📱

Get Our Mobile App

Take your business learning on the go!

Download on the App StoreGet it on Google Play

L'alchimiste, philosophe par le feu

Patrick Riviere17:57

Transcription

Paracels disait : la nature est une lumière qui luit beaucoup plus que la lumière du soleil, au-dessus de tout regard et de toute puissance des yeux. Et dans cette lumière, les choses invisibles deviennent visibles. Le laboratoire est celui de la nature, et Paracels exhorte ses élèves à l'appréhender.

"Sortez donc dans la nature," disait-il, "couverte d'une voûte unique, où les apothicaires sont les vallées, les prairies, les montagnes et les forêts, qui tout nous donne les provisions pour nos pharmacies."

L'alchimie, qu'il déshonore et prostitue, n'a qu'un but : extraire la quintessence des choses, préparer les arcanes, les teintures, les élixirs capables de rendre à l'homme la santé qu'il a perdue. On peut voir ici cette teinture végétale d'un vert lumineux, qui est extrait en fait de l'ortie tout simplement. Et on peut reconnaître à travers cette teinture la vision des anciens, qui considéraient que la teinture était vivante, puisqu'en réalité elle représentait l'âme et l'esprit du composé. L'âme étant symbolisée directement par la couleur huileuse qui concerne cette plante.

Et le mercure, et bien, considérant ici le manstrom qui est utilisé, le dissolvant généralement, donc de l'alcool ou éventuellement un acide faible. Quant au corps de ce composé ternaire, et bien il est obtenu par la calcination même de la plante. Cette calcination nous donnera une cendre qui s'éclaircira au fur et à mesure, évidemment, du chauffage. Et ensuite, on pourra extraire par l'exiviation, par l'essivage donc des cendres, et par cristallisation subséquente, les sels d'un blanc cristallisé.

[Musique]

[Musique]

L'aspagérie ne se limite pas au travail dans la voie végétale. On travaille également sur les minéraux et sur les métaux. Voici ici des quintessences métalliques d'or, de cuivre.

[Musique]

D'étain, d'antimoine. Paracels nous livre que le feu spagirique sépare le vrai du faux. La spagirie, c'est la voie thérapeutique qui se dégage de l'alchimie. Extraire en fait les principes essentiels des trois règnes : végétal, minéral, animal, les purifier séparément, et ensuite les recombiner harmonieusement.

Paracels, qui vécut au début de la Renaissance, était un médecin doublé d'un grand alchimiste, et c'est à ce titre qu'il fut tout à fait à même de transposer fidèlement les lois alchimiques dans le domaine médical. Il innova donc le terme de spagirie, qui vient de "spao" en grec, signifie extraire, et "idagero", qui veut dire rassembler. Donc, il appliqua en cela le "dissous et coagule" des alchimistes, et il permit donc la réalisation de quintessences, de magistères, d'arcanes, qui étaient tout, tout en fait, des médicaments d'origine parfaitement naturelle.

On peut considérer que la transmission de la voie alchimique s'opère en réalité de deux manières conjointes. D'une part, l'abondante littérature alchimique qui fleurit depuis des siècles. Et puis aussi, et surtout, par la transmission directe donc de maître à disciple, comme Fulcanelli transmis donc directement à son disciple Jean Cancelier, et comme moi-même, donc, j'ai reçu en fait, en grande partie, le message de Jean Cancelier lui-même.

La Bible et d'autres textes sacrés religieux n'ont cessé d'adresser des louanges à la rosée céleste et d'inventer les vertus. Et pour Paracels, cette inestimable condensation était issue de l'exudation des étoiles, donc de la transpiration des astres. Selon les anciens, elle véhicula l'esprit du monde, le fameux "spiritus mundi", que nous qualifierions aujourd'hui volontiers d'énergie cosmique.

La rosée matinale doit être évidemment très pure. Elle est soigneusement collectée au printemps, en lune croissante, à l'approche de la pleine lune, ce qui ne manque pas d'un certain charme bucolique, ainsi qu'en témoigne la fameuse planche du Mutus Liber.

[Musique]

De cette précieuse rosée, grâce à un artifice soigneusement occulté par de la laisant, le spagiriste et l'alchimiste peuvent en extraire un sel blanc aux vertus thérapeutiques certaines. Après avoir laissé fermenter la précieuse rosée par des conditions bien particulières décrites par les anciens alchimistes, on procède à sa distillation, qui va nous révéler en fait le sel de la rosée, qui sera un des participants essentiels du Grand Œuvre alchimique.

Le Grand Œuvre alchimique par voie sèche, c'est-à-dire en utilisant un creuset en terre, se divise donc en trois phases. Et le premier œuvre est tout à fait comparable à la lutte du chevalier contre le dragon. Le dragon étant ici identifié à la matière choisie par l'alchimiste. Le premier œuvre comprend trois purifications de la matière, marquées par des liquations successives. Il s'agit en fait de faire intervenir le sel philosophe, expression de l'esprit cosmique, le "spiritus mundi".

Première liquation correspondante à l'obtention d'un premier mercure avec le "caput mortum", la tête morte ou la tête de corbeau des ouvrages alchimiques. La seconde liquation, ici, le mercure s'est purifié, et l'on voit également apparaître une matière verte, huileuse, grasse et caustique. Il s'agit ici de l'émeraude des philosophes. Dernière liquation ou purification, qui se termine par l'obtention de l'étoile, la fameuse étoile de Compostelle.

On a souvent comparé le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle au Grand Œuvre alchimique. Ainsi, l'alchimiste Nicolas Flamel nous dit qu'il accomplit ce pèlerinage. En réalité, l'alchimiste, lui, vit les étapes qui mènent donc à l'étoile, à l'étoile du Compost, un peu comme le pèlerin se rend sur les chemins de Saint-Jacques. La coquille Saint-Jacques semble contenir le mercure alchimique. Ainsi, les pérégrinations du pèlerin se rendant à Saint-Jacques sont tout à fait comparables aux étapes qui jalonnent le travail alchimique.

[Musique]

SK

[Musique]

Le second œuvre porte le nom des aigles ou sublimation, mais ce sont des sublimations tout à fait particulières qui n'ont rien à voir avec la sublimation chimique. En fait, il faut faire voler l'aigle, c'est-à-dire faire remonter de la couche inférieure de notre préparation le germe métallique de la pierre philosophale par les couches successives, en fait par les montées et descentes du mercure. Ce germe se retrouvera isolé jusqu'au niveau supérieur. Cette naissance permettra l'obtention donc de l'embryon métallique de la pierre philosophale, qui incarne parfaitement l'hermaphrodite des allégories des ouvrages alchimiques.

Après la septième ou neuvième aigle et l'obtention de la matière au blanc, le lion vert a cédé son sang au lion rouge et a donné naissance donc au rubis ou embryon métallique de la pierre philosophale. Le second œuvre est terminé.

Au sortir du second œuvre, l'alchimiste, muni de l'embryon métallique, le germe de la pierre philosophale, va confectionner à proprement parler un véritable œuf, dans lequel il logera justement cet embryon, de manière à ce qu'il parvienne à maturité lors d'une grande coction. Il s'agit de la grande coction terminale ou troisième œuvre. La coction se prolongera pendant une durée assez longue, que l'on compare à la semaine des semaines pour les alchimistes.

Lorsque la pierre philosophale sera parvenue à maturité, la couleur rouge marquera le fait que le phénix renaît de ses cendres. La pierre philosophale comporte deux applications généralement connues : la transmutation des métaux en or, mais aussi et surtout la confection de la médecine universelle ou élixir de longue vie, qui est en fait l'or potable.

Mais pour parvenir à la réalisation de la pierre philosophale, l'alchimiste ne doit jamais oublier que la patience est l'échelle des philosophes, et l'humilité, la porte de leur jardin, et que nul ne transmute aucune matière s'il ne s'est déjà transmuté lui-même.

[Musique]

[Musique]

[Musique]

[Musique]