qu'il s'est passé quelque chose. Mais après, pareil, et vous savez, là aussi, c'est, je me dis, il s'est passé quelque chose, mais mais mais et pourquoi Mathieu serait ? Après tout, là, on parle d'une disparition, je sais pas moi, une jeune fille peut fuguer, je, tu vois, j'ai pas, voilà. Et je me dis, je suis là aussi, et puis et puis rentrant à la maison, j'essaie aussi en disant, mais attendez, on va pas, ça se trouve, c'est rien quoi. On va pas s'affoler. Effectivement, Mathieu est en garde à vue parce que oui, je suppose, moi, qu'un gendarme, connaissant, connaissant le proche de Mathieu, veut entendre Mathieu quoi. Vous voyez, je, je, je, même si 12 heures de garde à vue, ça commence à être très long. Et donc, c'est a quelque chose. Ouais.

Et comment vous apprenez qu'il a tué cette fille ? Mais je l'apprends le lendemain, où en fait, les gendarmes me rappellent dans la soirée en me disant, on veut vous auditionner. Donc, je, je monte, je monte, euh, là-haut, en en hôtel, donc je suis entendu dans une gendarmerie, je, à, voilà, dans une gendarmerie. Alors ce qui m'étonne, voilà, c'est quand j'arrive à à la gendarmerie, il y a, il y a des caméras, il y a des journalistes et cetera. Bon, bien évidemment, personne me connaît moi, donc voilà, mais je me dis, mais que font ces gens-là ici quoi ? Je, voyez, et puis, et puis je suis écouté, je suis entendu par, alors c'est super long, hein, ça dure au moins 2 heures, où on me bombarde de questions, on me montre des des photos, des machins et cetera. Voyez, est-ce que, oui, est-ce que vous connaissez cette fille ? Est-ce que vous connaissez cette fille ? Est-ce que machin ? On me sort la lettre du que j'avais écrit au Sevenol, qu'est-ce que vous avez dit au Sevenol ? Qu'est-ce que vous avez dit au proviseur du Sevenol ? Et cetera. Et et puis, alors, je sais pas si c'est une technique policière, change de bureau, je sais pas pourquoi, tac, l'ordinateur marche plus, hop, on rechange de bureau. Voyez, c'est un truc bizarre quoi. Voyez, mais mais bon, on me pose, mais on me dit, on me dit rien sur Mathieu quoi. On me dit simplement que pour des raisons de sécurité, il est pas ici, il est dans une à Yssingeaux. Donc, je, là, pareil. Et et la veille, [Musique] pareil, on nous avait signalé qu'il était auprès du d'une avocate, Maître Di, qui qui sera la la seconde avocate de Mathieu, et que et que voilà, et que je rencontrerai Maître Di. Donc, je suis auditionné, et là, on me dit, on me dit, ne, ne, ne, ne rentrez pas quoi. Voilà, peut-être qu'on va avoir encore besoin de vous. Bon, ben, je me dis, je vais rester là, je vais poireauter quoi. Et puis après, j'ai Maître Di qui me donne des des éléments et cetera, et elle me dit, venez à Yssingeaux, et et et on va se voir. Donc, je suis, vous savez toujours pas pourquoi. Non, vous comprenez que ça sent mauvais à ce moment-là. Je comprends que oui, plus le les heures passent, et puis après, voilà, je suis branché sur France Info, et où on parle de de ça quoi, de cette disparition et cetera et cetera et cetera. Alors moi, bêtement, je me mets sur le parking de de la gendarmerie, et j'attends. Alors j'attends Maître Di, mais je sais pas, je sais pas ce que j'attends quoi. Et puis, c'est vrai que à la gendarmerie, et ben, je vois le, les allées venues, je vois une espèce de convoi qui part avec des 4x4 et tout. Mais là, moi, je comprends rien. HM. Et je sais plus à quelle heure, mais très très tard, c'est Maître Di qui vient me chercher sur le sur le parking, et qui me dit, Monsieur Moulnas, venez quoi. Et donc, là, je rentre dans un, un tout petit bureau, et je suis face à la, à une gendarme, mais qui est, c'est la chef de l'enquête quoi, je sais pas comment on dit, chef de l'enquête. Et qui, elle, ne prend aucune précaution quoi. Voilà. Elle me dit, bon ben, euh, ça y est, euh, votre fils a avoué. Donc, il a violé Agnès, pour la faire taire, il a assassiné, et pour pas que ça se sache, il a brûlé son corps. Voilà. Et puis, et puis, c'est tout. Ben, après, peut-être, c'était pas vous tout seul dans le bureau, là ? Non, je suis avec Maître Di. Oui, enfin, de la famille, en fait. Ah oui, ah oui, oui, oui. Là, je suis tout seul. Oui. Ça, votre femme ? Non, non, ma femme est avec sa cousine, qui est venue, qui est venue pour l'aider. Je crois que les filles sont parties chez leur grand-mère. Quand, quand il vous dit ça, qu'est-ce que ? Ben, là, pareil, moi, je suis, mais là, oui, je suis dans un espèce de, de, je suis dans un autre monde, là, vous voyez, c'est, alors, je suis dans un autre monde, et et malgré tout, j'ai une certitude en me disant, en me disant, il est fou quoi, c'est pas possible quoi, c'est, c'est, oui, il est fou, non, il est, il est malade quoi, c'est pas, il assassine. Je crois Agnès, il assassine Agnès un mercredi, le le le weekend, il était à la maison, il jouait au diabolo avec sa sœur quoi. Oh là là, voyez, il y a, il y a, il jouait au diabolo, enfin, il était, voilà. En partant, en, il avait rendez-vous pour pour pour pour commencer les leçons de conduite, il était super heureux, nous semblait-il, parce qu'il avait trouvé là-haut au Chambon un prof de guitare. Voyez, on passe un weekend en famille, c'était l'ann, on fêtait l'anniversaire de sa petite sœur. Voyez, c'est, c'est. Vous n'avez rien vu ? Non, il n'y avait pas de comportement différent. Rien. Et et et après, l'enquête aura montré que que le le weekend, il avait déjà ça en tête, lui, voyez. Le weekend, il le weekend où il est à la maison, là, en train de faire du diabolo et préparer un gâteau pour l'anniversaire de sa sœur, lui, dans sa tronche, il avait, il avait l'assassinat d'Agnès quoi. Et et ça peut paraître, ça peut paraître faux, mais mais si vous préférez, il nous montrait à nous, et puis là, pour l'anniversaire de sa sœur, il y a eu ses grands-parents, il y a eu, il y avait du monde quoi, il montrait à tout le monde le visage d'un d'un ado normal quoi. Et puis, et puis c'est vrai que la première année Sevenol avait été compliquée. Là, Mathieu, là, il avait des bonnes notes, voilà, il était sur une, ça se passait très bien avec Melina. C'est, il avait eu des comp, des problèmes au Seven où on lui reprochait cette tenue vestimentaire et cetera. Bref, donc voilà, il se tenait à carreau, il était joyeux, tout allait bien quoi. Tout allait bien. Et moi, quand on me dit ça, vous voyez, j'ai qu'une obsession, et puis je, je crois que je me mets un peu en colère, je dis, je veux voir mon fils quoi. Je sortirai pas d'ici tant que je l'aurais pas vu quoi. Alors là, la la chef de l'enquête me dit, c'est pas possible et tout. J'ai dit, ben écoutez, je, je m'en fous, moi, je veux voir mon fils. Et vous le, et et vous voyez, c'était une forme de, oui, c'était obsessionnel. Je ne pouvais pas sortir de là sans l'avoir vu pour essayer de de voir son regard, comprendre. Ouais, pour, ouais, pour voir. Ouais. Et et vous laisse le voir ? Ouais. Alors, je, dans le film, on voit par perpétuité qui est sur France 2, je vous mets le lien si vous voulez voir l'histoire en en vidéo. Le personnage essaie d'accéder à son, il y arrive, mais très succinctement. Oui, oui. Donc, j'ai vu Mathieu. Maître Di a négocié et cetera, et on m'a dit, OK. Donc, je vois Mathieu, pareil, dans une petite pièce, là, il est, il est menotté, je crois qu'il a même des menottes aux pieds, là, je, voilà. Donc, il est entouré de. Ça a duré 30 secondes. Ah oui, c'était. Ouais. Et qu'est-ce que, et et là, Mathieu, il me dit, mais qu'est-ce que tu fous là ? Casse-toi, j'ai tout gâché. Voilà. Il me dit ça. J'ai tout gâché, j'ai tout gâché, j'ai tout gâché. Et il me dit, euh, rentre maman, et les, excusez-moi, pas de problème, pas problème. Il me dit, voilà, maman, et les filles, elles ont besoin de toi. Moi, non. Il vous dit ça ? Ouais, froidement, entre guillemets. Ouais. Et puis, il est, fais-moi, qu'il le connaît. Voilà, je, il est, il est éjecté quoi, vous voyez. Enfin, j'ai pas les mots, moi, je, voyez, il, je suis face à un, à un démon, là, vous voyez, mais un démon qui a quand même cette conscience là de me dire, de me dire, un qu'il avait, alors voilà, qu'est-ce qu'il a gâché ? Qu'est-ce qu'il a gâché ? Voilà, j'ai tout gâché. Et vous dites quoi ? Vous ? Moi, je lui dis, non, non, non, non, de demain, je suis là, et je, je, je crois que je lui dis, non, non, mais moi, je serai toujours là pour ça. Vous avez appelé votre livre par perpétuité ? Ouais. Que quoi qu'il arrive, ouais, quoi qu'il arrive, c'est mon fils. Et et souvent, je le dis, vous savez, pour nous, pour ses parents, ça aurait été quand même beaucoup plus plus confortable d'avoir le courage et la force de le laisser tomber quoi. Ça aurait été plus simple. Ouais, je crois plus simple. Oui, oui, plus simple. Mais mais on est fait comme ça, c'est, c'est, c'est, c'est impossible pour nous. C'est, c'est pas. Et et puis, et puis pareil, là, je me dis qu'il a d'autant plus besoin de moi que je suis, je suis persuadée que tout le monde s'est trompé. Ah, vous pensez toujours que ? Ah, non, non, que tout le monde s'est trompé et qu'il est, et qu'il est fou, qu'il est, qui, qu'il est, parce que parce qu'un être normalement constitué à 17 ans, ne viole pas, n'assassine pas, et ne brûle pas le corps d'une jeune fille de 14 ans. C'est, c'est, c'est, faut vous imaginer, euh, qui est capable de ça quoi. Qu'est-ce que vous dit votre femme à ce moment-là ? Vous l'appelez ? Ouais, ben, en même temps, elle, elle, ben, elle, je crois qu'elle l'apprend, elle l'apprend d'abord par les médias, avant de l'apprendre par de de ma bouche. Ouais. Moi, j'appelle, j'appelle, et je me dis, qu'il faut que je rentre, parce que parce que il y a Sophie, parce que il y a Zélie, parce que il y a Margot, et que là, elles ont, là, elles aussi, elles ont besoin de moi. Ses sœurs. Elles ont quel âge à ce moment-là ? Donc, du coup, un an de plus quoi. 13, 1, 13 et 6. Ouais. Euh, sa sœur qui a 13 ans, elle comprend. Elle le voit à la télé, j'imagine. Ouais. Comment elle vit ? Ben, je crois qu'elle est effondrée. En même temps, elle aussi, malgré, malgré ses 13 ans, elle, elle comprend qu'il y a quelque chose qui qui va pas entre entre le frère qu'elle côtoie et et la personne qui commet ses actes quoi. Si, ouais. Il vous voyez, on est tous là en disant, mais c'est pas possible quoi. C'est pas. Vous pensez à Agnès Marin, sa famille ? Mais vous savez, Agnès Marin et toute sa famille, on y pense depuis le 17 novembre 2011. C'est une obsession, ça aussi, vous voyez. Et vous les avez appelés ? Non, mais parce que c'était déjà, tout le monde vous déconseille de de faire quoi que ce soit auprès auprès des victimes et auprès de leurs proches, parce que et puis, et puis, je crois que j'aurais jamais eu la force d'affronter, d'affronter Monsieur et Madame Marin, tout comme j'ai pas, tout comme j'ai jamais eu la force d'affronter les parents de Julie, non plus quoi. Vous voyez, c'est ça aussi, c'est insupportable. C'est d'autant plus insupportable que comme on disait en début de de notre conversation, voilà, c'est, c'est, c'est, on se sent nous, on se sent coupable aussi quoi, en disant, en se disant, mais comment on a fait pour ne rien voir ? Comment on a fait pour croire à tout ça ? Comment on a fait ? Vous savez, c'est, c'est souvent, j'y pense, et et je crois pas que vous l'aviez encore posé cette question, et si vous savez, et si, et si, voilà, et si Mathieu, et si vous, et cetera, et cetera. C'est ces questions auxquelles on n'a pas de réponse quoi. Pas de réponse. Et ça aussi, ça nous ronge par rapport à notre, à notre dire, tiens, si on n'avait pas fait sortir ça, dire, et oui, et oui, oui, et si on était moins con quoi, effectivement. Ouais. Est-ce que vous vous en voulez ? Mais oui, oui, si si on se sent coupable, c'est qu'on s'en veut aussi quoi. Et puis après, il faut aussi imaginer les enjeux du du truc quoi. Vous voyez, c'est une gamine de 14 ans qui a perdu la vie quoi. C'est évidemment, et des parents qui ont plus leur enfant. Et c'est des parents qui n'ont plus leur enfant qui ont ass. Vous l'avez encore ? Oui. En prison ? Oui. Et là, ils ont plus du tout leurs filles. Donc, cette peine, elle est, mais elle est pas, oui, là aussi, ça, ça penser à la famille, évidemment. Et et vous, vous retrouvez à sommet. Qu'est-ce que vous faites ? Vous travaillez ? Vous arrêtez d'aller bosser ? Alors, comment ça se passe ? Ça tombe. Mais là aussi, donc Sophie était incapable d'aller bosser. Donc, je crois qu'elle a été, elle a été arrêtée longtemps, quand même, plus plus d'une année. Après, elle a repris à à mi-temps thérapeutique. Après, elle a été déclarée invalide, mais tout en bossant et cetera. Moi, j'ai été arrêté 15 jours, et puis après, j'avais besoin quoi. J'avais besoin de de sortir, vous voyez. Et et le contact avec les étudiants, voilà, ça, c'était ma thérapie à moi quoi. Donc, j'ai, j'ai rapidement repris le boulot. J'ai rapidement repris le boulot, mais c'était un effort, à m'appeler, c'était, alors, eff, inconscient, certainement, voilà, mais j'ai voulu que que les que les sœurs de Mathieu soient le moins impactées par tout ça. Donc, c'est vrai que j'ai repris aussi ma ma ma vie de de parents d'élèves, j'ai repris, euh, voilà, accompagner les filles à la danse, euh, organiser les anniversaires et cetera, parce que ben, parce que je me disais, je me disais que c'est que ces deux gamines ne ne méritaient d'avoir une vie avec un semblant de normalité, un petit peu comme tout le monde quoi. Ça les a déréglé, elle aussi ? Ah, ben oui, vous imaginez. Oui, oui, ça les a déréglé. Alors, elles ont, elles ont réagi chacune de façon différente. Mais je, oui, oui, oui, je crois qu'à tout jamais, ça les a, ça les a déréglé. Au moment des faits, et puis après, ça les a, malgré tout, façonné. Et puis aujourd'hui encore, elle, voyez, Margot, qui aujourd'hui va avoir 26 ans, elle se comporte avec son frère comme l'aînée. Euh, et puis, elle a une forme d'attention, vous savez, où voilà, Mathieu, il faut bien que tu prennes ton traitement, hein. Mathieu, il faut, tu fais pas le con, hein. Voyez, elle a perdu ce rôle de petite sœur qu'elle avait avec, et elle a inversé le, et elle s'adresse à lui comme elle s'adresserait à une personne en situation de handicap. Vous voyez. On veut, je crois pas tous les quatre, Sophie, Margot, Zélie et moi, non, on n'arrive pas à lui en vouloir. On n'arrive pas à lui en vouloir, parce que c'est les les gestes monstrueux qu'il a commis sont les gestes d'un fou quoi. Et et comment voulez-vous en vouloir à un malade, ben pour ce qu'il a fait ? Ouais, non. Lui en veut pas. Mathieu est sorti de prison, il a pas été jugé. Donc, pour le premier crime, en gros, il a pas eu le temps d'être jugé, puisque un an après, il va tuer cette jeune fille, là, et la violer et cetera. La justice, après, a été condamnée à payer des dommages d'intérêt, je crois, à la famille d'Agnès. Même si 185 000 €, mais même tout l'or du monde, ouais, on est d'accord, ça ne remplacera jamais leur fille. Il y a eu des des des gens qui ont été jugés coupables aussi, des psychologues qui ont examiné. Qu'est-ce qu'il y a eu ? Non, Mathieu a été condamné à la perpétuité. Tous les gens qui ont aidé à sa libération, entre guillemets. Non, après, je, je crois que, mais là, moi, j'ai, nous, on était extérieur à à ça. Je crois que la condamnation de l'État, vous pour condamnation, euh, du système judiciaire qui a failli, de la PJJ qui a failli et cetera. Non, mais après, il n'y a pas eu de personne physique condamnée. Je, non. Et dans votre livre, Parents à perpétuité, vous, vous avez écrit ce livre là en 2016, il est sorti. Sophie et Dominique Molinas, voilà, chez chez Flammarion. C'est sujet très, très compliqué. Vous dites à l'intérieur, vous racontez, on peut lire les mots de Mathieu en fait, qui raconte l'histoire. Il dit, ce qui m'intéresse, c'est de tout foutre en l'air. Je suis chaotique, je n'aime pas l'ordre établi. Je suis quelqu'un de méchant et de sournois. Quand je le fais avec des victimes, donc, en l'occurrence, les violeurs, c'est juste pour les toucher, les atteindre. C'était plus pour leur faire du mal que pour le sexe que j'ai envie. Et de tout anéantir, c'est de les anéantir, donc de les détruire, de les supprimer. Je pense au mal. Ça vous a choqué quand vous avez lu ça aussi ? Ouais. Est-ce que vous le voyez pas comme ça en tant que père ? J'imagine. Non, avant, en tout cas. Mais avant, non. Alors, ça, il le dit à un expert psychiatre, il ne le dit pas à nous, bien sûr. Mais mais vous le lisez quand même ? Oui, mais chaque fois qu'on lisait des expertises, je crois qu'il y en a eu, il y en a eu beaucoup. Et chaque fois, chaque fois, nous, elle nous confortait dans le notre sentiment en disant, vous voyez bien quoi. Vous voyez bien. Là, un gamin de 17 ans qui vous dit ça, c'est, si ça, c'est pas la preuve qu'il est qu'il est atteint d'une pathologie. Je suis pas psychiatre, je sais pas laquelle, moi, mais qu'il est atteint d'une pathologie et que et que c'est cette pathologie qui a amené à faire ces actes là quoi. Voilà. Il a quoi finalement comme pathologie ? Après, est-ce qu'il était repassé ? Alors, Mathieu, une fois qu'il a été condamné, a été diagnostiqué par, vous savez, il a été longtemps incarcéré dans un SMPR, c'est-à-dire, c'est une unité, une unité médicale au sein de la prison. Donc, là, il était suivi par un psychiatre qui nous a dit, puisqu'on était en relation avec lui, qui nous a dit que Mathieu, Mathieu était schizophrène. Et et ce psychiatre a été, a été convoqué devant la Cour d'appel, et il a répété devant la Cour d'appel, Mathieu est schizophrène. Alors, je crois même qu'il a employé une forme de schizophrénie, parce que Mathieu n'entend pas de voix. Mais mais Mathieu a cette capacité, alors, au moment des procès, ils l'ont très bien expliqué, voyez, à se dédoubler. Voyez, Mathieu, à nous, quand il arrive à évoquer les faits, parce que c'est difficile pour lui, c'est difficile pour nous, une fois, il nous disait, voilà, c'est comme si j'étais au-dessus de la scène, voyez, je me vois, je me vois en train de de de commettre, de commettre mes crimes. Euh, je sais que c'est moi, mais comme si j'étais spectateur de la troisième personne. Ouais, mais tout en sachant que c'est lui qui est en train de le faire. Et et bon, pareil, il a commis des crimes. Il vous l'a dit ? Où ? Qu'est-ce qu'il vous a dit ? Il nous dit, non, lui, lui, il est incapable de nous dire que c'est obsessionnel. Ouais, mais ça, il le dit, il le dit à des psychiatres, il le dit à des experts. Ouais. Cette forme d'obsession, vous savez, là, je, nous, Mathieu, il évoque peu, peu. Et et toutes les fois qu'il les évoque, c'est nous qui venons, qui venons le chercher là-dessus quoi. Et après, au bout d'un moment, on a, on a arrêté, parce que parce que je crois qu'il est incapable de de de d'expliquer, d'expliquer ça à ses parents. Vous êtes en prison, vous y allez régulièrement. Vous avez eu des discussions quand même avec lui sur tout ça, ou vous parlez un peu d'autre chose ? Écoutez, aujourd'hui, ça fait 14 ans qu'il est en prison. Aujourd'hui, on parle d'autre chose. Mais oui, oui, oui, on a, on a essayé, on l'a questionné et cetera. Mais soit, soit il n'y arrive pas, soit c'est moi qui me le dis, soit il veut nous préserver en se disant, et et et puis des fois, et souvent quoi, voilà, Mathieu nous le réclame en disant, écoutez, vous n'êtes pas mes thérapeutes quoi. Voilà, il y a des gens ici qui sont là pour, voilà, vous êtes mes parents, et essayez d'être que mes parents. Et et il a 1000 fois raison. On est que ses parents. Et et après, après, et de notre côté aussi, il y a une forme d'incompréhension quoi. Vous dire, au bout d'un moment, moi, j'ai jamais eu cette faculté à me voir en train de faire quoi que ce soit quoi. Je, je, je, voilà. Et après, effectivement, la maladie mentale, moi, c'est quelque chose aussi qui qui m'échappe. Il y a un expert, docteur Daniel Zagury, qui qui est venu, qui a expertisé Mathieu, et qui qui est venu témoigner au de procès. Et il expliquait, alors certainement beaucoup mieux que ce que je vais faire, hein, mais voilà, dans la démarche de Mathieu, le ces passages à l'acte, son délire obsessionnel et d'angoisse de mort, finalement, il passait à l'acte pour se sauver lui, quoi. Vous voyez le truc ? Le truc, oui. Écoutez-moi, avec mon petit vocabulaire, je me dis, le truc de fou quoi. Les les vos filles.

N'ont jamais eu peur de lui. Elles n'ont jamais ressenti de danger. Non, mais écoutez nos filles. Nous, mais mais personne n'a jamais eu peur de Mathieu. Par pour rappel des faits, pour être précis en fait, il, il a fait croire qu'il cherchait des champignons, et au gêne, c'est ça, dans dans les bois. Ensuite, Mathieu a attiré Agnès Marin dans la forêt. Il l'a attaché à un arbre, il a porté plusieurs coups à Agnès avant de de la violer sous la menace d'un couteau. Euh, et après le viol, il a de nouveau battu. Il a 17 coups de couteau. Ben, décédé de ses blessures. Et après, il a son corps avec un bidon d'essence et cetera. Euh, c'est c'est c'est ça ressemble pas à une pulsion. C'est ce que ils disent dans les rapports et cetera, c'est qu'une pulsion. Ça se là, c'est se préparer quand même un peu pour partir avec un bidon d'essence et cetera, machin. Euh, c'est ça, ça peut être quand même relié à de la schizophrénie, ça, d'après le psychiatre qui le voyait. Oui.

Et écoutez, euh, après, euh, aujourd'hui, euh, aujourd'hui, Mathieu a une reconnaissance de la MDPH. Il est considéré comme invalide à 100 %. Mathieu perçoit une allocation adulte handicapé. Mathieu a été intégré dans un NAT, c'est-à-dire un lieu protégé pour le le travail des des personnes en situation de handicap. Mathieu a un traitement. J'ai jamais eu son psychiatre, mais le le les molécules qu'il nous dit qu'il sont prescrites aux schizophrènes. Pareil, j'ai l'occasion de rencontrer des psychiatres qui me disent qu'il est à la dose maximale de de de ces molécules là. Mathieu est suivi par un psychiatre. Voilà, il voit un psychiatre. Mathieu voit deux fois par mois un psychologue. Mathieu a été condamné à une injonction de soin à vie. On va obliger Mathieu à se soigner à vie. Là, là, pareil, qui je suis moi pour dire ce, je dis ce gamin, il a 30 ans. Oui, ce gamin n'est pas malade. Ma psychiatre, moi, qui qui qui qui m'aide, me dit, si vous preniez vous 1 dixième de ce que prend votre fils, vous êtes défoncé pour la semaine. Quand je vois Mathieu, moi, au parloir, ça va. C'est-à-dire que le traitement, euh, sur lui, n'a pas l'effet de le défoncer quoi, mais mais au contraire, le fait de de d'atténuer les symptômes qu'il pourrait avoir quoi.

Vous n'avez pas eu de de nouvelles de la famille d'Agnès Marin ? Est-ce qu'ils ont essayé d'en prendre en, est-ce qu'ils ont essayé de rentrer en contact avec vous ? Non, je pense pas. Non, pas que je sache. Non. En 2016, ils avaient répondu dans une interview dans dans le Figaro. Euh, il parle du livre justement que vous avez écrit. Ils disent, nous trouvons ce livre indécent et ça sorti. N'a pas baissé. Les parents de Mathieu Molinas sont passés plus de temps dans les médias en quelques semaines que nous depuis l'assassinat de notre fille. Il s'agit d'une vraie campagne de showbiz. Vous avez vu ces mots, j'imagine ? Ouais. Ce qui sort et cetera. Écoutez, moi, je vais pas commenter ce que disent et puis et puis vous et puis ils ont le, ils ont tous les droits à nos yeux. Ils peuvent dire voilà, leur fille est décédée, notre fils l'a assassiné. Et je, et vous savez, on s'est tu. On s'est on s'est tu. Et et j'espère que vous l'avez vérifié. Entre l'assassinat, entre le premier vol de viol de Julie et et la condamnation définitive de Mathieu, on n'a jamais parlé à à un média. On a demandé aux deux avocates de Mathieu de ne pas parler à des médias par respect pour les victimes de Mathieu et leur famille, mais aussi par respect pour l'institution judiciaire. Ou mais là aussi, c'est voilà, c'est c'est voilà. On on se disait, on on on ne veut pas influencer en quoi que ce soit le le jugement de de notre fils. Et et une fois que Mathieu a été condamné, et une fois que Mathieu nous a dit, on arrête les procédures judiciaires et j'accepte ma condamnation, euh, je, moi, Dominique, j'ai ressenti le besoin de, oui, le besoin de de de parler.

Par vous avez fait ce livre ? Oui, c'est pour ça que ma question d'après, mais pourquoi vous avez écrit ce livre ? C'est dans quel but ? Pourquoi on a écrit ce livre ? Parce que pareil, en nous, on a été pendant toute la procédure judiciaire et encore aujourd'hui quoi. Voilà, on fait on fait passer Mathieu pour voilà, Mathieu est un monstre. Et moi, ça, je, ça, c'était, c'était insupportable. Mathieu a commis des des des des des actes monstrueux, ça, il y a il y a personne qui vous dira le contraire. Mais Mathieu, c'est mon fils, voyez. Et et et les actes monstrueux et le monstre qu'il est, certainement, je ne le connais pas, je ne l'ai jamais côtoyé, vous voyez. Et et et puis après, il y avait aussi le, moi, j'avais, j'ai pas accepté, j'ai pas accepté la condamnation de Mathieu, c'est vrai. Non, perpétuité pour moi, pour un gamin de 16 ans et 17 ans, c'est et et la preuve que, la preuve que je ne suis pas tout seul à penser ça, puisque aujourd'hui, on ne peut plus condamner un mineur à perpétuité. Aujourd'hui, alors peut-être que les événements politiques feront que ça change, mais en 2011, c'est en 2017, je crois, on ne peut plus condamner un mineur à perpétuité. Le législateur a décidé que ces peines là de à perpétuité n'étaient plus adaptées pour les mineurs. Et et puis en même temps, j'allais vous dire, qu'est-ce que ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire de de d'enfermer un gamin de 17 ans à vie ? Mais le problème, c'est que les parents ne verront jamais leur fille à vie. Ou c'est ça le tout le, ouais, ouais. Oui, c'est c'est ça tout le problème. H. C'est vrai, hein. C'est enlever une vie quoi. C'est c'est dernière chose. En même temps, des mineurs qui enlèvent des vies, Mathieu, malheureusement, n'est pas le premier. Des mineurs qui ont été condamnés à la perpétuité, Mathieu, non seulement c'est le premier, parce que avant lui, il y avait eu Patrick Dils, mais il a été reconnu innocent. Et non seulement c'est le premier, mais c'est le dernier et l'unique, vous voyez. Et et donc effectivement, si tous les gens qui et tous les mineurs qui ont enlevé une vie doivent rester en prison à vie. Et et puis après, Guillaume, la la la condamnation, mais ça, je, ça, je vous demande de me faire confiance. Je le pensais avant avant que Mathieu fréquente des juges. La la condamnation, ça a un sens. Ça ça ça ça a un sens. Et effectivement, pour le condamner, il doit se saisir de sa peine. Effectivement, pour pour avoir, oui, pour pour se racheter et cetera quoi. Là, quand on condamne un gamin de 17 ans à la perpétuité, c'est quoi le sens de la peine ? Le sens de la peine, c'est un déchet. On va, c'est dire, tu as enlevé une vie, tu as pu la tienne, mais ça, on te tue pas. H. C'est déjà bien à une époque. Ouais, à une époque, il aurait été certainement guillotiné. Ouais, ouais.

Is dernière chose sur les parents d'Agnès. Ils disent à la barre, Monsieur Daniel Agnès a dit que Mathieu était un un tueur en série en puissance et que c'était un manipulateur. Il a commis une succession d'actes prémédités dans la folie a été exclu. Tout est parfait, tout était parfaitement réfléchi. Il ne se fera prendre que parce qu'Agnès a eu le aura eu le temps de se de le griffer au visage et que c'est marqué le trait d'union. Or, dans leur livre, les parents de Mathieu plaident la maladie mentale de leur fils et ce pour le faire sortir de prison et dire qu'ils n'y sont pour rien. C'est ignoble. Ils ne sont pas d'accord avec vous sur ce point-là. H. Écoutez, que les choses soient claires. On ne réclame pas et on n'a jamais réclamé que Mathieu soit soit libre. Voyez. Moi, j'ai eu la joie et le bonheur d'être élevé par des gens qui par mes parents qui ont qui ont fait toute leur carrière en psychiatrie dans les hôpitaux psychiatriques. Il y a des gens qui sont enfermés, mais qui sont soignés. C'est c'est c'est c'est pas l'enfermement qu'on met en cause, c'est le soin. Et et et pareil, euh, on soigne les gens dans les hôpitaux en prison. Et et vous savez, euh, Mathieu, encore aujourd'hui, ne s'imagine jamais libre. Jamais. Bien évidemment qu'il sortira un jour, puisqu'en France, on sort. Hein. Euh, mais mais lui, là, quand il vous l'évoque, et c'est rare quand il évoque, il vous dit, voilà, quand je sortirai, je serai hospitalisé. Quand je sortirai, il faudra me trouver une clinique. Quand je sortirai, vous voyez, il se voit pas libre et il ne le réclame pas. Et et et là aussi, il faudrait qu'à côté de moi, il y ait un psychiatre. C'est pour quelqu'un de normalement constitué psychologiquement, c'est c'est impensable. Et et on n'essaie pas de le faire passer pour un malade. Ça, il faut. Et Monsieur et Madame Marin, là-dessus, se trompent. On n'essaie pas de le faire passer pour un malade. Et et et le fait d'être malade n'atténuera. Mathieu est condamné là, hein. C'est terminé. Là, tout tout ce que je fais, le livre et cetera, ça n'atténuera en rien la condamnation de Mathieu. Et c'est pour ça qu'on a voulu se taire nous pendant toute la procédure. Si j'avais voulu le faire passer pour un fou, c'était avant pour essayer d'influencer, comme comme d'autres font en disant, non, on n'a rien dit.

Vous l'avez vu le film ? Ouais. Vous étiez sur le tournage ? Non, je n'ai pas été sur le tournage. Vous avez donné les indications avant réalisateur pour essayer d'être le plus proche ? On a rencontré le réalisateur, on a rencontré la scénariste. On connaît Laurent Caldi, le producteur, depuis depuis longtemps. Euh, oui, on a participé à à notre petit auteur. Ouais. Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Quand quand je regarde le film, je je ne vois pas les acteurs. Je me vois moi, je m'entends, j'entends Sophie, j'entends les filles, j'entends Mathieu, quoi. Donc, je, écoutez, des gens qui sont moins concernés que moi m'ont assuré que c'était que c'était un film de qualité qui retranscrit un peu ce et qui retranscrit et qui retranscrit les quelques messages qu'on voulait faire passer. Ils ont changé les noms et les prénoms. Oui, ils ont changé les lieux. Ils ont changé. Et c'est très bien. Ce n'est pas fait apparaître les victimes. Oui. Non, ça, on l'avait demandé. On avait dit, il est hors de question que les victimes, ni leur famille d'ailleurs, ni oui, c'est une demande de votre part. On l'avait demandé, mais enfin, on n'a pas, je crois pas qu'on ait eu, on n'a pas eu beaucoup à insister. Je crois que et et le producteur et le réalisateur, c'était c'était des évidences pour eux. Je vous mets le lien en cliquable sous la vidéo si ça vous intéresse pour le livre et pour le film qui est diffusé sur France 2 ou le replay. Voilà, il y aura le lien en cliquable dessous.

Comment va votre femme aujourd'hui ? Écoutez, ça va de mieux en mieux. Et moi, de moins en moins bien, c'est vrai. Ouais. Ben, en fait, vous savez, bon, ça, c'est ma psy qui qui m'aide là-dessus. Mais voilà, j'avais une mission, c'était c'était de de faire en sorte que que que que nos filles soient le moins impactées. Et c'est vrai qu'il y a 2 ans, Margot a obtenu son diplôme d'architecte. Zélie a été admise brillamment à Sciences Po. Et pour moi, voyez, c'était mission accomplie. Et donc, je me suis autorisé à à enfin lâcher. Voyez, un peu. Voilà. Et donc, en lâchant, et oui, donc voilà. Donc, on, ça veut dire quoi, enfin lâcher ? Ben, à tomber moi aussi dans un épisode dépressif, beaucoup moins, beaucoup moins profond que que Sophie a connu. Mais voilà, ça fait 2 ans que je suis arrêté, que je travaille plus parce que je peux pas. Ah, c'est vrai ? Ouais. Et là aussi, vous savez, moi, j'en ai pris à peu près plein la gueule quoi. C'était, mais c'était, mais comment vous faites pour aller bien ? Quoi ? Monsieur Molinas, ça, ça va ? Non, euh, fois vous vous êtes vivant, vous bossez et cetera, comme si c'était comme si c'était naturel quoi. Non, c'était, c'était parce qu'il fallait conserver un capitaine à la barre quoi, pas plus. Et que Sophie ne pouvant pas, ben, c'était moi.

Votre quotidien, il est régi par les visites à la prison ? Non, pas notre quotidien. Mais on voit Mathieu parce qu'il est très éloigné de notre domicile. On voit Mathieu une fois par mois. Euh, depuis le Covid, il a le droit d'avoir un téléphone. Donc, il nous appelle. Alors lui, a le droit de nous appeler, nous, on n'a pas le droit de l'appeler. Donc, là aussi, les conversations, elles sont écoutées et cetera, hein, c'est carcéral quoi. Donc, il nous appelle deux fois, deux fois par semaine. Et on le voit une fois par mois dans le cadre de parloir derrière une vitre ? Non, non, non. En France, les parloirs, c'est on est dans face à face. Oui, face-à-face. On peut vous toucher ? Oui. Votre femme va aussi le voir ? Oui. Avec vos filles ? Oui. Alors les les filles, là, grandissent et puis elles sont fort occupées, donc elles viennent moins souvent. Mais oui, oui, elles. Et et puis on essaie, voilà, de conserver une vie familiale. Voyez, la dernière fois que les filles ont vu leur frère, c'était pour les, c'était pour Noël quoi, pour des moments voilà, qui nous semblent nous importants.

Qu'est-ce que vous voyez pour votre pour la vie de votre fils quand il va sortir ? Je ne vois pas grand-chose. Je sais pas, voyez. Je je sais pas. Je suis, je suis plein d'espoir en me disant que que la médecine fait des progrès tous les jours. Pourquoi pas un jour ? Et puis, vous savez, il y a il y a un expert psychiatre, docteur Blacher, qui au moment des procès a été Mathieu l'a interrogé quoi, en disant, docteur, est-ce que vous pensez qu'un jour je pourrai être normal ? Et le docteur Blacher lui a répondu, normal, je sais pas, mais un jour vivre normalement, oui, avec avec un traitement qui pourrait évoluer et cetera et cetera. Et puis, vous savez, ça a été un tel fiasco entre les deux affaires. Moi, l'avenir de Mathieu, je le vois, je le vois encadré, mais pas par ses parents, et surtout pas par ses sœurs quoi. Voilà. C'est si un jour il sort, ben, j'espère que que toutes les précautions seront prises pour que effectivement, il puisse être accompagné, soigné et cetera, pour que pour que jamais plus il puisse faire l'irréparable.

Et votre avenir à vous, pour finir ? Mon avenir à moi, écoutez, ça va. J'ai 55 ans. Mon avenir à moi, oui, je le vois, je le vois auprès de mes enfants, auprès de mon épouse, reprendre le boulot un jour. Oui, oui, oui, oui, oui, ça, oui, oui, oui, ça ne saurait tarder. Ouais. Merci beaucoup. Merci à vous d'être venu. C'est pas facile, hein, de faire ce qu'on a fait. Non, non, ce n'est jamais facile. Pendant une heure et demie, parler d'une affaire comme ça, et et c'est tellement difficile dans dans les deux sens. C'est on se met à la place de la famille Daniel, c'est abominable. Et vous aussi. Oui. Et vous savez, c'était aussi le sens, c'est c'est c'est une collègue un jour qui m'a dit, tu sais, avant avant de te voir à la télé et de connaître ton histoire, jamais je ne m'étais mis dans la peau de de dans dans la peau d'un parent ou de quelqu'un qui côtoie un criminel. On a tous, me semble-t-il, cette capacité là à se mettre à la place des victimes. Mais derrière chaque victime, il y a des auteurs quoi. Quoi. Et et on avait un ami poète, malheureusement, il est décédé, euh, qui une fois en plantant nous disait, mais tu sais que même Landru, il avait une petite maman quoi. Petite maman, ça nous avait fait sourire. Mais oui, même Landru avait une petite maman quoi. Eu le livre, je je remets le lien si vous voulez aller le chercher chez vos parents en perpétuité chez Flam, Marion, Sophie et Dominique Molinas. Et je vous mets le lien du du du film aussi diffusé sur France 2, qui s'appelle aussi Parents à perpétuité. Et si vous voulez le voir en replay, il est du coup en cliquable sous la vidéo. Merci à vous tous. Merci Dominique d'être venu d'avoir fait le retour pour venir nous raconter votre histoire. Eu merci à vous tous d'avoir suivi. J'espère que ça vous a plu l'émission. On en fait trois par semaine, trois interviews tous les mercredis, vendredis et dimanches. En podcast audio aussi. Merci si vous nous écoutez sur Spotify, Deezer, Google Podcast ou Apple Podcast. Vous êtes de plus en plus nombreux. On est numéro 1 des podcasts en ce moment. Aujourd'hui, tournage, donc c'est vraiment génial. Merci beaucoup à vous tous. Continuez de vous abonner de plus en plus nombreux sur notre chaîne YouTube aussi, Légende. N'hésitez pas à liker la vidéo, à mettre en commentaire si vous en avez pensé, à réagir à tout ce que l'on a abordé comme sujet durant l'émission. J'aime beaucoup lire les les commentaires après le soir et regarder un peu ce que vous en avez pensé. Mettre la petite cloche si vous voulez aussi être au courant de la prochaine sortie de vidéo. On vous embrasse tous. Merci à toute l'équipe d'avoir préparé l'émission, d'avoir lu avec avec toute l'équipe le livre, regardé les films, noter les questions, tout préparé pour essayer de faire une émission la plus la plus juste possible. Voilà, je vous embrasse fort et à la prochaine. [Musique] [Musique]