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La face sombre du coaching : la vérité sur la secte NXVIM

Louise Aubery25:31

Transcription

Des femmes affamées, humiliées, soumises à des rituels de domination et marqué au fer rouge avec les initiales d'un homme qu'elles appellent leur mentor. Elles n'ont pas été recrutées par n'importe qui. C'est Alison Mac, qui est connu pour son rôle dans Smallville, qui les recrute pour une organisation secrète dirigée par un homme du nom de Kif Ranière.

Cette organisation s'appelle Nexium et officiellement, c'est une entreprise de développement personnel et de coaching en leadership. Pendant près de 20 ans, Nexium a attiré des milliers de personnes. Des cadres, des artistes, des entrepreneurs et même des héritières milliardaires. Des individus éduqués, intégrés, rationnels. Des personnes venues chercher du sens, de la confiance, une meilleure version d'elle-même.

Mais alors, comment une organisation de développement personnel en apparence inoffensive a-t-elle pu devenir le lieu de l'un des scandales sectaires les plus violents du 21e siècle ? Et surtout, qu'est-ce que cette histoire vient nous dire des dérives contemporaines du bien-être, du coaching et de la quête de sens ?

Et si ce type de vidéo d'analyse vous plaisent, et bien n'hésitez pas à vous abonner à cette chaîne pour ne pas rater celle qui arrive.

Quand on pense au mot secte, on imagine souvent un groupe marginal, un peu coupé du monde, avec un discours religieux ou ésotérique un peu caricatural. Et bien Nexium, c'est exactement l'inverse. Son fondateur, Kif Ranière, se décrit comme un visionnaire, un expert du potentiel humain, quelqu'un qui aurait compris comment fonctionnent nos blocages psychologiques les plus profonds. Mais ce que l'on sait moins, c'est que Kif Ranière n'en est pas à son premier projet d'ampleur. Avant de fonder Nexium, il s'était déjà illustré dans le monde de la vente pyramidale et dans les années 90, il fait une première entreprise qui s'appelle Consumers Byline, rapidement identifiée par plusieurs autorités américaines comme un système de pyramide de Ponzi. Vous savez, c'est ce système qui implique de payer pour entrer et ensuite de recruter des personnes qui paient à leur tour. On y gagne de l'argent non pas en vendant des produits, mais grâce au recrutement. Le problème, ce modèle ne peut pas fonctionner durablement. Il repose sur une promesse d'ascension infinie dans un système qui lui est fini. Alors, son entreprise fait l'objet de poursuites et Ranière s'engage officiellement à ne plus promouvoir ce type de montage financier.

C'est dans ce contexte que naît Nexium. Même logique de recrutement en cascade, même promesse de réussite personnelle, mais cette fois-ci enrobé d'un discours psychologique, éthique et spirituel, beaucoup plus difficile à attaquer juridiquement. La finalité n'est plus présentée uniquement comme financière, mais comme une quête de sens, de vérité, d'amélioration de soi. Kif Ranière propose des séminaires payants en leadership, confiance en soi ou encore performance professionnelle. Le vocabulaire utilisé est celui du management, de la psychologie et de l'optimisation de soi. On y parle d'alignement, de responsabilité individuelle et de dépassement de ses limites. Et surtout, le public n'a rien de marginal. Ce sont des entrepreneurs, des artistes, des riches fortunes, des personnes qui sont intégrées socialement, souvent exigeantes avec elle-même et en quête de sens.

Parmi elles, il y a notamment Alison Mac, qui est mondialement connue pour son rôle dans la série Smallville. D'ailleurs, des années plus tard, elle expliquera qu'elle est arrivée chez Nexium dans un moment de grande fragilité intérieure, malgré une réussite extérieure évidente. Elle dira notamment qu'elle était obsédée par l'idée d'être excellente, de se corriger en permanence et de devenir la meilleure version d'elle-même.

"And so there was like this intense competitive edge, you know, and I mean that was really long-term."

Et c'est exactement ce que Ranière va lui offrir : un cadre, un discours valorisant l'effort, la discipline et le travail sur soi. À ce stade, on peut critiquer une entreprise capitaliste de vente pyramidale fondée sur la détresse des individus et sur leur envie de réussite, mais pas une secte.

Et c'est précisément là que tout commence. En effet, comme beaucoup de sectes, sa dangerosité repose dans le fait que les personnes qui la rejoignent ne connaissent pas les réelles intentions de son gourou. Personne n'entre chez Nexium en pensant rejoindre une secte. On y entre pour suivre un séminaire, puis un autre, puis un encore plus avancé. Le sociologue Gérald Bronner, qu'on a d'ailleurs reçu sur une Power, si vous voulez creuser le sujet, décrit ce processus comme l'escalier de la radicalité. L'escalier de la radicalité, c'est un escalier dont les premières marches sont si douces qu'on ne s'aperçoit pas qu'on est en train de le gravir. C'est chaque étape est logique et peu à peu, on s'éloigne du sens commun.

Dans le cas de Nexium, la première marche, c'est tout simplement un séminaire de développement personnel, un stage de quelques jours facturé comme une formation professionnelle. On y apprend à mieux communiquer, à identifier ses blocages, à prendre la responsabilité de sa vie. En soi, rien de choquant ou sectaire. Sarah Edmonson, qui est une ancienne adepte de la secte, témoigne.

Puis vient la deuxième marche. On vous propose d'aller plus loin et d'approfondir en suivant un nouveau module plus intensif, plus exigeant, réservé à ceux qui veulent vraiment évoluer. À ce stade, on vous demande aussi autre chose : raconter votre histoire, vos blessures, vos peurs, vos échecs. Ces confidences, qui sont présentées comme un travail thérapeutique, deviennent peu à peu des leviers de contrôle émotionnel.

La troisième marche est encore plus subtile. Si quelque chose ne fonctionne pas, ce n'est jamais la méthode qui est en cause. C'est vous, vous n'avez pas assez travaillé, pas assez compris, pas assez intégré. C'est exactement ce que décrivent de nombreux anciens membres. Toute souffrance est interprétée comme une résistance personnelle et toute critique comme un signe d'immaturité ou de négativité. À ce moment-là, descendre de l'escalier devient extrêmement difficile. Reconnaître un problème, ce serait reconnaître et admettre qu'on s'est trompé, qu'on a investi du temps, de l'argent, de l'énergie émotionnelle pour rien.

Dans un TED Talk dans lequel elle parle de son expérience au sein de Nexium, Sarah Edmundson affirme : "Quitter Nexium ne dit jamais obéir, mais plutôt travaille encore plus sur toi." Et dans un univers où la performance personnelle et la responsabilité individuelle sont valorisées, le doute devient une faute, la souffrance, une preuve d'insuffisance et la remise en question, une menace pour le groupe.

Ce mécanisme a été très bien décrit par le sociologue Alain Ehrenberg. Pour le coup, lui, on va le recevoir très bientôt sur une Power. Donc vous pouvez vous abonner à la chaîne pour pas le rater. Selon lui, nos sociétés ont profondément transformé la façon dont nous pensons la souffrance et l'échec. Là où ils étaient autrefois perçus comme des expériences collectives liées à des contraintes sociales, économiques ou relationnelles, ils deviennent aujourd'hui des défaillances individuelles. Dans ce cadre, demander de l'aide, douter ou s'arrêter devient presque une faute morale.

Et c'est précisément ce terrain-là que des systèmes comme Nexium exploitent. L'emprise ne se construit donc pas par la contrainte brutale, mais par une succession de choix apparemment rationnels et qui, bout à bout, enferme l'individu dans un système dont il ne perçoit plus les limites.

À partir de là, Nexium cesse d'être un simple programme de développement personnel pour devenir un système total avec ses règles, sa hiérarchie et surtout son centre de gravité : Kif Ranière. Au fil des formations, les participants découvrent que tout n'est pas accessible à tout le monde. Il existe des niveaux, des grades, des statuts. On progresse en fonction de son investissement, de sa loyauté et de sa capacité à travailler sur soi. Ranière, lui, est placé tout en haut de cette pyramide symbolique. Il n'est pas présenté comme un simple formateur, mais comme un penseur d'exception, un homme à l'intelligence hors norme, capable de voir ce que les autres ne voient pas. On l'appelle plus Kif, mais Vanguard.

Et progressivement, le rapport au groupe change et les membres sont encouragés à passer de plus en plus de temps entre eux, à se former, travailler, socialiser ensemble. Le monde extérieur, lui, est de plus en plus présenté comme suspect. Vous avez des proches qui doutent, c'est qu'ils sont négatifs. Des amis qui s'inquiètent, ils ne comprennent pas le processus. Des critiques, c'est la preuve que vous êtes en train d'évoluer et que eux ne suivent pas. C'est un mécanisme classique dans les systèmes d'emprise. Le monde se divise peu à peu entre ceux qui ont compris et les autres.

Et donc, si vous quittez Nexium, vous n'arrêtez pas seulement une formation. Ce serait reconnaître que ce à quoi vous avez cru, parfois pendant des années, reposait sur une illusion. C'est aussi perdre un statut, une identité, un groupe et parfois même une raison de vivre. C'est à ce moment précis que le développement personnel bascule. Il ne sert plus à émanciper l'individu, mais à le discipliner.

Et c'est dans ce terreau que vont pouvoir émerger les dérives les plus extrêmes. Car une fois que l'esprit critique est affaibli, que le leader est sacralisé et que le groupe devient la seule boussole, tout devient possible.

Pour comprendre pourquoi aujourd'hui le développement personnel constitue un terrain si fertile pour des systèmes d'emprise, il faut d'abord comprendre la fonction sociale qu'elle remplit. En effet, il ne se contente pas de proposer des outils pour aller mieux. Il offre une lecture du monde, une explication de la souffrance et surtout une promesse de transformation. En fait, il reprend en partie des fonctions autrefois occupées par les religions, mais avec une différence majeure : c'est une religion sans église, comme l'explique le sociologue Damien Carovnik, auteur du livre "Le développement personnel, nouvel opium du peuple". Il n'y a ni dogme clairement formulé, ni institution centrale, ni autorité reconnue pour trancher entre le légitime et l'illégitime. Là où la religion jouait auparavant un rôle rassurant et de repère, aujourd'hui chacun est invité à construire son propre chemin, à piocher dans des discours psychologiques, spirituels ou managériaux et à se composer une vérité sur mesure.

Cette absence de cadre peut donner l'impression d'une liberté totale, mais elle produit aussi une vraie fragilité. Lorsqu'il n'existe plus de règles communes, plus d'instance de régulation, plus de contre-pouvoirs symboliques, l'autorité ne disparaît pas, elle se déplace. Ce ne sont plus les institutions ou la science qui font autorité, mais des individus. C'est alors ceux qui savent capter l'attention, susciter l'adhésion émotionnelle et maîtriser les codes contemporains de la communication qui peuvent devenir des figures d'autorité incontestées. C'est un phénomène qui est amplifié par les réseaux sociaux, où l'on observe aujourd'hui une multiplication de dérives sectaires portées par des discours de bien-être, de développement personnel ou de spiritualité.

Nexium s'inscrit pleinement dans cette configuration. Elle ne propose pas une religion au sens classique du terme, mais un système qui mêle psychologie, coaching, éthique et développement personnel. Cette dynamique est renforcée par un contexte américain très spécifique où la frontière entre spiritualité, coaching, entreprise et croyances est particulièrement poreuse. Aux États-Unis, la liberté de croyance est protégée de manière quasi absolue. Concrètement, cela signifie qu'il est possible de créer son propre mouvement spirituel ou philosophique avec très peu de contrôle institutionnel, tant qu'aucune infraction pénale manifeste n'est démontrée. Ce cadre ultra permissif a favorisé l'émergence d'un véritable marché du sens. Des milliers de groupes, de coachs ou de formateurs proposent des réponses clé en main à la souffrance contemporaine : mieux-être, éveil, guérison, réussite ou transformation intérieure.

Il serait pourtant réducteur de comprendre Nexium uniquement comme le produit d'un climat culturel favorable. Contrairement à d'autres groupes dans lesquels on a observé des dérives sectaires douces et dans lesquelles l'emprise était principalement psychologique, Nexium va un cran plus loin. L'emprise n'est pas laissée au hasard. Elle est organisée, scénarisée et méthodiquement construite. Ranière met en place un véritable dispositif pédagogique et médiatique : des vidéos internes, des modules de formation, un vocabulaire codifié et une répétition constante des mêmes concepts. Ce savoir n'est pas destiné à éclairer, mais à modeler les perceptions. Il crée une grille de lecture unique à travers laquelle toute expérience, doute, souffrance, critique est immédiatement réinterprétée au profit du système.

Les témoignages de Sarah Edmundson et d'Alison Mac sont explicites sur ce point. Elle raconte comment chaque difficulté personnelle était retournée contre elle. Non pas comme un signal d'alerte, mais comme une preuve supplémentaire qu'il fallait aller plus loin, s'engager davantage, se corriger encore. Mais cette logique d'autodiscipline ne suffit pas à elle seule à maintenir durablement l'emprise.

À mesure que l'engagement progresse, Nexium ne se contente plus de travailler sur les croyances. Il organise la peur de la sortie. Les membres sont progressivement incités à partager des éléments intimes sur leur vie : confession personnelles, secrets familiaux, fragilité psychologique, parfois des documents, messages ou photos compromettantes, présentés comme des outils de travail sur soi ou de preuve d'engagement. Ces informations deviennent en réalité des moyens de pression. Key Sarah Edmundson explique que ses garanties n'étaient pas perçues comme des menaces au départ. Elles prenaient la forme d'un pacte moral : "Si tu crois vraiment au processus, tu n'as rien à cacher." Mais une fois le doute installé, ces éléments changent de statut. Quitter le groupe, critiquer le leader ou tout simplement prendre ses distances, c'est désormais risquer l'humiliation publique, la destruction de sa réputation, la rupture familiale ou professionnelle.

À ce stade, l'emprise ne repose plus seulement sur la croyance, elle repose sur la peur, la honte et l'anticipation des conséquences de la désobéissance. C'est ainsi que Nexium franchit un seuil décisif. On ne reste plus parce qu'on y croit, on reste parce que partir coûte trop cher.

Je me permets une petite précision. Le cas de Nexium, c'est un cas extrême de dérive sectaire dans le secteur du coaching et du développement personnel. Ce cas nous permet d'analyser les grandes dynamiques qui sont à l'œuvre, mais il ne peut être généralisé à toutes les dérives. Notamment, au cœur du système Nexium, la domination s'exerce de manière différenciée selon le genre. Si les hommes sont majoritairement intégrés dans des logiques de pouvoir, de hiérarchie et de loyauté idéologique, les femmes, elles, sont progressivement ramenées à leur corps, à la discipline, à la soumission. Le groupe secret d'OS, présenté comme un cercle de mentorat féminin, en est l'illustration la plus brutale. Sous couvert d'engagements, de sororité et de dépassement de soi, des femmes sont soumises à des régimes alimentaires extrêmes, à des exercices de contrôle permanents, à des rituels d'obéissance, jusqu'à être marquées au fer rouge aux initiales du gourou. Le corps devient le lieu ultime de la preuve de loyauté.

Ce point est fondamental. La violence n'apparaît pas comme une rupture, mais comme l'aboutissement logique du système. Après avoir appris à douter de soi, à s'autodiscipliner, à se rendre responsable de sa propre souffrance, il devient possible d'accepter l'inacceptable. Comme l'expliquent plusieurs anciennes membres de DOS, la souffrance physique est elle-même réinterprétée comme un outil de transformation. La fin devient une épreuve morale. La douleur, une purification. L'humiliation, un moyen de détruire l'ego. Le langage du développement personnel, maîtrise de soi, dépassement, résilience, est retourné contre celle qu'il prétend émanciper.

On retrouve ici un mécanisme bien documenté par les sciences sociales. Lorsque la domination est intériorisée, elle n'a plus besoin de s'imposer frontalement. Les victimes participent elles-mêmes à leur propre mise sous contrôle, persuadées que cette violence a un sens, une finalité supérieure. Les témoignages de Sarah Edmundson et d'Alison Mac montrent très clairement cette bascule. Alison Mac reconnaît avoir recruté, encadré et contraint d'autres femmes, convaincues à l'époque d'agir pour leur bien. Lors de sa condamnation, elle déclare : "J'ai cru à tort que je faisais ce qui était juste. Je croyais sincèrement aider les gens, les rendre meilleur." Ce n'est pas l'absence de morale qui rend ces violences possibles, mais au contraire une morale tordue et détournée où le mal est justifié au nom d'un idéal.

C'est ici que Nexium révèle ce dont il est réellement le symptôme : une époque où la quête de perfection, d'alignement et de transformation personnelle peut devenir une machine à broyer dès lors qu'elle n'est plus encadrée par des limites éthiques, collectives et institutionnelles.

Ce qui est intéressant à constater, c'est que ce qui attire les futurs membres de Nexium, ce n'est pas la recherche de vie éternelle comme le promet la religion ou encore l'absolution de tous nos péchés. Non, ce que Nexium promet à la base, c'est la réussite. Et Nexium se présentait comme une entreprise de formation au leadership et à l'épanouissement personnel. Et ça, c'est représentatif d'un réel bouleversement sociétal. La performance devient le chemin privilégié vers la reconnaissance. En fait, c'est symptomatique du fait que la réussite aujourd'hui est devenue morale. Soit tu réussis, et c'est bien. Soit tu ne réussis pas, et c'est mal. Du coup, toutes les personnes n'ayant pas encore obtenu une certaine forme de reconnaissance ou de richesse financière ont l'impression de ne pas être là où elles devraient être. Elles ont l'impression d'être en échec, et l'échec, c'est mal. Surtout lorsque les réseaux sociaux nous renvoient quotidiennement l'idée que la réussite, c'est à portée de main et que c'est à nous de la saisir.

"Si tu ne sais pas où tu vas, que tu ne sais pas quoi faire et que tu n'arrives pas à te motiver, c'est pas en continuant de regarder des vidéos que ça va changer. Tu es l'architecte de ta vie. Un bon physique, c'est pas une séance magique, mais c'est une séance sérieuse. Allez, va bosser."

Si l'on va mal, si on ne réussit pas, c'est qu'on n'est pas encore allé assez loin dans la transformation. Alors, si on veut aller mieux, il suffit d'agir, ou plutôt de travailler sur soi. C'est exactement sur ce sentiment que se base Nexium pour attirer ses adeptes. Les stages de recrutement servent à partager une idée principale : tu peux réussir dans n'importe quoi, ça dépend juste de toi.

C'est ce que le sociologue Damien Carovnik nous explique dans son livre. L'être humain devient un appareil qu'il faudrait sans cesse optimiser, mettre à jour, améliorer. En s'inscrivant dans la logique néolibérale, le développement personnel transforme l'individu en projet à optimiser en permanence, faisant de la performance, de l'adaptabilité et de la résilience des normes intimes. Alors, l'humain devient responsable de tout, y compris de ses souffrances. Et cette glorification du soi n'a été permise que par son contraire : le délitement du nous.

On assiste à une vraie crise du collectif. À la différence des sociétés confucéennes qui donnaient la priorité à l'harmonie du groupe et à la famille, ou à la Grèce antique qui valorisait le citoyen bien plus que l'individu, on est tombé peu à peu dans une société où le sens ne vient plus du lien, mais de l'autoréalisation. Et surtout, les jeunes sont particulièrement fragilisés par le contexte socio-économique de ces dernières années. Perte de petits boulots pendant la pandémie qui entraîne des difficultés financières. Manque de lien social, incertitude face à l'avenir et au moment où ils pourront retrouver une vie normale. Selon une étude du CREDOC et de la Fondation de France, plus d'un jeune sur deux a un sentiment d'abandon, et cet abandon mène de facto à une chute du sentiment d'appartenance que permet le lien social.

Et c'est là que les entreprises de coaching comme Nexium en profitent. Elles transforment ce manque en marché. Le coaching ne crée pas le mal-être, mais il apprend à l'exploiter. On ne fait plus la promesse d'un mieux-être partagé, parce que ça devient difficile à le croire, mais celle d'une optimisation individuelle sans fin. Et dans cette logique, le sentiment de manque n'est jamais vraiment résolu. Il est entretenu volontairement, parce que c'est ce qui permet à la machine de tourner.

Alors, la victime reste parce qu'elle a l'illusion du contrôle. Et dans un monde chaotique, incertain, rien n'est plus rassurant que d'avoir le sentiment d'être aux manettes. Mais le revers est brutal. Si tout dépend de toi, alors tu deviens aussi responsable de tout. Et c'est là que le discours devient violent. Être rendu responsable de son propre malheur, de sa solitude, de ses échecs affectifs, ça crée une charge psychique énorme qu'on ne peut parfois plus supporter.

C'est d'ailleurs ce qui illustre bien le mouvement incel. Les incels, ce sont des hommes qui se disent exclus des relations amoureuses et sexuelles et qui expliquent cette solitude en rejetant la responsabilité sur les femmes et le système social. "Peu importe qui tu es, peu importe ce que les meufs veulent de toi, elles te mentiront. C'est dans leur gène. Les femmes mentent depuis la nuit des temps." Donc, au lieu d'endosser une responsabilité totale et écrasante : "Si je suis seul, c'est que je suis défaillant", certains préfèrent déplacer la faute vers un groupe extérieur, en l'occurrence les femmes. Et pourquoi est-ce que les femmes ne s'excusent jamais, même quand elles ont tort ? La hausse des incels n'est pas seulement un phénomène misogyne ou radical. C'est aussi le symptôme d'un modèle qui promet la toute-puissance individuelle sans offrir les ressources collectives pour supporter le poids de cette promesse lorsqu'elle n'advient pas.

Au fond, le vrai piège, c'est qu'on cherche des solutions individuelles à des problèmes profondément collectifs. Tant qu'on ne s'attaque pas aux causes qui fragilisent autant de personnes : le fritement du lien social, la montée de l'anxiété, le culte de la performance, on continuera à voir émerger les mêmes dérives.

Et le problème de fond, c'est que beaucoup n'ont tout simplement plus confiance dans les institutions qui pourraient agir à l'échelle collective. Si le développement personnel et certaines dérives sectaires prospèrent aujourd'hui, c'est aussi parce qu'ils s'inscrivent dans un contexte de profonde perte de confiance envers les institutions politiques, sociales et religieuses. Beaucoup perçoivent le système comme opaque, déconnecté, incapable de les protéger ou de les considérer. Alors, ils se tournent vers ceux qui semblent, au moins en apparence, vraiment s'intéresser à eux.

Dans ce vide, on assiste à une confusion dangereuse entre information, croyance et expérience personnelle. Ce qui fonctionne pour moi devient une vérité. Ce qui est ressenti devient une preuve et la foi remplace la vérification. Comme dans les religions, l'adhésion repose moins sur les faits que sur la croyance. Mais ici, l'autorité ne vient plus d'une institution, elle vient du charisme.

Le cas de Nexium l'illustre parfaitement. Présenté comme un simple programme de développement personnel, le mouvement a progressivement transformé des expériences subjectives en dogme, jusqu'à neutraliser toute critique au nom du travail sur soi. Mais quand le charisme devient la nouvelle compétence, l'esprit critique recule. Ce qu'ont en commun le succès du développement personnel, certaines dérives sectaires et la montée du populisme, c'est le même glissement : on ne cherche plus à savoir, on cherche à croire. Quand les institutions perdent leur crédibilité, les faits s'entendent plus par la preuve, mais par la promesse.

C'était passionnant d'étudier le cas de cette secte qui est assez méconnue encore en France, mais surtout d'étudier en quoi c'est représentatif des dérives du développement personnel. Et bah moi, ça fait déjà 2-3 ans que ça me parle de part mon expérience que j'ai vécue, les dérives dont j'ai moi-même pu être victime. Et c'est d'ailleurs pour ça que j'en avais fait un essai, "Tout va mal", qui est sorti en 2024 aux éditions Harper Collins, et il vient de sortir en poche tout récemment en librairie. Donc, il est à nouveau disponible. Donc, si cette vidéo vous a plu et si ça vous intéresse de creuser ce sujet, c'est vraiment ce que j'ai fait dans cet essai.

Si cette vidéo vous a plu, bah n'hésitez pas à nous le dire. C'est des vidéos qu'on travaille pendant assez longtemps. On essaie de proposer voilà la plus grande qualité, autant dans le fond que dans la forme. Donc, bah je passerai lire tous vos commentaires. N'hésitez pas à vous abonner et je vous dis à très vite pour une toute nouvelle vidéo.