Transcription
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Chimie et l'alchimie, évidemment, est pleine de d'énigmes, d'immenses énigmes. Il y a aussi une énigme plus modeste, mais qui est contemporaine et qui, je crois, mérite d'être un petit peu scrutée : c'est Fulcanelli.
Fulcanelli, en 1925, paraît un livre qui s'appelle *Le Mystère des Cathédrales*. Et puis, 4 ans plus tard, il est signé Fulcanelli. 4 ans plus tard, un second livre qui s'appelle *Les Demeures philosophales*, signé Fulcanelli. Ces livres n'ont pas du tout de succès, ils passent inaperçus. Je crois que au moment de la guerre, en 39, on a vendu 300 à peu près de chacun de ces deux titres. Après la guerre, les choses changent. Il y a des gens qui s'intéressent à Fulcanelli et depuis, il y a une demande incessante sur Fulcanelli, à tel point qu'il y a des rééditions de ces deux livres et une réédition tout à fait récente chez Jean-Jacques Poret.
Cela dit, on ne sait toujours pas qui était Fulcanelli. Des noms ont été proposés pour décrypter ce secret, rien n'est convaincant. Il y a une personne qui dit être le disciple de Fulcanelli, qui dit avoir très, très bien connu Fulcanelli. C'est un autre alchimiste qui s'appelle Eugène Cancelier.
Alors, pour essayer à notre tour d'entrer dans cette piste, afin de découvrir le profil de ce personnage mystérieux, nous sommes allés voir Eugène Cancelier dans la petite maison qu'il occupe à côté de Beauvais.
Voici donc Eugène Cancelier, l'alchimiste, dans un film de Nicolas Ribovski.
"Ainsi pouvons-nous avancer, malgré l'apparent paradoxe, c'est-à-dire avec autant d'humilité que d'orgueil, que nous sommes certainement le plus vieil étudiant qui soit en France. N'est-ce pas le titre à la fois le plus humble et le plus glorieux que le philosophe puisse revendiquer ? Dans la sérénité et dans l'honneur, l'alchimie est une science positive."
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"Elle demande, elle demande le travail au laboratoire. Les alchimistes travaillaient au laboratoire et là seulement, peut-être, chercher la vérité, la vérité alchimique. Il ne faut pas voir, comme on le, comme on le dit ordinairement, que l'alchimie consiste à transmuter les métaux vils, les métaux inférieurs comme le plomb, comme l'étain, le mercure, le vif-argent, le mercure coulant, de transmuter ces métaux en or. C'est une erreur. L'alchimie a pour but la médecine universelle. L'alchimie est une science positive, une science, non, ça même pas exacte, c'est la science avec une grandesse, la science. C'est la véritable physico-chimie, l'alchimie. Et elle a sa philosophie. Voilà qui importe. Elle a sa philosophie. Le philosophe désignait l'alchimiste dans les temps anciens, mais en vérité, le philosophe est l'alchimiste. L'alchimiste qui devient adepte, du latin Adeptus, qui veut dire, somme Adeptus, celui qui qui a obtenu, celui qui a atteint, celui qui a acquis. Il est arrivé, il a reçu le don de Dieu, à savoir la pierre philosophale ou la médecine universelle."
Cancelier, assurément, c'est une énigme, une énigme au niveau de l'humain. On a pu croire, d'après ma première préface au *Mystère des Cathédrales*, on a pu croire qu'il était mort. C'est une erreur. Il est bien toujours vivant. Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu'il est arrivé à l'Adepta, parce qu'il a la pierre philosophale. Il vit toujours. Il a tué le vieil homme. Il ne pouvait plus, il ne pouvait plus rester à notre niveau puisqu'il a gagné un autre niveau beaucoup plus élevé. Disons même, ne craignons pas de de le dire, il a gagné le plan, le plan du divin, là où c'est le présent éternel.
Les livres d'alchimie, les traités paraissent obscurs. Ils l'ont été rendus à dessein parce que Cosmopolite, le dit en particulier, qui était un adepte incontestable. Cosmopolite dit que si l'œuvre était en termes clairs exposée, on ne le croirait pas. On ne croirait pas tant, tant, tant il est ce grand, tant il est simple. Or, ils craignent toujours d'en avoir trop dit. Ils craignent toujours que leurs écrits vont trop dévoiler.
Le *Mystère des Cathédrales*, évidemment, traite surtout de Notre-Dame de Paris, des sculptures de la façade. D'ailleurs, Gobinot de Montlouisant, avant Fulcanelli, en avait déjà parlé. Mais Fulcanelli a poussé très loin, beaucoup plus loin l'étude des sculptures de la façade, en particulier l'étude, l'explication de l'ésotérisme des jolis, des beaux médaillons qui sont, mon Dieu, relativement en excellent état de conservation. Il les a étudiés, il les a expliqués du point de vue alchimique. On ne peut pas les expliquer autrement. Ce sont des petits bas-reliefs qui n'ont rien à voir avec la religion, qui n'ont, qui ne sont pas édifiants du tout, mais chez qui on sent bien, on sent bien même pour un profane, qu'il s'agit de toute autre chose de ce qui est religieux. Je ne dirais pas de ce qui est sacré, puisque l'alchimie elle-même est sacrée. L'alchimie était appelée l'art sacerdotal.
Le *Mystère des Cathédrales*, *Les Demeures philosophales*, ensuite, parle, examine, étudie la décoration non pas seulement des édifices religieux, mais aussi des édifices civils. Par exemple, le Palais Jacques Cœur à Bourges. Le Palais Jacques Cœur à Bourges, où l'on voit là que la religion, que le rituel religieux, religieux et magique de la messe, côtoie, côtoie le travail au fourneau. Jacques Cœur avait dans la paroi, dans le mur de la ménagerie, dans le mur de la chapelle, un réduit avec un fourneau et il était au travail alchimique en même temps qu'il suivait, qu'il suivait de de l'ouïe des oreilles, voir, mais des yeux, il suivait l'office, se réglait sur lui dans l'exécution de son travail alchimique, de ces manipulations.
L'alchimie est la base même de la religion. L'alchimie assurait la pérennité de l'église. Au demeurant, l'Ancien Testament comme le Nouveau, les deux, Ancien et Nouveau, sont des traités d'alchimie. Jésus dit bien, dit bien à Pierre : "Pierre, tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église." Qu'est cette pierre ? Petrus et Petra, c'est bien la pierre. Et c'est la pierre philosophale. D'ailleurs, d'ailleurs, lorsqu'on bâtissait une cathédrale au Moyen-Âge, on déposait toujours près du maître hôtel, sous la pierre de l'hôtel, un peu, un peu enfin, une certaine quantité de pierre philosophale. C'était déposé dans un matras, mais il était nécessaire que l'édifice fut bâti sur ce, cette pierre qui, bien sûr, elle-même était issue des travaux, des travaux du Grand Œuvre au laboratoire. L'alchimie constitue l'ésotérisme de l'église, de l'église de Pierre. C'est son ésotérisme et c'est bien, c'est bien ce qui est mis en lumière. Fulcanelli, assurément, le maître des alchimistes à actuelle.
L'Église n'a jamais, jamais persécuté les alchimistes, sauf quelques faux qui se trouvaient parmi des malheureux ou des malheureuses qui se livraient à la sorcellerie. La sorcellerie, bien sûr, était elle condamnée sévèrement par l'Église, mais pas l'alchimie. Et comment, comment le prouver ? Bah, d'abord, parce qu'on n'a pas de précédent dans l'histoire de l'alchimie que des alchimistes aient été persécutés par l'Église. Mais au contraire, on a, on possède toute une liste depuis le plus, le, les temps les plus lointains, dans le, dans le Moyen-Âge, jusque faire nos jours, une quantité d'ecclésiastiques de tout ordre qui se sont succédé, s'étant livrés longuement au travail d'alchimie.
N'avons-nous pas eu, par exemple, un pape, un pape qui qui se livrait aux travaux des du laboratoire ? Un pape d'Avignon, Jean XXII. Jean XXII qui a écrit un traité très curieux d'ailleurs, très singulier, *L'Ars Transmutatoria*, l'art transmutatoire. Ce pape a laissé dans les caves du palais d'Avignon un trésor fantastique, même à l'époque, à forcerie pour nous, car il était en rouleaux d'or, petit lingot. Il dit même le texte des relais, mais connu. Il y a des pièces officielles de l'orfèvrerie, de l'orfèvrerie en quantité. Et on ne peut pas dire que le péculat, que les exactions, que les impôts énormes, lourds, pouvaient, mais à cette époque, surtout, réunir un tel, un tel amas de richesse.
L'alchimie vient à son heure avec une action certainement salvatrice. Elle séduit beaucoup la jeunesse et en profondeur, en tout cas, assurément, doit-elle aussi pour une grande part sa renaissance aux découvertes de la physico-chimie qui la côtoie. La Renaissance alchimique est due à une intervention cosmique, relève de, de ce processus cosmique que les anciens appelaient des universaux. L'alchimie revient avec une très grande puissance. Il est temps, parce que nous sommes dans une période profondément troublée où la perturbation est grande et l'épreuve collective est annoncée par des signes avant-coureurs qui ne trompent guère. Elle peut, l'alchimie, par sa philosophie surtout, elle peut parer aux conséquences désastreuses que la tribulation, disons le mot, qui nous est promise, hélas. Et pas même peut-être, mais certainement, elle peut, cette philosophie alchimique, apporter aux hommes la puissance de résister à la grande tribulation.
Le jeune, lorsque l'on quitte un atelier de restauration de vitrail du XIIe et que l'on se retrouve subitement dans la demeure d'un alchimiste du XXe siècle, évidemment, plonge des siècles en arrière. Le jeune Cancelier. Il y a quelque chose qui m'a beaucoup surprise chez les jeunes verriers de Chartres, c'est qu'ils m'ont dit que l'art du vitrail au XXe siècle valait bien celui du XIIe et qu'il n'y avait pas de mystère du vitrail du Moyen-Âge et que tout cela était à démystifier. C'est une erreur. Ce serait positivement une mystification que de le tenter. Comment est-ce possible ? Mais l'alchimie, c'est l'alchimie qui présidait à la fabrication du beau vitrage. Mais si je regarde ce livre qui me paraît très sérieux, il est de Louis Grodqu. Je vois que l'oxyde de fer à lui seul pouvait donner, selon la température de cuisson, plusieurs colorations : le pourpre, le jaune et le vert. Le cuivre donne le rouge. Dans la couleur bleue, au XIIe, on décèle du cobalt, du manganèse, mais aussi du chrome. Tout cela n'a rien de mystérieux. Alors où est ? Mais non, ce n'est pas mystérieux. À ceci, bien sûr, que ce qui prouve d'ailleurs, s'il le croit ainsi, il prouve bien qu'il connaissait un peu les métalloïdes et sans doute les cadmium. Mais ça, c'est autre chose. Tous les rouges sont à base de, non pas de pierre philosophale, attention, mais de pierre transmutatoire. C'est-à-dire, c'est la pierre philosophale qui est destinée aux humains, à l'artiste en particulier, bien sûr, et qui est dirigée sur le règne métallique, sur le règne minéral, par la voie de l'or. On projette la médecine sur l'or et on obtient la poudre transmutatoire, pas la poudre, la pierre transmutatoire. C'est un beau rubis. Et c'est avec ce rubis qu'il colorait les rouges. Et c'est pour ça que le bleu de Chartres s'appelait le saphir. Il était pris à un moment de la progression des des couleurs qui passent par les couleurs du prisme. Elles se succèdent bien selon le prisme. Et dans, et ce, et chaque couleur correspondante à une planète. Et les planètes passant suivant le système ptolémaïque.
Je vais, en matière de conclusion, vous faire une confidence, c'est que ces jeunes gens qui ricanent, que l'alchimie fait sourire, ont quand même ajouté, lorsqu'ils se trouvaient devant un vitrail du XIIe, du XIIIe et même du XIVe, ils étaient plus qu'émus, ils étaient bouleversés. Ça ne me surprend pas, parce qu'il y a en plus une influence magique certaine qui les prend, d'autant mieux qu'ils s'intéressent, ils s'intéressent à la chose même si mentalement ils la nient. Peu importe, peu importe. C'est comme autrefois, le fils catholique romain, n'est-ce pas, le magistère était accompli dès l'instant que le rituel avait été observé par le le prêtre indigne.
Ainsi, l'écrivain Serge Hutin a-t-il évoqué Fulcanelli, l'initié, l'auteur des *Demeures philosophales* et des *Mystères des Cathédrales*, qui a son savoir à Eugène Cancelier, son disciple et commentateur.
"Monsieur Jean Cancelier, vous êtes un alchimiste et pour le commun des mortels, l'alchimiste est un monsieur qui veut faire de l'or."
Jean Cancelier : "Avez-vous fait de l'or ?"
"Oui."
"Ordinairement, pour l'alchimiste, c'est celui qui a fait de l'or et l'alchimie elle-même est une science qui a pour but la fabrication du métal précieux. C'est d'ailleurs la définition qu'on trouve ordinairement dans les dans les encyclopédies. Pour ma part, comme je l'ai dit dans dans mon livre *Alchimie*, j'en ai fait de l'or, oui, en suivant une méthode spagirique, non pas par l'élaboration philosophale elle-même, non, mais par un procédé dit particulier, comme il y en a tant, il y en a beaucoup dans les vieux traités que j'ai empruntés à Blaise de Vigenère dans son *Traité du Feu et du Sel*. Est-ce rentable ?"
"Non, ça n'est pas rentable, car au demeurant, le but de l'alchimie, c'est toujours plus de pureté. Il y a une définition de l'alchimie qui est excellente et qui est celle que donne Martinus Rulandus, Martin Ruland dans son *Dictionarium Alchemiae*. Il dit ceci : *Alchimia est impurarum separatio a substantia puriore*, c'est-à-dire, l'alchimie, c'est la, c'est la séparation de l'impur de ce qui est plus pur."
"L'alchimie est en marge, l'alchimie est dans la clandestinité, on peut dire. Pourquoi est-ce ? Parce que on l'associe souvent à la magie, à la sorcellerie. Bon. Pourquoi l'alchimie serait-elle dans la clandestinité et à notre époque, surtout ? Il n'est pas que je sache qu'on ait jamais poursuivi un alchimiste, à moins, à moins évidemment qu'il ne se livre à la fraude, à l'escroquerie. Mais l'alchimiste, de par sa philosophie même, ne peut pas être ni un, un faux-monnayeur et encore moins un, un escroc."
"Alors, quelle est la place de l'alchimie dans le monde moderne ?"
"Ah, elle est très importante. Elle est d'autant plus importante que je crois que, non pas sa résurrection, parce qu'elle était toujours, mais la faveur qu'elle connaît de nouveau obéit à un courant cosmique que les anciens avaient bien aperçu, à savoir ces universaux. Et à l'heure actuelle, voyez-vous, moi-même, quand j'ai vu ce mouvement qui se développe, ce mouvement, cette rentrée en grâce de l'alchimie, j'avais cru un simple engouement. En réalité, non, c'est un très réel mouvement profond et qui s'étend de plus en plus et qui, bien mieux, intéresse surtout la jeunesse."
"Mais comment expliquez-vous cet engouement de la jeunesse pour l'alchimie ?"
"On peut penser qu'il y ait chez elle, chez cette jeunesse, une insatisfaction, euh, d'abord dans l'enseignement qu'elle reçoit. La science, disons, qualifions-la d'officielle, si on veut, la science qui est enseignée offre certaines lacunes, lacunes que l'alchimie vient combler. Il y a un domaine qui est délibérément rejeté, ignoré, et qui est le domaine spirituel. Le domaine que des, des gens comme Einstein lui-même a reconnu, même à travers ses mathématiques, un plan supérieur divin. Il faut bien dire, Oppenheimer y est venu lui aussi. Il y est venu après sa fameuse bombe. Présentement, présentement, il cherche, il continue de chercher la vérité. Puis, et justement, cet énigme qui reste derrière les, derrière les, les équations mathématiques, équations qui, qui d'ailleurs, arrivent à un certain point, ne sont plus contrôlables. Et il y a un autre facteur qui joue, c'est cette sorte d'abandon des forces spirituelles. Prenons, prenons particulièrement la franc-maçonnerie et l'église. Voyez, la franc-maçonnerie qui cherche toujours le, le Verbum H, la parole perdue. Et l'église qui semble bien en train de la perdre, ne serait-ce qu'avec l'abandon du rituel magique de la messe, l'abandon du latin, et puis ce recours, ce recours à un [Musique] œcuménisme pour faire plaisir."
"Et quelles opérations effectuez-vous vous en ce moment dans votre four, dans votre laboratoire ?"
"Ce sont toujours les mêmes opérations, celles-là que le philosophe, le même alchimiste exécutait dans les temples égyptiens ou dans les officines du Moyen-Âge. L'alchimie est immuable."
"Sur un plan pratique, qu'est-ce que l'alchimie peut apporter au monde moderne ?"
"Elle apportera au monde moderne l'équilibre qui lui manque."