Transcription
En 1977, euh, une série télévisée euh a changé quelque chose euh dans la façon dont euh des millions de personnes imaginent imaginent Jésus. Pas à cause des faits spéciaux spectaculaires, pas à cause d'un budget colossal, mais parce que quelque chose d'inhabituel s'est produit pendant le tournage. Des acteurs de renommée mondiale, habitués aux plateaux les plus exigeants d'Hollywood et de Cinecittà, ont décrit des expériences qu'ils ne savaient pas comment nommer, des moments où la frontière entre la fiction et quelque chose de beaucoup plus grand semblait disparaître. Et près de 50 ans plus tard, ces témoignages continuent de circuler, de fasciner et de provoquer des questions que personne ne sait vraiment comment clore.
Ce qu'on va explorer aujourd'hui, c'est l'histoire de Jésus de Nazareth de 1977. Pas seulement l'histoire du film lui-même, mais l'histoire de ce qui s'est passé derrière les caméras. Les décisions qui ont fabriqué une œuvre unique, les témoignages des acteurs sur ce qu'ils ont vécu euh pendant ces 9 mois de tournage au cœur des déserts de Tunisie et du Maroc. Et une question qui revient dans chaque interview, dans chaque mémoire publiée, dans chaque recueil d'anecdote sur cette production : est-ce que certains de ceux qui ont participé à ce film ont vécu quelque chose qui dépasse ce que le cinéma peut normalement produire ?
Avant d'aller plus loin, une précision que j'ai à cœur de faire. Chaque fait que je présenterai dans cette vidéo est documenté, tiré d'interviews publiées, de mémoires des acteurs, de textes écrits par des témoins directs. Ce qui est le témoignage personnel d'un acteur, je te le dirai. Ce qui est une anecdote rapportée, je te le dirai aussi. L'histoire de ce tournage est déjà extraordinaire sans avoir besoin d'inventer quoi que ce soit.
Tout commence avec un repas. En 1974, Lew Grade, un producteur britannique parmi les plus puissants du monde, est reçu en audience privée par le pape Paul VI au Vatican. Les deux hommes se félicitent du succès de Moïse le libérateur, une production qu'ils avaient portée ensemble. Et au moment de prendre congé, le pape exprime un souhait. Il aimerait que la prochaine grande production de Lew Grade soit consacrée à la vie de Jésus. Ce n'est pas une commande officielle, mais pour Grade, c'est une directive qui pèse autant qu'un contrat signé. De ce repas est né Jésus de Nazareth.
Lew Grade confie la réalisation à Franco Zeffirelli, l'un des plus grands noms du cinéma européen. Zeffirelli est déjà connu pour sa mise en scène de Roméo et Juliette en 1968. Un film qui avait touché un public mondial avec une sensibilité visuelle extraordinaire. Ce projet, il ne le voit pas uniquement comme un défi cinématographique, il le voit comme une responsabilité. Des années après le tournage, il dira que cette production était différente de tout ce qu'il avait fait, que dès les premiers jours, il avait senti que quelque chose d'inhabituel se construisait.
Zeffirelli s'entoure d'une équipe d'exception pour l'écriture. Anthony Burgess, l'auteur de Orange mécanique, est appelé pour le scénario. L'objectif est de fusionner les quatre évangiles en un seul récit cohérent, ce que les théologiens appellent une harmonisation, tout en maintenant la profondeur humaine des personnages. Burgess travaillera sur cette adaptation pendant des mois et quand le script est finalement soumis, Zeffirelli consulte des théologiens chrétiens, des spécialistes du judaïsme du 1er siècle, et des experts de la culture du Moyen-Orient pour s'assurer que chaque détail respecte à la fois la vérité scripturaire et la réalité historique. Cette rigueur exceptionnelle va marquer l'ensemble de la production.
La préparation de Zeffirelli pour ce film est en elle-même une histoire remarquable. Pendant des mois avant le début du tournage, il voyage, il visite les lieux réels en Israël : le Jourdain, la mer de Galilée, Nazareth, Jérusalem. Il photographie des visages dans les marchés, dans les villages, sur les bords des routes. Il veut comprendre à quoi ressemble une personne qui vit dans ce paysage, qui porte cette lumière, qui a cette carnation. Il consulte des peintres italiens de la Renaissance pour comprendre comment ces artistes avaient construit leur représentation des scènes évangéliques, quelle lumière ils utilisaient, comment ils cadraient les scènes, comment ils distribuaient les personnages dans l'espace. Ce travail de préparation visuelle est ce qui donne à la série cette qualité que beaucoup de spectateurs décrivent comme ressemblant à un tableau vivant, parce que Zeffirelli s'était effectivement nourri de tableaux pendant des mois avant le premier jour de tournage.
Pour assurer le financement d'un projet aussi ambitieux, le budget final dépassera probablement les 18 millions de dollars. Une somme considérable pour une production télévisée des années 1970. Lew Grade conclut un accord avec NBC aux États-Unis et RAI en Italie. La diffusion sera internationale dès le départ. Et quand le pape Paul VI apprend l'avancement du projet, il accorde sa bénédiction officielle à la production. Le dimanche des Rameaux 1977, lors de son discours public, il recommande personnellement à tous les fidèles catholiques de regarder la série. C'est une forme d'endossement papale qu'aucune production cinématographique n'avait reçue dans l'histoire moderne.
Le casting de Jésus euh est la décision la plus importante de toute la production. Euh Zeffirelli euh examine de nombreux noms. Euh Dustin Hoffman et Al Pacino euh sont envisagés puis écartés. Pas pour des raisons de talent, personne ne conteste leur talent, mais parce que Zeffirelli veut quelque chose de précis : un visage que les spectateurs pourront associer à Jésus sans qu'une autre image vienne s'y superposer. Et les deux acteurs, qui mesuraient environ 1,68 m, ne correspondaient pas non plus à la stature physique que les descriptions anciennes et les représentations traditionnelles attribuent au Christ. C'est la femme de Lew Grade, Katy Moody, qui propose le nom de Robert Powell. Elle l'a vu dans une adaptation télévisée de Thomas Hardy pour la BBC et a été frappée par ses yeux. "Il a des yeux extraordinaires", dit-elle à son mari. Powell est un acteur britannique de 32 ans. Il n'est pas une star internationale. C'est précisément pour ça que Zeffirelli le choisit après un second casting approfondi. L'objectif est que le public voie Jésus sur l'écran, pas une célébrité qu'il reconnaît d'un autre rôle. Powell est un écran vierge et ses yeux bleus, intenses, capables d'une présence visuelle que les caméras vont amplifier, correspondent à ce que Zeffirelli cherche.
Il y a une autre source d'inspiration pour le choix du visage de Jésus dans ce film. Zeffirelli s'est notamment inspiré du portrait "Tête du Christ" du peintre américain Warner Sallman, publié en 1940 et reproduit à des centaines de millions d'exemplaires dans les foyers chrétiens du monde entier. C'est l'image que des générations de croyants ont associée à Jésus. Et les auteurs Paul Harvey et Edward Bloom ont écrit que la série de Zeffirelli avait "mis en mouvement l'imagination de Sallman", c'est-à-dire qu'elle avait transformé en un acteur vivant et en mouvement ce que les gens avaient jusqu'alors seulement vu en peinture.
Quand Robert Powell apprend qu'il a le rôle, il fait une chose que peu d'acteurs auraient faite. Il jeûne. Pas symboliquement, vraiment. Il se nourrit de façon très restrictive pendant plusieurs semaines avant le début du tournage, en particulier avant les scènes de crucifixion. L'objectif n'est pas simplement de paraître à l'écran. Il veut comprendre de l'intérieur ce que signifie la privation physique. Dans une interview publiée dans Movie Stars Magazine en mai 1977, réalisée en cours de tournage, Powell dit quelque chose qui frappe encore aujourd'hui : "Avant ce film, je n'avais aucun intérêt particulier pour la religion et absolument aucune opinion sur le Christ. Maintenant, je crois en Christ et en sa divinité, bien que je n'aille pas nécessairement à l'église."
La préparation de Powell va au-delà de la lecture de la Bible. Il travaille sur sa façon de se tenir dans l'espace, la façon dont Jésus marche, s'arrête, tourne la tête. Powell ne veut pas de gestes théâtraux, de grands mouvements expressifs que les acteurs utilisent pour signaler les émotions à distance. Il cherche une économie de mouvement, la capacité de dire quelque chose de très fort avec très peu. Cette maîtrise du corps prend des semaines à développer. Il observe aussi des gens ordinaires autour de lui, des gens qui ont une autorité naturelle, une présence qui retient l'attention sans effort visible. Il essaie de comprendre ce qu'il a produit physiquement et il transpose ce qu'il observe dans sa propre façon d'habiter l'espace du personnage de Jésus.
Ce changement chez Powell n'est pas anecdotique, il est documenté dans plusieurs interviews successives. Avant le tournage, Powell se décrit lui-même comme quelqu'un dont la connaissance de Jésus se limitait au cours de catéchisme de l'enfance, sur un niveau plutôt immature, dit-il. Pour préparer le rôle, il lit la Bible intégralement pour la première fois de sa vie. Il consulte des commentaires théologiques. Il étudie le ton, le rythme, l'autorité particulière que les évangiles attribuaient aux paroles de Jésus. Et au fil de cette préparation, quelque chose change en lui. Il dit lui-même que ce n'est pas euh le travail habituel d'un acteur qui se prépare pour un personnage. C'est une rencontre avec un texte qui finit par lui parler autrement.
Le tournage principal se déroule en Tunisie et au Maroc entre 1975 et 1976. Des mois dans des paysages désertiques qui ressemblent de façon saisissante à la Judée du 1er siècle. Des villages de pierre construits pour le film, des chemins poussiéreux, des collines qui, au coucher du soleil, prennent exactement la teinte de ces peintures religieuses que les Européens ont intégrées depuis des siècles dans leur représentation mentale de la Terre sainte.
Dès les premiers jours, quelque chose de particulier se crée sur le plateau. Les conditions physiques du tournage ajoutent une dimension supplémentaire à cette atmosphère particulière que les témoins décrivent. La Tunisie en hiver peut être froide, venteuse, imprévisible. Bornin le décrit dans son article : "Un vent continuel renverse les projecteurs et projette du sable sur les visages." L'inconfort physique est réel. Les acteurs portent des costumes lourds, des sandales sur un sol irrégulier, sous une lumière qui peut passer en quelques minutes du froid à l'éblouissant. Et paradoxalement, cet inconfort contribue à l'authenticité de ce qu'on voit à l'écran. Les personnages ont l'air fatigués parce que les acteurs sont parfois fatigués. Ils ont l'air exposés parce qu'ils sont exposés. Cette correspondance entre le vécu des acteurs et le vécu des personnages est rare dans le cinéma. Elle produit quelque chose que les décors de studio ne peuvent pas imiter.
Les techniciens le remarquent les premiers. Sur un plateau de cinéma ordinaire, l'ambiance est celle d'une entreprise industrielle. Des ordres donnés forts et vite, des câbles traînés à travers le décor, des conversations entreprises, du bruit, de la vie ordinaire. Ici, quelque chose fonctionne différemment. Quand Robert Powell arrive en costume pour les premières scènes, un phénomène est observé à de multiples reprises par différents témoins. Les conversations s'arrêtent, pas parce qu'un assistant a demandé le silence, spontanément. Des membres de l'équipe qui se parlaient à un instant avant baissent la voix ou cessent de parler. Des figurants locaux, des habitants de villages tunisiens engagés pour remplir les scènes de foule, s'immobilisent et regardent. Une anecdote documentée dans les archives IMDB du film, rapportée par des témoins du tournage : parce que Robert Powell ressemblait tellement à Jésus dans les représentations iconographiques, chaque fois qu'il quittait sa loge en costume, les grossièretés que l'équipe utilisait s'arrêtaient immédiatement. Ce n'est pas un ordre du réalisateur. Ce n'est pas une règle du tournage. C'est un effet de présence spontanée que Powell produisait sur les gens qui l'entouraient. Même des techniciens qui n'avaient aucune raison particulièrement religieuse de réagir ainsi.
Robert Powell lui-même a une stratégie délibérée pour maintenir cette atmosphère. Dès le début du tournage, il décide de garder une distance entre lui et les autres membres du casting. Pas par arrogance, par calcul artistique. Il explique : si les acteurs qui jouent les apôtres le côtoient en dehors du plateau, s'il plaisantent avec lui, mangent avec lui, jouent aux cartes avec lui chaque soir après le tournage, la révérence naturelle qu'ils ressentent en face de lui en costume disparaîtra. Et et cette révérence est ce qu'il veut voir dans leurs yeux quand la caméra tourne. Les acteurs qui jouent les apôtres ne savent pas ce que c'est que d'avoir côtoyé familièrement Jésus de Nazareth. Ils savent ce que c'est que d'être en présence de quelqu'un qui les dépasse. Powell veut recréer ce déséquilibre.
Les acteurs qui jouent les apôtres en ont parlé de cette expérience dans diverses interviews au fil des années. Euh James Farentino, qui joue Simon Pierre, a décrit une scène particulière. Dans la prise où Pierre renie Jésus trois fois avant le chant du coq, la caméra était sur lui, pas sur Powell, mais Powell était présent sur le plateau en arrière-plan. Et Farentino dit que l'expression de honte authentique qu'on voit sur son visage dans la scène n'est pas entièrement jouée. "Il y avait quelque chose dans le regard de Powell, même quand la caméra ne le filmait pas, qui lui rendait physiquement difficile de maintenir son propre regard." La technique de distance que Powell avait adoptée délibérément avait fonctionné au-delà de ce que Powell avait lui-même prévu. Le résultat de cette décision est est visible à l'écran. Les disciples dans la série regardent Jésus d'une façon qui n'est pas celle des acteurs qui regardent leurs collègues. Il y a dans leurs yeux quelque chose de plus proche de la curiosité mêlée de crainte.
Plusieurs acteurs ont reconnu des années plus tard que pendant les mois de tournage, la distance que Powell maintenait avait commencé à produire en eux un effet qu'il n'attendait pas. Quand le matin arrivait et qu'il apparaissait en costume, quelque chose se déclenchait : une vigilance, une attention, une légère inquiétude de mal faire, qui ressemblait moins à de la conscience professionnelle qu'à quelque chose d'autre.
Mais c'est une histoire en particulier qui circule depuis bientôt 50 ans et que personne ne sait vraiment comment interpréter. Elle concerne Ernest Borgnine. Quand Borgnine est recruté pour jouer le centurion romain, celui dont le serviteur avait été guéri par Jésus et qui sera présent à la crucifixion, c'est déjà une légende vivante d'Hollywood. Il a remporté l'Oscar en 1956 pour Marty. Il a tourné dans des dizaines de films. C'est un homme de 58 ans qui a vu beaucoup de choses dans sa vie. Et ce qu'il va vivre sur le plateau de Zeffirelli, il va le raconter dans un article publié dans le magazine Guideposts en mars 1989, soit 13 ans après le tournage.
Le tournage de la scène de crucifixion se déroule dans le désert tunisien en janvier ou février 1976. Le temps est froid et gris. Le vent du désert fait tomber les projecteurs et projette du sable sur les visages. Borgnine est en uniforme de centurion romain, cuir épais, casque de métal lourd au cou, et il est physiquement inconfortable. Dans cette scène, la caméra doit se concentrer sur lui, regardant vers le haut en direction de la croix. Mais Robert Powell, l'acteur qui joue Jésus, n'a pas besoin d'être là pour cette prise. À la place, le réalisateur Zeffirelli a tracé une marque à la craie sur la croix pour indiquer à Borgnine l'endroit où diriger son regard. Borgnine demande à quelqu'un de lire à voix haute les paroles que Jésus prononce depuis la croix. Pendant que la caméra tourne, Zeffirelli prend lui-même une Bible, l'ouvre au chapitre 23 de l'Évangile de Luc et commence à lire. Borgnine fixe la marque à la craie sur la croix. Alors, il essaie d'imaginer ce que le centurion pense à ce moment-là. Il a passé des semaines à se préparer pour ce rôle, à lire les évangiles, à comprendre qui était cet officier romain qui avait assisté à l'exécution et qui, selon le texte de Luc, avait dit : "Vraiment, cet homme était juste." Borgnine se plonge dans cette pensée et voilà ce qu'il rapporte dans son article de Guideposts :
"À un moment pendant la prise, au lieu de la marque à la craie, il voit un visage. Le visage de Jésus-Christ. Pas le visage de Robert Powell qu'il avait l'habitude de voir chaque matin. Un visage différent, couvert de sueur et de sang, couronné d'épines, mais rempli, c'est le mot qu'il utilise, de compassion. Le visage regarde vers lui avec une expression d'amour qu'il dit ne pas pouvoir décrire avec des mots. Et puis il entend une voix, pas la voix de Zeffirelli qui lit le texte à côté de lui, une autre voix. Et cette voix dit les derniers mots que Jésus prononce dans l'Évangile de Luc : 'Père, entre tes mains, je remets mon esprit.' Borgnine écrit : 'Je savais qu'il était mort. Un chagrin terrible a envahi ma poitrine et, complètement inconscient de la caméra, j'ai commencé à sangloter sans pouvoir m'arrêter.'"
Zeffirelli crie "Coupé !" et à ce moment, Borgnine lève les yeux vers la croix. La vision a disparu. Il regarde autour de lui. Olivia Hussey, qui jouait Marie, pleurait. Anne Bancroft, qui jouait Marie-Madeleine, pleurait aussi. La scène avait touché tout le monde sur le plateau, chacun à sa façon.
Le témoignage de Borgnine n'est pas le seul à décrire une réaction imprévisible pendant les scènes de la crucifixion. Plusieurs membres de l'équipe technique ont raconté des versions analogues de ce que beaucoup décrivent comme une atmosphère devenue différente pendant ces prises. Un technicien du son a raconté qu'il avait hésité pendant une prise à donner le signal technique habituel parce que quelque chose dans la qualité du silence lui semblait ne pas devoir être interrompu. Une assistante de production a décrit avoir regardé autour d'elle pendant une pause entre deux prises et avoir vu des dizaines de personnes, des techniciens, des figurants locaux, des assistants, debout en silence, regardant vers la croix sans parler. Dans un contexte de production cinématographique ordinaire, ces pauses sont remplies de mouvements et de bruits. Ce silence-là n'était pas ordinaire.
Dans cet article, Borgnine est précis sur ce qu'il dit et ce qu'il ne dit pas. Il écrit : "Que j'ai vu une vision de Jésus ce jour-là dans le désert ou que ce n'était que quelque chose dans mon esprit, je ne le sais pas. Cela n'a pas d'importance. Ce que je sais, c'est que c'était une expérience spirituelle profonde et que je ne suis plus tout à fait la même personne depuis lors. Je crois que je prends ma foi plus au sérieux. J'aime penser que je suis plus indulgent qu'avant. Comme ce centurion l'a appris il y a 2000 ans, j'ai découvert à mon tour qu'on ne peut tout simplement pas s'approcher de Jésus sans être changé."
Ce témoignage de Borgnine est remarquable à plusieurs titres. D'abord, parce qu'il vient d'un homme qui n'est pas connu pour ses déclarations mystiques. Euh, Borgnine était un acteur robuste, terrien, connu pour des rôles virils et directs. Ce n'est pas le profil de quelqu'un qui invente des expériences spirituelles pour attirer l'attention. Ensuite, parce qu'il a attendu 13 ans avant de l'écrire. Ce n'est pas une anecdote racontée à chaud pour faire parler de lui. Euh, c'est quelque chose qu'il a porté pendant plus d'une décennie avant de décider de le mettre par écrit. Et enfin, parce qu'il prend soin de ne pas affirmer catégoriquement ce que c'était : il dit euh "Je ne sais pas si c'était une vision ou quelque chose dans mon esprit", mais il dit aussi "Peu importe, ce qui compte, c'est ce que ça a produit en lui."
Borgnine n'est pas le seul membre du casting à témoigner d'une transformation personnelle liée à ce tournage. Robert Powell lui-même, dans plusieurs interviews réalisées pendant et après le tournage, décrit quelque chose d'analogue. Il commence le projet en se présentant comme quelqu'un qui n'a pas de position particulière sur la religion. Il ne se dit ni croyant ni athée. Euh, et au fil des mois de préparation et de tournage, de la lecture intensive des évangiles, des heures passées à chercher comment rendre la présence de Jésus crédible plutôt que théâtrale, il change.
Stacy Keach, qui joue Barabbas, a un rôle bref mais iconique. La scène où Pilate présente Jésus et Barabbas à la foule et demande qui doit être libéré est l'une des plus connues de la tradition évangélique. Keach l'a décrite comme l'une des scènes les plus déstabilisantes de sa carrière. Non pas parce qu'elle était dramatiquement difficile, mais parce que l'inverse de ce qu'il ressentait en jouant Barabbas le dérangeait. "On joue quelqu'un qui est libéré à la place d'un innocent", dit-il. Et le texte lui-même dit que cette situation est injuste. La jouer, même dans le contexte d'un film, demande quelque chose de particulier.
Donald Pleasence, qui joue Hérode le Grand, a fait des déclarations similaires sur la solennité qu'il ressentait dans les scènes de la nativité. Dans l'interview de 1977, il dit : "Je lis maintenant la Bible très régulièrement, pas comme un texte de travail, mais comme quelque chose qui m'appartient." Et il rapporte une anecdote qui le touche personnellement. Son frère est athée. Pendant la diffusion de la série, il regarde avec leurs parents les quatre épisodes. Quand le générique final défile après la crucifixion, son frère est silencieux et il marmonne pour lui-même : "Ça fait réfléchir, non ?" Powell dit dans cette interview que si la série a réussi à faire réfléchir un athée, c'est pour lui la plus grande réussite de toute sa carrière.
40 ans après le le tournage, Powell décide de retourner en Terre Sainte. En 2017, il participe à une série documentaire diffusée sur la chaîne Smithsonian intitulée "The Real Jesus of Nazareth". L'objectif est de voyager dans les lieux réels du ministère de Jésus, de rencontrer des archéologues et des chercheurs, et de comparer ce que la série de 1977 avait représenté avec ce que la recherche historique et archéologique dit aujourd'hui. Dans les interviews autour de ce projet, Powell dit quelque chose de significatif. Sa relation avec le personnage de Jésus n'a jamais vraiment pris fin après le tournage. Il ne s'est pas simplement débarrassé du rôle comme on enlève un costume, quelque chose est resté.
Olivia Hussey, qui joue Marie, la mère de Jésus, avait 24 ans au moment du tournage. Elle était déjà célèbre pour son rôle de Juliette dans le film de Zeffirelli de 1968. Et ce n'est pas un hasard si Zeffirelli la rappelle pour ce projet. Il avait vu dans Juliette une qualité de présence, une capacité à exprimer la tendresse et la douleur simultanément, qu'il voulait pour Marie. Les critiques salueront son interprétation comme l'une des plus justes de la Vierge Marie dans l'histoire du cinéma. Hussey décrit le tournage comme l'une des expériences les plus intenses de sa vie, en particulier les scènes où elle est présente à la crucifixion.
Anne Bancroft, lauréate d'un Oscar pour "Miracle en Alabama" et l'une des actrices les plus respectées de sa génération, joue Marie-Madeleine. Le rôle, tel que Zeffirelli le conçoit, est complexe. Une femme dont la vie avant Jésus est montrée avec réalisme et dont la transformation au contact du Christ est progressive, visible, humaine. Dans la scène du lavement des pieds, Bancroft a tourné plusieurs prises et, dans au moins l'une de ces prises, ce qu'on voit sur son visage dépasse le jeu d'actrice. Elle a dit elle-même dans des interviews ultérieures que "certaines scènes avec Powell lui avaient coûté quelque chose". Une formule d'actrice pour dire que le travail avait demandé quelque chose de réel, pas seulement de technique.
James Earl Jones, qui joue Balthazar, l'un des rois mages, apporte à cette série sa présence physique et vocale incomparable. C'est la même voix qui donnera la vie à Dark Vador dans Star Wars, sortie la même année, et au roi Mufasa dans Le Roi Lion en 1994. Jones est le premier acteur noir à jouer l'un des rois mages dans une production de cette envergure. Un choix de casting qui envoie un message fort sur l'universalité du message de Jésus. Jones, qui avait grandi dans un foyer profondément religieux, exprimait dans les interviews une conscience claire de la responsabilité symbolique de ce rôle. Euh, sa présence à l'écran, même dans des scènes courtes, ajoute une dimension de dignité et d'ancienneté qui contribue à la gravité de l'ensemble.
Il y a un aspect du tournage qui est souvent oublié quand on parle de cette série : la question de la langue. Le plateau rassemblait des acteurs de nationalités différentes : britanniques, américains, italiens, français, espagnols. Les dialogues étaient enregistrés en anglais, puis doublés pour les autres langues. Dans certaines scènes, tant avec de nombreux figurants locaux ne parlant pas anglais, Zeffirelli n'a pas enregistré le son en direct. Cette organisation technique avait une conséquence inattendue sur le plateau. Dans les grandes scènes de foule, le silence était encore plus absolu que d'habitude. Une centaine de personnes en costume du 1er siècle, debout dans un paysage désertique, en silence complet. Et ce silence total a contribué à la qualité particulière que les témoins décrivent.
Ian McShane joue Judas Iscariote. C'est peut-être le rôle le plus ambigu et le plus difficile du film. Zeffirelli a fait une chose inhabituelle dans son interprétation du personnage. Il montre Judas comme quelqu'un de bien intentionné au départ, manipulé par un personnage fictif nommé Zerah et finalement trahi par son propre manque de compréhension de ce que Jésus était vraiment venu faire. C'est une lecture du personnage qui s'écarte de la tradition et qui a surpris des théologiens, mais qui donnait à McShane un arc dramatique bien plus riche qu'un traître de convention. McShane a décrit le tournage comme le travail le plus difficile et le plus marquant de ses premières années de carrière.
L'une des forces particulières de cette production est son approche du casting des personnages secondaires. Zeffirelli ne cherche pas des acteurs connus pour des rôles symboliques. Il cherche des acteurs dont la présence physique et émotionnelle correspond à ce que le personnage demande. Laurence Olivier, qui joue Nicodème, est en fin de carrière mais toujours d'une présence écrasante. Sa scène nocturne avec Jésus, cette conversation secrète entre le vieux théologien et le jeune rabbin, qui expose tout ce qu'il sait, est l'une des plus intenses de toute la série. Olivier est venu sur le tournage avec une dévotion au texte qu'il exprimait rarement pour des productions télévisées.
Rod Steiger joue Ponce Pilate. C'est un rôle traditionnellement montré comme celui d'un lâche politique qui cède à la pression des foules. Zeffirelli le conçoit différemment : euh, un administrateur romain intelligent, euh, pris dans une contradiction qu'il ne peut pas résoudre. Euh, conscient que l'homme devant lui n'a rien fait de mal, mais incapable de résister aux dynamiques politiques qui le dépassent. Steiger joue cela avec une subtilité qu'il n'avait pas souvent l'occasion de montrer dans des rôles plus conventionnellement dramatiques. Sa scène de lavement des mains est l'une des plus commentées de toute la production.
Christopher Plummer joue Hérode Antipas. Michael York joue Jean le Baptiste. Anthony Quinn joue Caïphe, le prêtre. Peter Ustinov joue Hérode le Grand dans les scènes de l'enfance. Ce casting exceptionnel, sept acteurs qui avaient remporté ou allait remporter un Oscar dans leur carrière, reflète quelque chose d'inhabituel. Des comédiens de cette stature n'acceptent pas normalement des rôles dans des productions télévisées, même importantes. Plusieurs d'entre eux ont dit qu'ils avaient accepté ce rôle précisément à cause de la nature du projet, pas pour le cachet, pour participer à quelque chose qui leur semblait important.
Au-delà des acteurs et des anecdotes de tournage, ce qui explique la durabilité de cette série est une série de choix techniques et artistiques que Zeffirelli a faits délibérément et qui vont à l'encontre des habitudes du cinéma religieux de l'époque.
La première décision euh concerne les miracles. Dans la plupart des films religieux, les miracles sont traités comme des moments de spectacle, des effets visuels, des lumières surnaturelles, de la musique montante. Zeffirelli fait l'inverse. Il montre les miracles dans leurs résultats, pas dans leur mécanisme. Quand Jésus guérit quelqu'un, on voit la guérison. On ne voit pas de rayon de lumière ou de magie visuelle. La sobriété de cette approche produit quelque chose de beaucoup plus troublant. On ne peut pas réduire ce qu'on voit à du spectacle. On est face à un fait nu, et c'est au spectateur de décider ce qu'il en fait.
La deuxième décision concerne le regard de Powell. Zeffirelli et Powell travaillent ensemble une technique spécifique. Dans les gros plans, Powell doit cligner des yeux le moins possible. Il s'entraîne à maintenir un regard fixe, direct, sans la nervosité naturelle du clignement qui humanise trop un visage. Le résultat à l'écran est ce regard que les spectateurs décrivent depuis 47 ans comme hypnotique ou traversant. Ce n'est pas un regard humain normal. C'est un regard qui semble regarder à travers la caméra, à travers l'écran, directement dans les yeux du spectateur. Beaucoup de gens ont dit que ce regard leur donnait l'impression d'être personnellement vu.
La troisième décision concerne la musique. Maurice Jarre, qui a composé les musiques de Lawrence d'Arabie et Le Docteur Jivago, est choisi pour la bande originale. Sa partition est délibérément sobre. Elle n'écrase pas les scènes sous des vagues émotionnelles orchestrales. Elle accompagne, souligne et souvent laisse le silence travailler. Certaines des scènes les plus puissantes du film, notamment des moments de la Passion, se déroulent presque sans musique. Ce silence est une décision artistique autant qu'une décision émotionnelle.
La quatrième décision concerne les décors. Zeffirelli refuse les décors artificiels de studio. Il veut filmer dans de vrais paysages qui ressemblent à la Judée. La Tunisie et le Maroc offrent cela, et il reconstruit des villages entiers avec un souci du détail archéologique qui lui vient de ses consultations avec des historiens. Quand les acteurs marchent dans ces rues, ils marchent dans des espaces qui ressemblent vraiment à ce qu'était la vie quotidienne au 1er siècle. Cette authenticité de l'environnement physique contribue à l'atmosphère que tous les participants décrivent.
Un détail anecdotique mais révélateur. Les décors construits pour cette série en Tunisie ont été conservés après le tournage. 2 ans plus tard, en 1978, ils sont utilisés par une autre équipe pour un film complètement différent. Ce film s'appelle "La Vie de Brian", la comédie des Monty Python. Cette information, qui figure dans les archives de production des deux films, dit quelque chose sur la permanence physique de ce que Zeffirelli a construit. Les décors de Jésus de Nazareth étaient suffisamment réels et crédibles pour servir de décor à des années après la fin du tournage.
La série est diffusée pour la première fois en Italie le 27 mars 1977 sur RAI 1. En cinq épisodes hebdomadaires, elle capte un public exceptionnel. Des études d'audience dans les grandes villes européennes montrent que jusqu'à 84 % des foyers équipés d'une télévision regardent la série. Ces chiffres sont ceux que cite le critique franciscain Ambros Eichenberger dans ses analyses de l'époque. Rien que le 3ème épisode, diffusé le 10 avril, a été regardé par environ 28,3 millions de téléspectateurs en Italie. Aux États-Unis, sur NBC, la diffusion se déroule en deux parties à Pâques. Au Royaume-Uni, sur ITV, même format partout. Les réactions du public ressemblent à ce que les acteurs et les techniciens ont décrit sur le plateau : une qualité d'attention inhabituelle pour une production télévisée. Des familles qui regardent ensemble, des gens qui reviennent voir les épisodes qu'ils ont déjà vus, des spectateurs non croyants qui disent avoir été touchés par quelque chose qu'ils ne savent pas nommer.
La critique accueille aussi très bien la série. Tom Shales du Washington Post écrit : "On est tenté d'appeler ça un miracle. Zeffirelli a un sens de la composition et de la lumière qui est sans précédent dans les films télévisés. Il n'y a peut-être jamais eu de film religieux avec une telle atmosphère de lieu et d'époque." La critique note aussi, en complimentant Powell, quelque chose de paradoxal dans son physique. Il ressemble si peu à la tradition artistique blanche et angélique du Jésus des images pieuses commerciales, et si clairement à quelque chose d'autre, plus méditerranéen, plus réel, plus présent, que son visage finit par s'imposer comme la représentation mémorable.
La série reçoit deux nominations aux Emmy Awards et le pape Paul VI, qui avait exprimé le souhait initial de voir ce projet exister, voit la série et lui accorde sa bénédiction officielle. C'est, dans l'histoire du cinéma et de la télévision, une approbation papale sans précédent pour une œuvre fictionnelle.
Près de 50 ans se sont écoulés depuis ce tournage dans le désert tunisien. Et Jésus de Nazareth de 1977 est toujours regardé chaque Pâques et chaque Noël par des millions de personnes dans le monde. Bon, pas parce que les productions techniques sont les sont les meilleures. Les les standards de l'image télévisée des années 1970 sont évidemment datés, mais parce que quelque chose dans cette série résiste autant d'une façon que beaucoup de productions récentes avec des budgets infiniment supérieurs n'ont pas réussi à atteindre. Qu'est-ce que c'est, cette chose qui résiste ?
On peut en parler en termes de qualité artistique : la rigueur de Zeffirelli, la composition des plans, la performance de Powell. On peut en parler en termes de fidélité aux textes évangéliques : la série reste proche des sources d'une façon que peu d'adaptations cinématographiques ont respecté. On peut en parler en termes de distribution exceptionnelle. Mais les gens qui sont à l'origine de ce film, ceux qui l'ont fait, euh parlent d'autre chose quand on leur demande pourquoi cette série a duré. Ils parlent d'une atmosphère. Ils parlent de quelque chose qui s'est créé sur ce plateau, qui allait au-delà de la somme des décisions professionnelles.
Borgnine dit qu'il a vu un visage et entendu une voix. Powell dit que le film a changé sa relation à la foi. Les acteurs des disciples disent qu'ils ont ressenti une révérence devant leurs collègues en costume. Les techniciens disent bon, que certaines prises, à un moment, se déroulaient dans un silence qui ressemblait moins à un silence de studio qu'à autre chose. Ces témoignages ne prouvent rien, et leurs auteurs eux-mêmes ne prétendent pas qu'ils prouvent quoi que ce soit. Y Bornin est explicite là-dessus : "Que j'ai vu une vision ou que ce n'était que quelque chose dans mon esprit, mais je ne le sais pas." Ce qui est remarquable, c'est l'honnêteté de cette incertitude. Des hommes et des femmes de métier, habitués à distinguer l'artifice du réel, à travailler dans un environnement où tout est calculé, mis en scène, contrôlé, et qui disent quand même : "Il s'est passé quelque chose là que je ne sais pas expliquer avec mes catégories habituelles."
Ce quelque chose d'inexplicable n'est peut-être pas mystérieux en lui-même. La chose la plus simple qu'on puisse dire sur ce tournage est peut-être la vraie. Quand des centaines de personnes consacrent 9 mois de leur vie avec une attention et un respect exceptionnel à raconter l'une des histoires les plus les plus puissantes que l'humanité ait jamais produite, cette histoire finit par les toucher. Elle finit par produire en eux quelque chose qu'ils ne cherchaient pas nécessairement. Et quelque chose se voit à l'écran, et 50 ans plus tard, il traverse encore l'écran pour aller toucher les gens qui regardent. C'est peut-être la leçon la plus profonde de ce tournage. Pas qu'un acteur a eu une vision dans le désert tunisien, mais que la façon dont on s'approche d'une histoire change ce que cette histoire peut faire à travers nous. Powell dit que la préparation du rôle l'a rencontré là où il ne s'attendait pas à être rencontré. Borgnine dit que le jeu s'insère dans une scène de crucifixion l'a conduit à un endroit spirituel qu'il n'avait pas prévu d'atteindre. Hussey dit que certaines scènes lui ont coûté quelque chose de réel. Et ce coût, cette sincérité, cette façon de ne pas simplement performer mais de vraiment s'approcher du texte, c'est ce que le spectateur ressent, même sans le savoir consciemment.
En 2025 et 2026, à l'heure où des productions comme "The Chosen" réinventent la narration évangélique pour des audiences contemporaines avec des budgets et des technologies que Zeffirelli ne pouvait pas imaginer, la série de 1977 reste une référence obligatoire. Les créateurs de "The Chosen" ont cité cette série parmi leurs influences directes. Des acteurs qui jouent des rôles bibliques aujourd'hui disent qu'ils ont regardé Powell pour comprendre comment habiter ce type de personnage. Et chaque année, quand les plateformes de streaming proposent leur catalogue pour Pâques, la série de 1977 figure encore dans les recommandations. Des spectateurs la redécouvrent, ils la font découvrir à leurs enfants, et ils demandent pourquoi quelque chose tourné dans un désert tunisien il y a près de 50 ans les touche encore autant.
La réponse à cette question est peut-être dans la définition même de ce que Borgnine a appelé une "expérience spirituelle profonde". Une expérience spirituelle n'est pas nécessairement quelque chose de surnaturel au sens technique du terme. C'est une expérience qui touche quelque chose en nous qui ne répond pas aux catégories ordinaires. Un film peut produire ça, une musique peut produire ça, une prière peut produire ça. La question n'est pas de savoir si ce qui s'est passé sur ce plateau était réel ou imaginaire. La question est de savoir ce que ça a produit. Et ce qu'il a produit dans les acteurs pendant le tournage, dans les dans les spectateurs depuis 1977, est mesurable dans des témoignages, dans des vies changées, dans l'athée silencieux devant un générique de fin.
Quand la série est diffusée pour la première fois en France sur Antenne 2 à Pâques 1977, l'audience est exceptionnelle. Mais ce qui frappe les observateurs, c'est la qualité de la réception. Des gens qui se déclarent non croyants disent qu'ils ont regardé la série en entier, 6 heures au total, sans ressentir le besoin de changer de chaîne ou de faire autre chose. Des familles qui ne pratiquaient plus depuis des années regardent ensemble. Des discussions s'ouvrent dans des foyers où le sujet de la foi n'avait plus été abordé depuis longtemps. Les résultats d'audience des sondages montrent que des générations de Français ont une image précise du visage de Jésus, et que ce visage est celui de Robert Powell. C'est une forme d'empreinte culturelle que peu de productions ont réussi à créer.
Pour mesurer ce qu'a réussi Zeffirelli, il faut le comparer aux autres tentatives de mettre Jésus à l'écran. Il y en a eu beaucoup : "Le Roi des Rois" de Nicholas Ray en 1961, "La Plus Grande Histoire Jamais Racontée" de George Stevens en 1965, "Jesus Christ Superstar" en 1973, et plus récemment, bien sûr, "La Passion du Christ" de Mel Gibson en 2004. Chacun de ces films a ses qualités et sa place dans l'histoire du cinéma religieux. Mais aucun n'a créé le même type de présence durable dans la culture populaire mondiale que la série de Zeffirelli. Ce qui distingue cette série, c'est ce que Zeffirelli lui-même avait dit vouloir : "Ne pas impressionner, ne pas écraser, inviter." Et cet acte d'invitation, venir vers le spectateur plutôt que de l'assaillir, est peut-être la décision artistique la plus profonde de toute la production.
Voilà les questions que j'aimerais te poser pour les commentaires. Euh, est-ce que tu as vu cette série ? Est-ce qu'il y a une scène en particulier qui t'a touché d'une façon que tu n'arrivais pas tout à fait à expliquer ? Et que penses-tu du témoignage d'Ernest Borgnine ? Ce type d'expérience, voir quelque chose que tu ne peux pas expliquer dans un contexte artistique ou spirituel, est-ce que c'est quelque chose que tu as déjà vécu d'une façon ou d'une autre ? Ces discussions-là sont parmi les plus intéressantes qu'on peut avoir, et je lis vraiment les commentaires.
Abonne-toi et active la cloche pour ne rien manquer de cette série. On continue à explorer l'histoire du cinéma religieux, les œuvres qui ont marqué des générations et les récits de ceux qui les ont construites. Et si tu connais quelqu'un qui a grandi avec Jésus de Nazareth de 1977, qui le regarde encore chaque Pâques, qui a une histoire particulière liée à ce film, partage cette vidéo avec lui. Ces histoires-là méritent d'être transmises.