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« Hermès Trismégiste et la quête du Livre : une métaphore égyptienne de l’intelligence »

Institut de France1:11:50

Transcription

Mesdames et messieurs, chers amis, bonjour. Je vous remercie d'être venus pour cette conférence d'aujourd'hui, qui va nous ramener à la première. Puisque nous revenons en Égypte, dans une autre époque, bien bien postérieure à celle pharaonique, nous avions abordé la première fabrique. Nicolas Grimal, et j'ai le grand plaisir de vous de présenter le conférencier d'aujourd'hui, mon collègue, confrère et ami, Jean-Pierre Mahé. Qui, dont l'érudition me confond toujours, qui est à la fois donc un grand spécialiste de l'Arménie, de de l'Arménie classique, de la Géorgie, d'autres langues caucasiennes qui sont à peine connues par ailleurs, et aussi de la pensée, de la pensée hermétique, du dedans de l'air et nelly stick, et des textes, des textes gnostiques transmis en copte. Dos à propos desquels, dont il a dirigé la publication des traductions, enfin des responsables de la traduction dans la Pléiade. Et il va nous parler aujourd'hui justement, revenir à cette à cette à ses premières, à ces points, ses premiers exploits. Puisque, comme vous le savez, il a, il a lancé une, je pense, une polémique qui n'est pas près de retomber. Après le Festibière, le les contrôles des faits suggèrent qu'ils estimaient que la que la l'hermétisme et n'était une un produit purement grec hellénistique. Jean-Pierre Mahé, et avec eux leurs maisons d'hôtes et gîtes, a montré les origines égyptiennes de cette sagesse mystérieuse. Pour le coup, qui va nous présenter aujourd'hui, je lui laisse volontiers la parole. Je vous remercie beaucoup.

Mémoire et sagesse ont trouvé leur potion, s'écrit triomphalement le dieu Thot, brandissant devant Pharaon les hiéroglyphes qu'il vient tout juste d'inventer. Ce dieu, que les Égyptiens représentent comme un ibis ou un babouin, n'est autre que Thot, le scribe sacré, auteur des livres de la Maison de Vie, scriptorium ou bibliothèques des temples. Vous voyez ici le scribe Nefer-Maât, de la XVIIIe dynastie, au pied du maître de son art, de l'écriture. Thot, représenté par un babouin dans le Phèdre de Platon, se flatte que l'écriture gravée sur des stèles de pierre guérit les défaillances de la mémoire humaine. Il y voit un souverain remède à l'oubli. Grâce à l'écriture, pense-t-il, la sagesse primordiale accumulée par les anciens durant des millénaires, depuis les origines du monde, se transmettra de génération en génération.

En vain, Pharaon proteste que l'écrit, loin d'être un médicament salutaire, est une drogue mortelle qui étouffe la mémoire. On se rate d'oublier tout ce qu'on croit archivé. Au lieu d'inscrire en soi-même les préceptes de la sagesse, on s'en décharge sur des supports matériels qui éclipsent la pensée. Qu'en leur temps, où les aèdes récitaient les épopées, non point d'après des livres, mais par tradition orale. En ce temps-là, le maître des vers n'était pas un simple jeu rythmique, mais une âme mnémonique. Et pourtant, c'est l'écrit qui a triomphé.

On cultive aujourd'hui le mirage des mémoires d'outre-tombe ou des antimémoires. On vante le miracle dont Shakespeare s'émerveille dans un de ses sonnets. D'où Blake, inc, my love, mais ce style, chan bright. Un très célèbre conte fantastique égyptien, "L'aventure de Sanehat", avec les momies, transmis sur un papyrus des boutiques du IIIe siècle avant notre ère, met en scène le prince Khaemouaset, fils de Ramsès II et grand prêtre de Ptah-Amon. Fils, dans cette fiction romanesque, le héros tente de voler à la momie d'un magicien, je cite, "un écrit efficace, un livre que Thot a tracé de sa propre main et dont la lecture suffit à élever au-dessus des dieux". Ce projet sacrilège suscite tant de cauchemars prophétiques, tant de châtiments divins, qu'il est voué à l'échec.

Mais le thème de la quête du livre, de l'écrit magique, contemporain du Big Bang de l'émergence de l'être, traverse les âges, déborde la barrière des langues et le mystère des hiéroglyphes pour inspirer aux Grecs, installés en Égypte depuis la conquête d'Alexandre jusqu'à l'expansion arabe, le mythe d'Hermès Trismégiste. Hermès est l'interprétation grecque du dieu Thot. L'historien Hérodote nomme Hermopolis, c'est-à-dire la ville d'Hermès, ce que l'Égyptien appelle la ville de H'moun, copte Chemou, en référence à l'oc Thot, c'est-à-dire aux huit divinités primordiales dont Thot est le scribe et cantatrice légiste. Ce n'est à l'origine qu'un simple superlatif. En effet, dans les inscriptions égyptiennes, "très grand" appliqué à Thot se dit "a-a-a-a-our", on répète trois fois l'adjectif "grand" et on ajoute "très" à la fin. Les Grecs ont d'abord décalqué cette formule. Ils ont dit "le très grand, très grand dieu, le grand Hermès", mais glissèrent, puis ils ont abrégé en formant l'adjectif "trismégiste", trois fois grand ou trois fois très grand. L'épithète se comprenait d'elle-même pour les locuteurs bilingues connaissant à la fois le grec et l'égyptien. Mais qu'intriguait ce qu'ils ne savaient que le grec. Pourquoi Hermès est-il trois fois très grand ?

Au tournant du Ier et du IIe siècle de notre ère, Martial, le poète satirique latin, pose la question sans y répondre. "À lui seul, écrit-il, Hermès est tout et il est trois fois un." Cette énigme défie l'arithmétique, mais rien de tel que l'échec de la raison pour raviver le mythe et en impressionner la pensée. Je vous cite un oracle qu'il ne cesse de chercher : "Celui qui cherche jusqu'à ce qu'il trouve, et quand il trouvera, il sera bouleversé. Une fois bouleversé, il s'émerveillera et il règnera sur le tout."

La triple cité d'Hermès a donné lieu à trois hypothèses. Premièrement, on a pensé une simple affaire de famille. On sait qu'en Orient, le petit-fils aîné porte souvent le nom de son grand-père paternel. Ainsi, Thot a eu Hermès, a pris soin de graver ses enseignements sur des stèles qu'il confia à son fils, bon génie en grec Agathodémon, puis le fils d'Agathodémon, appelé Hermès comme son grand-père, traduisant en grec les stèles hiéroglyphiques, méritait l'appellation de Trismégiste parce qu'il réunissait en lui l'auguste tradition de trois générations de sages. Recueillis par les chroniqueurs byzantins, cette légende passa ensuite dans l'historiographie arabe qui relate la vie des trois Hermès, habitants respectivement la Haute-Égypte avant le déluge, puis Babylone, et enfin Madinat Misr dans la région du delta. En fin de compte, Hermès vient d'un nom de famille qui se transmet de génération en génération : Hermès, Thot, Hermès Agathodémon, Hermès Trismégiste. Ce prosaïque émiettement généalogique répondait mal aux aspirations mystiques des adeptes de Trismégiste. Pourquoi le même était-il trois en un ?

On cherche à des explications ésotériques, d'où une deuxième hypothèse sur le nom de Trismégiste. Au contraire des magiciens ordinaires qui traitent avec les démons et les puissances des ténèbres, Hermès avait la réputation d'écarter les maléfices pour agir en accord avec la divinité suprême. On en donne son appellation de Trismégiste pour une sorte de profession de foi en un dieu unique qui serait composé d'une triple grandeur. Du IIIe ou Ve siècle de notre ère, les apologistes chrétiens usaient et abusaient de cette conception trinitaire. "Dès l'origine des temps, prétendaient-ils, par exemple, absence ou Cyrille d'Alexandrie, Thot avait annoncé le mystère divin de la Sainte Trinité." Bien sûr, c'est un contresens, sauf si l'on mythifie les textes comme le firent justement Lactance et Cyrille d'Alexandrie.

À cause de cette transmission fragmentaire, les humanistes du XVIe siècle n'eurent guère le choix. En dehors de brefs extraits patristiques ou alchimiques et de la Asclepius latine citée par Saint Augustin, il ne connurent de l'hermétisme qu'une anthologie byzantine du XIe siècle, dénommée dès lors Pimandre ou Poimandrès, d'après le titre de son premier extrait. Dès que ce livre mystérieux arriva de Grèce à Florence, Cosme de Médicis, l'ancien, se sentant parvenu à la fin de sa vie, fut si impatient de connaître ces révélations arrachées à la nuit des siècles, qu'il donna au fils de son médecin personnel, le philosophe Marcile Ficin, d'interrompre sa traduction en cours des œuvres du grand Platon pour se consacrer aux enseignements hermétiques. Ficin acheva sa tâche en 1463, quelques mois seulement avant la mort de son mécène. Circulant d'abord sous le manteau par copie manuscrite, la traduction latine de Trismégiste fit bientôt l'objet d'éditions pirates qui inondèrent l'Europe et nourrirent toutes les controverses religieuses du moment, aussi bien sur les sacrements contestés par la Réforme que sur le dogme trinitaire. C'est pourquoi Marguerite de Navarre écrit : "On ne saurait, père et fils, demander un saint-esprit plus clair qu'en Pimandre."

Que veut dire Pimandre ? Les Grecs comprenaient le mot Poimandrès comme une "plaudire" fille de "poïmèn", "andres", le pasteur des hommes, composé de "poïmèn", berger, plus "anèr", homme. En réalité, il y a toutes chances que Poimandrès soit un emprunt du grec à l'égyptien. En copte, "pa-em-en-re" signifie "la connaissance de Re", en l'occurrence le dieu solaire qui se présenta à Hermès comme intellect de la souveraineté absolue. Mais quoi qu'en dise Marguerite de Navarre, la révélation de Pimandre ne nous livrait pas des précisions suffisamment claires pour authentifier la triade ou la prétendue trinité des améthystes.

Bien des siècles passèrent. Quand en 1947, un meurtrier en fuite, caché dans un cimetière du sud de l'Égypte, découvrit fortuitement une charrette pleine de papyrus coptes. L'un des cahiers contenait un dialogue hermétique inconnu, enseignant que les trois puissances divines dévoilées par la triple grandeur de Trismégiste ne se nomment pas, contrairement à ce que croyaient les Pères de l'Église et les humanistes de la Renaissance, Père, Fils et Saint-Esprit. Ces relations purement familiales cèdent la place à deux abstractions philosophiques qui sont justement au nombre de trois : l'engendré, l'autogène, l'engendré. Tels sont, en tout cas, les mots que je lui en décembre 1974 au Musée Copte du Vieux Caire, avec l'équipe américaine de James Robinson. Mais j'étais alors bien loin de saisir la portée intellectuelle des textes coptes de Nag Hammadi.

La quête du livre ne se limite pas à la découverte d'un objet matériel. Elle n'atteint son but que si l'on saisit pleinement le message reçu. "Celui qui trouvera l'interprétation des paroles secrètes ne goûtera pas à la mort." Qui peut se vanter de sonder jusqu'au fond les mystères ? C'est peut-être une question de patience et de temps. En tout cas, troisième hypothèse sur le nom de Trismégiste. Certains lecteurs antiques d'Hermès ont estimé que l'interprétation correcte des oracles de Thot exigeait plus de temps qu'une existence humaine. Trismégiste, ont-ils cru, méritait son nom parce qu'il est né en Égypte, non pas une fois, mais trois fois et à trois époques différentes. Chacune de ces trois vies fut consacrée à la méditation philosophique. Et la troisième fois, je cite : "il s'est reconnu lui-même." Reconnu, non pas comme on reconnaît sa photo ou son reflet dans un miroir. En effet, ce type de reconnaissance ne concerne que l'aspect visuel d'une personne contenu dans un corps tridimensionnel composé des quatre éléments, promis au vieillissement puis à la décomposition. D'amour. Ce qu'Hermès Trismégiste a vu est purement intellectuel, car son corps périssable a été absorbé, je cite encore, "par l'homme essentiel, dévoilant le modèle éternel des personnes humaines, le type idéal de chacun d'entre nous."

Bribes éparses d'un grand livre d'Hermès, morcelé par l'injure des siècles, les livres hermétiques grecs, qu'ils prétendent s'inspirer des stèles hiéroglyphiques de Thot, tentent de repenser, de reconstruire l'itinéraire mythique du sage. À la place des trois vies successives de Trismégiste, les dialogues hermétiques d'enseignement s'efforcent d'offrir au lecteur un raccourci, un raccourci compatible avec les limites moyennes d'une existence humaine. Ouvrir un livre et s'y plonger, c'est s'arracher au tumulte de l'instant présent, toujours instable, aussitôt remplacé par l'instant suivant. C'est renouer avec le calme de l'immuable éternité, suspendre le flux héraclitien de la fuite du temps. Le temps qui, selon Platon, est une image vagabonde de la permanence de l'être. Une telle sérénité n'a pas cours dans notre monde sublunaire. Pour la rejoindre, il faut gravir le cercle des sept sphères planétaires, règne d'erreurs et de passions, pour gagner la huitième sphère, le logos, résidence des constellations fixes et des âmes rationnelles.

En vue de cette ascension, les stèles hiéroglyphiques de Thot, d'Hermès, sont, si j'ose dire, la meilleure piste d'envol. En effet, à l'écriture alphabétique des Grecs, qui morcelle les discours en mots, les mots en lettres et les idées en arguments, les hiéroglyphes de Thot opposent la globalité de l'idéogramme et l'instantanéité de l'image. Ils remplacent, ou ils prétendent remplacer, l'intarissable verbiage de la philosophie grecque par le silence fécond de l'intelligence.

Pardonnez-moi de citer ici un texte très célèbre de Plotin, qui était exactement contemporain des hermétistes. C'est une des rares notices grecques sur la nature des hiéroglyphes. Je cite : "Pour désigner les choses avec exactitude, les sages de l'Égypte n'usent pas de lettres dessinées qui se développent dans discours et en propositions représentant des sons et des paroles. Ils tracent des images, donc chacune est celle d'une chose distincte. Ils les gravent dans les temples pour désigner tous les détails de cette chose. Chaque signe gravé est donc une science, une sagesse, une réalité saisie d'un seul coup et non pas comme une suite de pensées, un raisonnement ou une délibération. Alors, de cette sagesse où tout est ensemble, sort une image qui se déploie en une autre chose et se formule en un assemblage de pensées, découvrant les raisons par lesquelles les choses sont ce qu'elles sont et faisant admirer la beauté d'une telle composition."

Gardons-nous de confondre ce morceau de bravoure avec une description scientifique. Plotin, qui ne parle pas l'égyptien et qui ne lit pas les hiéroglyphes, n'est évidemment pas en mesure d'expliquer leur fonctionnement. Son analyse n'est donc pas égyptologique, mais éthologique. Elle repose sans doute sur les explications qu'on peut lui donner des symboles égyptiens, mais plus sûrement encore sur l'opinion commune des lettrés grecs d'Égypte. En opposant les signes alphabétiques grecs aux pictogrammes égyptiens, le philosophe entend surtout insister sur le contraste entre deux facultés cognitives d'inégal niveau : d'un côté, le discours, logos, lié à la temporalité, partiel et progressif, qui énonce chaque chose l'une après l'autre sans jamais parvenir à l'exhaustivité ; d'autre part, l'intellect, nous, à la fois global et instantané, qui embrasse toute la réalité d'un seul coup d'œil, qui contient d'avance toutes les assertions.

On pourra en déduire : "Le discours, logos, n'atteint pas jusqu'à la vérité, mais l'intellect, nous, est grand, et lorsqu'il a été guidé par le discours jusqu'à un certain point de la route, il englobe d'une seule pensée tous les êtres." À ce compte, un texte hiéroglyphique épargnerait à son lecteur l'interminable cheminement du discours et confronterait directement la conscience à l'intellect qui transcende à l'instant toutes les étapes.

Mais les enseignements d'Hermès Trismégiste, petit-fils de Thot, qu'ils prétendent être des transpositions d'égyptiens, sont pourtant écrits en caractères grecs alphabétiques. Alors, comment peuvent-ils prétendre conserver les vertus de l'original ? Pour concilier le principe des hiéroglyphes intraduisibles avec la réalité des dialogues hermétiques en grec, l'auteur des Définitions d'Asclépios doit avoir recours à une ingénieuse mise en scène. Il nous transporte en imagination au temps très reculé où le sage Asclépios Imhotep, disciple direct d'Hermès Thot, présente à un pharaon légendaire nommé Amon. Les tablettes hiéroglyphiques de son maître distinguant clairement les époques. Au temps où sont rédigés les écrits que nous lisons aujourd'hui, c'est-à-dire IIe-IIIe siècle de notre ère, Asclépios Imhotep, premier inventeur de la médecine, est supposé mort et divinisé depuis des millénaires. Chacun sait qu'il repose, je cite, "dans un temple du désert de Libye, près du rivage des crocodiles, très précisément à Arsinoé Krokodilopolis, dans le Fayoum." On ne saurait donc le confondre avec son homonyme, Asclépios, disciple d'Hermès Trismégiste, petit-fils, ou plutôt lointain descendant d'Hermès Thot.

Autant antique où vivait Imhotep, Alexandre n'avait pas encore conquis l'Égypte. Les rares Grecs qui visitaient le pays avant la conquête n'étaient pas des colons étrangers, mais des marchands ou des touristes, ou même des touristes culturels qui se faisaient déjà remarquer par leur extravagante suffisance et leur complète incompréhension de la culture égyptienne. Pour se prémunir contre leurs indiscrétions, Asclépios Imhotep avertit solennellement le roi Amon : "Je cite : Garde-toi bien, ô roi, de laisser traduire ce discours, de peur que de si grands mystères ne tombent entre les mains des Grecs et que le verbiage impur de leur rhétorique ne flétrisse la vertu efficace des vocables de notre langue. Car les Grecs, ô roi, n'ont que des discours vides, juste bons à fournir des démonstrations. Toute leur philosophie n'est qu'un bruit de mots. Au contraire, nous, les Égyptiens, nous ne prenons pas de ces paroles creuses, mais des sons tout chargés d'efficacité."

Comment se fait-il que Trismégiste, petit-fils de Thot, soit passé outre à cette interdiction ? Le Traité sur l'Intellect suggère que les enseignements hermétiques en grec résultent non pas d'une décision personnelle de Trismégiste, mais d'une lente évolution. Agathodémon, fils de Thot, père de Trismégiste, a lui aussi été divinisé après sa mort. Il est devenu "Bon Génie", le dieu premier-né. De ce fait, toutes ses paroles qu'il a prononcées de son vivant ont valeur d'oracle inspiré. On entrevoit ainsi que, sans enfreindre l'interdiction de traduire les écrits de Thot, Agathodémon les a résumés oralement en de brèves sentences qu'on pouvait, au besoin, commenter dans une langue étrangère à l'usage des visiteurs venus de loin pour s'instruire de la sagesse égyptienne. Tel fut sans doute le cas de ce Londre d'Athènes, comme le raconte Platon. Du vivant d'Agathodémon, ces sentences n'ont pas été traduites ni écrites. Cantatrice Trismégiste, il n'a fait que franchir un pas supplémentaire en rédigeant en grec les commentaires oraux de son père, Agathodémon, sur les enseignements de Thot, en recommandant au roi Amon que les écrits hiéroglyphiques de Thot ne fassent l'objet d'aucune traduction écrite.

Asclépios Imhotep n'a pas proscrit toute interprétation orale. La prestation d'un interprète ressemble à celle d'un comédien ou d'un chanteur. Elle est éphémère et instantanée, elle n'a pas vocation à laisser la moindre trace écrite. En grec ancien, produire une traduction écrite, "meta graphène" ou "meta phrase", est une opération distincte de l'interprétation orale. Hermès, en accomplissant son rôle d'interprète, herméneute, Trismégiste n'a pas transgressé l'interdit. En fin de compte, les sentences et les dialogues hermétiques grecs sont de simples canevas, je dirais presque des indications scéniques, à peine plus que des scolies, metteur en scène pour permettre à un cercle d'initiés de revivre et reconstituer l'enseignement oral de Thot. Ce sont les derniers maillons d'une longue chaîne de transmission qui prétend remonter en amont des époques historiques, au temps des dieux des origines, où le dieu Khâmes, fils, et les autres habitants divinités issues par génération spontanée du limon primordial, entreprirent de façonner l'univers.

C'est pourquoi les usagers d'Alexandre, un de ses écrits, aspirent à retrouver le livre primitif, "tabula", les obélisques où Thot grava de ses propres mains le récit authentique du gisement des êtres. Où se trouve aujourd'hui cet écrit fabuleux ? Non pas en un point de la terre localisable par GPS, mais en un lieu mythologique, un "topos d'ammonium", comme l'écrit Platon, c'est-à-dire littéralement un endroit "topos" génial d'ammonium, un lieu divin et chargé de mystère, que Platon appelle aussi les hymnes, c'est-à-dire la prairie, là où les âmes vertueuses, définitivement libérées des liens du corps, remontent vers le ciel, croisant les âmes novices qui descendent sur terre pour animer les corps des nouveau-nés.

Les hermétistes sont persuadés que Platon s'inspire ici de Trismégiste, qui décrit lui aussi ce point de rencontre de l'achevé et du virtuel, révélant à ses disciples le double mouvement des âmes, remontant ou descendant selon leur mérite. Je cite ainsi : "Seulement tu pouvais t'envoler, dit le maître au disciple de Poster, entre ciel et terre pour observer la solidité de la terre, la fluidité de la mer, la liberté de l'air, l'ardeur du feu, la marche des étoiles. Quelle vision de béatitude que de contempler tout cela en un instant, l'immobile qui se met en mouvement et l'invisible qui se rend visible à travers ce qu'il crée." Tel est le point extrême de la contemplation hermétique, le niveau qu'il faut atteindre pour découvrir le livre primitif de Thot.

On pourrait peut-être songer au "Giu-fiat", le célèbre "Kadri" de Heidegger, où le point Oméga, l'épiphanie de l'être, se cache derrière l'intersection des diagonales du "Kadri". La terre des existants, le ciel, la terre, les hommes, les dieux. Remonter vers ce lieu n'exige aucun moyen mécanique, car l'ascension n'est pas spatiale, mais méditative. On peut expérimenter quand on le veut l'ubiquité de la pensée. Je cite : "Ordonne à ton âme de se rendre en Inde, elle sera là-bas plus vite que ton ordre. Ordonne-lui de s'envoler au ciel, elle n'aura même pas besoin d'elle. Rien ne l'en empêchera, ni le feu du soleil, ni les terres, ni le tourbillon de l'univers, ni les corps des autres planètes. Se frayant un chemin à travers tous ces obstacles, elle s'élèvera dans son vol jusqu'au corps le plus éloigné." La même mobilité est aussi concevable dans le temps, pourvu qu'on vainque la crainte de la mort. Je cite : "De même que tu es sorti du ventre, de même aussi tu sortiras de ce corps. De même que sortant du ventre, tu ne te souviens en rien des choses du ventre, de même aussi sortant de ce corps, tu ne te souviendras de rien de ce qui est à lui."

Temps et espace ne nous sont pas extérieurs, ils sont en nous. Ce ne sont pas des réalités palpables, mais pour le dire en langage kantien, des formes a priori de notre sensibilité. Pour s'en rendre compte, il suffit, selon Hermès, de descendre en soi-même jusqu'à la couche de l'âme la plus profonde, c'est-à-dire à la fois la plus ancienne, la plus immatérielle, celle qui est issue de la neuvième et ultime sphère céleste, l'aîné had, demeure de l'intellect divin qui se penche lui-même. Pour accéder à cette cour intime de la conscience, il faut se libérer du corps, de la sensibilité, des passions et des vices planétaires. L'exercice serait long et pénible si ne dépendait que des forces humaines. Bien peu auraient l'endurance de le pratiquer jusqu'au bout. Mais c'est ici qu'intervient le livre authentique de Thot, qui n'est pas un objet inerte, mais une parole vivante. Parfois, cette parole n'attend pas qu'on vienne la chercher, mais elle se porte d'elle-même au secours de ceux qui ont oublié l'origine sidérale de leur esprit.

Le genre littéraire de ces contes fantastiques est commun aux écrits hermétiques des IIe-IIIe siècles et aux Actes apocryphes des Apôtres, dont les plus anciens sont à peu près contemporains. Dans les Actes syriaques de l'Apôtre Thomas, dont le nom signifie "jumeaux" parce qu'il est le double corporel du Sauveur céleste, un jeune prince, fils du grand roi de l'Orient, est envoyé en Égypte pour y délivrer la perle, symbole de l'âme intelligente, retenue prisonnière de la sensualité charnelle incarnée par un dragon. Hélas, le message est piégé par ses hôtes, succombe aux plaisirs de la table et de la boisson, il oublie sa mission et tombe dans un profond sommeil. Ses parents, informés de loin de sa mésaventure, lui envoient une lettre qui s'envole sous la forme d'un aigle, se pose devant le prince et prend aussitôt la parole. Le jeune homme s'éveille de sa torpeur, il se met en route, tue le dragon, récupère la perle et regagne sa patrie céleste sous la conduite de la lettre.

Certes, les gens du commun ne jouissent pas des mêmes échos. Fils de roi, non qu'il leur faille toujours se lancer dans de longs et périlleux voyages. Il leur suffit parfois d'une poussée de fièvre et d'un peu d'imagination pour passer à travers les murailles, comme le héros de Marcel Aymé. Ainsi, Balinous, nom d'Apollonius de Tyane, célèbre magicien de l'Antiquité tardive, raconte lui-même comment il découvrit, sans sortir de sa ville natale, la Table d'Émeraude d'Hermès Trismégiste. Je cite : "Il y avait là une statue de pierre sur un pilier d'or. On y lisait : Regarde-moi, je suis Hermès, triple par sa sagesse. J'ai érigé ici, visible aux yeux de tous, cette enseigne de prodige, puis je l'ai voilée par ma sagesse, afin que nul ne la comprenne qu'il ne soit aussi sage que moi. Cependant, sur la statue, du côté face, on lisait dans la langue d'origine, naturellement le syriaque, que Dieu parlait avec Adam. Que celui qui veut apprendre les secrets de la création et le dessin de la nature regarde sous mon pied. J'étais encore un peu novice à cause de ma jeunesse, mais dès que ma nature se fortifia, je lus cette inscription et me mis à creuser sous la colonne. Et voilà que j'atteignis une salle souterraine, baignée de ténèbres, où aucune percée aucun rayon de soleil n'entrait. S'y élever, ne cessant de souffler dans cette obscurité, je ne pouvais m'aider de la lueur d'un flambeau qui n'eut pas résisté à la violence des vents. J'étais donc, puis sans déchirer de chagrin, je me mis à réfléchir aux problèmes auxquels j'étais confronté. Là-dessus, m'apparut un vieillard qui avait exactement ma forme et ma stature. Il me dit : Balinous, relève-toi et entre dans cette salle. Je répondis : Mais je ne vois rien dans le noir. Il répliqua : Balinous, enferme ta lumière dans un verre transparent. Je repris cœur et sus que j'allais atteindre mon but. Je lui dis : Tu y es, toi qui m'as rendu un tel service ? Il me répondit : Je suis ton essence subtile, portée à sa perfection. Alors, plein de joie, je sortis de mon rêve et pénétrai dans la salle. Voici que j'y trouvais un vieillard siégeant sur un trône d'or qui tenait dans sa main une table d'émeraude où il était écrit : Description de la nature. Devant lui se trouvait un livre intitulé : Mystère de la création, science de la raison des choses. N'en parlant sans hésiter, je quittai la salle, je devins prénommé pour ma sagesse, je confectionnais maints talismans, accomplis maints prodiges, reconnus les mélanges des quatre éléments, leur infinité et leur aversion. Au premier abord, ce récit semble assez banal. Il n'est pas si difficile de comprendre que le pied de la statue désigne en fait la colonne qui lui sert de socle, ou encore qu'on protège avec un verre la flamme de sa lampe. Ce que Balinous rapporte dans son incursion souterraine, les mystères de la création et la science de la raison des choses, se résume en fin de compte au talisman et aux recettes magiques dont il fait commerce comme magicien de province. Mais le vrai pivot de l'histoire consiste dans la rencontre de Balinous avec le vieillard qui se présente comme son essence subtile portée à la perfection. Selon le Poimandrès, chaque individu porte en lui l'homme matériel, c'est-à-dire le corps, et l'homme essentiel, c'est-à-dire l'intellect. Reconnaître l'intellect, c'est se retrouver en soi l'image divine, c'est rencontrer le double céleste, porteur de la lettre qui ravive la conscience du jeune prince dans les Actes de Thomas. Dans les dialogues hermétiques d'initiation, la régénération spirituelle s'opère justement par cette vision de soi-même qui est le but ultime de la quête du livre.

La recherche peut être longue, aléatoire et périlleuse. On se risque sur des sentiers à peine frayés, semés d'embûches et de mystères. On ne connaît pas d'itinéraire d'avancée, on le découvre au fur et à mesure que l'on progresse. Chaque étape est une énigme chargée d'une angoisse aussi menaçante que la question du Sphinx à Œdipe et à toutes ces infortunées prédécesseurs. Dans un apocryphe copte, les Apôtres s'embarquent tous ensemble, sur ordres du Seigneur, pour une destination inconnue. De quoi sont-ils en quête ? Ils ne le savent même pas. La première escale les mène dans une île perdue au milieu des mers. Posant pied à terre, ils s'enquièrent de l'île. Ce n'est pas un toponyme ordinaire comme Rhodes ou Samos, mais une phrase énigmatique : "Demeure et persévère dans l'endurance." En principe, puisqu'ils sont apôtres, il devrait sans tarder catéchiser les habitants. Mais c'est l'inverse qui se produit. Un inconnu leur fait la leçon. Il se présente comme le marchand Liéther Goël et promet des perles fines à qui voudra le suivre jusque dans sa patrie. Sur cette proposition, les Apôtres reprennent la mer et atteignent une ville dont le nom est à nouveau une énigme : "Neuf portes, rendons gloire à Dieu, car la dixième est le sommet." On entend aisément la métaphore : les neuf portes sont les sphères célestes et la dixième est le lieu où Dieu réside. Cette quête spirituelle n'a plus rien d'une croisière dans les îles grecques, c'est une sorte d'ascension intérieure.

Dans les livres d'astronomie attribués à Hermès, le ciel comporte neuf étages qui reflètent exactement les neuf niveaux de l'âme humaine, puisque celle-ci est d'origine céleste. Le Traité sur l'Octave des linéaires enseigne comment on peut faire monter sa pensée jusqu'à la huitième sphère, demeure des constellations et des âmes rationnelles, puis s'élever jusqu'à la neuvième sphère, siège des puissances divines de l'intellect, au-dessus, dit-il, du dixième niveau, siège de Dieu inengendré. Cette structure cosmique est figurée dans les tablettes astrologiques de grands Grecs et dans un petit village des Vosges en 1968. Ce diptyque d'ivoire, apporté d'Égypte dans la Gaule romaine au IIe siècle de notre ère, montre le ciel visible où trônent au milieu le Soleil et la Lune. En dessous de l'Octave, la septième sphère, on s'élève ensuite directement au niveau du zodiaque, dans la huitième sphère. Le cercle extérieur et le Néhad, la sphère du tout, qui contient les 36 décans, qu'on appelle aussi les horoscopes, c'est-à-dire les surveillants de l'instant. Ce sont de redoutables aiguilleurs du ciel qui disputent à tous les luminaires chacun des mouvements de leurs courses. Le livre idéal de Thot superpose donc à la fois macrocosme et microcosme, structure du monde et structures mentales.

Dans une lettre apocryphe à un mage perse nommé Hosron, le sage égyptien Ptolémée exprime comment, sur ordre de Pharaon, les savants ont réussi à déchiffrer les stèles sacerdotales de Thot, gravées avant le déluge et protégées par de redoutables sortilèges. Pharaon construisit alors un nouveau sanctuaire doté de sept portes en enfilade, comme les sept métaux et les sept planètes. Sur la septième porte, il fait peindre le serpent Ouroboros, puis se dévore la queue pour figurer la cohérence de l'univers. Quiconque voudra connaître les secrets de Thot, de tout, devra pénétrer dans le temple en passant les sept portes, c'est-à-dire en s'élevant par la pensée ou par l'introspection méditative jusqu'au dernier ciel, au-dessus des sphères planétaires. C'est un point assuré, plein d'admiration, que le haut et le bas n'est qu'une même chose pour faire d'une seule en tout le monde.

En close des effets merveilleux par adaptation, cette traduction en vers de la Table d'Émeraude, effectuée en 1621 d'après l'arabe par Clovis Hestou, de Nuzement, résume le sens de la quête du livre selon Hermès Trismégiste : comprendre comment l'infini multiplicité du tout est sortie de l'un et par quels processus mental on peut à nouveau concevoir et même éprouver soi-même par l'exploration introspective le retour à cette unité primordiale. Voici comment Hermès décrit cette expérience bouleversante : "Monte jusqu'à la grandeur sans mesure, affranchis-toi du corps et transcende toute durée, deviens éternité. Persuade-toi que rien n'est impossible. Penses que tu peux tout saisir par ton intelligence, tout art, toute science. Le comportement de tout être vivant devient plus haut que tout auteur, plus bas que toute profondeur. Rassemblant toi les sensations de toute créature, du feu, de l'air, de la terre et de l'humide, figure-toi que tu es partout, sur terre, en mer, au ciel, que tu n'es pas encore né, que tu es dans le ventre, jeune homme, vieillard, que tu es mort, que tu es au-delà de la mort. Conçois dans ton intelligence tout cela, d'un seul coup."

Par définition, la sagesse hermétique porte sur un savoir caché qui perce l'apparence illusoire des choses et remonte jusqu'à l'essence, qui découvre des liens de sympathie entre toutes les parties de l'univers et tous les niveaux d'existence, de l'immense à l'infime, du plus humble au plus élevé. La clé de ce déchiffrement est le retour aux principes, aux processus constitutifs du monde. Un tel savoir est à proprement parler déstabilisant. Il remet en cause la fixité des genres, la distinction des espèces, la singularité des individus. Il aspire, il aspire au rétablissement de la fluidité primordiale qui permit le passage de l'un au tout et, du même coup, y postule la possibilité de revenir du tout à l'un. S'il se créait ses ventes et si n'importe qui pouvait en user à son gré, rompant les lois de la nature et l'implacable nécessité astrale qui maintient et régit notre monde, l'univers se désintégrerait sous nos yeux.

Et pourtant, je me risque à dire que l'optimisme n'est qu'un très accessoire du discours hermétique. L'important consiste dans la réflexion sur la place de l'homme dans l'univers et sur le fonctionnement de l'intelligence humaine. Certes, nous sommes encore au milieu, ou plus exactement à un siècle de la révolution copernicienne et de la philosophie critique de Kant, prélude indispensable au développement des méthodes expérimentales. Pour Hermès, l'homme et la terre sont encore au centre d'un univers fini, engoncé dans l'armature des sphères célestes. Mais en opposant clairement la raison qui discursive à l'intuition globalisante de l'intellect, Trismégiste s'entraîne déjà en imagination à effectuer mentalement toutes les expériences qu'ils ne pouvaient encore à son époque être réalisées matériellement. Bien plus, l'alchimie hermétique, plébiscitée par la science arabe, ouvrait les voies d'une recherche sur la matière inerte qui s'adapterait plus tard, aurait section sur le vivant et même à la médecine expérimentale. On retiendra que le mot "alchimie" dérive de "Khem", le nom égyptien de l'Égypte. Oui, c'est l'Égypte que la littérature hermétique expose un mythe égyptien de l'intelligence.

Concrètement, concrètement, le livre original de Thot est inaccessible. On n'atteint jamais que partiellement à travers l'écho que suscite dans la conscience ces lointains reflets, les écrits grecs de Trismégiste et de ses disciples. Ce n'est pas un hasard si la redécouverte de ses écrits a bouleversé le paysage mental des dernières décennies du Quattrocento. Sous leur écorce nilotique, ésotérique et mythologique, les enseignements hermétiques inaugurent de nouveaux concepts qui ont fertilisé la pensée philosophique moderne et contemporaine.

[Applaudissements]

Merci beaucoup de ces deux sauts quantiques que nous avons fait. Vous souvenez que nous avions remarqué pour les conférences précédentes.

Que la plupart des conférenciers, sans s'être concertés, étaient d'accord sur le fait que la sagesse, c'était quelque chose de très concret, de traits terrestres et, en fin de compte, accessible à tous. Et aujourd'hui, nous avons fait un saut dans un autre univers, qui est vraiment le fruit de cette découverte extraordinaire des inscrits de Nag Hammadi, si bien recherché par Monsieur Maille. Et donc, avec une sagesse qui est cette fois transcendantale, si l'on peut dire. Et mais quand même, qui se dit, qui se distille en quelque sorte goutte-à-goutte jusqu'à, jusqu'à la terre.

Sommes-nous, sommes-nous tout autre, dans un tout autre domaine ? Y a-t-il donc des questions à ce propos, des discussions ? Vous avez un micro à côté de vous, vous suffit de, de, de pousser. Et donc, nous contre l'ogc nice par un sac. Y a-t-il peut-être, pour vous laisser le temps de réfléchir quelques secondes, je peux, je peux me permettre de demander à Monsieur Maille : et alors, que pensez-vous vraiment, d'une, toujours dans cette, cette querelle des sources, en quelque sorte, cette pensée hermétique, peut-elle être ramenée à des sources égyptiennes discernables, qui nous n'avons plus ? Est-ce vraiment une sorte de création dans l'atmosphère égyptienne ?

Écoutez, en ce qui concerne, il y a des problèmes chronologiques qui sont fondamentaux. Si vous voulez, les écrits hermétiques s'étalent sur trois siècles avant et trois siècles après. Trois siècles avant, c'est un célèbre traité, comment dire, d'astrologie et hermétique, qui a été fait certainement en Égypte et qui combine, en quelque sorte, le système de Denderah, qui est purement égyptien, au système du zodiaque, qui est mésopotamien, bien entendu. Alors, ça suppose une synthèse qui s'est opérée à l'époque de Cambyse, à propos, à l'époque de l'invasion perse, et qui ensuite a prospéré sous l'époque hellénistique. Donc, là, si vous voulez, d'abord, nous sommes au troisième siècle dans l'Égypte avant notre ère, et dans l'Égypte ptolémaïque. Donc, cette Égypte-là est encore proche des sources pharaoniques. N'oublions pas le compte qu'on a cité au début, sur un papyrus démotique, qui date justement de la même date que ce, que ce livre astrologique d'Hermès, le leader hermétiste.

Alors, nous avons aussi, mais sous une forme uniquement fragmentaire, des écrits, des écrits hermétiques, des écrits, à ce nom, je veux dire, excusez-moi, alchimiques d'Hermès. On a à peu près une cinquantaine de fragments qui ont été pêchés, repêchés par Festugière dans des alchimistes beaucoup plus tardifs, transmis par des manuscrits beaucoup plus tardifs. Mais il ne faut pas confondre, je veux dire, la date du manuscrit et la date de composition de l'écrit. Et donc, il semble que Hermès n'ait inventé aucune alchimie particulière, mais qu'il ait eu l'idée d'appliquer les principes alchimiques qui concernent uniquement la matière inerte, si vous voulez, de se dire que l'on peut se transformer soi-même intérieurement, comme on peut transformer les métaux. Donc, on peut s'améliorer, si je puis dire, mentalement, en pratiquant l'alchimie à titre de, de, d'entraînement pratique, si vous voulez.

Et puis, alors, les écrits philosophiques dont nous avons parlé aujourd'hui, ce sont des écrits qui datent du 2e et du 3e siècle, c'est-à-dire d'une époque où, évidemment, je ne suis pas spécialiste de la question, mais où quand même, les grands sanctuaires égyptiens sont en train de vivre leurs derniers moments, où l'écriture hiéroglyphique n'est plus quelque chose de tellement actuel. Et en tout cas, il n'y a pas, il y a des mots ouvriers dans les mots hermétiques. J'ai parlé de "maison de vie". Alors, ce qui est intéressant, c'est que "maison de vie" a été traduit d'après le grec en copte, et que le traducteur copte le dit bien, peut-être à Neith, il y a différentes variantes, et ça donne bien un magicien, et il doit savoir ce que c'est. De même, il décrit l'esplanade d'un temple, il emploie un mot particulier, "pa-web", qui a été authentifié par les égyptologues. Donc, il sait un certain nombre de choses sur l'Égypte ancienne, mais ce n'est pas, je ne crois pas qu'il ait lu beaucoup. Il faut voir qu'il a lu des textes démotiques.

Bon, il y a quand même une petite nuance qu'il faut apporter à cela, c'est que deux égyptologues bien connus, Yoyotte et Gester, ont découvert et publié à deux reprises, la deuxième édition est tout encore assez récente, ils ont publié un livre de Thot, qui est un livre démotique de Thot, qui est un dialogue entre un maître et un disciple qui veut savoir, ou qui aime le savoir. Et là, alors là, on est, je veux dire, ça, c'est vraiment un ancêtre possible des dialogues hermétiques, et un ancêtre, alors, purement égyptien. Parce que même s'ils Yoyotte et Gester pensent que certains des démos, du démotique du texte sont littéralement traduits du grec, ils sont bons, donc l'auteur connaissait le grec, hein, quand même. Il essaie de penser en égyptien, si je puis dire. Et là, on vous dit, à mon avis, à démolir le...

[Musique]

Un très, un très célèbre travail de Festugière, qui essayait de montrer que le dialogue hermétique était un dérivé du dialogue platonicien. À mon avis, pas possible, pas possible. Le dérivé, c'est, c'est un dérivé de la sagesse, si vous voulez. C'est une espèce de pastiche tardif de la sagesse, je dis, égyptienne ancienne, avec peut-être cette étape intermédiaire qui vient d'être, enfin, qui a été découverte à la fin du 20e siècle par Yoyotte et Gester. Et donc, dans l'ensemble, quand même, il faut bien comprendre que c'est en lien direct avec l'Égypte, mais pas l'Égypte des pharaons, l'Égypte de l'époque romaine, c'est-à-dire une Égypte où il y a eu des influences perses, où il y a eu des influences sémitiques, où il y a eu des influences grecques et romaines. Mais oui, il y a un certain nombre d'habitants qui ne se résignent pas à voir mourir leur civilisation. Alors, comme ils ne veulent pas que ça meure, ils ressuscitent, si vous voulez, un mythe que nous connaissons bien parce qu'il est dans le Timée de Platon, c'est-à-dire le mythe que l'Égypte est la plus ancienne de toutes les civilisations du monde. Et par conséquent, tout ce que Platon, tout ce que Moïse, tout ce que qui vous voudrez ont pu dire de vrai sur la nature, c'est qu'ils l'ont copié en Égypte. Et c'est pour ça que Thot n'a aucun scrupule, enfin, Hermès Trismégiste n'a aucun scrupule à mélanger allègrement des histoires égyptiennes, des histoires bibliques et des histoires de divers autres provenances.

Voilà, je pourrais dire. D'abord, je vous remercie et je me réjouis que, quand votre parole est libre, elle éclaire la salle, parce que le récit sur blanc d'une lecture, je pense qu'elle n'est pas adéquate et que c'est de la torpeur qu'on doit sortir, d'une des traces, sommet d'une telle lecture. Mais du professeur, ceci étant dit, et en respectant votre savoir dont on vient d'avoir un échantillonnage, en vous laissant parler librement, votre regret, plus confiance à votre parole libre, car la lecture qui est au repos, temporisante. Qu'est-ce qu'il existe, s'il vous plaît, en termes de métaphysique réellement pharaonique, c'est-à-dire proto-pharaonique ? Y a-t-il quelque chose, quelques travaux qui ont été faits ? Parce que ce qui manque cruellement, l'hermétisme n'étant qu'un phénomène ultérieur, transmission, comme vous l'avez bien expliqué. Qu'y a-t-il ou existe-t-il des sources sur lesquelles on peut élaborer une étude, une réflexion sur la métaphysique, proto-astrologie égyptienne ? Voilà les vraies questions. Puis, comme vous dites, aujourd'hui, toute la métaphysique procède d'une certaine manière, évidemment, de l'Égypte, et tous les anciens l'ont reconnu.

Écoutez, c'est bizarre, je n'entends pas très bien ce que vous m'avez dit. Mais si la question est, est-ce qu'il existe une explication, n'est-ce pas, globale en quelque sorte du système hermétique, du, enfin, des assertions hermétiques concernant la métaphysique ? C'est ça, à peu près ?

Nombre de, non, hermétique, que comme vous l'avez bien mis en valeur, l'hermétisme est postérieur, troisième siècle avant, troisième siècle. Absolument. Une élaboration, je dirais tardive. On est en train de parler justement de ce à quoi l'hermétisme se réfère, valant, c'est-à-dire la métaphysique pharaonique, la métaphysique proto-égyptienne. Oui, qu'est-ce que nous avons de sa mission ? Je ne sais pas. Je ne sais pas. Là, vous me posez des questions qui forment, excèdent mes compétences. Il y a presque, il y a quelques égyptologues qui ont essayé de le dire, mais je ne peux pas. Mais est-ce que, d'après vous, les égyptologues ? À ma connaissance, non. Les égyptologues sont plus de l'école plutôt archéologique, alan mystique. Je parle d'une, d'une, d'une approche non pas d'égyptologues, de philosophes, comme toute la verve de Lubitsch, évidemment. Le second revient, c'est brûleur de Louvitch, que vous connaissez, c'est le seul qui donnerait cette, cette impression. Je regrette, je ne sais pas. Pour avoir, nous avions abordé cette question lors de la première conférence, de façon peut-être un peu, mais c'est tout à fait, c'était une question qui reste en suspens, qui le restera.

Y a-t-il une autre question ? Ou slam ? Oui, vous pouvez appuyer. Alors, déjà, merci beaucoup pour cette intervention que vous avez eue, et surtout, je souhaiterais éventuellement éclairer Monsieur qui a posé une question qui est très intéressante, à savoir pour avoir des choses concrètes par rapport du coup au temps des pharaons très anciens. C'est effectivement, les sources sont très difficiles à trouver, les textes sont compliqués, étant donné que c'est du proto-égyptien, du copte. Alors, le mieux pour comprendre les textes comme celui qui a été présenté, en lui, c'est d'étudier la neuroscience. À savoir, par exemple, dans les remèdes trismégistes, excusez-moi pour la bavure, il y a notamment la conception et la création de l'esprit par l'être humain. En neurosciences, le cerveau humain ne fait pas la différence entre une chose qu'il va s'inventer et un vécu. Et pour comprendre les Égyptiens, l'Égypte antique, et où il faut pas, il ne faut pas hésiter à se rapprocher notamment de la neuroscience, de la métaphysique également. Mais à moins d'avoir un accélérateur de particules, je vous déconseille de trop aller dans cela. Merci beaucoup de ce, de cette voie.

Y a-t-il d'autres interventions ? Si vous me permettez, Monsieur, mais je trouve cette, cette découverte de grands absolument fascinante. Vous avez d'ailleurs présidé un, un cahier de ces théologiens, je crois, à propos de sur le Wydad. Et ont eu l'idée, at-on une idée de la façon dont c'est arrivé là, dans les Vosges ? Mais c'est vrai, j'ai très amusant l'histoire de grands. Donc, si vous les grands se trouvent dans les Vosges, sur un itinéraire que les empereurs de la fin de l'Empire romain, c'est-à-dire au tournant du 3e et du 4e siècle, prenaient pour se rendre en Allemagne et combattre, combattre les Goths. Et alors, ils devaient sacrifier à la divinité locale, qui était une déesse des eaux. Et s'ils préparaient convenablement, et j'ose rajouter fastueusement, leur sacrifice, leur sacrifice était suivi d'un miracle qui prouvait que les dieux les approuvaient, ce qui était toujours utile avant d'aller faire une campagne en Germanie. C'est-à-dire que, au moment où ils offraient le sacrifice, tout à coup, il y avait des eaux qui se mettaient à jaillir d'un bassin sacré.

Alors, on a enregistré les faits jusqu'au jour où des archéologues du dimanche, c'était dans les années 60, ont commencé à creuser un puits qui était d'époque romaine, je pense, il a été comblé au troisième siècle de notre ère. Et d'habitude, ils en avaient creusé des dizaines et des dizaines de cette façon-là, et ils en avaient beaucoup autour du bassin. Mais là, il se trouve que le bassin s'était effondré. Au fond, le revêtement du bassin, du puits, s'était effondré au deuxième siècle, ce qui veut dire qu'on avait la couche authentique du premier et avant, en dessous, en dessous de l'effondrement. Et c'est là qu'ils ont trouvé cet objet dont l'explication se trouve dans l'histoire égyptienne également, comment dire, du Roman d'Alexandre. Vous savez que le père d'Alexandre, selon ce roman, n'est pas Philippe de Macédoine, mais le dernier roi d'Égypte, Nectanébo, et qui s'est fait passer pour deux femmes, de façon à tromper la reine Olympias et à devenir le père, le père d'Alexandre, n'est-ce pas ?

Alors, pour la tromper, il s'est déguisé en, avant d'apparaître comme le dieu Ammon, il s'est déguisé en magicien ambulant, et il a apporté deux jeux d'échecs comme ça, on y voit. Et donc, il les a déployés, il a sorti des petits sacs qui étaient pleins de pierres précieuses de différentes couleurs représentant les corps célestes, et il a dit à la reine : "Dis-moi ton heureuse, dis-moi quand tu es née, etc." Et il a fait, si vous voulez, la conjoncture astrale au moment de sa naissance, et il va dire : "Oh, je vois des choses extraordinaires, tu seras mère d'un demi-dieu, etc." Enfin, il racontait toutes sortes de choses. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Il y avait probablement un devin, un sorcier, qui travaillait sans autorisation sur le chemin qui menait du temple au bassin sacré. On lui a confisqué ses jouets, on les lui a cassés, et on les a jetés au fond du puits pour l'empêcher de continuer son commerce illégal. Et quand on a eu trouvé cet objet, alors les EDF, qui exerçaient leur mécénat sur le site, étaient justement en train de construire les premières centrales nucléaires, et ils ont utilisé les endoscopes qui permettent de surveiller la fusion dans les grandes cuves des centrales pour sonder tous les trous, tous les puits comme ça, et ils ont photographié le sous-sol, et ils ont démontré, où ils ont reconstitué l'ingénieux mécanisme qui permettait de truquer les consultations des oracles à grand.

Donc, c'est une histoire qui est tout à fait amusante, mais enfin, qui a donné des objets qui sont, enfin, il y a d'autres objets comme ça dans le monde, mais il n'y en a aucun qui soit, d'abord, ce ne sont pas des échiquiers, ce sont de grandes stèles en marbre, et il n'y en a aucune qui soit aussi complète que cela. Donc, c'est une, et alors, donc, moi, je me suis intéressé à ça parce qu'il y a un traité hermétique qui décrit exactement cette stèle, à peine un peu de vin d'Astérix.

Tout cas, merci beaucoup. Nous allons peut-être finir sur cette anecdote édifiante et vraiment intéressante, et nous vous remercions, Monsieur. Et on vous donne rendez-vous au 13 juin prochain pour la conférence de Monsieur Pierre Seel. Nous irons vers l'Inde cette fois, et la Bhagavad Gita. Merci beaucoup.