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Trading de banque : la vérité que YouTube ne montre pas

FrenchQuant28:15

Transcription

L'autre jour, j'étais sur YouTube et je suis tombé sur la vidéo d'une chaîne YouTube, euh, sur le trading, qui réagissait à des extraits de films. Et un de ces films, c'était "L'Outsider". "L'Outsider", c'est l'histoire de Jérôme Kerviel. Il prenait une scène du film où Jérôme Kerviel était en train de trader et de se faire défoncer, comme dans la vraie vie. Et ces influenceurs l'ont interprété cette situation sous le prisme du trader retail. Donc, comme quoi il n'avait pas respecté son plan. Normalement, un trader doit prendre, faire ses analyses, et puis prendre son trade avec un ratio risque grandement fixé à l'avance, donc directionnel, et puis voilà, suivre son plan de trading, quoi.

Comme si gérer un book à plusieurs milliards dans une banque, c'est exactement comme faire buy and sell sur MetaTrader avec des RR de 2 et puis des petites notes sur Notion. Ce qu'il faut bien comprendre, et ce que je vais continuer de rabâcher dans mes vidéos, c'est que le trading que tu vois sur YouTube, TikTok et compagnie, donc le trading de surface, bien sûr, il y a toujours des exceptions. C'est pas du trading, c'est un business qui utilise le trading comme façade marketing pour monétiser l'espoir des gens. Le but, c'est de prendre une armée de gens persuadés qu'ils vont atteindre leurs objectifs financiers pharamineux, d'être millionnaire à 20 ans avec beaucoup de discipline et puis des concepts trading bien marketés, faciles à comprendre même pour un enfant de 7 ans, et bien sûr leur petit plan de trading sur nos chaînes. Très important. Une fois qu'on a ça, et bien on envoie tout le monde de casse-pipe, et puis bah là, plusieurs business, on peut vendre des produits digitaux ou alors faire de l'affiliation avec un broker.

C'est comme si on prenait un jeu de casino et puis qu'on te disait que c'était un super moyen d'atteindre la richesse. Oui, pour une minorité, une extrême minorité, ça marche, mais pour l'écrasante majorité, si on regarde dans la globalité, bah c'est 1000 cash complets pour tout le monde. La différence avec le casino classique, c'est que là, le trading, c'est un jeu à information incomplète, un jeu de prise de décision optimale dans un environnement non stationnaire, interactif, où tes actions et celles de tes adversaires modifient en permanence la dynamique du jeu. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que pour ceux qui tradent avec des concepts bullshit, ça ne donne pas des résultats différents qu'avec le casino. C'est c'est pareil. La seule différence, c'est l'image. L'image d'association avec certaines professions de la finance à très très fort revenu, mal comprise par l'opacité de cette industrie, qui rend le marketing encore plus fourbe que ceux qui ouvertement promeuvent des casinos en ligne, par exemple.

En réalité, le trading en banque n'a rien à voir avec ça. On ne parle pas de suivre un plan, de pas pleurer après un stop loss, de prendre des paris directionnels. On parle d'un système complexe où le profit vient d'un edge directement intégré dès la conception du produit, d'un système qui exploite encore une fois une asymétrie d'information et qui fonctionne comme un système fermé. Pour mieux comprendre comment ça marche, on va vulgariser et décortiquer les trois rôles principaux qui font tourner cette machine. Ces trois rôles sont : le quant, qui conçoit un produit financier et qui intègre le edge dans le prix. En deux, nous avons le sales, qui lui s'occupe du marketing, qui package et qui vend. Et en dernier, on a le trader. Ce qui nous intéresse, c'est lui qui transforme le edge théorique du quant en PNL réel. Bienvenue dans le vrai desk d'une banque, et pas celui qu'on te montre sur YouTube et TikTok. C'est ce que même Jérôme Kerviel n'avait visiblement pas compris, et c'est précisément pour ça qu'il a fini comme il a fini.

Le point de départ, c'est une demande, pas une prédiction. Dans un desk de structurer, tout commence par la demande du client. Ce n'est pas basé sur un graphique, une analyse technique, une intuition ou quoi que ce soit. C'est un besoin formulé du type : "Je veux un rendement avec un capital garanti." "Je veux un rendement un peu supérieur et je suis prêt à prendre un certain risque, mais je veux quand même savoir ce que je peux perdre." "Je veux être capé dans mes pertes." "Je veux me couvrir des baisses, mais je veux quand même garder un potentiel de hausse, au cas où." Le client, ça peut être quoi ? Ça peut être une institution, ça peut être aussi une banque privée, ça peut être une entreprise qui souhaite se couvrir, ou un particulier fortuné, un CSP++, qui veut investir ses capitaux. Ce qu'il faut bien retenir, c'est que le quant ne cherche pas à prédire où le prix va aller. Son rôle, c'est de concevoir un produit qui répond à la demande du client, tout en intégrant un avantage compétitif pour la banque dans le prix du produit.

Prenons un exemple concret pour mieux comprendre : le cas de l'autocall. Qu'est-ce qu'un autocall ? L'autocall, c'est un produit structuré qui peut, par exemple, reverser un coupon chaque année et qui peut te rembourser par anticipation si le marché dépasse certains seuils à des dates précises. Typiquement, ça va être un produit sur le CAC 40 avec un nominal, par exemple, de 100 000 €, une durée max de 4 ans, des dates d'observation une fois par an, un seuil d'autocall, bah par exemple, ça va être 100 % du prix du sous-jacent à l'émission du contrat. Et puis, par exemple, une barrière de protection à maturité de typiquement 60, 80 % du prix du sous-jacent à la période d'émission du contrat. Et il y aura un coupon, souvent annuel, donc qui va être versé, par exemple, 8 % donc du nominal. Donc, si on a 100 000 dans notre cas, on aura 8 000 € tous les ans qui tomberont dans notre poche, tant que bien sûr les barrières ne sont pas touchées et cetera.

Comment fonctionne la mécanique ? À chaque date d'observation, si le CAC est plus grand que notre seuil d'autocall, et bien on exerce l'autocall. Il y aura donc du coup un remboursement du capital et les coupons. Si on nous doit un coupon, hop, on nous paye. Ensuite, fin du produit. Sinon, bah on continue à la prochaine date d'observation, jusqu'à échéance ou barrière touchée ou seuil d'autocall touché. Si jamais autocallé, donc à l'échéance finale, au bout de 4 ans dans notre cas, là ça c'est là que ça devient intéressant. Si le CAC 40 est toujours au-dessus de 60 % de sa valeur initiale, bien là ça va, c'est cool, c'est le meilleur cas, parce que on touche notre capital et puis on a touché 8 % par an sans risque. Donc là, c'est le meilleur des cas. Par contre, c'est là que ça se complique, c'est que le capital, il est protégé, mais conditionnellement à la barrière. Donc si maintenant le CAC 40 il a dépassé le seuil de 60 % de sa valeur initiale, donc typiquement il est à 55 % de sa valeur initiale, bien là on va perdre du capital. Et souvent, c'est proportionnel à la baisse. Donc, dans notre cas, si le CAC 40 est à 55 % de sa valeur initiale, bien on sera payé que bah 55 000. Et c'est là que beaucoup d'investisseurs n'ont pas lu les petites lignes, hein. La protection du capital, elle est conditionnelle. Elle est conditionnelle à une barrière. Certes, cette barrière peut être difficile à toucher, mais si elle est touchée, et bien il y a une perte en capital.

Donc souvent, le quant, qu'est-ce qu'il fait ? Bah, il y a une jambe obligataire et une partie optionnelle. Donc c'est souvent un produit hybride entre une obligation zéro coupon et une jambe de produits exotiques, d'options exotiques type barrière, justement pour reproduire ces effets de seuil à ne pas dépasser. Ce qui est important, c'est que tout est fait pour que le prix à l'émission, le prix de cet autocall, soit égal au capital du client. Donc le client veut investir 100 000, l'autocall devra valoir 100 000. Donc cet autocall, il va faire en sorte que les barrières soient positionnées d'une certaine manière pour que exactement l'autocall coûte 100 000. Donc où se cache le profit pour la banque ? Contrairement à ce que beaucoup imaginent, il n'y a pas de frais cachés qu'on pourrait voir sur une facture. L'edge est dans le prix du produit, intégré dès la modélisation. Les sources classiques, bah ça va être typiquement les spreads de volatilité. Donc en gros, le quant, il va utiliser une volatilité implicite qu'il va estimer correctement pour pricer son produit. Et bien, il va modifier la volatilité implicite de sorte à ce qu'elle soit à son avantage. Donc si la banque gagne de l'argent quand la volatilité est plus élevée, et bien il va l'augmenter un poil, et puis si elle perd de l'argent quand elle est plus élevée, bah au contraire, il va la baisser un poil. La même logique se fait sur les corrélations. Donc vous avez des autocalls basés sur des paniers d'actions ou de produits financiers. Donc la corrélation entre ces actifs est très importante dans le pricing dérivé. Et bien là, il va encore une fois mettre la corrélation à son avantage, à l'avantage de la banque. Et aussi, on va avoir typiquement, bah les coûts de financement. Bah les coûts de financement seront aussi mis dans le pricing à l'avantage de la banque, et que le client paye du coup implicitement.

Un autre exemple pour que vous compreniez rapidement, un peu différent : les Turbos warrants. Donc ça, c'était super populaire chez les retail à une époque lointaine. Les Turbos warrants, en gros, pour faire vraiment simple, c'est des sortes d'options à levier, hein, des produits optionnels à fort effet de levier. En gros, la différence avec ce qu'on a vu précédemment, c'est que là, on va avoir des produits qui vont être cotés sur marché OTC à la vente comme à l'achat pour un public de retail. Et donc ici, le quant va pricer le plus correctement possible, et ensuite la banque va être le seul market maker sans compétition, et donc va pouvoir mettre les spreads ask qu'elle souhaite. Et la logique après, c'est la même que du market making classique, hein, c'est exécuter le retail. Et le edge vient d'où ? Bah du pricing, du bon pricing du quant et du spread ask. Et là où il y a un parallèle avec ce business de la banque et le market making, il y a un lien encore une fois avec les noise traders et les informed traders. Ce business model, c'est un business d'asymétrie d'information. Donc ça ne fonctionne que si l'immense majorité de ses clients sont des traders non informés, des noise traders, ou au moins moins informés que la banque. Ici, l'information informée, c'est relatif au modèle et à l'information qu'a la banque. Bien sûr, évidemment, que le client va toujours penser qu'il est informé, sinon il n'achèterait pas, mais il est souvent et majoritairement, sinon le business n'existerait pas, moins informé que la banque. Et en moyenne, bah il payera, il payera cette marge, cette petite marge mise dans le prix du produit.

Pour battre la banque, il faut substantiellement avoir plus d'informations qu'elle ou un modèle plus précis que le sien. Et puis, en plus d'être plus informé qu'elle, il faut que en plus cet avantage informationnel soit plus élevé que la prime qu'elle a mise en place, donc l'avantage qu'elle s'est donné, et en plus bien sûr toutes les frictions. Il y a toujours des frictions de marché qui ont un coût plus ou moins élevé. Si on pouvait mettre ça dans une équation super simple et vulgarisée, on aurait le V, donc l'expected value du client, qui serait égal à son avantage informationnel par rapport à la banque. Donc souvent, il sera nul, cet avantage informationnel, il n'en aura pas, moins la prime de pricing, bah que la banque s'est donné. Donc déjà, elle, elle a un avantage certain, c'est biaisé en sa faveur, moins en plus des frictions de marché. Donc il faut que l'avantage informationnel du client soit bien supérieur pour que ça soit rentable pour lui.

Pour résumer, le quant, c'est un ingénieur de l'espérance positive. Il conçoit des produits où, face à un flux non informé, la banque va gagner par construction. Il faut bien retenir que le quant ne cherche pas à prédire la direction du marché, mais il va chercher plus à modéliser la dynamique des actifs. Il va chercher à trouver quel processus génère le prix, le processus du prix d'un actif financier. Il cherche à modéliser la volatilité, la corrélation, les sauts, et cetera. Enfin, d'essayer de se rapprocher, d'avoir un modèle de dynamique des prix qui se rapproche le plus possible de la réalité. Pas de prédire où le prix va aller. Ce qui est très important, c'est que son modèle soit le plus précis possible, et surtout plus précis que sa contrepartie. Ce n'est pas une question d'avoir raison de manière absolue. La banque n'est pas omnisciente. Elle est gagnante tant que tous ses clients en moyenne sont moins informés et moins modélisés qu'elle. Car un client, même moyennement informé, reste perdant tant qu'il ne surmonte pas la prime intégrée et toutes les autres frictions. Seule une supériorité nette et durable peut elle inverser l'expected value en faveur du client.

Une fois que la merveilleuse ingénierie financière est prête, elle ne vaut rien si personne ne l'achète. C'est là qu'intervient le sales. Son rôle est de traduire le produit complexe désigné par le quant en une histoire simple et désirable par le client. Sa cible n'est pas le petit investisseur lambda, c'est, ça va être plus les gros poissons. En tout cas, pour le segment de marché, le segment de business de la banque qui sont les produits structurés. Il va viser les institutions type les fonds de pension, par exemple, les assureurs, ou bien les banques privées, mais encore les entreprises qui cherchent à se couvrir de certains risques opérationnels. Et par contre, des fois, oui, il va s'intéresser au retail, à certains individus très fortunés, donc les CSP+ qui cherchent à trouver une sorte d'exclusivité de produits financiers qui peuvent leur offrir un profil de rendement risque atypique. Ce qu'il faut retenir, c'est que le sales ne ment pas. Ce n'est pas un loup de Wall Street qui arnaque ses clients. Il va cadrer le narratif. Il va mettre en avant les points forts, par exemple la protection du capital, le potentiel de rendement élevé, et cetera, et cetera, tout en laissant les détails techniques un peu sous le tapis dans les 200 pages de la documentation juridique que de toute façon personne ne lit vraiment. Il exploite une asymétrie d'information fondamentale. Le client, lui, voit une solution à son problème, et la banque, elle, voit une marge qu'elle vient juste de sécuriser. Le sales, c'est le pont entre l'équation du quant et le portefeuille client. Donc en gros, le sales, c'est le marketeur, c'est le vendeur.

Une fois que le produit est conçu par le quant et vendu par le sales au client. Donc le le quant conçoit le produit, le sales trouve les clients pour l'acheter. On a le dernier, le gardien, le trader. Donc c'est celui qui nous intéresse pour clarifier ce qu'est un trader en banque dans les desks de structurer. Une fois le produit vendu, la banque a encaissé l'argent, mais maintenant, elle a quand même une dette conditionnelle envers le client. Et cette dette, c'est un risque, parce que tout autant elle va devoir payer le client s'il gagne, ou alors bah le client très bien, il l'a payé, elle ne lui devra rien. Et donc du coup, il y a un risque, il y a une incertitude qu'elle doit porter, et ce risque, c'est ce que le trader doit gérer. Mais justement, là, son travail, ce n'est pas de prendre des paris directionnels. Ce n'est pas de faire comme Jean-Marc le trader sur MetaTrader, de mettre son petit RR de 2 parce qu'il a vu un breaker block et il a lu une news juste avant. Et ensuite, si ça passe pas, tant pis. Ça passe, tant mieux. Ce n'est pas du gambling ici. Son objectif numéro 1 est de neutraliser le risque, pas d'en rajouter pour la banque. Il doit s'assurer que le edge calculé par le quant se transforme bien en profit réel. S'il y a trop de bruit par rapport au edge, bah très bien, sur le très très long terme, la banque va gagner, mais le Sharpe ratio général sera tout pourri, et la banque pourrait très bien aussi gagner que perdre, et cetera. Ça ne serait pas viable. Donc en gros, le trader, c'est le gardien de la marge.

Pour cela, il va vivre dans un monde de Greeks : le gamma, le delta, le vega, et puis toutes les autres. Ce sont ses indicateurs du risque. Son delta lui dit comment la position de la banque va varier par rapport à une toute petite variation du prix du sous-jacent. Il va donc acheter ou vendre le produit sous-jacent de manière à ce que le delta soit le plus proche possible de zéro. C'est ce qu'on appelle le delta hedging. Si le delta est à zéro, ben la banque n'a plus aucun risque directionnel. Peu importe si le sous-jacent, l'action monte ou descend, bah elle s'en fiche. Il n'y aura pas de risque. Elle va ni perdre ni gagner. Elle n'est plus directionnelle. Ensuite, on a son Vega. Lui, ça va nous dire à quel point la position va varier par rapport aux petites variations de volatilité. C'est crucial tout autant que le prix du sous-jacent, car les produits dérivés que la banque vend dépendent de la volatilité. Leur prix dépend de la volatilité. Et donc, si la volatilité augmente, peut-être que ça va être à l'avantage de la banque. Très bien, le prix du produit va baisser, et donc la banque l'a vendu, donc tant mieux. Par contre, si la volatilité diminue, peut-être que le prix va augmenter. Mais si c'est contre la banque, si la volatilité va contre la banque, c'est une source de risque aussi. Et donc, il faut couvrir la volatilité. Donc ce qu'elle va chercher à faire, c'est encore une fois, comme pour le delta, bah neutraliser le Vega, faire en sorte que le Vega soit le plus proche de zéro, justement en faisant quoi ? Bah, en achetant ou en vendant des produits dérivés qui dépendent de la volatilité, qui ont un Vega plus ou moins positif ou négatif en fonction du produit.

Et enfin, on a le gamma, qui est son pire cauchemar. Pourquoi ? Car il mesure la vitesse à laquelle le delta change. Et oui, parce que le delta, très bien, il est neutralisé. Mais peut-être que ce delta dépend aussi de, et souvent, c'est tout le temps le cas, il dépend aussi de la variation du sous-jacent. Donc vous avez neutralisé le delta, c'est super, le sous-jacent bouge un peu, et bien maintenant votre delta a rechangé. Pourquoi ? Parce qu'il y a le gamma qui est différent de zéro, et donc le delta va lui-même changer par rapport aux variations de prix du sous-jacent, ce qui rend le hedging très compliqué, et notamment près des barrières du produit où là le gamma explose. Le produit dérivé a des barrières, bien sûr, plus le gamma explose, et plus il devient très très compliqué de se couvrir des variations de prix du sous-jacent, car le delta, c'est bon, on l'a couvert, bah hop, il va changer instantanément. Ensuite, on le recouvre, hop, il va changer instantanément, ce qui rend la couverture impossible et extrêmement chère. Donc il faudrait aussi couvrir le gamma, donc le rendre aussi à zéro, mais le problème, c'est que il y a, ça, c'est des dérivées partielles. Les Greeks, en gros, c'est les dérivées partielles du prix du produit financier par rapport à un des paramètres du modèle. Et on peut refaire la dérivée du troisième ordre. Donc en gros, comment varie le gamma par rapport aux variations de prix du sous-jacent ? Donc c'est une une dérivée partielle du troisième ordre, parce qu'on dérive déjà une fois comment varie le prix de notre option par rapport au sous-jacent. Ensuite, ça nous donne le delta, qu'on redérive par rapport aux variations de prix du sous-jacent, et ensuite, on regarde comment le gamma varie par rapport au sous-jacent. Ce qui nous donne une Greek exotique qu'on appelle "speed", souvent. Là, c'est les Greeks exotiques, donc les les noms peuvent varier. Il n'y a pas vraiment de consensus, mais dans la littérature, elle est appelée "speed". Et ensuite, on peut continuer le processus comme ça à l'infini. Et donc, c'est vous voyez que même si on couvre le gamma, après il nous reste "speed" à couvrir, parce que le gamma changera aussi, et cetera. Et puis, comme on vend des produits ultra complexes, bah ça devient impossible à couvrir. Donc on peut, après, il y a plein d'autres Greeks. Là, on a vu les principales : Gamma, Vega, Delta, mais il y en a plein d'autres.

Et son but au trader, c'est d'avoir tous ces toutes ces Greeks-là qui sont ces mesures du risque, et de les couvrir, de faire en sorte qu'elles soient toutes le plus possible à zéro. Mais comme je vous l'ai dit, c'est impossible, malheureusement. Il y aura toujours un risque résiduel, et le talent du trader, c'est de faire en sorte que ce petit risque résiduel soit à l'avantage de la banque le plus possible. Mais c'est la cerise sur le gâteau, ce n'est pas le gâteau lui-même. Le gâteau, c'est l'edge du quant. Ensuite, s'il y a une cerise, c'est mieux. S'il y a pas de cerise, bon bah tant pis, il y a quand même le gâteau.

Donc, en conclusion, qu'est-ce que c'est vraiment le trading en banque ? Bah, le trading en banque sur ce segment, ce n'est pas un concours de prédiction comme le trading retail. Ça n'a rien à voir. C'est une industrie de l'ingénierie du risque qui transforme les besoins du client en payoff et monétise des asymétries de modèles, d'information et de bilan. Ça fonctionne comme une chaîne de production industrielle. On a le quant, qui conçoit un produit aux besoins du client et qui intègre un avantage compétitif, une EV positive, une expected value positive en faveur de la banque. Ensuite, on a le sales, qui vend le payoff comme la solution aux besoins perçus par le client, en encadrant le narratif et en s'appuyant sur une asymétrie d'attention. Le client, lui, regarde le coupon, hein, le rendement, la protection conditionnelle du capital, et la banque, elle, regarde l'expected value, son edge. C'est ça qui est important, le trading. Et le plus important, le trader, il ne fonctionne en rien comme un trader retail qui prend des paris comme au casino. Le trader en banque, c'est le gardien de la marge de la banque. N'essaie pas d'avoir raison sur le marché. Son but, c'est de neutraliser les Greeks au plus possible. Donc, il doit rendre son Delta, son Vega, son Gamma le plus proche de zéro possible pour pouvoir verrouiller au plus possible le edge de la banque, le edge intégré par le quant dans le produit. Car ce edge est petit, et si les risques que la banque prend en vendant les produits sont trop gros et pas couverts, et bien au final, le edge sera camouflé dans un océan de bruit, et puis ça sera le casino, quoi. La banque va peut-être gagner, peut-être perdre, et puis une fois, elle fera faillite, et puis tant pis, le business s'arrête.

Sa surperformance tient à l'exécution. Il doit se couvrir en minimisant au maximum les coûts. Les risques résiduels doivent au mieux être dans le bon sens. Donc, c'est là un peu la partie spéculation en soi. Mais ce n'est pas vraiment de la spéculation, parce que il n'a pas le choix, en fait. Ce n'est pas c'est pas un choix d'être d'être à découvert. Donc autant essayer au mieux possible d'être dans le bon sens. Mais bon voilà, il peut pas vraiment le savoir. Il a une chance sur deux d'être dans le bon sens. Donc des fois, il le sera, des fois, il ne le sera pas, et il fait de son mieux. Mais ce n'est pas, comme je vous ai dit, ce n'est pas le gâteau, c'est la cerise sur le gâteau. Si elle n'est pas là, tant pis. Si elle est là, tant mieux. Mais son rôle principal, c'est de se couvrir, de réduire au maximum le slippage, de de faire en sorte que le coût de la couverture soit le moins cher possible pour la banque.

Et si vous faites sauter un seul maillon de cette chaîne de production, bah le business s'effondre. S'il n'y a pas le sales pour vendre les produits, bah il n'y a pas d'argent qui rentre. Donc même avec un edge théorique, pas il n'y a pas de sous. S'il y a que le quant et le sales, bah la banque vend des produits et se met à accumuler un risque pharamineux. Et donc, à la première variation du sous-jacent à son encontre, de volatilité à son encontre, et bien elle fait faillite. Et si il y a que le trader et le sales, bah c'est super, le trader, il va se couvrir, mais il n'y a pas d'avantage compétitif, donc la banque ne va rien gagner du tout, payer des frais de couverture pour rien, et faire faillite aussi.

Bon, mais quand est-ce que le trader a un rôle plus proche possible en banque de euh du trader retail ? Bon, ça n'existe pas. Personne dans l'institution, aucun trader professionnel ne trade des breakers block ICT et fait du gambling. Ça, c'est du jeu, comme je vous l'ai dit. Ça s'apparente à du casino. Alors oui, il y en a qui gagnent, mais comme au casino, ce n'est pas c'est c'est anecdotique, et on en on fait pas un business, en fait. On en fait pas un business sur le sur le long terme scalable. Le prop trading pur en banque a déjà été largement réprimé. Après 2008, c'est mort. Il y a il y a eu trop de problèmes avec les Kerviel et ceux qu'on n'a pas compris le business model de la banque, qu'on fait qu'on faille mettre ou mis en faille des banques, et donc du coup, il y a eu de la régulation. Maintenant, le prop trading en banque, c'est à la limite très marginal, sous le tapis, mais mais ce n'est plus officiel. Par contre, il y a toujours des branches de la banque, des fonds de gestion, des fonds d'investissement, qui eux font bien du directionnel pour leurs clients, mais ça n'a encore rien à voir avec ce que vous voyez sur les réseaux. Ce n'est pas des gens qui se retrouvent devant leur écran à se dire : "Ah, là, il y a eu FOMC, il y a eu un breaker block, après la news, ça veut dire que il y a un biais haussier sur le marché, je vais acheter et faire plein." Non, ce n'est pas c'est pas comme ça que ça se passe. Et puis surtout, ils ne sont pas sur CFD, ils ne sont pas sur des des RR ou du truc sur Notion, ça n'a rien à voir. Les Hedge Funds ont des approches scientifiques, des approches quantitatives. Il y a toujours cette notion que je ne vais pas arrêter de marteler, qui est la recherche d'un avantage compétitif, parce que si vous n'avez pas d'avantage compétitif, c'est juste au petit bonheur la chance, comme au casino. Et donc, oui, encore une fois, les hedge funds d'investissement possédés par les banques, qui ont des traders et des portfolio managers qui travaillent, bah qui sont directionnels, ne font en rien ce qui est de de du folklore que vous voyez sur les réseaux. Le folklore MetaTrader, RR, ICT, j'ai vu la news FOMC et cetera, c'est vraiment qu'une façade pour le retail pour monétiser son espoir. Ce n'est en rien ce qui se passe dans les fonds d'investissement.

Bon, mais bref, de toute façon, le sujet, c'était le trading en banque, pas en fonds d'investissement possédé par les banques. On fera une vidéo dédiée à ce sujet plus tard. Tout ce qu'il faut retenir, c'est qu'à l'intérieur des banques, le prop trading, donc le directionnel pur et dur, a largement été éradiqué, surtout et encore plus après 2008. Ce qu'il faut retenir, c'est que le profit durable en trading ne tient pas sur un RR arbitraire, une discipline asque, ni d'un mindset motivationnel sur YouTube. Elle vient uniquement d'un edge mesurable qui provient soit d'une asymétrie d'information, soit d'une asymétrie technologique comme un meilleur FPGA, une meilleure latence, une infrastructure spéciale, une supériorité du modèle aussi possible. Et puis dans les avantages informationnels, donc en asymétrie informationnelle, il n'y a pas que le fait d'avoir une information que les autres n'ont pas, bien sûr, il y a aussi le fait de traiter l'information mieux que les autres avec justement, par exemple, les modèles plus sophistiqués que les autres. En bref, de toute façon, il faut une asymétrie, une asymétrie compétitive par rapport aux concurrents et au reste du marché.

Tout le reste, hein, les chandeliers magiques, les plans de trading sur Notion avec les petits emojis, les belles histoires qu'on se raconte, les mantras psychologiques, tout ça, c'est juste des concepts marketing mis en place par ceux qui exploitent justement cet arbitrage cognitif, cet arbitrage cognitif de la vente d'espoir. Pour que vous compreniez bien, raisonnons simplement. Imaginez que toutes les méthodes de trading simplistes mass market aient un edge réel. Au vu de sa simplicité universelle, compréhensible largement par un enfant de 6 ans, elle aurait déjà été reprise, absorbée et scalée par des professionnels. Si vous n'êtes pas convaincu avec ce qu'on vient de voir, dites-vous alors pourquoi la banque s'embête à construire toutes ces mécaniques compliquées, industrialisées, qui demandent des quants, des traders, des sales, une infrastructure juridique et cetera, alors qu'il suffirait juste de dessiner sur un graphique de prix et de savoir lire des news. Et donc, si elle n'a pas déjà été absorbée, si on ne voit pas toutes les banques utiliser ces techniques, si on ne voit pas tous les business, les hedge funds directionnels, parce que comme on l'a vu, les banques ne sont pas directionnelles, alors que non, les hedge funds directionnels, puis on ne voit pas toutes toute l'industrie professionnelle utiliser ces techniques, c'est qu'il y a une raison. Et cette raison, c'est tout simplement qu'il n'y a pas d'expected value positive. Ces techniques mass market n'ont aucun edge. C'est juste une façade de complexité pour habiller le hasard.

Donc, il y a deux postures rationnelles une fois qu'on a compris ça. La première, c'est d'assumer qu'on joue au casino. C'est du divertissement et rien de plus. Rien de mal, après tout, hein. Si on aime bien un peu le jeu et qu'on aime la façade marketing du trader, bah c'est qu'un jeu. Et puis tant que ça ne ruine pas notre vie et tant qu'on ne joue pas de l'argent que l'on a besoin, bon bah, ce n'est pas rationnel, mais c'est déjà plus honnête envers soi-même. La deuxième, c'est d'avouer que bah trouver un edge, c'est certes difficile. Ça demande des compétences rares, mais bon, elles sont quand même apprenables. Et c'est la seule voie rationnelle vers le trading et la gestion active du capital. Tout le reste, c'est l'auto-illusion. C'est du mensonge envers soi-même. Il n'existe pas de marketing mass market retail qui serait différent et qui fonctionnerait. Ça n'existe nulle part dans l'histoire, ni en banque, ni en fonds d'investissement, ni chez les quants de Citadel, peu importe.

Et puis, il y aura toujours ce pour me prendre des exemples d'analyse technique qui a marché dans le passé et cetera. Oui, genre Jesse Livermore, typiquement. Mais pourquoi déjà ? Bon, Jesse Livermore a fait faillite 12 fois. Donc ça pourrait très bien être un génie statistique. C'est-à-dire que bah c'était inévitable, de par il y a des millions et des millions de traders. Automatiquement, sur un échantillon de traders suffisamment grand qui overleverage, bah la variance fera qu'il y a des individus comme Jesse Livermore qui deviennent très riches, font faillite, très riches, font faillite. Vous voyez, ce n'est pas comme si il avait construit une richesse stable dans le temps. Jesse Livermore a fait faillite plusieurs fois et s'en est même suicidé. Donc, est-ce qu'on peut attribuer réellement sa performance à de l'analyse technique ou juste à la variance ? Bah, on ne sait pas, vu que c'était il y a trop longtemps et qu'on n'a pas les datas. Mais imaginons que oui, certes, l'analyse technique lui a donné un edge. Bah, c'était une époque où personne n'utilisait les graphiques. Les graphiques, c'était déjà une ressource rare. Alors qu'aujourd'hui, il suffit juste de taper TradingView, et puis même un enfant de 6 ans peut aller sur un graphique. Donc, c'est la formation, tout le monde la voit. Il y a zéro asymétrie. Il y a zéro asymétrie d'information.

En bref, le trading est un jeu d'espérance mathématique. Si vous n'avez pas de edge, vous êtes juste un joueur qui a payé son droit d'entrée pour nourrir la machine. Alors, si vous voulez un edge et que vous êtes intéressé par la finance quantitative et le trading algorithmique, l'investissement quantitatif et cetera, et la vraie finance de marché, bah je vous laisse aller voir en description. Il y a le lien de mon site. Je donne gratuitement un notebook qui explique avec un cours le market making selon le modèle de KARTÉ J MUNG dashboard, qui vous permet d'expérimenter en faisant varier les paramètres du modèle pour voir quand est-ce que l'on gagne, quand est-ce que l'on perd, quand est-ce que l'on met des paramètres qui font que bah il n'y a pas de solution pour la stratégie, et cetera. Donc, je vous laisse aller voir si vous êtes intéressé par le market making, et sinon, plus généralement, par la finance quantitative. Je propose plein de trucs. Je vous laisse aller voir. Le lien de mon site est dans la description.