Transcription
Bonjour les petits infidèles ! Pourquoi est-ce qu'on n'a pas le droit de tromper dans notre société ? Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi c'était comme ça ? Pourquoi on est monogame ?
Dans notre société actuelle occidentale, puisque vous n'êtes pas sans savoir qu'ailleurs, c'est pas forcément comme ça, on est très majoritairement monogame. On doit voir qu'une seule personne et on n'a pas le droit de la tromper. Même si oui, bien sûr, dans les milieux de bobos intellos, il y a des couples libres et des polyamoureux. Mais on est d'accord que dans une très très large majorité, notre société est monogame. On a qu'un seul ou qu'une seule partenaire et on lui doit fidélité.
Or, vous aurez peut-être constaté qu'il y a beaucoup de gens infidèles, quand même. Si j'en crois les statistiques du Dauphiné, il y a environ 40% des Français et des Françaises qui sont ou ont été infidèles. Un peu plus les Français que les Françaises, d'ailleurs. Donc on peut se demander pourquoi ce modèle monogame, vu qu'apparemment, c'est pas vraiment tenable comme ambition par presque la moitié des gens. Et c'est d'ailleurs le postulat que font les gens en couple libre, bien sûr. Et puis on peut aussi se demander quel intérêt d'être monogame puisque si on est monogame, logiquement on diminue les possibilités de reproduction de l'espèce. On a moins de gens avec qui faire des enfants. Donc qu'est-ce qui fait que la société en Occident est organisée comme ça, et ce depuis très longtemps ?
Salut à toutes et à tous, vous qui avez déjà trompé, été trompé, ou avez eu envie d'ouvrir votre couple, pour voir si la banane était pas plus verte ailleurs ? Je suis Manon Bril, vous regardez C'est une autre histoire et aujourd'hui on va se demander pourquoi on se fait chier à tenter, au moins tenter, de rester fidèle à la même personne toute notre vie, alors que c'est elle qui finira par partir avec sa secrétaire à la crise de la quarantaine en vous laissant les deux gamins. Bienvenue ! Installez-vous, prenez un petit plaid, on va passer un petit moment ensemble.
Mais avant de commencer, tout de suite, c'est l'instant sponso. Alors, on a un partenaire trop stylé pour cette vidéo. Je suis trop contente de taffer avec eux, parce que c'est Too Good To Go ! Une appli qui lutte contre le gaspillage de nourriture et cela en plus en vous faisant accéder à des repas moins chers. Le combo parfait, j'ai envie de dire. Mais attendez, c'est même encore plus parfait parce qu'au passage, et ça j'adore, ça vous déleste un peu de charge mentale. Démonstration. Moi, en ce moment, je suis en tournée à travers la France, avec le spectacle, donc je suis chez moi que deux ou trois jours par semaine. Et quand je reviens, le frigo est vide. Sad. La tristesse. Et moi, je suis explosée de fatigue physique et émotionnelle. Donc aller faire les courses, mais encore plus avoir des idées de menus. Voilà. Du coup, quand je reviens, hop là, je pose la valise, je sors mon appli et je cherche un petit repas autour de chez moi vers Pantin, vers le 19ᵉ, vers le 20ᵉ, vers Bagnolet, vers Aubervilliers, oui bon, ça va, tu peux faire toutes les villes Manon, que je peux aller récupérer tout de suite. Donc voilà, c'est ma nouvelle routine. Je scroll sur l'app, je regarde le type de bouffe qui pourrait me plaire, hop, je booke un petit panier surprise. Par exemple, dans tel resto de sushi, dans telle boulangerie. On peut même faire des courses, directement les courses. Et en plus il y a même une option livraison pour se faire livrer ses colis anti-gaspi. On peut le voir dans l'onglet “Livraison” de l'application. Ça, c'est pour les jours où j'ai vraiment giga la flemme. Ça arrive, on va pas se mentir.
Alors là, tout de suite, je vais aller me chercher quelque chose de cuisine asiatique parce que c'est mon truc préféré dans la vie, donc je sais que je vais être contente quoi qu'il y ait. Bref, je trouve ça très pertinent, puisque figurez-vous que 40% de la nourriture qui est produite est gaspillée. Donc évidemment, c'est aberrant. Alors, j'ai eu tellement de trucs pour cinq balles. J’ai dépensé cinq balles. Déjà, j'ai une barquette remplie de sushis, je mangerai ça ce midi. J'ai eu une autre barquette avec des nouilles... Oh là là, je vais bouffer sa mère. Et encore une autre barquette. En gros, il y a trois repas, plus un petit dessert, des petits beignets. C'est ouf pour cinq balles. Bah ravie, ravie ! Ça, c'est mon sac Too Good To Go que Too Good To Go m’a envoyé pour la promo. Vous n'aurez pas ce sac, mais n'importe quel sac fera l'affaire, bien sûr. Donc, avec Too Good To Go, non seulement on peut contribuer un petit peu à diminuer ce gâchis de nourriture, mais en plus, on va manger pour moins cher. Et si comme moi, vous avez pas trop d'idée de quoi manger, que vous êtes fatigué et tout, que vous en avez marre aussi de tout le temps manger pareil. Je sais pas vous, mais moi j’achète tout le temps les mêmes trucs, je fais tout le temps les mêmes recettes. Bref, là ça permet aussi de diversifier. Donc voilà, on télécharge l'appli, on sauve un panier surprise du gaspillage et au passage on découvre des nouveaux commerces autour de chez nous. Et évidemment, j'ai un petit code pour vous. Donc hop, vous téléchargez l'appli, avec le code HISTOIRE25, vous avez une réduction de 1,50 € sur votre premier panier surprise. C'est valable jusqu'au 31 mars et c'est valable uniquement pour les nouveaux/nouvelles utilisateurs/utilisatrices. Foncez vite, vous avez le lien en description bien sûr. Bref, moi je dis merci à Too Good To Go, merci de me permettre de financer les vidéos de la chaîne que vous pouvez regarder gratuitement.
Et maintenant, on va se lancer dans la grande Odyssée de la monogamie. La première chose que vous voulez sûrement savoir : est-ce qu'on a toujours été monogame comme ça ? Oui, on a envie de se demander : c'était comment à l'origine ? Est-ce que nos ancêtres préhistoriques étaient monogames aussi ? Ça revient à se poser la question de la biologie. Est-ce que c'est naturel pour notre espèce d'être monogame ? Ou est-ce qu'à la base elle était polygame ? Sauf que ça, mes petits potes, c'est des fausses questions, c'est des questions même claquées au sol. Attendez, avant de rager, je vous explique. Tout simplement parce qu'il n'y a pas d'origine. Il n'y a pas de point zéro, d’accord ? Il n'y a pas de *pouf* un être vivant qui apparaît comme ça, comme dans la Bible. Et du coup, ça serait ça, son vrai état. C'est littéralement un mythe, ça. La vie, c'est juste un chemin continu et il y a toujours un truc avant. Jusqu'à du moins, remonter suffisamment loin pour que ça ait plus rien à voir avec les humains, d’accord ? Donc chercher comment c'est à l'origine, ça n'a pas de sens. On est sur une route en continue et cette route, elle nous façonne tout le temps. Mais c'est normal que vous ayez envie de vous poser cette question parce que c'est comme ça qu'on a appris à penser dans la société occidentale justement, qui différencie nature et culture. Les philosophes des Lumières, ils ont énormément planché sur ce que ça pourrait être, “l'état naturel d'origine”, avant la culture, et qui serait donc le parfait état biologique de l'Homme. Ça n'a pas de sens. Tout les groupes humains, ils ont une culture. C'était leur grand fantasme, et au passage, c'est devenu une marotte de l'idéologie identitaire qui veut trouver de la pureté dans notre sang, dans nos origines, dans nos traditions alors qu'il n’y en a pas. C'est pas bien ou pas bien, c'est juste comme ça. C'est ainsi qu'est faite la vie. C'est un chemin qui n'a pas de début, qui n'a pas de fin et qui modifie ses promeneurs en continu et qui se mélangent aussi à ce qu’ils croisent sur la route, si je peux utiliser cette métaphore.
Donc aujourd'hui, en Occident, on est très majoritairement monogame. C'est pas parce que c'est naturel ou pas naturel chez l'humain, c'est parce que les autorités et la société ont imposé des normes, des règles, des mœurs. Les autorités civiles et religieuses, au fil de l'Histoire, en Occident, elles ont eu une volonté croissante d'uniformisation de nos modèles familiaux et ont posé des règles et des injonctions aussi bien morales que sexuelles, que sentimentales, avec des interdits qui s'immiscent dans le quotidien des gens. Ensuite, même si on voulait regarder comment c'était à la préhistoire, le problème de la préhistoire, comme vous le savez, c'est qu'on a très très peu de traces. Ça ne veut pas dire qu'on peut rien déduire, mais ça veut dire qu'on fait surtout énormément d'hypothèses. C'est intéressant les hypothèses, ça fait avancer la science, mais ce sont des hypothèses. Attention, hein, je répète, il y a des trucs qu'on peut établir avec certitude. On peut lire dans les miettes que la préhistoire nous a laissées et les spécialistes de la préhistoire, ils sont hyper impressionnants pour ça. Le nombre de trucs qu'ils arrivent à déduire de tout petit bouts d'Histoire comme ça. J’avais fait cette vidéo sur le sujet, mais très souvent aussi ils et elles sont obligés de proposer des hypothèses. Et en plus, par-dessus tout ça, la préhistoire c'est immense, ce sont des centaines de milliers d'années, donc il y a même pas une seule réponse unique, ok ? Il y a eu des tonnes de groupes humains différents. Bref, pour toutes ces raisons, je vais sauter la préhistoire, ok ? Et on va commencer directement dans l'antiquité, à une période où on sait comment est organisé le couple et surtout parce que c'est une période qui a contribué à façonner la société dans laquelle on est aujourd'hui. Puisque c'est ça qu’on voulait comprendre à la base, pourquoi on est monogame, en très large majorité, on est monogame et censé être fidèle, aujourd'hui, en France.
Alors, j'ai mis pour titre “avant la monogamie”, mais plus précisément, je voulais dire “avant la monogamie telle qu'on l'entend aujourd'hui”. La monogamie moderne, la monogamie donc, où tu es censé voir qu'une seule personne. Parce qu'en Grèce ancienne, on peut dire qu'on est monogame, mais c'est pas le même “monogame” qu'aujourd'hui, c'est la monogamie du mariage, mais pas la monogamie des partenaires. Pour les hommes, bien sûr, évidemment, puisque la société grecque, elle est super patriarcale, donc les femmes n'ont pas les mêmes libertés. Donc, pour les hommes, tu as une femme officielle, mais tu as aussi d'autres partenaires et c'est normal. On a Apollodore au IVᵉ siècle avant notre ère qui dit, je cite : “Les courtisanes nous les avons pour le plaisir ; les concubines pour les soins de tous les jours ; les épouses pour avoir une descendance légitime et une gardienne fidèle du foyer.” Voilà, donc société patriarcale, les femmes au service des hommes, la société qu'il décrit, c'est ce qu'on appelle l'époque classique. C'est entre le Vᵉ et le IVᵉ siècle avant notre ère et dedans, en effet, la femme qui est l'épouse, elle est sous la tutelle du mari, elle reste au gynécée, c'est la partie de la maison qui lui est consacrée et elle est la mère des enfants légitimes qui vont hériter. Ça permet d'assurer la descendance et la transmission de la citoyenneté. Donc c'est un mariage monogame. Oui, tu n’épouses qu'une seule personne, mais par contre, le concubinage, les partenaires, c'est pas du tout exclusif. C'est tout à fait normal que les hommes aient d'autres relations, et d'ailleurs aussi des relations avec des hommes, mais ça, c'est une autre histoire.
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À mes yeux, le secret de la longévité du couple. Mais ça, c'est une autre histoire. Abonne-toi. Vous êtes abonné ? Pas si vous êtes des merdes. Si, je prends tout le monde. On continue. Notez qu'au passage, à toutes les époques, il y a toujours des gens pour remettre en cause le modèle établi et pour le critiquer et pour vivre autrement. Par exemple, c'est le cas du philosophe cynique Cratès, “cynique” c’est un courant de philosophie, IVᵉ/ IIIᵉ siècle avant notre ère. Lui, il parle de la tragédie du mariage.
Et donc ce qui se passe et ce qui est le facteur le plus important dans l'installation de la monogamie moderne telle qu'on la connaît aujourd'hui, c'est que ce sont les autorités qui l'imposent et la forge, les autorités morales, religieuses et civiques. Exemple, cette fois à Rome, où, figurez-vous qu'il arrivait aussi que les couples fassent résidence à part, hé bien l'empereur Auguste, à qui ça ne plaît pas trop, va promulguer une série de lois pour standardiser et surtout mettre dans un carcan le modèle familial. Il y a une loi carrément contre le célibat, une loi contre l'adultère, une loi nataliste. Et ces lois, en gros, elles sanctionnent les couples sans enfants et les célibataires, notamment en taxant leurs héritages. Ce sont aussi des lois qui interdisent certains types d'union à certaines catégories de la population. Les sénateurs ne peuvent plus épouser les courtisanes, les affranchies ou les actrices. Bref, l'autorité normalise donc, c'est-à-dire qu'elle impose des normes. C'est très important pour notre sujet. Auguste, c'est l'empereur qui est au pouvoir quand Jésus-Christ naît. Donc, dans ce Iᵉʳ siècle de notre ère, on est déjà dans le durcissement de la formule quand va débouler le changement culturel qui a peut-être le plus façonné notre société actuelle, à savoir, le christianisme.
L'Ancien Testament dit que Dieu a créé la femme pour que Adam ne soit plus seul. Et bam, voici le couple originel, les OGs Adam et sa go Ève, créée à partir de sa côte, donc littéralement, elle procède de lui et Dieu leur ordonne de se reproduire. Donc une bonne justification du couple monogame reproductif. Très peu étonnant, vu que les rédacteurs de l'Ancien Testament vivent déjà dans une société monogame qu'il faut justifier. Alors certes, il y a des exemples de polygamie dans la Bible, mais le modèle que l'Église cherche à imposer au fil du temps, c'est bien le couple uni, indissoluble et éternel. Et c'est là que commence à s'imposer l'idée que le couple ne peut pas exister hors mariage. Et l'Église va faire une série de règles très strictes pour imposer la monogamie chrétienne entre 750 et 850. Donc attention, je vous rappelle, il y a toujours la théorie, la règle et la pratique, qui peuvent être bien différentes. Et si l'Église fait autant de règles, c'est bien parce que les gens se comportent différemment. C'est pourquoi elle en vient à donner au mariage un statut sacré. Ce qui n'était pas le cas avant, ok ? Le mariage n'est sacré que depuis le concile de Vérone de 1184. Donc ça fait 1000 ans. L'Homo sapiens, notre espèce, ça fait 300 000 ans qu'elle existe, ok ? Concile où le pape Lucius III fait entrer le mariage dans la liste des sacrements. Avant ça, Dieu ne s'occupe pas de votre mariage, mais là, bam, du jour au lendemain, c'est un saint sacrement, indispensable pour aller au paradis. Pratique quand presque toute la société est croyante et veut aller au paradis. Autre règle : le Concile de Trente qui a eu lieu entre 1545 et 1563, oui, une très longue réunion, imagine si ils avaient eu les mails, établie l’excommunication des concubins, donc les gens en couple, mais qui le sont hors mariage et excommunication, ça veut dire que t’es tej de la religion et ça aussi ça fait peur quand tu veux aller au paradis. Conséquence de tout ça, tout le monde va se marier fissa. Et là, je vous donne une statistique en exemple qui fait un peu loucher au XVᵉ siècle à Lyon, il y a seulement 1% des gens qui sont célibataires et non mariés.
Et alors, en dehors d'un contrôle moral et d'une emprise que l'Église veut asseoir sur la société, il est fort possible que ce soit aussi une question de contrôle économique. C'est le postulat de l'historien et anthropologue Jacques Goody dans son livre L'évolution de la famille et du mariage en Europe. Il dit que dès le VIᵉ siècle, l'Église, en réduisant les possibilités d’unions, notamment entre cousins trop proches pour des raisons morales et sanitaires qui nous paraissent normales aujourd'hui, mais c'est aussi un moyen pour l'Église de modifier le système de transmission du patrimoine à son avantage. Et l'historien nous dit qu'avec ce système, c'est plus compliqué de mettre au monde un héritier légitime, il y a moins de possibilités quoi, et donc il en découle un transfert de propriété et de richesse au profit de l'Église, qui récupère des legs et des donations. Et au final, elle devient même le plus gros propriétaire de l'Occident. Ok, donc en tout cas, si on a plus qu'un seul partenaire, (en théorie, toujours) hé bien ça veut dire aussi qu'on n'a plus qu'une seule personne avec qui faire du sexe. Et ça, pareil, c'est très différent de comment c'était dans l'antiquité. La sexualité, maintenant, ne doit se faire qu'au sein du mariage. Et même, d'ailleurs, le moins possible, parce que le but c'est juste de procréer mais pas de prendre du plaisir, attention. Et là c'est bon, on est parti pour des siècles de domination de l'Église avec ce modèle qui s'établit même si je le redirai toujours, il y a les règles et il y a la pratique, exactement comme aujourd'hui. Donc il y a des exceptions, il y a beaucoup de gens qui suivent pas la règle, etc, you know. Mais en tout cas, ce n'est plus normal d'avoir des partenaires en dehors du mariage et ce n'est plus normal d'en avoir plusieurs. Ce n'est plus la règle de coucher avec d'autres gens, même si oui, on sait très bien que ça se fait abondamment d'avoir des maîtresses et d'aller au bordel.
Par contre, il y a la question de l'amour. Et l'amour, c'est quelque chose qui peut exister en dehors de ton mariage, parce que c'est pas forcément physique. Le mariage, c'est pour procréer, fonder la société, transmettre le patrimoine. Mais vous connaissez par exemple l'amour courtois. Voilà, l'amour courtois, c'est le chevalier qui déclame des trucs à une dame, mais normalement il n'y a pas de touche-pipi. Donc le mariage, c'est pas forcément question d'émotion, ça peut, mais les émotions, elles ont droit d'exister en dehors. On n'est pas encore dans le : “tu dois être amoureux de ton partenaire” on est juste dans le “tu dois te marier sinon t’iras pas au paradis”.
Mais attendez. Car voici venir au loin le rouleau compresseur du XIXᵉ siècle qui va passer par là et terminer d'enfermer à une seule personne non seulement notre corps, nos biens, mais maintenant en plus, nos sentiments. Alors le XIXᵉ siècle aussi kiffe la monogamie, mais va utiliser d'autres leviers pour l'entériner. Hé oui, parce qu'il y a eu la révolution entre temps. Et la révolution, ça rompt pas mal avec les valeurs de l'Église parce que l'Église est très attachée à l’Ancien régime. Mais attention, déjà, c'est quand même très relatif parce que les gens sont croyants, et surtout la révolution c'est très citadin, mais dans les campagnes, c'est pas la même, et la France est alors extrêmement rurale. Mais du coup, c'est dans ce XIXᵉ siècle que c'est l'amour qui va devenir le moteur principal du couple. Et ceci en grande partie grâce ou à cause, je sais pas trop, des romantiques. Les romantiques, voilà, c’est ce courant artistique qui adore les sentiments, la passion et tout, qui est fan de Roméo et Juliette, pièce qui date d'avant bien sûr, mais qui est méga jouée dans les années 1830 à Paris, etc. Et voilà, c'est parti pour toute une génération de romantiques : écrivains, musiciens, peintres, des Delacroix, des Victor Hugo, des Berlioz, etc. Et on se met à crouler sous les pièces, les œuvres, les romans, les compositions, les peintures qui chantent l'amouuur. Mais surtout la fusion amoureuse, avec une seule autre moitiée, la passion et donc le drame. Et à l'inverse d'ailleurs, la littérature présente souvent le mariage comme quelque chose de négatif. Exemple : la Madame Bovary de Flaubert qui dépérit dans son mariage et du coup prend des amants.
Or, c'est en même temps le moment d'une profonde transformation de la société. Je vous ai dit début XIXᵉ, à l'issue de la Révolution et tout, voilà, la France est encore très rurale, mais avec le boom de l'industrialisation, c’est le grand moment de l'exode vers les villes pour trouver du travail dans les usines. Et donc il y a beaucoup de jeunes qui se retrouvent dans un tout nouveau contexte et qui ne vont pas passer par les canaux traditionnels, par les réseaux familiaux du village pour régler leur vie de couple. Sous-entendu : beaucoup moins de mariages arrangés. Donc il faut développer des nouvelles stratégies de rencontres. Surtout, c'est vous qui allez trouver votre partenaire. Et comme l'amour est à la mode et que les parents ne mettent plus le nez dans vos affaires, on va choisir beaucoup plus des mariages d'amour. Ce qui pouvait exister avant, attention, mais ce n'était pas du tout indispensable pour se marier et surtout l'amour pouvait se passer en dehors du mariage, comme on a dit. Donc voilà, maintenant on va au bal chercher son ou sa partenaire. C'est le début des petites annonces et souvent à ce moment-là, on privilégie le concubinage au mariage en délaissant les formes traditionnelles du couple, donc procréation et transmission du patrimoine. Donc l'industrialisation a pour effet de casser les structures familiales traditionnelles et le romantisme contribue à affirmer le couple comme une identité autonome en dehors de sa famille. Et du coup, comme le couple, c'est aussi la sexualité (en théorie, toujours, souvenez-vous) hé bien, maintenant que le couple c'est l'amour, ça veut dire que la sexualité, ça doit aussi être l'amour. Donc ça y est on a tout réuni dans la même personne, ton ou ta partenaire de vie pour procréer, la personne avec qui tu dois coucher, la personne que tu dois aimer.
Par contre, le fait que les schémas traditionnels de la famille soient un peu ébranlés par des nouvelles formes, par plus de concubinage, notamment de la part des classes ouvrières, ça fait peur à la bourgeoisie. Il y a carrément une baisse des mariages au milieu du siècle. Oh mon Dieu, comment on va faire ? Et pire que ça, le romantisme infuse partout, même chez les bourgeois qui sont normalement les garants des bonnes mœurs. Donc là, c’est la panique, ok ? Il y a des gens qui paniquent. Exemple : Flaubert, pour sa Madame Bovary, il se prend un procès, un procès pour outrage à la morale publique. Alors vite, il faut remettre dans le droit chemin la classe ouvrière qui est celle qui se met le plus en concubinage avec les domestiques. Et là, on a plein de bonnes œuvres pour aider ces pauvres petits ouvriers perdus, comme par exemple la Société charitable de Saint-François-Régis qui propose d'aider les classes populaires à se marier en leur faisant leurs démarches administratives et carrément en les finançant. Elle propose aussi des genres de thérapie de couple avant l'heure pour aider les couples qui battent de l'aile et qu’ils restent bien ensemble jusqu'à ce que la mort les sépare. L'État aussi œuvre dans ce sens et rend gratuit, en 1846, les actes à fournir pour se marier pour les personnes qui ont un certificat d'indigence, un certificat de pauvreté, en gros. Et ceci va évidemment s'accompagner d'une politique nataliste encore plus forte après la Première guerre mondiale, puisqu'il faut repeupler. À partir de 1920, il y a une majoration d'impôt de 10% pour les couples mariés sans enfant et de 25% pour les célibataires. Ça en dit long.
Donc jusque-là, on était sur des actions plutôt économiques de la part de l'État, en accord avec la morale, certes, mais pas présentées comme telle. Mais wait for le gouvernement de Vichy qui va revenir saupoudrer tout ça de morale et il fait vraiment de la famille un des piliers de sa politique. Voilà, vous connaissez le slogan : travail, famille, patrie. Pour Pétain, la famille, c'est le rempart à ce qu'il appelle “l'esprit de jouissance” qu'aurait promu la République et qui aurait conduit au délitement des mœurs. Donc là, on y va sur la propagande avec des tracts, avec des affiches, avec du cinéma, avec de la radio, etc. Il met même en place des délégués régionaux à la famille qui relaient la bonne parole en région. Et il instaure le 25 mai comme une, je cite : “journée de reconnaissance nationale envers les mères françaises”. Oui, la fête des mères. Alors, ça existait avant et ça avait pas mal de succès, notamment dans la mouvance des politiques natalistes, précisément. Mais là, c'est instauré comme un truc quasi liturgique où, par exemple, les instituteurs sont mis à contribution et ils demandent aux enfants d'écrire des lettres à leur maman adorée. En fait, la figure de mère de famille, c'est très très important dans le régime de Vichy. Mais la mère de famille tradi, bien sûr, qui reste à la maison et qui prépare des quiches. Ma mère, qui est aujourd'hui décédée, à chaque fois que je lui disais “bonne fête”, elle me disait “Pétainiste !”. Ça me faisait rire. Quoi, ça vous fait pas rire les infos sur ma mère morte ? Moi j’aime bien l’humour dark. Mais moi je peux me permettre, pas vous, sauf si vous avez des parents décédés. Allez-y, let’s go les blagues des parents morts. Ouah je me suis beaucoup trop écartée du sujet de manière très glauque. Je disais : voilà, le mariage, c'est encore et toujours une très bonne occasion de contrôler les femmes. Et voilà, t'as pas le droit de travailler ni d'ouvrir un compte sans l'autorisation de ton mari, etc.
Donc voilà, en gros, si je résume : dans la préhistoire, on n'est pas trop sûr de nos formes de couple, dans l'antiquité, par contre, en Occident, on sait qu'il y a un mariage monogame pour l'héritage, mais plein de concubinage, les hommes principalement, évidemment. Ensuite, l'Église impose progressivement l'exclusivité de partenaire au sein du mariage et donc l'exclusivité pour le sexe. Et puis le XIXᵉ siècle y ajoute l'exclusivité de l'amour et enfin l'État, dans la mouvance de tout ce qui précède, fixe lui aussi cette morale avec dans un premier temps, non pas des interdictions morales comme pouvait le faire l'Église, mais plutôt des incitations ou des contraintes économiques, et puis morales également avec la propagande de Vichy. Par contre, je le répète et je l'ai dit tout du long, il y a toujours la théorie, les normes et ce que font vraiment les gens, c'est-à-dire contourner les règles. Ces règles sont toujours discutées, notamment chez les artistes, bien sûr, ou les catégories de population un peu punk. Exemple : Gustave Courbet, peintre du 19ᵉ. Lui, il ne voulait pas se marier et il a dit, je cite : « L'artiste qui se marie, n'est pas un artiste, mais un propriétaire, toujours prêt à se courroucer quand on vient chez lui, et qui dit “ma femme !”, comme il dirait “ma canne” ou “mon parapluie”.» Ok, slay Courbet. On peut citer des penseurs du XIXᵉ siècle comme Charles Fourier, c'était un philosophe qui voyait dans le système conjugal une tonne d'effets négatifs et qui pronait une organisation non pas autour du couple nucléaire, mais justement une organisation communautaire. Un auteur qui sera très repris pendant les contestations sociétales de Mai 68, parce que oui, bien sûr, les années 60 et 70, c'est une grande période de remise en cause des modèles établis. Voilà, c'est les hippies qui vivent en communauté, qui ne se marient plus et on baise en dehors du mariage. Enfin ! Les mouvements féministes des années 70 aussi, ils ont joué un grand rôle dans la libération des corps et dans leur droit à disposer d'eux-mêmes. Et voilà, petit à petit, les lois se détendent, et notamment à partir de 1975, on peut divorcer et on peut avorter. Et plus tard encore, on peut enfin laisser officiellement exister d'autres types de couples, différents de ceux de l'hétéronormativité, avec le PACS, puis avec le mariage gay en 2013, etc. Tout ceci, ça a eu pour conséquence une très grande chute des mariages, plus la possibilité de divorcer. Et aujourd'hui, bon bah voilà, le mariage, chez nous en tout cas, ce n'est plus du tout l'institution que c'était. Et pour le coup, absolument personne n'est choqué que vous ne soyez pas mariés.
Par contre, pour ce qui est de l'idéal du couple, force est de constater que le modèle idéal largement dominant, il est resté le couple monogame amoureux pour la vie. Alors, moins chez les intellos, bobos, voilà, moins dans la communauté gay, d'ailleurs qui justement, s'est construite longtemps en dehors des normes, avant d'avoir le droit de rentrer dans les normes, ok. Mais en tout cas, se trouver un “quelqu'un” dans la vie, c'est très important. Et dans l'idéal, on aimerait être très amoureux et que ce soit pour toujours. Aujourd'hui, on estime que seulement 2% des Français et des Françaises n'ont pas vécu de couple dans leur vie. Donc par rapport aux chiffres que je donnais tout à l'heure, c'est plus 1% des gens qui sont pas mariés, c'est 2% des gens qui n'ont jamais vécu de couple. Parce que le mariage, ce n'est plus quelque chose d'obligatoire pour réussir votre vie. Par contre, l'amour, c'est resté. Et en vrai, c'est normal. C'est normal que la très grande majorité d'entre nous ait envie d'un idéal monogame amoureux. C'est normal au sens où c'est la norme. C'est la norme qu'on nous a forgé depuis très longtemps et l'amour signera notre accomplissement total dans la vie. C'est normal, ça fait des siècles qu'on nous martèle ça. Et ce, malgré les contre-modèles qui ont toujours existé. C'est aussi bien sûr parce que la pop culture avec laquelle on se construit, elle est produite par la société dominante et normative. Elle se veut grand public, donc elle présente rarement des trucs différents pour essayer de plaire à tout le monde, donc ça casse peu les normes, et en plus, elle nous vient en grande partie des États-Unis qui sont très puritains. Bref, on est moins codifié avec le mariage, mais on l'est toujours beaucoup avec la monogamie des sentiments, alors que non, on a pas toujours fonctionné comme ça. Ça n'a rien de naturel, c'est une construction sociale. Et attention, je dis pas que c'est bien ou pas bien, parce que oui, une société, elle se construit autour de normes, ok. Je rappelle juste que ces normes, elles ont pas toujours été comme ça et que justement, ce sont des constructions sociales, donc elles peuvent changer. Bref, ça fait réfléchir. C'est pour ça qu'on est monogame, c’est pour ça que l'amour, c'est le but ultime dans notre vie, c’est pour ça qu'on n'a pas droit, en théorie en tout cas, de tromper notre unique partenaire.
Ahhhhhh, fin de vidéo. Alors, merci beaucoup d'avoir regardé la vidéo jusqu'au bout. Avant de se quitter, j’ai des petites annonces pour vous. Attention, ça peut vous intéresser. Première annonce, il y a mon festival du Culture Fest qui arrive les 24 et 25 mai à Pantin. Oui, vous avez bien entendu : 24 et 25 mai, DEUX jours cette année. On s'agrandit, on est trop fier, on est trop content. Le Culture Fest, si vous en avez jamais entendu parler, c'est le festival de la culture détendue. Pendant toute la journée, et donc maintenant, pendant deux jours, il y a des gens sur scène qui viennent vous parler de trucs drôles et/ou intelligents. Donc il y a des vulgarisateurs/vulgarisatrices, journalistes, humoristes, artistes qui se succèdent avec des cartes blanches de quinze minutes sur scène et il y a une autre scène, avec des podcasts. Je vous mets la petite annonce qui défile où vous voyez toute la programmation qui a déjà été annoncée. Il y a également un marché de créateurs et de créatrices. Le samedi soir, c'est la teuf, avec blind test, karaoké, drag show, et un forum des associations. Bref, ça va être chanmé, venez, 24 et 25 mai à Pantin, aux Magasins généraux. On a déjà vendu, parce ce que je l'ai annoncé il y a quelques temps sur Insta, venez sur Insta, si vous êtes pas sur Insta, c’est là qu’il y a les infos en premier. On a déjà vendu toutes les places du samedi et tous les pass deux jours. Il nous reste une poignée de places pour le dimanche, ruez-vous, parce que c'est une programmation canon aussi, ça va être trop bien, j’ai tellement hâte.
Autre info, toujours à propos de Culture Fest, on a fait du merch, je vous mets l’image ici aussi. Magnifique merch, le merch avec notre partenaire Traphic, comme l'an dernier. Très beau tee-shirt, n'est-ce pas ? Oui, c'est la très belle affiche du Culture Fest, qui est faite par notre graphiste Vini, et c'est du merch hyper quali. On l'a fait très beau, pour que même si vous veniez pas au festival, peut-être vous ayez envie de vous procurer le tee-shirt du festival, même si j'avoue, il y a marqué Culture Fest en gros dessus, mais il est trop beau, non ? Il est trop beau, vous en avez peut être envie, et surtout, sachez que ça vous permet de soutenir les salaires des gens qui vont travailler au festival. En gros, tout l'argent va aller dans le salaire des gens, sauf moi, je suis la seule à pas me payer pour le festival, mais parce que c’est mon bébé et je ne suis pas à plaindre. Mais par contre, il n'y a pas de bénévole au festival. C'est une grande fierté, donc tout le monde est rémunéré. Mais du coup, on a besoin de soulever des fonds pour ça. Donc il y a des partenaires privés, il y a des subventions, il y a la billetterie, il y a du merch. C’est du merch super quali. On a fait que deux tee-shirts, parce qu’on veut pas non plus trop contribuer à la profusion de création de produits manufacturés. Il y en a bien assez dans le monde, mais du coup, ce sont des produits de qualité et c'est des précommandes, donc on va fabriquer que ce que vous, vous avez choisi. C'est pour ça que j'ai pas encore de proto à vous montrer. Par contre, je peux vous montrer le tee-shirt de l'an dernier. Vous voyez comme il est nickel ? Il n'a pas bougé, il est dans un super état. Ok, magnifique. Donc c'est de la super qualité que fait Traphic. C'est du coton 100% bio. C'est fabriqué en Asie, oui, mais avec des labels qui permettent de garantir non seulement la qualité mais surtout les conditions de travail des personnes qui les fabriquent. Mais comme ça, ça nous fait un compromis où le tee-shirt coûte 30€ et pas 80€ s’il était produit en France, pour que ça reste quand même accessible. Voilà, c'est le compromis qu'on a choisi de faire. Mais bref, hésitez pas à acheter des tee-shirts en masse si vous les trouvez beaux. Ils sont pas teeeellement beaux, franchement, ils sont ouf ! Il y a deux côtés, vous avez vu ? Il y a un devant et un derrière. Bon bref, magnifiques, magnifiques. Ruez-vous dessus, et sachez que l'argent que vous dépensez tous les bénéfices servent à payer les salaires des gens du Culture Fest. Et aussi les invités qui viennent sur scène, parler au Culture Fest sont tous rémunérés. Ça pareil, le nombre de festival où tu viens bénévolement... Bref, c'est notre grande fierté de payer tout le monde. Je sais qu'il y a plein de festivals qui ne peuvent pas faire autrement, mais il y en a plein qui peuvent.
Et dernière chose, il y a mon spectacle qui est en tournée. J'ai attaqué la tournée intense, là. On a fait Nantes, on a fait Toulouse, Dijon, Lyon, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand et Besançon à l'heure où je vous parle. Et il reste plein d'autres dates, je vais sillonner la France. Au moment où je vais poster cette vidéo, je vais venir en tournée la semaine prochaine à Bruxelles, à Marseille et à Toulon. Oui, c’est pas au même endroit, mais je vais tout faire dans la même semaine. Donc je me donne pour vous, venez, franchement. Et après, au contraire, la semaine suivante, on sera dans le sud-ouest, dans mon fief, Biarritz, Bordeaux, etc. Bref, il y a toutes les dates en description dans mon linktree, et surtout, à partir de septembre, je vais être à l'Européen à Paris deux fois par semaine, et ça, c'était vraiment genre, mon GOAL. Donc les gens qui habitent à Paris, si vous avez raté le spectacle quand j'étais à la Nouvelle scène, il revient, c'est déjà en vente, foncez prendre ça sur le site de l’Européen. Pareil, tous les liens dans mon linktree en bio avec toutes les dates de tournée.
Bah écoutez, je crois que c'est le moment de vous quitter, après toutes ces annonces : Culture Fest, merch, spectacle, je vous ai dit tout ce que je voulais vous dire. Vous êtes supers, je vous fait des bisous mes petits monogamos. Vous devez être beaucoup de bobos, beaucoup de bobos poly à me suivre, là je le vois, je le vois. Mais vous avez tous mon bisou. Donc bisou ! Je vais rester comme ça le temps de laisser les annonces et les miniatures des autres trucs cliquables. C'est pas mal non ? Parce qu'en vrai, on sait jamais quoi mettre sur cet écran. Et vous, vous quittez, alors que... Enfin c'est normal, c'est fini. C’est normal que vous quittiez. Bah là regardez, je vous donne un petit bonus.