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Biodiversité des sols et décomposition de la matière organique

UMR Agronomie 8:51

Transcription

La biodiversité des sols inclut tous les organismes qui passent une partie de leur cycle dans le sol, de manière permanente ou temporaire. On retrouve donc les bactéries, les champignons, et la faune du sol. Cette dernière se divise en plusieurs catégories : la microfaune (nématodes), la mésofaune (acariens et collemboles), la macrofaune (organismes > 2 mm, comme les vers de terre, les carabes et les mille-pattes), et la mégafaune (mammifères et reptiles, tels que les micromammifères, lapins et taupes), rarement étudiés avec les autres catégories.

Le sol rend de nombreux services écosystémiques : régulation des eaux, recyclage des matières organiques, structuration des sols. La biodiversité des sols assure ces services, mais les organismes n'ont pas tous des rôles équivalents. Les vers de terre, par exemple, sont des ingénieurs de l'écosystème, intervenant dans la structuration des sols et la fragmentation de la litière. En l'absence de labour, ils maintiennent la structure du sol. D'autres organismes agissent à plus petite échelle, comme les collemboles, impliqués dans le cycle du carbone et de l'azote, et les micro-agrégats. Des organismes dégradent la matière organique et l'enfouissent, contribuant à la fertilité des sols. On a donc besoin de tous ces organismes en interaction pour bénéficier de la multitude de services écosystémiques rendus par le sol.

En agroécologie, on remet le vivant au centre du système, s'appuyant sur les services rendus par la biodiversité des sols. Certaines pratiques agricoles ont des impacts plus ou moins néfastes sur les organismes du sol, variables selon les groupes d'organismes et les pratiques. Ce travail étudie l'effet des systèmes alternatifs et en transition, ainsi que les zones d'ombre concernant les aménagements agroécologiques (bandes fleuries), notamment sur la recolonisation des parcelles agricoles. L'objectif est de répondre à ces questions grâce aux réseaux d'agriculteurs. L'étude se concentre sur les services écosystémiques liés à la matière organique (recyclage, stockage du carbone, structuration du sol), et les organismes détritivores : collemboles, vers de terre, bactéries et champignons.

Nos protocoles consistent en un suivi de la biodiversité des sols (micro-organismes, bactéries, champignons, mésofaune – collemboles – et macrofaune – vers de terre). On suit leur évolution au cours des années pour observer l'effet des pratiques et aménagements agroécologiques. Pour les micro-organismes, on analyse un échantillon de sol par biologie moléculaire (abondance et diversité). Pour les collemboles, on utilise un appareil nommé Mac Friden. Pour les vers de terre, on trie manuellement. On identifie les organismes pour déterminer la richesse spécifique, le nombre d'espèces et l'abondance par point d'échantillonnage. On évalue aussi leur rôle dans la décomposition de la litière (sachets de litière de maïs de différentes tailles) et l'agrégation des sols. On utilise une approche par traits fonctionnels, se concentrant sur les caractéristiques des organismes plutôt que sur leur identification précise, pour mieux relier la diversité aux fonctions du sol.

On observe des évolutions liées aux bandes fleuries, mais la forte variabilité des parcelles rend les conclusions difficiles. La forte variabilité des systèmes rend difficile l'analyse de l'effet des systèmes sur la biodiversité. On travaille donc sur des gradients et des indicateurs de pratiques (travail du sol, phytosanitaires, apport de matière organique). Les collemboles sont très sensibles au travail du sol, ce qui diminue leur abondance. Les différents groupes d'organismes (micro-organismes, collemboles, macrofaune) sont complémentaires dans la décomposition de la matière organique. Une diminution des collemboles due à un travail du sol important entraîne une diminution du recyclage de la matière organique.

La biodiversité des sols est au centre des systèmes agroécologiques. Pour favoriser les processus écologiques dans les sols, il faut favoriser la biodiversité des sols par différentes pratiques et aménagements agroécologiques, afin de favoriser la diversité et l'abondance de ces organismes et leurs fonctions.