Transcription
Le lupus est une maladie auto-immune. C'est-à-dire que le système immunitaire, qui nous protège normalement contre les microbes ou les substances étrangères à l'organisme, se dérègle et se retourne contre les propres cellules de l'organisme. Cette maladie se nomme plus exactement lupus érythémateux disséminé, ou LED, mais pour faire court, elle est communément appelée lupus.
Avant de parler des signes et symptômes de cette maladie, parlons brièvement de ce qu'est le lupus. Le lupus est donc une maladie auto-immune chronique impliquant une inflammation multisystémique. C'est-à-dire que plusieurs systèmes du corps, comme le système rénal et le système digestif, feront l'objet d'une inflammation chronique. L'étiologie, ou la cause du lupus, n'est pas encore bien connue. Mais ce qui va se passer globalement dans cette maladie, c'est la production d'auto-anticorps qui provoque des complexes immuns qui se déposent dans différentes zones du corps. Je m'explique : les auto-anticorps sont donc des anticorps que le corps produit contre ses propres tissus, et ces auto-anticorps vont aller se lier essentiellement à des composants particuliers du corps du patient. Le complexe qui se forme suite à la liaison de l'anticorps avec un composant du corps se nomme complexe immun. Ces complexes immuns se déposent ensuite dans différentes zones, provoquant de nombreux symptômes dont nous allons parler.
L'épidémiologie du lupus est la suivante : il est beaucoup plus susceptible d'affecter les femmes, comme le font de nombreuses maladies auto-immunes. Le rapport femme/homme est d'environ 10 pour 1. L'apparition du lupus se produit généralement entre 15 et 40 ans, mais il y a des cas particuliers. Bien que la cause ne soit pas connue, il existe des facteurs de risque connus pour augmenter le risque de contracter le lupus, notamment la génétique. Par conséquent, s'il y a des antécédents familiaux de lupus, c'est-à-dire des proches qui ont déjà contracté cette maladie, on sera plus susceptible de la contracter également. Certaines influences hormonales peuvent également augmenter ou exacerber le lupus, comme la prise de pilules contraceptives ou le fait de tomber enceinte. Puis, certains déclencheurs environnementaux comme l'exposition au soleil (donc aux rayons UV), le tabac ou encore l'exposition à des virus comme le virus d'Epstein-Barr, responsable de la mononucléose infectieuse.
La particularité du lupus que nous verrons dans cette vidéo, c'est qu'il existe une très grande variété de signes et de symptômes. Il va un peu imiter de nombreuses autres pathologies, parce que les symptômes vont être le reflet du système ou de l'organe qui seront ciblés par ces fameux complexes immuns dont on a parlé au début. Nous allons d'abord parler des symptômes les plus fréquents, qui sont dermatologiques. Ils sont présents chez 80 % des personnes atteintes de lupus. Ils sont fréquemment déclenchés ou aggravés par l'exposition au soleil. L'un d'eux est vraiment typique : c'est une éruption malaire, une éruption cutanée sur la peau du visage. Elle est également connue sous le nom d'éruption papillon car cette éruption ressemble en quelque sorte à un papillon. Ce qu'il est important de noter avec cette éruption cutanée, c'est que les plis nasogéniens sont épargnés. Vous pouvez donc voir ici sur cette image, cette zone-là est épargnée, c'est le pli nasogénien. Une autre éruption cutanée qui peut survenir dans le lupus est une éruption discoïde : c'est une éruption cutanée en forme de disque qui apparaît comme une tache rouge. Un autre symptôme possible est l'alopécie, qui est une perte de cheveux, et cette perte de cheveux est souvent inégale. Cela peut être dû aux lésions discoïdes dont nous avons parlé juste avant, qui apparaissent sur le cuir chevelu d'un patient. Elles peuvent entraîner des cicatrices et essentiellement la destruction des follicules pileux, ce qui conduit à l'alopécie. Puis, dans les zones où il n'y a pas d'alopécie, les cheveux peuvent également devenir cassants et de mauvaise qualité. Nous pouvons également observer des ulcérations se produire, et ces ulcérations vont avoir tendance à apparaître dans des zones particulières comme la muqueuse nasale et buccale, sous forme d'aphtes, qui peuvent être très gênants. Comme nous l'avons vu dans les facteurs de risque, le soleil est responsable d'un symptôme qu'on appelle photosensibilité. En gros, la peau exposée au soleil va développer une réaction inhabituelle sous forme d'éruption cutanée.
Ensuite, le deuxième type de symptôme très fréquent (80 % des cas) est articulaire, donc il apparaît au niveau des articulations qui seront douloureuses. Une autre constatation courante dans le lupus, c'est la polyarthrite. "Poly" veut dire plusieurs, et "arthrite" c'est l'inflammation des articulations. Donc polyarthrite signifie que de nombreuses articulations seront enflammées : les articulations des genoux, les coudes, les poignets, et c'est vraiment un symptôme très courant dans le lupus. Pour pouvoir parler de polyarthrite, il faut que deux articulations ou plus soient touchées. Donc au moins deux articulations, mais très souvent il y aura au minimum cinq articulations touchées. Un point spécifique du lupus, c'est que les articulations touchées ont une distribution qui est symétrique. Donc s'il y a des articulations particulières sur un côté du corps qui sont affectées, ces mêmes articulations seront également affectées de l'autre côté du corps. Donc si, par exemple, un genou est affecté, l'autre genou sera également affecté. Il y a vraiment une répartition symétrique de cette polyarthrite. Un autre point, c'est que dans le lupus les petites et grandes articulations sont touchées, ce qui va la différencier de la polyarthrite rhumatoïde où ce sont surtout des petites articulations qui sont touchées, comme les doigts. Mais dans le lupus, les plus grosses articulations sont affectées, comme les hanches. Cette polyarthrite est une polyarthrite inflammatoire, ce qui signifie qu'il y aura un gonflement de l'articulation, un épanchement articulaire et une sensibilité. Il peut également y avoir une raideur matinale prolongée, c'est en fait le fait de se réveiller le matin avec, par exemple, une difficulté à plier ses genoux, qui va durer en moyenne 1 heure. Il peut y avoir une douleur la nuit ; l'activité et le mouvement de l'articulation pourront soulager la douleur articulaire, alors que le repos va plutôt aggraver les douleurs articulaires. Ce sont donc vraiment les caractéristiques d'une arthrite inflammatoire, mais ils peuvent ne pas tous être présents dans le lupus. Autre point à noter : cette arthrite qu'on retrouve dans le lupus est non érosive, ça veut dire qu'il n'y a pas de destruction de l'articulation comme on le verrait dans d'autres types d'arthrite, et il n'y a pas non plus de déformation des articulations.
Donc là on a vu les symptômes superficiels, et maintenant on va passer à des symptômes plus profonds, puisqu'on a vu qu'il s'agit d'une maladie inflammatoire systémique généralisée. Donc elle va provoquer de nombreux symptômes systémiques variés, avec différents organes qui seront touchés. La fatigue est un symptôme fréquent du lupus : la personne va se sentir faible et aura une très faible énergie. C'est un symptôme très courant puisque 80 à 90 % des patients vont souffrir de fatigue. Donc c'est très très courant. De la fièvre et des frissons peuvent également survenir, avec une transpiration abondante la nuit, et cela peut survenir chez à peu près 50 % des patients atteints de lupus, en particulier lors des poussées de lupus. J'en ai pas parlé, mais le lupus se manifeste par des poussées, c'est-à-dire que pendant une longue période la personne va se sentir bien, sans aucun symptôme particulier, et puis tout d'un coup il y aura une poussée avec tous les symptômes dont on a parlé qui peuvent apparaître. Et ces poussées vont généralement être provoquées par les facteurs de risque que j'ai cités au début, comme par exemple le fait de s'exposer au soleil, qui peut provoquer une poussée, le virus Epstein-Barr aussi, etc. Un autre symptôme possible, c'est la perte de poids avec une perte d'appétit. On l'a vu : plusieurs organes peuvent être touchés, et ça varie d'une personne à l'autre. En fonction des organes touchés, il y aura différents types de symptômes dus à cet état inflammatoire chronique et à certains de ces complexes immuns qui se déposent dans certains organes. Tout d'abord au niveau du cœur : le dépôt de complexes immuns dans le tissu cardiaque peut être responsable d'une péricardite. La péricardite, c'est l'inflammation de la membrane qui entoure le cœur. Elle va provoquer certains signes et symptômes, notamment des douleurs thoraciques. L'endocardite est également possible, donc c'est l'inflammation de l'endocarde, qui est la paroi interne du cœur. Et ce que l'on note, c'est que dans le lupus il existe un type particulier d'endocardite qui est appelé endocardite de Libman-Sacks, retrouvé dans 10 % des lupus. Une pleurite peut également survenir : la pleurite est une inflammation de la plèvre qui se situe autour des poumons, la doublure qui recouvre les poumons, et cela peut conduire à ce qu'on appelle une douleur thoracique pleurétique, donc une douleur au thorax. La cérébrite lupique peut atteindre des patients atteints de lupus. Une cérébrite, c'est une inflammation du cerveau. Quand il y a "-ite" à la fin d'un mot, comme arthrite, cérébrite, pancréatite, ça veut dire une inflammation de l'organe en question. Et cette cérébrite peut conduire à certains symptômes comme l'encéphalopathie lupique, une diminution de la concentration, une psychose, des convulsions ou encore un coma. Donc essentiellement des problèmes d'état mental altérés. Ensuite, les maux de tête : il s'agit souvent d'un mal de tête intraitable, résistant aux médicaments de type aspirine, paracétamol. Il est donc très difficile de se débarrasser de ce type de mal de tête. Une neuropathie périphérique peut se produire dans le lupus : ce sont donc des sensations d'engourdissement et de picotement qui peuvent survenir. Il peut y avoir une atteinte rénale que nous appelons néphrite lupique. Donc "néphrite" signifiant inflammation du rein, "lupique" veut dire induite par le lupus. Cela peut conduire à une maladie rénale progressive qui va évoluer en insuffisance rénale, et cela est dû au dépôt de complexes immuns et à des lésions dans les reins. Ainsi, lorsque le sang est filtré par les reins, ces complexes immuns se logent et se déposent dans les reins, causant ainsi des dommages aux reins. Ce que nous constatons, c'est que chez les patients atteints de lupus, ils ont souvent une protéinurie : ils ont donc de plus grandes quantités de protéines dans leurs urines.
La grossesse peut également être affectée. Les femmes qui souffrent de lupus ont un risque de fausse couche, et ça aura tendance à se produire au cours du deuxième trimestre. C'est dû à une hypercoagulabilité. Donc une hypercoagulabilité signifie qu'il existe un risque accru de créer des caillots sanguins, et ces caillots peuvent se loger dans les vaisseaux utérins et provoquer des fausses couches. Une anémie est possible dans le lupus, donc un faible taux d'hémoglobine ou un faible nombre de globules rouges. Et ici il sera question d'anémie hémolytique. Donc il y aura des signes et symptômes d'anémie qui peuvent exacerber les symptômes mentionnés précédemment. Donc ceci inclut la fatigue, les essoufflements. Il peut y avoir des douleurs thoraciques, et puis il peut aussi y avoir une thrombocytopénie, qui est un faible taux de plaquettes dans le sang, qui peut entraîner des signes et symptômes de thrombocytopénie comme un saignement des muqueuses, par exemple des gencives dans la bouche. Il peut y avoir des saignements superficiels sous la peau qui apparaissent sous forme de purpura et d'ecchymoses.
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