Transcription
[musique] Aujourd'hui, on a un stage d'urologie à 9h20. Faut pas arriver en retard. Mon prof, il est assez à cheval sur les horaires. Je m'appelle [musique] Manon Tourk, j'ai 24 ans et je suis étudiante en médecine en 4e année.
Plusieurs fois par semaine, Manon se rend à l'hôpital pour ses consultations. Deux équipes ici, ça veut dire quatre étudiants ici. On y va. Bah, on a qu'à commencer là du coup. Bonjour monsieur. Nous sommes étudiants en 4e année de médecine. Quel âge avez-vous ? 36 ans. OK. Euh avec vous avez des douleurs pour Rina ? Non non. OK. Donc dans votre famille, vous avez des gens malades du diabète ou du cancer ? Je parle pas très très bien roumain. Là, c'est mon premier stage en neurologie. Je maîtrise pas très très moins que Hamza. Mais euh le semestre dernier en chirurgie digestive, à la fin, on arrivait à faire un examen clinique complet en roumain. Douleur douleur urinaire urinaire. [musique] Pas de médicaments, pas de tabagisme. Vous voyez ici, vous avez déjà la liste des questions nécessaires pour faire le décryptage parce ce sont beaucoup de questions très importantes pour le patient avec une telle symptôme. Vous fumez beaucoup ? Euh non.
Si Manon a dû apprendre le roumain, c'est qu'elle fait partie des recalés du concours de médecine en France. [musique] Après son échec en 2020, la Parisienne tente sa chance ailleurs. Échouer en France a été une opportunité dans un certain sens. À l'époque, évidemment, je l'ai pas du tout vu comme ça, mais aujourd'hui, évidemment que je vois ça comme une chance.
[musique] Bonjour. Bonjour. Aujourd'hui, on va continuer avec une complication qui [musique] s'appelle embolie pulmonaire. Dès mon premier échec en première année de médecine en France, j'ai tenté l'examen d'entrée en médecine en Belgique que j'ai raté à plusieurs reprises. Pendant ce temps-là, j'ai fait deux années de biologie et ma dernière chance, c'était la Roumanie. Le parcours de Manon est loin d'être un cas isolé. Aujourd'hui, il y aurait plus de 5000 étudiants français à partir chaque année à cause d'un examen jugé trop sélectif. Alors même que la France manque de soignants.
[musique] Des jeunes qui choisissent la Belgique, le Portugal ou l'Espagne pour se former à la médecine, mais plus de la moitié [musique] choisissent la Roumanie. J'ai été acceptée ici. Je ne connaissais rien ni de la Roumanie, ni d'où j'allais habiter. Je connaissais pas mal de gens qui étaient au malade. Donc je savais que l'enseignement devait être de qualité. Tout ce que j'attendais d'ici, c'était qu'on apprenne à devenir médecin et c'est exactement ce que j'ai vu. Si vous n'avez plus de circulation dans l'artère, qu'est-ce qui se passe ? Parce que c'est ça, ce réflexe hypoxique. Manon étudiait à la faculté de médecine à Iași, la plus grande ville à l'est de la Roumanie. Comme dans trois autres facultés du pays, une section a été spécialement créée pour les élèves francophones. Vous savez qu'est-ce que c'est la streptokinase ? C'est ce qui est produit par les bactéries et qui participe à la fibrinolise. À sa création il y a 15 ans, ce cursus accueillait 65 étudiants, mais aujourd'hui, ils sont plus de 1300. Français, français, on parle tous de France et puis ensuite par Tunisiens et en section anglaise, il y a beaucoup aussi d'autres origines. Donc quelle est la complication la plus dangereuse si ça appartient au streptocoque ? Infection, non, choc, choc allergique, allergie. Ici, les matières étudiées sont les mêmes qu'en France, dispensées par des professeurs bilingues. Si on fait une radio à un patient qui tousse, on peut voir soit rien, soit parfois une atélectasie. Oui, les études ne posent pas des questions. Moi, chez vous, j'aime bien parce que vous posez des questions.
[musique] Aujourd'hui, je vois la Roumanie comme vraiment le pays qui va me permettre de devenir médecin. Donc ça, c'est déjà quelque chose d'énorme. Je vois aussi ce pays comme un pays qui a su ouvrir ses portes à des étudiants en détresse, à des étudiants qui ne trouvaient pas d'autres solutions que de venir ici. Chaque année, des milliers d'étudiants quittent l'Hexagone pour faire leurs études de médecine à l'étranger. Ils sont 3000 à choisir la Roumanie. Là-bas, ils retrouvent des universités sans numerus clausus, sans concours et avec des cours en français accessibles sur dossier. Une opportunité pour ces étudiants écartés des études de médecine. Souvent découragés par un système français jugé trop compétitif et élitiste. Même avec des frais de scolarité pouvant atteindre 7500 € par an, [musique] ces jeunes y voient une deuxième chance d'exercer le métier dont ils rêvent.
[musique] Mais si leur diplôme roumain est reconnu partout en Europe, leur retour dans l'Hexagone s'apparente à un véritable parcours du combattant. [musique] Pourtant, la France fait largement appel aux médecins roumains pour répondre à ses besoins. Un paradoxe alors que 6 millions d'assurés sociaux sont privés de médecins traitants. Je m'appelle Soline Noray, j'ai bientôt 33 ans. Je suis médecin généraliste [musique] en campagne sur la Côte Sud. Oui, ça monsieur Mur ? Oui, c'est Soline Noray. Bonjour. Bah oui, j'ai un petit peu de retard, je suis désolée.
[musique] De matinées par semaine, Soline, médecin formée en Roumanie, se rend chez ses patients. Je me permets, hein, je m'assois. Bon, du coup, je voulais refaire un petit peu le point sur vos examens. Oui. Vous souvenez, la dernière fois on s'était vu, mais vous aviez l'IRM au niveau de la tête et tout ça a passé. Vous aviez eu des chutes ou pas ? Je me souviens plus. Oui, justement je... Oui, c'était il y a pas... Je me souviens plus quand est-ce qu'elle était votre chute. Ouais, ça c'était en 2012 avec votre épouse du coup. Oui. Oui. Mais du coup, ça correspondrait aux vertèbres qui sont un peu tassées. Oui. Ouais. Ouais. Ça serait bien ça parce que c'est les mêmes vertèbres. Si la vocation pour la médecine de campagne est en voie de disparition, la docteure fait figure d'exception. Moi, j'ai toujours voulu faire médecin. Ouais. Depuis toute petite. Enfin, j'ai toujours un peu baigné dans le dans le soin. Notre grand-mère, elle était auxiliaire de vie et du coup, elle s'est beaucoup occupée de nous avec ma sœur quand on était petite. Je l'ai accompagnée auprès de ses patients dans les dans les campagnes du Berry. Est-ce que ça veut dire que vous étiez prête à tout pour faire ce métier ? Euh en tout cas oui, prête à tout, prête à m'exiler pendant 6 ans [rires] en Roumanie. Ouais. Et si c'était à refaire, je referai exactement la même chose. Dans cette région, plus de 14000 personnes n'ont pas de médecin traitant, près d'un habitant sur 10. Soline est l'une des rares à accepter de nouveaux patients. Ça permet de voir aussi comment chacun et chacune se déplacent un petit peu dans leur environnement, d'essayer d'adapter aussi les environnements parfois s'il y a besoin de de matériel ou autre. La médecine générale, non, c'est pas que de la médecine purement somatique, c'est aussi c'est aussi l'accompagnement psychique, social. Beaucoup... Attendez, je vous prends attention. Ah bah nickel l'attention aujourd'hui. Vous êtes à 147 et vous me disiez là par rapport à vos souvenirs de vos amis décédés et tout, est-ce qu'il y avait des périodes un peu plus difficiles que d'autres ? quand même ça fait triste. On voit plus personne quoi. Oui. Ça vous fait du bien vous que elle passe vous voir ? Je complètement oublié. [musique] Dans ce désert médical où beaucoup avaient renoncé à se soigner, [musique] la médecin est devenue indispensable. Bon, je vous dis à plus tard et puis je dépose ça à la pharmacie. Gentil. Au revoir monsieur M. Bonne journée. Très comme Soline, de plus en plus de médecins recalés en France mais formés ailleurs en Europe sont désormais perçus comme une réponse à la pénurie médicale. Je vous laisse vous installer. Oui. Oui. Merci. Alors, je regarde un peu vos jambes. Ouais. À la maison de santé de Saint-André d'Apchon, son cabinet ne désemplit pas. Ici, la nationalité de son diplôme ne dérange personne. Bah, il y a pas d'importance pourvu qu'elle est très compétente. Si elle était pas venue s'installer ici, comment ça se passerait pour vous ? Et ben, j'aurais pas de médecin. Bonjour. Bonjour. C'est pour Milan ? Oui. Dites-moi, qu'est-ce qui se passe du coup pour... Et ben, ça fait deux jours qu'il a 39 de fièvre. Tu ouvres grand la bouche. Ah, allez, super. [musique] Très bien, très bien, très bien. Ouvre la bouche, ouvre grand la bouche. Super, encore une fois. Non, tu veux pas. Bon, c'est bien plus euh simple d'avoir des docteurs sur place et qui se rendent disponibles quand on a un enfant malade tout de suite, quoi. Elle a fait une partie de ses études en Roumanie. D'accord, très bien. Non, je ne savais pas. Elle a vu euh d'autres d'autres un autre pays, donc une autre culture et bon ben je vous souhaite une bonne journée. Merci par au revoir. Si Soline ne regrette pas son choix roumain, [musique] son retour au pays n'a pas été une évidence lorsqu'en 2016, elle a voulu faire son internat en France. Un concours que chaque étudiant peut préparer grâce à une plateforme [musique] numérique dédiée. Mais ceux qui étudient à l'étranger n'y ont pas accès. Une injustice que Soline va plaider jusqu'au plus haut niveau de l'État. Ça c'est la photo avec François Hollande et puis l'ambassadeur de France en Roumanie. J'étais un petit peu stressée. Je me souviens qu'on s'amusait à essayer des poignées de main un petit peu avant notre rencontre avec le président. Je pense que ça a dû durer euh oui, peut-être 5 minutes, le temps de remettre une lettre. Il y a une petite blague et puis euh et voilà. Ça n'a pas évolué suffisamment parce que je pense qu'il y aura toujours des blocages euh auprès des grands pontes français, mais je pense que ça sera toujours compliqué en tout cas pour qu'il y ait une égalité des chances pour les examens de l'internat. Je vous laisse tendre le bras. [musique] Des blocages venant des doyens des facultés de médecine. En 2012, ils accusent ces étudiants de payer leur diplôme roumain, pourtant reconnu à l'échelle européenne. [musique] Je pense qu'il faut faire évoluer les mentalités qui sont très ancrées, élitistes, françaises. C'est vraiment une de mes connaissances du système et et enfin des autres systèmes de soins et des autres systèmes universitaires surtout. Et heureusement du coup qu'il y a d'autres pays européens qui forment des médecins qui ensuite peuvent venir en France quoi. Bonne journée. Oui, ça marche. Au revoir. Mariana Floria, 57 ans, est une cardiologue roumaine de renom à l'international. Comme Soline, elle a aussi connu l'exil. Dans les années 2000, elle part chercher de meilleures conditions de travail à l'Ouest, en Belgique. [musique] J'étais partie la première fois parce que ici j'ai eu un salaire de 200 €. En 2005, c'était vraiment comme ça. J'étais assistante en médecine interne et j'ai accepté euh de partir parce que voilà, c'était très c'est c'était très difficile. pas fonctionner dans un... Je n'ai pas voulu rester parce que c'était ma famille ici et je pense que c'est important finalement après que nous avons appris des choses de revenir ici et de développer ta profession ici sur le plan national. Il y a 10 ans, Mariana décide de revenir dans son pays. La docteure veut changer l'image sur la prétendue mauvaise formation roumaine. Bon, prenez votre stéthoscope et faites s'il vous plaît l'auscultation. C'est elle qui est en charge des étudiants français de 4e année. Donc, c'est une patiente de 76 ans. Ça va, c'est important. Elle a déjà le dessin ? Oui. Plusieurs fois. Maintenant, regardez un petit peu la biologie de madame. C'est important aussi la prise de sang, n'est-ce pas ? On doit savoir s'il y a un syndrome inflammatoire. Probablement elle a déjà une endocardite. Pourquoi pas ? Par exemple, ça va donner toujours un syndrome. Ça se voit que que notre professeur elle aime ce qu'elle fait, elle est passionnée et qu'elle nous elle nous transmet ça. Et nous aussi, on on on adore. Les étudiants qui apprennent ici à Iași, ils ont le même niveau euh comme dans les autres pays. Sûrement parce que nous, on suit toutes les guidances européennes, tout ce qui est nouveau, on est obligé d'être tout le temps euh au niveau réel. de toute l'évolution de la médecine. On se voit demain matin. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Avec plaisir. Au revoir. Au revoir. À l'université de Iași, il existe une salle unique en son genre. Un centre de simulation ultra moderne sorti de terre il y a 5 ans. Voilà, ici on a le simulateur pour les échocardiographies transthoracique et transœsophagienne. De l'autre côté, on a un simulateur pour l'auscultation cardiaque et l'auscultation pulmonaire. Donc ici, c'est Adam. De l'autre côté, c'était Yves. Ici, on peut faire euh un examen clinique cardiologique et donc on peut imaginer un patient et pour pour faire l'examen correcte cardiaque, c'est mieux de voir par exemple l'auscultation sur des mannequins pour former euh mieux l'oreille avant de mettre le stéthoscope sur le [musique] patient. Ces équipements, un investissement de plusieurs centaines de milliers d'euros financés par l'Union européenne et les frais de scolarité des étudiants francophones. Donc il faut aller parallèle avec le sternum en 3e, 4e espace normalement et vous avez la première incidence. Parfois, on doit faire des mouvements comme ça, angulation, rotation, glisser la sonde. Chaque année, ces inscriptions rapportent à la faculté plus de 8 millions d'euros. avec le stéthoscope. Ce genre d'outil, oui, c'est unique parce que on peut s'entraîner le un nombre [musique] de fois illimité. Généralement, quand on est à l'hôpital, les patients, ils sont un peu inconfortables. Là, on peut on peut ne rien voir, prendre son temps, recommencer. Euh là, par exemple, je sais pas trop. Ah si, là, c'est le petit axe. Oui, c'est au niveau de la mitrale, c'est ça. Il y a un workshop d'accouchement sur simulateur là. Oui. Qui a Tatiana, le mannequin, elle a accouché. On a pu faire plusieurs accouchements par voie basse par exemple. Ça c'est la valvulaire, l'artère pulmonaire. Ils ont la possibilité [musique] d'acquérir de très bonnes connaissances pour aller n'importe quel [musique] pays pour se débrouiller toute seule. À la fin de son externat, [musique] Manon pourrait facilement continuer ses études partout en Europe. Mais son objectif, comme la plupart de ses camarades, est de rentrer en France. Et le sésame incontournable [musique] est de réussir le concours de l'internat de 6e année que Manon prépare déjà. [musique] Vous en raison cette année ? Ça va, mais c'est assez intense quand même. Elle a demandé de l'aide à Charlotte, une étudiante de 5e année. Aujourd'hui encore, les obstacles persistent. Différence dans les programmes, pas de plage horaire aménagée et depuis l'an dernier, une nouvelle réforme du système de notation. C'est une contrainte supplémentaire, mais le fait d'avoir que tout le monde doit avoir 14 pour avoir le concours, d'un autre côté, on pourra plus nous reprocher aussi notre soit soit ils sont lacunes en tout cas théorique. Après moi, c'est quand même de voir que on n'est pas du tout en adéquation avec la réalité du système sanitaire. le le système est en train de se casser la gueule, mais en même temps, ils sont en train d'augmenter les critères pour pouvoir rentrer. [musique] Une aberration pour ces étudiants déjà soumis à une forte pression financière. Je fais partie des étudiants qui ont dû faire un emprunt, donc emprunter 30000 €, que je commence à rembourser d'ailleurs, enfin que mes parents remboursent. Et c'est vrai que pour moi, c'est très important aussi d'avoir le concours du premier coup parce que il faut vite que j'aie un salaire pour pouvoir rembourser le crédit aussi. Ça coûte cher pour un rêve, honnêtement. Ça coûte vraiment cher pour un rêve. Et c'est aussi pour ça que quand on voit dans les externes un peu inférieur aux étudiants en France, bah moi j'ai du mal à j'ai du mal à accepter quoi. Face aux obstacles, de plus en plus d'étudiants abandonnent l'idée du retour. L'an dernier, sur les 5000 Français partis se former à l'étranger, seule une centaine d'entre eux sont revenus faire leur internat en France. J'ai beaucoup hésité à venir en Roumanie. [musique] C'est mes parents qui m'ont dit que j'investissais dans mon avenir. C'est à double tranchant parce que du coup, je peux pas gâcher tout ça. Je peux pas gâcher [musique] tout cet argent parce que sinon ça ça serait vraiment terrible. C'est très beau. Pour échapper à la pression, Manon profite de chaque instant libre pour passer du temps avec ses amis. Marty short, symbole des traditions [musique] du 27 au 2 mars. Ça, c'est pas la fête du 8 mars. Non, c'est différent. C'est une autre fête. C'est du miel. C'est un miel thérapeutique pour vous ou pour les enfants aussi. On apprend tout sur le miel. Là, on est en règle et dessus, il y a écrit que oui, on peut utiliser même la tuberculose. Ce pays qu'ils n'ont pas choisi, ils ont appris à l'aimer au fil des années. J'ai regardé des photos, mais une semaine avant de partir quoi. Je me suis dit bah, il faudrait peut-être que je regarde à quoi ça ressemble et tout et en plus, je suis arrivée de nuit, donc on voyait rien. Tout ce qui est habitation, c'est un peu de l'ancien temps du communisme et des gros blocs. Et après, on a tout ce qui est encore plus ancien, les églises, les facultés qui sont magnifiques en plus avec les églises là qu'on a dans les hôpitaux et tout, des grosses églises. Belle chapelle. Après moi, ce qui me situe souvent dans un pays, ça va être la bouffe. La charcuterie, c'est une dinguerie ici. Enfin, c'est trop bon. Des très bonnes bières aussi. La cuisine, moi, je suis moins emballée que que Manon. C'est très très gras, très chou. Euh [rires] bah oui, je me sentais pas vraiment d'ici quoi. Je me je me disais "Ouais, je vais rentrer chez moi un moment, ça va redevenir normal." Et en fait, maintenant, la normalité, c'est ici. Avec le temps, Manon s'est adaptée à sa nouvelle vie. Mais la distance avec sa famille reste le plus dur à gérer. Faire ses études loin de sa famille, moi, je dirais que le plus dur, c'est les fêtes. Le FaceTime, ça fout le cafard. Mais sinon, dans la vie de tous les jours, moi, je les appelle vraiment assez souvent. Quand c'est j'ai passé une journée à l'hôpital un peu rude avec des des patients vraiment compliqués, je leur raconte. De ces moments difficiles, Manon en fait une force. L'étudiante est convaincue que cette expérience l'a profondément transformée et fera d'elle une meilleure médecin. Faire des études en Roumanie, ça, je pense que ça forme à être un médecin qui est ouvert. Ici, on a le système sanitaire est différent de celui français. Les soins sont moins accessibles, les populations sont différentes. Il y a les milieux ruraux sont vraiment plus ruraux qu'en France. En fait, j'étais plus dans le comment dire, dans vouloir apprendre les pathologies et maintenant, je suis plus dans le patient quoi, l'histoire du patient, qu'est-ce qui a fait qu'il en est arrivé là et cetera. Manon ne sait pas si elle pourra revenir en France. La future docteure envisage de prolonger son exil, cette fois-ci en Belgique. En France, dans le département de la Loire, Soline se bat pour que plus d'habitants puissent avoir accès à un médecin traitant. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Aujourd'hui, elle accueille Martine Rofa, la maire de son village. La médecin lui propose sa solution. sur le site faire revenir les étudiants français de Roumanie. [musique] Il y a différentes propositions. Ils vont venir les aider à financer leurs études et en contrepartie, une demande d'installation de 5 ans minimum dans leur département. Leur département. Il y a aussi des départements donc qui financent pas forcément les études, mais qui proposent des stages un petit peu clés en main, c'est-à-dire avec un hébergement, un encadrement. Mais l'élu a du retard. Elle découvre que d'autres collectivités rivalisent déjà pour attirer ces jeunes diplômés sur leur territoire. Là, par exemple, c'est la la Soneloire avec la [musique] petite blague ici. La gastrose, c'est pas seulement une maladie. On sent que c'est vraiment à ceux qui seront le plus attractifs. L'Indre aussi propose d'ailleurs des solutions d'hébergement aussi avec des chambres à disposition, piscine dans le logement. Le déficit est tel que les élus qui comme moi cherchent cherchent des médecins et ben ils sont prêts à aller les les chercher en Europe pour peu qu'il soit diplômé. En tout cas, on a de la pub à faire. [rires] Super ! Récemment, une loi devrait faciliter le retour des jeunes médecins formés en Europe. Et on écoute les petits poumons. Il y a urgence. Actuellement, le système de santé français dépend largement des soignants étrangers, notamment les Roumains, dont le nombre a bondi de 167 % en 15 ans. Soline en mesure pleinement l'impact. Coucou Théo. Ça va ? Elle retrouve son amie Théodora à l'hôpital de Reims. Si tu veux pas m'excuser, je dois voir la... Je peux t'accompagner ? Ouais. C'est une Roumaine, spécialiste en maladies infectieuses. J'ai fait pas mal de stages à l'hôpital de Reims et Théodora était ma première cheffe. Avez-vous toujours mal à la tête ? Non. Comment elle était en interne Soline ? Très très motivée. Théodora fait partie des 5200 médecins roumains pratiquant en France. J'ai jamais compté, mais c'est sûr qu'il y a un médecin en cardiologie, il y a à peu près trois dans le service d'anesthésie, deux gyné. Deux gynécos et puis seulement ouais, je pense que 20. Et même après [musique] plus de 10 ans dans l'Hexagone, les compétences roumaines de Théodora sont toujours remises en question. [musique] Moi, j'étais assez en colère parce que justement, je trouve que Théodora a largement acquis toutes les expériences pour faire reconnaître son diplôme de maladies infectieuses. Le système de santé aujourd'hui repose beaucoup sur les médecins étrangers et s'il n'était pas là, je pense que beaucoup d'hôpitaux publics, notamment, s'écrouleraient. En quelques années, la Roumanie est devenue le premier [musique] exportateur de médecins d'Europe. Une aubaine pour les pays occidentaux, mais un défi majeur pour l'État roumain qui lutte pour les retenir. [musique] Y a-t-il des problèmes de votre côté ? Non. Docteur Tofan est là, docteur Frazila, docteur Morosanu est là aussi. Donc vous pouvez couvrir votre secteur. [musique] Depuis son retour, Mariana fait face à cet exode qui laisse son pays exsangue et un système de santé sous tension. C'est vrai que parfois, on doit lutter un peu plus. Moi, je préfère de lutter de rester ici. J'ai des amis qu'ils ont quitté parce que c'était le moyen le plus facile. Respirez profondément. Refaites. OK. Encore une fois. En 10 ans, la Roumanie a perdu plus de 25000 médecins et infirmières. Il y a même des des régions sans médecin traitant. Donc c'est difficile, c'est un problème [musique] même chez nous ici en Roumanie, il y a pas mal de médecins qui partent et qui ne reviennent plus ici en Roumanie pour faire la médecine. [musique] Alors pour convaincre les futurs médecins roumains, elle mène sa bataille partout où elle peut. Venez plus près. Comme ici, lors d'un atelier du soir de cardiologie pour les étudiants roumains. Vous avez un numéro et je vous affiche l'électrocardiogramme qui correspond. Ensuite, vous avez 3 minutes pour faire la meilleure analyse possible. [musique] C'est une autre modalité d'apprendre, même si c'est vers le soir, même si c'est assez tard, parfois c'est beaucoup plus gai. Euh, je suis très proche de les étudiants. Vous avez terminé ? Oui. Bon, regardons ce que vous avez trouvé. S'il y a quelques-unes qui voulaient partir pour faire des stages à l'étranger, je fais ça chaque fois. J'ai dit qu'il faut revenir parce qu'on a besoin des médecins qui sont très bons. Oui, moi j'aimerais bien partir en France par exemple, mais ce serait seulement pour une courte période comme les stages, car maintenant nos hôpitaux ont du matériel et sont très bien dotés. Donc on a les moyens d'exercer ici et au plus haut niveau. La Roumanie et ses 19 millions d'habitants connaissent l'une des densités médicales les plus faibles d'Europe. Une préoccupation qui ne quitte jamais vraiment Mariana, même le soir lorsqu'elle est en famille. Comme je le dis aux étudiants français, c'est bien de faire du volontariat. Je leur ai raconté comment des étudiants roumains ont décidé d'organiser des consultations mobiles avec une caravane qui se rend dans les villages éloignés isolés. Je sais pas si tu as déjà vu les photos. Moi, j'ai déjà participé à quatre de ces caravanes. Le parcours de la cardiologue inspire Diana, sa belle-fille. [musique] Je crois que j'ai des collègues étudiants et internes qui ont participé. C'est une super initiative. Ça permet d'atteindre les plus défavorisés de milieux très isolés. Mais je suis curieuse de savoir combien de patients s'inscrivent. Tu sais, les consultations ne s'arrêtent jamais. Cette jeune interne en gastro-entérologie qui achève sa thèse en Hongrie commence elle aussi à enseigner à Iași. Je viens juste de commencer à donner des cours pratiques. C'est très excitant pour moi. J'adore leur montrer ce qu'on fait et voir leur enthousiasme. Au moins, chez nous en Roumanie, parfois euh on a ce rêve d'avoir quelqu'un de famille métier et de transmettre des choses comme ça. sera très intéressant pour l'avenir de voir que même si dans 10 ans, je vais quitter l'hôpital, Diana, elle sera comme j'étais il y a quelques années. Mariana est fière que sa belle-fille soit prête à reprendre le flambeau et entrevoit un espoir pour son pays. Mais elle le sait, inverser la tendance prendra du temps. [musique] [musique]