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J’ai Été Chirurgien Pendant 43 Ans… N’acceptez Jamais Ces 5 Opérations (Elles Peuvent Être Fatales)

Vies Pleines d’Histoire36:11

Transcription

Je m'appelle Henri, j'ai 78 ans et euh pendant 43 de ces années, mes mains ont vécu à l'intérieur du corps des autres. Je sais que dit comme ça, ça peut sonner fort, mais c'est la vérité la plus exacte que je puisse te donner sur ma vie. J'ai été chirurgien, chirurgien généraliste d'abord, ensuite spécialisé en chirurgie digestive et oncologique dans un hôpital euh de la Bieu de Lyon. Et avant ça, interne à Paris euh euh dans un service où à 4h du matin, tu voyais des choses que tu ne racontais à personne, ni à ta femme, ni à ta mère, euh à personne.

Aujourd'hui, je n'ai rien à vendre. Je n'ai pas de carrière à défendre. Je n'ai pas de patron à qui rendre des comptes. Ce que je vais te dire aujourd'hui, c'est ce que je dis à mon frère quand il m'appelle, ce que j'ai dit à mon voisin quand il est arrivé chez moi en tremblant avec l'enveloppe de l'hôpital à la main. Ce que je dis à mes anciens patients qui m'écrivent encore et ils m'écrivent encore, oui, ne crois pas quand tu fermes ton cabinet après autant d'années, il y a des gens qui n'oublient pas. Il arrive des lettres, il arrive des appels et il arrive aussi parfois des gens qui se présentent à ma porte avec une enveloppe pleine de résultats. Je leur ouvre toujours, je leur fais un café et je les écoute parce que au fond, après tout ce temps, ce qui me demande le plus n'est pas de la science. Euh, c'est quelqu'un qui leur parle d'égal à égal, sans hâte. C'est ce que je vais essayer de faire avec toi aujourd'hui.

Il y a cinq opérations qui, si tu as déjà un certain âge, méritent d'être réfléchies à deux fois, parfois trois, parfois quatre. Et aujourd'hui, je veux te les raconter comme je les raconterai à mon propre père, s'il était encore en vie. Mais euh avant, euh je veux que tu comprennes quelque chose, euh quelque chose qui m'a coûté énormément d'années à comprendre et qu'aucun de mes professeurs ne m'a jamais dit avec ces mots. Une recommandation de chirurgie, ce n'est pas une obligation, c'est le début d'une décision. Relie ça doucement s'il faut. Euh le chirurgien qui s'assoit en face de toi avec sa blouse blanche, son dossier et sa voix aimable, il ne te donne pas un ordre. Il te donne un avis. Un avis informé, oui. Euh un avis sérieux, oui. Mais un avis au bout du compte. Et la décision, la décision finale, elle te revient à toi. À toi et à celui ou celle que tu choisis pour t'accompagner.

J'ai passé les 20 premières années de ma carrière à dire à mes patients, on va vous opérer tel jour, comme si c'était une simple formalité, comme s'il y avait pas d'autres options, comme si on pouvait pas dire non ou pas tout de suite ou racontez-moi d'abord ce qui se passe si je ne me fais pas opérer. Et je le regrette, je te le dis sincèrement, je regrette de ne pas l'avoir présenté comme ça dès le premier jour.

Il y a une autre chose que tu dois savoir et celle-là, c'est la plus importante de toutes. Euh quand une jeune personne entre au bloc opératoire, ce qui nous préoccupe le plus, nous les chirurgiens, c'est l'opération en elle-même. Qu'il n'y ait pas de complication technique, qu'il n'y ait pas un saignement bizarre, que le cœur tienne le coup pendant l'anesthésie. Chez une personne âgée, mon ami, mon ami, le problème ce n'est presque jamais l'opération. Le problème, c'est ce qui vient après. La récupération, ce qui se passe les jours, les semaines, les mois suivants. C'est là que les courages se cassent, pas sous le bistouri, dans le lit de l'hôpital, euh dans le fauteuil de la maison, euh dans la rééducation qui ne finit jamais.

Et ici entre un mot que la médecine moderne utilise de plus en plus mais que toi tu n'as probablement jamais entendu : la fragilité. La fragilité, ce n'est pas la même chose que l'âge. Il y a des personnes de 85 ans qui sont solides comme un chêne. Elles marchent 2 km par jour. Elles mangent bien, elles dorment bien, elles rient, elles ont de l'énergie. Et il y a des personnes de 68 ans qui sont déjà détruites, qui s'essoufflent en montant cinq marches, qui prennent six médicaments différents tous les matins. Euh l'âge, c'est un chiffre, la fragilité, c'est un état et au moment d'opérer, ce qui compte, c'est l'état, pas le chiffre. Je le dis parce que j'ai vu les deux. J'ai vu des hommes de 82 ans sortir d'une grosse opération et se promener dans le jardin 3 semaines plus tard. Et j'ai vu des femmes de 69 ans ne plus jamais se lever. La différence n'était pas dans l'âge, elle était dans la façon dont elles arrivaient au bloc. Le système médical, et je te le dis, avec la douleur de quelqu'un qui en a fait partie pendant quatre décennies, traite parfois les personnes âgées comme si c'était des jeunes. Il applique les mêmes protocoles, les mêmes doses, les mêmes indications. Et ça, c'est une erreur. Une erreur qui coûte cher parce qu'un corps de 75 ans ne réagit pas comme un corps de 40. Et un cerveau de 75 ans soumis à 5 heures d'anesthésie générale, il ne récupère pas comme un cerveau de 40.

Il y a un phénomène dont presque personne ne parle aux patients avant de les opérer. Ça s'appelle la dysfonction cognitive post-opératoire. Je sais que ça sonne compliqué. En clair, ça veut dire ceci : après une grosse chirurgie, surtout chez les personnes âgées, beaucoup de gens se retrouvent avec la tête différente, confuse, lente, avec des oublis, parfois pendant des semaines, parfois pendant des mois, parfois pour toujours. Et euh personne ne te prévient. Euh personne ne te dit euh madame, après cette opération, il se peut que vous ne soyez plus la même au niveau de la tête. Ça, ça ne figure pas dans le papier du consentement et ça devrait. Euh ça devrait être en gros caractère au début du document, avant n'importe quoi d'autre.

Je me souviens d'un patient, je vais l'appeler Marcel, ce n'était pas son vrai nom. Il avait 73 ans quand il est entré pour se faire opérer une grosse chirurgie cardiaque. Avant l'opération, c'était un monsieur avec la tête parfaitement claire. Euh ingénieur à la retraite, il lisait le journal tous les matins, il faisait des mots croisés, il jouait aux échecs avec un ami le jeudi. Après l'opération, il n'est pas revenu. Physiquement, il a survécu. Euh cardiologiquement, le résultat était bon. Euh mais sa tête, elle n'est pas revenue. Euh sa femme me l'a dit 6 mois plus tard à la visite de suivi. Elle m'a dit : "Docteur, mon mari n'est plus mon mari." Et moi, je n'ai pas su quoi lui répondre parce que je le savais, je l'avais vu et on ne l'avait pas prévenu avant. Euh ce jour-là, euh crois-moi, quelque chose a changé en moi. Euh j'ai commencé à parler différemment à mes patients. Euh j'ai commencé à m'asseoir avec eux un peu plus longtemps. Euh j'ai commencé à leur dire des choses que mes collègues ne disaient pas. Et c'est de là que vient en partie cette vidéo. Euh c'est de là que vient le fait que aujourd'hui, euh déjà à la retraite, je sois ici en train de te raconter ça.

On va passer aux cinq opérations. Je vais te les raconter une par une, doucement, comme si on était tous les deux assis face à face avec un café devant nous.

La première, c'est la chirurgie à cœur ouvert. Celle qu'on fait en ouvrant le sternum, en arrêtant le cœur, en branchant le patient à une machine de circulation extracorporelle. C'est une opération qui a sauvé des millions de vies. Je n'ai rien contre elle, mais euh chez une personne âgée, chez une personne avec une certaine fragilité, c'est brutalement agressif. Je n'exagère pas si je te dis que c'est comme passer un tracteur sur le corps. Le cœur bien sûr, mais aussi le cerveau, les reins, les poumons, tous souffrent, tous paient l'addition. Et voilà le point important. Ces 15-20 dernières années, il y a eu une révolution silencieuse en cardiologie que beaucoup de gens âgés ne connaissent toujours pas. Euh des procédures par cathéter, de petites incisions, parfois juste une piqûre dans l'aine et de là, on arrive jusqu'au cœur avec un fil. On change des valves, on débouche des artères, on fait des choses qu'avant on pouvait faire qu'en ouvrant la poitrine. Et la suite n'a rien à voir, rien. Euh une personne âgée à qui on fait une procédure par cathéter peut être en train de marcher dans le couloir de l'hôpital le lendemain. Une personne âgée à qui on fait une chirurgie à cœur ouvert peut mettre des semaines à se lever. Et encore, si tout se passe bien. Si on te recommande une chirurgie à cœur ouvert, il y a une question que tu dois poser à ton cardiologue. N'aie pas peur, c'est ton droit. La question, c'est celle-ci : Est-ce qu'il existe une option qui ne demande pas de m'ouvrir la poitrine ? Est-ce qu'il existe une procédure par cathéter pour mon cas ? Quel centre la pratique ? Si on te dit non, demande un deuxième avis. Si on te dit oui, mais que ça ne vaut pas le coup, demande aussi un deuxième avis. Un deuxième avis, ce n'est jamais un manque de respect envers le premier médecin. C'est ta responsabilité à toi. Moi, dans ma vie, j'ai envoyé des dizaines de patients chez d'autres collègues pour des deuxièmes avis et je ne l'ai jamais pris comme une insulte. Au contraire, ça me semblait sain.

La deuxième opération, c'est la chirurgie complexe de la colonne vertébrale. Et là, je vais être sérieux, parce que j'ai vu trop de choses. Euh la colonne, c'est une zone extrêmement délicate chez les personnes âgées où les os sont plus fragiles, où la masse musculaire a diminué, où les nerfs sont plus sensibles. Une grosse chirurgie de la colonne, c'est un pari risqué. Les statistiques sont dures chez les personnes de plus de 70 ans soumises à des fusions vertébrales complexes. Le pourcentage de complication dépasse les 40 %. 4/10, c'est énorme. Et on ne parle pas de petites complications, on parle d'infection, de perte de mobilité, de douleur chronique qui apparaît là où il n'y en avait pas avant, de la nécessité de réopérer. Et il y a quelque chose qui me brise le cœur quand je le vois : des patients qui entrent au bloc à cause d'une douleur lombaire et qui en sortent avec plus de douleurs qu'avant. Oui, plus, parce que la chirurgie ne répare pas toujours. Parfois, elle aggrave. Parfois, les nerfs s'irritent, le tissu cicatriciel comprime là où il ne faut pas. Euh la mécanique de la colonne change et fait mal à des endroits nouveaux.

Et je vais te dire quelque chose que j'ai appris à force de voir des patients pendant 40 ans. La majorité des douleurs de dos chez les personnes âgées n'ont pas besoin de chirurgie. Elles ont besoin d'autres choses : de kinésithérapie bien faite, patiente, répétée, euh d'exercices adaptés, de perte de poids s'il le faut, d'étirements, de marche, beaucoup de marches. Une bonne kiné, parfois deux fois par semaine pendant 6 mois, fait des miracles qu'aucun bistouri ne fera. Et ça n'a pas de risque, pas d'infection, pas d'anesthésie. La chirurgie de la colonne chez les personnes âgées n'a de sens que dans des cas très précis : une compression de la moelle qui provoque déjà une paralysie, une perte du contrôle des sphincters à cause d'une atteinte nerveuse, une instabilité structurelle grave qui empêche déjà la personne de marcher. Ça, ce sont de vraies urgences. Ça, oui, ça justifie d'aller au bloc. Mais une douleur lombaire chronique, même si elle est gênante, même si elle dure depuis des années, même si l'IRM montre des choses qui font peur, ça ne justifie presque jamais une grosse chirurgie chez quelqu'un de 70 et quelques. Presque jamais.

La question que tu dois poser ici, c'est : qu'est-ce qui se passe si au lieu de m'opérer, je fais 6 mois de kinésithérapie intensive et bien dirigée ? Qu'est-ce qui se passe si je perds 5 kg avant ? Qu'est-ce qui se passe si on me laisse du temps ? Si le médecin te dit qu'il n'y a pas de temps, demande-lui pourquoi. Si la réponse ne te convient pas, deuxième avis, encore une fois, deuxième avis. C'est ta colonne, c'est ton corps, c'est ta vie.

La troisième, c'est la grosse chirurgie contre le cancer. Et celle-là, c'est la plus délicate de toutes émotionnellement parlant parce que quand on entend le mot cancer, c'est la peur qui prend les commandes et la peur est une mauvaise conseillère, elle l'a toujours été. Écoute, la chirurgie oncologique sauve des vies. C'est un des grands outils de la médecine moderne. Euh moi-même, j'ai opéré des cancers pendant beaucoup d'années et j'ai vu des gens vivre 20, 25 ans après une opération qui, sans elle, les aurait tués en quelques mois. Mais il faut faire la différence. Faut bien faire la différence chez les personnes âgées, surtout chez les personnes âgées avec une certaine fragilité. Euh toutes les chirurgies oncologiques ne prolongent pas la vie. Et euh plus important encore, toutes les chirurgies oncologiques ne prolongent pas la vie avec qualité. Il existe en médecine un concept, un concept dur à entendre, qui s'appelle la chirurgie futile. La chirurgie futile, c'est quand on opère quelqu'un en sachant ou en suspectant très fortement que l'opération ne va pas lui apporter de bénéfices réels, que qu'elle va enlever la tumeur, oui, mais au prix de laisser le patient en plus mauvais état qu'il ne l'était, plus faible, plus confus, plus dépendant, parfois pendant le peu de temps qui lui reste.

Et tu dois comprendre une chose que la culture générale ne te dit pas : parfois, avec un cancer détecté à 78 ans, ne pas se faire opérer, c'est une option valable, médicalement valable, éthiquement valable, humainement valable. Euh des traitements palliatifs bien menés, le contrôle de la douleur, un soutien nutritionnel, de la qualité de vie à la maison avec la famille. Euh ça aussi, c'est de la médecine. Et bien souvent, chez une personne âgée avec un cancer avancé, c'est meilleure médecine que d'ouvrir l'abdomen et d'aller tout enlever.

La question que tu dois poser à ton oncologue, en le regardant droit dans les yeux, c'est celle-ci : Docteur, qu'est-ce qui se passe si je ne me fais pas opérer ? Racontez-le-moi en détail. Combien de temps me donnez-vous ? Quelle qualité de vie ? À quoi puis-je m'attendre ? Et combien de temps me donnez-vous avec l'opération et avec quelle qualité de vie ? Après, comparez, s'il vous plaît, comparez. Ne me dites pas seulement ce que je gagnerai. Dites-moi aussi ce que je perdrai et donnez-moi une semaine pour y réfléchir. Une semaine, dans la majorité des cancers, ne change pas le pronostic, mais ça peut tout changer dans ta tête. Euh moi, dans mon cabinet, durant les 10 dernières années de ma carrière, j'ai appris à donner ce temps à mes patients et beaucoup sont revenus en me disant : "Docteur, je préfère ne pas me faire opérer. Je préfère le temps qui me reste à la maison avec les miens." Et ces fins de vie, je te le jure sur ce que j'ai de plus cher, ont été bien souvent plus dignes que celles de ceux qui sont entrés au bloc sans réfléchir.

La 4ème opération dont je veux te parler est différente. Celle-là, c'est ce qu'on appelle de la chirurgie programmée. Les prothèses de hanche et de genou, celle qu'on planifie tranquillement, longtemps à l'avance. Là, je dois être juste. Les prothèses de hanche et de genou, en règle générale, sont une grande avancée de la médecine. Elles ont rendu la vie à énormément de gens qui étaient condamnés au fauteuil et à la canne. J'ai des amis chirurgiens orthopédistes que j'admire profondément. J'ai vu les résultats de mes propres yeux. euh une grand-mère de 74 ans qui n'arrivait plus à aller au marché depuis 2 ans et qui, 6 semaines après une prothèse de hanche, dansait une valse au mariage de son petit-fils. Ça arrive, ça arrive tous les jours.

Mais, et c'est un mais important, il y a des nuances. Il y a des nuances que beaucoup de gens ne connaissent pas. euh les risques d'une prothèse articulaire chez une personne âgée augmentent et augmentent beaucoup quand il y a d'autres maladies de fond : un diabète mal contrôlé, des problèmes cardiaques sérieux, une insuffisance rénale, un surpoids important. Tout ça transforme une opération en principe bénigne en une opération compliquée. Les infections de prothèse, c'est un cauchemar. Je te le dis clairement, quand une prothèse s'infecte, il faut réopérer, retirer la prothèse, mettre des antibiotiques pendant des mois et ensuite remettre une autre prothèse. C'est l'enfer. C'est l'enfer pendant des mois. Et ça arrive plus souvent qu'on ne le raconte.

Une autre chose que tu dois prendre en compte : la récupération après une prothèse, ce n'est pas automatique. Ce n'est pas la mettre et marcher. C'est 6 mois, parfois un an, de kinésithérapie, d'exercice, de patience. Et beaucoup de personnes âgées, surtout si elles sont seules, surtout si elles sont déprimées, surtout si elles sont affaiblies, ne font pas cette rééducation correctement. Et alors la prothèse techniquement parfaite ne leur sert pas à ce à quoi elle devrait leur servir. Elle se retrouve avec la prothèse en place, oui, mais avec la même boiterie qu'avant. Ou pire.

Voilà pourquoi avant de d'opérer la hanche ou le genou d'une personne âgée, il y a une chose qui vaut de l'or. Ça s'appelle la préhabilitation. C'est l'inverse de la rééducation. C'est se préparer avant, renforcer les muscles avant l'opération, améliorer la nutrition avant l'opération, contrôler la glycémie avant, faire baisser la tension avant, arriver au bloc le plus fort possible. Une personne âgée qui arrive au bloc bien préparée s'en sort beaucoup mieux. C'est aussi simple que ça. Et énormément de gens ne font pas de préhabilitation parce que personne ne la leur propose. Si on doit te poser une prothèse, demande à ton médecin un programme de préhabilitation. Demande-le même si on te regarde bizarrement. Demande-le même si c'est peu fréquent dans ta région. C'est l'un des facteurs les plus importants pour qu'une opération articulaire se passe bien chez une personne âgée.

Et bien souvent, en plus d'une préhabilitation physique, ça vaut le coup de revoir les habitudes générales : l'alimentation, le sommeil, la quantité de mouvement quotidien, les choses qu'on fait ou qu'on ne fait pas chaque jour, depuis le moment où on se lève jusqu'au moment où on se couche. Et là, laisse-moi m'arrêter une seconde parce que ce que je vais dire maintenant, ce n'est pas du marketing, ce n'est pas de la publicité, c'est quelque chose que j'ai appris très tard dans ma carrière et que j'aurais aimé apprendre plus tôt. Pendant les dernières années de mon cabinet, en plus des traitements médicaux habituels, je me suis mis à recommander à mes patients quelque chose qui paraissait petit mais qui a changé franchement les résultats. Des choses simples, des habitudes quotidiennes pensées spécialement pour les personnes âgées. Des repères pour comment manger, comment dormir, comment bouger, comment s'hydrater, comment prendre soin de la tête et des os jour après jour. Un guide d'habitudes pour des grands-parents en bonne santé. C'est comme ça que certains l'appelaient et mes patients me le réclamaient par écrit parce que ça leur faisait du bien. Moi-même, je le suis moi-même à 78 ans et je fais attention à ces mêmes points que je recommandais à mes patients. Je vous le laisse en description de la vidéo au cas où ça vous tenterait d'y jeter un œil. Ce n'est pas la peine de tout suivre à la lettre, mais jetez un œil. Je vous le dis comme un ami, pas comme un commercial. Je le dis parce que ça m'aide et parce que j'ai vu des personnes que j'allais opérer arriver au bloc plus fortes après quelques mois à appliquer ces habitudes là. Et ça, en chirurgie, ça vaut de l'or. Ça vaut plus que la meilleure technique du monde. Ça, je l'ai appris tard, mais je l'ai appris.

La 5ème opération et la dernière, c'est la chirurgie abdominale en urgence. Celle-là est différente de toutes les autres parce que les autres, on peut y réfléchir, on peut en discuter, on peut les retarder. Celle-là non. Euh celle-là arrive quand elle arrive, presque toujours la nuit, presque toujours avec le patient pris d'une douleur terrible ou d'un tableau grave. Et il n'y a pas le temps de réfléchir, il faut opérer. Et là, les chiffres sont très durs. La mortalité de la chirurgie abdominale en urgence chez les personnes âgées est énormément élevée, beaucoup plus élevée que pour n'importe quelle chirurgie programmée. On parle de pourcentages qui, dans certains tableaux, dans certains hôpitaux, à certains âges, atteignent des niveaux qui font peur. Je ne vais pas te donner un chiffre exact parce que ça dépend de beaucoup de choses, mais je vais te dire ceci : quand une personne âgée entre au bloc en urgence à cause d'un problème abdominal grave, une perforation intestinale, une occlusion compliquée, une ischémie mésentérique, euh les chances de ne pas s'en sortir sont importantes, beaucoup plus importantes que chez quelqu'un de jeune, beaucoup plus importante que pour une opération programmée.

Et la question, c'est : qu'est-ce qu'on peut faire si on ne peut pas éviter l'urgence ? Et bien justement, ça, éviter qu'elle arrive, éviter l'urgence, c'est la meilleure chirurgie abdominale en urgence. Et ça, mon ami, mon ami, ça dépend beaucoup de toi. Comment on l'évite ? On l'évite en ignorant pas les symptômes, en disant pas à ton mari, ça va passer. En disant pas à ta femme, je veux pas déranger le médecin. En attendant pas que la douleur te fasse crier pour appeler les urgences. Quand quelque chose ne va pas dans le ventre depuis plus d'un jour, chez une personne âgée, il faut aller chez le médecin. Quand il y a des changements dans le rythme intestinal qui durent plus de 2 semaines, il faut aller chez le médecin. Quand il y a des saignements, même petits, il faut aller chez le médecin. Quand on perd du poids sans raison, il faut aller chez le médecin. Et quand apparaît une boule là où il n'y en avait pas, il faut aller chez le médecin. À demain, pas la semaine prochaine, vite. Les urgences abdominales chez les personnes âgées sont presque toujours la conséquence de problèmes qu'on aurait pu détecter avant. Des diverticulites qui se compliquent parce qu'elles n'ont pas été traitées à temps. Euh des cancers qui progressent parce que personne ne les a cherchés. Des hernies qui s'étranglent parce qu'on les a ignorées pendant des années. Euh si tu vas chez le médecin quand les symptômes commencent, au lieu d'y aller quand il est déjà trop tard, tu t'épargnes l'urgence et en t'épargnant l'urgence, tu t'épargnes le pire bloc opératoire. Ça, chez les personnes âgées, ça vaut littéralement la vie.

Et maintenant, avant de te dire au revoir, je veux te donner quatre questions. Quatre questions que tu dois emporter avec toi à chaque fois que la médecine te recommande une opération. Note-les sur un papier, plie-le, mets-le dans ton portefeuille et la prochaine fois que tu seras en consultation et qu'on te dira "Monsieur, on va vous opérer", sors le papier.

La première question : Qu'est-ce qui se passe si je ne me fais pas opérer ? Euh celle-là, c'est la mère de toutes les questions. Si la réponse est "vous mourrez dans 3 mois", tu prends le risque. Si la réponse est "vous pouvez très bien vivre encore 10 ans avec un traitement conservateur", tu y réfléchis longtemps. Euh la différence entre ces deux réponses, c'est la différence entre une vraie urgence et une option.

La deuxième question : Est-ce qu'il existe une alternative moins invasive ? Euh est-ce qu'il y a quelque chose par cathéter, par endoscopie, par radiologie interventionnelle, par traitement médical, par kinésithérapie qui pourrait me donner un résultat semblable sans passer par le bloc ? Euh la médecine avance vite, beaucoup et très vite, et tous les médecins ne sont pas à jour de tout. Un deuxième avis dans un autre centre peut ouvrir une porte que le premier médecin ne connaissait pas.

La troisième question : Comment va se passer ma récupération ? Dans mon cas à moi, ne me racontez pas la récupération d'un patient moyen. Racontez-moi la mienne avec mon âge, avec mes maladies, avec mon niveau de fragilité. Combien de jours d'hôpital, combien de semaines avant de remarcher, combien de mois avant de retrouver une vie normale et surtout quelle est la probabilité que je ne récupère pas complètement ? Parce que cette probabilité existe et on doit me la dire.

La 4ème question, et celle-là est très importante et beaucoup n'osent pas la poser : Docteur, quel est votre taux personnel de complication chez des patients qui me ressemblent ? Pas celui du livre, le vôtre, celui de l'hôpital. Combien d'opérations de ce type avez-vous faites chez des personnes de mon âge et avec ma situation ? Combien se sont bien passés ? Combien ont eu des complications graves ? Si le chirurgien se fâche à cause de la question, mauvais signe. Si le chirurgien te répond honnêtement avec des chiffres sans se mettre sur la défensive, c'est un bon chirurgien. Et rien que par la façon dont il répond à cette question, tu sauras énormément de choses sur le professionnel que tu as en face de toi. Quand j'étais jeune, euh cette question m'aurait offensé, je te dis la vérité. J'aurais trouvé que c'était un manque de respect. Je me serais dit : ce patient ne me fait pas confiance. Aujourd'hui, avec 43 ans derrière moi, cette question me paraît la plus sensée qu'un patient puisse poser. Et si j'opérais encore, je serais reconnaissant qu'on la pose parce qu'elle m'obligerait à être honnête. Et euh l'honnêteté en chirurgie vaut plus que n'importe quel diplôme accroché au mur.

Je vais terminer. J'ai beaucoup parlé, plus que je ne le pensais, mais il y a des choses qui ne se racontent pas vite et celles-ci, crois-moi, ne se racontent pas vite. Si je me suis assis aujourd'hui pour te parler comme ça, sans maquillage, sans script préparé, sans chiffres de marketing, c'est parce que j'ai une fille qui s'appelle Camille et j'ai deux petits-enfants. Et parce que l'année dernière, un ami à moi de toute une vie, un autre médecin à la retraite, on lui a recommandé une grosse opération et il a accepté sans poser de questions, sans demander un deuxième avis, sans chercher des alternatives, et il est resté en chemin. Il n'est pas mort au bloc, il a survécu à l'opération, mais la dysfonction cognitive post-opératoire qu'il a subie a été tellement sévère qu'il n'a plus jamais reconnu sa femme. Cet homme, mon ami, a été chef de service pendant 20 ans. Il en savait plus en médecine que presque tout le monde dans notre ville. Et pourtant, le jour où c'est lui qui a été le patient, euh il n'a pas demandé, il a accepté, il a fait confiance et tout a déraillé. Et si à lui qui était médecin, ça lui est arrivé, imagine comme c'est facile que ça arrive à n'importe qui. Imagine à quel point c'est important de demander, à quel point c'est important d'y réfléchir, à quel point c'est important d'arriver au bloc le plus fort possible, le plus préparé possible, et à quel point c'est important parfois de dire non.

Je vais chez sa femme une fois par mois le dimanche, je lui apporte un peu du gâteau que ma mère faisait, quelque chose de simple, de la peau de pomme et un peu de cannelle, et on s'assoit tous les trois dans le salon. Lui parfois, il me regarde et je ne sais pas s'il me reconnaît ou pas. Parfois, il sourit, d'autres fois, il reste silencieux à regarder par la fenêtre comme s'il était très loin. Sa femme me prend la main et elle me dit : "Henri, quel dommage !" Et moi, je ne sais pas quoi lui répondre. Il n'y a rien à répondre. 40 ans de médecine et il n'y a rien à répondre. C'est pour ça que je te le raconte. C'est pour ça que je me suis assis aujourd'hui ici.

Dire non à une opération, ce n'est pas être lâche. Dire non à une opération, c'est très souvent la décision la plus courageuse qu'une personne âgée peut prendre. Plus courageuse que d'entrer au bloc. Parce qu'entrer au bloc quand on n'a pas envie de se faire opérer, c'est ce qu'il y a de plus facile. C'est ce que dit le médecin, c'est ce que dit la famille, c'est ce que tout le monde dit. Dire "Non merci, je préfère y réfléchir. Je préfère cette autre option, je préfère le temps qui me reste mais autrement", ça demande du courage. Et ce courage-là, aujourd'hui, je te l'offre. Je t'offre la permission d'y réfléchir, de dire "Laissez-moi une semaine, docteur", de demander un deuxième avis, de poser les quatre questions, de chercher des alternatives, de prendre mieux soin de toi à partir d'aujourd'hui même en mangeant mieux, en dormant mieux, en bougeant plus pour que si un jour le bloc opératoire arrive, tu y arrives le plus entier possible.

J'ai été chirurgien 43 ans. J'ai opéré des milliers de personnes. Et la leçon la plus importante que j'ai apprise, la seule que j'emporterai vraiment dans ma tombe s'il fallait n'en emporter qu'une, c'est celle-ci : le meilleur chirurgien du monde, dans le meilleur hôpital du monde, ne compense jamais un patient qui n'aurait pas dû passer sur sa table. Bien réfléchir avant de se faire opérer, ce n'est pas se méfier de la médecine, c'est la respecter. C'est respecter ton corps, c'est respecter ta vie.

J'espère que ces conseils te seront utiles. J'espère que tu les transmettras à ton père, à ta mère, à ton oncle, à ton voisin. J'espère qu'un jour, quelqu'un qui est sur le point d'entrer dans un bloc opératoire sans y avoir bien réfléchi se souviendra de ce vieux chirurgien français qui s'est assis un matin chez lui avec une tasse de café noir et qui a osé dire tout ce que pendant 43 ans, il n'a pas osé dire assez fort. Prends soin de toi, prends soin des tiens et surtout, n'accepte jamais une opération sans avoir d'abord posé ces quatre questions, seulement quatre. Ça ne te prendra pas plus de 5 minutes et ça peut littéralement te sauver la vie. À bientôt.