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Le repos ne suffit pas : ce dont notre cerveau a vraiment besoin avec Albert Moukheiber

InPower Podcast30:15

Transcription

Mais, il faut arrêter d'inventer des mythes, on n'arrive pas à suivre. Franchement, tu peux le mimer, hein. Ça marche aussi. Genre pour pouvoir manipuler, tu vois ? Manipuler, tu vois, manipuler des...

Quelles sont les actions qu'on peut mettre en place pour permettre de réduire cette attention permanente ? Rien. Pas rien dans le sens "on peut rien faire". Rien dans le sens "faire rien faire rien". Rien.

Rebonjour Albert. Re-bonjour Louise. Auerry. Auéry ou Auerry ? Auéry. Ouais, je suis je suis contente que tu puisses éclaircir pour toutes les personnes qui se posaient la question. Non, je pourrais... Ouais, mais écoute, c'est, tu sais que ça vient, c'est des origines polonaises. Ouais. Toi, du coup, c'est libanais 100 %. Moi, c'est libanais. Ouais. Per libanais. Per libanais, presque du du même village. Pas presque. Ah ouais. Fondateurs de la version actuelle du village où je viens. Genre, ça, tout le monde ne peut pas dire ça. Tu vois, ça, c'est un flex en soirée quand même. Bah, ça... Là, je... En fait, tu savais pas, mais on fait ta biographie dans cet épisode. Bonne chance. J'adore. Tu aimerais pas faire ton arbre généalogique un jour ? Alors, je sais pas. On en parlait la dernière fois avec ma meuf. Il y a tout le temps un membre dans chaque famille, j'ai l'impression, qui est vraiment fasciné par l'histoire un peu de la famille. Dans ma famille, c'est pas moi, mais j'ai un cousin qui est en train de commander plein de bouquins chez moi. Et dernière fois, je dis : "C'est quoi le délire ?" Et en fait, il est en train de trouver des bouquins de gens qui ont visité genre le Liban et la Palestine dans les dans au milieu du 18e, 19e siècle, qui ont écrit des trucs. Ils cherchent s'il y a des références à notre village ou à la région autour pour euh trouver s'il trouve genre notre arrière-arrière-grand-père, s'il a son nom quelque part et des trucs comme ça. Il est en train, il a fait tout un arbre généalogique et tout. Donc, mais lui, il est à fond dessus, donc il nous a envoyé sur un groupe WhatsApp. J'ai maintenant l'arbre généalogique, je peux remonter genre quatre générations, cinq générations. Après, ça reste beaucoup moins fourni que je vois des gens en France qui peuvent remonter genre à 1300 et 1200. Nous, il y avait pas des documents administratifs pour... Ouais. Ouais. Tu es remonté aussi loin que tu... enfin, il est remonté aussi loin qu'il pouvait remonter, quoi. Remonté ? Bah, il est remonté à genre quatre frères qui ont donné notre nom de famille, gen qui et qui ont qui sont maintenant quatre familles de mon village qui sont tous des cousins qui sont sur sur la genre quatre générations. Ouais, ouais, ouais, ouais, mais qui sont tous sur les... Ah, c'est trop bien. Et toi, donc, la Pologne ? Bah ouais, alors j'ai appris ça, mais moi, j'ai personne qui a fait d'arbres généalogiques dans ma famille, pour l'instant, personne s'est chauffé. Je pourrais être... C'était quand ? Il y a combien de générations, tu sais, ou même pas ? Même pas. Donc, ça peut être y a 400 ans ou c'est plus récent ? Ouais. Euh, je pense que ça remonte, c'est pas mon arrière-grand-père. Ouais. Donc, c'est forcément avant. Donc, soit arrière-arrière-grand-père, soit encore avant. Donc, ouais, ça remonte. Et ta mère ? Et ma mère, France, totalement. Aucune origine particulière. Et je suis sûr qu'on pourrait retrouver un truc, du coup, au 15e, 14e. Bah ouais. Bah, de toute façon, est-ce qu'on descend pas tous ? En tout, apparemment non. Mais tu vois, je pourrais être le type de personne qui le fait, mais là, pour l'instant, c'est pas ce sur quoi je me concentre. Ce qui fait quand même une... maintenant, on fait... ça dépend. Transition avec ce qu'on est en train de faire sur Netflix et surtout, on se concentre, ou en tout cas, on essaie de se concentrer. Parce que moi, ma question aujourd'hui, c'est : sommes-nous devenus incapables de nous concentrer ? C'est une angoisse que euh de voir ma capacité de concentration se détériorer. Donc, il y a plein de questions que je me pose. Dans quelle mesure c'est une question de volonté ? Dans quelle mesure c'est notre environnement ? Dans quelle mesure c'est la culture ? Enfin, voilà, j'ai envie qu'on étudie ensemble aujourd'hui cette réalité. D'abord, comme dans tout "ça dépend", on va définir un peu les termes. C'est quoi déjà la concentration ou l'attention ?

Alors, pour expliquer, pour expliquer c'est quoi l'attention, il faut expliquer quelque chose qu'on appelle nos fonctions exécutives. Nos fonctions exécutives, c'est des capacités qu'on a pour prendre une décision, réfléchir, et cetera. Et pour avoir de des bonnes fonctions cognitives, des bonnes fonctions exécutives, pardon, on a besoin d'avoir relativement une bonne mémoire pour pouvoir euh genre, je cherche un verbe. Mais franchement, tu peux le mimer, hein. Ça marche aussi. Genre pour pouvoir manipuler, tu vois, manipuler, tu vois, manipuler des informations euh... même pas manipuler, pour pouvoir restituer les informations. Donc, j'ai besoin d'une mémoire. J'ai besoin d'une attention pour pouvoir les garder en tête, pour pouvoir faire en sorte qu'elle ne parte pas, et j'ai besoin de pouvoir les manipuler ensemble. Ce qu'on appelle parfois réfléchir. Et donc, parfois, ça nous arrive. Il faut que je puisse me rappeler, avoir un espace de travail où les garder, et savoir quoi en faire. L'attention, c'est pouvoir les garder dans cet espace mental de travail, pour pouvoir les garder là. Donc, je m'en souviens, je les garde là, je les manipule, et je sais quoi en faire. Donc, l'attention, c'est une des briques de nos fonctions exécutives, pour faire simple. Tu l'as très bien dit. Que je peux trouver une autre définition plus simple : capacité de concentrer volontairement son esprit sur un objet déterminé. Voilà. Et après, la question, c'est : pour en faire quoi ? Et donc, pour en faire quoi ? Bah, ça dépend. Est-ce que je veux prendre une décision dessus ? Est-ce que je veux résoudre un problème ? Est-ce que et cetera. D'ailleurs, j'en profite pour faire un message général sur quelque chose que j'ai réalisé il y a de trois semaines et qui m'a causé beaucoup de stress intérieur. Toi, stressé, Albert ? Oui, j'ai réalisé quelque chose qui est peut-être complètement débile, mais qui est aussi peut-être très, très important. Et donc, j'en parle maintenant tout le temps. Et j'en profite de cet épisode pour vous en parler. C'est une sorte d'aparté de trois, quatre minutes. J'ai réalisé que quand je parle de prise de décision, souvent, ce que je veux dire n'est pas la même chose que ce que les gens comprennent. Donc, ma chère Louise, c'est quoi une prise de décision pour toi ? Genre, qu'est-ce que, qu'est-ce que ça veut dire quand tu dis "J'ai pris une décision" ? Pour moi, la prise de décision, c'est le fait d'effectuer un choix et donc de me de le décider. Ouais. De le décider de bien. J'ai remarqué que c'est pas du tout ça ce que ça veut dire pour moi. Ah ouais ? En fait, ce que tu viens de décrire, pour moi, c'est l'intention, pas la prise de décision. Pour moi, la prise de décision, c'est avoir... Exactement. C'est-à-dire, si j'ai dit "J'ai décidé de faire du sport", pour moi, j'ai rien décidé encore. Bah, tu as pris une décision. Non, tu as eu l'intention d'une décision. C'est quand je suis en train de faire du sport que la décision est prise. Et j'ai réalisé parce que j'ai jamais pris la décision. J'ai réalisé qu'il y a cette cette euh... Ouais, il faut mimer. Ouais. Cette liaison, association. Non, cette confusion. Confusion entre une décision que beaucoup de gens pensent que prendre une décision, c'est un truc qu'on fait dans la tête. Et moi, quand je dis prendre une décision, c'est en deux étapes : c'est avoir l'intention, puis la réaliser en action. Par exemple, une procrastination, c'est une décision qui n'a pas été matérialisée dans l'action. C'est une intention sans l'action derrière. Et donc, pour revenir à notre sujet, l'attention, ça peut être quelque chose pour avoir l'intention pour pouvoir après faire l'action et donc prendre la décision qui se fait dans l'action. Donc, c'est l'étape une du processus de décision. C'est un des facteurs, c'est un des facteurs donc avec la mémoire et la cognition, j'ai envie de dire, même si l'attention fait partie de la cognition, les frontières ne sont pas aussi claires. Pour pouvoir préparer une intention, pour pouvoir préparer une action, et la prise de décision, c'est un peu l'intention et l'action ensemble. C'est une sorte de processus dans le temps qui commence par "J'ai l'intention de faire quelque chose" et qui se termine par "Je suis en train de le faire". Sinon, c'est très important pour moi parce que beaucoup de fois, je pense qu'on se dit "J'ai pris la décision" et on se satisfait de ça. On a, c'est une illusion de prise de décision. On a juste l'intention. Et la décision, c'est quand on est en train de faire. Voilà. Merci. Je... Je ferme les parenthèses. Heureusement que tu donnes des conférences, parce que franchement, on aimerait t'écouter des heures, Albert. Non, moi, j'aimerais pas m'écouter des heures.

Est-ce que c'est vrai, il y a un peu ce mythe qu'on a une capacité de concentration de 8 secondes ? Non. Quoi ? Non. Fuck. Ouais. Comment ça ? Bah, moi, j'ai lu... Il faut arrêter d'inventer des mythes. J'ai lu... On n'arrive pas à suivre. Écoute, je te jure que si tu tapes "capacité de concentration 8 secondes" sur internet, tu verras plein d'articles qui disent qu'on a moins de... une capacité de concentration qui est inférieure à celle d'un poisson rouge. Mais c'est quoi cette merde ? Qu'on peut que se concentrer ? Vraiment scientifiquement ? Scientifiquement, j'ai trouvé un article comme ça, mais l'estimation d'un healthy attention span chez des adolescents et des adultes, c'est 5 heures. D'accord. C'est quoi ton truc de ton truc de de 8, 25 secondes ? C'est quoi ça ? Comment ça ? Si, imagine pendant une seconde que si on pouvait juste se concentrer 8 secondes, on pourrait pas filmer tes épisodes ensemble. Je me disais bien que toi, tu avais une capacité de concentration supérieure. Mais tu as tapé "capacité de concentration" ? J'ai tapé non, parce que voilà, parce que sinon de confirmation, aller à la source. Capacité concentration. Moi, j'ai vu, c'était par rapport au poisson rouge. Mais c'est même pas vrai, l'histoire du poisson rouge. En 2000, une étude avait révélé que l'humain moyen maintient une durée d'attention de 12 secondes. Aujourd'hui, la durée d'attention de l'humain moyen n'est plus que de 8 secondes. Oh mon Dieu ! L'attention de l'humain est devenue inférieure à celle du poisson rouge. itssocial.fr. Fermez votre site web.fr. C'est quoi ça ? Ouais. C'est quoi cette étude ? Je vais voir. Elle est où l'étude ? Cette histoire. Vas-y, dis-nous les 8 secondes de l'attention. Avons-nous une attention inférieure à un poisson rouge ? Albert ? Non, non, non. Je vais m'énerver. Euh, mais j'ai réussi à trouver d'où ça vient, parce que parfois les mythes, c'est quand on sait pas d'où ça vient. Donc, là, on a un coupable. Le coupable, c'est une étude de Microsoft Canada qui a sorti, vous pouvez aller chercher l'étude, on peut la mettre en 2015, un rapport où il dit que l'attention du d'un humain a chuté de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2013. Sauf que eux, ils citent une source, c'est pas leur étude. Eux, ils font une étude après sur quel quel différents types de médias, comment ils influencent notre attention, l'ordinateur, le multitâche, le social media et cetera, qui a l'air d'être intéressante. J'ai pas eu le temps de tout lire. Mais il cite ce truc de Microsoft Canada qui a l'air d'être sérieux. Il y a le PDF, il est très facile à trouver. Et Microsoft cite une étude d'une compagnie qui s'appelle Statistics Brain. Et cette étude de Statistics Brain, elle est introuvable. Elle est introuvable. Elle existe pas. J'ai cherché, ça n'existe pas. Euh, et du coup, euh, c'est juste un mensonge. Vous, quelle est notre réelle capacité de concentration ? Et juste pour finir, vous pouvez aller lire un article de "The Myth of the Shrinking Attention Span" qui a fait un peu ce que j'ai fait maintenant, qui a fait une une investigation pour essayer de trouver d'où ça vient. Et pour l'anecdote, le l'étude de Microsoft Canada de 2015 a été enlevée du site de Microsoft Canada, puisqu'ils ont réalisé qu'ils disaient de la merde. Mais des gens ont réuploadé des copies euh, un, et avec cette source de Statistics Brain qui n'existe pas. Heureusement qu'il y a "ça dépend" pour remettre les points sur les i, quand même. Euh, et donc, euh, non, ça existe pas. Euh, de toute façon, ça veut rien dire, parce que l'attention n'est pas, comme je disais juste avant que je parle, que je sois déraillé sur ce truc, euh, que l'attention n'est pas un seul truc. On a différents types d'attention. Euh, et c'est un mythe.

L'attention n'est pas être en train d'être réduite, dit-il, en faisant deux choses en même temps. Est-ce qu'on peut faire deux choses en même temps ? Albert, on peut pas faire deux choses en même temps et on peut faire deux choses en même temps. Ça dépend des quelles de choses on est en train de faire. Par exemple, je peux être en train de conduire et de parler avec toi. Je peux être en train de marcher et d'écouter de la musique. Je peux être en train de cuisiner et d'être debout, par exemple. C'est deux choses à la fois. Mais je peux pas être en train de lire un texto et de te parler. Je peux pas être en train de d'écrire un livre et de regarder une série. Je peux pas. Donc, ça dépend des compétitions sur les ressources, et de la difficulté de la tâche qu'on est en train de faire. Par exemple, je suis sûr que tout le monde a eu cette expérience où vous êtes en train de conduire ou vous êtes à vélo ou je sais pas quoi, et vous êtes en train d'écouter de la musique, vous êtes un peu perdu. Qu'est-ce que vous faites ? Vous arrêtez euh le son. Alors que ça sert à rien pour vous orienter, mais ça vous libère une sorte de bande passante. Parce que ce qui est sûr sur l'attention, c'est que c'est une ressource assez limitée et qu'on peut pas se permettre de morceler euh si on veut faire quelque chose qui nécessite un peu d'effort cognitif. Cause de savoir qu'est-ce qui a qu'est-ce qui menace ton attention aujourd'hui ? Euh, ce qui menace mon attention, c'est le fait d'être tout le temps attentif sur quelque chose. S'il y a un seul truc qui ressort de ces études de l'attention, c'est que aujourd'hui, on est tout le temps en train d'être attentif à quelque chose, du réveil au soir. Et ça semble être très délétère pour nous. En gros, on se fout pas la paix. Donc, on se réveille, notre attention est orientée vers quelque chose. Euh, donc, c'est des tâches d'attention orientée. Euh, et notre attention va tout le temps être orientée vers quelque chose jusqu'à ce qu'on rentre se coucher. Et ça, ça semble être vraiment pas bon. On a besoin de de rêvasser, d'aération, quoi, de Ouais. De se foutre la paix, d'avoir du temps qui passe. Et si je te dis, qu'est-ce que tu faisais ? Me dit, bah je sais pas, ou rien, ou j'étais en mode autopilote de monter dans le métro et de se poser et de genre faire un checkout mental, de sortir de l'hôtel de ma tête, faire un checkout après un check-in. Et je pense que c'est ça le plus gros danger attentionnel actuel, c'est cette attention soutenue permanente, euh, qui est, je pense, une des rares choses qui est vraiment spécifique un peu à notre époque, parce que je sais pas, avant, on pouvait lire des journaux, mais au bout d'un moment, le journal se termine. Et et maintenant, avec les smartphones, c'est infini. Exactement.

Quelles sont les actions qu'on peut mettre en place pour, voilà, les auditeurs et auditrices qui nous écoutent, pour permettre de réduire cette attention permanente ? Rien. Rien. Hm. Pas rien dans le sens. On peut rien faire. Rien dans le sens "faire rien faire rien". C'est se laisser tranquille. Vraiment, c'est une prescription médicale. C'est une prescription médicale et ce n'est pas du repos. Il y a quelqu'un, peut-être que cette personne nous écoute parce que je la connais pas, mais elle m'a envoyé ce lien sur un des réseaux sociaux qui m'a dit : "Bah, ça va t'intéresser." Et ça m'a beaucoup intéressé sur un article qui fait la différence entre rest, le repos, et idleness. Et je sais pas comment on dit. Ouais, ben très bien, on va dire loisiveté. Et c'est pas du tout la même chose. Le repos est quelque chose qui est permis, genre, je me repose pour récupérer. Idleness, c'est ne rien faire dans aucun but. Ça n'a pas une version, une vision performative derrière. L'article pour les personnes qui veulent lire s'appelle euh "The Difference Difference between Resting and Idleness". On the difference between rest and idleness sur un site qui s'appelle idle.news. news. Euh, c'est un blog. Et vraiment, je trouve qu'il est très, très éclairant. Ouais, je mettrai ça dans les notes. Euh, donc oui, si on peut le mettre dans les notes. Ouais. Euh, et comment on dit souvent, genre, se reposer, récupérer et cetera ? Idleness, l'oisiveté, c'est pas du tout dans ce but. C'est vraiment, donc, de l'extérieur, une personne qui se repose et une personne qui est oisive, ça, ça se ressemble, mais c'est vraiment un état intérieur. Un peu comme on disait dans notre ancien épisode, hein, de fais la promo des des épisodes précédents, qui est qui était il y a un moment, on expliquait que c'est pas la tâche qu'on fait, mais c'est l'approche qu'on a envers la tâche. Et c'est un peu la même chose, c'est-à-dire, c'est ce ce ne rien faire, pas dans le but de récupérer, pas dans le but de restaurer, pas dans le but, juste pour l'acte de ne rien faire sans but. C'est vraiment, je suis sûr que ça vous est déjà arrivé de vous rentrez, prendre le bain, et vous sortez, et c'est comme si votre corps s'est auto-lavé un peu en pilote automatique. Vous y étiez pas, vous vous souvenez pas de comment ça s'est passé. Euh, c'est un peu cet état-là où vous êtes pas vraiment là. Vous, il y a des trucs qui se passent, mais il n'y a pas d'attention dirigée envers quelque chose. Je pense que c'est ce qu'on peut faire le mieux. Mais c'est pas vrai que notre attention se diminue, parce que notre attention, encore une fois, c'est un mot qui signifie plein de choses, mais c'est surtout dépendant de la tâche. Donc, oui, effectivement, on a peut-être plus de mal à regarder des vidéos longues ou de lire des articles qui sont qui sont longs. Mais par exemple, on a aucun problème à binger une série sur Netflix, parce que c'est un autre médium. Donc, sur notre téléphone, si on voit une vidéo YouTube de 15 minutes, on se dit : "Ouh là, c'est trop long." Mais sur notre télévision, là, on peut euh euh... Ouais, on peut rester plus de temps devant. Mais moi, je trouve que c'est quand même significatif d'une d'une intolérance à l'effort qu'on est en train de développer. Ben, le médium conditionne, parce qu'en même temps, on dit une intolérance à l'effort, mais on voit des jeunes qui vont lire on est au 104e tome de One Piece sans problème. Donc, c'est c'est medium dependent, ça dépend du médium, genre... Oui, ça dépend de la capacité de divertissement aussi, j'ai l'impression, mais aussi de de du support, c'est-à-dire, chaque support a une un peu sa sorte de tolérance. Je peux au travail, une réunion qui dure plus de 15 minutes, je vais être en mode, je vais check out et commencer à penser, j'en peux plus. Mais si je pars à un date où je suis avec mes potes, on peut être plongé dans une discussion pendant 5 heures et sentir que c'est passé en 5 minutes. Euh, on n'est pas aussi fragile que ce qu'on croit pour dire, on va bousiller nos capacités cérébrales en l'espace de quelques années ou de deux trois décennies. Ouais. L'impact va être un peu sur l'individu dans le sens où ça peut avoir un effet délétère sur la qualité du sommeil. Donc, ça va impacter les ressources, les fonctionnements cognitifs, la régulation émotionnelle, la qualité de vie et cetera. Mais c'est des choses qu'on peut restaurer euh avec quelques changements sociétaux, parce que la responsabilité ne devrait pas incomber juste sur l'individu, mais on devrait avoir un design plus respectueux de l'attention des utilisateurs et des utilisatrices. Mais ça, ça devient un sujet beaucoup plus politique, de rapport de force. Est-ce qu'on peut imposer des choses sur les géants de la tech ? euh, parce que par exemple, le scroll infini, ça empêche le désengagement attentionnel, les dark patterns, il y a des tonnes d'études sur euh euh le design attentionnel de ces plateformes qui n'est pas vraiment respectueux euh de notre fonctionnement. Comme... Oui, il y a une forme d'atteinte à notre... Ouais. Est-ce qu'il y a une augmentation du TDAH ou est-ce que c'est une visibilité accrue ? Je ne sais pas. C'est pas prouvé du tout aujourd'hui. Non, non, moi, je ne sais pas. C'est le TDAH est un sujet. Le TDAH et l'autisme sont des sujets assez complexes euh sur lesquels je ne me suis pas encore assez penché pour avoir une opinion particulièrement éclairée. Donc, quoi que je réponde, il y a des gens qui vont m'opposer des contre-arguments très pertinents. Euh, et donc, je ne sais pas. Toi, dans ta pratique, quoi ? Tu l'as pas observé ça ? Dans ma pratique, souvent, déjà pour poser des diagnostics de TDAH, euh, il y a des tests que moi, je fais pas passer. OK. Et souvent, la conduite, la démarche à suivre, donc la démarche thérapeutique est un peu la même selon qu'on a un TDAH ou pas, pour les difficultés que la personne est en train d'avoir. Donc, est-ce que c'est des difficultés de concentration ? Est-ce que c'est des difficultés d'impulsivité et cetera ? Je peux prendre en charge ça sans nécessairement avoir besoin que le diagnostic soit confirmé ou pas. Mais moi, je ne fais pas passer ces tests. Donc, souvent, si une personne vient me voir et me dit : "Est-ce que j'ai un TDAH ou pas ?" Je vais la réorienter chez des personnes qui s'y connaissent mieux que moi. Et sur la prévalence dans la société, est-ce que ça augmente ou pas ? Je ne m'y connais pas assez pour avoir une opinion assez éclairée pour pouvoir la partager avec des gens.

Est-ce que l'attention, c'est une compétence ? L'attention, c'est... Ah, je réfléchis. Attends, laisse-moi deviner. Je réfléchis. Ça dépend. Non, là, ça dépend pas. C'est une définition. Est-ce que l'attention est une compétence ? L'attention est une faculté. D'accord. C'est une faculté de notre esprit, comme la mémoire. Genre, est-ce que la mémoire est une compétence ? Bah oui, dans le sens où on peut la travailler et on peut travailler notre attention. On peut travailler notre attention, mais l'attention comme la mémoire, faculté, c'est un meilleur terme en effet, c'est mais elle est contextuelle, c'est-à-dire, je peux développer mon attention sur des puzzles, mais avoir très peu de capacité attentionnelle sur un jeu vidéo. C'est-à-dire, on appelle ça la non-transférabilité des compétences ou des capacités. Si on travaille une compétence, une capacité dans un contexte, ça ne veut pas automatiquement dire qu'elle est accrue dans d'autres contextes. Euh, c'est un peu le... des sciences de l'éducation, un peu. C'est-à-dire, est-ce que si j'apprends à quelqu'un comment gérer son impulsivité sur un jeu qui entraîne l'impulsivité, est-ce que cette personne va être moins impulsive au travail ou dans son couple ? Et pour le moment, les résultats sont assez euh sont très peu probants dans le sens où on travaille avec une personne et elle va gérer son impulsivité genre comme ça, mais dans sa vraie vie, ça a un impact de ça. Du coup, il y a un problème de transférabilité des compétences qu'on a encore du mal à... de non-transférabilité des compétences, en l'occurrence, qu'on a encore du mal à cerner, à comprendre quels sont les les situations où la compétence est transférable et quelles sont les situations où la compétence n'est pas transférable. Par contre, on peut absolument entraîner notre mémoire et notre attention et notre concentration et nos fonctions exécutives et nos capacités de résolution de problèmes sur certaines tâches. OK ? Donc, je peux m'entraîner à pouvoir, j'aime beaucoup en anglais "pay attention", parce que c'est comme si on est en train de payer, dans le sens où c'est une ressource. Ouais. Euh, à lire par exemple des livres si je ne suis pas habitué. Mais est-ce que ça va, est-ce que ça veut dire que je vais pouvoir avoir plus d'attention pour regarder des films d'auteur des années 60 en noir et blanc ? Si ça se trouve, ça continue à me gaver et je ne vais pas pouvoir le faire. Et vice-versa, je peux m'entraîner à apprécier des films un peu différents de ce que j'aime d'habitude, mais ça ne veut pas dire que je vais pouvoir lire des livres de 1000 pages. Absolument quelque chose qui s'entraîne. Ouais. Ouais, c'est ça. L'entraînement permet quand même de progresser dans une tâche. Ouais.

Pour terminer, il y a une étude que je voulais partager, que j'ai trouvé intéressante. Tu vois, moi aussi, je regarde des études. Ouais. J'espère que c'est pas l'étude de Microsoft Statistics Brain. C'est l'étude du "Brain Drain" de Adrian Ward qui date de 2017. Allez, on va regarder. Et ce que j'ai trouvé hyper intéressant euh et ce pourquoi je voulais t'en parler, c'est finalement que la menace à notre concentration, elle est omniprésente, elle est parfois là où on ne le on ne s'en doutait pas. Et en l'occurrence, une des conclusions de cette étude, c'est que ce n'est pas l'usage du téléphone qui plombe la concentration, sa présence. C'est sa simple présence. Donc, là, par exemple, toi, tu avais ton téléphone à côté de toi pendant tout l'épisode de "Ça dépend", et en fait, ça a des conséquences sur tes capacités cognitives, absolument de concentration. Oui, ça, je trouve ça quand même euh dingue. C'est-à-dire que de pouvoir dire aux personnes qui nous écoutent : "OK, en fait, de laisser votre téléphone dans une autre pièce, ce n'est pas juste cosmétique, ce n'est pas juste pour que vous ne soyez pas tenté, c'est parce que fondamentalement, il est dans une autre pièce et du coup, votre concentration sera supérieure que s'il était dans la même pièce, même s'il est éteint, même s'il est en mode avion, ça a un impact." Alors, je vais voir s'ils ont éteint et tout, mais attends, je regarde. Alors, j'ai pas l'impression qu'ils l'ont mis en mode avion. Mais alors, ça me surprend pas, parce que le fait que déjà notre cerveau est un peu un organe prédictif, et si j'ai l'habitude de prendre tout le temps mon téléphone, qu'il soit présent, je vais avoir envie de le prendre, et je vais devoir inhiber ce geste. Et donc, encore une fois, c'est un peu ce qu'on a dit il y a quelques minutes, on a des ressources très limitées. On ne veut pas se permettre de les diviser, de les morceler si on veut pouvoir bien fonctionner. Donc, si mon téléphone est là, une partie de mes ressources cognitives sont en train de voir est-ce que j'ai reçu un message, je veux le prendre, mais je me dis non, je suis en train de discuter avec Louise, donc je dois inhiber ce truc et cetera. Donc, une partie de mes compétences va être délayée sur le téléphone. Euh, et si je suis en train de l'utiliser, c'est encore pire. Après, il faut que je voie cette étude. Alors là, j'ai pas eu le temps de de la lire en entier, mais euh, en tout cas, c'est cohérent avec ce conseil sur le fonctionnement euh de de l'attention. Euh, il faudrait que je lise si ça a été euh répliqué. C'est une étude qui est récente, mais pas trop, 2017, donc il y a une dizaine d'années. Comment est-ce que ça a évolué depuis ? Par contre, ce qu'on sait euh, c'est que il y a encore une fois, on a des ressources très limitées et s'il y a des distracteurs, bah, on perd en ressources et donc on est moins bon. Il faudrait qu'on voie combien on est moins bon. Mais c'est sûr que si mon téléphone n'a pas de batterie, par exemple, je peux pas l'utiliser. Évidemment que c'est moins pire que s'il avait de la batterie, quoi. C'est moins pire que s'il avait... C'est moins pire que s'il avait de la batterie. Absolument. Et donc, quand tu dis, il y a des facteurs qui influencent notre concentration, ça va être le bruit, ça va être de l'odeur, des sons. Est-ce que c'est tout ce qui mobilise les cinq sens ? Non, c'est ce qui mobilise l'attention, parce qu'aussi, on est très bon à compartimenter, à pousser à l'extérieur les sons qu'on appelle non saillants, c'est-à-dire que mon cerveau estime ne sont pas importants d'arriver dans ma conscience. Par exemple, on est assis ici, il y a tout le temps des voitures, des mobylettes, des trucs qui passent. Je les entends, mais bon, parce que toi, tu es en train de penser à l'enregistrement, mais je pense que si on n'était pas en train d'enregistrer... OK. Par exemple, tu es misophone, c'est encore autre chose. Mais par exemple, s'il y avait un des, je sais pas, tu as mis un parfum, tu sens son odeur, et au fil du temps, ton cerveau ne le sent plus. Tu mets tes habits, c'est l'exemple que je donne, souvent nos habits le matin, on les sent sur notre peau, et puis le reste de la journée, on les sent plus. Et maintenant, tu les sens encore à nouveau parce qu'on en a parlé. Notre cerveau est très bon à mettre de côté les trucs sensoriels qui arrivent et qui ne sont pas importants. Mon téléphone n'est pas un truc sensoriel, c'est un truc cognitif et d'habitude. Je suis habitué à aller checker tout le temps. Donc, sa présence, c'est comme si mon je dois inhiber le geste. En tout cas, c'est un peu comme ça que je pense qu'ils expliquent les faits. Il faudrait que je relise l'étude, mais ça me paraît pas si déconnant. Après, ce qui idéalement, je devrais faire, c'est de voir aussi combien est-ce que la performance est diminuée. Mais dans l'abstract déjà, ils disent que par exemple, les personnes qui utilisent beaucoup leur téléphone, l'effet est supérieur aux personnes qui l'utilisent moins, même s'il ne le touchent pas. Al, ils disent "cognitive costs are highest for those highest in smartphone dependence". Donc, si moi, je suis habitué à débloquer mon téléphone chaque 10 secondes, la simple présence de mon téléphone dans la pièce m'impacte plus que si toi, tu es habitué à débloquer ton téléphone, à le regarder chaque 3 heures, et il est présent dans la pièce avec toi. Ouais. Donc, c'est aussi toujours des conditions. Des conditions, c'est combien est-ce que je suis habitué à faire ce geste et donc que je dois inhiber pour pouvoir me concentrer sur autre chose. OK. Super. Bah écoute, je crois qu'on a fait un bon tour d'horizon, Albert. On a fait, on a bien "dépend". Je sais pas comment on pourrait faire. Est-ce qu'on pourrait inventer un verbe pour ça ? Bien dépend douiller. Ouais, c'est pas mal. Dépendouiller. Voilà. Ouais, j'aime bien. Décidément. Pour les personnes qui maintenant veulent te suivre, on les redirige en librairie, sur ton compte Instagram. Vous pouvez suivre bien sûr le compte Instagram d'In Power. Et si jamais il y a d'autres sujets que vous voulez voir euh "dépendouiller", et bien dites-nous. Euh, voilà, on on se fera un plaisir de le faire. Ainsi que c'était le système dynamique complexe. Ah oui, oui, oui. Mais ça, c'était dans un autre épisode que je vous, je vous mettrai l'affiche si jamais vous l'avez pas encore vu. Merci, Albert.