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Transformer le plomb en or, découvrir la pierre philosophale, concocter un élixir de jouvance. Dans toute l'Europe médiévale, jusqu'au 18e siècle, des hommes savants, médecins, philosophes, ont travaillé l'alchimie, domaine d'initiés. Ses représentations et son langage codé ont donné lieu aux interprétations les plus fantasques. C'est à une découverte de ce dialogue entre l'esprit et la matière que je vous convie aujourd'hui, un voyage entre symboles et personnages emblématiques du Grand [Musique] [Musique] œuvre.
Mon nom est Philippe Charlier. Je suis médecin légiste, anthropologue et historien. À travers des lieux magiques et des rites vivants, je vous emmène à la découverte des grands mythes de [Musique] l'humanité.
À partir du Moyen-Âge, dans toute l'Europe, des hommes se mettent à manipuler les matières, les éléments, dans leurs ateliers. Ils chauffent, mélangent, transforment. Ces hommes, les alchimistes, tentent de comprendre comment fonctionne la nature, car ils espèrent réaliser de grandes choses. Leur but : savoir comment fabriquer de l'or, mais aussi vivre plus longtemps en concoctant un remède qui pourrait guérir toutes les maladies. Cette quête, c'est l'alchimie.
Au fil des siècles, des générations d'alchimistes vont se succéder, s'inspirant des mêmes manuels ou des mêmes manuscrits pour garder leur secret. Ils utilisent un langage codé et des symboles que seuls les initiés peuvent déchiffrer.
Paris, et notamment la cathédrale Notre-Dame, fourmille d'indices et de symboles de cet art. Didier Can est historien, spécialiste de l'alchimie. Il m'accompagne pour cette première étape de notre enquête.
Comment séparer le fantasme de la réalité historique ? Didier, au Moyen-Âge, et bien longtemps après, la cathédrale Notre-Dame était un lieu de rendez-vous. Toujours maintenant, d'ailleurs. Oui, oui, oui. Est-ce que c'est aussi un lieu d'enseignement ou de tradition du savoir ? C'est un endroit que les alchimistes ont visiblement considéré eux-mêmes comme une sorte de grimoire de pierre, comme une sorte de d'enseignement gravé, des symboles de leur art. À une époque où le sens religieux, spirituel de ces symboles n'était plus du tout perceptible pour eux, puisque il s'agit d'une cathédrale du 13e siècle et à partir du du 16e siècle, probablement déjà dès le 15e siècle, le sens de ces symboles s'était perdu.
On en a ici un excellent exemple avec le le portail central, donc de Notre-Dame. Euh, ici, on se trouve face à des couples de vertus et de vices. Vous en reconnaissez peut-être quelques-uns. Euh, ici, par exemple, le deuxième, c'est euh, la le caducée représente la sagesse et euh, en dessous, nous avons la folie. Pour les alchimistes, un, par exemple, le caducée, c'est un serpent, ça représente, ça ça ça évoque immédiatement pour eux le mercure. Une salamandre, ça va immédiatement évoquer pour eux, par exemple, le soufre. Le mercure, le soufre sont des principes caractéristiques des alchimistes. Mais en réalité, de quoi s'agit-il ? La salamandre ici représente la pureté, et la dame à la balance représente l'injustice, tout [Musique] simplement.
Pour avoir une idée réelle de ce que fut vraiment l'alchimie, je quitte Paris pour Londres. L'Institut Warburg a rassemblé une collection unique de plusieurs ouvrages alchimiques, un témoignage inestimable, réuni et étudié par le professeur [Musique] Charles.
Où sont les livres sur l'alchimie ? Ils sont à quatre étages de la bibliothèque. L'étage consacré à l'alchimie. Ils sont classés entre les ouvrages sur les sciences naturelles et ce sur la magie. [Musique]
L'alchimie occidentale serait née au 1er siècle de notre ère, en Alexandrie d'Égypte. Quant au mot alchimie, il est hérité du mot arabe "al-kimiya", lui-même issu du grec "khemeia", signifiant mélange, mixture. Est-ce que c'est la tradition arabe, amie du savoir alchimique, depuis l'Antiquité gréco-romaine jusqu'au Moyen-Âge ? Oui, absolument. On peut même dire exclusivement. En alchimie, les textes latins que nous possédons sont tous issus de textes en langue [Musique] arabe. Et là, ce qui est très intéressant, c'est que vous avez non seulement l'alchimie à l'origine orientale, gréco-romaine, arabe, juive, et enfin celle du Moyen-Âge, des temps modernes. C'est toute l'histoire de l'alchimie. On essaie de les conserver dans un ordre chronologique [Musique] strict.
Les ouvrages d'alchimie nous apprennent autant sur les techniques que sur les mentalités anciennes. Elle mêle étroitement physique et métaphysique. Que nous racontent ces livres sur l'histoire de l'alchimie ? Dans notre collection de livres rares, je n'ai sélectionné que quelques livres de l'histoire de l'alchimie. Dans ce premier livre, ce qui m'a intéressé, c'est cette couverture où nous avons des sages du passé qui disent avoir été inspirés par des anges et des esprits. Paracelse, Héraclite, tous ces personnages qui sont sur le frontispice, ce sont ceux qui ont été inspirés par les esprits, ce sont ceux qui ont eu un rapport direct ou indirect avec la divinité. Exactement. Les formules chimiques de Paracelse étaient, selon lui, inspirées directement par les esprits, ainsi que ses textes médicaux. Paracelse est connu pour avoir révolutionné la médecine, mais ses remèdes ressemblaient beaucoup aux remèdes alchimiques. Il y a un vrai lien entre les deux.
La pierre philosophale est le véritable Graal des alchimistes, un ingrédient miracle et introuvable, combinaison des quatre éléments de base de l'alchimie : l'eau, l'air, le feu, la terre. Le secret de la fabrication de la pierre philosophale a obsédé des générations d'alchimistes. Ça, c'est la pierre philosophale, et ici, les ingrédients de la pierre philosophale, ou plutôt une description de la façon dont la pierre est fabriquée. On peut voir les éléments feu, air, eau et terre. On voit ici le feu du soleil, qui signifie le soufre. Ici, on voit l'eau provenant de la lune, cela signifie le mercure. C'est le mélange de base de toutes les opérations alchimiques. Vous, à titre personnel, de voyager dans tous ces ouvrages alchimiques, dans quel état d'esprit vous vous placez ? Est-ce que vous vous êtes dans une démarche également alchimique, mais par les livres ? Oui, d'une certaine manière. J'ai été initié à des secrets [Musique] merveilleux.
Retour à Paris auprès de pour me pencher sur la figure du plus populaire des alchimistes français. La pierre philosophale est au cœur de la renommée acquise par Nicolas Flamel, un écrivain public parisien mort en 1418. Devenu riche, il fait bâtir plusieurs maisons dans la capitale et aide les plus pauvres. Une fortune et une générosité suspectes aux yeux de tous. Selon la rumeur, Nicolas Flamel perce le secret de la pierre philosophale et parvient à fabriquer de l'or. Plusieurs manuels d'alchimie, écrits des siècles après sa mort par des auteurs anonymes, lui sont même attribués.
Voici une maison de Nicolas Flamel. Oui, l'une de celles qu'il a fait bâtir. Cette maison n'était pas, ne lui était pas destinée, elle était destinée à héberger les pauvres gens qui en avaient besoin et qui recevaient là le gîte et le couvert moyennant quelques prières. Malgré tout, des apprentis alchimistes ont gratté les murs ou même fouillé les caves pour essayer de retrouver du palpable. Oui, ça s'est produit, pas les caves de cette maison, mais d'autres maisons de Nicolas Flamel qui étaient encore debout au 18e siècle. Ils cherchaient quoi ? La pierre philosophale. Oui. Alors, ils ont pris la terre des caves et puis ils ont tâché de la travailler au laboratoire, de façon, dans dans l'espoir d'en extraire, sans doute, de l'or. On a prétendu qu'une vieille dame qui habitait la maison voisine était tombée sur toutes sortes de fioles contenant encore, Dieu sait quoi, et que malheureusement, dans son ignorance, elle avait tout perdu. [Musique]
Sa fortune et l'interprétation posthume de plusieurs symboles ont fait de Nicolas Flamel un alchimiste. Des indices inscrits sur sa pierre tombale, mais aussi sur une arche qu'il fit graver sur le mur d'enceinte de l'ancien cimetière parisien des Innocents. Il faut imaginer le cimetière des Innocents avec des arches, ici d'ailleurs, celles-ci sont les seules dernières authentiques qui persistent. Et entre la partie basse et la partie haute où était stocké les squelettes, l'ossuaire, là, Nicolas Flamel avait fait bâtir un bas-relief. Au bas de ce bas-relief se trouvaient les fameux deux dragons de Nicolas Flamel, l'un ailé, l'autre sans aile, euh, qui ont été interprétés, euh, par les alchimistes comme symbole du soufre et du mercure, symbole du principe fixe et du principe volatile. Quelques alchimistes au 16e siècle ont amalgamé l'interprétation alchimique de ces dragons avec l'idée que la fortune de Nicolas Flamel pouvait venir de sa connaissance de la pierre philosophale.
Est-ce qu'on est déjà sûr qu'il était très riche ? Est-ce que ce n'est pas déjà une une invention ? C'est déjà une légende. En réalité, sa fortune n'était pas extrêmement supérieure à celle d'autres bourgeois de de de son temps. J'ai l'impression que vous n'aimez pas trop Nicolas Flamel, vous en parlez vraiment avec dédain, comme si c'était une sorte d'imposteur de l'alchimie. Non, ce n'est pas ça. Le malheureux n'a jamais fait d'alchimie, il n'y est pour rien dans cette histoire. C'est une légende qui date du 16e siècle, des alchimistes qui n'en sont pas, des auteurs de traités inconnus utilisant de faux noms, des recettes, des formules obscures et improbables.
Comment ne pas s'étonner que les alchimistes soient parfois considérés comme de véritables charlatans ? Ce parcours parisien à la recherche de l'alchimie, c'est une recherche impossible. Rien ne tient, rien n'existe en fait dans l'alchimie, c'est que des des élucubrations, des interprétations. Il n'y a rien de vrai. Non, non, pas du tout. Les les alchimistes n'étaient pas du tout les les les fumistes, c'est le cas de le dire, qu'on pourrait penser. Loin de là. C'était des hommes de laboratoire, et c'était des hommes d'étude qui ont qui étaient donc qui possédaient à la fois une une habileté évidente au laboratoire et la capacité de produire des des théories qui tenaient parfaitement la route. Donc, il y a quand même des gens sérieux qui pratiquent l'alchimie et qui ont fait avancer les choses. Alors, ils n'ont peut-être pas trouvé la pierre philosophale, mais au moins pour l'étude à la fois de la chimie et de la physique au sens moderne, ils ont laissé leur trace.
Alors, les alchimistes sont à la recherche de la fabrication de l'or, et ils sont aussi à la recherche d'un remède qui permet de prolonger la vie, une sorte d'élixir de jouvence. Voilà. La magie n'a rien à voir avec l'alchimie. Les alchimistes ne cherchent pas à invoquer des esprits, ils ne cherchent pas à faire jouer des forces occultes de la nature. Ils cherchent à comprendre les ressorts de la nature et à reproduire ces ressorts dans leur laboratoire. Les alchimistes n'étaient donc pas considérés comme hérétiques. D'ailleurs, ils ne furent jamais inquiétés pour avoir pratiqué cet art. Leur démarche principale était de comprendre comment, dans la nature, se formaient les métaux. Jusqu'au 18e siècle, il était admis que les métaux mûrissaient lentement dans le sol pour aboutir finalement à la forme la plus noble, l'or. Les alchimistes voulaient simplement accélérer ce processus. Des recherches forcément longues et difficiles, qu'il fallait financer auprès de riches [Musique] mécènes.
Direction Prague avec Didier Can. Prague, qui fut jadis la capitale européenne de l'alchimie. Ici, les alchimistes étaient invités et encouragés à pratiquer leurs expériences. Didier, à la Renaissance, Prague devient une véritable plaque tournante pour les alchimistes. Pourquoi ? La ville de Prague, à cette époque, est l'une de celles qui concentre le plus d'alchimistes. Probablement une cinquantaine s'y trouvait entre, disons, les années 1570 et 1620. On trouve au moins une cinquantaine d'alchimistes très connus et moins connus, et puis des distillateurs. Pourquoi à Prague ? Parce que Prague devient ville impériale au moment de l'avènement de l'empereur Rodolphe II. Et Rodolphe II est un immense mécène qui attire toutes sortes de de de personnages, enfin, des artistes de toutes sortes. Et les alchimistes viennent eux aussi, attirés par le mécénat non seulement de l'empereur, mais aussi de tous les princes riches qui se trouvent à Prague et aux alentours. Donc, il y a des artistes, aussi bien des peintres, des sculpteurs, des graveurs, que des alchimistes. C'est un un art comme un autre. C'est un art comme un autre, à la différence près, naturellement, que celui-ci est susceptible de produire de l'or, d'apporter la santé. Et ce sont les motivations principales, bien sûr, des princes. [Musique] [Musique] [Musique]
Didier, ceci est une reconstitution d'un atelier d'alchimie. C'est très imaginaire, mais qu'est-ce qu'il peut y avoir de réaliste ? Des fours comme ceux-là pouvaient parfaitement exister. Il est bien évident qu'il faut une ouverture ici pour introduire le combustible, bois ou charbon. Ici, tout autour, il fallait des ouvertures circulaires qui sont destinées à permettre de regarder ce qui se passe à l'intérieur. Parce que l'alchimiste n'attend pas que le résultat de son opération, il veut voir comment ça se passe. Donc, il jette un œil permanent sur toute le toutes les modifications d'aspect, de substances, de couleur, de forme. Il jette aussi un œil sur l'état du combustible. C'est capital, parce que il n'a pas de thermomètre, mais il sait très bien euh quelle température il veut obtenir. Donc, il ne faut pas que le feu se refroidisse. J'ai, on, on a des des témoignages de d'alchimistes qui qui racontent que leur four soit exposé parce que la température est montée et le le serviteur qui était chargé de surveiller le feu s'est endormi, soit l'inverse, toute la matière a été perdue parce que le feu s'est éteint, parce que le serviteur s'est endormi et n'a pas réalimenté le feu. On a, on a tout ça.
L'alchimie fut un tâtonnement, souvent hasardeux et dangereux, mais il fut porteur de véritables découvertes. Les instruments de laboratoire comme la cornue, les techniques de la sublimation, de la distillation, du bain-marie, tout cela fut jadis découvert par des alchimistes. Ils purent ainsi, notamment, mettre en évidence des éléments comme le soufre, le mercure, les acides sulfurique, nitrique et même chlorhydrique. L'une des grandes différences, disons, entre l'alchimie et la chimie moderne, c'est que on fait souvent des opérations de longue durée. Donc, ça veut dire que pendant des semaines, il va falloir alimenter le feu, surveiller la température, surveiller les matières, modifier, changer. Bon, il faut du temps, de l'argent, du combustible. Donc, le combustible, ça finit par coûter cher, inévitablement. Du matériel, du matériel, parce qu'un vase va exploser, vous allez perdre votre matière. Vous travaillez sur des matières précieuses. Le laboratoire des alchimistes s'est constitué en gros entre l'alchimie grecque et l'alchimie arabe, et il est resté à peu près tel quel jusqu'à la fin du 18e siècle. Donc, ça représente quand même 18 siècles d'usage.
Les alchimistes installés à Prague cherchent non seulement à fabriquer de l'or, mais aussi des remèdes afin de soigner leurs protecteurs, l'empereur Rodolphe II. Médecin personnel de l'empereur et alchimiste, Michael Maier s'élève contre les faux remèdes et les charlatans de l'alchimie médicale, mais lui aussi échoue. La mort de l'empereur en 1612 sonne la fin de cet âge d'or de l'alchimie à Prague. Ici, à Prague, Rodolphe II est vraiment le maître absolu des alchimistes. Et quand Rodolphe, avec sa syphilis, se fait préparer des solutions alchimiques, ce sont des médicaments au sens moderne du terme, ou c'est de la poudre de perlimpinpin ? En général, ce sont des des remèdes. Certains d'entre eux ont pu être décrits, fabriqués à nouveau, et on sait de quoi ils se composent. À l'époque de Rodolphe II, il y a énormément de transmutations publiques. Donc, des alchimistes devant des témoins, devant l'empereur, vont justement transformer du mercure en or ou du plomb en or. Est-ce que ça se passe vraiment ? Je dois vous avouer que j'y crois pas trop. Ou est-ce qu'il y a une prestidigitation derrière, façon David Copperfield ? Alors, évidemment, ça ne peut pas s'être vraiment passé. Ces transmutations. Logiquement, il y a toujours un truc derrière. Il existe donc des dizaines et des dizaines de trucs, du plus grossier au plus raffiné. C'est quand même dommage, cette double facette chez les alchimistes. D'un côté, ils réorganisent le monde avec des symboles et presque de la chimie au sens moderne. D'un autre côté, ils ont cette latence d'escroquerie. Oui, d'escroquerie intellectuelle. Oui, c'est l'un des paradoxes qui reste à résoudre. À vrai dire, c'est, on n'a pas du tout fini d'écrire l'histoire de l'alchimie. On est au contraire, c'est une discipline qui est en plein essor actuellement. Et donc, ça fait partie, vous avez tout à fait raison, des questions qui restent à élucider.
À Cambridge, une nouvelle génération d'historiens se penche sur l'alchimie. Ils suivent les traces de certains de leurs plus célèbres aînés et dépoussièrent au passage notre regard sur les alchimistes. Car en Angleterre, dès la Renaissance, alors que science, philosophie et religion sont encore étroitement mêlées, l'alchimie s'engage dans une évolution menant vers la science moderne.
Bonjour. Bonjour. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à l'alchimie dans un cadre aussi académique que Cambridge ? L'alchimie est un sujet très intéressant, car c'était un art au Moyen-Âge et non pas une science. Elle n'était pas enseignée à l'université, ni organisée en guildes. Pourtant, elle se rapproche de la philosophie naturelle. Il y a eu beaucoup de personnes qui ont pratiqué l'alchimie à Cambridge ou qui furent intéressées par l'alchimie. Ils y ont laissé des livres et des manuscrits. Donc, c'est le meilleur endroit pour étudier l'histoire de l'alchimie. Isaac Newton a étudié ici à Trinity College. Série d'hommes célèbres, d'esprits curieux qui ont étudié la nature de façon obsessionnelle afin de mieux la comprendre et développer une méthode scientifique. C'est ce qui distingue la période tardive de l'alchimie anglaise justement. Newton n'est pas présenté comme un alchimiste maintenant, mais plutôt comme un physicien. Est-ce que c'est lui justement la figure angulaire qui fait la différence entre un monde ancien symbolique et un monde moderne scientifique ? Par l'historiographie, plus comme un scientifique, un physicien. Ce que les gens ne savent pas, c'est que sur les 10 millions de mots qu'il a écrit, 1 million portait sur l'alchimie. Il portait un très vif intérêt à l'alchimie, qu'il étudiait de manière obsessionnelle. C'est une facette, avec les études théologiques, qui a été oubliée par l'histoire pendant longtemps. Mais nous savons maintenant que c'était l'une des façons qu'il avait d'étudier la nature.
Isaac Newton formule ses principales théories scientifiques, comme la loi de la gravitation universelle ou la composition de la lumière, alors même qu'il étudie intensivement l'alchimie. Et lorsque Newton s'intéresse à la chimie, il l'apprend auprès de son aîné, Robert Boyle, un alchimiste [Musique] déclaré.
Voici le livre sous-titré qui est considéré comme étant le père de la chimie moderne. Robert Boyle s'intéressait à beaucoup de choses. C'était un homme d'Oxford. Sa connexion à Cambridge dans l'histoire de l'alchimie passe par le fait que ce livre que nous conservons était en fait l'exemplaire d'Isaac Newton. Isaac Newton a lu Boyle, il a lu ce manuscrit, et il se trouvait dans la situation d'avoir accès à toutes les connaissances que ses prédécesseurs avaient accumulées. Il les utilisait pour faire des expériences alchimiques. Il était très intéressé par ce genre de manuscrit. Le livre s'inscrit contre l'alchimie frauduleuse, faire de l'or du faux, ou faire de faux médicaments, tout ça pour du profit. Tout ce qui est en rapport avec des activités frauduleuses, voilà à quoi s'oppose. Est-ce que ce que Boyle veut dire, c'est que l'alchimie sincère et honnête, c'est la physique moderne ? Il introduit l'idée que si l'on fait une expérience scientifique, on ne doit avoir aucun a priori. On expérimente, on tire des conclusions, et on recommence encore et encore, afin de chercher à élaborer une théorie uniquement basée sur la pratique. Ce qui était en fait l'opposé de ce qui se pratiquait au Moyen-Âge, où le savoir dominant, hérité de l'Antiquité, décrétait : voici comment marche le monde. Et les écrits aristotéliciens proposaient une théorie des quatre éléments. Personne ne remettait cela en question. Tout le monde travaillait en se basant sur ce principe.
Parce que là, sur cette demi-page, on a le moyen de soigner l'épilepsie, la fièvre, notamment fièvre tierce et quarte, le paludisme, les douleurs de l'accouchement, la peste, le mal de dent, et l'hydropisie, les œdèmes, et même les maux d'entrailles. Tout, vous retrouvez la médecine et l'alchimie, et toutes les combinaisons possibles dans différents manuscrits alchimiques ou dans des compilations d'articles. Le but était de créer le remède universel qui réglerait tous les problèmes d'un seul coup et supprimerait également le péché originel. [Musique]