Transcription
[Musique] [Applaudissements]
Colin Cas, bonjour et merci beaucoup de venir témoigner sur Mosaïque. Aussi, puisque vous avez l'habitude de témoigner, surtout devant des élèves. Vous avez été déporté à Auschwitz-Birkenau le 13 avril 1944. Vous aviez alors 19 ans. C'était dans le convoi numéro 71. Vous étiez 1500 personnes, la plupart juives. Et dès l'arrivée, vous faites partie des rares qui sont entrés à Auschwitz. Est-ce qu'on arrive à raconter ce qui est racontable ? Le camp de concentration d'Auschwitz, vous avez raison de dire que c'est innarrattable. Même tout ce que l'on peut dire, entendre, c'est rien à côté de ce qui nous a fait supporter. Mes camarades et moi, on raconte et nous-mêmes, on se demande comment ça se fait qu'on est là. C'est pour ça que tout ce qu'ils disent, ça n'a pas existé, je me demande où est-ce qu'ils ont été chercher leur renseignement. Hélas, oui, ça existait. Comment des êtres humains ont pu faire des choses pareilles ?
Et ça, c'est surtout ce que je, je sais, c'est ça que je veux faire comprendre aux jeunes, où mène la haine de quelqu'un d'autre. Parce que ici, bas, ce qui reste, c'est qu'on n'ait plus rien. Alors que ce sont des gens, malgré tout, ce sont des êtres humains. Et pourtant, ce sont des bourreaux. Pour eux, on n'est plus rien. Pour les Nazis, vous n'étiez finalement que le matricule 78500 99. Cinq chiffres qu'ils vous ont tatoué sur votre bras gauche. Quand vous les regardez aujourd'hui, ces chiffres, ce tatouage, vous ressentez quoi ?
J'ai eu franchement que ce tatouage, au début, imaginez, beaucoup m'a gêné parce que ce n'est pas que j'avais honte de dire que j'étais juive. C'était pour éviter justement les questions, pour imposer. Donc, je le cachais. Ce numéro, je n'ai jamais eu l'idée de le laisser. Quand je suis rentrée, je me suis dit, je suis malade, certainement, j'aurai besoin d'une opération. Et bien qu'ils en profitent. Ça ne s'est pas fait. Et le numéro est resté caché pendant très, très longtemps, pendant des années. Je n'ai jamais montré. Je voulais pas raconter.
Mais juste que jamais vous avez caché votre numéro, mais vous avez aussi caché votre histoire. Vous n'en parliez pas. D'après les informations, même à votre fils, vous ne l'aviez pas raconté. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui vous a décidé à finalement changer d'avis et à témoigner ?
C'est le hasard qui a fait que j'ai renoué avec les, les déportés. Parce que moi, j'étais rentrée, j'avais la chance d'être rentrée. Eh bien, on n'en parle plus. C'est fini. Je me suis mise à travailler. Il n'y avait plus que ça qui compte. Et après, je me suis mariée. Et c'est la déportation, je ne voulais pas en parler. Et là encore, c'est pareil. Ça me gêne. J'ai pas envie de me faire plaindre, de passer pour une, on fait passer pour une héroïne maintenant, alors que c'est faux. Moi, je n'ai rien fait. Ce qu'ils ont fait de la résistance, d'accord, ce sont des héros. Ceux-là, ils savaient ce qu'ils risquaient et ils ont pris des risques. Mais en tant que juive, je ne suis rien. Une héroïne, j'ai rien fait pour qu'on m'arrête. On m'a arrêtée. J'ai été déportée. J'ai eu la chance d'en sortir. Est-ce que parce qu'on a de la chance, on est des numéros ? Non, j'ai simplement de la chance, c'est tout. Et je voulais pas en parler parce que j'avais vécu ça. Par contre, fut tout seul à être rentré de tous ceux qui ont été déportés chez moi. Et moi, je vais commencer à raconter ce que j'ai vécu, ce que j'ai recommandé, comment on a été traité. Mais j'ai de la famille qui n'est pas rentrée. On ne sait pas comment. Morts. À part mon père et mon petit frère, que, hélas, je sais comment, qu'ils sont morts. Puisque des pilotes arrivés, même pas mettre un pied dans le camp. Ils étaient de l'âge à ne pas rentrer dans le camp. Pour Hitler, il fallait, si on rentrait dans le camp, c'était pour travailler. Si vous n'étiez pas capable de travailler, et bien c'est elle qui vous nourrissent. Mais travailler pour après mourir. Ce qu'il voulait, c'était des gens capables de travailler. Et pour eux, les femmes moins de 40, plus de 45 ans, les femmes étaient trop vieilles, ne pouvaient pas travailler. Et les enfants moins de 15 ans n'étaient pas capables de travailler. Donc, on va les tuer. Alors, il y a eu quelques rares exceptions, celles qui faisaient un peu vieilles pour les enfants, ce qui était pour les femmes qui faisaient un peu plus jeunes. Il y a eu quelques rares exceptions. Mais sinon, cette sélection qu'on a eu à la descente du train, qui est la différence entre un camp d'extermination où on va vous tuer et un camp de concentration où on va vous faire des lavages de cerveau pour que ça vous change ? Comme on monte les résistants qui étaient arrêtés, comme étaient les élus communistes qui étaient déportés. C'est la différence. C'est ça, c'est la sélection. Toi, tu es trop vieille. Toi, tu es trop jeune. Tu ne peux pas travailler. Alors que ceux qui étaient arrêtés pour de la résistance, pour fait de marché noir, pauvre. Eh bien, ceux-là rentraient dans le camp. On, ne s'occupait pas de leur apparence. Ne sortez pas. Tout ça parce que dans le camp, que ce soit extermination ou concentration, le travail, la nourriture, les coûts, eux, seulement nous, on nous a assassinés. Alors que les résistants, les autres qui étaient arrêtés, tu as été tuée par la maladie, mal de travail ou le travail. C'est ça la différence. Nous, on nous a assassinés. Nous, nous tuer. Alors tout le monde le sait, c'était les chambres à gaz. Et ce qui n'était pas, n'avait pas été dans les chambres à gaz, eh bien, on lui faisait tellement travailler dur que quand il était, quand il y avait des sélections possibles, il y avait à longueur de deux mois dans le camp. Chaque fois qu'un convoi arrivait, il fallait bien de la place. Le convoi qui arrivait, c'était de la main d'œuvre en forme. Donc, ceux qui n'étaient pas en forme, quittaient dans le camp, allaient aux chambres à gaz avec la sélection du camp, quasiment quotidiennes.
Alors justement, vous avez eu à raconter tout ça. Aujourd'hui, vous êtes une ambassadrice de la mémoire de la Shoah. Vous sillonnez la France entière, vous avez tout particulièrement dans les établissements scolaires. Essayez de raconter au maximum tout ça à des élèves. C'est particulièrement important pour vous, témoigner devant eux, devant la jeunesse ?
Ce n'est pas important pour moi. J'ai même l'impression que ça ne sert pas à grand-chose. C'est important. Moi, ça m'a été une, ça m'a changé ma vie. Égoïstement, ça m'a changé ma vie. Dalida a besoin. Mais je n'ai pas fait volontairement. C'est le hasard qui a fait que mon, le prison, soudain, mon association qui amenait des élèves tous les ans dans les camps avec quelques déportés qui avaient l'habitude d'emmener avec lui. Et c'est une de ces femmes qui accompagnait, est tombée malade et m'a demandé de la remplacer. Ça a été non, tout de suite. Et puis après, ils étaient un millier. Et bon, alors j'ai accepté. Je ne regrette pas du tout d'avoir accepté. Mais c'est vraiment le hasard. Jamais j'aurais cru que j'étais capable de parler, déjà, et en plus d'aller là-bas.
Vous leur dites quoi ? Vous leur dites comment à ces jeunes ?
Je dis quoi ? J'ai dit comment je sais même pas comment. Vous allez moi, j'ai pas de l'instruction. Sources illégales. Maquis. Moi, qu'il m'écoute, sont plus instruits que moi. Je suis mon petit certificat d'études. En blaguant, je dis, j'ai deux bacs, mais ça, dans ma cuisine, je les ai achetés. Mais bon, je sais même pas comment j'ai géré. À côté, j'ai accompagné le président de l'association dans un milieu scolaire et j'ai vu qu'il raconte. Excusez, comment il avait été arrêté. Après, quand j'étais dans le camp, on n'entend pas beaucoup dans le camp. On parle le plus, chez entre l'aéroport et le camp, parce que dans le camp, il y a les guides polonaises qui sont là pour faire, c'est leur métier. Elles, donc, on les écoute. On leur met quelques failles, des choses que plus maintenant, d'ailleurs, mais au début, officiel, des bêtises. Eh bien, on l'usa. À force d'entendre les déportés parler, maintenant, elles sont, elles sont très, très bien. Mais moi, par contre, comment que j'ai fait ? Comment que je me suis, je sais pas moi-même. Vous le savez, mais par contre, je sais que j'ai une méthode. Je ferme les yeux. Et quand je ferme les yeux, c'est si je savais dessiner, je pourrais dessiner tout ce que je, dont je parle. Tellement les images qui sont restées dans mon cerveau. Je ne savais pas d'ailleurs. Je savais pas que vos caves, que j'étais capable de me rappeler tout ça. J'aimerais bien avoir la première cassette qui a été enregistrée pour savoir ce que je disais. Et la première cassette a été enregistrée grâce à ce moment qui s'appelle, celui qui a fait le film La Liste de Schindler. C'est Spielberg. Comment j'étais là ? Voilà, tu vois avec Garmi, et c'est lui qui pour la première fois a envoyé des cinéastes interviewer les survivants. Alors est-ce que c'est qu'en France ? Est-ce que c'est qu'à Paris ? Est-ce que c'est dans toute l'Europe ? Je n'en sais rien. En tous les cas, un petit jeune qui veut absolument m'interviewer, mais j'ai rien à dire. Moi, si le jeu, je connais pas, je sais pas. J'avais ça compte encore que le coquille. Et vous, pour moi, c'est fini. Je ne veux pas. Et ainsi, s'il incite à la fin, j'en ai tellement marre que je dis, et bien si vous avez du temps à perdre, vous venez. Et il a su, je sais pas comment il s'est débrouillé. Il y a sur la mémoire, sur me faire sortir de mon cerveau des images que moi-même je savais pas que j'avais, en me posant des questions. Alors est-ce que ce que je dis, les élèves comprennent ? Est-ce que, est-ce que, est-ce que je me pose pas de questions ? Je suis pas une vedette, je suis pas une professionnelle. Je raconte ce que j'ai vécu. Je raconte ce que je me rappelle. Et je peux vous dire qu'il y a des fois, j'entends des amis qui parlent, d'un seul coup, ah oui, tiens, c'est vrai, je me rappelais plus de ça.
En deux mots, qu'est-ce que vous avez ressenti quand vous êtes retourné à Auschwitz ? Parce que vous l'évoquiez tout à l'heure, vous y retournez, vous avez vu ce que c'est devenu.
Je pensais que je ne tiendrai pas le choc. Donc, je suis avec le plus à mon association. Lui, n'a pas été à Birkenau, il a été à Auschwitz. Donc, il nous emmène à Auschwitz. Auschwitz, je n'avais jamais entendu parler de Schwyz. J'étais à Birkenau. Ensuite, qu'est-ce que c'est que ça ? Et j'arrive à Auschwitz. En mai, ça, c'est spécial. C'était une ancienne caserne. Il y a des bâtiments, il y a des, il y a des, il y a des, mais bon, ça me fait absolument rien. Je vois des vitrines. C'est vrai que ça fait mal au cœur. Des tonnes de cheveux, d'écoles, de chaussures, des tonnes de brosses à dents, des affaires de layette. C'est vrai que ça fait mal au cœur. Mais moi, j'ai connu ça. Je suis mes sensibilités. Moi, je vais laisser au camp. Alors ça ne va faire cinq, ça ne fait rien. Mais c'est normal. Je connais pas Schwyz. Et donc, quand je serai à Birkenau, l'après-midi, là, ça sera pas pareil. Et on arrive à Birkenau. Je n'ai pas un tempérament à être anxieuse à l'avance. On verra bien. Non, j'arrive à Birkenau. On rentre. Et déjà, j'ai même pas la même porte. Moi, je ne suis pas rentrée par cette porte-là. Il y avait une petite porte qui sur le côté gauche. Eh bien, on a dû rentrer par cette porte-là. Parce que si je me rappelais pas du tout de celle qu'on a montré, la principale. Je rentre dans des anneaux. C'est ça ? Non, c'est pas ça. Winder, où est la saleté ? On sort tous les gens qui grouillent. Et vous avez des, ça hurle, ça cogne. Vous avez des chiens qui aboient. Ou des, une courette, ça courait partout. Et puis, vous avez apporté de ces gens qui couraient partout, des gens qui avaient dû à la main en l'air pour vous frapper. Et l'odeur. Mais ce n'est pas me dire qu'elle n'ose. Nous, ce que l'on voit, c'est un décor. Pour moi, guerre. Que nous, dans la, dans ma tête, c'est ça. Ça sent cette odeur indéfinissable de mélange de chair, d'urnes, les mélanges de saleté, les groupes qui sont là, des gens qui sont bizarres, qui vous regardent par en dessous, ils sont mal habillés, partout ça brouille. Ça creuse, ça cogne. Il n'y a rien de tout ça. Et là, des tapis par terre, presque pour que les visiteurs s'enfoncent dans la terre. Il y a des espèces de plus en vives. Et des tapis avec des gratuités, avec des voiliers.
C'est pour ça justement, vous dites que vous n'êtes pas une héroïne, mais c'est pour ça justement qu'on a ce besoin de votre témoignage. Lorsque aller sur le site, ça ne permet pas de se rendre compte et de saisir à quel point c'était abominable. En tous les cas, moi, je vous remercie énormément d'être venu témoigner. Enfin, je vous laisse partir parce que je sais que vous avez presque 200 élèves qui vous attendent aujourd'hui sur mes élèves du lycée Henri Nominé. Donc, je vais vous laisser aller les rejoindre. Encore un énorme merci à vous. Et c'est la fin de cette émission. Très bonne journée à tous. À bientôt.