Transcription
Vous avez vu la vidéo ? Une nouvelle mine s'est effondrée en RDC. L'image tourne en boucle, mais avec très peu d'explications sur ce qui se passe vraiment.
Alors, si vous voulez aller plus loin que le buzz, j'ai posé la question à David Maenda Kitoko, un spécialiste congolais. S'il vous plaît, quand vous voyez ces vidéos là, demandez plus d'informations sur ce qui se passe réellement dans ce pays. Ne restez pas sur du buzz, sur du trend. On a besoin qu'effectivement le maximum de gens en entendent parler et qu'on fasse bouger des politiques publiques.
Alors, on y va. D'abord, il faut comprendre le contexte. La mine qui s'est effondrée se situe en République démocratique du Congo, un immense pays d'Afrique centrale qui produit du cobalt, du cuivre, de l'étain, du tantale. Un pays tellement riche en ressources qu'il est la cible d'un pillage organisé depuis l'époque coloniale. Et ce type de pillage porte un nom, on l'appelle l'extractivisme. C'est le fait d'extraire massivement et intensivement des ressources, on va dire, au naturel. Mais ça ne s'arrête pas là. Il faut aussi le comprendre comme un système économique, c'est-à-dire que on va extraire massivement et intensivement pour l'amener vers un marché dit international. On ne sait pas juste le fait d'extraire et ce n'est pas juste le fait d'extraire pour une consommation locale. En général, ça n'existait pas. Ça va être vraiment destiné à un marché international. Et pour que ce système puisse exister, il faut un système politique qui lui facilite la manière de faire. Pour le cas, la RDC, ça va être deux manières de faire. Sur le sujet qui va nous concerner aujourd'hui, ça va être la corruption dans le sud de la RDC, vers le Katanga, et au nord, ça va être un régime de terreur. On va installer vraiment en permanence la guerre dans cette région-là. Mais d'une manière beaucoup plus approfondie, on pourrait le comprendre comme une manière d'habiter la Terre qui vient avec les systèmes coloniaux. Et à partir de là, on peut voir que c'est une manière violente d'habiter la terre qui décide quels endroits sont des endroits sacrifiés et qui décide de faire en sorte que c'est tous qui peuplent ce territoire-là. Les humains, les non-humains doivent être au service du colon ou au service du confort du colon. L'extractivisme, on pourrait le comprendre comme un fait social total dans l'endroit où le colonialisme s'exprime, mais aussi dans la métropole. C'est-à-dire que la métropole vit grâce à ces systèmes coloniaux, va dépendre exclusivement de cette manière-là de faire. Et concrètement, cet extractivisme passe par des infrastructures. Il y a les ports, les routes, les chemins de fer, les entrepôts, et tout au bout, au point de départ, c'est la mine.
Alors, regardons plus précisément celle qui s'est effondrée. Elle se situait à Calando. Alors Calando, c'est dans le sud de la RDC. C'est vraiment dans la province du Lualaba ou du Katanga. Ce n'est pas le Kasaï. C'est une région qui est très connue comme une région qui produit du fer, qu'on y trouve beaucoup de cuivre, donc également du cobalt. Plus de 50 % des réserves mondiales de cobalt se trouvent en RDC, et environ 70 % de la production mondiale se trouve en RDC. Donc dans cette région-là. Mais ça sert à quoi le cobalt ? Le cobalt, ça va être un métal qu'on va trouver euh dans la nature. Euh, si vous le tenez dans la main, c'est un caillou, c'est une couleur bleue qu'on va extraire profondément dans la mine. Aujourd'hui, à quoi ça va servir ? Principalement, la grosse partie va partir dans les batteries qu'on appelle lithium-ion, qu'on va retrouver dans les véhicules électriques, parfois également dans les smartphones, dans les ordinateurs. Bref, dans ce qui va être électronique, on va souvent avoir besoin de du cobalt parce qu'il va également servir d'alliage, ce qu'il est assez résistant à la chaleur, notamment par exemple dans l'aéronautique. On n'en parle pas assez. Le cobalt se retrouve dans beaucoup des appareils qui font notre modernité. Donc, c'est important de comprendre son rôle. Mais attention, ce n'est pas parce qu'il est rare et important qu'il faut qu'on se focalise uniquement sur lui. C'est ça aussi qu'il faut sensibiliser les gens. Le cobalt, il n'est pas tout seul dans la terre. Enfin, tu tu vas pas dans une terre et trouver le cobalt. Donc, il y a d'autres coproduits euh dont on ne parle pas. Le fait de ne pas en parler, ça peut aussi signifier que l'on ne va pas prendre en compte les conséquences de l'exposition à ce genre d'autres métaux comme le cuivre. Ça veut dire que les personnes qui vont se tuer, comme on les voit dans la vidéo, qui sont mortes pour aller chercher ce cobalt-là, vont le vendre à un comptoir qui va leur dire "Ah oui, mais moi, je veux juste acheter que du cobalt" et donc ils vont donner ces cailloux-là en pensant qu'ils vendent juste du cobalt, alors qu'ils vendent du cobalt et du cuivre, et donc ils se font arnaquer. Enfin, vous avez un système qui s'organise autour de ça. Donc, c'est hyper important de préciser que ça n'est jamais tout seul dans une mine comme ça.
Maintenant qu'on a vu l'importance du cobalt et du cuivre, il faut parler de la mine en elle-même qui serait selon plusieurs médias une mine clandestine ou bien une mine artisanale. Alors, quel est le mot le plus approprié pour décrire ce qui se passe en RDC ? C'est une manière de voir les choses. La notion de la clandestinité ici, on va l'appliquer aux personnes qui n'ont pas le droit d'être là. On peut s'imaginer que a priori, c'est leur territoire, donc ils peuvent l'exploiter. Sauf que là, on dit clandestine parce que c'est soit parce que les personnes, le creuseur qui se trouve là-bas, n'ont pas le droit d'accéder à ce site. Ce soit une mine clandestine parce que les propriétaires de la mine n'ont pas les autorisations pour exploiter. On dit que c'est illégal en fonction de la loi en vigueur, et c'est important de dire en fonction de la loi en vigueur parce que les lois peuvent changer. Donc, c'est ça qu'ils appellent une mine clandestine. Une notion plus générale qui est appliquée sur ce genre de situation en RDC, on va dire une mine artisanale. Ce n'est pas là encore l'image de l'artisan que l'on peut avoir en Occident, quelqu'un qui façonne son produit, qui prend le temps. Pour la RDC, c'est synonyme d'une manière, on va dire anarchique, qui sort d'une d'une vision, on va dire industrielle d'extraire des minerais, qui amène d'autres problématiques qui sont les enfants qui vont bosser dans sa, ou des personnes pauvres qui vont chercher des métaux qu'ils vont vendre à des comptoirs, et ces comptoirs-là vont au final, de toute façon, le vendre vers les destinataires.
Au cœur de ce système extractiviste, il y a des humains, les mineurs. Plus d'une trentaine sont décédés dans l'effondrement de la mine de Calando. Alors, qui sont-ils ? C'est une mine dite artisanale dans laquelle on va trouver des gosses parce que leur corps est plus fort, vont pouvoir aller un peu plus profondément dans les mines. On y trouve souvent des hommes pour aller miner, pour aller vraiment chercher parce que c'est lourd et cetera, et des femmes, mais plutôt pour filtrer. On estime aujourd'hui qu'on a à peu près 40 000 enfants qui bossent. C'est une étude qui a été faite au niveau de la région du Kasaï. Je pense qu'il doit en avoir plus si on faisait vraiment une étude beaucoup plus étendue. Mais au-delà des enfants, il y a d'abord des adultes qui se lancent souvent pour des raisons économiques. C'est souvent des personnes qui n'ont pas plus d'autres moyens de travailler que d'aller dans la mine. Ou alors des personnes qui avaient d'autres métiers avant qui vont aller dans la mine parce qu'on leur fait miroiter une certaine abondance, parfois même une abondance soudaine, ce [musique] qui n'est jamais une réalité parce qu'en fait, quand tu vas extraire, tu vas avoir certes un peu plus d'argent d'un coup, mais en fait, ce n'est pas ça qui rend riche, sinon tout le monde le saurait en RDC. Les riches, ça va être plutôt les détenteurs de comptoirs, les détenteurs de mines et multinationales qui vont transformer ces produits. On le voit, l'extractivisme en RDC est un fait social total au service d'un développement technologique dont nous bénéficions toutes et tous dans les pays du Nord. Vous qui me regardez sur votre écran et moi qui parle devant ma caméra. Pourtant, on a vu passer des images des horreurs du Congo. Ce n'est pas la première fois.
J'ai demandé à David son sentiment devant le buzz qu'a fait la vidéo de l'effondrement de Calando. C'est c'est très compliqué parce que je ne vais pas éteindre cette espèce d'élan d'humanisme, si tant est que ça soit vraiment le cas. Mais en même temps, en fait, en 2024, on avait déjà une image à peu près pareille dans la même région, et ça fait des années et des années que les Congolais luttent pour mettre la question du Congo au centre des débats. La question des métaux qui sont extraits au Congo, parce que là, c'est dans une région où il y a la paix, on va dire, les bruits des balles n'arrivent pas, et juste au-dessus, dans le Nord et Sud Kivu, vous avez plus de 260 bandes armées qui dirigent des mines de coltan qui [musique] vont aussi se retrouver dans les mêmes appareils où on trouve du cobalt qui aujourd'hui flattent les gens. Je trouve que c'est vraiment sur les côtés spectaculaires de la chose qu'elle amène cette vidéo parce qu'on voit vraiment une montagne s'effondrer, mais ça cache quand même pas mal d'autres réalités qui sont ben les 6 millions de morts, des personnes sont tuées pour accéder aux ressources minières. Ils sont tués par la guerre, pas parce que les mines se sont effondrées. Et je ne dis pas ce n'est pas grave. Je dis juste qu'en fait, on invisibilise la question de la guerre pour montrer une catastrophe qui peut arriver partout où se trouve des mines, ce qui est déjà une bonne chose. Mais ça nous évite de parler de la guerre et surtout, ça évite de parler de la consommation de ces métaux-là. C'est un accident par hasard. Voilà, ça peut arriver. Mais non, c'est quelque chose qui est assez courant. Mais je peux vous dire que les effondrements, c'est quelque chose d'assez quotidien. Moi, j'ai des amis qui reviennent des Kasaï qui ont été visiter des mines. À chaque fois, ils allaient avec des mineurs qui leur disaient "Là, c'est un tombeau, il y a telle personne qui est restée sous la terre. Là, c'est pareil. Là, c'est pareil." En fait, vous avez un territoire au sud, des gens qui ne sont pas tués par les balles, mais qui sont tués par la mine, et au nord, des gens qui sont tués par les balles. On devrait parler de tous ces enjeux-là, mais je voilà, je je suis un peu partagé pour être honnête, et presque en colère qu'on attende qu'il y ait un truc qui fasse qui devienne un trend sur Instagram pour parler de la question congolaise alors qu'au quotidien nous trimons pour que ça soit dit, ça soit mis en lumière pour que enfin la question de la goinfrerie des métaux des pays riches se pose, qu'on se pose la question de la consommation de tous ces gadgets. Aujourd'hui, si on compte dans la maison de n'importe qui en France, on trouvera pas moins de 60 objets connectés qui possèdent une trace de cette histoire. Et donc, juste s'étonner ou s'émouvoir de ça, c'est bien, mais ça ne suffit pas. Faut plutôt s'étonner de la consommation en croissance de ces métaux-là. S'étonner de quelque chose de magique qui débarque comme ça, c'est l'intelligence artificielle. Et personne ne parle de l'infrastructure qui va supporter cette intelligence artificielle, la matérialité de cette intelligence artificielle. Et bien, quand cette matérialité-là nous revient en face comme ça, voilà, ça fait un trend, on va passer à autre chose jusqu'à ce qu'il y ait encore une grosse mine qui s'écroule sur des gens, et on va en parler. Mais c'est une réalité que nous vivons chaque jour. Et je pense que si les gens sont sincères dans cette manière d'être ému par rapport à cette vidéo, bien il faut se saisir de ce moment-là pour poser des vraies [musique] questions qui sont : pourquoi est-ce qu'il y a plus de 6 millions de Congolais qui sont tués pour accéder aux ressources ? Pourquoi on ne parle pas de toutes ces mines qui s'écroulent qui n'ont pas eu la chance d'être captées à un moment ? Pourquoi est-ce que tout doit passer par le numérique et donc nous rendre nous tous complices d'un système comme ça ? Ce sont des questions qui doivent se poser, qui ne sont pour l'instant pas posées. C'est juste voilà, c'est une catastrophe, et je ne vais vraiment pas minimiser l'ampleur de cette catastrophe-là, mais je veux juste qu'on puisse se poser des questions.
Le constat est si clair que dans un premier temps, j'ai été submergé par un sentiment d'impuissance et de désespoir. Qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui en tant que consommateur et consommatrice de ces appareils ? Parce que je sais que vous n'allez pas les jeter à la poubelle tout de suite. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? David a déjà des idées sur ce point. Moi, je fais très attention à distinguer les consommateurs des citoyens. C'est-à-dire que en fait, un consommateur est soumis à tout un tas de manipulations marketing qui fait qu'en fait, il est peut-être rendu vulnérable. Mais un citoyen peut exiger une meilleure traçabilité. Et je veux dire, qui aujourd'hui accepterait de manger de la viande sans savoir sa provenance ? Pour ce qui concerne les produits électroniques, en silence radio. Donc, peut-être en tant que citoyen, ils doivent se saisir de ces questions-là. Avant d'acheter son iPhone, son Samsung, je veux bien une notice qui me dise qu'est-ce qu'il y a dans mon téléphone et ça vient d'où ? C'est vrai qu'on a la liste détaillée des ingrédients chimiques de quasiment tous nos aliments. On pourrait demander la même chose pour nos appareils électroniques. C'est vraiment le strict minimum, mais c'est déjà ça. Parce que ces petits bouts d'outils, ces gadgets, c'est plus de 60 métaux à un seul truc. 33 g d'étain, c'est une tonne de roche qui est nécessaire pour arriver à avoir quelques grammes de cuivre. Pour l'or, c'est pire. C'est de l'or de 0,05 % pour avoir quelques grammes de l'or qu'on va mettre dans le smartphone. Vous en avez 60 différents dans un seul smartphone, et donc il faut poser des questions par rapport à ça. En fait, la mine que vous avez vu s'effondrer, c'est peut-être pour quelques grammes de cuivre qui vont se retrouver là-dedans. Et quand ça va partir dans, je sais pas moi, les voitures électriques, c'est 80 kg de cuivre, 10 à 15 kg de cobalt dans une batterie. Combien d'effondrements de mines faudra-t-il attendre pour se poser des questions sur sur ça ? Je ne suis pas au consommateur que je vais m'adresser, c'est vraiment aux citoyens qui demandent des comptes à leurs États, qui font des lois, qui vont faire des lois sur le numérique sans poser la question de la matérialité de ce numérique. J'ai vu que la France avait promis au sommet de l'IA d'investir 109 milliards pour le développement de l'intelligence artificielle sans se poser la question d'où proviendra la matérialité pour construire ces data centers au niveau de l'Europe. Green Deal européen qui se base pareil sur l'extraction de métaux. Personne ne pose des questions : qui est-ce qui va payer le prix de tout ça ? Donc, c'est on revient à ce qu'on a dit, on disait au début sur la métropole qui vit sur cet extractivisme-là, sur ce colonialisme-là, ce mode colonial d'habiter la terre. Peu importe ce qui se passe dans la colonie, on va continuer à vivre comme ça parce que ça permet un confort de l'espace colonisateur. On va créer des bulles décarbonées. On va respirer effectivement l'air sain à Paris pendant qu'on va exporter des externalités négatives de ce mode de vie ailleurs. Effectivement, il reste beaucoup à faire pour briser notre confort colonial. Mais David et ses camarades s'organisent avec un tas d'associations congolaises. Et si vous avez le temps, il faut aller les écouter directement, leur donner de la force et de la visibilité. Mon association s'appelle Génération Lumière, et nous aussi, on a des paradoxes. On est sur Instagram et sur LinkedIn et sur Facebook, mais promis, c'est les seuls endroits non éthiques où vous nous trouverez. La plupart du temps, on va faire trois choses. C'est vraiment faire du plaidoyer au sein des institutions. Là, on a un travail en cours au Parlement européen. Nous allons être reçus le 1er décembre pour dénoncer un accord qui a été signé entre l'Union européenne et le Rwanda pour acheminer des métaux du dir. Vous pouvez nous soutenir en mobilisant les médias pour en parler, pour installer une dynamique de force là-dessus. Vous pouvez soutenir en rejoignant la lutte congolaise. Je ne suis pas sectaire. Vous venez à Génération Lumière, comme vous pouvez aller à Team Congo ou d'autres associations congolaises qui essaient de visibiliser ces questions-là. Vous pouvez également participer à nos événements, venir écouter les conférences, et on essaie de le rendre le plus accessible possible. Mais la manière vraiment de soutenir l'élite congolaise, c'est de pousser à ce que les politiques, vos élus d'ici, arrêtent de penser que le confort, que la technologie est est la solution à tout, et que surtout [musique] ça peut reposer sur la destruction de la vie des humains non-humains dans d'autres territoires, surtout dans les territoires du Sud global, c'est le cas RDC, mais il y a également les mêmes problématiques en Amérique du Sud qui sont là, mais on pourrait parler d'autres territoires dans le monde qui subissent ce système-là.
Alors, avant de finir, je me posais quand même une dernière question. Il explique très bien la situation de la RDC, et ce n'est pas le seul Congolais à savoir le faire. Alors pourquoi est-ce qu'on continue à dire qu'on n'y comprend rien ? Et surtout, pourquoi est-ce qu'on voit si peu de Congolais et de Congolaises sur nos plateaux ? Il y a des questions racistes là-dedans. Faut pas se cacher. On s'est habitué à avoir des corps noirs détruits, et donc le moins compétent quand ça concerne les corps noirs. La manière dont on tue au Soudan, la manière dont on tue en RDC, personne ne devrait s'habituer à ça. Ça devrait révolter de manière incroyable le monde entier. Mais on s'habitue, et ça provient aussi d'un regard raciste sur les questions congolaises. C'est-à-dire que aujourd'hui, euh, on n'est pas souvent invité dans nos médias où ils vont nous amener d'autres spécialistes qui ne sont pas congolais. Ça ne veut pas dire que chez les Congolais, il n'y a pas de spécialistes sur ces questions-là. Parfois même, on est plus qualifié, plus compétent sur ces questions-là, au-delà de nos expériences personnelles. On n'est pas invité dans les médias mainstream pour parler de ce qui se passe. Par conséquent, le résultat, c'est quoi ? Et que on tombe dans un truc primitiviste de "c'est une guerre ethnique" et comme c'est une guerre ethnique, les Noirs, ils aiment s'entretuer. C'est des sauvages. Ce qui permet de silencier ces conflits-là et de ne pas parler des métaux, ne pas parler de la consommation de ces gadgets-là, et donc ça ne nous concerne pas. Donc voilà, c'est une manière vraiment raciste de raconter ce conflit, une manière raciste de voir ce qui se passe sur le corps noir, sur le continent africain. On se retrouve avec des hommes blancs qui nous racontent ce qui se passe sur notre territoire. Mais s'ils ont une once d'honnêteté, ils devraient inviter plus de Congolais, des personnes concernées, compétentes. Je On ne va pas inviter des Congolais juste parce qu'ils sont Congolais. On les invite parce qu'ils sont concernés, mais parce qu'ils sont aussi compétents sur ce sujet-là. Il y a une manière de raconter ce qui se passe en RDC qui est une manière très raciste, et qui est une manière qui invisibilise nos luttes. Comme je disais, nous sommes écolos. Nous nous nous battons par exemple contre l'extractivisme. Nous nous battons pour notre terre qui est violée, où on est en train de vaincre des montagnes comme on est en train de vaincre les femmes congolaises. Mais on n'en parle pas, on ne parle pas de nos luttes. Et comme la plupart des gens ne vont pas prendre le temps, ils vont consommer l'information comme tout le monde, et du coup, ça crée une espèce de ce conflit-là, il est complexe. Et aussi, une autre lecture que j'ai sur ces conflits-là, c'est qu'on est très habitué à voir le conflit comme une espèce de dualité qui permet une, sans doute, une meilleure lisibilité du conflit. Alors que pour ce qui concerne la RDC, tout le monde est coupable. Vous y trouvez des Américains, des Chinois, des Indiens, des Turcs, des Français, et cetera. Il y a encore tellement de choses à dire sur la RDC, mais il est temps de finir cette vidéo. Vous pourrez retrouver la jeunesse consciente congolaise très bientôt dans une conférence à Paris. Ça se passe en novembre. Le 27 à la Gaîté Lyrique, il y a un événement qui est organisé par Amandine Piango où on va parler justement de ce qui se passe au Congo de manière plus approfondie avec un regard des Congolais et Congolaises [musique] jeunes spécialistes de ces questions-là qui vont sortir d'un prisme européen et tout, qui vont amener le prisme congolais sur ces questions-là.
Ce n'est pas la première ni la dernière mine qui s'effondre au Congo. Et au-delà des images chocs, il faut comprendre comment l'extractivisme détruit le pays tout en contribuant à notre confort colonial. Il faut comprendre le rôle des métaux dans nos appareils électroniques, et il faut utiliser ce savoir pour nous mobiliser politiquement avec les Congolais et Congolaises en lutte. Une première étape serait déjà de réclamer une véritable transparence sur la provenance des composants de nos appareils. Mais ce n'est pas suffisant. pour savoir quoi faire. Seuls les Congolais et Congolaises auront les réponses. Alors, j'espère que vous avez appris des choses dans cette vidéo. Partagez-la au maximum. Dites-nous en commentaire s'il y a des choses à améliorer ou à corriger. Dites-nous aussi si vous avez aimé. Ça fait toujours plaisir. Et n'oubliez pas, nous sommes en pleine campagne de crowdfunding. On a encore besoin de vous pour atteindre 5000 soutiens avant le 5 décembre. C'est comme ça qu'on aura les moyens de réaliser des émissions plus professionnelles, mais aussi plus connectées à l'actualité, et produire toute une scène de journalistes et de créateurs qui portent les voix de l'antiracisme. Alors, rendez-vous sur notre site histoirecrépu.fr [musique] et moi, je vous dis à bientôt sur la chaîne Histoire Crépu. Ciao. Ciao.