Transcription
[Musique]
Bon, euh, donc on va faire un atelier d'écriture. Qui dit atelier d'écriture, dit que vous allez tous repartir avec un roman en tête, je l'espère. Alors, j'avais préparé des tas de choses et puis je me suis dit, on va tout laisser tomber. On va tout improviser, euh, sur le moment. Je vais vous proposer déjà une première structure de plan, qui est une structure à laquelle je réfléchissais en coulisses avant d'entrer. Qui va être très simple, mais au moins qui vous permettra de voir ce qu'on fait. Je crois qu'on a à peu près une heure, une heure.
Alors, la première chose dont je vais vous parler, c'est l'envie d'écrire. La deuxième, la deuxième, c'est l'histoire. La troisième, c'est la structure. Quatrième, c'est le suspense et la mécanique du suspense. La cinquième, c'est les personnages. Et un sixième, c'est la chute. Après, la sept, la septième, c'est la vie du livre et notamment comment fait-on, comment fait-on pour se faire éditer et poursuivre le livre une fois qu'il est fabriqué.
Si je fais cet atelier, c'est pour redonner envie aux gens d'écrire. Alors, je vous parler de ce qui fait perdre l'envie d'écrire. Ce qui fait perdre l'envie d'écrire, c'est la peur d'être jugé par les autres, la peur de faire un mauvais livre, la peur de ne pas être publié, la peur de ne pas aller au bout. Et en fait, tout ça, c'est des peurs. Et on va essayer de surmonter ses peurs, déjà en regardant comment elles sont construites. Souvent, quand on commence un manuscrit, c'est parce qu'on a envie de raconter sa vie, de parler de soi. Mais on n'a pas envie de parler, peut-être, de manière directe. Et on commence à écrire. Et au fur et à mesure qu'on écrit, on se dit, oh zut, c'est pas bon. C'est-à-dire qu'on a une sorte de petit prof de français qui nous mettait déjà des mauvaises notes à l'école, qui s'est activé tout seul dans notre tête, et qui se met, en même temps qu'on écrit, à nous juger. Et c'est ce petit prof de français, j'ai dire un méchant génie, un criquet, mais qui est quand même installé par, par le système scolaire et le système parental, qui en se mettant en marche, freine au fur et à mesure que la créativité se développe, au point où, au final, la personne va même pas avoir envie d'en parler, voire va tenir ce début de manuscrit caché quelque part, comme si c'était un objet honteux.
L'écriture est un plaisir. C'est une manière de faire ressortir quelque chose qui en soi, c'est un mode d'expression. C'est-à-dire, on a une pression à l'intérieur, on la fait sortir. L'avantage d'écrire un roman, quel qu'il soit, c'est que précisément, on évite 25 ans de psychanalyse. Quand c'est bien fait. Mais je vais essayer de vous apprendre comment faire qu'un roman remplace 25 ans de psychanalyse. Tout simplement, il faut aller chercher ce qui en soi est la petite étincelle intérieure. Alors, certains appellent ça l'inconscient, le diamant de lumière, ou appelez-le comme vous le voulez. C'est quelque chose qui n'est pas le moi social. Quand vous vivez normalement, en fait, vous pouvez vivre toute votre existence juste en faisant plaisir aux autres. C'est-à-dire, quand vous êtes petit, vous faites plaisir à vos parents. Après, vous allez à l'école, vous faites plaisir à votre prof. Après, vous allez vous mettre en couple, faites plaisir à votre compagne. Après, vous allez rentrer en entreprise, faites plaisir à votre patron, voir à vos collègues. Après, vous allez faire des enfants, vous faites plaisir à vos enfants. Et la boucle est bouclée. À quel moment vous êtes-vous exprimé ? À quel moment vous êtes-vous fait plaisir à vous-même ? L'une des manières de faire le point est précisément d'écrire un livre. Alors, ça peut être quelque chose de très autobiographique, ça peut être quelque chose de très romancé, mais ça va être, en tout cas, un moyen d'exprimer ce qu'on est vraiment à la face du monde. Et ça, ça vaut le coup. Et pour ça, on n'a pas besoin de penser, pourvu que je sois imprimé, pour que je sois publié, pourvu que ça plaise aux autres. Non, c'est juste pourvu que je sois suffisamment honnête avec moi-même pour faire ressortir cette chose. Trouver la manière de sortir ce qui est en vous et surtout trouver la dimension de plaisir.
L'une des manières de trouver cette dimension de plaisir consiste à se fixer un rendez-vous avec le roman, comme si c'était une personne. Et votre manuscrit, vous allez le considérer comme un être vivant auquel vous avez des comptes à rendre. Vous devez, de manière régulière, vous mettre face à lui et avancer, quel que soit votre envie. Non pas votre envie, parce que là, justement, c'est important de soigner votre envie, mais quelle que soit votre peur, avancer. Ça veut dire avancer en prenant le risque de faire un mauvais roman. Et ça, c'est aussi une chose qu'il faut surmonter, c'est la peur de faire quelque chose qui est mauvais, qui nous bloque. Considérez que votre premier jet, le premier roman que vous allez faire, dans lequel vous allez exprimer ce que vous êtes vraiment, ce qui est de plus sincère en vous, et ben, ça sera ça. Ça donnera un livre. Et ce livre sera ni agréable à lire pour l'entourage, ni publiable, mais ça sera vous. Donc, il est important de déboucher sur un premier jet authentique. Et pensez bien à cette chose : renoncez à plaire aux autres. Renoncez à faire le livre pour les autres. Et surtout, la grande catastrophe, c'est si vous regardez des émissions littéraires, vous voyez quel genre de livre marche, et vous dites, ah ben tiens, je vais faire pareil. Non, non, surtout ne faites pas pareil. La première caractéristique d'un bon livre, c'est d'être différent de ce qui existe déjà. Trouve ta originalité en toi, en te ressourçant, en te recentrant sur la personne que tu es vraiment, c'est-à-dire, joue en force ta différence et non pas ton envie d'être admis dans le groupe.
Alors, on en arrive à l'histoire. Le rêve, c'est une première matière première. Et je vais rajouter une autre notion : l'observation du monde. Selon moi, un bon écrivain est avant tout un bon observateur de son époque et de son temps, de, enfin, de son lieu de vie et de son temps. Donc, pour pouvoir observer le monde, déjà, il faut sortir. Je crois pas à l'écrivain qui reste dans une pièce, sur la tour d'ivoire, en armé, en train de trouver l'inspiration, branché sur les étoiles. Je crois qu'au contraire, il faut voyager, rencontrer des gens, se faire raconter des histoires. Donc, prenez l'habitude, presque, d'interviewer les autres et de vous intéresser aux autres. Tout à l'heure, je vous disais que pour l'envie d'écrire, il faut s'intéresser à ce qu'on est vraiment. Donc, l'intérêt pour soi-même. Pour écrire l'histoire, il faut s'intéresser aux autres. Tout à l'heure, je vous disais qu'il y a des gens qui passaient leur vie à juste à faire plaisir aux autres. Maintenant, quand vous faites plaisir aux autres, ça veut pas dire forcément que vous vous intéressez à eux. Ça veut juste dire que vous avez envie qu'ils vous laissent en paix. Donc, vous leur renvoyez ce qu'ils attendent de vous. S'intéresser aux autres, ça veut dire, tout d'un coup, vous êtes en train de dialoguer avec une personne. Vous vous posez cette question : juste, qui est la personne que j'ai en face ? Et vous le posez comme on se pose une question pour écrire un roman, à savoir, vous dites : quel est son passé ? Qu'est-ce qui l'a fait souffrir ? Quel est son talent ? Quelle est sa faiblesse ? Et en toute logique, vers quoi il devrait évoluer ? C'est vous, vous vous posez tout d'un coup une question qui va vous permettre presque d'aimer l'autre personne réellement. Vous savez, il y a des couples entiers qui vivent 30 ans ensemble et qui ne se posent jamais cette question : au fait, c'est qui cette personne avec qui je vis depuis, je sais pas combien d'années, et avec laquelle j'ai fait des enfants, et avec laquelle je vais probablement mourir ? C'est-à-dire que, on peut vivre à côté d'une personne sans jamais s'y intéresser. Pourquoi ? Donc, curiosité, première qualité d'un auteur.
Le vrai art consiste à ne pas parler que de soi, ou parler de soi d'une manière détournée, et pas parler des autres directement, mais faire des mélanges avec quelque chose qu'on aura pris chez quelqu'un et une, et quelqu'un qu'on a pris chez quelqu'un d'autre. Et avec deux personnes, on fait un personnage. Mais ça, on va y revenir à la partie personnage.
Maintenant, la structure. La structure, c'est le squelette du roman. Et en fait, c'est là où le romancier peut mieux exprimer son originalité. Il y a l'idée, il y a les personnages, il y a la projection de son expression personnelle, il y a ses rêves. Mais tout ça, c'est la matière première. Cette matière première, il faut l'organiser. Et c'est le squelette qui va l'organiser. Un squelette, c'est une tête, un torse, des pieds. Ce qui veut dire un démarrage, une intrigue, et une chute. Ce squelette, on peut le faire de plein de formes différentes. On pourrait presque dire qu'une histoire peut être organisée d'une manière géométrique.
Alors, je vais essayer. Ce que je vais vous montrer, c'est quelque chose qui est étudié dans les écoles de scénario américaines, qui s'appelle la montée dramatique. Qui, en fait, est une manière de construire un squelette automatique qui est censé marcher. Je vous le montre. C'est pas des trucs, je ne vais pas vous apprendre des trucs, c'est juste vous montre un système qui vous permet d'ordonner vos idées. Évidemment, ça n'écrit pas le roman. Et vous pouvez faire le contraire, ça marche aussi.
Alors, cette montée dramatique, ce squelette, il fonctionne comme ça. En général, il y a un héros, et ce héros est présenté au début. Une héroïne, ou un couple de héros. Ce personnage va connaître des aventures, parce que un héros, ce qu'il définit, c'est qu'il lutte contre une adversité. Plus l'adversité, héros de, une adversité, plus l'adversité est forte, plus le héros est méritant. D'où l'intérêt d'inventer, on y reviendra peut-être après, un méchant. Le méchant, ça peut être un tsunami, ça peut être, c'est pas forcément un être humain. C'est quelque chose qui empêche le héros de s'exprimer. En fait, le héros, il est comme le romancier. Son problème, c'est qu'il a une pression de l'intérieur qui n'arrive pas à sortir. Et l'histoire d'un roman, c'est une initiation qui va lui permettre de surmonter, encore initiation, qui va lui permettre de surmonter ses peurs pour arriver à devenir, pour arriver à devenir ce qu'il est réellement, pour le révéler. Une initiation. Cette initiation se fait par étape. L'initiation va se faire par des épreuves. Chaque épreuve permettant au héros de découvrir une facette de lui-même qu'il ignorait. Plus le héros est dans l'adversité, plus les gens vont être pris. Il y a un moment où vous devez tenir le lecteur, précisément, en ajoutant des difficultés au héros. C'est pour ça que chaque fois vous voyez dans un film, c'est la catastrophe, les héros ne gagnent pas. Imaginez un roman où, dès le début, le héros casse la gueule au méchant, se marie et trouve le trésor. Après, on tourne les pages, on se dit, bon, bah, c'est l'après-réussite. On s'ennuie. Donc, c'est cette tension qui va amener à ce point de climax, qui est en fait l'épreuve la plus difficile, finalement, qui est la gestion du roman lui-même.
Je veux quand même vous citer dans les structures les plus réussies et les plus faciles à analyser : Monte Cristo. Qui est la structure qui marche le mieux. Si vous ne savez pas quoi écrire, si vous voulez faire un roman qui touche tout le monde, refaites Monte Cristo. Ça a déjà été refait des tas de fois. Mais le principe du héros qui est injustement accusé d'un crime qu'il n'a pas commis, qui va en prison où il a encore plus de problèmes, et qui finalement s'évade de prison et progressivement va se venger de tous les gens qui ont fait du mal. Et quelque chose qui fait vibrer chez chaque être humain, quelque chose de très profond, parce que tout le monde se dit : moi aussi, je vis une injustice. Moi aussi, je suis en prison. Et moi aussi, un jour, je reviendrai, je me vengerai. Tous ceux qui m'ont fait du mal, et bien, ils vont s'en prendre plein la figure. Donc, si vous voulez vous amuser à faire un premier roman qui marche à tous les coups, pensez Monte Cristo. Donc, le héros est un être qui se bat, qui subit une injustice, qui va se venger, qui vit des épreuves, et qui, au final, va avoir un très, très gros problème qu'on appelle le climax. Et ce problème, on va se dire, il ne va pas arriver à le résoudre. Et donc, il est foutu. Mais grâce à l'imagination de l'écrivain, petit à petit, arrive l'élément inattendu qui fait que, alors que tout est foutu, et ben, normalement, le héros va s'en tirer. Ça, c'est la structure classique, presque du conte.
Maintenant, à partir de cette structure, je disais tout à l'heure, je vous donne pas des trucs, je vous donne une sorte de repère à partir duquel vous allez pouvoir travailler. On peut imaginer : exposition, épreuves, il affronte le méchant, il s'endurcit, il se révèle à lui-même, il arrive au point de climax. Et là, au point de climax, il est face au méchant qui est sur le point de gagner. Et poum, le méchant gagne et le tue. Et on arrête le roman là. Ça, déjà, c'est une première originalité. Vous voyez, vous pouvez vous amuser avec la structure. On peut aussi faire, même arrêter le roman ici, on sent que le héros va perdre. On s'arrête ici, en plein milieu. Vous pouvez aussi faire que le héros finit par réussir. Donc, la structure est entièrement respectée. Mais là, on s'aperçoit que finalement, le héros aurait mieux fait d'échouer. Et que finalement, le gentil, c'était le méchant. Vous pouvez vous amuser avec ça. Mais si vous pensez durant l'écriture de votre roman à cette structure, et que vous dites, je l'ai développée, je m'amuse avec, vous allez être beaucoup plus en sécurité que si vous faites juste qu'enfiler phrase sur phrase, en vous laissant porter par votre personnage. Et qui dit porter par le personnage, dit souvent perdre par le personnage.
Parce que je voulais, je voudrais, je vis vous parler de ça. Il y a, il y a un écueil dans le domaine de l'écriture, c'est faire ce que vous croyez qui est souvent le roman, à savoir, enfiler des phrases comme on enfile des perles pour faire un collier. Alors ça, c'est idéal pour avoir des prix littéraires, mais c'est pas idéal pour faire des bons romans. Parce qu'au final, vous allez avoir un tas de jolies phrases qui, ensemble, font une sorte de grande poésie, mais en aucun cas, vous aurez ni le suspense, ni l'adhésion, ni le transfert, ni l'émotion. Cette machine-là est faite pour vous transmettre de l'émotion et pour faire que, ici, le lecteur, il doit être en train de tourner les pages comme ça, et il a oublié toute sa vie, il ne pense qu'au roman. C'est ça l'objectif à atteindre d'un bon roman.
Une fois que vous avez géré votre petit dessin d'évolution de l'intrigue, vous allez devoir mettre dedans quand même un peu de chair. Et là, moi, je commence par les organes. Alors, qu'est-ce que c'est que les organes ? Les organes, c'est les belles scènes où normalement, le lecteur doit se dire : ah bon, ça, je l'ai pas vu venir. C'est les coups de théâtre, c'est les révélations extraordinaires, c'est les moments où vous allez vraiment faire la différence. Ça, ce n'est pas l'intrigue elle-même, mais c'est ce qui va faire la différence. C'est ce qui va vous amuser. C'est ce qui va vous donner l'impression que tout d'un coup, vous commencez à piger un truc qui va faire vraiment ressembler à aucun autre.
Alors, les organes, donc ces idées de coup de théâtre complètement inattendu, faut les ranger dans un petit endroit. Je vais mettre maintenant l'atelier, la boîte à outils. Comment on dit, la boîte à outils. Donc, je vais mettre d'abord le journal de ses rêves. Troisièmement, le chutier. Alors, qu'est-ce que j'appelle le chutier ? Le chutier, c'est un endroit où vous allez mettre toutes les, toutes les idées que vous avez de coup de théâtre, quel que soit le roman que vous écriviez. C'est un truc qui va faire que tout d'un coup, l'intrigue bascule et que les gens vont être pris de court. Pensez toujours : audace, surprise, devoir. Ah, c'est que je vais mettre, ouais, je vais mettre ici devoir de surprendre. Non, c'est la première politesse qu'on a par rapport à son lecteur, c'est le surprendre. Le pire pour un livre, c'est vrai, c'est la personne qui commence à le lire qui l'arrête à moitié en disant, bon, ça m'ennuie. Donc, vous devez tout le temps relancer, rechercher une manière de surprendre. Même si le roman est autobiographique, inventer des choses qui n'existent pas. Tant pis, aggraver, augmenter, ajouter de l'émotion, mais surprenez.
Une fois qu'on a le squelette, les organes, donc c'est les grandes scènes, coup de théâtre, le muscle. Le muscle, c'est, c'est tout simplement le, la mise en scène de base du livre, à savoir les, l'enchaînement entre les didascalies, c'est-à-dire les scènes descriptives de l'endroit, et les dialogues. Faut bien harmoniser ça. Si vous mettez que du dialogue, ça vient du théâtre. Si vous mettez que des didascalies, ça manque un tout petit peu de nerf. Et quand vous faites la mise en scène de vos, de votre roman, vous pouvez faire avec votre stylo, votre ordinateur, vous pouvez faire des gros plans, vous pouvez faire des plans, euh, en asymétrique, vous pouvez faire des traveling. Vous pouvez penser comme au cinéma. Et plus vous fonctionnez comme ça, plus il y aura des chances que ça donne envie à d'autres personnes aussi d'en faire un film. Euh, que dire sur le muscle ? Si les chapitres, le chapitre, c'est la découpe du roman. J'ai une petite règle à vous donner, un petit conseil, c'est chaque chapitre doit être une nouvelle. C'est-à-dire, dans chaque chapitre, vous avez une situation qui démarre, un développement, et on termine sur une fin surprenante qui ouvre sur autre chose et qui appelle le chapitre suivant. Quand c'est vraiment bien fait, on pourrait prendre chaque chapitre et, en soi, c'est une œuvre d'art. Donc, squelette, organe, muscle, chapitre. Et maintenant, le suspense.
Il suffit juste de gérer une tension. Et cette tension, on la gère en donnant des petites infos et en évitant une ligne que j'appellerai la ligne du foutage de gueule. Cette ligne est : Madame dit, c'est pourtant ça. Oui, mais si vous regardez bien, tous les romans que vous avez aimés ont taquiné cette ligne. Euh, par exemple, un des plus grands succès étant Agatha Christie. Si c'est pas du foutage de gueule, surtout quand vous voyez la chute, c'est exactement cette technique-là. Euh, tous les Hitchcock, tous les, ça fonctionne toujours sur un système qui est : on vous met une tension. Cette tension est basée sur rien, mais on vous en rajoute quand même. Et puis, on vous rajoute. Et au bout d'un moment, la tension, on entretient la tension. C'est en fait la structure d'un bon roman, c'est : on vous tient en haleine. On vous fournit des trucs, vous êtes à la limite du foutage de gueule, et au final, vous révélez la chute. Et depuis, j'utilise tout le temps cette technique de frustration, gestion, limite foutage de gueule, et au final, récompense.
Il y a, n'ayez pas peur, quand vous lisez un roman, attendez, quand vous lisez un roman, de repérer ceux qui, à force d'être à la limite du foutage de gueule, passent de l'autre côté. Je vais vous donner aussi une autre phrase, une autre petite, un autre petit truc à surtout ne pas utiliser, c'est l'intuition. Le coup de, le héros a compris que c'était ce chemin qu'il devait prendre pour rejoindre le château du vampire grâce à son intuition. Ça, c'est du foutage de gueule. Vous devez expliquer pourquoi le héros a trouvé ce chemin. Vous ne pouvez pas dire, il était vachement intuitif et il trouvait tout du premier coup, parce que le lecteur le sent. Et il ne faut pas franchir cette ligne. On a été, devoir de surprendre, suspense, frustration. Et c'est ce que vous devez arriver à reproduire. C'est ne pas donner à l'autre ce qu'il demande pour valoriser ce que vous allez lui donner.
Certains parmi vous sont peut-être des parents. Levez la main. Vous avez vu que quand vous donnez à l'enfant ce qu'il vous demande, au final, ça lui fait peut-être plaisir, mais il ne vous dit pas merci. Et puis, vous n'avez pas forcément sa considération. C'est le même rapport qu'à l'auteur par rapport à son lecteur. Si vous donnez au lecteur ce qu'il vous demande, non, il ne vous dira pas merci, mais il dira : ah ouais, j'avais prévu. C'est-à-dire que le lecteur se sent une sorte d'ascendant sur l'auteur. Faut toujours que l'auteur soit en hauteur, faut qu'il soit tout le temps plus, si élevé que le, que le lecteur, de telle manière qu'il le tire en avant, mais en lui disant : suis-moi, suis-moi, on va monter ensemble. Il ne faut pas que le lecteur dépasse l'auteur. Donc, créer du manque, créer du désir, relâcher doucement les récompenses, et ne pas satisfaire trop vite le lecteur. Sinon, vous allez arriver au point de climax, vous allez arriver ici, épuisé, sans le moindre, sans le moindre appétit. Là, il faut que l'appétit soit au maximum.
Le système du, de nous les dieux, et même des teintes, fonctionne sur : je vais vous révéler qu'est-ce qu'il y a après la mort. Donc, mais j'en donne au fur et à mesure. Et après, je vous révèle qu'est-ce qu'il y a après l'Empire des anges. Et après, je vais vous révéler. C'est-à-dire que ça fonctionne comme la cave à l'envers. Au lieu d'aller voir de plus en plus profondément pour aller retrouver des insectes et l'origine de l'humanité, là, on monte de plus en plus haut pour retrouver Dieu. Ça fonctionne. Finalement, tous mes romans, et je pense que tous les bons romans fonctionnent avec cette, quelqu'un qui à un moment dessine ça. Et ça, vous ne pouvez pas l'avoir si vous accumulez les phrases. Faut bien savoir que si vous faites juste la rédaction de français avec les phrases qui s'accumulent, vous ne pouvez pas avoir une bonne gestion de la tension, du suspense, et de l'assouvissement.
Les personnages. Un personnage intéressant est souvent, voir toujours, un personnage qui transporte un paradoxe. Et ce paradoxe, c'est : il se présente d'une certaine manière, mais en fait, il est le contraire de ce qu'il se présente. Alors, déjà, on arrive à la leçon du début de l'observation du monde. Prenez l'habitude de voir autour de vous des gens dont vous avez compris le paradoxe. Genre, des gens qui se plaignent d'avoir des problèmes, mais si vous voulez les aider, ils vous empêchent de les aider. Paradoxe de base. Qui connaît des gens comme ça ? Bon, tout le monde. Le paradoxe, un avantage, c'est qu'il va permettre de développer l'arc. Et l'arc, c'est la transformation des personnages. Je vous disais tout à l'heure qu'un bon roman est un roman initiatique. Je ne sais plus où on en était. Ouais, est un roman initiatique dans lequel le personnage du début va être différent du personnage de la fin. Et ben, pour tous vos personnages, il faut qu'il y ait la trajectoire d'un arc. L'histoire est une sorte de laboratoire alchimique où tous les gens qui sont d'une certaine manière au début sont le contraire quand l'histoire est finie. Et là, l'initiation s'est bien passée, le phénomène de transmutation alchimique s'est bien passé. Mais il faut que tout se passe dans la moulinette de l'histoire, et que tout soit transformé. En fait, l'histoire est un révélateur de qui sont réellement les gens. Profitez vous-même, si vous vous mettez en tant que personnage dans le roman, pour faire sur vous-même cette, ce travail alchimique qui est : qui suis-je vraiment ? Paradoxe, l'arc.
Ce qui fonctionne très bien sur le personnage, c'est la caractérisation. Plus il est différent des gens normaux, plus il va être attachant. N'hésitez pas à lui inventer des problèmes. N'hésitez pas à le faire souffrir. Il n'y a pas de déontologie des créateurs de mondes envers leurs créatures. Donc, si ça vous amuse de vous défouler sur vos personnages, vous pouvez. Mais il faut, faut pas penser toujours à la qualité du spectacle et au confort du spectateur. Le paradoxe, l'arc, la caractérisation. Une chose intéressante aussi qui marche très, très bien, c'est : inventez-lui un langage. L'idéal est que chaque personnage ait une manière de parler qui lui soit propre. Si vous ne faites pas ça, on a l'impression que tous les gens pensent pareil. Tous vos personnages pensent pareil. H. L'une des manières de vérifier si la caractérisation, euh, la caractérisation dans le langage fonctionne bien, c'est d'enlever le "dit Germain" et "répondit François", et de regarder si le lecteur comprend, sans qu'on ait énoncé la personne qui parle. Et ça, c'est très intéressant.
La chute. Épiphanie, c'est-à-dire, c'est la révélation et le choc. Ouais. Je. Le vrai art du romancier est de bien terminer sa chute. Pour bien terminer sa chute, il faut penser à, il faut penser à la chute avant de commencer l'écriture du livre lui-même. Je ne suis pas pour, on avance, on avance, on avance, et une fois qu'on en est à 95% du livre, tout d'un coup, on se dit, bon, maintenant, il faut que je trouve une chute pour retomber. Le mieux, c'est de faire la chute, et après de réécrire le, enfin, de, d'écrire le roman pour arriver à cette chute. L'une des manières de tester ces chutes, enfin, de faire ce travail-là, peut consister à faire une sorte de premier roman avec une chute pourrie, et à partir de la chute pourrie, vous refaites une chute réussie, et vous refaites tout le roman, tout le roman en sens inverse. N'ayez pas peur de recommencer à zéro un roman. Il y a un problème avec la mode du traitement de texte, c'est qu'on a tendance à faire une sorte de grande masse romanesque sur lequel on n'arrête pas de faire des retouches, et au bout d'un moment, on a une sorte de masse romanesque avec des retouches, mais ça ne fait pas un roman. Il faut tout le temps, une fois que vous avez votre masse romanesque, recommencer à zéro, sans utiliser la commande copier-coller, et rien que par la mémoire, vous allez décanter, virer tout ce qui sert à rien pour aller à l'essentiel. Et vous aurez envie d'améliorer sans cesse votre chute, jusqu'au moment où vous aurez la meilleure chute possible. Épiphanie, la chute. Donc, ici, la chute doit être originale, doit être surprenante, doit être un moment de jouissance pure du lecteur. Pour prendre le cas des Dix Petits Nègres, au moment où on sait enfin qui est l'assassin, tout le monde, devant son livre, est en train de se dire : ah, c'était ça. Et même, on dit : c'était ça. En fait, il y a un plaisir de lecture qui est, elle a bouclé. Le spectacle a terminé avec le petit, avec la petite souris sur le gâteau. Voilà, merci. Et le plat est prêt. C'est comme ça qu'il faut concevoir le spectacle, c'est comme ça qu'il faut concevoir le roman, à savoir avec un truc final qui fasse que l'ensemble est une œuvre.
La vie du livre. D'abord, quoi qu'il arrive, je vous conseille, je vous demande pas de me le promettre, mais allez jusqu'au bout. Ne restez surtout pas à mi-chemin. Le nombre de manuscrits qui sont à mi-chemin est énorme, parce que les gens baissent les bras, parce qu'ils se jugent eux-mêmes. On revient à l'idée du début. Mais si vous sentez au bout d'un moment que votre histoire n'est pas bonne, que la tension, vous n'êtes pas arrivé à gérer le suspense, vous n'avez pas une bonne chute, et ben, ça fait rien. Avancez. Allez jusqu'au bout. Vous l'améliorez en réécrivant, mais allez jusqu'au bout. C'est les gens qui vous demandent de lire des moitiés de manuscrit en vous disant : qu'est-ce que vous en pensez ? C'est une horreur. Vous répondez : tant que ce n'est pas fini, ce n'est pas clos. C'est comme si on vous donnait un plat moitié cuit en disant : qu'est-ce que tu penses, ça donnera une fois qu'il sera bien cuit ? Allez jusqu'au bout. Quoi qu'il arrive, même si la deuxième partie est douloureuse, vous la faites, et vous arrivez à la chute.
Avant de l'envoyer à l'éditeur, il faut que vous trouviez un lecteur de référence. Un lecteur de référence, c'est quelqu'un qui ne vous disent pas ces deux phrases : ça me plaît beaucoup, ou cette autre phrase : je ne suis pas rentré dedans. Ces deux phrases qui ne servent à rien. Un lecteur de référence, c'est quelqu'un qui va dire : alors, j'ai repéré que tel personnage marchait très bien. J'ai repéré qu'il y a un tunnel à tel endroit. La chute, je pense qu'elle est améliorable. Et le début, tu peux peut-être le couper. C'est-à-dire qu'il vous donne des réponses techniques qui ne sont pas juste, j'aime ou j'aime pas. Le j'aime ou j'aime pas est quelque chose qui vous servira à rien. Surtout, des fois, des gens qui m'envoient des manuscrits qui me dit : tu vas voir, ça va te plaire. Tous les gens qui l'ont lu l'ont adoré. C'est le truc qui vous bloque complètement. Alors, je vais dire : ben, moi aussi, je l'adore déjà, même sans l'avoir lu. Voilà. C'est-à-dire que les gens, ils cherchent juste une approbation. Ils ne cherchent pas un avis. Un avis, c'est quelque chose de technique. Et c'est très rare les gens qui savent vous donner un avis du type : celui que je vous ai donné, c'est-à-dire, vire tel passage qui sert à rien, change ce personnage qui n'est pas assez construit, ou vire ce personnage qui sert à rien. Qui sont ça, c'est des vrais avis. Donc, il faut rechercher des lecteurs de référence valables.
Fuir tous les gens qui vous disent : c'est une merveille, ça va marcher. Alors ça, faut savoir, faut savoir une chose : quand quelqu'un vous tend un manuscrit, il vous oblige à dire que c'est merveilleux. Donc, ne rentrez pas dans ce chantage-là. Faut, faut lui dire : soit tu m'autorises à le lire et en te disant réellement ce qui va et ce qui ne va pas, parce qu'en roman, il y a toujours des trucs qui vont et des trucs qui vont pas. Soit, si tu veux juste une approbation, ben, enregistre l'approbation, écoute-la toi-même. Il est très important de ne pas encourager les gens, de ne pas rentrer dans la névrose. Parce qu'il y a un moment où le roman devient une sorte d'objet névrotique, et dans lequel on vous demande de rentrer dedans. Ça, il ne faut pas rentrer dans ce jeu. Il ne faut pas que vous-même vous demandiez aux autres de rentrer dans ce jeu. Il faut juste que vous soyez dans : je fais une œuvre qui essaie d'être le plus agréable à lire pour la personne, et dans laquelle je ne suis pas dans une recherche d'approbation.
En imaginant que vous avez fait un super manuscrit, ce qu'il faut faire, j'ai pas d'autre technique à vous proposer, c'est, il faut l'envoyer à tous les éditeurs. De préférence sous forme de papier, parce qu'ils en ont marre de recevoir des fichiers Word et que personne ne les lit, et que la plupart des éditeurs sont encore équipés en système de papier, de photocopie. Donc, vous faites un tirage papier, vous l'envoyez. Vous, après, je vous envoie, je donne des réponses techniques : vous mettez double interligne, ou vous mettez interligne 1,5. Vous mettez une police de type Times New Roman. Surtout, faites pas des polices fantaisistes. Laissez des marges. Quand vous laissez des marges, des interlignes, ça veut dire que vous êtes prêt à entendre des critiques ou des phrases. C'est vous proposez à l'éditeur d'intervenir sur l'œuvre. Quand vous donnez quelque chose qui ressemble déjà au livre final, avec tout assez et tout ça, ça veut dire que vous considérez que l'œuvre est complète, et vous n'avez rien à attendre de l'éditeur. Donc, l'éditeur, il dit : ben, puisqu'il est content de lui, on va pas, on va pas, on va travailler sur son manuscrit. Donc, donnez tout le temps l'impression que vous attendez de l'éditeur qu'il complète l'œuvre que vous avez fait. Disons, 80% du travail, et que l'éditeur va faire les 20 derniers pour cent. C'est une forme d'humilité. Ça vous permet aussi d'être accepté plus facilement par les éditeurs. Euh, vous les envoyez aux éditeurs qui font des livres qui ressemblent à celui que vous faites. Ça sert à rien d'envoyer de la science-fiction à Gallimard, ou envoyer un livre littéraire à une collection type Bragelonne. Envoyez, regardez un livre que vous aimez, qui ressemble à ce que vous faites, et vous l'envoyez à cet éditeur, parce que s'il publie déjà des livres de ce type-là, ça veut dire qu'il y a des lecteurs qui sont capables de le comprendre et qui aiment déjà ce genre de littérature.
Après, il y a une part de chance. Cette part de chance, c'est tomber sur un lecteur chez l'éditeur qui tombe par hasard sur votre livre et qui a envie de le défendre. Alors, je dois quand même vous signaler ce qui va arriver à votre manuscrit. Chez mon éditeur, il faut, il sort 40 par jour. C'est un, ça doit être dans les, il doit être dans les 10 premiers. C'est Albin Michel. Donc, il en reçoit 40 par jour. Les 40 par jour, évidemment, ce n'est pas les grands chefs de collection qui les lisent, parce qu'ils sont en train déjà de travailler sur les auteurs qu'ils connaissent. Ce sont des profs de français à la retraite et des étudiants qui sont payés à l'époque, ça correspond à 20 euros par les retours de manuscrits. Ils fournissent une fiche de lecture dans laquelle ils disent le synopsis, le résumé de l'histoire, et ce qui va et ce qui ne va pas, et est-ce qu'il pense que le livre mérite d'être publié. Ils ne sont pas obligés de les lire jusqu'au bout. En général, en fait, le roman se décide sur les sept premières pages. Donc, soignez l'action, soignez le démarrage, et faites surtout que la problématique n'apparaisse pas à page 120, parce que tout simplement, il est fort probable qu'il ne dépasse pas la page 20. D'accord ? Soignez la première page, la première ligne, le premier mot. Il y a un art qui s'appelle l'incipit, qui consiste à faire de très, de très jolies ou de très fortes premières phrases. Exercez-vous à faire une première phrase qui soit très énergétique et qui donne envie tout de suite de tourner les pages. Et remarquez dans les livres que vous aimez les premières phrases, comment ça démarre, comment se présente le romancier.
Et je vous remercie de votre attention. Merci.
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