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ULTRA-RUNNER: La RÈGLE SECRÈTE qui va booster ta discipline à jamais! | Jimmy Gressier

The Elevate House1:10:15

Transcription

La vie, elle passe trop vite pour se poser 50 000 questions. Fais, échoue, apprends, repars. Tu vas échouer 10 fois et peut-être qu'à la 11e fois tu vas réussir. Kipog, il a dit : "C'était dans la limite de ton corps et de ton esprit que tu allais chercher les meilleurs résultats possibles." Et sur 10 personnes, il y en a 10 qui vont avoir mal comme toi. Et si toi, tu es celui qui pousse la douleur encore plus loin mentalement et physiquement, tu seras potentiellement celle qui va battre les neuf autres.

Jimmy, tu as été récemment champion du monde de 10 000 m. Ton niveau, quand il y a tellement d'entraînements, c'est tellement cadré, tellement précis, tu trouves qu'il y a encore une place pour le talent ?

Euh, le talent, il a une place euh sur la compétition. L'entraînement, on s'en fout que tu sois le champion de l'entraînement. Champion de l'entraînement, je l'ai été pendant je sais pas combien d'années, mais il y a la règle des 3T : Talent, Travail. Si tu n'as pas ces 3T, c'est pas possible.

Est-ce que tu saurais me dire ce que la course à pied t'a appris que tu n'aurais pas pu apprendre autrement ?

C'est vraiment la recherche de la performance qui m'anime. Vivre d'objectifs et sentir le truc où tu te dis : "Est-ce que je vais vraiment réussir ?" Tu vois, là, je pars en Afrique du Sud et quand je rentre, je veux faire le record du monde du 5 km route. Mais si là, je te dis par exemple que pendant les 5 prochaines semaines en Afrique du Sud, tu vas ressentir la plus grande souffrance de ta vie, mais qu'en échange, tu auras le record du monde du 5 km, tu signes.

Salut tout le monde, bienvenue dans ce nouvel épisode de The Elevate House. Aujourd'hui, on a la chance d'accueillir sur le podcast quelqu'un qui a écrit l'histoire, Jimmy Gressier, qui a remporté le championnat du monde de 10 000 m. C'est un exploit qui est presque indescriptible dans l'histoire du sport français. Aujourd'hui, Jimmy va nous raconter comment il a grandi, comment il a connu la course à pied, comment il fait pour maintenir son niveau, ce qui est maintenant son challenge le plus dur aujourd'hui, et surtout comment il arrive à supporter la souffrance amenée par son entraînement et la douleur qu'il ressent au quotidien pour continuer à aller chercher des records et des victoires.

Merci Jimmy pour ton temps. Merci aussi à l'INEP de nous accueillir dans leurs locaux, là où tous les champions ont la chance de se construire. Je vous remercie encore une fois de vous abonner en masse à la chaîne. En ce moment, la saison 2 de The Elevate House, c'était un peu notre objectif d'arriver à booster nos abonnés finalement, et vous le faites, vous nous rendez là pareil. On a essayé de vous apporter un travail vraiment dingue. On donne tout sur les caméras, les guests, les questions, les clips, et on sent que vous nous remerciez en vous abonnant. Si ce n'est pas encore fait, merci de le faire. Merci à ceux qui l'ont déjà fait. Je vous laisse avec l'épisode.

Jimmy, tu as été récemment champion du monde de 10 000 m. Aujourd'hui, quand on parle de running en France, ton nom, il revient très souvent. Mais quand j'ai fait mes recherches sur toi, j'ai l'impression que malgré tout ça, tu n'as pas vraiment changé. Est-ce que tu as cette sensation ?

Ouais, moi, j'ai l'ambition de rester quelqu'un de lambda qui fait des choses avec passion et rester la même personne que le Mimi que j'étais quand j'étais jeune, naturel, authentique, et voilà.

Quand on te voit courir, on a presque l'impression que c'est facile, que tu t'amuses, mais tu penses que c'est quoi la chose que les gens ne voient pas derrière tes performances ?

L'entraînement, les remises en question, le doute, le stress, la douleur à l'entraînement aussi, beaucoup de douleur, ça passe par là, beaucoup de sacrifices.

Bah justement, tu l'as dit, douleur, souffrance. Il y a beaucoup d'athlètes qui parlent de ça. Tu as l'impression que tu aimes justement ressentir cette douleur, cet effort, ou ce qui te fait vraiment kiffer, c'est plus la compétition et gagner ?

Non, ce qui me fait kiffer, c'est la compétition, c'est gagner. C'est en fait vouloir toujours être meilleur que la veille, tu vois. C'est vraiment la recherche de la performance qui m'anime, c'est de réussir mes objectifs que je me suis fixé et vivre d'objectifs, planifier des choses et sentir le truc où tu te dis : "Est-ce que je vais vraiment réussir ?" Tu vois, là, je pars en Afrique du Sud pendant 5 semaines et quand je rentre, je veux faire le record du monde du 5 km route. Et en vrai, je sais pas si je vais le faire, mais là, je pars pendant 5 semaines, je vais m'enterrer au fin fond du monde, et ben je sais que je vais tout faire pour vraiment arriver au top du top. Je vais faire attention à ce que je mange, je vais me coucher tôt, je vais bien m'hydrater, et je vais penser qu'à la course à pied. Il n'y aura rien d'autre qui va pouvoir, entre guillemets, me perturber, tu vois. Et ça, c'est vraiment un mindset dans lequel je me mets, dans lequel je me suis mis avant les championnats du monde. Avant les championnats du monde, j'étais presque un robot. Après, je te le dis, je suis très terre à terre. Je sais qu'aujourd'hui, j'ai de la chance d'avoir à manger dans mon assiette, mais ça faisait peur ce que j'avais dans mon assiette avant les championnats du monde. Je mettais des haricots, des œufs tous les soirs quasiment, et un yaourt, c'était l'extra. Et parce que je recherche, tu vois, le graal, je recherche vraiment d'être dans un rapport poids-puissance limite presque extrême, et je sais que là, je suis à mon meilleur niveau. Mais ça, je ne peux pas être toute l'année comme ça, c'est pas possible. Sinon, mentalement, trop compliqué, trop dur. Après, ça pousse potentiellement à la dépression, tu vois. Donc il faut être vigilant sur ça. Mais en tout cas, il faut le savoir que dès que tu arrives à ton prime, rapport puissance extrême, là, tu es incroyablement bien. Mais si là, je te dis par exemple que pendant les 5 prochaines semaines en Afrique du Sud, tu vas ressentir la plus grande souffrance de ta vie, mais qu'en échange, tu auras le record du monde du 5 km, tu signes.

Tous les jours, tant que je meurs pas. Tous les jours, parce que je ne serais pas prêt à mourir pour la course à pied, parce que la vie est trop belle et j'ai envie d'encore vivre d'autres choses qui dépasseront les frontières de la course à pied. Mais ouais, je suis prêt à tout sacrifier là pendant ces 5 semaines. Je les ai choisies, ces 5 semaines. Je sais que là, j'arrive dans ce tunnel, entre guillemets, et je sais que c'est que pour la course à pied. Mes cinq prochaines semaines vont tourner autour de la course à pied. Tout ce qui s'est passé avant, je me suis entraîné. J'ai enchaîné des 160, 170 km, 12 entraînements par semaine, et cetera. Sauf que à côté, bah parfois je me couchais tard, parfois je m'hydratais moins que 3 L, 3,5 L par jour. Je faisais pas forcément attention au niveau de l'alimentation, il pouvait m'arriver de faire des extras deux trois fois dans la semaine. Des fois, quand on me proposait un resto, je disais : "Bah allez, je sors, je vois les copains, et cetera." Sauf que là, on peut m'appeler, je sais que je vais leur dire non. Et au contraire, tu vois, même pour faciliter la chose, je pars loin de toute cette distraction pour que quand je revienne, je dis souvent, quand je partais au Kenya, je disais souvent : "Je pars sur ma petite montagne." Et quand je monte dans l'avion, je me dis : "OK, je vais dans ma petite montagne là-bas tranquille." Et quand je reviens, j'ai le sentiment d'être un spartiate, limite, tu vois. Et je me dis : "Quand je vais rentrer, ça va faire mal parce que je me suis vraiment mis dans un mindset, dans un focus qui fait que ouais, j'ai faim quand je redescends."

Tu sais, quand il y a des gens qui commencent la course à pied, souvent ils doivent se forcer à les courir malgré les petites douleurs parce qu'au début le corps s'habitue et cetera. Mais est-ce que toi, au début de chaque séance, ton corps, il est sans aucune douleur, ou alors toi aussi, des fois, tu dois un peu...

En fait, il y a les douleurs physiques, il y a les douleurs osseuses, il y a aussi les douleurs courbatures et cetera. Des courbatures, j'en ai plus trop aujourd'hui. Des jambes lourdes, j'en ai tous les jours. Au niveau osseux, ça va, tout va bien, je n'ai pas mal. Mais tous les jours quasiment, ouais, j'ai mal aux jambes. Après, les amateurs qui commencent, c'est normal qu'au début, ils ont des petites douleurs, c'est leur corps, ils ont enfin, c'est ils n'ont pas l'habitude. Surtout qu'en plus, beaucoup font l'erreur. Parfois, je vois des fois passer des vidéos sur Instagram et cetera. Il y a des gens qui vont courir avec des Stan Smith ou des Air Force, des chaussures où tu sais, ils courent avec des chaussures de ville, ça c'est juste pas possible. Il faut, tu vois, comme je le dis, il faut aller chez Décathlon, se prendre une petite paire de running, tu vois, un truc bien comme il faut pour que le corps puisse courir dans de bonnes conditions.

Est-ce que tu penses qu'on peut atteindre ton niveau sans jamais souffrir ? Est-ce que c'est possible, ça ?

Ah, c'est impossible. Ah non, celui qui pense ça, faut qu'il... Ah non, il rêve, celui qui pense ça, c'est pas possible. Après, il y a des gens très talentueux, mais il y a la règle des 3T. Euh, attends, talent, travail. Si tu n'as pas ces trois T, tu vas nulle part. Moi, j'ai des copains très talentueux, peut-être tout aussi talentueux que moi, travailleurs, tu vois, mais ils ne se laissent pas le temps. Ils veulent, ils veulent vite faire les choses. Ils vont se concentrer peut-être sur 2-3 mois d'entraînement où ça tourne, entre guillemets, que autour de la course à pied. Mais au bout d'un moment, ils vont faire n'importe quoi à côté. Ils vont se coucher tard, ils vont mal manger, ils vont pas programmer leur saison, ils vont mal gérer tous les à-côtés. Du coup, ils vont prendre potentiellement des PV. Ils vont jamais les payer. Pourtant, ils ont les sous pour les payer. Mais tu sais, ils vont laisser plein de choses autour de leur vie, entre guillemets, extra-sportive, venir les polluer, et au bout d'un moment, en fait, tu sais, ils ont le cerveau trop plein parce qu'ils ont plein de problèmes à côté. Et moi, tout ça justement, j'essaie de, tu vois, d'éviter au maximum pour vraiment me concentrer à 100 % sur la course à pied.

Hm hm. Mais imaginons que, enfin, tu vois, toi, ton travail t'a amené des résultats. Imaginons que quelqu'un soit dans un cas où il travaille très dur, sans résultat. Est-ce que tu penses que c'est quand même possible de garder sa détermination à travailler ?

Ouais, parce que comme je t'ai dit, et tout le monde, déjà, peut se, tout le monde peut se fixer des objectifs. Après, ce serait trop facile si demain, on arrivait tous à les réaliser du premier coup. Moi, ça fait, je sais pas combien de temps que je dis que je vais être champion du monde. J'ai fait 4 éditions déjà avant d'être champion du monde. J'ai fini 13e, 10e, 9e. Je me suis fait quasiment éclater plusieurs fois. J'étais pas loin. Je savais qu'il manquait pas grand-chose, et ce qui manquait, c'était du temps. Et en fait, je savais qu'il fallait que je me laisse le temps, travailler, travailler toujours avec la même détermination, en ajoutant quelque chose de plus à mon arc au fur et à mesure. Et mon coach, mon ancien coach Adrien Taigi, il m'a dit : "Un jour, la porte, elle s'ouvrira. Un jour, les planètes seront alignées." Et moi, je le croyais. J'ai toujours été optimiste sur ça. Et à Tokyo, les planètes, elles se sont alignées. Enfin, je veux dire, j'ai été champion du monde. C'est presque l'une des courses les plus faciles que j'ai gagnées de ma vie. Et pourtant, il y avait les meilleurs du monde. Il manquait quasiment personne. Enfin, même, il manquait personne. Tout le monde était présent, tu vois. Mais on fait la course peut-être deux semaines après, peut-être que je me fais battre. Mais ce jour-là, en tout cas, il y avait tout qui était aligné. Après, ce n'est pas de la chance, parce que 5 jours après, je suis médaillé aussi sur le 5000 m, en ayant fait plus de 50 tours de piste avant d'aller chercher cette nouvelle médaille aussi, tu vois. Donc, non, je pense que c'est possible, ouais, de réussir ses objectifs. Il faut juste travailler et se laisser le temps.

Hm hm. Avant le départ, genre quelques secondes avant le départ, tu te vois gagner ou pas ?

Dans ma tête, ouais. Dans ma tête, en fait, on avait un objectif avec mon coach, c'était de faire top 5, peut-être un mois avant les championnats du monde. On s'est dit : "OK, faut faire top 5, faut valider au moins le top 5. Tu es en forme, super." Surtout que sur les Diamond League, qui est l'équivalent de la Ligue des Champions au niveau du football, j'étais sur le podium sur tout ce que je participais quasiment sur les dernières années. Et là, tu te dis : "OK, si tu es devant en Ligue des Champions, en Diamond League, tu te dis pourquoi à la Coupe du monde, au championnat du monde, je ne peux pas être dans le dernier carré aussi ?" Et donc, je me forçais à me le dire. Même si j'avais fait des 13e, 10e, 9e places avant, c'était l'objectif. Sauf que peut-être 3 semaines avant les championnats du monde, je vais à la finale de la Diamond League. Donc, c'est la finale de la Ligue des Champions. Et là, je la gagne devant tous les meilleurs. Et tous ces gars-là ont déjà fait des médailles, ont déjà fait des records du monde, médaillés aux Jeux Olympiques. Et moi, je me dis : "Attends, 3 semaines avant les Jeux Olympiques, ce n'est pas possible que eux ne soient pas prêts et que ce soit un coup de chance. C'est que moi, je suis vraiment fort. J'ai leur niveau, je les ai battus." Donc là, à l'instant T, je suis meilleur. Eux vont viser la médaille. Moi, j'y vais pas pour viser la médaille. Et donc, en fait, c'est passé du top 5 à dans ma tête, je veux gagner. Sauf que j'avais l'incertitude concernant peut-être un Kenyan et deux Éthiopiens, deux trois Éthiopiens même, que je n'avais jamais battus, qui n'étaient pas là à la finale de la Diamond League. Sauf que je m'étais dit : "Bon, ces mecs-là, aujourd'hui, que j'ai battus à la finale de la Diamond League, les ont déjà battus plusieurs fois. Donc, c'est peut-être un step encore au-dessus, ou peut-être pas, mais ces mecs-là, je peux les battre." Et donc, du coup, en fait, je me suis concentré, et dans ma tête, c'était un petit secret que je gardais. Je le disais quand même à mon coloc de chambre. Tous les jours, on se levait, à chaque fois qu'on faisait quelque chose, on prenait une photo, on allait manger des sushis, on allait se balader sur le pré-camp. Je lui disais : "Garde là cette photo, tu es avec le champion du monde, où on allait laver nos affaires à la laverie avec notre petite bicyclette. On kiffait notre vie, on filmait tout ce qu'on faisait et tout." Et je lui disais : "Allez, lave-moi mes affaires, s'il te plaît. Tu es avec le champion du monde et tout." Mais tu sais, je faisais un peu le mariol. Mais c'était pour rigoler, pour faire le malin, parce que j'aime bien faire le malin. Et au final, ben ça s'est passé. Après, je n'ai rien à perdre, parce que c'est mon pote, je lui dis ça en rigolant, et si je réussis, en vrai, lui, il va dire : "Ouais, c'est un craque." Il m'a dit pendant 2 semaines, et d'ailleurs, c'est ce qu'il a dit, tu vois. Il a dit : "Ouais, il a fait que de me le dire pendant deux trois semaines." Et au final, tu arrives là, tu es champion du monde, tu n'as jamais été médaillé aux championnats du monde. Il s'est dit : "Il m'a appelé le lendemain. Il m'a dit : 'Gros, il m'a dit, tu m'as tué. Il m'a dit, c'était, tu es un fou. Tu es un fou, tu vois.'" Mais moi, par contre, ouais, j'y croyais intimement.

Et est-ce que pendant la course, tu y croyais, tu as cru tout du long ?

Ouais, pendant la course, c'était un truc de fou. J'étais comme habité. C'était, enfin, je tu vois, j'arrive à me remémorer la course. Je sais que pendant les 5 premiers kilomètres, ça part très doucement. Il y a quelques Éthiopiens, Kenyans qui mettent des attaques devant, et je les laisse partir, limite comme si c'était mes petits, tu vois. Genre, je me dis : "Allez-y les gars, faites ce que vous voulez." Alors que c'est des mecs monstrueux, trop forts, tu vois. C'est des mecs, il y a 3-4 ans, je pensais presque intouchables. Et là, pendant la course, on dirait que je maîtrisais les choses, et je les ai laissés partir, et je savais qu'à 5 tours de l'arrivée, je m'étais dit : "Là, peu importe, je me replace, et il n'y a plus personne qui passe devant moi." Et donc, aux 5 km, je vois, je suis à peu près 10e, 12e. Ça lance des attaques, je suis loin. Je me dis : "Économise ton énergie, il fait chaud, et cette énergie que tu vas dépenser au milieu de la course, tu l'auras peut-être plus à la fin." J'ai fait beaucoup d'erreurs par le passé aussi. J'ai appris beaucoup de maturité aujourd'hui par rapport à il y a 2-3 ans, tu vois. Et là, j'arrive dans les cinq derniers, 5 derniers tours, 2 km de l'arrivée, et là, je sens que j'ai des jambes de malade. Je me replace à la 3e position, je reste derrière Grant Fisher, qui est un Américain, 3e aux Jeux Olympiques sur 10 000 l'année dernière et sur 5000. Lui, je sais qu'il est là pour la médaille, sauf que je l'ai battu 3 semaines avant la Diamond League. Et là, je me dis : "Vas-y, reste ici. Lui, il sait faire des médailles, lui, il va t'emmener sur le podium." Et là, je reste derrière lui toute la course. Il y a aussi le Suédois Amgren, qui est ici, que j'ai battu 3 semaines aussi avant. Et là, Amgren, il fait tout le travail. Et en fait, je me laisse emmener, et je vois la cloche, je suis super bien, je ne peux pas sortir. Je me dis : "Ne t'affole pas, la finale de la Diamond League, tu étais bloqué aussi, ça va s'ouvrir dans le dernier 150, dernier 100 m." Et là, je regarde dans l'écran géant, je me dis : "Wow, on est encore 12." Je me dis : "Ouais, c'est un truc de fou." Là, je reste concentré. J'arrive au 300, je vois qu'il y a les deux Américains qui, en fait, ils sont côte à côte, sauf qu'ils font totalement l'extérieur parce qu'il n'y en a aucun qui veut laisser passer l'autre. Ça part de partout. Moi, je dis : "Reste au couloir 1, reste au couloir, ne fais pas 310 m pour le dernier 300 m. Fais 300 m au maximum, et tu vas gagner ces petites secondes à la fin, tu vois." Et là, à 300 m, je vois, ils font n'importe quoi, et moi, dans ma tête, je me dis : "Wow, c'est top, ils sont en train de se cramer." J'ai la lucidité de me dire ça parce que ça a été une course tactique, donc je ne suis pas fatigué. Et là, je me dis : "Ouais, OK, là, tu vas pouvoir exprimer ton sprint." Et à 200 m de l'arrivée, Jacob Ingebrigtsen, pareil, un multiple médaillé déjà sur des championnats, il commence à ralentir, et là, je sens que j'ai des jambes parce que sur 30 m, j'appuie et je reviens sur la tête de course. Je suis 6e. On entame la dernière ligne droite, et là, quand je pousse sur deux appuis, je reviens à la troisième place, je me dis : "Ouais, je suis médaillé. Ça, c'est sûr." Dans ma tête, je me dis : "Je ne vais pas me faire reprendre parce que j'ai quand même un petit kick, tu vois. Je sens que j'ai encore, je peux encore activer une vitesse de plus, entre guillemets." Et là, quand j'active cette vitesse, je passe les épaules, je passe deuxième, je me dis : "Ou vice-champion du monde, dinguerie." Et là, j'arrive, il reste 20, 25 m, et je vois Mohamed Ahmed, que je n'ai jamais battu de ma vie. C'est un monstre, il est vraiment trop fort au train et tout. Et là, je le vois devant moi, je dis : "Non, non, prends-le, prends-le cet instant, prends-le maintenant. Il ne se reproduira peut-être plus jamais dans ta vie, mais prends-le." Et à cet instant, je pense vraiment à ça. Je me dis : "Non, prends-le maintenant." Parce que des fois, tu sais, dans la fatigue et tout, tu peux dire : "On verra demain." On reporte tous presque à demain quand on est dans la difficulté. Sauf que moi, à ce moment-là, je ne sais pas pourquoi, mais je me dis : "Non, celui-là, je vais le prendre." J'ai la lucidité de me dire : "Je le prends maintenant." Et là, j'arrive à passer les épaules devant. Je fais le malin comme d'habitude, je célèbre, je pince la langue, mais il est juste à côté de moi. Mais dans l'euphorie, après, je me dis : "Wow, peut-être que peut-être qu'il était juste à côté." Et là, je vois le tableau, ça s'affiche direct. Et là, le truc, que que j'ai, c'est de me dire : "Mimi est champion du monde." Et Mimi, c'est mon surnom quand j'étais gamin, quand j'étais petit. Et pas Dimi Gressier est champion du monde. Dimitri, c'est la personne que tout le monde connaît aujourd'hui. C'est l'athlète qui a une grande gueule, qui fait des bons résultats et cetera. Sauf que le Mimi, c'est le gamin qui a toujours rêvé de sortir du quartier, toujours. C'est celui qui a voulu être footballeur, qui a échoué et qui a rebondi dans un autre sport, qui est la course à pied. Et ouais, c'est à cet instant-là, c'est la première chose à laquelle je pense, c'est ça et ma famille.

Incroyable. J'avais jamais réalisé à quel point tu observais tout autour de toi en fait, que tu regardais l'écran géant, les gens autour de toi. Est-ce que ça, c'est propre à toi ou alors non, tous ?

Tu sens que dans la confrontation, en fait, tu essaies de rester un maximum relâché et pas de montrer à tes adversaires que tu les observes. Et en fait, l'écran géant te permet ça aussi, c'est que celui qui est derrière toi, il voit pas que tu te retournes pour le regarder, mais par contre, toi, tu arrives à voir où il est. Et dans les grands stades, on peut voir sur l'écran géant. Donc, ouais, là, sur les championnats du monde, j'ai regardé plusieurs fois l'écran géant pour savoir à peu près les menaces qu'il y avait potentiellement derrière moi et l'écart qu'il y avait quand les mecs partaient devant, à peu près. Donc, c'est pour ça, je ne m'affolais pas au début.

Tu étais déjà arrivé à des courses en ayant un aussi haut niveau de conviction que tu allais gagner, ou c'était la première fois où tu le sentais autant ?

Non, c'était la première fois. C'était la première. Sur les autres années, j'étais plutôt frustré d'arriver. Et je me dis : "Mais en fait, je m'entraîne tous les jours pour venir faire un top 10, un top 15." Et j'avais pas le choix, c'était mon niveau en fait. Je sentais que les mecs pendant la saison, je ne les battais pas et cetera. Donc, tu as beau te dire aussi : "J'espère un jour gagner, ou je veux gagner et cetera," mais il y a, faut, faut à un moment donné, faut avoir conscience de la réalité. Tu vois, si tu vaux 50 minutes au 10 km, tu ne peux pas dire que dans 3 semaines, tu vas faire 32 minutes au 10 km, tu vois. Bon, moi, l'écart était moins important encore que celui-là, parce qu'il y a encore l'aspect tactique et tout, mais je savais que je n'avais pas encore le niveau des mecs, et ça, ça me frustrait de m'entraîner dur, de m'entraîner dur. Et puis ce qui me frustrait aussi, c'était les garanties d' dopage qui tombaient d'année en année. En fait, je pouvais faire une course un an avant, j'étais conscient, moi, que dans ma course, il y en a, de la manière qui courait, je sentais que c'était pas possible, tu vois. Et au final, je, un an après, presque on me donnait raison avec un cas positif et cetera. Et ça, ça m'a un peu fait mal aussi, tu vois. Et je me suis posé plusieurs fois la question. Je me suis dit : "OK, est-ce que c'est possible ? Est-ce que tu peux gagner sur 10 000 m, qui est l'une des distances les plus, enfin, tu vois, les plus dures au monde avec la concurrence de l'Afrique de l'Est et cetera ?" Et pour te dire l'anecdote, c'est que aux Jeux l'année dernière, j'arrive pour la première fois de ma vie blessé. Je fais que 13e, je bats le record de France, je passe sous les 27 minutes. Donc, qui est quand même un chrono costaud, tu vois. Enfin, moi, je rêvais de faire moins de 27. Donc, j'exulte, je profite avec le public, je suis critiqué derrière par David Douillet aussi, et je le prends mal parce que derrière, il y a beaucoup d'entraînement. OK, je ne viens pas pour faire une 13e place, mais là, actuellement, je ne triche pas. Je m'entraîne avec ce que j'ai. Je m'entraîne avec conviction. Tous les matins, je me lève, j'ai, moi aussi, je voudrais être champion olympique, mais pour l'instant, j'y arrive pas. Et OK, si je triche demain, ça va être plus facile. Mais moi, je suis né dans une famille ouvrière, on ne triche pas chez nous. Enfin, tu vois, ce sont des gens qui ont des valeurs. Moi, j'ai des valeurs, et je savais qu'il me fallait du temps. Après, là, j'arrive sur cette course, je sais que ce n'est pas la même que les années passées. Là, je sens que j'arrive en pleine possession de mes moyens, affûté comme pas possible. Et puis, j'ai gagné l'une des plus grosses courses de la saison, je l'ai gagné 3 semaines avant. Si tu gagnes et que derrière, tu te poses encore des questions en disant : "Est-ce que je vais gagner ? Est-ce que je vais faire un podium ?" À un moment donné, il faut travailler avec un préparateur mental, parce que c'est qu'il manque quelque chose, tu vois. Moi, j'ai ce don, entre guillemets, on va dire, de ne pas me poser de questions. Quand je suis en pleine possession de mes moyens, je n'ai pas besoin qu'on vienne me parler, qu'on vienne me dire ce qu'il faut faire et cetera. Je suis un peu dans la vie de tous les jours un entrepreneur. Je sais me fixer des objectifs, je sais travailler dur pour les réaliser. Je sais me relever quand je ne réussis pas aussi. Et ça n'arrive pas, ça ne te tombe pas dans les mains du jour au lendemain, les résultats. Et par contre, quand je sais que je peux réussir quelque chose, tu n'as pas besoin de me le dire. Tu n'as pas besoin de me dire : "Ça va aller." Je le sais que ça va aller, et je vais tout faire pour y arriver. Après, comme je te dis, ce n'est pas toujours tout rose, mais en tout cas, quand j'arrive à mon prime, là, je peux m'exprimer, et là, c'est jouissif de fou. Là, je m'entraîne tous les jours pour réatteindre mon niveau déjà de l'année dernière. C'était il n'y a pas si longtemps que ça, c'était peut-être il y a 5 mois. Mais en 5 mois, il y a eu beaucoup de sollicitations derrière. L'entraînement a été moins productif que les mois auparavant, avant les championnats du monde. J'ai eu moins la tête, moins la tête à la course à pied. Donc, ouais, aujourd'hui, j'aimerais retrouver mon niveau des championnats du monde un jour.

Mais j'étais au fait, à ton niveau, le plus dur, c'est de maintenir son niveau. C'est même plus de progresser, quoi.

Ouais. Non, c'est de maintenir. Tu vois, le niveau des championnats du monde, j'en suis sûr et certain que je vais aller entre 26'30" et 26'40" au 10 000 m sans prendre de risque. Et sur 5000 m, je pense que je vais aller entre 12'42" et 12'38" à peu près. Et sauf qu'aujourd'hui, alors je te parle 4 mois après, actuellement, je pense que je vaux entre 27'10" et 26'50" dans une bonne course. Je prends une palette large parce que pour l'instant, je n'ai pas encore fait de compétition cette année. Et sur 5000 m, je pense que je vaux entre 13'05" et 12'55" actuellement. Mais par contre, dans 6 semaines, quand je vais courir, j'espère valoir moins de 12'49". Donc, c'est que dans 5 semaines. Mais par contre, là, je n'ai pas brusqué la machine, entre guillemets, à l'entraînement. J'ai fait que du contrôle quasiment, que du seuil, que des sorties longues avec un peu de, beaucoup de musculation, des séances de côte et cetera. Mais là, par contre, on va enlever un peu le seuil et on va accélérer à l'entraînement, et ça va être des 400 m en 51, 52 secondes à l'entraînement, des 500 m, une 9, une 10, des 1000 m. Là, j'ai une séance programmée, ça sera à 1600 m d'altitude, mais j'ai 7 x 1000 m, récup une 30 à 2'33" au kilo. Enfin, vraiment des séances qui vont me booster.

Tu l'as dit tout à l'heure, tu as gagné en restant Mimi, c'est Mimi qui a gagné. Mais moi, j'aimerais bien faire connaissance un peu de Mimi justement. Dans les personnes que j'interviewe qui performent dans leur milieu, il y a souvent un lien avec comment ils ont grandi dans leur mentalité. À ton avis, qu'est-ce que je dois vraiment savoir sur ton enfance pour comprendre la personne que j'ai en face de moi ?

Euh, ben que j'ai grandi dans une famille ouvrière, dans un quartier, le Chemin Vert de Boulogne-sur-Mer, dans le même quartier que Franck Ribéry. Ça aussi, c'est un facteur important, parce qu'il nous a montré que c'était possible de réussir, c'était possible de sortir du quartier, c'était possible de sortir de ce qu'on pouvait voir en bas des cages d'escalier. Enfin, moi, j'ai grandi avec des jeunes très sympas, mais dis-leur en bas du bloc, toi, tu te dis : "Bon, ben, il y a peut-être que ça à faire, tu vois, qui gagnent bien leur vie." Il n'y en a pas beaucoup qui allaient à l'école jusqu'au bout, enfin, jusqu'au bac et cetera. Moi-même, mes frères, ils ne sont pas allés jusqu'au bout, tu vois. Et toi, tu te dis : "Bon, mais OK, qu'est-ce que je vais faire de ma vie ?" Mais non, je veux réussir dans le sport. Par contre, j'avais une conviction, c'était réussir dans le sport. Les études, j'ai toujours fait le nécessaire parce qu'on me disait que si je travaillais pas bien à l'école, je ne pourrais pas être footballeur. Donc, moi, j'y croyais. Dieu merci qu'on m'ait menti, mais pas vraiment, parce qu'il faut quand même avoir un bagage à côté. Mais ouais, donc, j'ai fait, j'ai fait vraiment le nécessaire de travailler bien à l'école, mais je voulais réussir à fond, à fond dans le sport. Donc, on va dire, en fait, c'est plus le milieu dans lequel j'ai évolué. Je te dis, famille ouvrière, quartier, Franck Ribéry qui nous a montré la voie, et puis beaucoup d'éducateurs aussi de quartier qui m'ont tendu la main, qui m'ont accompagné. Et puis, je pense, tu peux être, tu peux être six frères et sœurs dans une famille, il peut y en avoir cinq qui n'ont pas le même mindset que le dernier. Et le dernier, il peut avoir ce mindset là où tu dis : "Mais lui, il sort d'où ? Pourquoi il pense différemment par rapport aux autres ?" Ça, je ne sais pas l'expliquer. Moi, ma copine, elle me le dit tous les jours. Mes frères, ils ont un autre mindset, hein, pas le même que le mien. Moi, peut-être trop avec des projets plein la tête et cetera, trop envie de vivre, trop envie de vivre peut-être même d'amour et d'eau fraîche des fois. Mais ma copine, elle me dit : "Ouais, des fois, il y a une graine qui pousse, tu ne sais pas pourquoi, dans un milieu, et toi, tu es cette graine là qui a réussi à prendre là." Je ne parle pas de talent, je parle vraiment d'intelligence sociale, tu vois. L'intelligence sociale, de savoir s'entourer des bonnes personnes, de savoir prendre la main qui nous est tendue au moment opportun. Et moi, cette main, c'est tout simple. Ce n'est pas un richissime qui me l'a tendue, ce n'est pas Pierre Paul Jacques, ce sont des éducateurs de quartier qui m'ont dit : "Ne va pas faire ces conneries là-bas avec les copains, viens faire du sport, viens jouer." Et c'était simple, hein, c'était dans le quartier, sur un city, on jouait au basket, on jouait des fois au badminton, des fois au football, on faisait plein plein de choses, et ça m'a aidé à ne pas faire les conneries et être focus dans le sport et à vouloir réussir dans le sport. Et tu vois, l'anecdote aussi, c'est que quand je suis champion du monde, derrière, j'invite toutes ces personnes qui ont contribué de loin ou de près à une soirée qu'on a fait. J'ai privatisé un resto, on a fait une soirée.

Mémorable. Ben, j'avais mon entraîneur de foot que j'ai pas vu depuis 10 ans, mon premier éducateur de quartier, presque mon premier prof. Enfin, c'était c'était un truc de fou, tu vois. Il y avait tout le monde ensemble. Mes nouveaux mes nouveaux potes, mes anciens potes de quartier qui sont presque de trois mondes différents. Tout le monde a fait la fête tous ensemble. On a fêté mon titre et ce genre-là, c'était exceptionnel.

Mais ouais, si on doit retenir quelque chose, c'est euh un gamin de de de quartier avec de grands rêves dans la tête. Et il me semble que d'ailleurs tu as il y a une fresque de toi dans dans ton quartier maintenant.

Ouais. Il y avait une fresque de Ribéry quand il était petit. Non, même pas. Ils si ils avaient fait un truc sur le port, mais c'était éphémère. Euh d'ailleurs euh en vrai ce serait stylé qu'ils la fassent parce qu'il la mérite quand même. Mais euh moi cette phrase qu'elle est partie du de de mon agent et de et de mon sponsor qui pren qu' ont voulu copier un peu ce qui avait été fait pour euh pour Zizou et donc en fait ils ont poussé avec la ville et ça a été accepté et cetera. Et après moi c'est pas parce que c'est moi, mais je trouve que c'est bien aussi de mettre parfois en avant les sportifs, mais pas juste pour mettre en avant une photo, pour raconter une histoire aussi aux gamins qui vont passer devant et c'est juste à côté de l'école dans laquelle j'ai grandi. Et si demain les profs ils sortent juste de l'école à 60 m, ils vont montrer l'image et il demandent au gamin de de d'illustrer ce qu'il voit, d'écrire ce qu'il voit et de raconter un peu le chemin parcouru, et ben peut-être que dans une classe de 20, il y en a peut-être trois quatre qui réussiront dans leur domaine parce qu'il y a pas que le sport dans la vie, il y a pas que la course à pied. Il y a plein d'autres métiers dans lesquels on peut réussir et surtout le plus important, comme je le dis à chaque fois, c'est d'être heureux dans la vie et ouais, c'est plus ça qui me fait qui me fait plaisir parce que moi de l'extérieur quand je regarde la photo, que je sors entre guillemets de mon être, que j'essaie de de de me projeter en tant que quelqu'un qui regarde, je me dis "Ouais, elle est réussie cette fresque parce que c'est une phrase que je regarde vers le loin et vers l'avenir en fait, tu vois. Pourtant, j'ai à ce moment-là, j'ai la médaille autour du cou, je suis champion du monde mais dans mon regard, je regarde vers l'avenir ce qui va se passer. Je me projette tout de suite sur l'avenir, tu vois. Et je trouve que cette fresque ouais, elle est belle.

Hm hm. Il me semble que tu as grandi en jouant beaucoup au foot du coup et en courant.

Ouais. Tu as même été en équipe de France scolaire de foot du 17 euh c'est lunaire. Et tu peux m'expliquer comment tu as choisi pourquoi tu as pas fait du foot mais plutôt de la course à pied ?

Ah ben alors ouais, comme tu l'as dit, j'ai fait la coupe du monde de foot au Guatemala. Euh et cette année-là, c'est comme tu dis, c'est lunaire parce que parce que je suis avec mes collègues du du club de Boulogne sur Mer et on est euh qualifié au championnat du monde UNSS, on va au Guatemala. Sauf que je suis qualifié en même temps à une semaine près au championnat du monde d'athlétisme de cross country en Chine. Donc Guatemala Chine. J'ai jamais voyagé. Faut faire un passeport en urgence. Je vais au championnat du monde de cross country, je rentre 3 jours en France chez moi, Boulogne sur Mer et je redécolle. Jet lagué, pas possible. En plus euh, désolé pour les auditeurs mais j'ai eu la tourista en Chine, j'étais vraiment pas bien. Euh je vais faire un championnat du monde du de cross, je finis 81e. Derrière, je vais faire un championnat du monde de de football UNSS. On est éliminé en demi-finale par la Turquie. Euh on n'est pas champion du monde alors que dans le stade à la fin, il y avait peut-être 20000 personnes. C'était un truc de fou. C'était retranscrit à la télé et tout. C'était un truc de malade. Et euh et au final c'est après que je décide de de d'arrêter le football et de me lancer à fond dans la course à pied. Mais ouais, ça ça a été un choix qui avait qui a été difficile quand même à faire euh parce que à l'heure d'aujourd'hui, je kiffe encore le football à fond. Je regarde tout le temps. Euh ça m'anime vraiment, tu vois. Et en plus, j'ai des collègues dans la même équipe qui ont été professionnels, enfin qui sont professionnels aujourd'hui. J'ai Colin Dagba qui a joué au PSG, je suis allé le voir jouer en Ligue des Champions. Il a joué à Old Trafford contre Manchester United et tout. J'ai Aurélien Scheidler aussi aujourd'hui qui joue en D1 belge. Enfin, j'ai pas mal de joueurs avec qui j'ai joué. Il y a Moussa Niakité et cetera aussi, Niakité qui joue défenseur central à l'Olympique Lyonnais, sénégalais qui a gagné la CAN aussi. Euh, j'ai joué avec ces joueurs-là, tu vois. Et donc oui, c'était possible mais par contre moi mon pire ennemi ça a été la course à pied à côté parce que vu que j'étais footballeur, j'étais habillé en foot, j'allais faire les cross que je gagnais, les entraîneurs d'athlétisme disaient à mes entraîneurs de foot, non mais on a jamais vu ça, c'est pas possible. Lui il faut qu'il arrête le foot sans savoir ce que je vais aller au football, tu vois. Et donc mes coachs, mes coachs de foot, ils savaient ce que je valais au football. Il savaient que j'étais un bon joueur mais que des bons joueurs, il y en a je sais pas combien. Enfin, en France, il y en a je sais pas combien. Donc tu peux être très bon et rester sur le carreau, tu vois. Alors qu'en course à pied, tu es bon, tu es sur le devant de la scène et tu réussis entre guillemets, tu vois. Alors qu'au foot, c'est c'est encore c'est encore autre chose. Et là, j'ai eu encore une fois de plus cette intelligence sociale de me dire "OK, moi dans ma vie, je veux réussir." Alors oui, je veux réussir dans le football, mais j'ai aussi envie de réussir au niveau social, au niveau économique pour aider ma famille et cetera et m'aider aussi moi-même à avoir une meilleure vie plus tard. Et là, j'ai eu l'intelligence de me dire "OK, la course à pied, quand tu cours, tu es peut-être 200 sur la ligne de départ, tu arrives premier et ben vas-y, arrête le football, lance-toi dans la course à pied." Si tu arriveras premier, tu arriveras à sortir, tu arriveras à sortir du quartier. B et bien que j'y suis encore au quartier. Mais mais ouais, c'est mon choix a été fait surtout sur ça avant tout. J'aimais aussi la course à pied, mais c'était plus une envie de réussir au niveau social.

Ça fait penser à par exemple LeBron James qui était fort en foot US et en basket et qui a choisi le basket. Tu as choisi la course à pied mais ça me rassure que tu l'as pas choisi pas grâce à la tourista en Chine. [rires] Bon tranquille. Ça aurait peut-être pu t'empêcher d'ailleurs de.

Mais est-ce que chez toi c'était normal d'être performant à la maison ?

Oui oui parce que j'ai mes frères qui ont qui ont joué au football déjà un caractère un peu un caractère bien trempé. toujours enfin toujours l'envie de gagner, toujours l'envie d'être le plus fort. Euh donc rien qu'avec mon frère Tina en jouant à FIFA, il voulait tout le temps me battre, je voulais tout le temps le battre ou jouer au foot, c'était la même chose. Mon père a fait de la boxe aussi donc toujours ce cette envie de victoire. Donc ouais, j'ai baigné dans dans ça.

À quel âge tu courais plus vite que tous tes frères ?

Je pense en vrai mes frères, il y en a un qui a 5 ans plus vieux que moi et un autre 3 ans. Euh je pense que déjà à 6 ans, je pouvais courir plus vite que quand eux avaient avaient 8 ans. Après mes frères en vrai c'est parce que aujourd'hui ils sont fumeurs et cetera mais moi j'ai mon frère du coup Jessie, son surnom c'est Tina entre guillemets. Mais un jour je lui ai fait faire un 10 km comme ça au hasard. Moi, j'allais courir euh c'était au Touquet, j'allais courir et euh c'était à 16h30 la course. Au matin, je le vois chez mon grand-père, je lui dis "Je vais faire une course l'après-midi." C'était à tout euh à mes tout débuts et j'étais un petit peu connu euh dans Boulogne comme coureur mais pas dans toute la France et cetera, tu vois. Et je vais faire cette course. Euh l'organisateur m'invite, il me donne un dossard, j'ai pas besoin de le payer et tout. Et je demande pour mon frère aussi parce que mon frère en matin, il me dit "Ah bah vas-y, viens, je viens, je le fais avec toi et tout." Et là, il vient et les fameuses chaussures que je te parlais pas commode pour le running. Et là, on se retrouve sur la ligne de départ. Il est à côté de moi, il s'est pas échauffé. Sauf que moi je me suis échauffé mais j'ai pas fait attention si lui il s'est échauffé et je me retourne et je lui dis mais tu fais quoi là ? C'est le semi-marathon, tu peux pas être ici, tu as jamais couru de ta vie. et euh il est parti avec nous, il a fait peut-être le premier kilomètre, on était passé en 3 minutes 30 au 1er km, il est à côté de moi, il me parle au premier kilomètre en 3 minutes 30 et là moi je lui dis "Mais tu vas exploser" et il était déjà à bloc hein mais il a quand même réussi sans courir à faire 3 premiers kilomètres. Oui. Sauf que derrière il a explosé, il s'est arrêté trois fois mais il a quand même fait 40 minutes et 30 secondes au 10 km les pieds en sang. Les chaussures c'était pas possible tu vois. Mais euh mais ouais pour l'anecdote, du coup on est un peu sportif, un peu dans ma famille.

Ouais, dans ta famille quoi ? OK. Incroyable. Et euh pour toi, c'est quoi le sacrifice dont on parle le moins dans le sport de haut niveau ?

Le sacrifice dans les enfin qu'on parle moins dans dans le haut niveau, c'est euh de s'écarter de sa famille, de ses amis, de ses proches, de pas assister à des moments de de vie hyper importants comme la naissance, le mariage, euh parfois même la fin de vie. Tu vois, des fois quand tu es à l'autre bout du monde et que c'est quelqu'un de ta famille éloigné, ben quand il faut rentrer et cetera, des fois tu fais la tu prends la décision de dire bah je reste mais passer le message à tout le monde que mes condoléances que je suis désolé, tu vois. Et je pense c'est plus ça les moments de vie à partager euh avec euh avec des proches.

Hm hm. Et est-ce qu'il y a des moments comme ça que tu as pu rater que tu regrettes aujourd'hui ?

Euh non, pas pas pas vraiment. Bah les mariages le mariage de mon cousin. des mariages aussi de d'amis d'enfance, j'aurais aimé les vivre euh mais je sais pourquoi j'y suis pas allé. Et d'ailleurs le dernier euh je suis champion du monde un mois après, donc je lui dis "Désolé, je pourrais pas venir, je suis en prépa pour les championnats du monde et derrière je suis champion du monde." Donc euh je pense que du coup il t'en il t'en veut pas trop.

Pas du tout. Non. [rires]

Jimmy il réalise des exploits mais il y a un exploit qu'il a jamais réalisé, c'est s'abonner à la chaîne YouTube The Elevate House et ça on peut tous le faire. Tout le monde peut s'abonner, tout le monde peut réaliser cet exploit. Donc merci de le faire si vous êtes arrivé à ce moment-là de la vidéo. Merci les gars, on continue avec l'épisode.

Est-ce que pour toi ça a été dur de t'engager à 100 % entre guillemets dans la course à pied ? Parce qu'il y a beaucoup de gens qui ont du talent dans certains sports mais peut-être leur famille va les décourager, peut-être que leurs profs vont les décourager de s'engager à 100 % là-dedans. Est-ce que toi ça a été compliqué cette décision ?

Non, parce que ma mère, elle aimait pas trop le foot. Donc euh quand j'ai commencé à faire de la course à pied, elle aimait bien. Et puis tu sais, dans le nord, on est assez euh chauvin et tout de suite je gagnais les petites courses du coin, j'étais euh dans les journaux et donc du coup en fait euh tout de suite ça a favorisé favorisé le truc. Se sont même pas posé la question savoir s'il y avait de l'argent à gagner dans la course à pied plus que plus que dans le football. Non, eux ils voyaient que je levais les bras. Mon père, il m'avait fait, je me rappelle, un débardeur au nom de sa société. Il était auto-entrepreneur. C'était écrit, c'était lunaire. C'était écrit "graissier plaquiste" sur mon sur mon débardeur, tu vois. C'était au tout début et toute ma famille, elle était fière. Mon grand-père il gardait déjà les journaux de l'époque et enfin, il les a encore aujourd'hui, tu vois. Et tout le monde était déjà à fond fier sans savoir que j'allais, entre guillemets être champion du monde un jour. Mais tout le monde m'a m'a m'a m'a soutenu dès le début.

Ouais. Et aujourd'hui, est-ce que tu peux me raconter à quoi ça ressemble une semaine d'entraînement normal pour Jimmy Gressier ?

Alors, une semaine d'entraînement normale, c'est 12 entraînements par semaine. Je double tous les jours, sauf le mercredi. Euh qu'une fois le mercredi, généralement, c'est 20 bornes au matin, l'après-midi repos et dimanche matin, c'est pareil entre 20 et 25 bornes au matin et repos l'après-midi. C'est à peu près trois séances euh entre guillemets de fractionné. Ça peut être une séance VMA, une séance seuil ou un fartlek ou une séance de côte par exemple, deux muscu. Et puis ce qu'on englobe autour dans ces 12 entraînements, c'est du footing, de l'accumulation de kilométrage entre guillemets pour habituer son corps à courir. Après sur mes footings, je cours proportionnellement à mon niveau. Ça fait derrière les gens quand je dis que je cours que à 4 minutes 20, 4 minutes 30, cool. Mais proportionnellement à mon niveau, je pourrais courir aujourd'hui à encore à 3 minutes 20 au kilo que je serai encore physiologiquement en footing. Sauf que mécaniquement, je suis pas en footing à 18 km/h. Faut quand même courir à 18 km/h. Et en fait, rien qu'au niveau du cerveau, de l'impact, ça demande quand même un peu d'énergie de de courir vite et puis même dans l'espace, tu vois le le le champ visuel dans l'espace, tu sens que tu es tu es pas en footing, tu vois. Et donc euh ouais, gros grosso modo, je fais euh quand même beaucoup de footing dans la semaine, trois séances quand même où là j'envoie des deux muscu à une muscu et ça tourne autour de ça et à peu près 160 170 km par semaine pour les grosses grosses semaines et en période plus je me rapproche de la compétition sur les 5 dernières semaines 140 130 et pendant les compétitions je descends je peux descendre à 60 km dans la semaine 70 pour faire du jus et puis avoir des jambes le weekend.

Hm hm. Incroyable. Et à ton avis, c'est quoi l'habitude la plus sous-estimée mais qui fait le plus la différence dans ta routine ?

Le sommeil. Le sommeil c'est ultra important. C'est le plus important. Enfin, tu vois, il faut penser à l'alimentation, à l'hydratation, mais le sommeil, tu peux faire tout ce que tu veux. Euh soit tu te blesseras, soit tu vas mal récupérer tes entraînements ou soit tu vas être aigri de la vie parce que tu as pas assez d'énergie et c'est le sommeil le plus important.

Ouais. Et comment tu fais pour bien dormir ?

Ben moi ça va, j'ai un mode on off, je me mets et je je dors assez rapidement mais déjà j'essaie de dormir avant minuit, les heures avant minuit comptent double. Ça, on nous l'a tellement répété. Je sais pas pourquoi mais j'y crois et donc euh je me l'impose à moi-même, tu vois. J'essaie de dormir avant minuit. Par contre, je suis obligé de faire minimum 9h euh de dormir 9h. Si je dors 7h30, je sens que je suis fatigué dans la journée. Et l'après-midi, je dors 1h 1h30 entre les entraînements.

OK. Et je suis obligé. Si je fais pas de sieste entre les entraînements, je suis pareil fatigué. Tout c'était pareil au basket sans la sieste. Tu es obligé quand tu t'entraînes deux fois par jour en vrai, c'est.

Tu sais aujourd'hui je trouve qu'il y a de moins en moins de patience en général que ça soit les gens dans leur carrière professionnelle, les gens dans le sport. Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui la nouvelle génération elle est pas assez patiente ?

Ah ben oui, ça c'est sûr que la nouvelle génération elle est pas elle est pas assez patiente. Moi je te dis ou même dans ma génération encore aujourd'hui, je te l'ai dit tout à l'heure, j'ai des collègues qui veulent réussir vite et enfin trop rapidement, tu vois. Euh les gens pensent que ça ça va tomber euh du ciel comme ça du jour au lendemain. Et puis euh aussi on apprend pas assez la résilience aussi euh aujourd'hui et aux gens autour autour de nous ou même aux plus jeunes parce que en fait euh tu peux échouer mais au bout d'un moment si tu restes en bas il t'arrivera rien de positif dans la vie. Donc au bout d'un moment faut se lever, faut avancer. La vie elle est belle, la vie elle est courte. Malheureusement, ce serait bien que parfois elle soit plus longue ou qu'on vieillisse moins vite. Et d'ailleurs, le sport, c'est bien pour ça, pour nous garder en bonne santé. Mais quand quand je te dis ça, c'est c'est que en fait la vie elle passe trop vite pour se poser 50000 questions. Fais, échoue, apprends, repars et puis peut-être tu vas échouer 10 fois et peut-être qu'à la 11e fois tu vas réussir. C'est un peu mon cas. J'ai été champion du monde au bout de la 4e 5e participation et pourtant si j'écoute les aigris des réseaux sociaux aujourd'hui, c'était impossible. À chaque fois, il me narguait, je voyais des messages à Dimmy, tu fais le malin au championnat d'Europe ? Tu arrivais au championnat du monde, tu tu étais plus personne. Parle aujourd'hui, je suis champion du monde, champion du monde à vie. Ils pourront dire ce qu'ils veulent même sur les prochaines courses. Si je finis 5e, 6e, 7e, 8e, 20e au championnat du monde, je leur montre ma médaille, je suis champion du monde, c'est tout. Tu vois ? Et le but, je te dis, c'est c'est de se fixer des objectifs dans la vie, travailler pour les atteindre et puis aussi essayer d'être heureux parce que il y a aussi des gens, malheureusement des fois, ils s'imposent des choses quand même dures, ils sont pas heureux et sans le plaisir, ça amène à rien aussi, tu vois. Si si vraiment enfin tu tombes en dépression parce que tu t'es imposé trop de choses dures. Au bout d'un moment, faut aussi écouter son corps, faut aussi écouter son esprit. Moi je m'entraîne 12 fois, je pourrais m'entraîner 14 fois. Sauf que je sais que à 14 fois, 13 fois, je vais être en burnout. C'est pas possible. Et puis que je vais me blesser, moins d'envie, moins de plaisir. Et le plaisir, c'est c'est le plus important.

Imagine qu'on vive dans un monde où les courses ça existent plus mais qu'on le champion du monde, c'est celui qui s'est le plus entraîné. Est-ce que tu continuerais à courir ?

Non, pas du tout. Ah, jamais de la vie. J'aime trop la vie à côté pour faire que un concours entre guillemets de qui qui s'entraîne qui s'entraîne le plus. Non, moi je suis je suis pas dans ça. Moi je suis pour faire les choses mais les faire bien. Faire trop de kilomètres pour moi, ça sert à rien. Au bout d'un moment faut comprendre ce que tu fais, pourquoi tu le fais. Et je vois des fois des gens qui vont pousser à l'extrême sur les kilomètres. Après, ça dépend les disciplines que tu fais aussi bien évidemment, mais moi je suis pas je suis pas dans ça.

Tu vois dans à ton niveau quand il y a tellement de d'entraînement, c'est tellement cadré, tellement précis, est-ce que tu trouves qu'il y a encore une place pour le talent ? Est-ce que le talent il a un impact encore à ton niveau ?

Euh le talent, il a une place sur la compétition. L'entraînement, on s'en fout que tu sois le champion de l'entraînement. Champion de l'entraînement, je l'ai été pendant je sais pas combien de je sais pas combien d'années je faisais des trucs à l'entraînement. Je battais mes records à l'entraînement. Là aujourd'hui, je impossible. Je battrai plus mes records à l'entraînement. Ils sont tellement euh élevés mes records à l'entraînement que mes records en compétition que mes que je pourrais plus les battre à l'entraînement. C'est pas possible. Et par contre, j'allais en compétition, bah je battais presque pas le record que j'avais fait à l'entraînement, peut-être de mois avant, tu vois. et je pense que aujourd'hui euh si ça laisse quand même encore la place la place au talent parce que quand tu arrives en compétition, tout le monde aujourd'hui s'entraîne quasiment autant l'un que l'autre. Tout le monde a la dernière paire qui fait courir vite. Tout le monde a le dernier jus de betterave qui qui va t'aider. tout le monde a le dernier jus de brocoli. Enfin, tout le monde entre guillemets euh s'est entouré de personnes pour optimiser la performance dans le très haut niveau. Et en fait, au bout d'un moment, on arrive tous presque au même euh au même entre guillemets, je veux pas dire cheat code, mais par rapport à avant, tu vois, il y a l'athlète d'aujourd'hui et l'athlète d'avant. Les anciens, ils ont couru sans chaussures carbone. C'est plus c'est pas les mêmes chronos aujourd'hui. Ils pourraient courir 2 minutes plus vite sur marathon, tu vois. On le sait et moi je suis le premier à le dire. les les anciens s'ils avaient les les pointes qu'on a aujourd'hui, les chaussures qu'on a avant, ils pourraient courir presque à la même vitesse que nous, tu vois. Sauf que ce qui fait le talent et qui démarque quelqu'un des autres, c'est ce qui va se passer le jour J à confrontation égale et pas ce qui s'est passé à l'entraînement. Des champions de l'entraînement, j'en connais beaucoup encore aujourd'hui. Et pour autant, tu vois, moi je me suis entraîné avec des gars formidables avant d'être champion d'Europe de semi-marathon. Ils sont monstrueux à l'entraînement. Je l'aurais mis à 1 minute 30 2 minutes après derrière au championnat d'Europe. Pourtant à l'entraînement, j'étais avec eux, on a fait les prises lactates, ils étaient plus bas que moi. Donc physiologiquement, ils dépensaient moins d'énergie pour courir à la même vitesse que moi. Je l'aurais mis 1 minute 30 à 2 minutes 2 semaines après quand on a couru dans la même compétition, tu vois. Donc ça montre que le talent et puis le talent c'est pas que physique, le talent c'est aussi mental. On parle souvent de talent physique mais non, le talent c'est aussi mentalement, tu vois. Et et quand tu as les réunis, ça fait le bon combo.

Hm hm. Pour un athlète comme toi, la majorité de tes revenus, elle provient plus des cash prizes de compétition. S'il y en a, je sais même pas. Pas tout le temps, j'imagine, mais système, ouais. Ou alors plus des sponsors.

L'écosystème d'un athlète, il est donc on a une société de droits d'image, on vend notre image. Par exemple, il y a des courses où je peux aller et c'est que en représentation. Je suis payé pour venir signer des autographes, passer du temps avec les gens, courir avec les gens et cetera. Donc là, les organisateurs entre guillemets, ils peuvent se target de ramener tel athlète à sa course et cetera. Après, il y a les sponsors euh bah comme moi qui prennent qui euh qui me payent aujourd'hui euh ou des marques de nutrition ou d'autres sponsors, tu vois. Et euh et puis il y a aussi euh la Fédération euh qui quand tu as un certain niveau qui te paye en tant que que salarié. Il y a aussi les aides des collectivités des collectivités. Moi aujourd'hui ces aides là je les demande plus parce que ce serait un peu de se moquer de la gueule un peu du monde de gagner autant d'argent et puis de prendre de l'argent euh enfin qui vient des des impôts. Moi-même aujourd'hui, j'en paye des impôts, donc je vais pas les récupérer ailleurs. Donc petit à petit en fait tous les ans quand me recontacte, quand il y a une collectivité qui me recontacte ou un truc d'aide à la performance extérieure qui vient d'une collectivité et je dis ben donnez-le à un plus jeune, quelqu'un qui en a besoin. J'en ai eu besoin au début. Au début euh je te dis je travaillais à la Caisse d'épargne, je gagnais 600 € par mois. Euh, j'allais à l'école, donc imagine, je m'entraînais, j'allais à l'école euh et euh et je travaillais, je gagnais que 600 € par mois et euh et c'est à ce moment-là où j'avais besoin de partenaire, tu vois. Et j'ai eu de la chance, c'est que euh je me suis débrouillé à avoir des partenaires. D'ailleurs, mon partenaire le plus ancien, je tiens à le citer parce que c'est Genesis et lui, il m'accompagne encore aujourd'hui. Alors que aujourd'hui, je peux le dire, je gagne très bien ma vie par rapport avant. Et ce ce gars, il dit "Non mais moi, je t'ai accompagné quand tu avais rien et aujourd'hui je peux encore t'accompagner et je veux t'accompagner parce que ce que tu fais vivre aux gens, ce que tu me fais vivre à moi en t'accompagnant, ça dépasse les frontières de l'argent, tu vois. Et donc du coup, moi j'ai créé une association qui permet de dans ça de faire rentrer de l'argent de mes anciens partenaires pour aider les gens qui tournent autour de moi, qui gravitent autour de moi, que ce soit athlète, coach et cetera à partir en stage et que c'est pas moi qui paye spécialement directement pour eux et qu'ils aient la sensation d'être euh redevable envers moi. parce que à un moment donné, il faut faire aussi attention à à ça parce que du coup euh ça peut créer potentiellement des jalousies ou des personnes qui peuvent se sentir pas bien dans dans dans l'écosystème et cetera, tu vois. Donc j'essaie de faire attention à tout ça, mais ouais voilà, un peu comme je t'ai dit, l'écosystème du du sportif.

Et est-ce que tu peux me donner une fourchette un peu de combien par exemple un sponsor peut donner à un gars comme toi qui a un rayonnement mondial à l'année ?

Euh ça dépend en fait ce qu'on me demande en contrepartie. Euh mais grosso modo, le plus petit contrat que je peux signer aujourd'hui, c'est 50000 et le plus gros contrat que je peux signer, c'est un million 155 pour te donner une fourchette, grosso modo. Mais le plus petit contrat que je peux signer, c'est 50000. Après, bien sûr, il y a il y a des marques qui peuvent apporter autre chose que de l'argent, qui peuvent, faut être malin, c'est c'est aussi du business, qui peuvent t'apporter de la visibilité, qui peuvent t'apporter de la un peu de la hype, plein de choses, tu vois. J'en ai un dans la tête mais je le citerai pas parce que c'est pas mon partenaire spécialement. Mais moi je crois je bosse avec un peu. Voilà tu vois. Mais c'est et en fait après tu réfléchis plus à au bout d'un moment à comment euh construire aussi ton image, comment euh vendre autre chose que une performance aussi. Et moi aujourd'hui en tout cas, j'essaie de transmettre des messages qui dépassent les frontières aussi que de la course à pied parce que avant de faire de la course à pied, comme je te dis, je suis un gamin de quartier qui a grandi avec des belles valeurs qu'on peut avoir dans les quartiers. Souvent c'est dans les quartiers, on est très critiqué, on nous prend pour des personnes qui ont qui ont qui ont pas de respect et cetera et pour moi c'est important. Et quand je le dis, je crache pas sur mes collègues de quartier et cetera. Il y en a plein d'autres qui ont réussi. euh autrement que moi et mais c'est juste pour faire passer un message et c'est ce que je fais aussi aujourd'hui.

Je pense qu'il y a autre chose dont les gens se rendent pas forcément compte, c'est le coût d'une saison d'athlétisme. Tu peux me dire aussi après combien ça coûte une saison d'athlétisme au niveau mondial ?

En fait, tout dépend comment tu te structures. Moi aujourd'hui, j'ai un coach euh j'ai un coach assistant que je viens d'embaucher euh cette année. Euh avec tous les stages et cetera que je fais, je pense je suis pratiquement aux alentours des 1200 1400 €. Mais je pourrais être à 10 1500 € mais je serai pas structuré autour de moi, tu vois. Je serai euh je parti je resterai quasiment en stage que chez moi où j' juste un stage ou deux dans l'année. Euh pas plus. Là je suis quand même souvent parti en stage. Je pars en stage avec un kiné, un photographe, j'ai mélangé vidéaste et photographe euh avec mon coach coach assistant. Donc forcément ça coûte aussi. J'essaie de voyager le moins que je peux mais quand même pour les grosses compétitions et cetera en business, ça coûte assez cher. Donc en fait il y a il y a il y a il y a ouais il y a tout ça qui rentre en jeu mais il y a la Fédération qui aide. Il y a il y a moi mon sponsor qui me donne aussi pour pour ça et et c'est grâce au sponsor. Demain si moi je travaillais ça serait impossible. C'est pas c'est tu vois.

Est-ce que tu penses que plus on a la chance des gens d'être accompagnés, de pouvoir dépenser, plus on est performant ? Je pense par exemple à LeBron James qui dépense 3 millions de dollars par an rien que pour sa récupération. Est-ce que tu penses que ça ça aussi un impact du coup forcément le budget de l'athlète ?

Je pense que forcément il faut un budget mais qu'au bout d'un certain montant ça changera rien. Ça changera rien et même presque après tu peux te disperser. Tu peux te disperser et plus penser que à l'athlète. Ça pouvait être mon cas ces derniers temps entre guillemets en achetant un immeuble de 15 appartements en j'ai rendu Airbnb et cetera, bien que j'ai fait gérer par des gens et cetera, mais tout ça ça peut entre guillemets te monter à la tête et les petits problèmes qui peut y avoir, ça peut te déranger, tu vois. Sauf que bien évidemment, il faut quand même avoir une une base euh et je pense que si à l'année, tu arrives euh à avoir ton salaire plus 20 à 30000 € pour partir en stage et par contre faut aussi partir en stage. si tu restes que chez toi au bout d'un moment même si tu as le meilleur coach, tu as le meilleur groupe d'entraînement, au bout d'un moment l'hiver, il fait froid en France, la course à pied ou même plein d'autres sports où on s'entraîne pas dans une salle, on est obligé d'avoir des bonnes conditions. Donc tu vois, moi je pars en en Afrique du Sud, bien évidemment, c'est pas bon pour l'empreinte carbone. On me dit "Tu vois, je pourrais aller monter Gordes dans dans le sud du Portugal." J'y vais. Je suis dit "Allez plusieurs fois". Tu as deux chances sur trois qu'il fasse 15°. Tu vas en Afrique du Sud, tu es sûr qu'il fait 32°, tu rentres. Et et donc c'est des choix un peu égoïstes bien évidemment, mais c'est aussi le métier qui veut ça.

Si tu es soutenu autant par Décathlon par exemple, c'est parce que la course à pied est vraiment devenue un un phénomène de société. Pourquoi tu expliques que la course à pied, ça devient aussi populaire ? Est-ce que c'est les réseaux sociaux ? Est-ce que c'est un besoin de répondre au stress moderne ? Comment tu l'expliques ça ? Tu saurais le dire ou pas ?

Je sais le dire tout simplement parce que tout le monde peut gagner que tu finisses 3000e de la course, tu peux gagner un contre toi-même. En plus, tu peux te fixer un objectif de temps, ce qui est ce qui est cool quand même, tu vois. Et moi, je peux gagner en étant premier et je peux aussi gagner en étant 10e en réalisant mon record personnel. Et je pense que les gens l'ont compris aussi, les chaussures aussi aujourd'hui qui créent un effet de mode. Tout le monde a envie de tester des des ouais. des des chaussures qui permettent aux gens de moins entre guillemets se blesser. Et puis bah les réseaux sociaux, les réseaux sociaux aujourd'hui euh tu vois des dans ton feed des réels qui défilent et cetera, tu dis tiens, je vais essayer et en fait bah les gens s'y prennent au jeu, tu vois. Et puis euh et puis euh je pense que ça permet aussi euh c'est je pense que c'est pas un effet de mode. Euh je pense que ça va ça va durer euh parce qu'il y a des nouvelles générations aussi qui arrivent et puis euh comme je te dis euh les chaussures continuent d'évoluer sans cesse. Euh mais ouais, c'est comme ça que je l'explique.

Et justement sur les réseaux, tu l'as dit, on voit passer beaucoup de résultats mais pas forcément de travail. Toi, ça serait quoi ton conseil pour quelqu'un qui commence la course ?

À pied pour le faire dans les bonnes conditions ? Déjà, un bien se chausser, d'arrêter de courir avec des chaussures de ville, de euh, de de pas écouter tout et n'importe quoi, tout ce qu'on voit sur les réseaux sociaux et cetera. Moi, parfois, je partage des séances euh sur mon Instagram, mais c'est des séances quand même pour des gens qui courent minimum depuis 1 an, euh qui préparent des marathons, des semi-marathons et cetera.

Et euh, comme le dit d'Orient Louvet, il y a pas de petit ou euh de grands coureurs. Il y en a, mais il y a pas de petits coureurs. Euh, on peut tous faire de la course à pied, que tu cours à 8 minutes au kilomètre ou à 2:30 au kilomètre, tout le monde peut se mettre à la course à pied. Et en fait, il faut se fixer des objectifs. Mais là où faut pas faire le danger, il est plus à l'entraînement qu'en compétition, c'est que tu as des gens, ils vont essayer de battre le lundi leur record sur 10 km. Pendant qu'ils vont courir pour la première fois, ils vont tout de suite essayer de faire un 10 km ou un 5 km, essayer de battre le record le lundi. Le mercredi, ils vont y retourner, ils vont dire "Ah, je vais essayer de rebattre mon record du lundi" et en fait, ils vont être à bloc à chaque fois. Ils vont se dégoûter. En plus, c'est courir avec de mauvaises paires, ils vont se faire mal.

Et puis aussi euh, c'est pour ça qu'il faut être bien chaussé, c'est qu'aussi euh, il faut faire au début quand on commence la course à pied, beaucoup de renforcement musculaire parce que tu as plein de gens qui sont pas gainés, qui forcément parfois peuvent être euh un peu en surpoids et cetera, tu vois, et ça crée, tu vois, des instabilités et cetera, ça crée des douleurs et cetera. Bien bien que tu peux courir en faisant pas 60 kg, tu peux courir à 80 kg, mais par contre, faut gainer un peu, gainer un peu tout ça, faut que ce soit un peu euh, apporter du tonus à tout ça. Mais ouais, les les erreurs, c'est que les gens quand ils se mettent à la course à pied, ils veulent battre le record le lundi, le le mercredi et puis au bout d'un moment, en fait. Et ce qu'il faut amener, c'est la progressivité. Peut-être s'entraîner que deux fois par semaine sur les premiers mois, commencer avec euh, quand tu as jamais couru, peut-être une minute de course à pied, une minute de marche intensif, une minute de course à pied et y aller. Et c'est vraiment la progressivité, bien se chausser, la progressivité et puis savoir s' s'entourer et pas écouter n'importe qui.

Et c'est pour ça que c'est dommage aussi aujourd'hui parce que les personnes qui font de la course à pied, ils devraient, qui commencent la course à pied, devraient aller voir dans les clubs d'athlétisme parce que tu as quand même des coachs, ils savent, ils sont formés pour ça, tu vois. Et ils pourraient leur donner, même sans prendre une licence spécialement, mais au moins participer au premier entraînement, demander des conseils et cetera et après derrière, ils pourraient facilement progresser. Hm hm. C'est vrai. Est-ce que toi, tu as l'impression de participer un peu à ce phénomène de démocratisation de la course à pied, par exemple ? Est-ce que tu as l'impression qu'à Boulogne, il y a plus de gens qui courent dans les rues qu'avant ?

Bah là, c'est drôle parce que je suis en train de faire un "Intérieur Sport" et les les mecs d' "Intérieur Sport", ils m'ont dit "Putain, c'est fou, à Boulogne, tout le monde court." Et moi, quand j'ai commencé, j'avais pas forcément l'impression qu'il y avait beaucoup de monde qui court. Et là où je vois aussi, c'est que j'ai la copine de mon pote qui n'était pas un grand sportif à l'époque, qui commence aujourd'hui, elle fait des 5 km, elle reste sur 5 km, tu vois. Mais euh, je la vois aller s'entraîner. Même des potes qui courent à 5'10 au kilo qui disent "prépa marathon" et cetera. Je me dis "Wouh, mais il aimait pas courir lui à la prépa physique et cetera", tu vois. Et ouais, je vois que ça s'est vraiment démocratisé et puis que les gens se se se donnent des des objectifs et ça, c'est cool.

Bah sinon, tu vois, il y a des gens qui courent pas parce qu'ils se mettent un peu des limites dans la vie. Pour eux, même courir 5 km, ça semble impossible. Toi, j'ai l'impression que te mettre des limites, c'est quelque chose que tu as jamais fait dans ta vie. Comment tu expliques ça ?

Ouais. Non, je me suis jamais fixé de limite parce que je je me dis à chaque fois, j'ai quoi à perdre ? J'ai rien à perdre. Donc fais, si tu arrives pas, tu te poses les bonnes questions. Pourquoi euh, tu as pas réussi ton objectif ? Et aussi là où ça favorise l'effet entre guillemets de réussite, c'est que je mets les choses en place quand je me fixe un objectif. Si tu fixes un objectif et que tu travailles pas pour euh y arriver, que tu fais comme quand j'étais plus jeune où euh je sortais euh tous les deux semaines en boîte de nuit, trois jours avant une compétition, ça marche pas. Par contre, si tu pars en stage d'entraînement ou enfin même pas en stage d'entraînement, mais que tu te focuses sur ton objectif et que tu te couches tôt, tu manges, tu manges bien, tu bois bien et cetera, au bout d'un moment, tu peux réussir. Bien sûr, on peut faire des petits écarts, ça m'arrive de manger des W frites et cetera à 2000, 2000, 2000 calories le le le plat, c'est c'est pas un problème. Et par contre, il faut pas tomber dans l'extrême à chaque fois. C'est comme partout dans la vie. Il faut pas être dans l'extrême, que ce soit dans la politique, que ce soit dans l'amitié, dans l'amour, dans le sport, il faut vraiment garder les pieds sur terre et travailler, travailler avec beaucoup d'intelligence.

Et est-ce que malgré tout, il y a des choses que tu pensais impossibles, des nouveaux objectifs que tu as eus maintenant ? Par exemple, maintenant que tu es champion du monde du 10 000 mètres, est-ce qu'il y a des choses nouvelles qui sont apparues dans ta tête, des nouveaux objectifs ?

Euh ouais, je veux être champion olympique, du coup, bien évidemment. Euh au pire, médaille olympique, ça c'est un objectif qui me semble possible, mais en même temps, vu que je l'ai pas encore fait, il y a une part de mon cerveau quand même qui me dit euh potentiellement que ça sera pas possible. Mais par contre, il y a une plus grosse partie de mon cerveau qui prend cette place qui me dit "Travaille dur et tu vas potentiellement y arriver. Tu vas peut-être y arriver." Et tant que je me suis pas présenté sur cette ligne de départ avant d'annoncer ma retraite, je crois, enfin, je je penserai toujours que c'est possible.

Est-ce que tu saurais me dire ce que la course à pied t'a appris que tu aurais pas pu apprendre autrement ?

La résilience, je te dis, c'est vraiment le mot. La résilience, la générosité aussi. Et le mot générosité, je le dis, je veux qu'il me colle moi à la peau parce que la générosité, la générosité, je l'ai appris dans le quartier quand on partageait euh un kebab plusieurs, une frite à plusieurs et cetera. Et je l'ai, je l'ai, ce mot-là, il il me colle encore plus à la peau dans la avec mon mode de vie aujourd'hui et dans la course à pied parce que en course à pied, si tu es pas généreux dans l'effort, tu arriveras jamais à aller chercher l'excellence et tu peux faire des bons résultats. Mais Kipchoge, il a dit un jour, il a dit, il a dit que que il y a beaucoup de personnes qui attendaient des résultats tombés du ciel et que c'était dans la limite de ton corps et de ton esprit et que tu allais chercher les meilleurs résultats possibles. Et sur 10 personnes, il y en a 10 qui vont avoir mal comme toi. Et si toi, tu es celui qui pousse la douleur encore plus loin mentalement et physiquement, tu seras, tu seras peut-être potentiellement celle qui va battre les neuf autres à côté de toi qui ont eu ressenti la même douleur, tu vois. Et et moi, je pense que c'est le mot générosité qui qui qui compte, qui compte vraiment aujourd'hui.

Quand tu repenses à tout ton parcours, à Mimi qui par exemple te regarde maintenant, tu penses qu'il se dirait que c'est quoi ta plus grande victoire ?

C'est le titre de champion du monde si on parle sur le côté sportif. Mais sur le côté humain, ma plus grande victoire, c'est euh la fresque. La fresque. Pourquoi ? Pas pour me mettre moi en avant, mais comme je t'ai expliqué tout à l'heure, pour passer un message à tous les gamins qui vont regarder cette fresque. Ça aurait pu être celle de Franck Ribéry. Ça aurait été le même message que moi. C'est "Croyez en vos rêves, travaillez dur pour les réaliser et un jour vous atteindrez le sommet." Et le sommet, c'est le toit du monde. Et sur le toit du monde, je suis allé poser vulgairement entre guillemets mes fesses le temps d'une soirée et ça, ça restera à vie. Imagine le truc le plus ouf, c'est que j'espère pour moi un jour si j'ai des enfants, je vais pouvoir leur montrer cette vidéo, leur dire que un jour j'ai été le meilleur du monde le 14 septembre 2025. Et ça, c'est juste un truc de fou. Je pense déjà à ça, je me projette déjà, tu vois. Mais ça, pour moi, c'est une fierté de malade.

Et puis aussi, je t'ai pas parlé de de mon grand-père, mais tu vois, moi mon grand-père, il a pleuré de de la de de devant la course. Je sais que dernièrement euh sur ces dernières années, j'ai perdu ma grand-mère et l'on souffre et cetera. Je sais qu'aujourd'hui, s'il s'accroche à la vie et cetera euh à cause de cette douleur de de perdre la femme de ta vie, c'est aussi pour moi parce que il veut me voir réussir dans la course à pied. Et tu vas chez lui, c'est un musée, il garde tout. Il va garder mon étiquette que j'ai collé à la Diamond League sur mon short rempli en corps transpirant. Il a, il veut rien. Tous mes débardeurs, ils sont, tu vois, ils sont ils sont accrochés et cetera. Et c'est aussi pour lui que je fais ça. Et quand je l'appelle après les championnats du monde et qu'il pleure, ou même que je vois toutes les télés chez lui et qu'il pleure devant la télé, mais il pleure pas de tristesse cette fois-ci. Il pleure de joie, de joie et de fierté. Et c'est ce même grand-père qui m'accompagnait à l'entraînement quand potentiellement personne m'accompagnait et que j'étais obligé d'y aller à pied. Il prenait sa voiture, il râlait, hein, parce que il était devant son émission le soir. Il venait m'accompagner, mais par contre, c'est l'une des personnes qui a été avec ma grand-mère le plus généreux euh dans ma vie et qui m'ont tout donné sans compter. Et aujourd'hui, que j'ai pu lui faire vivre ça de son vivant, c'est pour moi, c'est c'est une immense fierté, tu vois.

Tu as pensé à eux pendant la course, ta grand-mère et ton grand-père ?

Non, parce que je suis focus. Par contre, tout de suite après la course, ben je pense à ma famille qui est loin. Je vois aussi ma copine qui est loin, les tribunes. Mon coach, il me regarde, ils sont tous en train de pleurer. Et tout de suite, je pense à, je pense à eux. D'un seul coup, c'est, je me dis "Wouh, j'ai réussi à leur faire vivre un truc de fou." C'est aussi eux qui sont là au quotidien avec moi, qui quand moi je doute, eux doutent. Quand moi je suis pas bien également, quand il m'arrive des choses dures dans la vie, ceux qui sont là pour me réconforter. Et là, ce jour-là, j'arrive à les faire pleurer, mais pleurer de joie, tu vois. Et pas de tristesse. Et ça, c'est un truc, c'est un truc de fou. Il y a une photo de ma copine où elle est en train de pleurer, mais mais choquée dans le stade. Et cette photo-là, je lui ai dit "Je vais me la mettre en en fond d'écran" parce que c'est une photo où je te fais pleurer de de joie, mais et tu vois, cette photo, elle est elle est juste incroyable parce que tu as pas envie de faire pleurer ta copine, mais quand tu l'as fait pleurer comme ça, c'est beau quand même, tu vois.

Écoute, on arrive à la fin du podcast et ma dernière question que je pose à chaque invité et après une petite tradition, mais je pense que tu as déjà un peu répondu à cette question, mais si un jour tout s'arrête, pourquoi est-ce que tu veux qu'on se souvienne de toi ?

Euh, pour ma générosité, ma générosité euh dans l'effort, euh dans l'amitié, euh dans le fait de dire les choses en toute transparence. Euh, je j'essaie de le dire vraiment tout en gardant vraiment du respect pour peu importe à qui je vais dire les choses. Et si je blesse, je m'en excuse. Et je suis quelqu'un, vraiment, je le dis, qui se remet facilement en question. Demain, si tu me dis quelque chose, c'est que tu l'as mal vécu, que tu l'as mal ressenti, viens m'en parler et tu vois, et je vais faire en sorte que la prochaine fois, je te parle pas à toi de la même manière que je vais parler à cette personne-là parce que tu vas pas ressentir la même chose. On est tous différents dans la perception des choses, tu vois. Et donc ouais, moi ce que je veux que je qu'on retienne de moi, c'est la générosité et quand même le respect. J'essaie, je te dis, le respect, c'est hyper important pour moi de tous les uns les autres aujourd'hui dans le monde dans lequel on évolue, de tous se respecter peu importe les religions, peu importe le sexe, peu importe l'orientation, peu importe tout ça, en fait, tu vois, mais juste qu'on se respecte tous parce que les réseaux sociaux ont fait aujourd'hui aussi que on peut se transmettre des choses plus facilement, indirectement qui font mal, très mal. Et ouais, je pense qu'aujourd'hui, je veux que les gens par ce podcast, ils retiennent le mot respect et générosité. Parce que c'est ce qui fera que dans notre société aujourd'hui, au-delà du sport, qui fera qu'on vivra tous plus facilement tous ensemble.

Il y a un autre aspect de ta générosité que j'ai dont j'ai oublié de parler, c'est ta générosité dans les célébrations. Est-ce qu'il y a une célébration que tu as toujours voulu faire que tu n'as pas eu l'occasion de faire encore ?

Ouais. Ouais. J'ai enfin, tu vois, j'ai si je savais faire des saltos, je ferai des saltos, tu vois, genre vraiment. Mais je sais pas le faire. Donc, il faudrait peut-être que je m'apprenne, mais ça, je pourrais pas le faire. Et tu vois, il y a une dernière célébration où on me voyait trop beau, j'étais champion du monde, c'était au championnat d'Europe. J'étais champion du monde quelques mois avant, au championnat d'Europe là de cette année à la Goa. Moi, je savais que j'avais un adversaire quand même redoutable, un espagnol, Tirillo, et euh et on commença à me dire "Ouais, tu vas faire quelle célébration ?" Moi, je leur disais "Attendez les gars, je peux être champion d'Europe ? Potentiellement, peut-être 80 % de chance, mais c'est pas fait." Après, mon côté joie, je me suis dit "[Bip] la montée, elle finit enfin l'arrivée, elle finit en montée. Je me suis dit ça peut être trop stylé si demain je vais chercher un camelback, tu sais, à Décathlon, des des bâtons de ski de randonnée et que je finis l'arrivée comme ça." J'ai pas pu la faire et l'histoire, l'histoire me rappellera qu'il faut garder l'humilité à toute épreuve, même si je savais que cette personne pouvait me battre. Mais euh, potentiellement, j'ai quand même réfléchi à à ça. Donc, c'est que j'ai préparé le truc, mais en même temps, ces choses-là, tu es obligé de les préparer comme la crêpe à carré quand je mange la crêpe au Nutella la veille. Euh, je pensais que j'allais gagner plus facilement entre guillemets au vu de la concurrence. Sauf que ce jour-là, il y a un franco-allemand qui m'a donné du fil à retordre et j'ai cru que j'allais pouvoir jamais la manger cette crêpe, tu vois. Mais ouais, il y a il y a des célébrations euh que j'aimerais faire potentiellement dans le futur, des célébrations que j'ai que j'ai faites, que je referai plus aujourd'hui maintenant avec la maturité, tu vois, euh qui ont pu euh laisser euh transparaître une image euh pas très bonne entre guillemets, pour le sport ou même par respect pour les adversaires. Sauf que comme je te le dis aujourd'hui, il y a aucun de mes adversaires qui est venu me voir pour me dire "C'est pas respectueux ce que tu fais ou quoi." Mes adversaires, même les étrangers, je sais par athlète interposé, on se connaît un peu, un peu tous. Tout le monde dise, enfin, tout le monde dit pardon, que je suis un peu genre, il me voit un peu comme le mec un peu foufou, olé olé, qui s'en fout de tout, un peu électrique, tu vois. H ouais, les athlètes, on aime un peu l'arrogance et c'est peut-être les gens qui sont moins dans le milieu qui peuvent être un peu par ça. Bah, bien évidemment, enfin, tu vois, après, il y a que il y a que Zidane qui arrive à à pas être arrogant et à être, tu vois, avoir une hype de de fou. Ou il y en a, il y en a d'autres, tu vois. Mais aujourd'hui, moi j'aime beaucoup McGregor, tu vois. Il a pu parfois être irrespectueux et je pense que si c'est sur le côté de la scène à tête reposée et froidement, il s'en excuse d'avoir potentiellement manqué de respect. Mais moi, c'est quelqu'un que je kiffe. Le trash talking, je je kiffe. Mais tout en étant dans le respect. Par contre, il y a le trash talking à tête reposée. Il y a le trash talking. Par contre, quand tu as la testo à fond et que tu es ou même les célébrations quand tu es à tête reposée, les célébrations quand tu es dans la dernière ligne droite, les les il y a des gens parfois qui m'ont critiqué, mais quand tu arrives dans dans cette dernière ligne droite que tu as toujours voulu vivre ce moment, que tu le vis à l'instanté, que tu es un peu un cas du football, tu as fait des célébrations à chaque fois que tu marquais des buts, même quand tu avais 13 ans, 14 ans, que tu arrives dans cette dernière ligne droite et que tu fais cette, tu fais cette célébration, tu es à des années-lumière de penser à ce que les gens vont penser et à comment euh l'athlète derrière toi va euh va comprendre cette célébration, tu vois. Et c'est pour ça où je dis euh, je peux faire des choses à l'instant T. Par contre, si ça blesse, je m'en excuse et je serai le premier à à toujours m'excuser si j'ai manqué de respect ou autre.

Écoute, merci Jimmy pour ta générosité. Euh, c'est un régal de faire ce podcast avec toi. On a une petite tradition. On a un livre dans lequel je demande à chaque invité d'écrire une phrase ou une citation qui est importante pour lui, qu'il veut partager avec nous. Ça te dérange pas de le faire ?

Ouais, pas de souci.

Est-ce que du coup, tu peux partager avec nous ce que tu as écrit dans le livre ?

Du coup, ce que j'ai écrit dans le livre, c'est "Vivre pour courir, courir pour vivre." Et si je dois l'expliquer, c'est qu'aujourd'hui, ma vie tourne autour de la course à pied et la course à pied m'a fait vivre des choses extraordinaires, continue de me faire vivre des choses extraordinaires et que la course à pied m'a rendu la vie plus belle aujourd'hui. Et je pense que ouais, elle rend aussi ta vie, rend la vie d'autres personnes plus belles aussi. Donc merci pour ton temps, c'était un régal de parler avec toi aujourd'hui.C et j'espère que tes prochains objectifs dont on a parlé dans le podcast, bah tu les réaliseras.

Ah, c'est gentil. Merci à vous de m'avoir reçu. Merci beaucoup.

[applaudissements]

[musique]