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Rocky - Humiliation, Déterminisme et Émancipation // DWFSC #25

Dead Will40:24

Transcription

Ah, encore un mail de Youtube. Bonjour Will, nous avons constaté une fois de plus que les statistiques de votre chaîne sont en baisse constante. Ainsi nous vous conseillons de produire plus de vidéos, plus régulièrement et sur des sujets plus tendances. Ah ba merci de me donner confiance en moi, j’avais besoin de ça tiens…. Enfin nous vous recommandons de réaliser une vidéo qui toucherait votre communauté en répondant à cette question. Pourquoi avoir commencé Youtube ? Vous pourriez ainsi motiver d’autres créateurs à se lancer sur notre plateforme. L’équipe Youtube.

Voilà comment est souvent résumé Rocky. Un film populaire faisant la part belle au rêve américain, à la méritocratie et nous montrant qu’avec un peu de volonté et d’espoir tout est possible…. Pourtant celui-ci nous dit totalement l’inverse. D’ailleurs Rocky n’est ni un film de boxe, ni un film sur la boxe, mais l'œuvre d’un auteur sensible, parfaitement ancrée dans son époque et lui offrant ici une caisse de résonance retentissante. Une œuvre sociale nous montrant comment la classe populaire peut être humiliée chaque jour dans son corps, dans sa chair, déterminée à rester honteuse de sa propre vie. Un film dénonçant la mécanique du capitalisme, utilisant un pauvre type dans l’unique but de réenchanter l’Amérique avec cette fameuse fable méritocratique de l’"American Dream”. Enfin Rocky est une œuvre spinozienne nous montrant comment nous pouvons passer du déterminisme et de l’humiliation à la dignité et l’émancipation en ne croyant qu'à 3 choses , l’amour, les autres et surtout soi-même. Rocky n’est donc pas un film de boxe bête et méchant, mais bien un combat universel face à nos propres peurs ou comment, même en perdant, nous pouvons triompher de nous-même.

Rocky est un type un peu loser, sans grande ambition, amoureux d'Adrian la vendeuse du coin, et meilleur ami de son frère Paulie. Mais Rocky est aussi un boxeur à la petite semelle n’ayant jamais percé dans sa passion. Le champion du monde, Apollo Creed, dont le prochain match est compromis pour cause d’abandon de son adversaire, doit très vite trouver un adversaire lambda pour assurer le spectacle. Et c’est ainsi que Rocky, le p'tit gars de la rue, va se voir propulser au sommet de l’affiche pour accomplir le plus grand combat de sa vie. Rocky, dont les scènes de boxes ne durent pas plus de 10 minutes, nous dépeint avant tout et pendant près de 2h, un cadre social extrêmement pauvre de l’Amérique oublié, dans lequel évolue bon nombre de personnages subissant quotidiennement, en plus de cette violence sociale, une humiliation perpétuelle prenant sa source à différents niveaux, et nous exposant parfaitement ce que c’est d’être un prolétaire au quotidien. Et en effet, dès le tout début du film le cadre social est posé. Nous sommes dans un gymnase miteux, ça crie, les gueules sont abîmées et les corps de la classe ouvrière, habitués à être malmenés au quotidien, encaissent les coups comme ceux de la vie, recherchant ici un peu de dignité. Une dignité que Rocky, même dans la victoire, n'arrive pas à acquérir. Il est renvoyé ici, à sa soumission permanente à un système le spoliant de partout et résumant assez bien sa vie : ramasser les miettes. D'ailleurs Rocky, malgré sa prise de risque et les dégâts que son corps a subis, ne cherche même pas à négocier, comme si, habitué à ce système, il a intériorisé cette fatalité, cette injustice. De retour vers son appartement, on découvre maintenant un quartier d’une grande pauvreté et un intérieur miteux ou la bouffe semble manquer. On prend également conscience que, comme pour Paulie, Mickey et Adrian, Rocky est extrêmement seul dans sa vie. Une solitude le renvoyant à sa condition, lui qui aurait tellement besoin de l’amour de l’autre pour apprendre à s’aimer face à un système le rabaissant en permanence. Une réalité nous montrant notamment que le système capitaliste, par voie de conséquences, peut avoir tendance à nous esseuler puisque le collectif peut être une force de résistance face au rouleau compresseur libéral. Seul on est moins fort, seul on est plus triste et donc on est plus facilement à la merci de ce système de production. Et entre parenthèses, ce n’est d’ailleurs pas étonnant que le capitalisme aime les systèmes d’Uberisation ou d’auto-entreprenariat, dans lequel je suis également, puisque nous ne sommes plus un collectif mais des travailleurs isolés nous soumettant totalement dans le rapport de force en place. Bref, alors que Rocky s'entraîne à aborder Adrian, celui-ci passe, en un instant, de la futilité à une scène bouleversante. Où attrapant une photo de lui gamin, il se fixe, rempli de désespoir face à cette question. Qu’est devenu ce petit garçon rempli de rêves ? Imaginait-il cette vie ? Rocky doit ici faire face à ce terrible constat sur sa vie, révélant en toile de fond la violence de sa détermination sociale. Une sensation que nous sommes, j’imagine, beaucoup à ressentir. Comparant notre réalité à tout ce dont on rêvait petit, avant que la vie, un système ou tout autre chose vienne détruire nos plans, nos rêves. Et ce n’est pas rien de devoir, chaque jour, se réveiller et continuer malgré ce sentiment d'échec. Rocky panse alors sa tête comme pour soigner cette plaie émotionnelle béante qu’il vient de ré-ouvrir. Fort heureusement il y a une lueur d’espoir dans sa vie. Adrian la vendeuse de l’animalerie du quartier. Une jeune femme introvertie, pétrie dans sa peur, dans sa honte d’elle même. Une honte la poussant à éviter tout contact avec Rocky, qui pourtant après de nombreux efforts, arrivera tout de même à lui soutirer un bref sourire. Sourire très vite interrompu par l’humiliation qu’elle subit au travail via sa petite chef. Une humiliation qu’ils vont partager à 2 le temps d’un regard et qui finalement, les relie. Cette humiliation face à laquelle ils chercheront à s’émanciper ensemble. D'ailleurs Rocky la subit également au travail. En effet, il bosse pour le mafieux du coin comme récolteur de dette. Et même lorsque, rabaissé continuellement par le bras droit de l’affranchi il veut retrouver un peu de dignité, celui-ci est renvoyé à sa condition sociale de prolo en manque d’argent. Son patron s’achetant ici son humiliation dès qu’il l’a refuse. Bref ceci résume plutôt bien les vies d’Adrian et Rocky, et certainement celles de la plupart des gens du quartier : obéir et être humiliés. Et c’est d’ailleurs certainement pour ça que Rocky boxe, afin de reprendre un peu de contrôle et de dignité face à sa réalité. On pourrait même se demander s'il ne se joue pas ici, au travers de la boxe, pour cette classe, une catharsis où le match consisterait métaphoriquement à combattre sa soumission à un système face auquel elle ne peut se défendre, l’humiliant en permanence. Le combat est donc l’endroit symbolique de la résistance face à un adversaire, le bourgeois; un système, le capitalisme; à un sentiment, la recherche de dignité. Adversaire qui apparaîtra concrètement un peu plus tard dans le film. Mais même dans sa passion, Rocky est renvoyé une fois de plus à son humiliation. Après qu’on ait donné son vestiaire à un autre. Prouvant que nul endroit n’échappe à la loi du marché. Intéressons nous maintenant à Paulie, ami de Rocky et frère d’Adrian. Un homme ayant sombré dans l’alcoolisme et pour qui le quotidien se résume à travailler dans le froid et la puanteur, malmenant son corps au moins de la même façon qu’un combat de boxe. Bref, Paulie est quelqu’un ayant intériorisé également toutes ces humiliations quotidiennes, mais l’ayant transformé, lui, à l’inverse de Rocky et d’Adrian, en bourreau. En effet, il suffit de voir comment celui-ci s’étonne que sa sœur puisse plaire à son pote et l’entendre parler d’elle pour comprendre toutes les humiliations qu’elle doit endurer quotidiennement. Violence verbale l’ayant certainement amenée à cette honte d'elle-même. Et sans chercher à excuser Paulie, l’on voit ici l’exemple typique de la personne aigrie, subissant sa vie, se faisant humilier par sa condition sociale et ne trouvant comme unique moyen pour s'élever un peu, d’essayer de rabaisser les autres. Tentant de nier sa condition, réalisant une sorte de vengeance facile sur la première victime envers qui il a de la domination. Domination à laquelle il est en permanence soumis dans sa vie, son travail etc.. Bref une belle perte d'énergie qu’il pourrait investir contre les réels responsables de sa condition, c’est à dire la classe dominante, symbolisée dans ce film notamment par le manager de Creed. AInsi avec cette première moitié du film, on comprend bien que celui-ci se veut avant tout avoir une approche sociale. Dépeignant l’ensemble des humiliations que peuvent subir les petites gens dans leur chair au quotidien. Que ce soit via l’environnement dans lequel ils évoluent, au travail, en famille, dans leurs passions et évidemment celle à l’origine de la plupart d’entre elles, via l’argent. Mais le film va dorénavant nous laisser entrevoir un autre monde, à l'opposé de celui que l’on vient de découvrir. Un univers bien plus cynique qui, comme à son habitude, va chercher à faire son beurre sur le dos des petites gens. Car n’oublions jamais que c’est comme ceci qu’il s'est construit.

Pourquoi j’ai commencé sur Youtube ? Pour être franc avec vous, après avoir quitté le milieu de la recherche pour me consacrer à la musique et à d’autres projets artistiques, je me suis vite aperçu que malgré tous les efforts que je ferais, j'intégrerai jamais ces réseaux car je ne viens pas du bon milieu et peut-être aussi car j’ai pas assez de talent ! Mais quand Youtube a débarqué en force avec tous ces créateurs, je me suis dit qu’il y avait enfin un espace de liberté où chacun pouvait réussir juste sur le mérite, depuis sa chambre, sans avoir à connaître telle ou telle personne. Franchement j’y croyais !

Rocky sort en 1976, une année où les anti-héros ont la côte aux états-unis, puisque c’est également la sortie du fameux Taxi Driver de Scorsese. Et en effet rien d’étonnant à cela car après le Watergate et 19 longues années à s'embourber dans la guerre du Vietnam, les héros américains, et surtout ce fameux rêve américain a du plomb dans l’aile. L'Amérique prolétaire galère sévère et le mythe méritocratique tant aimé par la bourgeoisie ne fait plus rêver personne. Pourtant à en croire les critiques faites de Rocky, ce dernier serait une ôde au rêve américain ayant recréé de nouveaux héros dans lesquels les américains allaient pouvoir s’identifier. Et même s' il est évident que toute personne de la classe populaire peut, à juste titre, s’identifier à Rocky, le film dénonce, à mon sens, justement le cynisme du rêve Américain pour le déconstruire parfaitement. Nous en offrant ses rouages malhonnêtes et démontrant qu’il s’agit bien là d’une fable. Une fable que Sylvester Stallone a bien connue et qui a bien failli le faire déchanter comme nous le verrons plus tard. Mais revenons-en au film car c’est bel et bien le sujet. En effet, après que celui-ci nous ai dépeint ses personnages prolo galèrant au quotidien et pétris dans leurs humiliations, on découvre désormais un autre monde en totale déconnexion avec la classe populaire. Celui des businessmen, managers et autre boxer showman à 10000 lieues de Rocky. Et notamment un boxeur, Apollo Creed, dont on se demande même s'il boxe, trop occupé à gérer ses affaires et préparer un combat qui visiblement est à ses yeux plutôt un spectacle. D’ailleurs on peut le comprendre car il n’est pas, ou plus, une nécessité de survie ou de dignité pour lui comme pour Rocky. Il est plutôt question de business et d’argent, de beaucoup d’argent. Ainsi on découvre que le prochain combat qu’Apollo préparait est annulé. Son adversaire ne pouvant plus combattre. Il doit donc vite trouver quelqu’un d’autre. Pourquoi ne pas annuler vous allez me dire ? et bien la raison est simple. Donc pour résumer trivialement, ce combat est un pur produit capitaliste dans lequel Apollo investit de l’argent cherchant uniquement à en tirer des bénéfices. Il ne souhaite donc pas gagner face au plus brillant des adversaires mais bien vendre du spectacle. Vendre du divertissement en jouant sur l’affect du public pour en tirer un maximum d’argent. Puisqu’on le sait et je l’ai souvent expliqué sur cette chaîne, le capitalisme fonctionne avant tout via les affects des consommateurs et notamment sur le désir. Le but est donc de nous vendre un show permanent nous détournant encore et toujours des questions importantes, c'est-à-dire les inégalités sociales existant hors du ring. Et n'oublions pas qu’en dehors de ce spectacle, c’est-à-dire dans la vraie vie, ces 2 mondes ne se côtoieraient jamais puisqu’il n’existe aucune passerelle entre eux. Enfin si à sens unique, car c’est bien Creed qui aura la possibilité de rentrer en contact avec Rocky et non l’inverse. Bref, pour jouer sur cet affect, Apollo veut prendre le boxeur le plus banal possible, le plus représentatif du peuple, afin de permettre à la classe populaire américaine de s’y projeter. La laissant ainsi croire à la méritocratie, et surtout au fait que le rêve américain, qui pourtant porte bien son nom, existe bel et bien. Que tout le monde a l’opportunité, si il a la volonté, de pouvoir combattre le champion du monde. Le tout devant avoir lieu, symboliquement, le jour de la fête nationale. Bref du pur marketing capitaliste que nous connaissons bien mais qui pourtant marche toujours. Et c’est ainsi que Creed trouve dans un bouquin, non pas un adversaire à sa taille avec des performances énormes, mais juste un boxeur avec un nom vendeur. La raison est simple, plus c’est vendeur, plus ça engendre du profit. C’est donc pour cette unique raison qu’il choisit l’étalon Italien. Et c'est vrai que ça claque ! Ainsi, au travers de cette scène, on comprend bien en quoi le rêve américain et la méritocratie sont des fables créées de toute pièce. En effet, Rocky n'accède pas à ce combat car il l’a mérité via ces compétences, non, celui-ci a simplement été choisi par la bourgeoisie pour servir de spectacle qu’elle peut vendre aux gens. Ré-enchantant ainsi le rêve américain et faisant croire que celui-ci existe bel et bien. Permettant d’entretenir, dans la population, un sentiment d’espoir, du tout est possible pour sortir de leur misère. Mais cette fable ne leur fait, en réalité, qu’espérer quelque chose qui n’arrivera jamais, maintenant l’ordre social en l’état avec quelques privilégiés d’un côté et une masse de dominés de l’autre. Dominés ayant pourtant pour eux la force du nombre. Et c’est d’ailleurs pourquoi la classe dominante, face à cette force du nombre auquel elle ne pourrait pas s’opposer, est obligée de combattre à grand coup de manipulation marketing et conceptuelle en jouant sur un imaginaire commun auquel nous pouvons tous nous rattacher, ou choisir de se rattacher pour rendre tout ceci plus vivable au quotidien. Et pour sortir 2 minutes de la fiction et comprendre comment dans le réel ce cynisme existe bel et bien, intéressons-nous à la vie de Sylvester Stallone et surtout à l’ironique genèse de Rocky. Pour aller très vite et poser le décor, Stallone est justement un prolo issu des quartiers pauvres qui pendant des années à essayer de percer en tant qu’acteur au cinéma sans succès, le poussant même à tourner dans un p*rn*. Se voyant dans l’impossibilité d’accéder à ce monde du Cinéma par la grande porte, il décide d’écrire le scénario d’un homme, un anti-héros dans lequel il y transpose toute sa vie, donnant naissance à Rocky. Armé de son script, Stallone décide de démarcher les producteurs qui très vite croient en son projet mais ont une unique requête, que celui-ci n’ait pas le rôle principale et qu’on le donne à une star de l’époque. En gros nous avons là des producteurs qui aiment un scénario dans lequel on donne sa chance à n’importe qui pour combattre le champion du monde, et pouvant donc symboliser à leurs yeux le retour du rêve américain, et ceux là ont le cynisme de vouloir dégager le prolo qui l’a écrit pour lui afin de le donner à un grand acteur! Je ne sais pas si vous voyez la mise en abîme et l’ironie de cette situation mais je trouve qu’il n’y a pas meilleur exemple pour montrer ce qu’est réellement le rêve américain ou encore la méritocratie. Ainsi Stallone, qui était tellement pauvre à l’époque, qu’il avait dû vendre son chien pour manger, a dû s’asseoir sur 350 000$, prix auquel on acceptait de lui acheter son scénario s’il n’apparaissait pas à l’écran, pour finalement négocier de rester l’acteur principal en ne touchant au final que 20 000$... Stallone n'avait alors rien lâché, expliquant qu’on essayait de le manipuler dans tous les sens avec de belles paroles pour qu’il abandonne le projet. Heureusement il a tenu bon, réalisant la meilleure décision de sa vie, et a même pu racheter son chien et le faire jouer dans Rocky. Bouclant ainsi la boucle. Rocky débarque donc chez Creed, comme on lui a demandé, et se retrouve devant l’organisateur et représentant du match. Nous avons donc le petit gars, vivant de son corps par la boxe, face au bourgeois capitalisant sur les combats donnés par les corps d’autres personnes. Ce qui je le rappelle est la définition même de tout bon capitaliste, extorquant la force et le temps de travail des gens pour capitaliser dessus. Et d’ailleurs l’organisation même du cadre exprime bien ceci, avec un Rocky assis dans son malaise et cette habitude à se soumettre face à ce genre d’individu, et nous avons un homme dans toute sa hauteur sûr de lui et beau parleur. Rocky a d’ailleurs tellement intériorisé cette position sociale de servitude qu’il ne comprend pas de suite qu’on lui propose le combat face à Creed, mais croit simplement qu’il va servir de faire valoir d'entraînement. Et même quand l’organisateur lui propose le combat, Rocky refuse pensant ne pas mériter ceci “je ne suis qu’un boxeur ordinaire”. Mais c’est là que le bourgeois, dans sa malice et sa manipulation décrite juste avant, lui sort les violons du fameux rêve américain. Et même si l’on sent que c’est un petit oui, non dupe de tout ceci, Rocky veut tout de même y croire puisque c’est la seule chose à laquelle il peut se raccrocher. " Bref, ici le film nous montre frontalement, tout en la dénonçant, la grande entourloupe capitaliste sur laquelle se sont construites les USA. C’est à dire ce fameux rêve américain, nous faisant croire que tout est possible alors qu’en réalité on érige toujours en exemple les quelques rares exceptions des personnes ayant pu monter dans l’ascenseur social, afin de mieux leurrer les plus pauvres en leur sous-entendant, avec une violence cachée, que s’ils veulent ils peuvent ! et que donc, et c’est en ça la vraie violence dévastatrice et humiliante, que s’ils n’y arrivent pas alors c’est que c’est de leur faute. Et voilà en réalité sur quelle culpabilisation individuelle se construisent nos sociétés modernes. Une fable qui a la dent dure et que l’on appelle chez nous méritocratie, convaincant bon nombre de personnes pourtant victimes de ce système. Bref l’organisateur lui fait le vieux coup du capitaliste sur les prolétaires et Rocky accepte car ce cynisme représente tout de même, pour lui seul, une voie d’émancipation financière. Cependant, et comme nous allons le voir dans la prochaine partie, Rocky nous montrera comment se libérer également de cette supercherie en choisissant de s’émanciper de soi-même, de nos déterminations sociales et surtout psychologiques afin de ne plus dépendre d’un rêve......

Attends j’en étais où moi ? ah oui je vous disais qu’en débarquant sur YouTube je croyais qu’à force de travail et de qualité ça finirait forcément par payer ! Oué j’avoue j’avais bien intériorisé la fable méritocratique ! C’était une époque bien dark dans ma vie où rien ne marchait dans mes projets artistiques et je vous parle même pas de mes gros soucis de famille qui me bouffaient littéralement ! Bref je me sentais tellement mort qu’inconsciemment j’ai créé DeadWill en espérant qu’il m’apporterait un peu vie. Alors ça peut paraître bête dit comme ça pourtant c’est vrai ! En tout cas une chose est sur, il m'a au moins apporté de la culture et du savoir en analysant tous ces films. Et ça, ça m’a grave aidé à mieux comprendre toutes mes aliénations et certains déterminismes. Alors cela va peut être vous paraître bizarre, mais dans cette dernière partie, pour parler de Rocky, il est intéressant d’aborder Spinoza, célèbre philosophe du déterminisme. Et pourquoi parler du déterminisme ? et bien car c'est là toute la beauté de Rocky. Mais pour évoquer de la notion de déterminisme de Spinoza il est tout d’abord intéressant de comprendre celle à laquelle elle s’oppose : le libre arbitre de Descartes. Ainsi selon Descartes, le libre arbitre est l’indépendance de la volonté face à la matière. C'est-à-dire que quelque soit notre condition physique ou sociale, quand on veut on peut. Bon c’est très vite résumé mais en gros ici Descartes serait l’idéologie du rêve américain, nous disant que même si l’on est pauvre, comme Rocky, mais qu’on a la volonté on peut devenir champion du monde. Idée que l’on vient de démonter dans la partie précédente. En gros, dans le film, les bourgeois croient au libre arbitre, justifiant ainsi leur place de dominant et s'auto-attribuant du mérite tout en culpabilisant ceux qui n’y arrivent pas. Les bourgeois ne comprenant pas qu’ils ont aussi été déterminés socialement à avoir cette place depuis tout petit. Et ce n’est pas les nombreuses études prouvant la reproduction sociale qui viendra dire le contraire ! Mais au milieu de tout ça Spinoza débarque avec un concept révolutionnaire en sortant son œuvre la plus connue “L’éthique” en 1677, où il expose la notion de déterminisme, allant à l’encontre du libre arbitre de Descarte. Ainsi selon Spinoza, le libre arbitre est une illusion car l’homme n’a pas conscience de ce qui est à l’origine de ses désirs, de ses passions et de ses affects. Désirs et affects le poussant, justement, à agir de manière irrationnelle comme l'a bien compris le capitalisme. Pour Spinoza, l’homme se pense donc aussi libre qu’une pomme, qui si elle avait une conscience, croirait qu’elle a choisit de tomber sans comprendre que sa chute est dû à la gravité. En gros nous nous croyons libre de nos choix, pourtant ceux-ci sont guidés par notre classe sociale, nos affects etc... Ils sont la conséquence de nos désirs, de nos peurs, de nos passions. En réalité ce que Spinoza nous dit c’est que nous n’avons pas conscience que lorsque nous prenons une décision ou réalisons un choix, il y a toujours une cause derrière cela. Un peu comme lorsque l’on fait tomber des dominos. Le premier tombe car il a été poussé, c’est la cause, et la conséquence c’est qu’en tombant il en pousse un nouveau et ainsi de suite. En résumé, tout chose ayant lieu sur cette terre, toute décision dans notre vie est le résultat d’une cause. Et pas d’une cause divine ou supérieure hein, une cause rationnelle. Et pour en revenir à la pomme, c'est son poids, allié à la sénescence et la force gravitationnelle qui a entraîné sa chute. Mais revenons au film. On peut, par exemple, essayer de comprendre le déterminisme de Rocky et d’Adrian et ainsi tenter de mieux saisir pourquoi ils en sont arrivés là. Pourquoi ils ont à ce point ce manque de confiance en eux et acceptent de subir l’ensemble de ces humiliations quotidiennes. Et sans revenir sur les déterminations sociales, dues à la pauvreté et entraînant leur habituation à l'humiliation, il est intéressant de se pencher sur le premier rencard entre Rocky et Adrian. Nos 2 tourtereaux vont donc passer une soirée à la patinoire, leur permettant enfin de se confier l’un à l’autre. On saisit alors que certaines déterminations psychologiques s'ajoutent à celles sociales, quand Rocky raconte à Adrian pourquoi il a commencé la boxe. Car petit, son père lui disait ceci. Ainsi on comprend que depuis son plus jeune âge, il a été rabaissé, assigné à ce rôle et en a fait son mode de vie. Croyant à tout ceci et le privant finalement d’une plus grande liberté de choix. On comprend également d'où vient ce manque terrible de confiance chez Adrian et ce désire de se cacher le plus possible derrière ses lunettes et son bonnet. Bref, avec cette simple scène on saisit un peu mieux l’une de leurs nombreuses déterminations ayant impactées le cours de leur vie. Mais Adrian sent qu’il y a une cause encore plus profonde derrière tout ça Mais Rocky ne peut pas, à ce moment du film, y apporter une réponse se la cachant à lui-même. Prouvant bien qu'il se cache quelque chose de plus profond dans la cause qui a déterminé Rocky à boxer. Une raison qui, lorsqu’il l’aura comprise, lui permettra de s’en émanciper. Car oui, pour en revenir à Spinoza, celui-ci nous dit qu’on a le pouvoir de choisir mais que l’on n’a pas le pouvoir de choisir les raisons qui nous ont poussées à choisir. Attendez je la redis une seconde fois celle-ci. Selon Spinoza on a le pouvoir de choisir mais on n’a pas le pouvoir de choisir les raisons qui nous ont poussées à choisir. En gros Rocky a bel et bien choisi de devenir boxeur mais n’a pas choisi les raisons qui l’ont poussées à choisir de devenir boxeur. Comme par exemple ce que son père lui a dit, l’humiliant en partie et conditionnant son choix à se focaliser plus sur l’utilisation de son corps que de sa tête. Notre choix dépend donc d’un désir et d’un affect, ici l’humiliation et la recherche de dignité. Or comme nous ne choisissons pas nos désirs, nous les subissons. Mais heureusement, et c’est là tout l’optimisme de Spinoza, c’est que nous pouvons nous en émanciper pour gagner toujours plus de liberté.

Émancipation Galvanisé par cette soirée à la patinoire, Rocky invite Adrian chez lui. Nous laissant découvrir à quel point celle-ci est prise dans ses affects de peur, n’osant pas rentrer, elle si habituée à vivre sous l’emprise de son frère. Cette emprise s’ajoutant comme cause à sa soumission constante dans un chez elle où il ne se passe rien mais où elle se sent paradoxalement en sécurité. Mais cette fois, poussée par un désir d’amour, elle prend le risque de se confronter au fait de peut-être être heureuse. Et je dis “prend le risque” car rester chez elle, lui fait certainement moins peur que de prendre le risque d’échouer dans une relation amoureuse qui est, peut être, la seule chose la faisant tenir dans sa vie morose. Car parfois et paradoxalement, le fantasme d’une vie meilleure peut nous garder dans notre quotidien par simple peur d’échouer. Un échec ultime qui nous ferait perdre tout espoir. Mais Rocky, grâce à son humour, a raison d’elle et arrive, petit à petit, à la rassurer, à la mettre en confiance. Il la regarde réellement et lui donne ce qu’il lui a toujours manqué également : de la considération. Et ce visage, qui jusqu’ici ne lui a apporté qu’humiliation, lui procure pour une fois de l’amour. Émue et désarmée de sa peur initiale, elle se laisse embrasser et se découvre heureuse. Elle s’émancipe ainsi de l’amour qu’elle n’a pas d'elle-même en existant autrement dans le regard de l’autre, dans l’amour qu'on lui apporte. Ils se découvrent heureux protégés de tout dans les bras l’un de l’autre. Et ce premier baiser émancipateur, lui apportant la confiance qu’elle n’avait pas d'elle-même, vient détruire en cascade plusieurs des causes, des déterminations qui l'avaient poussée à cette soumission, à cette humiliation, à ce dégoût d'elle-même. Une soumission dans laquelle Paulie, son frère, tient une place importante, dûe à la forte emprise qu’il a sur elle. Bref, suite à ce baiser Adrian se métamorphose, s’assumant et s’autorisant à se mettre en valeur. Et ce gain de confiance en elle la pousse même à tenir tête à son frère. Adrian finit ici son travail d'émancipation envers Paulie et peut-être même envers la société. Adrian est dans l'affirmation d’elle-même et c’est beau. Mais dans le jeux des determinations, rien n’est simple, rien n’est binaire, bref rien n’est ni tout blanc ni tout noir. Ainsi, même si après cette description, Paulie nous apparaît comme quelqu’un de manipulateur et de toxique, le film n’en fait pas pour autant un méchant absolu. Il nous montre toute la complexité des choses dans les rapports humains, ou comment nous pouvons faire payer aux autres et malgré nous, nos frustrations. On peut donc vouloir paradoxalement l’émancipation de ceux qu’on aime tout en les humiliant. Par exemple et durant tout le film, on voit à quel point Paulie est un pauvre type travaillant dans un univers extrêmement dur, ne lui offrant aucun horizon et l’ayant rendu si dur et si aigri. Il subit totalement la vie et sa condition sociale. Et l’on comprend que bien qu’il s’y prenne plus que mal avec sa sœur en l’humiliant, il cherche en réalité à la voir heureuse, qu’elle échappe à cette vie horrible qu’il subit. Paulie utilise simplement et maladroitement ce qu’il a toujours connu et subi lui-même au quotidien. C'est-à-dire le rabaissement et l’humiliation pour tenter de déclencher, sur sa sœur, un électrochoc. En réalité c’est tout une accumulation de violence sociale qui ressort à ce moment-là, non pas contre Rocky et sa sœur, mais contre sa vie. Et malgré la violence de ses propos, qui doivent lui faire mal en les disant, c’est tout de même lui qui aura réussi à pousser Adriane à sortir avec Rocky ce soir là. Rencard l’extirpant de sa détermination à ne pas s’aimer, prenant confiance en elle dans le regard de Rocky. L'émancipant de l’humiliation qu’elle subissait du monde et de son frère mais qu’elle refuse dorénavant. Ainsi la détermination sociale de Paulie, qui l’a conduit à devenir si dure avec les autres et donc avec sa sœur, a tout de même provoqué le début d’émancipation d’Adrian envers lui-même. Tout ceci prouvant juste que rien n’est jamais binaire dans la vie et que même s’il ne s’agit pas d’excuser, il est important de comprendre, car la compréhension nous sort de l’affect, des sentiments, nous permettant de ne plus les subir mais justement de reprendre le contrôle dessus, contrôler en quelque sorte nos déterminations. Pour résumer, c’est seulement quand nous avons pris conscience de nos déterminations et que nous les comprenons, que nous pouvons enfin nous en émanciper et devenir plus libres. Et ça tombe bien car c’est exactement ce que Rocky va faire un peu plus tard. Car à contrario, c’est justement quand nous sommes pris dans nos affects, sans les comprendre, que nous avons tendance à faire payer aux autres nos propres frustrations. Et Mickey, l'entraîneur de la salle et futur entraîneur de Rocky, en est le parfait exemple. En effet, durant la première moitié du film, on voit bien que celui-ci contribue également à humilier Rocky. Alors que ce dernier recherche en lui justement tout l'inverse. Quelqu'un qui pourra lui donner confiance en lui pour se dépasser. Mais Rocky, qui grâce à Adrian, est maintenant partiellement rassuré sur le fait qu’il n’est pas qu’un moins que rien et que lui aussi a le droit à l’amour, va refuser une nouvelle humiliation de la part de Mickey. On comprend alors que Mickey est enragé de voir, en Rocky, le gâchis d'une vie. Lui qui, comparé à tant d’autres, a le talent nécessaire pour s’en sortir, mais n'ayant simplement pas de rêve de gloire le poussant à ça, ou refusant, par manque de confiance en lui, d’en avoir. En fait Mickey lui reproche simplement d’être quelqu’un de banal et projette sur lui sa propre frustration de vie. Et ça nous le découvrons de manière plus forte encore, un peu plus tard, après que Rocky ait accepté de combattre Creed. En effet, alors que Mickey pointe le bout de son nez pour devenir son entraîneur, on comprend que si Rocky n’a pas essayé de s’en sortir plus que ça, ce n’est pas qu’il n’avait pas de rêve de gloire, mais simplement que les humiliations répétées ont créé chez lui un manque de confiance énorme. Un désamour de lui-même qui avait justement besoin d’être contrebalancé par son entraîneur. Et là tout le ressentiment de Rocky rejailli comme un flot incessant d’humiliations et de frustrations emmagasinées toutes ces années. Tout sort enfin. Bref, on comprend que si Mickey veut devenir son manager c’est qu’il n’en n’a jamais eu lui-même, pensant que c’est là la raison de son propre échec dans la boxe. Ainsi en devenant l'entraîneur de Rocky, il souhaite simplement, à travers lui, se sauver. Ses affects d'échecs et de frustrations l'ont donc amené à humilier un type qui ne souhaitait qu’être aidé. Et si Mickey avait pu comprendre tout ceci plus tôt il n’aurait certainement pas agi de cette manière, comme Paulie avec sa sœur. Le déterminisme pourrait donc se résumer ainsi. Toute cause produit une conséquence qui produit elle-même une cause. Donc, rien n'apparaît ou ne se fait sans causalité. Rocky a été choisi par Creed, car 1) son adversaire initial s'était désisté et 2) car son surnom “d’étalon italien” sonnait bien pour vendre son spectacle. La conséquence à ceci, est donc d'offrir à Rocky la possibilité de combattre le champion du monde et de retrouver sa dignité. Et même s' il a accepté, il ne l’a donc pas choisi au départ. Rocky était donc déterminé à s’émanciper. Les notions de liberté et d’émancipation ne s’opposent donc pas au déterminisme chez Spinoza. Bien au contraire, il est chez lui la clé. Pour Spinoza la liberté existe bien si, et seulement si, l’on est capable de se rendre compte que l’on est déterminé par de multiples causes, désirs, affects, etc. Des causes influençant nos choix et nos actions. Il est donc primordial de comprendre par quels désirs et affects nous sommes guidés. Des émotions qui par définitions nous subissons et qui nous asservissent, alors que la raison, elle, nous en libère. Le déterminisme n’est donc pas le fatalisme et encore moins le destin. Quand nous conscientisons pourquoi nous ressentons telles ou telles choses on se libère du désir, de la souffrance, de la peur… pour accéder à la joie. La joie de comprendre les choses et ainsi ne plus se laisser soumettre à nos désirs. La liberté c’est donc saisir que tout est déterminé et ainsi pouvoir remonter le fil des causes pour ne plus y être soumis, et donc, s’en émanciper. On ne peut pas changer les causes mais on peut les comprendre, donc les accepter et s’en libérer. Et si nous ramenons ceci à la société moderne, moins nous sommes soumis à nos passions et nos affects, moins nous consommons puisque le capitalisme, le rêve américain et la publicité jouent uniquement sur nos désirs. Nous laissant croire au libre arbitre pour mieux nous aliéner. Comprendre nos passions pour nous en libérer est donc notre grand pouvoir. Nous pouvons ainsi augmenter notre puissance d’agir source de notre liberté selon Spinoza. Bref, c’est une grande lueur d’espoir qui s’offre à nous tous. Mais il reste cependant une question, la plus grande posée dans ce film. Prise 10.

Donc oui je disais que DeadWill était la métaphore parfaite de ce que j’étais, un mec z**bifié par ses angoisses, ses frustrations, ses aliénations. En vrai je masquais aussi mon manque de confiance en moi. Et ça franchement Youtube n’aide pas du tout à arranger ça. En tant que créateur vous êtes sans cesse aliéné à la productivité au nombre de vues, au nombre d’abonnés, ... et ça Youtube vous le rappelle constamment ! Alors qu’en vérité une personne sur 100 000 arrive à percer. Youtube ne vous parle jamais de qualité mais de chiffres. Alors moi je vous dis qu’il faut avant tout créer pour le plaisir de créer, le plaisir de partager et s’émanciper des chiffres. Tyler Durden dirait “Vous n’êtes pas votre nombre d’abonnés”, et il aurait bien raison. Et même si c’est encore dur, depuis 1 an et demi franchement j’y suis plutôt arrivé, alors non sans mal hein ! mais en tout cas on va dire que je suis sur le bon chemin. En fait, je me posais juste les mauvaises questions… mais en affrontant tout ça, en affrontant mon manque de confiance en moi, ma peur d’être rejeté, DeadWill s’est rendormi et je me suis enfin réveillé !

Peut-on gagner en perdant ? Pour la reformuler autrement, peut-on se libérer de soi-même tout en perdant aux yeux des autres ? ou encore mieux vaut’il réussir sa vie ou réussir dans la vie ? Rocky, qui grâce à Adrian a comblé un manque, va maintenant effectuer le combat le plus important de sa vie, celui qu’il va mener contre lui-même. Il commence donc son entraînement et nous le sentons rempli d'œufs, mais aussi d’une force, d’une joie soudaine l’élevant en haut de ses marches. L’élevant face à lui-même. Mais Rocky, dont le combat approche, est soudainement renvoyé dans les cordes de ses doutes, de ses peurs, n’ayant jamais répondu à la question originelle d’Adrian. Une question qu’il avait refoulé jusqu’ici mais qu’il va devoir affronter pour aller au bout et se libérer de lui même. Et en effet, le poids de son propre jugement est encore trop présent. Et même si il a raison sur ce point, il exprime enfin le fond de sa pensé, ce qui se joue pour lui dans ce combat. Voilà ce que symbolise donc en réalité cet affrontement, celui de gagner son amour de lui-même, combattre cet autodénigrement qu’il a intériorisé et qui est devenu si dévastateur. Une mésestime dont il souhaite s'émanciper comme Adrian a pu le faire avec lui. Ainsi, à aucun moment Rocky ne combat Apollo Creed, il n’affronte que lui-même, ses peurs, ses humiliations. Il ne souhaite d’ailleurs pas gagner, mais tenir les 15 rounds pour se prouver qu’il vaut quelque chose. Et en cela, Rocky fait malgré lui un acte révolutionnaire, envers notamment le capitalisme, puisqu’en se moquant de gagner, en se moquant de l'argent, il s’émancipe du spectacle, du show, de la performance derrière tout ceci. Il se libère du rêve américain. Il endosse donc, malgré lui, le combat de sa classe sociale contre les dominants. Le combat commence alors, et très vite Creed comprend qu’il a affaire à un adversaire de taille. Encaissant les coups comme personne, certainement habitué à les encaisser sous différentes formes quotidiennement. Le retour du réel est alors très fort et l’entraîneur d’Apollo va prononcer la phrase la plus lucide qui soit. Et en effet soudain les rôles s’inversent. Alors que l'émancipation de Rocky était déterminée par des capitalistes ayant besoin d'un pauvre pour redonner foi dans le rêve Américain, Rocky, ayant compris ses propres peurs, utilise ce combat pour s'émanciper de lui-même, retournant parfaitement le rapport de manipulation. Puisque comme nous l’avons dit, il s'agit là, pour Rocky, de son plus grand combat : celui contre lui-même. Un combat contre toutes ces humiliations, humiliations que Creed lui renvoie d'ailleurs une fois de plus. Et Adrian, non dupe de la symbolique de ce combat pour son homme, assiste à tout ceci impuissante et ça la bouleverse. Ainsi, même si Rocky tombe au sol, il refuse d'abandonner car il sait au fond de lui qu’abandonner serait ne plus jamais être capable de se relever, ne plus jamais être capable de se regarder dans ce miroir, ne plus jamais être capable de s’aimer malgré l’amour d’Adrian. La cloche sonne enfin et Rocky, même s' il a perdu, se fout du résultat car il le connaît déjà au fond de ses tripes. Il sait qu’il a gagné, qu’il s’est émancipé de lui-même, qu’il pourra à nouveau regarder cet enfant qu’il était, lui offrant ce qu’il avait perdu entre-temps, sa dignité. Une dignité qui ironiquement il n’arrivait pas à obtenir en début du film malgré sa victoire. Trop dépendant qu’il était du regard des autres. Cette fois-ci il perd, mais trouve la seule reconnaissance qui lui importe pour avancer, la sienne. Il appelle ainsi la seule personne donnant un sens à sa vie, celle en qui il a restauré la confiance en elle tant mérité, celle qui l’a vu s’émanciper, celle devenue le moteur de sa vie. Ils se retrouvent alors l’un contre l’autre, comme lors de cette première fois, ensemble le monde n’existe plus. Et surtout n’oubliez pas que pour survivre, faut bouffer de la Culture. Love