Transcription
[Musique] Rebonjour à tous. Euh, donc cette session sera en français et bienvenue pour, donc pour cette dernière table ronde de France Quantum. Celle-ci porte sur les enjeux du quantique pour la défense, un sujet stratégique au croisement de la souveraineté technologique, de l'innovation scientifique et des enjeux opérationnels pour nos forces armées. Euh, nous avons vraiment un panel de haute qualité et merci à vous d’être tous les quatre avec nous. Euh, je vous propose de commencer tout de suite avec Emmanuel qui va, pour une première question. Comment la DGA se saisit-elle des nouvelles technologies quantiques ?
Oui, bonjour. Bonjour Philippe. Bonjour à tous. Alors, vous m’avez présenté comme délégué général pour l’armement. Ensuite, il y a eu ministre des armées. Je… Il y a une… il y a une virgule entre les deux quand même, hein. Je dis ça parce que je parle devant mon chef, donc faut quand même que je fasse un petit peu attention. Euh, alors, comment la DGA se saisit des technologies quantiques ? D’abord, euh, c’est pas nouveau. Ça fait 20 ans qu’on travaille sur le domaine. Pourquoi ? Parce que le quantique, c’est une rupture, qui est une rupture technologique, mais c’est une des ruptures qui peut devenir géostratégique. C’est-à-dire que ceux qui auront ces technologies avant les autres auront un avantage extrêmement significatif. Et donc ça veut dire qu’on est obligé de penser ce domaine dans la durée. Et d’ailleurs ça tombe bien, et le ministre des armées devant qui je parle avait dit : c’est là déjà un des rares endroits dans l’État où on pense le temps long. Et ben, dans le quantique, il fallait penser le temps long. Il y a 20 ans, on a commencé à accompagner des thèses, accompagner des projets d’études, Amon sur le domaine du gravimètre quantique à atome froid, le projet Giraf, euh avec ensuite des accompagnements là aussi de projets de maturation, des Rapides, donc des systèmes qui permettent d’encourager l’innovation, l’innovation duale, et puis finalement on est monté en technologie, on est monté en maturité, on a travaillé avec les industriels et aujourd’hui la marine nationale va mettre en place, en 2024, ces technologies sur l’ensemble de ses missions d’hydrographie. Donc c’est pas nouveau, c’est quelque chose qu’on fait depuis… depuis longtemps. Notre rôle, c’est quoi ? Identifier les technologies, les technologies qui sont porteuses de rupture, de gains opérationnels, de gains capacitaires et puis aussi accompagner l’écosystème, l’écosystème qui est présent aujourd’hui, qu’il s’agisse de nos partenaires scientifiques. Donc on travaille évidemment avec le CNRS, avec l’INRIA, avec l’IPP, le CNA, le CEA, l’ANR, l’ONERA, je regarde parce que j’ai pas envie d’en oublier, mais il y a trois petits points quand même… en finançant des thèses, en finançant des travaux, en suivant les résultats des projets. Les subventions, j’en ai parlé, euh notamment des Rapides qui sont mis en œuvre par l’Agence de l’innovation de défense. Donc Patrick Aufort qui est le directeur de l’agence est présent dans la salle. Donc ceux qui sont intéressés, votre rôle est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de soirée et que vous puissiez aller le voir à la sortie de cette… de cette séquence. Et puis c’est aussi l’investissement, l’investissement dans les sociétés, les start-ups, les PME qui investissent elles-mêmes pour développer ces technologies. Euh, vous savez qu’on a créé plusieurs fonds dont le fond Innovation Défense, le quantique c’est éminemment dual, ça tombe bien, ça c’est à la fois innovant et dual. Ça rentre dans la thèse d’investissement du fond qui est d’accompagner des sociétés dont le business model primaire n’est pas celui de la défense et les inciter à monter en maturité. C’est ce qu’on fait avec des sociétés comme Candela, comme Pasqal, dans lesquelles l’État a investi directement. Et puis c’est la commande publique. Commande publique pour les besoins, en fond, les besoins propres de la défense. Donc la maturation des technologies qui nous permettront de les intégrer dans des systèmes, des systèmes d’armes. Donc là on a plusieurs projets. J’ai regardé hier, on a à peu près une trentaine de projets que le ministère des armées soutient sur le quantique, dont des projets qui ne sont pas directement menés par nous mais que nous pilotons, pour le compte par exemple… et je regarde Bruno Bonel qui doit être quelque part là… de France… de France 2030, je pense par exemple au projet Proxima, et puis bien évidemment nous participerons au comité de pilotage de la stratégie quantique pour assurer une certaine cohérence au niveau de l’État entre les différentes stratégies ministérielles et stratégies nationales. Merci Emmanuel.
Patrice, chez Thales, quel est votre positionnement actuel sur les technologies quantiques ?
Alors, je vais essayer de faire plus court que mon camarade. Je suis désolé. Non, non, absolument pas. Euh, bon, on y travaille effectivement là aussi depuis pas mal d’années, je dirais 40 ans si on remonte à la première révolution quantique, plutôt 20 ans effectivement. Tu as raison Emmanuel, si on garde la… la deuxième… la première a déjà été très importante, hein, avec effectivement toutes les applications des semi-conducteurs en fait qu’on voit aujourd’hui bien sûr, ou des objets… alors peut-être le grand public il pense moins, mais c’est quand même très important comme je sais pas, les lasers ou les horloges atomiques. Depuis 20 ans, c’est vrai qu’on est vraiment dans cette nouvelle révolution, la seconde hein, qui va amener des progrès absolument stupéfiants. Donc en ce qui nous concerne, on a focalisé nos efforts sur ce qui nous correspond, c’est-à-dire les capteurs ou les senseurs et la communication quantique. On s’intéresse bien sûr aussi au calcul quantique, mais plutôt, je dirais pour quelque part anticiper l’arrivée des ordinateurs quantiques. Donc apprendre finalement une méthode de programmation qui n’a rien à voir avec les HPC ou les ordinateurs… ben actuels. Donc ça demande un vrai apprentissage. Là, on fait de la recherche propre, donc c’est… sont sur les capteurs et sur la communication. Quand je regarde en ordre de grandeur, on y consacre à peu près 10 à 15 millions d’euros par an. C’est une centaine de chercheurs, d’ingénieurs. Euh, est-ce que c’est beaucoup ou pas beaucoup ? Euh, je sais pas dire, hein. On peut dire que c’est… comme… ben je dirais des moyens qui sont pas négligeables, 10 à 15 millions d’euros par an. Quand je rapporte ça à l’ensemble de la R&D de Thales qui est 4 milliards 2, c’est pas beaucoup non plus. Ou quand je rapporte 100 chercheurs sur les 33 000 ingénieurs qui font de l’ingénierie au sens large du terme, c’est pas beaucoup non plus. Voilà. Donc d’un côté, je me dis qu’on a pris le sujet en main avec des moyens bah qui correspondent à ce qu’on peut s’offrir entre guillemets. Mais pour autant, rapporté à ce qu’on fait à Thales, je pense qu’on pourrait faire plus et mieux si on croit vraiment à cette révolution qui… qui arrive. Merci beaucoup.
Laura, à l’École Polytechnique, ça fait déjà plusieurs années qu’il y a des formations sur le sujet, hein, depuis très longtemps. Euh, quelle place vous faites actuellement justement à la technologie quantique ?
Bien, je dirais que les technologies quantiques et la physique quantique en particulier a une place vraiment singulière à l’École Polytechnique puisque ça fait 50 ans que chaque promo de l’École Polytechnique commence son parcours académique par un cours long de 40 heures, cours magistral sur la physique quantique. C’est un cours qui a été donné par les plus grands physiciens : Jean Dalibard, Jean-Louis Basdevant, plus récemment Philippe Grangier, Alain Aspect. Euh, et c’est un cours qui vraiment après le lycée, la prépa, les fait rentrer de plein pied dans la physique moderne, leur ouvre un nouveau monde euh avec à la fois la puissance de la théorie qui arrive à prédire en physique quantique des propriétés qui dépassent l’intuition, qui dépassent parfois la perception, la capacité de perception, et puis ce dialogue essentiel entre la théorie et l’expérience. Euh, et à l’inspect, ils le racontent 1000 fois mieux que moi. Donc euh… et qui, je pense, quel que soit d’ailleurs leur parcours derrière, ancre en eux ces valeurs fondamentales de la démarche scientifique. Alors bien sûr ça crée des vocations et nous offrons à nos élèves des parcours de spécialisation que ce soit en physique quantique, désormais en informatique quantique également jusqu’au master et au doctorat. Et euh c’est sans doute cette singularité qui explique qu’on retrouve beaucoup de nos diplômés dans les meilleurs laboratoires de recherche ou à la tête des meilleures start-ups dans ce domaine. Voilà. Et tout ça s’appuie évidemment, parce que notre enseignement est en permanence adossé à la recherche, sur un écosystème de recherche à l’École Polytechnique particulièrement riche, particulièrement pluridisciplinaire puisqu’il y a des équipes de recherche évidemment sur la… sur la physique théorique, mais également sur les capteurs quantiques, sur les matériaux quantiques et les qubits supraconducteurs, et puis sur de plus en plus, et ça se renforce fortement dans les dernières années, sur l’informatique quantique et l’algorithmique post-quantique.
Pascal, en plus d’être à la recherche au CNRS, vous êtes cofondateur de Candela, une start-up. Euh, quelle relation la start-up a avec le monde de la défense, que représente ce secteur dans votre stratégie de développement ?
Oui, alors Candela a 8 ans pratiquement jour pour jour aujourd’hui, donc on est très content d’avoir été dans les premiers à se saisir de ces enjeux. Euh, on est, je pense, l’exemple parfait qui regroupe tout ce qui a été dit, c’est-à-dire on bénéficie de l’écosystème du plateau de Saclay pour recruter des très bons étudiants. On bénéficie de tous les soutiens que vous avez listés qui ont commencé pendant la partie de recherche avec des thèses financées par la DGA, des projets Astrid, et puis ensuite les investissements. Et enfin, je reviens dessus, le programme Proxima qui pour une start-up du quantique dans un enjeu aussi long terme est absolument critique. Et en fait, j’ai envie de dire un mot très important parce que ce qu’on ressent au niveau de la start-up qui est structurant, structurant pour nous, nous aider à avancer euh en nous projetant euh rigoureusement dans les enjeux de la correction d’erreurs et cetera. Donc on est vraiment la conjonction de tout ce qui a été discuté. Et en tant que start-up du quantique qui développe des solutions de calcul quantique, maintenant on a aussi des interactions avec des clients côté défense, euh notamment Thales, l’ONERA et cetera, où commencer à explorer des cas d’usage et c’est évidemment très important aussi pour nous parce que c’est aussi des domaines stratégiques où on espère que le calcul va pouvoir à moyen terme ou même à court terme trouver déjà des avantages pratiques avant de faire des avantages universels.
Alors justement Emmanuel, est-ce que vous pouvez un petit peu nous détailler qu’est-ce que le programme Proxima ?
Alors le programme Proxima, si je me trompe pas, il a été notifié l’an dernier, 2024. C’est un programme qui… qui est porté dans la stratégie France 2030. Le but c’est d’accompagner la montée en maturité du volet matériel de l’ordinateur quantique. C’est-à-dire avoir, enormi, 32, un ordinateur quantique à 128 qubits et puis ensuite plus tard 2048. Et comment est-ce qu’on le fait ? On le fait par un processus assez original. On prend 5 PME et start-ups parmi les meilleurs. On sait pas quelle technologie va gagner. Est-ce que c’est la photonique ? Est-ce que c’est les supraconducteurs ? Parce que c’est le tressage du Fermion de Majorana, j’en sais rien. Mais en tout cas, on les finance. C’est un programme qui est de… de tête 430 millions d’euros à peu près. Euh, le but, c’est de n’avoir plus que trois acteurs en 2028 euh pour pouvoir aller jusqu’au bout en 2032. Euh, je pense que c’est… c’est assez sain. Souvent, on nous dit : est-ce qu’on a nos chances euh par rapport à des Google, par rapport à des IBM, mais finalement quand on regarde la taille des équipes euh qui sont au sein de Google, IBM sur ces sujets, c’est assez semblable à la taille des équipes dans les sociétés que nous avons en France. Donc on a beaucoup de chance d’avoir cet écosystème. On l’accompagne, on apporte nous, la DGA, la capacité de gestion de projet et surtout… et je ne vais pas, comme on dit en québécois, divulgacher ce que dira le ministre des armées dans ses annonces, mais l’important c’est de trouver les cas d’usage, comment… quels sont les cas d’usage défense pour nous de l’ordinateur quantique. Et donc tout ceci fait partie d’une démarche d’ensemble, mais je vous verrai quelques… quelques annonces plus tard. Merci.
Patrice, en quoi les technologies quantiques sont-elles porteuses de rupture pour Thales, que ce soit pour la conception de systèmes ou leur performance opérationnelle ?
Alors, je vais essayer de… de prendre quelques exemples effectivement pour essayer d’illustrer à quel point on est devant une vraie révolution au sens propre du terme. Euh, je pense que… de ce point de vue, on parle beaucoup d’IA en ce moment, mais je pense qu’on a rien vu avec le quantique encore. Souvent en intelligence artificielle, on considère qu’on va gagner, je sais pas moi, en efficacité un facteur 10, 100, enfin c’est à peu près admis, je dirais dans… dans la littérature. Le quantique, on parle plutôt de 3 ordres de grandeur, 3, 4 ordres de grandeur. Donc c’est… allez, on va dire 1000 en moyenne et peut-être même plus. Faire quelque chose 1000 fois mieux, 1000 fois plus performant avec un… et 1000 fois plus petit, c’est quelque chose… on a du mal à se représenter finalement ce que ça… ce que ça voudrait dire vraiment, quoi. Si je prends quelques exemples effectivement euh dans le domaine des antennes, euh le fait de pouvoir quelque part avoir des antennes qui deviennent, je dirais, où décorréler la longueur d’onde de la taille de l’antenne est quelque chose d’absolument fantastique. Voilà. Euh, donc notamment dans le domaine de la défense qui… qui utilise les très basses fréquences. Euh, très basse fréquence, ça se dit… ben des très très très grandes antennes. Ben voilà, avoir une antenne qui fait un multiple de 200 m qui demain fera la taille d’un ongle. Euh, c’est une vraie révolution en terme de compacité et quelque part d’utilisation qu’on pourra en faire. Ça… ça fait appel… en tout cas, nous on a sélectionné parmi les N technologies quantiques, hein, quelques-unes. C’est là, c’est plutôt celle qui s’appuie sur tout ce qui est SQUID et SQUIF et qui est effectivement très prometteur. On est au stade du prototype en fait, hein. Donc la maturité a quand même très très bien progressé. Ce que je dis là récemment, c’est qu’on est en train de sortir du laboratoire. Bon, alors il reste encore du travail d’ingénierie à faire. C’est pas parce qu’on a un proto que pour autant euh demain on peut effectivement… l’avoir déployer de manière opérationnelle sur le terrain, mais on a quand même très très bien avancé. Euh, un autre exemple, euh c’est l’utilisation… ce qu’on appelle des centres NV qui est aussi euh très intéressant parce que finalement ça va mesurer, je dirais des variations du champ électromagnétique avec une précision, bah à nouveau 1000 fois plus précise que ce qu’on peut mesurer habituellement. Alors on voit des applications assez immédiates, hein, dans le champ de la guerre électronique puisque voilà, ça consiste à mesurer finalement, à écouter euh le rayonnement électromagnétique et finalement entendre une chanson qu’on entendait pas avant, ça peut représenter un avantage décisif pour… dans un environnement de défense. Mais c’est aussi vrai si on considère qu’un gros objet métallique peut perturber le champ électromagnétique terrestre. Donc s’appelle la détection des anomalies magnétiques. Là aussi utiliser les centres NV, c’est bien parce que ça… ça fonctionne à température ambiante en plus. Donc c’est… c’est quand même pratique. Il y a pas besoin de machine à froid. Euh, on voit que dans le champ d’application de… de la lutte sous-marine, voilà, ça pourrait amener effectivement des disruptions qui sont… qui sont majeures. Les centres NV, ça marche. Euh, on est plutôt là aussi au stade, je dirais, de miniaturisation, euh je dirais pour quelque part idéalement un jour la mettre dans une boîte acoustique si on pose une application lutte sous-marine ou dans des capteurs de guerre électronique embarqués sur des plateformes. Puis un troisième exemple aussi, euh c’est… alors encore un autre… une autre technologie euh du quantique que sont les atomes froids. Je crois que tu… tu en as parlé Emmanuel, atomes froids. Euh, ça permet effectivement entre autres choses euh là aussi de… euh mesurer finalement euh comment on a… on s’est déplacé dans l’espace en trois dimensions, euh à la fois rotation, accélération, vitesse et donc quelque part ça vous donne la possibilité de vous repérer en trois dimensions indépendamment de tout repère extérieur. Donc idéalement, vous oubliez le GPS, Galileo, tout ça, ça tombe en panne, ça n’existe plus, peu importe. En tout cas, vous voulez vous en abstraire. Euh, une centrale inertielle à atome froid va vous faire gagner une performance de l’ordre d’au moins 1000. Euh, je prends un exemple parce que euh là aussi on a du mal à se représenter… sur un vol Paris-New York. Vous prenez les centrales inertielles de dernière génération, celles qui sont dans les avions commerciaux. La précision est de l’ordre du kilomètre, ce qui est déjà une très belle performance, hein, sur un vol transatlantique. Donc quelque part l’avion, il arrive à 1 km près, je dirais sur la piste d’atterrissage. Donc c’est intéressant mais c’est pas suffisant. Euh, et donc la centrale inertielle, elle doit être recalée pendant le vol effectivement pour gommer cette légère dérive. Si on passe d’un km à 1 m, hein, facteur 1000 là… effectivement, bah on a plus besoin de se recaler, on devient totalement autonome sur un vol transatlantique. Alors évidemment dans le monde civil ce type d’exigence de performance est pas forcément aujourd’hui, en tout cas, très utile. Peut-être qu’elle le sera un jour, demain. Par contre, il est facile d’imaginer des applications, des cas d’usages militaires pour lequel ce… pour lequel ce type de performance représenterait un avantage, je dirais capacitaire absolument… absolument clé. Voilà, nous notre challenge aujourd’hui, j’ai pris trois exemples, hein, c’est vraiment… on est en train de sortir des laboratoires, il y a encore pas mal d’ingénierie à faire et en écosystème parce qu’on a travaillé beaucoup avec des… des PME aussi, hein, pour industrialiser tout ça. Euh, et honnêtement, quand on rentre dans des phases d’ingénierie, le temps dépendra de l’argent qu’on va y consacrer, hein. Et donc effectivement euh selon qu’on y consacre peu, beaucoup de moyens, ça sera échéance 2 ans, 3 ans, 5 ans. Euh, mais quelque part la démonstration de faisabilité, elle est faite. Merci beaucoup.
Laura, comment l’École Polytechnique arrive-t-elle à servir les intérêts de la défense ? C’est un vrai sujet ça aussi.
Et bien, j’ai l’habitude de le dire même quand monsieur le ministre n’est pas dans la salle. Euh, la tutelle qu’exerce le ministère des armées sur l’École Polytechnique euh n’a rien d’administratif et je dirais que ça procède plutôt de sa raison d’être, ça. La mission de l’École Polytechnique depuis, en tout cas, sa militarisation par Napoléon en 1804, c’est de former des scientifiques et des ingénieurs de très haut niveau euh pour la souveraineté et le service de l’intérêt général. Donc la tutelle du ministère des armées, elle est présente dans toutes nos activités, nos activités de formation bien sûr au travers de la formation humaine et militaire pour certains de nos élèves qu’ils reçoivent en première année. Ils passent plusieurs mois dans leur première année au sein des armées. Elle est présente aussi dans les… dans nos contenus de formation par des contenus qui adressent les enjeux de souveraineté, de défense, les grands équilibres internationaux, mais aussi par des parcours de formation technologique particulièrement poussés sur les technologies critiques pour la souveraineté. On a parlé d’IA, aujourd’hui on parle de quantique, on peut parler aussi de cybersécurité ou de technologie nucléaire. Euh, ce sont des sujets qui… sont de long terme euh appuyés dans les programmes de formation de l’École Polytechnique. Et puis euh… et ça c’est peut-être, en tout cas, plus intense euh depuis quelques années. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Agence Innovation Défense sur des projets de recherche en collaboration avec le ministère des armées au travers du Centre Interdisciplinaire pour les études de défense et de sécurité qui a été créé en 2020 à l’échelle de l’Institut Polytechnique de Paris et qui euh concentre les efforts de nos laboratoires sur des thématiques qui intéressent la défense. C’est ce qui nous permet aujourd’hui de… d’accueillir sur notre campus et de collaborer étroitement avec l’agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense. Nous sommes également en train de constituer un pôle académique d’excellence en matière de cyberdéfense et on le fait étroitement avec l’ensemble des services du ministère des armées qui exercent ces missions. Et puis nous le faisons également, je le disais, sur les technologies nucléaires puisque ça fait plus de 20 ans qu’on collabore avec le ministère des Armées et le CEA sur ces… sur ces sujets-là. Et puis j’espère qu’on pourra intensifier cette collaboration sur le quantique également.
Merci beaucoup.
Pascal, quels sont aujourd’hui les enjeux et défis concernant le développement de l’ordinateur quantique et son adoption par les utilisateurs ? Un gros challenge.
Alors, côté développement, je pense qu’il y a quand même un enjeu et c’est quand même un des sujets dont on parle. Il y a… il y a la partie… il y a bien sûr les enjeux technologiques, scientifiques et on doit encore être nourri par la recherche fondamentale. Il y a aucun doute là-dessus et il faut… et ça va durer. Donc il faut maintenir le lien recherche… ne absolument pas assécher les laboratoires pour continuer à avoir la recherche fondamentale qui va nourrir le développement technologique. Il y a le volet financement. Donc vous avez fait la comparaison avec Google et IBM. Pour les start-ups du quantique, c’est quand même un peu différent, je trouve, parce que euh chez Candela, on est 120. En étant 120, on fait la croissance des semi-conducteurs, on fabrique des composants, on assemble…
Des composants pour faire un ordinateur, on fait la pile de logiciel qui permet de contrôler tout ça, et on fait des applications avec les clients. Ça fait pas beaucoup de monde par poste, hein. Et donc, il y a un enjeu. On est arrivé là avec des investissements, vu de l’Europe, tout à fait raisonnables : quelques dizaines de millions d’euros. Mais pour passer à l’échelle, il y a pas des, il y a, il y a pas de solution magique, même si on a des technologies parfois très innovantes, hein. Là, on a montré qu’on a, par rapport à nos concurrents américains, qu’on veut lever un entre 1 et 2 milliards. Je parle de P Quantum ; on a une approche technologique qui est très très efficace et qui nous permet d’être là et d’être dans la compétition, mais il faudra quand même passer à l’échelle. Donc, il y a des enjeux de financement qui sont importants. Euh, les cas d’usage, la communauté, etc. Donc là, on s’inscrit et là, je pense que Candel, dans les acteurs, et je pense qu’il y a pas mal d’acteurs qui jouent ce jeu-là. On est en train de créer un écosystème from scrash, excusez-moi pour l’anglicisme. Euh, il faut absolument continuer à avoir beaucoup de cerveaux qui vont venir nourrir tout cet écosystème. Il faut former les gens qui sont des, des gens qui sont des développeurs classiques à adopter les technologies. Euh, on commence à se dire qu’il va falloir faire ça de manière transparente pour eux, c’est-à-dire intégrer des formalismes quantiques dans des formalismes classiques pour qu’il n’ait pas à réfléchir à la machine qu’il y a derrière. Et et et ensuite, effectivement, développer des cas d’usage progressivement dans une étape où les machines sont encore un peu trop petites ou encore un peu trop imparfaites, mais en anticipant, euh, parce que les, en fait, il y a quelque chose de très beau dans cette dynamique à plusieurs, c’est-à-dire entre ceux qui fabriquent et ceux qui ont besoin d’application, c’est qu’en fait le, le, l’écosystème avance beaucoup plus vite. L’identification d’algorithmes, de petits avantages quantiques, pratiques par rapport à, etc., c’est absolument critique. Donc voilà, c’est ça les enjeux. On essaie d’adresser les différents volets et de participer. Je pense que les start-ups du quantique françaises jouent ce jeu de nourrir l’écosystème autant que de s’appuyer dessus et et de grandir avec. Merci beaucoup Pascal.
Dernière question pour Emmanuel. Quels sont les futurs enjeux pour l’inclusion des technologies quantiques dans les systèmes d’armes ? Déjà les enjeux, ils sont pas futurs, ils sont dès aujourd’hui, déjà là. Deux types d’enjeux : des enjeux liés à la menace adverse et des enjeux liés aux technologies elles-mêmes. Menace adverse : d’abord le premier défi, c’est que nos adversaires n’aillent pas plus vite que nous dans tous les domaines qui ont été cités, notamment par Patrice. Aujourd’hui, c’est un avantage opérationnel évident que d’avoir des technologies quantiques. Si je prends l’ordinateur quantique et si je regarde la menace, c’est quoi ? Essentiellement aujourd’hui le fait de pouvoir déchiffrer des, des clés de chiffrement asymétrique. Et donc là, ça rejoint le problème de l’hybride, parce que pour mettre un pays à genou, c’est pas uniquement envoyer des missiles ou des bombes, c’est avoir accès à vos données de santé, c’est avoir accès aux données énergétiques, c’est avoir accès aux données financières. Et là, on a un vrai sujet. Les Chinois aujourd’hui, est une stratégie qu’ils ont décrite eux-mêmes, qu’en étant « st now the later ». Donc on aspire tout et puis on déchiffrera le moment venu quand ça sera possible. Et quand on parlait tout à l’heure de révolution ou de rupture géopolitique, la vraie rupture, elle est technologique certes, mais elle est aussi géopolitique dans la, dans la mesure où les premiers qui vont trouver le moyen de déchiffrer le diront pas aux autres. Je dis toujours, ça me fait penser au carotte et au radar, je sais pas si vous connaissez l’histoire, mais deuxième guerre mondiale, les Anglais découvrent le moyen, par un radar, de plaire, de mieux identifier les avions nazis la nuit, mais ils veulent pas que ça se sache. Et donc, il déclenche une opération de pub en disant : si nos pilotes arrivent à mieux voir les avions nazis, c’est parce qu’ils ont des meilleurs yeux. Sont des meilleurs yeux, c’est parce qu’ils mangent des carottes. Les carottes, c’est bon pour les yeux, ça vient de là, hein, quand même. Bon, essayons de pas faire pareil sur le, sur le quantique. Euh, le premier qui arrivera à déchiffrer nos secrets le dira pas aux autres. Et donc, ça c’est un enjeu essentiel pour nous dans cette course au quantique. Deuxième enjeu, d’enjeu technologique. Je reviens pas sur toutes les, tous les capteurs, toutes les technologies qui ont été décrites. Il y a aussi un enjeu de cohérence. Quand vous mettez une horloge atomique qui est précise à la femtoseconde dans un système d’arme, il faut que toutes les autres briques et tous les autres composants du système d’armes soient capables d’exploiter cette précision, sinon ça ne sert juste à rien. Et donc c’est là où on travaille ensemble, on travaille avec les PME, les start-up du quantique pour être sûr qu’il y a cette cohérence vis-à-vis du développement de briques extraordinairement performantes, mais que l’on doit pouvoir utiliser à leur juste valeur. Et puis je reviendrai pas non plus sur l’ordinateur quantique, on a compris les cas d’usage. Il y a les communications dont on a pas parlé. Les communications quantiques, je parle pas des communications militaires, fort heureusement. Donc on travaille sur la crise crypto post-quantique et puis les communications militaires ne sont pas sensibles au quantique. Mais si les Chinois investissent des, euh, des centaines de millions d’euros pour développer leur communication, c’est pas pour rien. L’internet quantique est intéressant et je pense que connecter des capteurs, connecter des ordinateurs, connecter du cloud par de l’internet quantique, ça va permettre de démultiplier les effets. C’est là-dessus que se portent les efforts du ministère des armées. Merci beaucoup Patrice.
Quels sont les liens de Talè avec l’écosystème du quantique français ? Start-up, recherche, investisseur ? On travaille avec effectivement beaucoup de monde, hein, les gens que vous avez cités, hein, les organismes de recherche publique par exemple, hein. Historiquement, le premier laboratoire commun qu’on a eu avec le CNRS, un qui a longtemps dirigé Albert Fert et bien sûr des champs du quantique. En l’occurrence, et les dernières publications qu’on, qui sont issues de ce laboratoire commun avec le CNRS sur des nanoneurones ou nanosynapses qui imitent le fonctionnement des, des, des synapses et des neurones du, du cerveau et qui permettent finalement de faire de l’apprentissage de type intelligence artificielle en étant 1000 fois plus économe qu’avec un composant classique. Ça a des intérêts très forts pour la défense qui a des contraintes d’embarquabilité très fortes. Voilà. Donc on travaille avec le CNRS, notre 35 qui travaille sur les composants, ben la 3e et la 5e colonne du tableau de Mendeleïev, c’est avec cette fois-ci non pas le CNRS mais le CEA, et puis enfin Nokia ex Alcatel, hein, qu’on travaille euh aussi avec les start-ups. On est dans Proxima d’ailleurs, puisqu’on réfléchit aussi sur des cas d’usage et typiquement on voit bien que dans tout ce qui est préparation, la combinatoire est telle qu’aujourd’hui qu’effectivement si on pouvait disposer de puissances de calculateurs quantiques, ça aiderait beaucoup, hein, pour effectivement résoudre des problèmes dont les mathématiques sous-jacentes sont extrêmement complexes et qui ne sont pas, qu’on peut pas résoudre avec des HPC déjà pêchés aujourd’hui. Et puis on travaille aussi, bah avec nos clients qui sont aussi sources d’innovation parce que les cas d’usage, on peut les inventer, mais c’est encore mieux, je dirais, quand on, quand ils viennent de nos clients qui nous guident aussi dans ce qu’on cherche à faire à la fin des fins comme usage à produire. Et puis un, un dernier mot parce que tu l’as mentionné Emmanuel, on a peu parlé de de communication quantique. Pour autant, c’est vrai que c’est un, une des grandes disciplines ou un des grands pans sur lequel il faut qu’on continue d’investir et notamment la distribution de clés quantiques, hein. À nouveau, je dirais c’est prouvé, ça marche. Maintenant, c’est toujours pareil, c’est comment passer à, à l’échelle industrielle. Et puis, euh, et puis par ailleurs, on travaille aussi sur la crypto post-quantique, anticipant l’arrivée des ordinateurs quantiques. Comment se prémunir avec des algos de chiffrement dont la complexité mathématique sous-jacente est suffisamment compliquée pour ne pas être, je dirais, déchiffrée le jour où l’ordinateur quantique arrivera. Ce qui est toujours intéressant, c’est de prouver que ça marche avec un objet qui n’existe pas, euh, ou pas encore. Mais pour autant, il y a un organisme qui, qui vous donne le tampon, c’est le NIST aux États-Unis qui est chargé de, de quelque part, se prononcer si l’algorithme que vous proposez résistera à un ordinateur qui n’est pas encore arrivé. Mais pour autant, c’est un gage de sérieux et on a déposé, en consortium, hein, parce que ça fait toujours en consortium, un des algorithmes post-quantiques qui ont été, qui a été labellisé par, par le NIST. Voilà. Donc on a vraiment besoin de cet écosystème. C’est pas parce qu’on est grand qu’on sait tout faire par nous-mêmes, certainement pas. Et on va continuer à le faire effectivement avec nos clients à ma droite et puis les gens brillantissimes qui sont aussi à ma gauche. Merci beaucoup Laura.
L’écosystème quantique du plateau de Saclay est très riche. Est-ce important pour vous ? Comment vous intégrez-vous dans tout cet environnement qui a grandi récemment ? Oui, j’ai parlé un peu des forces en recherche, euh, de l’X en elle-même, mais, euh, il est sûr que l’environnement du plateau de Saclay est extrêmement riche, euh, en matière de technologie quantique et de recherche en technologie quantique. C’est certainement, euh, l’un des pôles, euh, les plus, euh, les plus riches en France et en Europe dans ce domaine. Je vais parler en toute humilité puisque l’X s’inscrit dans un, dans un réseau qui s’appelle Quantum Saclay qui rassemble les forces de recherche évidemment des universités, du CEA, de l’Institut Polytechnique de Paris, de l’IOGS, de l’ONERA et j’en oublie certainement. Et je sais que Pascal a été à l’origine de la création de ce réseau, mais en tout cas c’est un travail conjoint. Il y a plus de, euh, il y a d’intenses collaborations au sein de ce réseau qui rassemble plusieurs centaines de chercheurs, euh, et un écosystème particulièrement fertile qui couvre l’ensemble du spectre des technologies quantiques. Évidemment, il y a le pôle grenoblois sur qui a fait des semi-conducteurs son domaine d’excellence absolue, mais on travaille aussi en lien avec ce pôle grenoblois. Merci beaucoup. Alors Pascal, dernière question. Le secteur technologie quantique présente des enjeux de souveraineté. On l’a vu, la compétition internationale est forte, sans exclure les coopérations. Comment une start-up comme Candela intègre justement cette dimension internationale ? Ça c’est la question piège à la fin. Euh, alors, euh, Candela se positionne d’abord comme une société européenne. Alors c’est une société française, mais qui collabore très fortement avec et qui intègre des composants fabriqués en Europe. Donc un ordinateur quantique comme celui qu’on, qu’on développe intègre un certain nombre de composants, des sources, des détecteurs, des puces intégrées, etc., et on travaille avec des fournisseurs essentiellement européens. Donc on est intégrateur et aussi, on dirait un peu faire de lance du développement de la communauté du calcul quantique photonique au niveau européen, aussi au niveau académique. Donc ça c’est une première réponse. Les aspects de souveraineté, euh, on en est absolument conscients et et on est vigilants. C’est-à-dire qu’il y a aucune naïveté dans la façon dont on construit la société. Je dirais même ça commence même avant. C’est-à-dire qu’on a un laboratoire commun entre mon équipe et et Candela et euh toutes les embauches sont euh examinées par le fonctionnaire sécurité défense qui va regarder ce qui se passe et on en est bien conscients et on a aucune naïveté, surtout dans le contexte international actuel. Donc on prend cette dimension-là dans la gestion quotidienne à la fois des embauches, des partenariats, etc. Après, évidemment, il s’agit de permettre à la société de, qui a donc des applications duales, de grandir malgré tout. Donc c’est beaucoup de finesse dans la gestion de tout ça, je dirais. Bien, écoutez, merci à vous CAT pour ces éclairages complémentaires. Ce que nous retenons aujourd’hui, c’est que le quantique n’est plus seulement une technologie de rupture, mais bien un enjeu de souveraineté, d’anticipation opérationnelle et de construction d’un écosystème stratégique national. Je vais maintenant du coup vous inviter à descendre. [Applaudissements]