Transcription
Bonsoir. En décembre 2004, les 25 des buts des négociations pour savoir si la Turquie peut être ou non candidate au sein de l'Union européenne. Alors officiellement, la décision devrait dépendre de l'attitude de la Turquie dans les domaines des droits de l'homme, des minorités, de la pratique démocratique. En réalité, le débat est beaucoup plus large. Si sa candidature était retenue, la Turquie deviendrait le premier État musulman d'une Union qui est laïque, mais dont tous les membres sont des pays chrétiens. Et puis, la Turquie est-elle ou non européenne ? La question se pose par la géographie, par la culture, et surtout par l'histoire.
Donc, voyons en quelques cartes la place de la Turquie dans l'histoire de l'Europe. Voyons comment se fabrique un empire. L'histoire des Ottomans commence au début du XIIIe siècle, en face de Byzance. Dominant le monde musulman depuis le Xe siècle, le sultanat des Seldjoukides se trouve fragilisé par les invasions mongoles et par des querelles de succession. Et petit émirat d'Asie Mineure peuvent ainsi acquérir leur autonomie. Et parmi ceux-ci, il y a une petite tribu turcomane, chassée de l'Asie centrale par l'avancée des Mongols, qui s'installe au nord de l'Anatolie. C'est la tribu des Osmanli, du nom de leur chef Osman, qui donnera son nom à la dynastie naissante, le « Pèse Ottoman ». Et comme les ondes émirats, elle s'engage dans la lutte contre l'Empire chrétien des Byzantins. À la mort d'Osman, son fils Orhan reprend l'offensive contre les Byzantins. Entré 126, ils enlèvent Brousse, qui va être la première capitale de l'État. Puis il enlève le littoral long de la mer de Marmara, si bien qu'ils disposent, on le voit sur la carte, d'une position stratégique face aux Byzantins de Traces et face à l'Europe.
Alors, ce qui est amusant, c'est que les Ottomans prennent pied en Europe grâce aux Byzantins eux-mêmes, car ceux-ci sont menacés à l'ouest par la Serbie de Dušan, qui étend son territoire dans les Balkans. Donc, les Byzantins appellent à l'aide les Ottomans entre 140, 4, pour les aider contre les Serbes. Et justement, s'établissent ainsi à Gallipoli, avant de se lancer à la conquête des Balkans. Il faut suivre la progression est impressionnante. Orhan lance des réformes qui servent de base au futur empire. Il crée une administration centralisée, le Diwan, placé sous l'autorité d'un grand vizir, et un corps d'élite pour son armée. Le jeune garçon chrétiens sont enlevés, envoyés dans les familles en Anatolie, où ils sont ici à miser sûr qu'ils aient est inscrit au métier des armes. Ce sera le corps des Janissaires. Le successeur d'Orhan, Mura Ier, il va élargir l'empire vers l'est en Anatolie, en Europe. Il compte hier Andrinople en trés 163, prince oriental à Macédoine et la Bulgarie, avant de vaincre les Serbes à la bataille de Kosovo Polje en 1389. Cette bataille dite du Champ des Merles est importante. Je vous en ai parlé plusieurs fois, elle est fondatrice de l'identité nationale serbe et ce encore aujourd'hui.
Nous voici maintenant à la fin du XIVe siècle. Entre 193, Bayazid Ier cherche à vaincre les troupes hongroises, mais le roi Jean Sigismond de Hongrie lève la plus grande armée chrétienne jamais réunie pour repousser les musulmans hors d'Europe. Français, Anglais, Allemands, Italiens se joignent aux armes et hongroises. Et pourtant, la bataille de Nicopolis en 1396, ce seul pas l'écrasement des croisés par les Turcs. Alors, en fait, la supériorité ottomane s'explique par la combinaison de plusieurs facteurs : artillerie, chevaux, discipline, encadrement, le sens du plan de bataille, la démographie. Alors, si les Ottomans 2000 empire byzantin, leur seule menace, ce sont en fait les Mongols sur leur flanc oriental. Le 20 juillet 1402, les troupes ottomanes sont vaincues par Tamerlan, le chef mongol, tandis que leur roi Bayazid est fait prisonnier. En fait, même s'ils sont affaiblis par cette défaite et par des guerres de succession au sommet de l'État, les Ottomans relance leurs expéditions. Des 14 à 12, le sultan Mehmed Ier reprend l'Anatolie aux Kara-Koyunlu. Puis en 421, Mourad II repart à la conquête de l'Europe par les Balkans.
Comment les Ottomans contrôlent-ils les régions conquises ? Et bien, en échange des soldats et des impôts qu'ils prélèvent, ils maintiennent la religion, les langues, les traditions locales, le rang social des anciens seigneurs, ce qui contribue à la stabilité intérieure des territoires conquis. Alors, la prise de Constantinople par les Turcs, le 29 mai 1453, est un triple symbole. D'abord, c'est la fin de l'Empire byzantin. Ensuite, Asie et Europe sera proche politiquement. Et puis, c'est la victoire de l'Islam sur la chrétienté d'Orient. En tout cas, c'est la consécration d'un empire ottoman dont la plupart des dynasties européennes deviennent soit vassales, soit partenaires commerciaux tributaires. Constantinople devient la capitale de l'Empire ottoman que les Turcs nomme Istanbul. Et de là, les Ottomans élargissent leur empire en achevant au XVe siècle la conquête des Balkans, de l'Anatolie, en prenant pied au nord de la mer Noire sur le canal de Crimée. Et il compte hier en 1516 la Syrie et la Palestine, et en 1517 l'Égypte qu'ils enlèvent aux Mamelouks installés au Caire. Et puis, enfin, la conquête du Hedjaz et des villes saintes de la Mecque et de Médine, on faire du sultan ottoman le commandeur des croyants. C'est Soliman Ier qui conduit l'Empire ottoman à son apogée.
Alors, arrêtons-nous plus longuement sur cette période. Ce souverain ottoman est plus connu, c'est celui que les Européens ont appelé Soliman le Magnifique, et que les Turcs appelaient Soliman al-Qanuni, c'est-à-dire l'homme du droit. Chrétien, il prend en rond depuis Belgrade en 1521, puis une large part de la Hongrie en 1526 et de la Transylvanie. La fin totale man, avec l'aide de corsaires, impose la loi turque en Méditerranée orientale et en mer Noire. Elle parvient non seulement à tenir l'Armada espagnole éloignée des territoires ottomans, et aussi à s'emparer des pays barbaresques, aide à dire l'Algérie, la Tunisie et la Tripolitaine. C'est l'époque où Charles Quint est empereur des deux mondes, et Soliman le Magnifique lui dispute la suprématie en Europe, jusqu'à conduire ses troupes aux portes de Vienne, qu'il assiège en 1529. Soliman II est un stratège. Rappelons qu'ils cherchent et trouvent une alliance avec François Ier. Il est aussi un homme d'État, sachant administrer son empire. Les réunions du Diwan, c'est-à-dire le conseil du gouvernement, examinent les lois qui permettent à l'administration de réglementer la vie des provinces, en veillant à ce que les populations gardent leur liberté de culte. L'administration du grand vizir enregistre des revenus de l'État qui proviennent d'un système fiscal à la fois sophistiqué et très bien consigné. En plus des impôts, l'empire tire ses ressources de son contrôle sur le commerce qui transite entre Méditerranée, Océan Indien et Europe. Or, comme l'empire est stable, le commerce est prospère. Du proche et du Moyen-Orient, les compagnies de commerce rapportent les matières premières, le blé, les épices dans l'Europe. Et en sens inverse, l'Empire ottoman devient le principal débouché des biens manufacturés, l'industrialisation occidentale, comme le textile. Dernier élément, le règne de Soliman est tout aussi marquant dans les domaines intellectuels, architecturaux, artistiques. Et mosquées et palais, la littérature, Sinan, les miniatures, plus la ferveur religieuse du peuple turc qui se voit alors comme le défenseur de l'orthodoxie islamique.
Alors, dans un deuxième numéro, nous verrons comment un tel empire peut s'effondrer et les conséquences d'un tel effondrement sur l'Europe et sur le Proche-Orient. Voilà trois siècles, trois continents. Le survol est trop rapide, mais cela donne une idée comment un petit peuple d'Asie centrale a su construire puis implanter un des plus vastes et des plus durables empires que l'histoire ait jamais connu.
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