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Il est aujourd'hui, si tu es donc toi, depuis tout ce temps. Salut, c'est Thomas Rose. Une fois par mois, vous le savez, on remonte le fil des lois qui ont marqué, changé, et évolué, en bien ou en mal, notre société dans ces dernières décennies. Cet épisode va rappeler aux plus âgés d'entre vous une époque qui semblera, par bien des aspects, incongrue aux plus jeunes : une époque où on pouvait, à table, dans un resto bondé, entre le dessert et le café, allumer une cigarette sans que personne ne trouve à y redire.
Une époque où on clope littéralement partout, où on naviguait à vue dans un nuage de fumée grise et odorante. Une époque pas lointaine du tout, puisque, en réalité, ça fait même pas quinze ans qu'il est strictement interdit de fumer à l'intérieur des cafés et des restaurants. Et pourtant, cette interdiction, elle était évoquée, elle était imaginée, demandée, et même par un nombre croissant de gens depuis au moins les années 70.
Alors pourquoi ? Parce que ça a été aussi long. Et bien, c'est ce qu'on va voir avec l'histoire des lois anti-tabac. Bienvenue dans Programme B. Ce n'est pas de savoir si une personne qui était à côté de nous fumait ou ne fumait pas, ce n'est pas de savoir s'il y avait des enfants dans la cabine, et on s'occupait encore moins de savoir si ça pouvait éventuellement avoir un impact médical sur les autres.
Est-ce que vous connaissez le docteur Henri Blatin ? Non, ben moi non plus. Pourtant, ce personnage précurseur est de ceux qui ont eu raison avant tout le monde et contre tout le monde, puisqu'il est l'un des premiers à avoir fondé une association de lutte contre le tabac dans les années 60. Dans les années 1860, à cette époque, ça fait déjà un moment qu'on se doute qu'il s'agit d'une drogue mortifère.
Revenons encore un peu plus loin en arrière. Le tabac a été introduit en Europe au 16ème siècle comme une plante médicinale. Oui, à l'époque, on lui prêtait de nombreuses vertus curatives. On l'a fumé, on l'a bu en tisane, on l'a respiré, mais très vite, on apprend à s'en méfier. Un siècle plus tard, le pape Urbain VIII menace d'excommunier les consommateurs de tabac. À l'époque, on fume la pipe ou le prix, c'est-à-dire qu'on l'aspire par le nez.
Un médecin, Louis XIV, lui, de son côté, se demande si son usage n'est pas de nature à faire perdre quelques années d'espérance de vie. Ça paraissait naturel.
Revenons au XVIIIe siècle. Ce constat scientifique sur la dangerosité du tabac commence à s'imposer, notamment grâce aux travaux d'un médecin sur des animaux. Il montre ainsi le caractère toxique de la nicotine. Le mot de tabagisme fait son apparition et on commence à le suspecter de bien des maux. Mais l'argent n'a pas d'odeur, et encore moins celle du tabac froid. Car depuis bien longtemps, les fumeurs représentent des recettes fiscales non négligeables qu'il ne faudrait pas tarir, et ça pèse lourd dans la balance quand il s'agit de prendre des décisions.
Une ambivalence qui va traverser le temps jusqu'à nous. [Musique]
On sait donc que le tabac est dangereux, mais les premières tentatives de régulation sont balayées par la Première Guerre mondiale. On a besoin de fumer dans les tranchées et en dehors, partout. La consommation se généralise. La pub pour les cigarettiers envahit les rues. Le tabac continue de se diffuser très largement par le biais de l'armée.
Après la guerre, en effet, les militaires bénéficient de paquets gratuits dans leurs soldes, incitant tous ceux qui ne fumaient pas encore à s'y mettre. Un traitement de faveur qui durera jusqu'à il y a peu. Tout comme la ferme détermination de certains à ce que la clope ne cède pas un pouce de terrain, malgré les alertes. On n'avait jamais entendu dire : "Un gros fumeur va abandonner parce que le non, jamais ne garantira le cancer." Non, non, sûrement pas.
Et vous croyez que rien ne peut arrêter le grand fumeur de fumer ? Enfin, même le risque d'être malade, je ne sais pas. Mais en tous les cas, mon beau-frère, il se met vraiment pas beaucoup. Peut-être trois cigarettes par jour, et à l'âge de 42 ans, il développe un cancer généralisé. Est-ce que vous aviez fini ? Non, non, non. Vous savez, c'est l'habitude. Vous pensez que rien ne peut empêcher... en lumière, depuis, même pas le risque d'avoir une maladie. On sort peut-être... Si vous mettez des plus beaux, ça vous fera réfléchir.
Ah oui, est-ce que vous pensez qu'un fumeur ne peut pas s'arrêter de fumer ? C'était pas possible. C'est très difficile, même quand tous les moyens d'essayer. J'aimerais essayer. [Musique]
Ce n'est donc que récemment que l'État se décide vraiment à lutter contre ce fléau. Depuis les années 70, plus d'un siècle après le bon docteur Blatin. Si vous comptez bien, ça fait un minimum de deux siècles de perdus depuis les premières alertes, pour combien de morts dans le monde ? Des centaines de millions, au bas mot.
Il faut donc attendre 1976 pour qu'un premier texte de loi impose un contrôle du tabac. Ce sera la loi Veil. Pas la loi Veil, celle qui a, après des années de luttes, donné accès aux femmes. Ali V.G. Non, il s'agit de l'autre loi, qui porte le nom de la ministre de la santé de Giscard, celle sur le tabac. Elle restreint pour la première fois la promotion des produits du tabac, dont la publicité est limitée à la presse écrite.
Elle prévoit également une mention "abus dangereux" sur les paquets et proscrit l'usage du tabac dans certains lieux affectés à un usage collectif. Certains seulement, car il n'est pas question d'aller trop loin. Simone Veil elle-même, connue pour être une grosse fumeuse, tient à rassurer les fumeurs : ils ne seront pas bannis de partout.
Je crois que ce qui est le plus important, déjà, c'est que Jean soit informé des méfaits et la nocivité du tabac en ce qui concerne leur santé. C'est déjà la première chose. Je crois même que les étudiants en médecine, enfin l'enseignement médical, même, devrait être revu dans cette perspective, car si un certain nombre de médecins, qui ont l'occasion, notamment les cancérologues, se rendent compte de la nocivité, certains n'y croient pas. Je crois que c'est déjà la chose la plus simple, la plus importante.
Et puis, la démesure d'une coercition. Comme certes, les interdictions de fumer dans certains lieux publics peuvent être envisagées.
Également d'autres, les cinémas, les restaurants, les trains, les cinémas sûrement. D'ailleurs, cette idée est déjà interdite dans la plupart des cinémas. Les transports, peut-être dans certains transports également, le restaurant, je crois que ce serait... on n'ira pas jusque-là, moi je n'envisage pas. Donc vous fumez toujours autant ? Et bien, beaucoup. [Musique]
On commence en réalité seulement à percevoir les méfaits du tabagisme passif. La loi interdit aussi le parrainage de manifestations sportives par les cigarettiers. Bon, mais pas toutes les manifestations, car comme c'est souvent le cas dans cette histoire, après les interdictions viennent les dérogations. En l'occurrence, un amendement va autoriser la publicité du tabac lors des épreuves automobiles. On verra encore longtemps les Formules 1 arborer fièrement des sponsors fumeurs. [Musique]
Il est déjà clair que cette loi ne va pas assez loin. On continue de fumer un peu partout sans se soucier des autres. Le texte n'est pas de taille à concurrencer le lobby du tabac qui sort une carte maîtresse : les cigarettes light, qui ne comportent pourtant pas moins de nicotine, pas moins de goudron et non de "light", que le nom. Elles font un carton grâce à ce pur effet de marketing.
Le nombre de fumeurs s'accroît considérablement chez les femmes et chez les jeunes, qui deviennent la cible privilégiée du lobby de cette industrie. À la fin des années 80, la prise de conscience est violente ; on estime alors que plus de 70 000 personnes meurent chaque année prématurément d'une consommation excessive de tabac.
Des cigarettes, on en brûle quelques cent mille tonnes par an. Globalement, il faut bien avouer que les dispositions relatives à la publicité sur le tabac sont largement contournées par des publicités indirectes et que les interdictions de fumer sont régulièrement bafouées. Un constat s'impose : il faut améliorer la loi Veil. Dans le camp d'en face, les résistances sont immenses.
Alors, ils sont quelques-uns, déjà, à se dire qu'il faut s'y prendre autrement. Ils sont cinq au moins, ils sont professeurs de médecine. Ils n'étaient pas faits pour s'entendre, mais ils se sont rapprochés par dépit, par frustration, face à l'inaction des différents gouvernements en matière de santé publique.
Et ils vont jouer un rôle crucial dans cette histoire : ce sont les professeurs Gérard Dubois, Claude Go, François Gremaud, Albert Hirsch et Maurice Tubiana. Ce club des cinq décide de mettre en commun leur intelligence, leur réseau, leur force de persuasion pour changer les choses et surtout, ils vont profiter de la présidentielle de 1988 pour peser dans le débat.
Ils font alors une rencontre décisive, celle de Claude Evin, un très proche de Michel Rocard, et surtout un spécialiste des questions de santé au sein du Parti socialiste.
Trois, deux, un, François Mitterrand est élu président de la République. Une fois François Mitterrand réélu et Michel Rocard nommé Premier ministre, Claude Evin est choisi pour occuper le poste de ministre de la santé. Tous les éléments sont en place pour un vrai changement. La santé devient une priorité politique, d'autant que l'opinion publique, elle aussi, semble davantage prête à un changement.
Bon, forcément, tout ça va être plus compliqué que prévu. Claude Evin commence par commander, en 1989, un rapport à nos cinq sages, et il leur demande des propositions concrètes susceptibles d'être rapidement mises en œuvre dans différents domaines : la lutte contre le tabagisme, et contre l'alcoolisme, la surconsommation de médicaments tranquillisants, le dépistage et la prévention des maladies graves comme les cancers.
En matière de tabac, leur proposition tranche dans le vif : interdiction de toute forme de publicité et de parrainage, interdiction de fumer dans les transports, dans les lieux collectifs, dans les lieux de travail, augmentation du prix de vente au détail de la cigarette de 30 % par an jusqu'en 1993. [Musique]
Évidemment, en coulisse, s'engage un bras de fer avec les lobbies concernés et leurs représentants, dont certains agissent au sein même du gouvernement. Rocard, Michel Charasse, qui est alors ministre du budget, fait partie de ceux qui aiment ridiculiser les messages de prévention des médecins. Politiquement, cette réforme est considérée comme à haut risque pour son impact sur des secteurs économiques entiers, comme les médias, et évidemment sur le portefeuille des Françaises et des Français. [Musique]
Michel Rocard va mettre tout son poids dans la bataille. Il s'appuie notamment sur des sondages qui montrent que l'opinion publique est très favorable aux mesures proposées et qu'elle attend des politiques qu'ils aient le courage de prendre les mesures qui s'imposent. Le Premier ministre finit par gagner sur le principe d'une loi forte. Reste à gagner les arbitrages. Un parent, c'est Claude Evin qui va s'y coller, et à force, il va remporter bon nombre de ces combats. Pour lui, l'intérêt général doit prévaloir sur les intérêts économiques et les élus doivent avoir le souci de protéger la santé des Français.
Présentée au Conseil des ministres en mars 1990, la loi Evin arrive à l'Assemblée nationale avec ses mesures phares, comme l'interdiction de la publicité et la création de zones fumeurs strictement délimitées dans les lieux publics.
Autres mesures de fond : la possibilité donnée à des associations de lutte contre le tabagisme de se porter partie civile dans certaines affaires judiciaires. Cette mesure va être déterminante, notamment pour faire appliquer la loi après coup et surtout pour inciter les autorités judiciaires à faire leur boulot. Mais au final, pas de hausse brutale du prix du tabac, enfin pas maintenant.
"Songez, mesdames et messieurs les députés, que depuis 15 minutes que je suis à la tribune, trois personnes sont mortes prématurément des méfaits du tabac."
Et de l'alcool, ce gâchis humain et social, ce gâchis économique, a été dénoncé depuis longtemps par nos plus grands scientifiques. La communauté médicale mondiale, au sein de l'Organisation mondiale de la santé, fait de la lutte contre le tabagisme une priorité.
Il s'agit en effet de la première cause de mortalité évitable. Nous pouvons sauver des milliers de vies humaines si nous nous en donnons les moyens. Si, au contraire, nous ne réagissons pas, ce ne sont plus 65 000 morts par an que nous déplorons dans trente ans des méfaits du tabac, mais 160 000 pour le seul tabac. [Musique]
Comme prévu, les débats au Parlement et dans la presse sont très virulents. En pointe, dans les médias, les cinq professeurs de médecine sont caricaturés. Ils sont traités de néo et génisses, tout d'ayatollahs. Les mesures relatives à la protection des non-fumeurs et l'amélioration de l'information du public par des mentions sanitaires sur les conditionnements font plutôt consensus chez les parlementaires. En revanche, celles qui portent sur l'interdiction ou la limitation de la publicité sont très contestées, le lien entre publicité et consommation suscitant la controverse.
C'est la fameuse liberté individuelle du fumeur, et on y reviendra. [Musique]
La loi est adoptée en janvier 1991, mais avant qu'elle ne soit promulguée, un recours est déposé devant le Conseil constitutionnel. L'argument utilisé, c'est que les restrictions de publicité porteraient atteinte au droit de propriété et à la liberté d'entreprendre, qui sont des valeurs constitutionnelles. Sans surprise, les opposants sont déboutés et le Conseil constitutionnel en profite pour rappeler que la santé publique est un principe de valeur constitutionnelle qui justifie les restrictions apportées à certaines formes de publicité.
Il y a une anecdote qui montre bien que la réforme ne va pas être simple. Nous sommes le 18 février 1991, la loi vient à peine d'être votée. La SEITA, qui est l'entreprise publique en charge de la production et de la commercialisation du tabac et des allumettes en France, lance un nouveau modèle de cigarettes blondes : la Chevignon, en partenariat avec la marque de vêtements du même nom, très à la mode à l'époque.
Une cigarette à l'évidence destinée aux jeunes, une nouveauté qui détourne clairement la toute récente loi. L'idée est défendue par Michel Charasse, encore lui, toujours ministre du budget, et à ce titre responsable de la destinée de la SEITA. Pour le ministre, comme l'expliquent un article du Monde, il ne s'agit pas de contourner la loi et d'inciter à fumer celles et ceux qui ne fument pas. Pour lui, il s'agit de convaincre celles et ceux qui persistent à fumer de choisir la SEITA plutôt qu'une marque étrangère.
Une provocation et une mauvaise foi évidente qui seront remises à leur place par Michel Rocard, mais déjà, on sent la tentation de contourner la loi. Et de fait, même sans avoir à la contourner, elle va avoir du mal à s'installer en France. Une loi ne peut pas être appliquée, même si elle a été votée, tant que ne sont pas signés les décrets qu'il permette.
Et ces décrets d'application, ils vont mettre du temps à arriver, parfois beaucoup de temps. Il faudra par exemple 15 ans pour signifier concrètement l'interdiction de fumer dans les lieux collectifs. Pourquoi tant d'années ? Dans une interview, Claude Evin signalera simplement le manque de courage de son successeur lorsqu'il faudra appliquer la loi.
Un premier décret d'application de la loi de 91 a effectivement été pris en 92 par Bernard Kouchner, raconte-t-il. Le texte prévoyait bien l'interdiction dans les bars ou les restaurants, mais il délimitait les zones fumeurs grâce à un simple chevalet apposé sur les tables, qu'on pouvait aisément déplacer.
"Mesdames, messieurs, bonsoir ! À partir de dorénavant, comme l'ont dit, les fumeurs sont priés d'écraser leurs mégots."
C'est en effet aujourd'hui que le décret 92-478 interdisant de fumer dans les lieux à usage collectif est entré en vigueur. La guerre de la nicotine est-elle pour autant déclarée ? En quête de Pascal Douce et Jean-Baptiste Rivoire. [Musique]
Oui, bonjour monsieur, j'ai une table pour quatre ce soir à 20 heures.
Et voilà, un petit problème, c'est qu'on ait deux fumeurs et deux non-fumeurs et que les fumeurs veulent absolument fumer. Comment est-ce que... ?
Bon, apparemment, les restaurants ont presque tout prévu, mais qu'en est-il de la RATP et des usagers du métro parisien ? Même réaction pour ces jeunes gens qui vont subir la tabagie pendant plus d'un quart d'heure.
"Pour poser une question depuis tout à l'heure, j'ai le souffle là, mais dans la figure. Ça me gêne, mais je suis bien sûr."
Ce reportage n'avait rien d'un sondage. L'échantillon d'aujourd'hui n'était pas représentatif. Et apparemment, malgré la loi, les fumeurs ont encore de beaux jours devant eux. Même avec cette application des plus permissives, certains continuent de souffler sur les braises.
Un article du Parisien d'octobre 92 raconte la mise en place de cette disposition au CNPF, l'ancêtre du MEDEF. On prend le sujet très au sérieux, nous dit l'article, au moment où le climat social est au plus calme. Il existe potentiellement un risque de conflits sociaux autour de la loi antitabac, déclare-t-on au syndicat patronal.
Il n'y a pas de fumeurs de gauche ou de droite. On ne sait pas vraiment comment les gens peuvent réagir. En tout cas, des bagarres surprises peuvent avoir lieu. Ce n'était pas vraiment le moment avec tous les problèmes que les entreprises ont à résoudre.
Évidemment, la guerre civile annoncée n'aura pas lieu, mais dans beaucoup d'endroits, il faut du temps pour changer les mentalités et les réflexes, la faute notamment aux lobbys, leur pouvoir de nuisance.
On a pu le mesurer aux États-Unis à cette époque grâce à une vague de procès à l'encontre de grandes marques de cigarettes. Les enquêteurs américains se plongent dans leurs archives secrètes et découvrent toutes les stratégies mises en place pour freiner les politiques de santé publique. Discrètement, certains cigarettiers payent des scientifiques pour mettre en doute des études démontrant la dangerosité du tabac, mais aussi des auteurs pour écrire sur le thème de la liberté individuelle du fumeur.
On trouve ainsi bon nombre de tribunes, d'éditos, de textes qui s'alarment d'une société prenant à vouloir contrôler les faits et gestes de chacun, au nom de la santé et au mépris de celles et ceux qui veulent transgresser les règles s'ils veulent choisir de fumer avec tous les risques que ça comporte. C'est leur choix.
Malgré tout, cette loi est un succès majeur, un coup encore jamais porté au tabagisme en France. Pour la première fois, la consommation de cigarettes baisse dans les années suivantes de manière significative. Pour autant, la loi continue d'être contournée, détournée, et les zones fumeurs sont dans le viseur.
Il faut dire qu'il faut attendre l'an 2000 pour l'interdiction complète de la cigarette dans l'avion, puis la fin de l'année 2005 pour que l'ensemble des trains SNCF deviennent non-fumeurs. C'était déjà le cas pour les TGV depuis deux ans, et sur le reste du réseau subsistait encore des horribles wagons fumeurs.
Ce n'est qu'en 2007 que Xavier Bertrand, le ministre de la santé de Jacques Chirac, franchit un pas supplémentaire avec un décret interdisant de fumer dans les lieux de travail, dans les établissements scolaires, dans les hôpitaux, dans les administrations, dans les cafés, dans les restaurants et dans les transports publics. Cette fois, plus d'échappatoire.
C'est l'obsession du jour, la fumée dans tous les bars et des restaurants. Pour les accros, la pression est montée dès 8 heures ce matin, au premier café de la journée. Moi, je bois mon café. Ce n'est pas comme d'habitude. Je vais le trouver là où... Avec mes écrans...
Le 4 mai, par goût, et oui, aucune dérogation, en tout cas ici. Pas un nuage à l'horizon. La loi semble respectée. Et puis, une allumette à craquer, un homme aussi. [Musique]
Après manger, seul, à la limite, ça va être difficile. Pas voir la petite clope après ? Après le repas, je vais sortir. Donc oui, on l'a fait, roi sur la route pour rentrer au banc.
"Fassiez-vous l'effort ?" Ouais, je pense. Mais ce qui dérange, bien sûr, tout ça, ce sont les problèmes de santé. Seul refuge, les terrasses. Elles n'ont jamais été aussi fleuries.
1, 2 janvier, il fait tout de même deux bons. Que faire ensuite pour continuer à lutter contre le tabagisme ? La seule stratégie qui reste, c'est de s'attaquer au produit en lui-même.
Au fil des ans, les hausses de prix du tabac deviennent régulières. Le prix du paquet est multiplié par trois en vingt ans. Les cigarettes aromatisées sont interdites. Le paquet neutre, sans logos ni signes distinctifs de la marque, est mis en place après une intense tentative de sabotage souterrain de la part de l'industrie du tabac.
On pourrait croire que la guerre est terminée, sauf que le tabac continue de tuer 75 000 personnes chaque année en France, soit presque autant qu'il y a trente ans. Et que 200 000 jeunes se mettent à fumer tous les ans, et que la baisse de la prévalence ne baisse plus vraiment.
Il y a une dizaine d'années, la Cour des comptes avait publié un rapport assassin sur l'absence de coordination, d'ambition et de pilotage des politiques de lutte contre le tabagisme.
Un exemple : en 2012, les crédits de lutte contre le tabagisme n'étaient que 200 millions d'euros par an. Les aides publiques consacrées aux tabaculteurs et aux débitants étaient de 250 millions d'euros. [Musique]
Pour l'étape d'après, il faudra peut-être un jour lorgner du côté de la Nouvelle-Zélande, qui a toujours eu un petit temps d'avance en la matière. Actuellement, la réglementation en vigueur interdit aux Néo-Zélandais de moins de 18 ans d'acheter du tabac. Et à compter de 2027, cet âge limite augmentera d'un an tous les ans. Radical, de quoi nourrir bien des débats en France sur la fameuse liberté individuelle.
Ouais, petit de temps en temps, comme ça, stabilise. Dans toute cette histoire, la seule consolation, c'est que, si on la compare à la lutte contre l'alcoolisme, la lutte contre le tabagisme, finalement, est une réussite. Mais en réalité, je ne sais pas vraiment si c'est une consolation.
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Merci à David Carzon qui a signé le texte de cet épisode de Programme B, qui, comme vous le savez, est un podcast de Bing Audio préparé par Lauren Baise, prises de sons par Quentin Bresson, réalisation Alexandre Ferreira.
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