Transcription
Revenons d'abord sur Nasourdine contre Adesanya. Dans les grandes lignes, qu'est-ce que vous aviez observé pour ce combat et quels étaient vos chemins de victoire ?
Euh, la première des choses, c'est qu'effectivement, on en avait parlé à l'époque et je t'avais dit qu'Israel Adesanya, c'est certainement la personne la plus difficile à combattre parce qu'il a un style qui est très imprévisible.
En fait, ce que je me suis rendu compte au fur et à mesure de l'étude vidéo sur Israel Adesanya, c'est que finalement, son style, à partir du moment où on lui mettait une pression vers l'avant, à partir du moment où tu ne le laissais pas libre de choisir sa distance et son évolution de distance, au final, il avait un style qui était assez prévisible.
Dans le sens où, en droitier, il utilise principalement son direct du gauche et son calf kick, et en gaucher, il boxe très très peu. En droitier, il boxe donc en attaque, il va faire direct du gauche, calf kick, avec tout le jeu de feinte qui va avec : la feinte de direct pour placer le calf, la feinte de calf pour placer le direct.
Et euh, ensuite, s'il est attaqué, il va faire le fameux contre, euh, en crochet un peu, voilà, check hook, euh, qu'il va faire, ou il va faire un pas sur le côté et il va placer un direct du droit, un petit peu hybride, un cross, mais tu vois, avec le coude un petit peu relevé, comme il a fait contre Pereira.
Donc, on a le crochet, euh, ou le crochet qui percute façon Whittaker, enfin son combat contre Whittaker. Ensuite, on a le pas sur le côté avec le cross façon Pereira.
Et en gaucher, euh, il tend le bras, il boxe beaucoup moins bien. En gaucher, il tend le bras et ensuite, à partir de ce bras tendu, il va envoyer le kick intérieur, ou calf kick intérieur, ou low kick intérieur, ou middle kick, ou high kick.
Et la plupart du temps, son high kick, il le fait en question mark, ouais. Euh, et donc, il va switcher constamment droitier-gaucher en fonction de la pression que tu lui mets.
En fait, le déplacement droitier-gaucher lui permet de garder de l'espace. Donc, tu lui mets la pression trop ici, il change de main et il dévie ici.
Ce qu'on avait remarqué, mais plutôt en fin d'entraînement, de camp d'entraînement, je ne l'avais pas remarqué au début, mais en fin de camp, je suis tombé sur des vidéos sur lesquelles on observait le fait qu'à chaque fois qu'il switchait euh, de garde, il se faisait surprendre. Enfin, pas à chaque fois qu'il switchait, mais quasiment à chaque fois qu'il s'est fait surprendre et qu'il avait pris des gros contres, c'était sur des changements de garde.
OK, et donc, euh, voilà, principalement ce qu'on avait identifié. Après, sur la lutte, la défense de lutte, il avait une attitude qui consistait à remonter ses adversaires, les mettre le plus haut possible, et ensuite, une fois au sol, qu'il avait tendance à chercher la cage et la quadrupédie pour se relever.
Donc, au final, tu avais un profil qui paraît très énigmatique, mais quand tu fais suffisamment d'analyses, tu as réussi à simplifier et essayer de décortiquer par séquence.
Donc, s'il est en droitier, il va faire ça, s'il est en gaucher, il va faire ça. Et ça permet de séquencer peut-être la stratégie.
Bah, ce que tu dis, c'est exactement ça. En fait, par exemple, quand on faisait la dernière semaine, mais même toute une grande partie du camp d'entraînement, quand on travaillait avec Hassan, qui est droitier, on avait trouvé un morphotype qui ressemblait énormément à Israel Adesanya.
Euh, et donc, quand on travaillait avec Hassan, on commençait : "Hassan, tu es droitier, voilà les réponses de droitier. Hassan, tu es gaucher, ta-ta-ta, voilà les réponses de gaucher."
"Hassan, tu es libre, droitier-gaucher, tu changes quand tu veux." Et on commençait sous ce format-là, d'abord droitier, ensuite gaucher, et ensuite libre.
Et ensuite, on remettait tout en place. Ouais, donc c'est vraiment un drill progressif.
Donc d'abord, on sait qu'il va commencer droitier, donc on travaille sur tout ce qui est droitier, puis gaucher. Et puis, en fait, tu rends Hassan de plus en plus libre pour que Nasourdine se rende compte lui-même de ce qu'il peut faire et ce qu'il ne doit pas faire selon la dynamique de combat.
Ouais, ouais, et on avait même des thèmes assez précis sur chaque posture parce qu'il y avait les dangers qui étaient associés à chaque garde.
Et donc, on savait par exemple que sur le droitier, Adesanya, donc avec les deux possibilités de contre qu'il avait, qui étaient crochet du gauche ou direct du droit, bah prendre l'extérieur, euh, finir sur l'extérieur, ça permettait d'éviter ces deux contres.
Les deux, ouais. Et euh, et en gaucher, c'était la même chose. Donc, en fait, on a pu simplifier des choses.
Ou euh, par exemple, prendre l'extérieur en fin de série, ça permettait toujours d'éviter le contre. Parce que quand tu es en gaucher contre Adesanya, euh, même si tu rentres au moment où tu sors, il va te cueillir avec sa jambe arrière, par exemple.
Donc, si tu sors en ligne, c'est compliqué. Par contre, dès que tu sors et que tu sors sur le côté, avec ce qu'on appelle l'angle mort, euh, bah tu sors sur le côté, tu peux attraper son middle, tu peux ne pas prendre le middle, tu peux ne pas prendre le contre, etc.
Et donc, le danger, euh, on avait bien identifié les zones de danger. HM, ouais. Donc, en fait, en simplifiant plusieurs dangers avec une seule réponse qui répond à chacun des dangers, tu simplifies complètement ton approche et tes réflexes.
Tu as moins de réflexes à avoir. Ouais, c'est l'idée, en fait. Si tu arrives, ce n'est pas toujours possible, mais si tu arrives à un moment à synthétiser et à réussir à faire que dans une consigne, il y ait la performance et l'évitement de tous les dangers, bah tu as gagné.
Voilà, tu as tout gagné, quoi. Ouais, bah en fait, tous les débutants auront connu cet exercice où ton partenaire d'entraînement va t'envoyer soit un jab, soit un direct, et tu dois chaque fois esquiver sur l'extérieur.
C'est compliqué parce que tu dois anticiper quel jab on envoie. Par contre, si on te dit qu'on t'envoie le jab ou le direct, tu bloques. C'est la même réaction à deux actions différentes, beaucoup plus simple.
Donc c'est ça que vous avez cherché à faire, exactement. Ouais, simplifier au maximum, à un moment, arriver à des solutions, en plus des solutions qui conviennent à Nasourdine, qui tombait sur ses spéciales à lui, en l'occurrence le cross, le direct, etc.
Et donc, avec cette vision-là, parce que nous, quand on regarde en tant que fan, le premier round, on sent que, bon, déjà, on voit qu'Adesanya est ultra en place. Il est venu bien préparé.
On avait l'impression que Nasourdine peinait un peu à trouver sa distance et son rythme jusqu'à ce très bel uppercut. Toi, de ton côté, tu voyais ça comme la norme, en fait. C'est ce que vous aviez travaillé.
Parce qu'Adesanya, est-ce qu'Adesanya vous a surpris sur quelque chose ? Il ne nous a pas surpris. Si tu veux, on avait identifié ce qu'il allait faire. Ça, on savait.
On savait qu'il faut identifier aussi le sparring partenaire que tu as. Moi, je pense que le sparring partenaire qu'on avait, il était euh, moins explosif qu'Adesanya sur les jambes, euh, aussi technique, mais moins explosif.
Même plus technique sur les question marks, parce que Hassan, il fait un question mark qui retombe de tout en haut. OK, donc celui-là, il est très très dur à contrer.
Et donc, bah Nasourdine avait très bien développé le fait de lire très haut, parce que c'est très très dangereux. Et on voit Nasourdine, d'ailleurs, qu'il bloque un ou deux question marks dans le premier round.
Donc on savait que sur ça, il était aussi technique, voire plus technique, mais moins explosif. On savait que sur l'anglaise, je pense que Hassan, il était au moins aussi fort qu'Adesanya sur l'anglaise, peut-être moins précis et peut-être un peu moins rapide.
Et c'est pour ça que, par exemple, sur l'anglaise, on a fait beaucoup de sparring avec Sob ou avec Yore, parce que ça nous permettait d'avoir de l'anglaise qui était, pour moi, meilleure que l'anglaise d'Adesanya et s'habituer à une anglaise qui était meilleure.
Donc il faut identifier points forts, points faibles. Après, sur le premier round, est-ce qu'on a des surprises ? Non, on n'a pas de surprise. C'est exactement ce à quoi on s'attend.
Mais si tu veux, bah Nas, il prend un peu de temps à prendre ses marques dans le premier round. Il analyse, il regarde. Mais moi, ce que j'aime, c'est qu'on analyse, mais avec un petit peu de jeu de feinte, avec un petit peu de préaction, ce qui permet de ne pas laisser la personne totalement libre.
Euh, quand tu regardes, quand je vis le premier round, il y a un peu de frustration parce que ça ne se passe pas exactement comme on veut. Quand je regarde le premier round, je vois le calme de Nas et je vois que finalement, euh, même s'il est un peu frustrant, comme R, parce qu'il n'y a pas la maîtrise qu'on veut avoir, il ne s'impose pas comme on veut qu'il s'impose.
Euh, tu sens quand même qu'il n'y a aucun moment où il est en danger, en véritable danger. Euh, il comprend ce qui se passe, il étudie. Il y a des moments, il part d'un peu loin, il est un peu hors distance, et du coup, il a un léger retard par rapport à Adesanya, parce qu'il n'arrive pas à le surprendre avec la vitesse, parce qu'il part de trop loin.
Mais on sent quand même qu'il y a des opportunités. Puis à un moment, il time ce, comme tu dis, en fin de round, il time ce magnifique uppercut qui fonctionne aussi parce qu'avant, il y a eu les feintes de lutte, comme il y a eu, enfin, les feintes.
Il y a eu la lutte avant, bah au moment où il y a la lutte qui revient, lui, il veut défendre, et à ce moment-là, il prend le terrible uppercut.
Ouais, et d'ailleurs, il y a deux éléments stratégiques qu'on repère sur le finish. Euh, un de ces deux éléments qu'on repère sur ce uppercut du premier round, on sent que Nasourdine avait travaillé les combos offensivement pour passer le stiff arm.
Donc tu l'as dit, surtout quand il est gaucher, il va tendre les bras, ce qui est une défense qu'on a pu observer dans plusieurs combats précédents d'Adesanya.
Et euh, tu l'as souligné, mais on va le re-souligner, Nasourdine accélère une fraction de seconde après un changement de garde d'Adesanya. Euh, justement, détaille un peu le processus de la préparation derrière ça, de l'analyse vidéo jusqu'à l'application en combat.
D'autant plus que là, tu m'as donné un élément que je n'avais pas pendant la préparation de mes questions, c'est euh, euh, attaquer au moment du switch ou juste après le switch. Vous l'avez repéré très tard dans la préparation ?
Ouais, on l'a repéré très tard. En fait, on l'a repéré la semaine du combat. Ah, W, OK. Euh, et alors après, nous, la semaine du combat, on s'entraîne encore, on s'entraîne encore, on fait encore des sparrings, entre guillemets, à thème.
Euh, et Nasourdine, il a cette capacité incroyable de s'adapter très très très vite. Et comment son cerveau a pris cette info, je ne peux pas te dire. Je sais qu'il a réuni le fait qu'il faut être actif avec le bras avant et puis ensuite envoyer sa combinaison.
Une combinaison qu'on avait répétée, qui est une des spéciales de Nasourdine et que, en plus, on avait répétée 400 000 fois, parce que c'était une combinaison qui avait beaucoup de chances de passer.
Donc c'est son spécial et on le répète beaucoup à l'entraînement les jours précédents, etc. Si en plus tu cumules ça avec le fait qu'à ce moment-là, il identifie que c'est le moment d'accélérer, je ne peux pas dire s'il l'a fait consciemment ou inconsciemment, mais en tout cas, il identifie qu'il y a un changement.
Au moment du changement, il démarre. Et certainement que la répétition de ce type d'action avec Hassan, que, en plus, le fait de lui mettre en tête qu'il est vulnérable à ce moment, et le fait que lui, il a un sens du combattant qui fait qu'à ce moment-là, il sent l'opportunité, bah ça fait que tout cumulé, au moment où l'action se produit, il accélère.
Et comme Adesanya, si tu veux, ce défaut, il l'a depuis longtemps, mais Adesanya, il n'a jamais rencontré un striker qui lutte aussi bien que Nas et un lutteur qui strike aussi bien que Nas et qui fait la taille de Nas, qui fait globalement la même taille qu'Adesanya et qui a la vitesse d'exécution de Nas.
Donc ce combo-là, de la même façon que Nas n'avait jamais rencontré quelqu'un comme Israel Adesanya, mais le combo vitesse, capacité de lutter et de striker, et taille, je fais la même taille que toi, fait que, au moment où Nas démarre, ça touche.
Mais ça touche, tu as vu comment ça touche. Il y a la préaction, il y a dans la suite de la préaction, il y a je baisse le bras, boum, j'envoie, j'esquive, je remets le crochet, et ensuite j'ai la lucidité de regarder et de terminer le travail.
Ouais, et ce que j'ai beaucoup aimé, c'est que c'est une combinaison que Nas, il a beaucoup faite dans sa carrière avec moins de succès avant, mais maintenant, il a de plus en plus de succès.
Mais ce que j'ai beaucoup aimé, c'est qu'il a terminé la combinaison. C'est qu'il a vraiment eu le 1, le 2, le passage en dessous, le crochet, et ensuite il regarde, regarde ce qui se passe, il prend le temps.
Peut-être qu'avant, il se serait un peu précipité. Il prend le temps, il regarde, et boum, il place un uppercut qui est parfait au moment où Adesanya tombe.
Ouais, et en plus de ça, et ça, c'est la satisfaction du coach, du coin, du camp d'entraînement, et tout. Nous, on avait beaucoup travaillé la quadrupédie, on avait beaucoup travaillé des contrôles euh, arrière, pour de façon à pouvoir mettre une pression et terminer s'il y a besoin de le terminer dans ces positions.
Et si tu regardes bien, il suit au sol, il met une ou deux frappes et il place ses deux crochets. Il commence à mettre une pression de hanche et donc le combat, il est terminé, parce qu'Adesanya, il est hors jeu.
Mais si jamais Adesanya avait continué, il avait eu la lucidité, etc., quoi qu'il arrive, c'était Game Over, parce qu'avec cette pression de hanche qu'il allait mettre et les coups qu'il allait pouvoir mettre, c'était fini.
Et ça, pour moi, c'est une grosse satisfaction, parce que, bah, euh, tu travailles des choses dans un camp d'entraînement et quand toutes les choses à la matrice, un peu, tu vois, quand la disquette, elle est téléchargée et que le combattant, il peut l'appliquer avec son sens du combat le jour du combat, bah c'est parfait, c'est magnifique, quoi.
Ben, il y a deux détails sur lesquels je voulais rebondir, parce que je viens juste de revoir le combat. Euh, le premier, c'est l'uppercut du premier round. Il le tend sur la fin pour pouvoir toucher.
Est-ce que c'est quelque chose qui avait été travaillé ? Parce qu'Adesanya, aussi, un de ses réflexes, c'est d'un tout petit peu faire un recul du buste. Donc, si tu places un uppercut qui remonte vraiment à la verticale, tu vas le louper.
Et donc là, il prend un angle plus à 45° par rapport au sol et il n'hésite pas à aller tendre son bras pour pouvoir aller cueillir le menton. C'est quelque chose qui a été travaillé ou encore une fois, on va parler plus d'un très bon instinct de Nasourdine sur le moment même ?
Ou c'est l'instinct ? Euh, c'est marrant, parce que ce que tu dis, c'est ce que je lui ai dit dans la chambre, en retournant à l'hôtel, quand je suis tombé sur les photos. Je lui dis : "Mais c'est incroyable comment tu as tendu le bras."
Et c'est un instinct développé depuis des années avec des tonnes de sparring, affiné euh, avec le camp d'entraînement dans lequel, bah, tu as du très haut niveau de boxe.
Et tu places le uppercut, tu as du très haut niveau de kickboxing, tu as des sparrings avec Ilian Boafia qui est très grand, et donc il faut aller chercher très haut sur l'uppercut.
Et donc je pense que tout ça cumulé fait qu'il a trouvé le réglage qui était parfait. Euh, et ça, c'est une combinaison que Nas travaille depuis des années.
Et donc là, là, je vais improviser quelque chose, mais ça me fait penser à une émission qui me manque énormément, c'est les Inside the Octagon avec Dan Hardy à l'époque. Ouais, ouais.
Et il avait fait un épisode sur Conor, euh, pour Khabib, je pense, où il analyse que Conor fait contre Eddie Alvarez. Et il dit, pendant que Conor envoie sa frappe, il change encore la trajectoire par rapport à là où la tête va se trouver.
Et je trouve ça absolument exceptionnel. Et je pense que c'est ce qu'a fait Nasourdine à la fois sur l'uppercut du premier round, mais aussi sur la séquence du finish où Adesanya est en train de tomber.
L'uppercut, il n'est pas du tout dans un axe classique. Il va vraiment, il anticipe la trajectoire. Il dit : "OK, j'envoie mon coup maintenant, la tête, elle est là, mais à la fin de l'extension de mon coup, elle sera là."
Et je pense que ça, c'est l'œil des grands combattants. Ouais, exactement, c'est l'œil des grands combattants. C'est le calme aussi du euh, euh, il vient de se passer un truc exceptionnel.
Je viens de sonner Israel Adesanya, il faut que je sois suffisamment calme pour le terminer à ce moment-là. Et euh, et c'est marrant, parce que ce qu'il disait, on a été sur Clic, et il disait que dans le chemin euh, du combat ou dans les vestiaires juste avant de partir, Dagir lui dit : "Si tu mets knockdown, pense à être bien calme et pas te précipiter."
Et il dit que c'est un truc auquel il a pensé au moment où il voit le... Peut-être qu'il a pensé, pensé, ou peut-être que, tu vois, ça lui est monté au cerveau, mais en tout cas, il en parle de ce truc-là.
Donc ouais, ouais, je pense que, bah, être serein dans ce type de fight, c'est vraiment la clé pour pouvoir performer de manière optimale, quoi.
Ou ben écoute, juste pour montrer que je n'ai pas ça uniquement pour Nasourdine, j'ai fait l'analyse de l'événement qui vient de passer. Je ne sais pas si tu as vu le finish de Joseph Delgado, mais lui, pareil, il sonne et puis il fait un passage vers la monte.
Alors que la plupart des combattants auraient cherché à finaliser à partir de la demi-garde. Et comme tu l'as dit ici, il y a une question de sang-froid et de lucidité, parce que même après cet uppercut, uppercut-crochet, pendant qu'Adesanya tombe, quand il va chercher la position au sol, tu dis, il met les deux crochets et la pression de hanche.
Ce n'est pas spécialement quelque chose à laquelle tous les combattants vont penser, parce qu'ils vont voir rouge, ils vont voir le finish, ils vont juste penser à frapper et pas spécialement à prendre la position.
Donc voilà, j'avais dit pour Joseph Delgado, et c'est quelque chose qui se lie également chez Nasourdine. Maintenant qu'on a fait l'analyse du combat, on va penser un peu futur.
Donc Nasourdine a été très très actif. Il se positionne comme le contender légitime sur le plan sportif. Ça, il n'y a aucune discussion. Il a d'ailleurs le numéro 1 à côté de son nom, donc le ranking UFC corrobore ça.
Mais bon, on connaît l'UFC, il y a Shimaev qui est juste derrière. Il se pourrait que Shimaev, on va appeler ça, griller la priorité à Nasourdine. Comment est-ce que vous vous approchez de cette situation ?
C'est hors de votre contrôle, donc j'imagine que vous continuez votre préparation. Mais voilà, est-ce qu'il y a déjà des discussions de votre côté avec différents scénarios ?
B, si on a le title shot, on se concentre là-dessus. Si on ne l'a pas, est-ce qu'on prend quelque chose d'autre ? On reste actif ou alors on cherche à être backup ? Euh, quelle est la situation à ce niveau-là ?
Ouais, ouais, je pense que pour l'instant, l'optique qui est prise de notre côté, c'est comme tu dis, rester actif, continuer à travailler sur nos points forts, sur nos points faibles, en visualisant globalement les deux, trois adversaires potentiels à l'avenir.
Euh, et euh, attendre un petit peu. C'est-à-dire que le travail, il a été fait de notre côté et maintenant, attendre les mots de l'UFC, la direction que l'UFC souhaite prendre.
Comme tu dis, on n'a pas les cartes en main. Nous, tout ce qu'on pouvait faire, ce qui était en notre pouvoir, on l'a fait. Euh, maintenant, c'est un petit peu voir ce que veut l'UFC pour la suite et ensuite se placer, se positionner et dire : "Est-ce que nous, c'est ce qui nous intéresse ou est-ce que c'est quelque chose d'autre qui nous intéresse ?"
Et je pense qu'on est dans une position dans laquelle l'UFC va nous laisser euh, quand même pas mal de marge de manœuvre. Ouais, j'imagine.
Je pense que si ce n'est pas Nasourdine contre Dricus, ce sera Dricus contre Shimaev. J'imagine que la position de backup sera proposée et ce sera votre choix de dire : "OK, on prend le backup ou alors on reste actif de l'autre côté."
Ou même, je pense que là, vous êtes encore dans une position où l'attente est possible et garder ce statut de contender. Mais te connaissant, c'est peut-être la l'option la moins réfléchie.
Ouais, ouais, on verra. Moi, tu me connais, tu sais que j'aime beaucoup l'activité. Je pense qu'en plus, à ce niveau-là, l'activité, c'est un facteur qui est très fort.
C'est-à-dire que attendre très longtemps pour prendre quelqu'un de très fort qui a recombattu plus récemment, je ne sais pas. Mais maintenant, il y a des enjeux qui dépassent le cadre sportif, parce qu'il y a des enjeux financiers aussi.
Et donc, bah, faudra se poser les bonnes questions. Et euh, si jamais il y a une grande période d'inactivité, mettre en place des process pour que ce ne soit pas une vraie inactivité, qu'on ait le sens d'être actif malgré l'inactivité.
Et on verra comment on pourra faire tout ça. Ouais, après, j'imagine que la position de Nasourdine fait que vous resterez actif, parce que on sait que l'enjeu du prochain combat sera énormissime.
Transitionnons vers Benoît Saint-Denis. Tu viens de passer une semaine à Bayonne. On en avait discuté lors de notre dernier échange. C'était important pour toi de pouvoir aller analyser l'environnement de travail de Benoît lorsqu'il ne sera pas en présentiel avec toi sur Paris.
Est-ce que, de manière générale, tu peux me donner un peu de lumière sur le côté humain, c'est-à-dire les personnes qui vont l'encadrer à Bayonne, leur rôle et leur force ?
Ouais, euh, donc l'équipe de Bayonne, bah déjà, première des choses, c'est que, bah, ce que tu vois, c'est que Benoît, c'est un combattant qui est très très pro. Euh, j'ai envie de dire, c'est un combattant en mission.
Euh, tu le sens, c'est un mec qui vient à l'entraînement, il est à l'heure. À l'entraînement, il ne reste pas 10 heures après la fin de l'entraînement. Euh, il reste 5-10 minutes, quelques petits échanges, boum, il part, il va manger, il va faire sa sieste, il va faire sa récup, il revient à l'heure.
Tu vois, c'est, tu le sens, c'est un soldat à l'entraînement, comme ça devait être un soldat à l'armée. Et donc, il est entouré là-bas d'un crew qui est très professionnel.
On a Fabien pour la préparation physique qu'il encadre depuis des années, qui lui aussi est un ancien militaire, un ancien du premier PA. Euh, très solide, Fabien, il travaille pour l'Aviron Bayonnais, donc pour un gros club de rugby, Top numéro 3 ou 4 du Top 14.
Et donc, j'ai mis quelques stories de la préparation physique de Benoît là-bas, et il effectue sa préparation physique dans les locaux de l'Aviron Bayonnais, donc avec du matériel qui est très très très intéressant.
Et donc, voilà, Fabien qui fait du super travail, notamment sur le développement neuromusculaire de Benoît, la force, l'explosivité, la vitesse, etc. Donc gros travail de Fabien depuis des années.
Moi, je connaissais Fabien de loin, parce que j'avais regardé ce qu'il faisait. J'avais envoyé un message à l'époque en disant que j'appréciais déjà ce qu'il faisait. Euh, et là, je l'ai rencontré, donc c'était super cool de le rencontrer.
Euh, ensuite, on a, bah, Christophe Savoca. Christophe Savoca, c'est le professeur de sol de Benoît depuis toujours. Ouais, même si Benoît, il me semble qu'à un moment, il a travaillé aussi avec Thomas Louersan quand il était sur Paris.
Mais historiquement, voilà, Christophe Savoca, c'est vraiment l'homme qui a formé le jiu-jitsu brésilien de Benoît. Euh, ensuite, on a Johann, qui est le prof de pied-point, de striking de Benoît.
Et on a Christophe, donc Benoît, Johann et Christophe, ce sont les deux propriétaires de CFIT, la salle dans laquelle s'entraîne Benoît. Et Christophe, qui est responsable des cours de MMA.
Et en fait, si tu veux, ce qui se passe, c'est qu'on a tout un cadre qui connaît Benoît depuis très longtemps. Ça, c'est la première des choses. Ils travaillent avec Benoît depuis ses débuts, parce qu'en fait, ce sont des gens, bah, que ce soit Christophe, que ce soit Fabien, que ce soit Johann, que ce soit euh, j'ai oublié quelqu'un, probablement.
Euh, très bien, tu as dit. Ouais, j'ai dit, mais j'ai oublié quelqu'un. Mais en tout cas, ce sont des personnes qui travaillent avec Benoît depuis, bah, c'est son tout premier tournoi amateur.
Donc ce sont des gens qui travaillent avec Benoît depuis très longtemps. Forcément, il y avait une, pas une rupture, mais il y avait une pause qui avait été effectuée, bah, dans tout le temps où Benoît était sur Paris, qu'il travaillait avec Daniel.
Mais ce sont des gens qui travaillent depuis longue date avec Benoît. Et ce que j'ai apprécié, moi, sur le plan humain, c'est une vraie volonté. En fait, tu sens qu'il y a une vraie bienveillance. Ce sont des gens qui veulent le bien de Benoît et qui ont compris que, effectivement, bah, peut-être que sur les précédents combats, il a manqué des choses.
Il y a des choses qui n'ont pas été faites de manière parfaite. Et ça, c'est l'humain, quoi. Quand tu fais des combats, tu prépares des combats, bah, il y a toujours des erreurs que tu fais, c'est normal.
Et qui sont prêts à mettre Benoît au cœur du processus d'entraînement avec toute la bienveillance et toute la pédagogie nécessaire pour le faire progresser. Donc ça, c'est tout le cadre que Benoît aura sur Bayonne.
Et puis de l'autre côté, parce que l'alternance qui va se faire, ça va être, on va voir une garde alternée, un peu comme les parents séparés. Et ouais, mais qui s'entendent bien.
Mais qui s'entendent bien, donc avec une vision commune. Mais quand il est sur Paris, donc une semaine sur deux, c'est l'idée du passage sur Paris. Il sera pour les cours de MMA le matin avec moi au Mahmoud Gym.
Parfois, on fera des rassemblements au Venom Training Camp avec des sparring partners qui seront sélectionnés spécialement pour Benoît par rapport à des moments clés, par rapport à des situations clés, etc.
Mais ensuite, il sera encadré, bah, comme il l'a été depuis très longtemps, là aussi, par Maxime François sur la lutte, probablement environ deux cours par semaine, le lundi soir à Créteil, qui est un cours qui est très intense, avec beaucoup de sparring lutte de très haut niveau.
Euh, son sparring à titre là-bas, c'est Mahmoud. Mahmoud, il a fait 5e au championnat du monde de lutte. Et le vendredi, au TFF, toujours avec Maxime François, mais cette fois-ci sur de la lutte beaucoup plus technique, du travail de lutte beaucoup plus à thème, beaucoup moins intense, beaucoup moins de sparring libre, etc.
Et puis euh, boxe anglaise avec Luis Mariano. Euh, continuer le travail avec Luis, avec du travail au P d'ours et du travail de sparring à l'INEP.
Et euh, du pied-point au sein du Mahmoud Gym, avec, bah, l'expertise des frères Mahmoud. Et euh, bah, je pense qu'on va voir des très belles choses sur le pied-point de Benoît, parce qu'il a les capacités de le faire, il a le mental pour le faire, il a les capacités de le faire.
Pour l'instant, il a un déficit technique en pied-point, c'est-à-dire qu'il a énormément de lacunes dans plein de distances différentes, mais je pense que son potentiel de progression au pied-point est phénoménal.
OK, ben c'est ce qu'on avait un peu observé dans son ascension à l'UFC. C'est que, il progresse énormément. C'est vrai que quand tu regardes son temps de carrière et où il est arrivé en ce temps-là, c'est assez prodigieux.
C'est assez rare de voir ça, donc on imagine bien que son plafond de verre est encore très loin de ce qu'on a pu voir. Euh, donc ici, ça fait quatre personnes qui l'encadrent de très près à Bayonne.
Ça fait quatre personnes qui vont l'encadrer également quand il sera à Paris. Ça fait beaucoup d'intervenants. Je sais que toi, lorsque tu planifies un programme, tu aimes avoir une vision macro à long terme.
Et c'est surtout une préparation à court terme où tu vas rentrer dans le détail et dans une approche plus détaillée. La communication du programme, elle passera par les coachs un à un ou par Benoît directement, et c'est lui qui communique au coach, ou alors c'est vraiment un groupe WhatsApp ?
Exactement, on a un groupe WhatsApp. Euh, l'idée, elle est toujours la même. Groupe WhatsApp, il faut maximiser les feedbacks, il faut maximiser les retours. Pour maximiser les retours, il faut qu'on ait un maximum de situations qui nous permettent d'identifier les problématiques.
Donc déjà, d'un point de vue didactique, il faut, on ne peut pas se permettre de faire du travail technique non corrélé avec des mises en situation à 100 %, ce qui nous éloignerait de la vision finale.
Donc on a une première chose qui est importante, c'est mettre en place une vision commune pour l'ensemble des protagonistes qui vont participer à sa préparation, de mettre en place des outils de travail.
Donc les outils vidéos, premier outil de travail, les feedbacks qu'on peut faire par l'intermédiaire du groupe. Euh, et puis ensuite, on met en place le même suivi de charge de travail que j'ai mis en place avec Delphine, avec Joric, avec Nassourdine.
On utilise un logiciel qui s'appelle Morpheus et qui permet d'avoir non seulement la durée des séances, mais l'intensité des séances par zone de travail. OK.
Et en plus, la récupération que tu as en termes de sommeil, en termes de nombre de pas que tu as faits dans la journée, en termes de variation de fréquence cardiaque. Et donc, c'est un outil qui est très simple à mettre en place, c'est pour ça que je l'aime beaucoup.
Il suffit que tu m'envoies chaque jour tes captures d'écran des entraînements que tu as faits et moi, en un coup d'œil, je sais combien de temps a duré l'entraînement, est-ce que c'était dur, est-ce que ce n'était pas dur, et à quel point tu es rentré dans le rouge ou pas.
Et donc ça permet d'identifier la charge de travail et surtout, en fin de semaine, on peut identifier la charge totale de travail de toute la semaine par zone de travail et en totalité.
Et on va pouvoir comparer aussi la charge totale de travail qui a lieu à Bayonne et qui a lieu à Paris et identifier quel point de charge est optimal pour Paris.
Euh, donc l'idée globale, c'est de mettre en place le maximum de feedback. Moi, sur Paris, euh, donc là, je suis descendu à Bayonne pour voir ce qui se faisait à Bayonne.
Sur Paris, dans un premier temps, je vais, bah, être présent sur la majorité des entraînements qu'il va faire pour pouvoir, moi aussi, distinguer ce qui est utile, ce qui n'est pas utile, comment on peut mieux cadrer, comment on peut progresser plus vite, ce qu'il faut, ce qui est trop, peut-être en termes de charge de travail, ce qui n'est pas assez, voilà, identifier tout ça.
Et puis, une fois que je pense que ça roulera un peu plus, une fois qu'on aura pris des habitudes, peut-être que je pourrai être un petit peu moins présent sur certains cours, parce que, bah, on sera très très très alignés avec les enseignants.
Et du coup, ma présence ne sera pas indispensable, en tout cas pas indispensable à tous les cours. C'est intéressant, parce que ça fait très 2025, je trouve, comme approche, où on va utiliser la technologie et la capacité à travailler à distance.
Euh, c'est quelque chose qui, évidemment, s'est beaucoup développé dans le monde professionnel classique, pas spécialement sportif, avec le Covid, mais maintenant, ça s'adapte au sport.
Et un élément qui est important, je trouve, c'est que vous faites tout ensemble, parce que la complexité, quand il y a huit personnes qui vont superviser ou encadrer Benoît, c'est d'avoir de la transparence qui va permettre un alignement.
Donc là, évidemment, ça demande une charge de travail de tout le monde de pouvoir lire tout ce qui se passe sur le groupe pour pouvoir suivre tout ce qui se passe.
Mais de l'autre côté, c'est absolument essentiel. Je pense que tout le monde voit les points qui se développent, les points faibles sur lesquels il faut faire attention, la charge de travail qui augmente, et peut-être que le suivant, il doit diminuer la charge de travail.
Et en plus de ça, vous utilisez des données, donc quelque chose de plutôt objectif avec Morpheus. J'imagine qu'il y aurait aussi un côté subjectif avec un feedback de Benoît, genre aujourd'hui je suis fatigué.
C'est ça, dans Morpheus, en fait, à la fin de la séance, tu peux dire toi comment tu as ressenti la séance. Donc c'est noté directement dessus.
Et après, ce que je fais, c'est que je divise, tu vois, tu as le groupe de Bayonne et tu as le groupe de Paris. Le groupe de Paris, euh, c'est différent, parce que je suis présent quasiment tout le temps.
Donc non seulement je suis présent tout le temps, en plus, je connais très très bien les protagonistes. Donc de la direction, la vision, elle est presque déjà là.
Et du coup, il y a un travail de vision, en tout cas, qui est beaucoup moins important, euh, parce que moi, je les connais beaucoup mieux et eux me connaissent beaucoup mieux.
Ouais, euh, sur le groupe de Bayonne, bah, il y a plus de travail, comme tu dis, de monitoring, etc., et essayer d'expliquer aussi, d'aligner sur les décisions.
Alors par exemple, je mets des extraits vidéos, parfois, qui peuvent être des extraits vidéos de Benoît qui combat, et je note que ici, je trouve que c'est une bonne décision, ici, je trouve que c'est une mauvaise décision, et j'aimerais qu'on s'oriente plus vers ce type de décision que celle-là.
Euh, ou parfois, je peux prendre un exemple d'un autre combattant, euh, qui fait un travail au sol. Par exemple, récemment, j'ai pris un exemple de Craig Jones, euh, sur lequel j'ai montré : "Voilà, ce travail-là, j'aime beaucoup, euh, qu'on s'oriente vers ce type de travail."
Et donc, il y a les deux types de partage. Et puis après, bien sûr, bah, c'est un dialogue dans lequel on essaie d'ajuster au fur et à mesure.
Mais en vrai, à partir du moment où tu as des feedbacks fréquents, l'ajustement devient beaucoup plus évident. Voilà, c'est cette vision, j'ai, c'est vraiment cette vision que j'ai essayé de partager.
C'est-à-dire que dès que tu as régulièrement des feedbacks, bah, il y a des évidences dans le travail de Benoît qui sautent aux yeux, des points forts qui sautent aux yeux et des points faibles qui sautent aux yeux.
Et en fait, au lieu d'être dans une forme d'abstrait lointain, on est dans le très concret, parce que tu as fait, tu as un problème là-dessus, laisse-moi résoudre ce problème.
Et comment je vais résoudre ce problème ? Bah, c'est un problème de sol, on va le résoudre avec Chris Savoca. Non, c'est un problème de pied-point, bah, Johann va tenter de le résoudre.
Et donc, tu vois, on peut facilement orienter le travail dans chacune des disciplines par rapport au feedback qui a été fait. Ouais, et plus vous allez avancer dans le temps, plus il y aura une cohésion, on va appeler ça vraiment une cohésion, une cohérence dans l'équipe qui encadre Benoît.
Exact, il y a un facteur temps que tu ne peux pas compresser. Euh, et donc, euh, mais que tu peux améliorer justement avec cette communication plus fréquente.
C'est exactement ça, c'est-à-dire que l'idée, c'est que des unités d'entraînement, finalement, dans toute ta carrière, tu n'en as pas tant que ça. Si tu réfléchis bien et que tu dis que, bah, Benoît, il a, je ne sais pas, entre 5 et 7 ans de carrière, en plus, euh, qu'il a 40 semaines d'entraînement par an, si tu enlèves toutes les semaines où tu ne peux pas t'entraîner, et que chaque semaine d'entraînement, il fait 10 entraînements, tu as des unités d'entraînement, mais tu n'en as pas non plus un million.
Donc il faut que chaque unité d'entraînement, elle soit très percutante. Et encore plus, parce que là, j'ai mis une échelle très lointaine, mais si tu dis qu'il va combattre en juin, euh, et qu'on est en mars quasiment, tu parles de 3 mois.
Tu parles de 3 mois à 10 entraînements par semaine, tu parles de 120 entraînements. Et du coup, à quel point tu vas transférer ces 120 entraînements vers une performance qui s'améliore ?
Ouais, c'est pas mal de travailler en unités, parce que combien d'unités je vais mettre dans la prépa physique, combien d'unités je vais mettre sur le sol, combien d'unités je vais mettre sur les sparrings spécifiques.
Et c'est vrai qu'on a l'impression que 120, c'est beaucoup, mais en fait, si vous prenez un bic et une feuille, faites le calcul, et 120, ça se bouffe très très rapidement.
Ça va très rapidement. Et je pense de plus en plus, ma vision du MMA, c'est qu'en fait, le MMA et la progression à haut niveau en MMA, c'est juste une bonne allocation des ressources temporelles et énergétiques.
Simplement, en vrai, tu as beaucoup, comme il y a beaucoup de choses à faire, tu as beaucoup de choix qui se présentent à toi. Et la qualité des choix que tu vas effectuer va déterminer la vitesse de progression que tu vas avoir.
On en avait discuté, je pense, dans notre deuxième échange, quelque chose comme ça, suite à un tweet de Open Noé Grappling, où il disait que ce n'est pas les techniques que tu utilises qui comptent, c'est les choix que tu fais dans la cage.
Et en fait, hors de la cage, c'est un peu la même chose. Tu as 20 unités devant toi avant ton prochain combat. Les choix que tu vas faire sur "je vais prendre 20 unités pour ça", ça peut complètement changer la donne.
Alors que si tu les avais investies dans quelque chose d'autre, tu aurais peut-être perdu ton combat ou gagné ton combat. Ça devient même plus du détail, en fait.
C'est exactement ça. Et on a tous eu cette frustration en tant que coach de se dire : "Bah, j'ai passé tout ce temps sur cette unité de travail, mais en vrai, il n'y a pas de transfert dans cet athlète."
C'est un athlète pour lequel cette distance de combat, elle fonctionne pas avec lui, et donc j'ai perdu du temps. Et prochain, il faut plus que je fasse ça.
Petite anecdote, très très, enfin pas très très drôle en vrai, mais juste sympa. Open Noé Grappling, donc qu'on suit tous les deux sur Twitter, qui met souvent des posts qui sont très intéressants sur le grappling.
On avait débattu en long et en large sur le combat de Brendon Allen contre Nasourdine. Et en fait, je ne sais pas si tu t'en es rendu compte, mais il ne savait pas que j'étais le coach de Nasourdine.
J'ai vu l'échange, il y a pas longtemps. C'est il y a pas longtemps qu'il a dit qu'il est revenu sur l'ancien post en disant : "Ah, mais je viens de réaliser que tu étais le coach de Nas."
Exactement, très récemment, il s'est rendu compte de pourquoi j'étais assez convaincu de ce que je disais sur les choix de Nasourdine contre Brandon Allen.
Ouais, j'avais vu ça, j'avais trouvé ça fun. Pour la dernière question, je vais un peu mettre les pieds dans le plat. Un commentaire qui est beaucoup revenu sur Benoît, c'est son écoute.
Il semble un peu têtu, ne pas particulièrement être à l'écoute. Et il y a notamment une séquence dans sa vidéo de l'annonce de votre collaboration sur laquelle de nombreux fans ont rebondi et qui a alimenté cette critique.
Alors, on le sait, on vient d'en parler, un canal de communication efficace, c'est quelque chose qui se développe avec le temps, que tu ne peux pas compresser.
C'est très dépendant aussi des profils. Je ne vais pas rentrer dans la psychologie de la communication, mais voilà, ceux qui savent discuter, etc., ils vont savoir de quoi on parle.
Comment est-ce que cette partie a-t-elle progressé à Bayonne ? La première des choses, c'est de comprendre qu'un combattant, il est têtu. C'est-à-dire que vous voyez Benoît, c'est le cas.
Euh, Delphine Benou, elle est têtue. Joric Montagnac, il est têtu. Nassourdine, il est têtu. Et si tu n'es pas têtu, c'est compliqué de rentrer dans une cage contre quelqu'un qui s'est préparé, qui est numéro 1, 2, 3, 4, 5 mondial, qui s'est entraîné toute sa vie et qui a toutes les prétentions pour être l'un des plus forts au monde.
Et te dire : "Moi, je vais rentrer dans la cage et je vais être plus fort que ce gars-là." Donc il faut, il y a une confiance et il y a une vision du combattant qui lui permet de succéder.
Mais en même temps, il faut qu'il accepte de tamiser cet ego. Il faut qu'il accepte de prendre les conseils pour pouvoir s'améliorer de la façon la plus rapide possible.
Et dans ce truc de j'accepte le conseil, bah, il y a aussi l'établissement d'un rapport de confiance. C'est-à-dire que quand je ne te connais pas, Chris, et je te dis : "Bah, tends-moi la main, je vais t'aider", tu ne sais pas vraiment si je vais t'aider.
Et puis le truc, c'est que plus tu me tends peu la main et que je t'aide, plus tu captes que quand tu me tends la main, je t'aide.
Et donc, au fur et à mesure du temps, il y a une confiance réciproque qui se crée, qui fait que tu m'écoutes de plus en plus. Et du coup, tu me fais de plus en plus confiance.
Et moi, j'ai plus d'influence sur ta performance. Et toi, bah, si moi, je fais des bons choix, tu as une performance qui est meilleure. Voilà, donc c'est ce qu'on appelle la relation entraîneur-entraîné.
La réalité de cet extrait, c'est effectivement que Benoît, il est têtu, mais en même temps, l'extrait, il est lement coupé. Et donc on ne voit pas la suite de la discussion où il dit : "Bah oui, effectivement, tu as raison là-dessus, même s'il y a cet élément, tu as raison de me dire que ça, parce que sinon, je ne progresse pas."
Et c'est juste, bah, c'est les effets d'un montage où on ne voit pas toutes les parties d'un montage. Donc il est têtu. Plus on va passer de temps ensemble, moins il va être têtu.
Je pense qu'il sera toujours aussi têtu, mais il me fera plus confiance. Ouais, et donc, au fur et à mesure, cette confiance, elle va se développer, elle va se nouer.
Euh, et ben, il y aura une transmission d'information qui se fera avec une perte qui sera de moins en moins importante. Et moi, par exemple, sur ma venue à Bayonne, euh, j'ai trouvé qu'on avait un très bon rapport d'échange.
C'est-à-dire que je l'ai senti très attentif aux conseils que je donnais. Et par exemple, j'avais préconisé certaines visions au sol, certains types de travail, et il a vraiment tenté d'effectuer ces choses-là.
Donc euh, voilà, pour l'instant, ce sont des situations qui ne sont pas stressantes. Il y a des éléments que tu ne maîtrises pas, comment la personne en situation de stress va euh, réagir, elle va t'écouter.
C'est des inconnues pour l'instant, mais mon but à moi, mon objectif à moi, c'est de multiplier ces expériences de stress, ces expériences difficiles, de multiplier les coachings, de multiplier le temps que je vais passer avec lui, où on va établir un rapport de confiance.
Pour que le jour du combat, ce rapport de confiance, il soit établi et que je puisse, moi, le comprendre au mieux et que lui puisse me comprendre au mieux. Parce que c'est une compréhension mutuelle.
Il faut que je comprenne quand il fait un choix pourquoi il le fait et que lui comprenne quand je lui recommande de faire un choix pourquoi je lui recommande. Et ça, c'est, bah, c'est ce qu'on appelle la relation entraîneur-entraîné.
Et ce n'est pas juste l'entraîneur, ce n'est pas juste l'entraîné, c'est la relation entre les deux qui fait que moi, je comprends pourquoi il fait ça et lui comprend pourquoi moi, je lui dis de faire ça. Et ça prend du temps.
Ouais, et je pense que ça, c'est la réalité du combat et même de tous les sports, en fait. Quand tu prends un débutant, débutant, ben, la communication entre le coach et l'étudiant ou l'entraîné, ça va être quasi du 100 à zéro.
C'est le coach qui va instruire, instruire, instruire, et l'autre, il ne pourra pas donner réellement de feedback, parce qu'il n'a pas la connaissance et l'expérience pour donner du feedback.
Mais plus on va avancer, plus on va rentrer à haut niveau, plus il va y avoir un échange qui va presque se rapprocher du 50-50, où le coach va dire quelque chose et l'entraîné va devoir donner un feedback en disant : "Je n'ai pas fait ce choix parce que dans la situation, je ne le sentais pas" ou "j'avais le muscle nécessaire qui était fatigué", ce genre de choses.
Et il a l'expérience et la connaissance pour donner ce feedback. Donc moi, ce côté têtu, je pense que tu as cité le mot aussi dans ta réponse, ça revient à l'ego.
Et on en a déjà parlé tous les deux. Tu ne peux pas être performant sans avoir un ego. Par contre, ton ego peut être ton pire ennemi s'il est sûr.
Exactement, exactement. C'est que tu dois être têtu, mais si à un moment, tu es tellement têtu que, on a passé 3 mois ensemble et ton niveau, il est resté le même, tu n'as pas évolué.
À la fois, je n'ai pas réussi à te faire évoluer, mais à la fois, toi, tu n'as pas tenté d'évoluer. Et là, on a un souci, euh, quand ce genre de situation arrive.
Et c'est pour ça que j'aime beaucoup quand tu dis : "Une discussion, eh ben, effectivement, tu as fait ce choix." Et ben, tu sais quoi, on va regarder ce choix.
On va regarder ce choix que tu fais, on va regarder dans tes précédents combats à quel point ça t'a permis de performer. On va regarder dans nos sparrings à quel point ça te permet de performer.
Et si effectivement ce choix qui est atypique, il te permet de surperformer, on le garde. Si ce choix qui est atypique, moi, j'ai constaté un niveau de réussite avec ce choix qui est trop faible, on oublie.
Et c'est ça le haut niveau, parce que Ramz Shimaev, le choix qu'il fait d'attaquer dès les premières secondes, sans préaction, quasiment sans préaction et de très loin, il y a 90 % des écoles de MMA qui diraient que c'est un mauvais choix.
Mais c'est un mauvais choix pour 99,9 % des combattants. Ce n'est pas un mauvais choix pour Hamza Shimaev. Et donc, nous, on doit savoir pour qui ce truc-là, c'est un mauvais choix et pour qui cet aspect-là, c'est un mauvais choix.
Et après, comme tu dis, et c'est là où c'est super intéressant, bah en fait, Benoît, par exemple, il est très très fort en lutte et au sol. Il a un pied-point correct, mais sur lequel il y a une énorme marche de progression.
Et ça veut dire que dans l'échange, il va certainement beaucoup plus échanger sur des points de lutte et de sol, lutte contre la cage et sol, que sur des points de pied-point, sur lequel, bah finalement, il va sentir que la marge de progression, elle est encore très très grande.
Et du coup, euh, bah comme tu dis, avec la baisse ou la hausse du niveau d'expertise, il y a une réflexion qui est plus ou moins importante. Ouais, ouais, c'est ça.
Donc l'entêtement, on va appeler ça comme ça, l'entêtement peut aussi varier sur la base du domaine du MMA dans lequel la discussion a lieu. Ouais, exactement.
J'ai une toute dernière question, un peu annexe, parce que tu en as parlé et j'aimerais juste approfondir un peu ce détail. On avait déjà parlé aussi, c'est ça demande du temps de créer une connexion entre un combattant et un coach.
Et tu viens de le dire, tu dois aussi comprendre comment fonctionne Benoît pour savoir mieux le coacher pendant le combat. Parce qu'il y a des instructions qui seront mauvaises pour un combattant, mais qui pourraient être bonnes pour un autre, et vice versa.
Quand tu dis un choix atypique qui peut fonctionner pour quelqu'un, mais pas pour d'autres, toi, en tant que coach, tu dois savoir si tu dois donner cette instruction d'un choix atypique ou non sur la base de son profil.
Euh, est-ce que de ton côté, tu as prévu des sparrings ressemblants à des combats pour pouvoir coacher à 100 % Benoît ? Pour pouvoir, toi, d'un côté, t'habituer à coacher Benoît spécifiquement et de l'autre côté, pour Benoît à prendre le ton de ta voix ?
J'avais déjà entendu cette anecdote de Frank Mir qui prenait son père en bord de cage, parce que ça le rappelait son adolescence où son père lui gueulait dessus. C'est une voix qu'il peut reconnaître parmi 13 000 personnes dans une salle.
Est-ce que ce travail va être fait aussi en retour ? Ouais, bien évidemment. Ouais, c'est important. C'est un travail qu'on a énormément mis en place avec Nassourdine, euh, qui a porté ses fruits.
Et c'est un travail qui me paraît essentiel, surtout dans le cas de Benoît, après un retour de deux défaites. Faut pas oublier que, de manière globale, quand tu as perdu un combat, le pourcentage de chance que tu perdes le prochain combat, il augmente de 50 %.
C'est-à-dire que dans un combat, normalement, c'est 50-50. Bah quand tu as perdu le précédent combat, c'est presque 75-25. Parce que, si tu regardes bien, les gars qui perdent la fois d'après, en termes de statistiques, ils ont deux fois plus de chance de reperdre le combat suivant.
Et donc, quand tu viens de deux combats, tu as pris deux fois des mauvaises sensations. Même si dans les deux combats contre Dustin Poirier, bah, il y a un round qu'il gagne. Dans le combat contre Moikano, il y a un round qu'il gagne, mais il y a quand même des mauvaises sensations qui se sont accumulées.
Et donc, on ne peut pas se permettre de revenir dans la cage sans avoir eu des combats factices qui se sont déroulés auparavant. Et donc, effectivement, dès qu'on va avoir une date, on va avoir un adversaire, on va mettre en place un camp d'entraînement.
Dans le camp d'entraînement, il va y avoir au minimum une fois par semaine, au minimum, où on sera au Venom Training Camp, dans la cage, contre un sparring de haut niveau.
Et dans lesquels on va faire le 3 x 5 ou le 5 x 5, euh, dans les conditions du combat, avec le coaching du combat, dans les conditions du combat, etc. Et cetera.
Parfait, c'est évident. Merci pour la précision, merci pour l'échange. Si tu as quelque chose à ajouter, euh, tu peux automatiquement le faire.
Non, juste merci à tous, euh, à tous les auditeurs, à tous les spectateurs de Fight Mind. Beaucoup de bonnes paroles, beaucoup de soutien, euh, donc merci à tous qui donnent la force au quotidien. Ça fait plaisir.
On n'arrête pas de me demander de t'inviter le plus souvent possible, donc c'est toujours avec plaisir. Là, cette fois-ci, c'est toi qui as initié le truc, donc merci à toi aussi, ça fait énormément plaisir.
Et au plaisir de t'avoir à nouveau sur Fight Mind. Merci à tous, à très bientôt. Ciao, ciao.