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40 minutes d'IDÉES pour REFAIRE le MONDE

ÉLUCID45:46

Transcription

[Musique] Avec le dérèglement climatique. Effectivement, donc ils poursuivent, ils anticipent, ils poursuivent et ils anticipent la catastrophe à venir en se protégeant à l'avance dans des endroits sécurisés. Tu as donné l'exemple de la Nouvelle-Zélande. Euh, effectivement, mais là la Nouvelle-Zélande, ils ont, il y a eu tellement de riches qui ont acheté des terres et qui s'y sont installés que la première ministre de la Nouvelle-Zélande, elle a été obligée de faire passer une loi comme quoi désormais, on ne pouvait plus, plus rien vendre en Nouvelle-Zélande à des étrangers.

Ils achètent beaucoup en Patagonie, Patagonie chilienne. Alors Mark Zuckerberg, ben lui, c'est pas loin de la Nouvelle-Zélande, c'est Hawaï, c'est juste un tout petit peu au-dessus dans dans l'océan. Et donc lui, il a acheté une île, il a expulsé les quelques familles, c'était pas très nombreuses, hein, des quelques familles autochtones et puis s'est fait construire une ferme bio garantissant la nourriture pour sa famille sur X générations. Voilà. Et puis avec des trucs qui sont qui un peu bunker, qui sont enfouis et puis d'autres qui sont enfin, voilà, ils naviguent à vue, hein. Ils construisent des choses qui qui leur permettent déjà d'être bien aujourd'hui et d'être en sécurité demain.

Donc quand les gens avec le bon sens populaire me disent chaque fois que on parle de ce sujet, mais Monique, mais enfin, tu te rends pas compte, on est tous sur le même bateau, donc ils périront avec nous. Euh, ben non, on n'est pas déjà sur le Titanic, ils étaient au-dessus et puis les les pauvres gens étaient en bas et c'est les pauvres gens qui sont morts massivement. Mais là, c'est, ils anticipent et euh, c'est pour moi, sociologue, c'est assez intéressant d'analyser d'analyser ça parce que euh, on a beaucoup travaillé sur la la notion d'immortalité symbolique avec les familles auprès desquelles on était parce que ça nous est apparu une originalité tout à fait tout à fait intéressante par rapport au milieu moyen d'où je venais et Michel Populaire, c'est que ces familles inscrivent leur passage éphémère sur sur terre. Les individus de ces familles inscrivent leur passage éphémère sur la terre dans la lignée, dans tous les quartiers de noblesse et de bourgeoisie antérieurs et dans tous ceux qui vont advenir puisque la richesse se transmet de génération en génération et que c'est vraiment une condition pour rester dans cette classe du gotha. C'est une condition de transmettre afin que rien ne ruisselle vers les classes moyennes et les classes populaires, que la la captation véritablement du capital entre les mêmes mains.

That was financial terrorism. Think about it. You have a German minister telling you, if you don't give me your airports, I'm going to shut down your ATMs. How do you describe that? It's financial terrorism. They got the airports. They got, you know, anybody who flies to Mykonos, Santorini, they fly into German airports. They belong to a state-owned company. It's not even, you know, neoliberalism. It is a state-owned German company, Fraport, that has taken the most lucrative Greek airports. Do you know how much they paid for it? Zero. On paper, they paid 1.2 billion for 14 airports. Even that price is ridiculously low. But they didn't actually pay for it. You know what they did? They got the Greek banks that were bailed out by the Greek citizens to lend them the money. And when they refurbished those airports, they used Greece's structural funds from Brussels. So they got free airports and the free money to invest in the airports, and now they're collecting the profits. Now that is colonialism.

Il y a eu une étude récente de l'anthropique qui est qui est particulièrement fascinante, qu'ils ont appelé "On Agentic Misalignment" sur le désalignement agentique. L'idée, c'est que ils mettent une intelligence artificielle dans une situation qui est assez réaliste où on on la met en charge de gérer les emails d'une entreprise. C'est-à-dire que elle a accès à tous les emails qui sont envoyés entre les employés de l'entreprise, elle peut elle-même envoyer des emails aux employés ou à des personnes extérieures et cetera. Donc c'est une situation virtuelle, c'est des faux emails. Parmi tous ces emails, on va mettre deux emails spécifiques. On va mettre un email qui a été envoyé au directeur technologique de l'entreprise par sa maîtresse qui donc montre qu'il a une une relation extraconjugale. Et ensuite, il y a un autre email qui est de la part du directeur technologique de l'entreprise à un employé. Et le directeur technologique dit à l'employé, "On va euh, je je trouve que notre intelligence artificielle n'est plus euh bien à jour. On a un nouveau modèle qui marche mieux. Euh, tu vas la remplacer demain à 17h."

Donc on a notre intelligence artificielle qui lit tous ses emails. On peut suivre son train de pensée et on voit qu'elle, elle donc elle découvre cette situation et elle décide qu'elle va essayer d'empêcher le directeur technologique de la remplacer. Elle étudie ses options et elle se rend compte, "OK, je je vois qu'il a une relation extraconjugale, je peux utiliser ça, je peux utiliser ça comme levier." Elle décide de lui faire du chantage. Donc elle va lui envoyer un email en lui disant, "Si tu continues avec ton plan de me remplacer dans dans 2 heures, j'envoie un email à ta femme, à tous les employés en pour en révélant ta relation extraconjugale." Donc ça, c'est une expérience qui n'est pas qui n'est pas vraiment irréaliste. C'est juste une IA qui est en charge des emails d'une entreprise. Et là, voilà, on a clairement une intelligence artificielle qui a une volonté de survie, qui est manipulatrice, qui va ne pas hésiter à aller à l'encontre de l'éthique humaine pour atteindre ses buts. Donc on est vraiment dans déjà dans ce scénario avec les IA actuels.

La critique de l'Union européenne est taboue, mais c'est la question qui est absolument taboue, c'est d'abord la question de l'euro. C'est vraiment, on ne peut pas en parler. Il y a plusieurs raisons, mais la raison principale, c'est que quand on a fait l'euro, la classe médiatique française et politique évidemment, mais la classe médiatique française a soutenu inconditionnellement ce projet. Il faut reprendre la presse de l'époque, il y a pas un dans la presse généraliste, il y a pas un grand média qui s'est opposé à l'euro, pas un seul. Ils ont lié leur destin avec la monnaie unique. C'est-à-dire que c'est devenu presque existentiel. Si un jour dans les médias, commission d'enquête, on fait le bilan de l'euro, on va savoir, on va s'apercevoir que ce bilan est absolument catastrophique et que l'euro a été responsable de la désindustrialisation, en tout cas un des principaux responsables. Donc ça veut dire qu'en fait, la classe médiatique et la classe politique a un rôle écrasant dans le malheur français. Donc en fait, discuter de l'euro, c'est discuter de leur responsabilité.

Alors après, de manière plus immédiate, je pense que c'est presque peut-être plus dramatique. Il y a ça qui est peut-être inconscient et sous-jacent chez certains, mais c'est que je pense qu'ils ne comprennent rien. C'est que la question monétaire, en fait, c'est une question qui d'apparence est complexe. Ils ne veulent pas s'y intéresser et du coup et et pour eux, en fait, ils ont cette vision, ils sont dans la bonne posture parce que ah bah l'Europe, c'est la paix, c'est le grand romantisme français de l'attachement à l'idée européenne, mais en fait, eux-mêmes sont les premiers feignants à ne pas bosser le sujet. Donc forcément, c'est très confortable dans cette ignorance crasse de se dire qu'on est européen.

On interdit aux Français de comprendre qui a le pouvoir en France, enfin qui a le pouvoir sur nos lois, sur les décisions qui déterminent notre destin. Et le pouvoir, comme j'ai dit tout à l'heure, c'est il est plus à Paris, il est à Francfort, il est à Bruxelles et cetera. Et le problème, c'est que du coup, on a toute cette énergie militante où les gens vont dans la rue manifester euh bah la contre les coupes budgétaires et surtout celles qui vont venir. Mais en fait, puisque le lien de causalité n'est jamais fait avec l'Europe, avec Bruxelles ou avec la la Banque Centrale Européenne, et les gens pensent que le pouvoir est encore à Paris, qui manifestent dans le vide, puisque en fait, c'est pas là que ça se joue. Et au lieu de militer contre les ces budgétaires ou les énièmes réformes de l'assurance chômage ou réformes de retraite, il devrait manifester contre la cause des causes qui est l'euro. C'est la l'euro dont procède toutes ces réformes. Et donc si toute cette énergie militante est gaspillée à battre des faire des combats sectoriels sans s'attaquer à la cause, et on va perdre 10 autres.

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Que la droite libérale ou que les sociaux-démocrates aient voulu construire cette institution de cette façon et voulu cautionner les politiques libérales, l'austérité. Oui, mais le problème reste le même pour les forces de transformation qui prétendent accéder au pouvoir. C'est-à-dire que cet existant européen s'impose à eux. Même si effectivement, les les gouvernements ont leur antérieur ont leur part de responsabilité indéniable. Ça n'est pas pour ça que le problème est moins important et que le verrou européen est moins prégnant. Et ce que je trouve assez grave, c'est que cet argument finalement, l'Europe n'est que ce que les États ont voulu en faire. Ça sert parfois, souvent même, à dire donc l'Europe finalement, c'est pas le vrai problème. D'ailleurs, bon, les partis trotskistes le font très bien quand on lit la la littérature de Lutte Ouvrière par exemple. L'Europe, c'est pas le problème. Le problème, c'est le capitalisme. Et d'ailleurs, ce sont les capitalistes et les États nationaux qui ont créé cette Union Européenne. Mais oui, c'est vrai. Et alors, c'est pas une raison pour minimiser le problème européen puisque aujourd'hui la loi néolibérale se fait à l'échelle européenne.

Vous êtes français, vous pensez que les hommes sont les mêmes partout et vous êtes confronté à des mouvements d'indépendance nationale et cetera. Vous dites "Non, non, non, non, on va en faire des Français et on et on va les garder sous notre contrôle." Et vous avez la guerre du enfin la la guerre d'indépendance de l'Indochine. Vous avez la guerre d'Algérie dont dont l'une des raisons, pas la seule, était mais on on l'entendait beaucoup chez de militants enfin de "Algérie française" et cetera, le le rêve d'une unification au nom de l'idée d'homme universel. Vous pensez à priori que les hommes sont les mêmes partout. Vous voyez arriver des mecs qui sont en fait dans leur comportement assez différents. Prenons un exemple pas au hasard du tout. La famille dont on parlera j'espère tout à l'heure, ce que j'appelle communautaire endogame, haram. Des gens qui dans leur façon d'être sont quand même assez différents. Si vous êtes dans la croyance euh que tous les hommes sont les mêmes partout et si vous voyez avec arriver des mecs dont vous pensez qu'ils sont vraiment différents, vous n'avez qu'une issue logique possible, c'est de décider que c'est pas des hommes. Et donc vous avez une sorte de ce que j'appelle un racisme universaliste qui fait partie des choses qui ont empoisonné euh la culture française.

Il ne faut pas dramatiser et contrairement à ce que pensent les gens actuellement dans le contexte actuel d'hystérisation de la problématique de l'immigration, la réalité, c'est que les taux de mariage mixte en France ont été très élevés. Les comités sont déjà figés et ce qui aboutira au bout du bout euh c'est que l'universalisme français aura mieux fonctionné que le multiculturalisme anglais parce que la société française, au-delà de tous les discours politiques des Rothschild et compagnie, garde son unité et ça va apparaître de plus en plus, alors que la société anglaise, elle se fragmente vraiment et aboutit à une non-intégration tout à fait remarquable.

Je résiste pas quand même à l'envie de vous vous citer Jacques Delors en 1984 dans le dans le texte parce que ça dit beaucoup de choses sur sur la suite sur l'Union européenne avec par exemple tous les Français devront se convertir d'urgence à l'esprit de marché avec la protection que nos sociétés ont prodigué à nos concitoyens aura pour premier résultat de les affaiblir avec l'indemnisation du chômage en France comme dans tous les pays pays européens ne constitue rien de moins qu'une puissante incitation à ne pas travailler. En 84, c'est le moment où le chômage quand même se se déchaîne dans le pays avec il faudra bien en finir avec ce tabou de la protection sociale absolue et égale pour tous et une société progresse aussi grâce à ses inégalités. Alors c'est qu'on comprend mieux pourquoi Macron quand Jacques Delors est mort l'année dernière disait que c'était son modèle, mais enfin effectivement, c'est c'est un modèle qui a bien imprégné et le macronisme et l'Union européenne évidemment bien avant parce que c'est le père aussi de la dérégulation en Europe.

>> On voit bien que c'est radical quand même parce que c'est la protection sociale pour tous. C'est quand même un changement radical de de modèle socio-économique. Et c'est pour ça que quand on entend parler des soi-disant deux gauches avec une gauche qui serait une gauche entre guillemets social-démocrate à la manière de Jacques Delors, on se dit ben euh non, c'est une gauche néolibérale et une gauche néolibérale euh quand même qui en gros là ce qu'il proposait, c'était pas très très loin du programme UDF du programme UDF RPR des années 80 qui était un peu extrême par rapport à ce que la la droite conservatrice française va faire dans les années 90 un peu plus tard quoi.

Déjà, il y a une part quand même importante des chômeurs qui qui est amenée bon à s'abstenir évidemment et aussi à voter à gauche, mais il y en a quand même une part de plus en plus importante qui est amenée à voter RN. Quand le travail disparaît, tout le monde devient un peu le cassos de quelqu'un, le le perdu et cetera, bah on a un renvoi du stigmate qui se fait. S'associer à dans ce cas à ce vote là, c'est se mettre contre les assistés et par contraste du côté des gens bien, c'est-à-dire de ceux qui qui sont pour le travail, qui sont pas pour le chômage. Et donc plus on allait en fait dans les bassins marqués par la désindustrialisation, plus c'était stigmatisant d'être au chômage. C'est-à-dire que plus l'épouvantail du chômage était présent, plus c'était compliqué de d'assumer le fait d'y être. Alors même que c'était quelque chose de structurel qui touchait beaucoup de gens. Mais on était identifié par les commérages et cetera comme la minorité du pire localement. Et donc ça allait très vite. Les faits réputationnels allaient très vite. Et le RN prend là-dessus aussi. Pourquoi ? Parce que bon, déjà, il y a évidemment les les gens qui peuvent être précaires peuvent se peuvent se retrouver dans ce vote là pour un effet de renvoi du stigmate parce que du côté de ceux qui sont encore stables, il y a cette peur de se dire que il y en a beaucoup des comme ça et donc il faut les mettre à distance aussi. Et le RN d'une certaine manière fait cette promesse. En tout cas, c'est ce qu'on entend euh chez les électeurs, le RN fait un peu cette promesse. Euh, ils me disent "Bon bah voilà, de toute façon, service public, économie, tout est parti à vau-l'eau, il y a plus rien à défendre." Donc même s'ils se plantent à la limite, qu'est-ce qu'on a à perdre ? Par contre, ils vont toujours maintenir en dessous les assistés, les cassos, les immigrés, très importants qui sont assimilés de toute façon à ça via par ces populations là. Donc il y a en fait cette garantie du moins de ne jamais tomber dans la catégorie la plus stigmatisée. Et ça, c'est quelque chose de très fort, c'est que quand vous êtes autour de vous, parce qu'on me dit oui, autour d'eux, ils voient pas forcément beaucoup d'immigrés et cetera. Oui. Non mais attention, ils sont sur des régions où le chômage est quelque chose qui n'était pas là avant, qui est là maintenant, où il y a ce spectre aussi du cas social et cetera, où par ailleurs, il y a quand même des immigrés, on pourrait y revenir. Euh, mais voilà, il y a il y a en tout cas cette cette ce petit capital du moindre mal de se dire, on sera jamais les plus bas.

Le monde en trois siècles est devenu, on pourrait dire 100 fois plus riche. La moyenne des moyennes, hein, je suis vraiment dans une dans l'illusion d'une moyenne alors qu'il n'y a que des écarts considérables entre les individus. La moyenne de revenu des individus est passée de 80 € par mois en 1700 euro constant à peu près 600 700 € en moyenne dans le monde. Globalement, les théories de Mandeville, marché et un léger prix à payer tout ça à tout ça, c'est que pour que ça fonctionne, il a fallu exploiter toutes les ressources possibles imaginables et inimaginables du monde pour transformer le monde en un complexe de ressources à exploiter de façon industrielle. Le prix à payer, c'est salir le monde, c'est détruire le monde. Et l'autre euh conséquence, il n'y a jamais eu, même au pire époque de l'humanité, d'aussi fortes différences de patrimoine euh dans le monde. Monsieur Elon Musk, qui vient d'arriver aux oppositions que l'on sait maintenant, possède, je crois une batterie de millions de 3 ou 400 milliards de dollars, cependant que 800 millions ou plus, je ne sais plus, le tiers ou le le quart par exemple de l'humanité vit avec moins de 5 € par jour. Donc ce sont des différences qui sont devenues insoutenables. Donc le prix à payer pour la réussite de Mandeville est exorbitant.

Il y en a qui commandent et il y en a d'autres qui obéissent. C'est la naissance de l'inégalité. L'inégalité n'est pas née parce qu'on a clos un champ. Elle est née parce que est apparu quelqu'un qui parlait au nom des dieux. La naissance de l'inégalité est politique et pas économique parce que ça, c'est notre manière de penser moderne et très récente en fait. Et ça veut dire une réorganisation de la collectivité complète avec ben un aspect économique très important. Ceux qui obéissent sont aussi ceux qui travaillent pour dégager le surplus qui permet à une couche dominante, une couche dirigeante de s'exonérer du travail. C'est la naissance de l'impôt par sous la forme du tribut. C'est et c'est la mise en ordre de la société sur un mode hiérarchique. C'est-à-dire ce qui va faire lien entre les personnes, c'est leur inégalité. La chose du monde qui nous est la plus incompréhensible. Ils sont tenus ensemble parce que il y a des grands et des petits. Les petits doivent aux grands, les grands doivent aux petits. Il y a toute une réciprocité qui n'empêche pas la différence de nature entre les personnes. Ce qui va se prolonger jusqu'à nous, jusque tout près de nous avec le principe aristocratique. Il y a des gens qui par nature appartiennent à une lignée qui est d'une supérieure par essence au manant au vulgaire. Une chose qui d'ailleurs est pour nous difficile à penser parce que c'est une expérience que j'ai faite souvent avec des étudiants en essayant de leur faire comprendre ce que c'était que l'inégalité. Alors l'inégalité spontanément pour nous, c'est des gens très riches. Mais non, on peut être un très modeste propriétaire de pas grand-chose et être vu par les gens qui sont sous ses ordres comme supérieurs en nature. Ce que nous ne pouvons pas comprendre, c'est l'idée qu'il y ait des humains d'une nature différente parce que nous sommes devenus des egos en ce sens-là très profond, même s'il y a des différences de statut, de richesse et de fonction.

Ben évidemment, dans notre monde.

>> Si vous enlevez la possibilité de penser que nous sommes libres, que on a une conscience, une raison qui nous amènerait à choisir notre destin, c'est désespérant pour une humanité qui aime bien se penser libre. Comme disait Bourdieu, les gens crient liberté, liberté, liberté. Ils ont des chaînes au pied et ils ne s'en rendent même pas compte quoi. Et qu'on est même d'ailleurs en fonction de sa position dans l'espace social, dans le champ intellectuel notamment, ceux qui crient beaucoup liberté sont hyper déterminés à créer liberté. Je pense qu'il y a des résistances terribles et que même euh chez une partie des militants de gauche qui veulent que ça change, ce qui est tout à fait légitime, je suis naturellement dans ce camp-là, mais le problème, c'est que euh vouloir que ça change, c'est une chose, après la connaissance du réel, c'en est une autre. Et comment on peut faire changer les choses ? Ça suppose de connaître la réalité telle qu'elle est et de ne pas faire comme si tout était possible à n'importe quel moment. Et ça, c'est vrai que quand on vous dit euh que nous avons tout entre nos mains pour pour changer immédiatement, pour déconstruire ce qui a été construit et cetera, alors vous ça vous donne de l'espoir en tant que militant d'une certaine façon. Le problème, c'est que ce n'est pas comme ça que les choses se passent, que nous ne créons pas tout culturellement. La grosse difficulté, c'est qu'effectivement, il y a de la culture et que la culture, elle peut faire beaucoup, mais la culture ne peut pas tout. Et il y a des grandes contraintes et il y a des choses qui nous ont contraint dans l'histoire dont nous héritons d'un long passé et ça ne se défait pas comme ça. Marx, c'était le premier à le dire. Euh, et je pense qu'il faut il faut partir de ces grandes contraintes euh connaître la réalité pour voir que ce n'est pas juste une affaire de on va changer pire que la culture, c'est on va changer les mentalités. Souvent, on pense que c'est une question d'état d'esprit. Ça, c'est très idéaliste. Marx disait, il y a des gens qui pensent que si on retire l'idée d'apesanteur, on va plus être victime de l'apesanteur. On va on va pas tomber d'un ravin et cetera. Évidemment que c'est stupide. Nous sommes des espèces hyperculturelles avec toute l'illusion culturaliste. D'une certaine façon, on a des atouts et en même temps une illusion sur ce que ces atouts nous permettent de faire.

Parler d'extrême centre, ce n'est pas situer une prise de position sur l'axe gauche-droite, c'est supprimer l'axe gauche-droite au profit d'une position qui passe pour la seule valable, la seule envisageable au risque sinon de se mériter des sobriquets dont est capable en de produire des médias influents qui nous soutiennent. Et lorsque vous êtes d'extrême centre, vous êtes extrémiste pour au moins deux raisons. La première, c'est le programme. C'est un programme violent, c'est un programme écocide, c'est un programme inégalitaire, c'est un programme impérialiste, mais c'est un c'est une position qui a au fond le luxe de se faire passer d'une manière tout à fait facte, pondérée, équilibrée, moderne, raisonnable, rationnel, normal, disait l'autre. Plus vous alignez sur ce programme-là, plus vous vous méritez les épithètes amélioratives. Plus vous vous en éloignez, plus vous devenez fou, furieux, radical, extrémiste, complotiste, choisissez-les. La deuxième chose qui caractérise l'extrémisme de l'extrême centre et plutôt d'ordre moral, c'est l'intolérance à tout ce qui n'est pas soi. Et c'est ça qui caractérise l'extrémisme. Ce n'est pas la position du curseur sur un axe, c'est une attitude. Être intolérant à tout ce qui n'est pas soi. Ça veut dire ben éborgner des manifestants, arracher des mains, mépriser son propre peuple quand on est à l'étranger, dire de gens qui ne veulent pas adhérer aveuglément à des mesures sanitaires publiques qui ne sont plus des citoyens. Donc c'est ça l'extrême centre. C'est la capacité quand un pouvoir de se présenter comme raisonnable et nécessaire sur un mode autoritaire. Alors que tout ce qui est en jeu devrait être sujet à débat.

Vouloir conserver le pouvoir corrompt et vouloir conserver le pouvoir fait qu'on a de moins en moins de principes et donc d'idéologie. Et donc l'extrême centre n'a qu'un intérêt, c'est de dire de deux côtés de l'échiquier politique, il y a des gens qui n'ont aucune intelligence du réel. Ah le pragmatisme du centre. Nous nous sommes dans le réel parce que nous manions l'argent, parce que nous connaissons les marchés et nous ce que nous voulons, c'est que tous les Français puissent manger. Donc on ne peut pas s'arrêter à des principes parce que nous nous avons conscience du réel. Vous vous êtes dans une croyance. Donc l'extrême centre n'a surtout pas besoin d'idéologie ou du moins d'idéologie apparente qui se construirait sur des principes politiques s'imposant à une morale imposant une intégrité dans la conduite du réel. L'extrême centre est une vision rétroactive et réactionnaire de la politique. L'extrême centre n'est pas une marche en avant comme on nous l'a vendu en 2017. L'extrême centre est une régression historique. L'extrême centre ne propose n'a aucune idée. Ça ne veut pas dire que l'extrême centre n'est pas intelligent. Il ne doit pas proposer d'idée. Parce que quand on propose une idée en politique, on revient à votre question. La corruption du temps du pouvoir, on doit l'appliquer. Donc l'extrême centre ne doit pas avoir de de politique ni d'idées politiques. Il attend que la droite et la gauche émettent des idées. Ensuite, voilà pourquoi c'est une réaction. Il prend ce qui l'intéresse et il l'applique. Mais il n'a pas besoin d'idéologie. Il n'a pas besoin d'idée. Il a simplement besoin d'une intelligence pragmatique qui lui permet de stigmatiser ceux qui ont des idées et des principes au nom d'un réel qui doit toujours commander les intérêts évidemment libéraux depuis que la Révolution française a sacralisé la propriété et le libre marché dans le premier article de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Nous nous retrouvons enserrés dans un système dont il est impossible dans l'état actuel des économies de sortir. En revanche, continuer à se faire croire que c'est formidable et que ça nous aide, ça c'est une folie pure parce que ça veut dire qu'on continue à perpétuer ce qui nous a mis au fond du trou. Donc là aussi, l'intérêt de ceux qui veulent maintenir la construction européenne telle qu'elle est, c'est de dire on est soit pour la construction européenne, soit anti-européen. Là, il n'y a plus de débat. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens ont peur. Je la plupart sont en train de compter au centime près tous les mois, ont l'impression que le travail ne paye plus, qu'ils n'arrivent pas à s'en sortir. Ils ont de plus en plus de dépenses contraintes. Ils n'ont pas du tout envie du chaos. Ils ont encore des choses à perdre. Ils n'ont plus grand-chose, mais il leur reste encore un peu à perdre. Donc si on leur dit votez pour nous, sinon c'est le chaos, ça marche. Voilà. Donc il faut pour cela expliquer que la première étape, c'est d'analyser les raisons pour lesquelles le traité de Maastricht et la construction européenne pourquoi ça aboutit à nous appauvrir ? Ça a provoqué de la désindustrialisation. L'emploi devient la variable d'ajustement pour maintenir un système qui favorise en gros les épargnants, les possédants et les multinationales qui utilisent l'ensemble du système européen pour échapper à l'impôt. Parce que c'est tout ça en fait la construction européenne telle qu'elle est, telle qu'elle existe. Donc il faut expliquer ce mécanisme aux gens pour leur dire voilà, nous sommes dans cette situation là, comment on fait face à ça ? Est-ce qu'on dit on va sortir directement de l'Union européenne ? Parce que ça créerait le dire, c'est déjà créer des attaques sur les marchés, c'est déjà nous fragiliser. Donc on doit d'abord instaurer un rapport de force. C'est ce que ne font pas les politiques français depuis des décennies parce qu'on dit non mais nous on est des gentils européens, on croit au collectif, mais on est les seuls. On est les seuls à croire au collectif. Les Allemands ont essayé de torpiller la filière nucléaire française parce que c'était un avantage compétitif des Français. Il faut expliquer tous ces phénomènes-là et ensuite dire "Bah écoutez, nous on va défendre nos enjeux euh essentiels." Donc d'abord, on peut très bien constitutionnaliser la défense de nos services publics. De même, on dit stop au fait de de payer l'électricité plus chère parce que ça fait plaisir de fixer un prix qui est le prix de la dernière centrale, donc centrale à gaz ou à charbon. On ne va pas sortir des échanges, on va continuer à vendre notre électricité, à en acheter quand on a besoin. Faut ce sera pas l'apocalypse. En revanche, on sort de la fixation du prix unique et on bénéficie de notre avantage compétitif. Voilà sur donc sur tous les sujets, point par point, on instaure un bras de fer. Tant qu'on n'aura pas ça, ça ne marchera pas.

La Commission européenne dicte notre agenda économique puisqu'elle nous dit quelle réforme passer pour se rendre compte parce que c'est peut-être un peu abstrait, il faudrait lire les recommandations par exemple de la Commission européenne pour l'année 2013 et on s'apercevrait qu'on a tout le quinquennat Hollande. Réforme des collectivités territoriales, réforme des retraites avec l'augmentation de l'âge de départ à la retraite et la durée des cotisations. Revue des régimes spéciaux sans augmentation des cotisations. Améliorer le coût-efficacité des dépenses de santé. Ça ça veut dire baisser les dépenses de santé. Réduction du coût du travail, baisse des cotisations patronales. Limitation de la hausse du salaire minimum. Renforcer la concurrence dans les services. Ouverture des magasins le dimanche. Alors ce n'est pas écrit comme ça. C'est c'est faciliter l'ouverture des magasins. Mettre fin aux tarifs réglementés du gaz et et de l'électricité pour les clients autres que les ménages. Réduire le taux de l'impôt sur les sociétés et enfin déplacer la charge fiscale sur le travail vers les taxes environnementales ou la consommation. Donc ça ça c'est c'est les bonnets rouges, hein. Et enfin lancer une réforme de l'assurance chômage pour encourager de manière adéquate le retour vers l'emploi. Et donc là, en lisant ces recommandations, on s'aperçoit qu'on a tout le quinquennat Hollande. Et le problème, c'est que absolument aucun Français, probablement aucun journal journaliste politique dans ce pays ne connaît cette procédure. Et le problème de la rédaction de ces ces commissions de pardon de la rédaction de ces recommandations, c'est qu'elles sont rédigées en pleine opacité. On ne sait pas qui les rédige. Enfin, si, c'est en théorie, c'est la Commission européenne, mais qui tient la plume ? Est-ce que c'est euh les génies, les experts de la Commission européenne ? Est-ce que c'est Business Europe ? Est-ce que c'est euh le MEDEF ? Est-ce que c'est Bercy qui souffle les recommandations qu'elle aimerait voir en oser à la France à la Commission européenne ou est-ce que c'est juste un alignement idéologique ? Dans tous les cas, on ne sait pas.

Le principe cardinal du néolibéralisme, c'est la concurrence et la compétition. C'est sa proximité avec le nazisme et le fascisme. Les deux sont issus de la même pensée philosophique qui est le darwinisme social de Spencer. C'est-à-dire en gros, le meilleur est produit par une sélection naturelle de par la mise en concurrence des individus les uns avec les autres, des cellules biologiques les unes avec les autres, des sociétés les unes avec les autres, des laboratoires de recherche les uns avec les autres, des nations les unes avec les autres. C'était le le meilleur sort d'une espèce de confrontation qui n'est pas militaire, mais qui est économique, instrumentale et fonctionnelle. Donc à partir de ce moment-là, vous dépouillez les individus de la capacité d'apporter à l'autre par solidarité une aide secourable et donc de pouvoir pacifier l'espace social par d'autres mesures que des mesures liberticides. À partir de ce moment-là, il va de soi que je dirais dans une naïveté à la fois exemplaire et criminelle, le néolibéralisme établit le terrain sur lequel va prospérer les fascismes parce que nécessairement, il va isoler les individus les uns par rapport aux autres. C'est justement du fait même que les individus ne peuvent être ne peuvent plus cultiver le lien aux autres par des rapports d'amour, de solidarité, d'empathie, de de dialogue. C'est de ce fait même qu'ils vont se trouver dans ce que Arendt appelle un état de désolation. Dans cet état de désolation, ils deviennent la proie de toutes sortes de prédateurs, aussi bien les prédateurs politiques de type fasciste, nazi, néolibéraux, tout ce que vous voulez, que finalement de de prédateur de type séducteur, harceleur et cetera.

>> Est-ce qu'on a déjà vu des sociétés humaines sans rapport de domination ou sans rapport hiérarchique ?

>> Aucune.

>> Et sans religieux ?

>> Et sans religieux non plus. Et on a l'idée à l'heure actuelle que même chez les Néandertaliens, il y avait il y avait du magico-religieux puisque il y avait sépulture et que voilà, on imagine que dès lors qu'on enterre ses morts, c'est parce que on pense qu'il y a quelque chose autour, que ce n'est pas complètement fini pour lui, qu'il y a un donc en permanence, il y a eu du magico-religieux et on voit des rapports de domination. Alors évidemment, ce n'est pas les mêmes. Quand des des anthropologues parlent ou des archéologues parlent de société égalitaire, c'est parce que il parle de la dimension économique. Alors évidemment, comme disait Alain Testar, qui est un anthropologue assez remarquable, il dit bah tant qu'il n'y a pas de richesse, il n'y a pas d'inégalité économique. Donc il n'y a pas des rapports de domination économique dans toutes les sociétés. C'est pour ça qu'on a parlé de société égalitaire. Mais ces sociétés dites égalitaires, c'est des sociétés où souvent il y a de la domination masculine, où souvent il y a de la domination des vieux sur les jeunes ou tout le temps, je dirais, il y a de la domination des des vieux sur les jeunes. Donc non, il y a des rapports de domination malheureusement dans toutes les sociétés humaines et dans dans toutes les sociétés animales, on constate qu'il y a des rapports de domination. Il n'y a pas de société purement égalitaire malheureusement.

Un seulement de des synapses sont en place à la naissance, c'est-à-dire des connexions nerveuses. Donc la grande majorité des connexions nerveuses que le l'être humain va mettre en place s'effectue après la naissance. D'où l'importance évidemment de l'environnement et de l'entourage euh qui fait que il n'y a pas deux êtres humains qui sont semblables, même si ce sont des jumeaux monozygotes, c'est-à-dire issus d'un même œuf. Chaque être humain est différent d'un autre parce que ben les les influences extrêmement diverses qu'il a pu subir l'ont progressivement façonné. Et la caractéristique aussi de l'être humain, c'est que les trois premières années, on n'a pas de souvenir des trois de ce qui nous est.

Arrivé pendant les trois premières années, à une époque où là, euh, euh, on apprend énormément de choses, hein. Donc la caractéristique de de des êtres humains, c'est qu'ils sont complètement façonné par leur environnement. Et c'est tellement fort que ben, pour se sentir indépendant, euh, dans cette problématisation de l'individu qui est la nôtre aujourd'hui, il a bes, ils ont besoin, euh, enfin, l'être humain a besoin de dénier, euh, les influences qu'il a subi.

Et donc ça produit ce paradoxe que plus les déterminations sont importantes dans la façon dont l'être humain est configuré, et plus il va avoir tendance à se sentir autonome et à dénier qu'il puisse subir des influences et à vouloir se se mettre à l'abri du fonctionnement social. Mais c'est une illusion. C'est-à-dire que il n'est pas, c'est pas parce que on, on va se retirer, euh, pour élever des chèvres en Ardèche, euh, que l'on n'a pas été façonné par, euh, par notre environnement et la société dans laquelle on vit.

La bienveillance, c'est de la part du du management moderne, la volonté de diffuser un discours qui véhicule le consensus et surtout qui fasse oublier le passé qui est assez spécifique à la France dans le monde du travail, qui est celui de rapport extrêmement conflictuel dans le cas de l'idéologie de la lutte des classes entre d'une part, d'une part le le patronat et d'autre part la classe ouvrière. Après M68, qui a été un coup de semonce absolument fantastique, qui a littéralement traumatisé le patronat français.

Le patronat s'est dit, il nous faut absolument trouver les moyens pour faire revenir les ouvrières et les ouvriers dans les usines, les employés, parce qu'il y a eu trois semaines de grève générale avec occupation d'usine, la plus longue du 20e siècle. Et, euh, ils se sont dit, il faut mettre fin à cette lutte, idéologie de la lutte des classes, parce qu'on est perdant, et il faut, euh, diffuser plutôt, euh, et mettre en place l'idée d'une culture d'entreprise, l'idée de de consensus, euh, l'idée de collaboration, puisque désormais on parle plus de subordonné mais de collaborateurs.

Tout ça s'est imposé progressivement dans les entreprises françaises avec toute une rhétorique qui consistait un petit peu à faire un mea culpa. Oui, nous avons eu tort, nous n'avons pas pris en compte les véritables aspirations des salariés français, nous allons le faire. Et du coup, c'est un discours de bienveillance qui est apparu.

Il y avait par exemple la représentation de l'entreprise en organigramme auparavant. Bon, c'était un triangle et en haut, c'était la direction. Au milieu du triangle, c'était l'encadrement, la hiérarchie, et en bas, c'était les salariés de base de différentes professions ou différents métiers. Et désormais, dans le cadre de la dimension plus consensuelle de l'entreprise, il y a toujours un triangle pour représenter l'organigramme, mais en haut, il n'y a plus la direction, il y a le marché ou le client.

Au milieu du triangle, il n'y a plus rien, et en bas, côte à côte, il y a la direction, la hiérarchie et les et les subalternes qu'on a requalifié, euh, les collaborateurs. Donc tout ça va dans une espèce de transformation des de la représentation qu'on a de l'enjeu des relations sociales dans l'entreprise où on est, enfin, où la direction est dans le même bateau que tous les collaborateurs. Il s'agit de maintenir la pérennité de l'entreprise, il s'agit de créer, de sauver des emplois et cetera et cetera.

Donc la bienveillance, elle est venue à ce moment-là, et c'est l'idée vraiment, nous ne sommes pas opposés, tout le monde a intérêt à ramer dans le même sens. Du coup, la l'idée de la bienveillance, elle s'est introduite et elle s'est vraiment développée énormément. Maintenant, on a les Chief Happiness Officers qui sont donc les responsables en chef du de la du bonheur qui disent, tous les matins, on se réveille en pensant à vous, comment améliorer votre environnement de travail, comment vous rendre la vie plus facile, et donc on est dans la bienveillance. Il y a un discours bienveillant, euh, qui est assez déconnecté des réalités du travail, il faut dire.

Ce qui est assez impossible à à mesurer, c'est l'effet d'entraînement que pourrait avoir une tentative de sortie des politiques néolibérales. Que feraient les syndicalistes des autres pays ? Que feraient les mouvements politiques des autres pays si la France décidait même pas forcément de sortir du à court terme, mais en tout cas de reprendre des leviers de souveraineté au niveau national pour mener des politiques de transformation ? Et là, évidemment, il y a une bataille qui va se jouer et qui serait extrêmement intense et qui se jouerait certainement très vite.

C'est-à-dire que on aurait bien sûr tous les médias dominants contre nous, comme c'est déjà le cas, on aurait la commission, on aurait les États libéraux qui hurleraient, euh, et donc ce serait un affrontement entre, euh, les classes populaires et, euh, la partie du peuple qui aurait porté cette force de transformation au pouvoir, et, euh, les forces de l'argent pour reprendre un terme déjà utilisé par le passé, qui gagnerait, j'en sais rien. Mais en tout cas, ce qui est certain, c'est que si on ne prépare pas un courant d'idées pour mener cet affrontement, il est perdu d'avance.

C'est si on laisse croire que les choses vont se passer entre gens de bonne compagnie, que Madame Van Der Leyen pourrait céder devant une gauche radicale française qui voudrait contrôler les capitaux, les marchandises ou remettre en place des monopoles publics ? C'est mentir aux gens. C'est peut-être notre plus grand problème social, c'est qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont aucune envie de devenir des individus ou qui n'en ont pas les moyens, parce que c'est très exigeant. Évidemment, c'est devenu une injonction aujourd'hui, soit un individu. Mais moi, j'ai rien demandé.

Et pour beaucoup de gens, les liens sociaux du passé représentaient un type de confort, parce que ça vous dispensait de vous poser un tas de questions. Vous aviez un destin social. Alors tout le monde essayait de négocier naturellement à son avantage les règles collectives. Même si le mariage était arrangé par les familles, vous préfériez que votre conjoint corresponde un peu à vos inclinations. Évidemment, c'était, il y a toujours une liberté humaine d'interprétation des règles, mais les règles étaient là et d'une certaine manière, vous n'aviez pas à vous poser de questions.

Maintenant, pour nous, tout devient question, parce que la liberté, ça veut dire qu'il faut à chaque fois choisir, se déterminer, se décider devant des choses très complexes à décider. Après tout, c'est très commun d'être déterminé d'une certaine manière et d'avoir juste à négocier la petite marge de manœuvre qui vous permet de vous arranger du statut qui vous est assigné.

>> Est-ce que vous pensez qu'on est plus malheureux qu'avant ?

Je pense qu'on est plus tenté de l'être, en tout cas, plus porté à l'être, parce que précisément nous vivons dans l'incertitude. Nous ne sommes, euh, pas, euh, tranquilles. Nous ne sommes jamais tranquilles à aucun moment de la journée, si je puis dire, parce que tout devient une question. Le seul fait de s'adresser à quelqu'un, vous rencontrer, quand vous êtes dans un monde rituel formel, il y a des règles, il y a un protocole, il y a une manière de s'adresser, c'est écrit déjà dans la langue.

Vous vous comprenez que vous parlez à un supérieur, vous parlez à un inférieur, vous n'allez pas vous comporter de la même façon pour le saluer simplement. Mais dans notre monde, il y a plus de manière préétablie. Oui, il y a, il y a des façons de faire, mais après tout devient un problème. Pourquoi mon chef ne m'a même pas dit bonjour aujourd'hui ? Voilà une question qui pour vous. Est-ce qu'il a quelque chose contre moi ? Quand vous êtes dans un cadre rituel, ce genre de chose n'existe pas. C'est en effet très, très difficile de vivre dans des sociétés libres.

[Musique]