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★ ALCHIMIE | "Le GRAND ŒUVRE DÉVOILÉ" - Correspondances ALCHIMIQUES sur le GRAND ŒUVRE - F. Trojani

Éditions ARQA24:42

Transcription

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Le Grand Œuvre dévoilé conjointement aux communications qui ne traitent que du corps du parterre. Gon du laboratoire du Grand Œuvre.

La plus grande partie des correspondances qui vont suivre nous introduisent au sein de l'intimité et des réflexions philosophiques et spirituelles qui s'échangent au sein du monde secret des alchimistes. Elles concernent donc, pour la plupart, l'ergon, c'est-à-dire les parties relationnelles essentielles et intérieures entre le tout, le Grand Œuvre et l'opérateur. Alliance entre un objet, pierre, et un genre philosophale.

Cette absolue tome, c'est autre désignation de la pierre philosophale, comme son nom l'indique, exige en effet, ne serait-ce que pour être conçue, bien d'autres acquis, synthèse, méditation et réflexion préalable que celle de quelques harassantes ou vénéneuses besognes sur des objets matériels. Pour l'essentiel, ces courriers concernent donc en priorité l'opérateur, c'est-à-dire celui qui s'est fermement établi dans l'universalité de la réalité qu'il cultive et qui transcende déjà au quotidien l'art d'exister.

Ainsi, bien au-delà de toutes les balises qui abondent sur sa secrète de formule ou l'éventuelle couleur de l'émail, il est d'abord impératif, fraternel et charitable d'avertir le chercheur qu'une fois identifiée et acquise, l'action du feu universel qui anime et spécifie certaines de ses propriétés au sein de nos travaux, ne limite pas son action au vase, au creuset, au métaux et au sel, ou bien au degré d'un pyromètre. Conjointement, l'action de ce feu universel, dévorante et régénératrice, va subtilement et parfois brutalement s'étendre, et l'on pourra constater, comme une sorte de preuve par neuf de son universalité, qu'il n'y a généralement plus rien de la farce intérieure, sociale et raisonnable du monde qu'il ne puisse atteindre.

De ce fait, à moins de n'avoir rien compris à rien sur l'unité et les qualités déployées par les forces mises en jeu, afin d'essayer sottement de se faire valoir en débitant des protocoles, comment ne pas dire clairement dès le début de cette introduction que ce qui est à remettre en ordre et en harmonie ne se limite pas aux fourneaux ? Ne pas dire que la principale des difficultés à vaincre tient essentiellement à un repositionnement du chercheur par rapport à lui-même, par rapport à Dieu et par rapport au monde ?

Comment ne pas dire et redire que ce qui caractérise l'alchimie par rapport aux sciences en général et bien d'autres mystères, c'est qu'avant leur éventuelle mise en œuvre sur de la matière, les forces et les principes identifiés ne prennent une valeur, une qualité et surtout une action alchimique qu'au sein de la conscience de l'opérateur ? Que c'est bien au sein de cette conscience, pour dire simple, de cette terre intérieure mille fois retournée et fertilisée, que ce sème en premier, que pourri sous le sol durant l'hiver et la nuit, ou que germe le blé du don de Dieu ?

Cela a déjà été dit avec d'autres mots, signifié avec d'autres symboles par ailleurs, mais on ne peut pas résumer plus simplement cette quête. Au sein de ce temple ou de cette cathédrale, se distinguent deux qualités d'actes et de voyage, surtout à ne pas confondre. Le noble voyageur, après avoir découvert le seuil, ce qui est déjà un exploit, s'avance de la massive porte d'entrée jusqu'aux pieds de l'autel de brume dorée. C'est autre porte qui s'ouvre vers le ciel, entre deux grands vitraux où se colore la lumière. C'est à ce point qu'est sacré le nouveau chevalier, à genoux, à l'aube, après une interminable veille dans ce champ de bataille contre l'ombre. Une interminable nuit analogue à celle qui, dans la matière, révèle que la bonne voie a été suivie. Ce noir plus noir que le noir, où se sont confrontés en lui le néant et l'être, la matière et l'esprit, la foi et le doute. Ce lieu enfin, où convergent, apparaissent, se dissolvent ou bien hantent à nouveau atrocement, en prenant corps, de véritables golems, toutes hallucinations entérinées précédemment comme le monde et le réel.

Puis, enfin, droit, la porte de sortie, une fois inventée, car elle ne se matérialisera que pour lui. Le nouveau chevalier, enfin loin et armé, va pouvoir entreprendre l'ultime voyage en dehors de cette grille symbolique, d'où proviennent les échecs ou l'extrême rareté de la réussite. Comment dire autrement le processus qui conduit à la pierre philosophale et pourquoi ces constantes réflexions et ces mises en avant entre l'état intérieur du sujet et le miracle attendu ?

En un mot, qu'est-ce que la pierre philosophale ? La pierre philosophale émerge suite à la mise en relation, et dans la parole du lien qui unit la nature avec elle-même et avec l'intelligence du monde. Cette mise en relation consiste au départ à défaire et à calciner jusqu'au noir tous les nœuds qui précédemment unissaient cette même nature au néant, à ce que nous désignons communément comme la chute. Et la Bible, bien évidemment, comme nous le disait et redisait sans cesse l'auteur de ses lettres.

Si conjointement le lien qui unit le sujet à lui-même, l'esprit à lui-même, au sein de la plus prodigieuse expérience d'anonymat que l'on puisse imaginer, analogue à celle de la mort subite, expérience dans laquelle se dissout l'imposture du Moi habituel, il n'y a pas de pierre philosophale.

Comment ne pas dire encore, afin de bien en spécifier le but pour ceux qui sauront en écouter le silence, cette science sacrée émeute par essence leur dévoilera un de ses excès de lumière qui infusent tout l'univers ? Comme je le signifiais et jadis concernant la géométrie, tout en alchimie est superposition de perspective et de lecture. Et le laboratoire, ce lieu où se blason l'espace et le temps, permettra de situer les points précis où ces brisés la phrase du monde.

Tout est ici pour hésiter aussi lation entre un principe unique et ses manifestations, entre l'opérateur et le fil d'or de les terres de lumière qui tissent le monde jusqu'à ses noces, entre le local et l'universel, cristallisant certaines des propriétés du tout et vitalisant ainsi un espace qui s'articule avec l'acte d'être.

L'échec ne provient donc quasiment jamais d'une erreur de manipulation ou bien d'une de ces opérations sur l'état de l'atmosphère ou de l'arrosée, sinon dans le cas où l'on pense que l'on manipule uniquement des corps, des objets chimiques, alors que l'on manipule de l'ombre et de la lumière intérieure à soi-même et à la nature, que l'on manipule du sacré, des symboles et des pensées, et que l'on a tout simplement oublié qu'il s'agit d'abord d'un combat, d'une conquête métaphysique et spirituelle.

J'ajoute, sans doute, contre vents et marées, peut-être que le stade ultime de l'échec du Grand Œuvre se concrétise parfois par un surcroît de malchance, en se trompant sur la porte de sortie, sous la forme d'un particulier. Ces fantômes de la liberté, on est tout simplement au sein de l'alchimie, c'est-à-dire un milieu des formules et des protocoles minéraux et pyrotechniques étalées comme des secrets, des alliages, des amalgames ou des ciels printaniers des favorables.

On trouvera cependant, brièvement relaté dans les courriers qui vont suivre, quelques-unes des recherches actuelles sur les édifices chimiques et quantiques de l'univers. Cette dualité entre les principes qui régissent l'hermétisme et les avancées de la recherche concernant l'infiniment grand et l'infiniment petit n'a rien de choquant, bien au contraire. De tout temps, l'alchimie s'est conclue au sein des opposés, des analogies ou des complémentaires, et toute sa recherche repose sur une mesure des intervalles jusqu'au juste équilibre entre le bas et le haut, entre la science et la foi, entre l’intérieur et l’extérieur, l'externe et le dehors.

De ce fait, des thèses et des géniales découvertes concernant la structure de l'univers, comme celle de Heisenberg ou de Schrödinger, se révèlent tout autant précieuses et à méditer que celle de bien de théologiens domestiques ou, disons-le, d'ouvrages de recettes allègrement confondues avec de l'alchimie.

Il s'agit donc, dans les lettres qui vont suivre, d'une mise au point entre ceux qui n'ont distingué dans le Grand Œuvre que de secrètes manipulations chimiques, en excluant quasiment ainsi son suprême mystère et son destinataire, l'opérateur lui-même. J'entends, en reprenant ma précédente référence au chevalier, ceux qui n'ont glosé que sur le cheval.

De même, beaucoup ont interprété les relations des alchimistes comme des curieuses assaises spirituelles, les instruments et la dédicace du culte n'étant plus dès lors que les objets déjà falsifiés du monde et maquillées de symboles. Il faut ajouter tous ceux qui n'ont distingué dans ces relations qu'une approche psychologique, une archaïque chimie ou un des mythes de la création.

Cette enquête sur les relations entre l'esprit, la matière, entre l'absolu et le relatif, ne concerne pas d'ailleurs que l'alchimie. Elle est universelle et touche au tréfond de l'histoire des hommes, étant donné qu'elle est portée et induite par le fait suivant : loin d'être secret, réservé à une caste chloro-formée dans des dogmes ou des formules, tous les mystères et toutes les énigmes de l'univers et de sa cause ne sont énigmatiques que par leur luxuriance.

J'inclus, hélas, dans cette luxuriance, celle des bobosleries occultes que l'on retrouve de nos jours étalées sur Internet ou aux vitrines des kiosques de gare, ainsi que cette absolue ne soit pas évacuée de la matière du monde, de la science, de l'esprit, de la chair et de l'art, qu'ils puissent être conduits à se déverser partiellement ou en totalité dans un objet et un sujet brûlant ainsi tous les codes, consumant toutes les stratégies, restituant l'opérateur lui-même et le monde à Dieu.

Elle énigme qu'affronte, signifie et se propose de résoudre les alchimistes par la recherche de la pierre philosophale, ou affirme-t-il, l'objet et le genre se conjuguent et ils prennent une épaisseur. Présenter ou se présentant parfois eux-mêmes comme des faiseurs d'or, possesseurs d'une poudre transmutatoire, bien que ces faits transmettent à toi qui jalonnent l'histoire de cette science, ne puisse historiquement être contestée que par quelques incultes, on a cependant du mal à croire que c'était là le but et l'aboutissement ultime de ses chercheurs.

En rien, bien évidemment, on ne peut penser que cet avide et commun penchant, payé parfois très cher, puisse justifier lui seul cette quête et que l'on puisse le désigner comme l'absolu, le don de Dieu. De même, le Tout-Puissant, auquel il ne cesse de se référer dans leurs écrits, puisse être à ce point intéressé par la chose dorée jusqu'à le manifester comme un de ses suprêmes dons.

Le gars, certes, que l'argent et l'or des mines soient en partie les instruments et les dispensateurs terrestres de la liberté, y compris de celles permettant parfois d'en rechercher une plus éternelle par la charité, cela va de soi. Notre voix manifeste le soutien et l'amour de Dieu pour ses créatures et l'accompagne où qu'elle se situe. Elle ne se présente en rien comme une voix de dénuement, de flagellation et de pauvreté ici-bas, afin d'atteindre un paradis ailleurs.

Cependant, tous les supposés qu'il y a une histoire bien plus secrète qu'on ne le pressent derrière le roman feuilleton de ces transmutations avec des gens aussi étranges et insaisissables, on est en droit de se poser la question de savoir si cette crise opée, cette poudre transmutatoire et tous ces torts n'ont pas été mis en avant pour dissimuler d'autres et bien plus ça, bien sûr, mystère, ou bien pour écarter quelques avis de naïfs.

Certains chercheurs récents et non des moindres, fortement interpellés par cette incessant l'atmotiv transmutatoire de la matière tels que le relate les grands textes, ont opté pour une théorie psychologique. Ils ont ainsi envisagé de possibles synchronicités locales entre le monde et le psychisme altérant et bouleversant de l'objet, toutes aussi inexplicables que celle du miracle. Ces théories n'ont fait, suivant mon avis et si besoin était, qu'approfondir encore plus le mystère afin d'écarter les hypothèses d'un glissement ou d'un ratage psychique, médiumnique ou magique de l'individuation.

Il est beaucoup plus sage d'approcher le mystère alchimique par une voix traditionnelle. Une des meilleures façons ayant été et restant pour l'Occident, la méditation sur les premiers chapitres de la Genèse, le texte de la Table d'Émeraude, et pour les plus érudits, de la signature des choses de Jacob Boehme.

Ceci dit, on constate bien à un moment donné et au laboratoire que cette observateur fracture en quelque sorte le cycle processionnel des choses, comme si l'observation introduisait cet au sein de l'observer des collecteurs ou des attracteurs symboliques et spirituels qui conduisent l'ensemble du jeu, observateur compris, vers du jamais vu, vers une émergence de l'impossible aux yeux de la raison et de la science.

Aucun alchimiste un peu attentif ne peut nier le fait que ce qu'il manipule et les résultats qu'il obtient débordent largement des paramètres et des limites casting généralement une investigation simplement mécanique de la matière. Il est ainsi conduit à constater, particulièrement dans le segment final de sa caution, que l'ensemble est comme plongée à la fois dans un milieu cosmique, terrestre, intérieur à la matière et à lui-même, que des symboles qui figurent parfois, symboles qui interpellent, émergent et façonnent aussi que la qualité des pensées de l'alchimiste, de son but, ainsi que les tics de sa vie jouent au sein de cette matrice un rôle évident et primordial.

En fait, aucun alchimiste un peu attentif n'a jamais cru que le spectacle qui se déroulait devant ses yeux était de la guerre, une formule chimique, au fond, la confection d'une aspirine miracle. Je serai bref sur ce sujet, mais une précision s'impose : ces attracteurs symboliques ne sont surtout pas à considérer comme des entités déjà constituées et indépendantes du sujet pensant, comme issu d'une sorte de Space Opéra de Dieu et de génie des détenteurs de pouvoir et précédant l'homme. Une de ces autres est tragique pulvérisation et dissolution du réel dans un au-delà occulte peuplé de golems que l'on pourrait manipuler ou enchanté par des litanies, des rites ou de mystérieux langages.

La tension et la réflexion la plus intense s'impose quant au sens à donner à tous ces signes, à ce limon primitif et éternel, et c'est là, en grande partie, ce qui différencie l'alchimie de la magie. La profondeur de la Bible. Une des choses par dessus toutes prohibée en alchimie et celle des pouvoirs occultes, ou l'idée saugrenue d'une prise de pouvoir sur la nature ou sur les autres. J'entends un de ces vertigineuses égarements, une de ces sophistiquées brillantes impasses qui ne manifeste généralement que la profanation du mystère par la solution proposée.

La quasi-totalité de ces phénomènes a pour origine, se loge, émane et fait suite aux fractures d'un moi en voie ayant raté son individuation. On les désigne comme des charismes. Il s'agit d'un limon primitif de signes, de pierre brute, dont la taille à l'angle adéquate, le sens a donné afin qu'elle devienne du pain, a été raté. C'est ce que susurre au Christ le grand tentateur.

L'alchimiste a un obsessionnel et salvateur leitmotiv : il ne se précède qu'en Dieu. En réalité, simple vase de verre ou creuset, l'expérience devient instable et tributaire d'un équilibre médian entre deux intérieurs et l'on suppose bien avant que naissent la sauter de tenir le spectre central royal de feu et de lumière de la nature en main, que l'audacieux a précédemment identifié et prise en main le sien. J'entends, pour le moins, par intérieur et pour l'artiste, l'entreprise tout aussi colossale que celle du Grand Œuvre consistant à éradiquer la marionnette.

C'est à partir d'une jauge spirituelle, surtout pas psychique, astrale, occulte, magique ou livresque, que va pouvoir se mesurer, se caler et se construire avec une extrême finesse d'angle et d’accord notre pierre triangulaire. Il y a donc à ne jamais perdre de vue un lieu sacré par excellence par lequel transit toute grâce, toute force et tous les dons, bien avant de se déverser en colorant un sel ou le contenu d'une fiole. Un point zéro de ce jeu, au sens ludique du terme, un jeu au sens égotique du terme, un miracle : celui d'un homme, un être humain, qui est devenu lui-même et par lui-même, tout simplement un homme.

On pourrait certes en rester là, et c'est à ce point que se terminent généralement toutes les ascèses spirituelles. Or, une des particularités de l'alchimie consiste à vérifier si ce don est vraiment universel et s'il s'applique aussi au plus humble d'entre toutes les créatures, les métaux, et en suivant à guérir de ne pas être lumière tout ce qui habite le monde.

Il apparaît ainsi que chaque homme contient l'acte infini du tout en totalité, lequel ne peut émerger que par cet être spécialement adapté pour cet être, et parfois plus rarement, constituant cet être lui-même, suivant des modalités infinies. Chaque être, comme chaque coction, étant donc première et unique en son genre. Le bénéficiaire de ce don n'ayant plus rien désormais à ajouter ou à soustraire au tout pour se représenter ou s'être. Il peut entreprendre le voyage et multiplier le pain du ciel.

Articuler à juste titre sur l'absolu, cette pierre philosophale, ses couleurs philosophales et dîniques et éternelle du monde perçu dès lors au travers du cristal. Pierre dévoile une autre création ici, le vrai monde, en immémorial attente de se donner et d'être goûté. Tel est peut-être une partie de l'Arcane, et on comprend avec quelles difficultés et avec quel étrange langage il a été signifié.

Sans cesse, l'auteur de ces courriers revenait sur ce point où la matière, notre sainte pierre, n'est pas réductible au monde qui ba, qui épuise le verbe qui le rendent ainsi inefficace. Elle n'est pas non plus une masse idéologique, formulaire ou une bibliothèque. Elle ne peut être appréhendée car, bêta, elle est mère Jacou, couleur des mots des choses, beau langage.